Demeurer sur la réserve

« Réserver ou suspendre notre jugement, cela consiste à décider de ne pas permettre à un jugement provisoire de devenir définitif. Un jugement provisoire est un jugement par lequel je me représente qu’il y a plus de raison pour la vérité d’une chose que contre sa vérité, mais que cependant ces raisons ne suffisent pas encore pour que je porte un jugement déterminant ou définitif par lequel je décide franchement de sa vérité. Le jugement provisoire est donc un jugement dont

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Communément

On revient un peu sur les temps étranges que nous traversons ?  Et si, en fait, ils n’étaient pas si étranges que ça ? Et si finalement, ce sont les temps qui ont précédé qui resteront dans l’histoire comme étranges, problématiques ? Et si finalement ce à quoi nous assistons, ce n’était rien d’autre que le retour du banal, du commun, de ce qui aurait dû aller de soi depuis longtemps ?  Cela ne nous pendait-il pas au nez ?

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En suspension

Un petit texte peut se prêter à un développement relativement long si il est dense en présupposés. Et le texte qui suit l’est. L’explication qui suit est réalisée selon la méthode qu’on a donnée en cours. Je n’y ai, exprès, ajouté aucun titre, pour que le texte soit semblable à ce qu’on pourrait proposer à l’examen. Mais pour que vous vous y retrouviez, j’ai inséré une illustration à chaque changement de partie. Evidemment, à l’examen, on n’illustre en aucune manière

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Lumière noire

Il faut, aussi, lire des textes qu’on ne comprend pas; qu’on ne comprend pas tout de suite, qu’on ne comprend décidément pas, qu’on ne comprendra jamais tout à fait. Ces mots sont susceptibles de nous accompagner une vie entière, nous devançant dans l’obscurité sans pour autant l’éclairer tout à fait, comme une présence amicale qui nous devancerait, en éclaireurs. On trouve aussi bien, chez Alain, des passages brillants de clarté et de pédagogie, que des moments où on le sent

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The Parallax view

Si nous sommes habitués à évaluer la valeur des choses selon le critère de leur efficacité, nous pouvons affirmer que les disciplines telles que la philosophie sont par nature déficientes, puisqu’elles ne semblent pas avoir de mise en pratique immédiate, et qu’elles n’atteignent jamais le but qu’elles semblent s’être fixées : la certitude définitive de la connaissance, la vérité. On sait que dans l’Antiquité, Aristote a déjà montré qu’on ne peut pas pour autant considérer la spéculation philosophique comme vaine, malgré

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Logique de l’humiliation

On peut donner bien des définitions de la politique. Mais, pratiquement, on pourrait dire que c’est l’art et la manière de rendre possible la vie commune, ce qui permet de gouverner la Cité, c’est à dire l’ensemble des citoyens. Or, parce que chacun d’entre eux est tenté de satisfaire des intérêts privés qui ne sont pas tous compatibles avec ceux des autres, la politique n’est pas une mince affaire, et on pourrait dire qu’avant même de produire tout un système

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L’homme du commun à l’ouvrage

Et si, dans ce qui se joue ces derniers temps, il se passait quelque chose de plus souterrain, quelque chose qui ne se voit pas au premier coup d’oeil parce que ça ne s’est pas encore réalisé, quelque chose qui répondrait, plus tard à des inquiétudes et des interrogations que nous soulevons aujourd’hui ? Et si, au-delà de la diversité des discours, de la multiplicité des revendications, de la très grande dispersion des arguments, il y avait un principe à

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La règle du jeu

    Puisqu’il est de moins en moins possible d’avoir les élèves en classe, puisque nous avons décidé de ne plus nous y trouver non plus pour aller là où ils sont, c’est à dire la rue, ce lieu bien plus républicain que ne peut l’être un Arc de Triomphe, autant continuer le cours par cet autre moyen, et partager encore quelques ressources.  Ainsi, ce court texte de Peter Sloterdijk, passionnant philosophe allemand contemporain, tiré de son livre Colère et

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Une nouvelle agora

Continuons à ouvrir la boite à outils conceptuels qui permettrait d’y voir un peu plus clair dans le brouillard de gaz lacrymo et de jaune fluo dans lequel on baigne depuis quelques semaines. Des gens sont dans les rues, sur les ronds points, aux péages. Ils sont travailleurs, employés, indépendants, chômeurs, retraités. Ils sont aussi, désormais, étudiants, lycéens. Et on atteint un niveau de crispation tel que, forcément, ça ne se passe pas toujours bien. Il y a les instants 

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Masse critique

Le blog a vécu sa propre vie sans que je m’en occupe tellement depuis la rentrée, mais l’actualité a fait une brusque irruption dans le cours, peignant le paysage et les idées en jaune, jetant les esprits dans l’incertitude puisque, il faut bien le dire, intellectuellement, on est un peu comme des poules ayant trouvé un couteau. Et comme je l’ai dit en cours, c’est très sain, pour une fois, de ne pas savoir quoi en penser, puisque ça oblige

