Alors on danse

Profitons de l’actuelle réflexion que nous menons, en cours, sur le désir. On sent bien, peu à peu, qu’on va en venir à cette alternative : soit on voit dans le désir une puissance qui suinte de notre être comme une sueur, une moiteur intime certes, mais étrangère aussi et dès lors dérangeante; soit on considère le désir comme ce mouvement initié au plus profond de son être, tellement proche de notre racine qu’on serait capable de ne pas s’y reconnaître, à

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Superflu pour superflux

Mes élèves connaissent déjà pour la plupart André Gorz, parce que nous avons évoqué son poignant livre Lettre à D., quand nous avons tenté de saisir un peu mieux ce dont il s’agit lorsque nous parlons d’amour. Mais comme je l’avais précisé, Gorz est avant tout un penseur ayant une place de choix dans la tradition marxiste; on trouve dès lors dans son oeuvre bon nombre de textes mettant en oeuvre une réflexion assez incisive sur le travail, distinguant ce

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Captain Cavern’

Les vidéastes amateurs ont la côte sur Youtube. Certains, on est bien placé pour le savoir dans notre lycée, mettent leur art au service de la remise en question des enseignements prodigués à l’école, glissant en douce les éléments censés remplacer ceux qu’ils viennent de détruire, en faisant passer ça pour de la pièce d’origine. D’autres oeuvrent pour permettre à cette culture parfois ancestrale de perdurer encore quelques décennies dans les esprits humains. Parmi ces francs-tireurs qui viennent prêter main forte

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Ramasse miettes

On l’a vu en classe et dans les derniers articles ici même, la réflexion sur le travail peut difficilement être tout à fait séparée de la dimension économique, parce que le travail étant nécessairement spécialisé, son produit fait l’objet d’échanges qui, peu à peu, provoquent des gains divers, engendrant des richesses inégales. Quand le travail devient lui-même une marchandise, et qu’on comprend qu’il est bon que certains soient si proches de la misère qu’ils n’auront d’autre choix que d’accepter de

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Filmer ou faire l’amour

De Maurice Pialat, on connait surtout les longs métrages, réputés pour engager entre fiction et réalité une relation complexe qui serait comme un dévoilement, dévoilement progressif de ce dont le film est l’image, mais aussi dévoilement de ce qu’est le film, lui-même, et de ce que sont tous ceux qui y participent; on connait moins ses courts métrages, réalisés alors qu’il passe progressivement de la peinture, son premier art, au cinéma. On retrouve, dans le premier court qu’il réalisera professionnellement le rapport

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Photosynthèse

L’allégorie de la caverne apparaît ccomme une telle évidence qu’on en viendrait presque à ne plus l’étudier en cours, considérant que ce texte est trop proche du B.A.BA philosophique, craignant aussi que son caractère narratif empêche les élèves de s’élever jusqu’aux concepts. Crainte étrange, car c’est un peu comme si on se disait que, demeurant à une altitude trop basse, les pistes de décollage empêchent les avions de voler. On a déjà proposé dans ces colonnes quelques lectures de cet

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Du plomb dans l’aile

Pour compléter l’explication de texte précédente, voici un autre texte de Francis Bacon, exposant d’une autre manière les tenants et aboutissants de l’empirisme. D’abord assez aisé, le premier paragraphe expose quelles sont les deux voies que peut emprunter celui qui cherche la vérité. Ici aussi, il ne s’agit pas d’opposer l’idéalisme et le matérialisme. C’est de nouveau entre la scolastique et un véritable empirisme que l’opposition s’établit, et on a déjà compris laquelle des deux options il soutient, puisqu’en fait,

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Prendre fait et cause

On poursuit notre promenade dans les sujets de Pondichéry avec cet intéressant, mais exigeant, texte de Francis Bacon, qui va nous fournir l’occasion de réviser quelques connaissances d’épistémologie, sous un angle nouveau. Les consignes du baccalauréat sont claires : on n’est pas censé connaître la pensée de l’auteur du texte qu’on va expliquer. C’est le texte lui-même, et lui seul, qu’il s’agit d’expliquer. En revanche, mieux vaut connaître les références plus ou moins implicites qu’on croise dans le texte lui-même.

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Parabellum

Hobbes est sans doute l’auteur qui vient le plus naturellement à l’esprit quand il s’agit d’établir les raisons pour lesquelles l’homme, livré à lui-même dans un état d’hypothétique « nature », en vient à dominer son semblable, ou s’il n’y parvient pas, à le détruire. Que ce soit dans le Léviathan, pour le concept de « guerre de chacun contre chacun », ou dans le Citoyen (souvent évoqué sous son titre en latin, De Cive), pour l’idée que l’homme est « un loup pour l’homme ».

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Temps mort

Si, en tant qu’élève, on mise avant tout sur l’efficacité, alors autant recopier sur le net des travaux déjà écrits. Le seule souci, c’est que se comporter ainsi, c’est avoir intégré en soi les caractéristiques essentielles des machines (le rapport consommation d’énergie/performance), mais pas celles des humains. Si, à la rigueur, ça permettait de gagner du temps pour faire quelque chose qui serait davantage essentiel, ou génériquement humain, pourquoi pas. Mais est-ce vraiment le cas ? Et qu’y aurait-il de

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Sarah Connor ?

  Quand le crime prend la forme de l’assassinat, il peut avoir, aussi curieux que ça puisse paraître, une apparence suffisamment fascinante pour qu’on puisse reconnaître en ceux qui en sont les auteurs une certaine forme de beauté, une force d’attraction. Après tout, ces hommes là osent, et si la seule raison que nous avions de les condamner était que nous n’oserions pas, nous mêmes, passer à de tels actes, alors notre condamnation, nous le savons, ne serait pas fondée.

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Travail sous couverture

Avertissement : Si tu es élève ou étudiant et que tu recopies l’explication de texte qui suit, c’est que 1- tu as pas mal de copies doubles et d’encre à disposition, 2- tu es un peu malhonnête (mais qui ne l’est pas un peu ?), et 3 – (plus grave) tu n’as vraiment rien compris à ce texte. « Socrate : Ainsi donc celui qui pense laisser après lui un art consigné dans un livre, comme celui qui le recueille en

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Montée en puissance

Du couple de designers Charles et Ray Eames, on pourrait très bien ne retenir que leur fameux fauteuil Eames Lounge (670) et son repose-pied Ottoman (671), dans lesquels on s’installerait volontiers pour regarder ce qui suit, et tant qu’on y serait, se relire l’intégralité de sa bibliothèque, histoire d’avoir une bonne excuse pour n’en plus sortir. Mais voila, Monsieur et Madame Eames ne se contentèrent pas de dessiner ce fabuleux fauteuil, ils ont aussi exercé leurs talents dans des courts métrages

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Go west

« Je cherche Dieu sait qui Dieu sait quoi » Etienne Daho, Sortir ce soir   Plusieurs fois, ces jours ci, nous avons été amenés à évoquer en cours les road-movies des années 70, et parmi eux les plus archétypiques d’entre eux; le plus célèbre, Easy Rider (Dennis Hopper, 1969), qui est une sorte d’Odyssée de l’asphalte, et le trop peu connu Vanishing Point (Richard C. Sarafian, 1971). Deux longs métrages errant dans des paysages taillés, à l’horizontale, pour le cinémascope, l’un à

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Franchise postale

« J’espère – pour ce bref passage d’un an – vous avoir appris que c’est dans les livres qu’on l’