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Majordome

Majordome; du latin major domus, chef de la maison Un article, juste pour expliquer le titre de l’article précédent.  A plus d’un titre On Her Majesty’s secret service est le titre du sixième film mettant en scène le personnage de James Bond, en 1969. Il fût réalisé par Peter Roger Hunt, et l’interprète de l’agent secret est le moins connu de tous, puisqu’il s’agit de George Lazenby, que tout le monde a oublié depuis.  Au départ, je cherchais tout simplement

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On Her Majesty’s Secret Service

A propos de l’émission Les Chemins de la philosophie consacrée à la Dialectique du maître et de l’esclave. Le lien vers l’émission est en fin d’article.   Parvenir, à la fin de l’année de terminale, à pouvoir évoquer cette fameuse séquence, dans la Phénoménologie de l’Esprit, (dans les dîners en villes, dîtes simplement « la phéno », vous passerez pour un familier de l’oeuvre) de Hegel, au cours de laquelle il met en évidence le rôle crucial de la confrontation à la

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Le sens de l’interdit

Un petit exercice de « type bac », histoire de montrer à quoi pouvait ressembler l’explication de ce texte donné en filière technologique lors de notre examen blanc.  Quelques remarques préalables : comme le veut la méthode, mais surtout parce que c’est tout simplement mieux ainsi, les questions ne sont pas reprises dans le traitement du sujet. Elles sont là pour guider le candidat, pour orienter son attention sur les points les plus importants, mais le texte final, celui qui se retrouve

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Prends garde à toi

  Ce que nous partageons ici est à ce point un classique que ceux qui sont déjà initiés à la philosophie vont sans doute trouver qu’on manque d’originalité. Mais pensons un peu aux novices, et on saisira mieux l’intérêt qu’il y a à mettre en avant, une fois de plus, ce texte du philosophe Emile Chartier, publiquement connu sous son pseudonyme : Alain.  « Le doute est le sel de l’esprit ; sans la pointe du doute, toutes les connaissances

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Cheveux longs, idées grosses

Chose promise à mes élèves auprès de qui, parce qu’on lisait ensemble le texte de Deleuze sur la philosophie se donnant comme mission de « nuire à la bêtise », j’ai évoqué la confrontation entre sa pensée, mouvante comme une dune sous le vent, et celle des nouveaux philosophes, appesantie par des concepts énormes. Car si, dans la perspective d’une introduction à la philosophie, Deleuze peut sembler s’attaquer aux antiques sophistes, il faut bien dire que derrière la philosophie qui oublierait sa

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Faux départ

Qui a tué Socrate ?  Voici la question qui est posée, cette semaine sur France culture, dans l’émission Les Chemins de la philosophie. Et si cette question se pose, c’est que les circonstances dans lesquelles la Cité d’Athènes en vient à condamner celui qu’on considère comme le père fondateur de la philosophie sont complexes. Elle relèvent en fait en partie de la politique, en partie de rancoeurs personnelles,  mais aussi de la vie des idées, et encore des affaires judiciaires.

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Le combat ordinaire

Attrister en soi l’imbécile heureux qui sommeille afin de le réveiller. Tel est le programme de l’année, si on veut présenter le travail commun que nous allons mettre en oeuvre cette année. Etre attentif à son propre discours, afin qu’il demeure capable d’accueillir les autres discours, éviter autant que possible tout ce qui pourrait être, a priori, définitif, se méfier des conclusions, et privilégier les introductions, parce qu’elles sont le camp de base depuis lequel on part en reconnaissance, en

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Se croire tout permis

Je vais mettre en ligne quelques traitements possibles de sujets, ceux qui ont été donnés à Pondichéry, mais aussi quelques autres, que nous avions proposés lors du « bac blanc ».  Premier d’entre eux, un texte d’Alain, sur la notion de « droit ». Le texte était proposé aux filières technologiques, assorti des questions qui permettent de rédiger l’explication. Le traitement proposé fait, comme la consigne l’indique, abstraction des questions au sens où elles ne sont pas mentionnées. En revanche, l’explication suit l’ordre des

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Que la joie demeure

  «Suite  à des problèmes de type grec, je ne pourrai être votre obligé à Cannes. Avec le festival, j’irai jusqu’à la mort, mais je ne ferai pas un pas de plus. Amicalement. Jean-Luc Godard.» 2010 Petite remise à jour d’un article vieux de trois ans. Puisque l’occasion nous était donnée, hier, d’entrécouter l’Ode à la joie, qui est un extrait de la Neuvième symphnie de Beethoven. Il se trouve que, se questionnant sur l’essence de l’Europe (c’est un questionnement récurent

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Revenu de tout

Certains,  parmi ceux qui ont déjà abordé en cours de terminale la notion du travail, ont peut-être remarqué que, pour une fois, les débats politiques suscités par la campagne présidentielle qui s’installe doucement font un peu écho aux éléments de réflexion qu’on tente de mettre en place quand on aborde cette épineuse question du travail.  Épineuse, car, en gros, tout en cherchant à échapper à l’effort qu’il réclame, on cherche cependant à en augmenter le fruit, c’est à dire le revenu.

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Silent Night

  Si aujourd’hui on débat de l’opportunité de présenter des crèches de Noël dans les mairies, en 1951, le débat est ailleurs, et prend des formes un peu plus spectaculaires : c’est au Père Noël qu’on s’en prend, parce que l’Eglise voit en cette figure une sorte de fausse divinité qui fait concurrence au véritable esprit de Noël, censé être incarné par l’enfant Jésus. Ainsi, pour mieux édifier les consciences, les autorités religieuses, catholiques en l’occurrence, organisent avec les enfants

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A dangerous method

Un petit passage croisé dans la biographie de Jacques Derrida, écrite par Benoît Peeters. On est en 1955, Derrida est élève à Normale Sup’. On sait ce que c’est que les grandes écoles, quand on donne à ses professeurs les signes d’une aptitude à la pensée hors du commun : les cours n’y sont que la part émergée d’un iceberg intellectuel dont l’essentiel n’est pas proposé à tous. Ainsi, Maurice de Gandillac, un des professeurs de Derrida, l’invite aux réceptions

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Law and Order

A l’Ouest, à la fin du 19ème siècle, c’est en diligence que Ramson Stoddart rejoint une première fois Shinbone. A l’Est, c’est à cheval que Rick Grimes rejoint sur une autoroute à moitié déserte la ville d’Atlanta. Le premier vient apporter une loi qu’il pense pouvoir se suffire à elle-même, afin de mettre fin au règne de la force. Le second est l’incarnation de la force légale, et ne sait pas encore à quel point il va devoir fermer les

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Grâce au chômage, ce n’est pas le travail qui manque

Parce que le travail ne se réduit pas à l’emploi, parce que l’emploi n’est même pas une sous-catégorie du travail, il n’est pas nécessairement contradictoire de considérer qu’une forte hausse de l’emploi puisse être non seulement le corollaire mais même la condition de l’apparition d’un travail plus essentiel, puisque non contraint. Car, justement, la confusion entre travail et emploi est idéologique, elle a pour objectif de faire croire que le travail est par essence une contrainte, ce qu’il n’est pourtant

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Touche pas à mon poste de travail

  Il faut toujours prendre les titres au sérieux. Quand une émission s’intitule Touche pas à mon poste, il faut le prendre comme un avertissement. De fait, si on s’aventure en classe à relativiser un tant soit peu l’importance que peut avoir cette émission pour la culture de l’humanité, on soulève chez bon nombre d’élèves (au hasard, ceux qui regardent) des vagues d’indignation. L’émission aurait des vertus secrètes qu’au-delà d’un certain âge on ne serait plus capable de discerner. Alors, évidemment,

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Les travailleurs de l’amer

  Pour compléter l’article précédent, puisque certains des lecteurs de ces lignes pourraient ne pas faire partie d’une de mes classes cette année, et appartenir en revanche à cette masse considérable, à cette multitude d’employés qui, quotidiennement, ont le sentiment de perdre leur vie à la gagner, se préparent chaque matin en se demandant s’il est digne de se plaindre de devoir se lever pour aller au boulot quand tant de personnes, elles, n’ont pas dormi de la nuit parce

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Se faire avoir

  Il y a, dans le célèbre texte que Marx consacre au travail aliéné, une phrase un peu énigmatique, qui dit ceci : « Travail forcé, il n’est pas la satisfaction d’un besoin, mais seulement un moyen de satisfaire des besoins en dehors du travail » ( Manuscrits de 1844 ). De quoi s’agit-il ? D’un travail qui n’est pas effectué en vue d’obtenir ce qu’on y fait, une activité qui n’est qu’un intermédiaire pour obtenir, au-delà de ce qui est fait,

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Manuel de savoir-travailler

  S’il y a une malentendu à propos du travail, c’est parce que ce concept est, le plus souvent volontairement, mal délimité. A cause de cette ambiguïté entretenue, on pense que le produit du travail est l’argent, on est convaincu que la vie ne nous appartient pas a priori, et qu’il faut la gagner, les élèves ne travaillent pour certains que pour « la note », qui est envisagée comme un salaire.  Ainsi, si on veut mettre des mots précis sur cette confusion,

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Faire quelque chose « dans la vie » ? Ou bien faire quelque chose de sa vie ?

  En 1996, dans celui de ses livres qui porte, peut-être, le plus beau titre, Nous qui désirons sans fin, Raoul Vaneigem, propose, comme souvent le font les situationnistes, de régler son compte au travail, et de le congédier. Pourquoi ? On va le voir, parce que Vaneigem fait ce choix conceptuel d’appeler « travail » cette activité absolument contrainte qu’il oppose frontalement, ici, à cette autre activité consistant à créer. On pourrait objecter qu’il faut bien vivre, que certaines choses doivent bien

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One shot

Dans l’extrait de Ecologica que j’ai évoqué ces derniers jours, André Gorz cite cet autre ouvrage, dont il est l’auteur, Le Traitre. Aussi ai-je eu la curiosité de plonger un peu dedans ce week-end, dans une lecture un peu trop diagonale, sur laquelle il faudra que je revienne plus posément. Les dernières pages proposent sur le travail un regard assez différent de celui qui a été le nôtre ces derniers temps. Son propos peut semble au premier abord un peu obscur. L’analyse

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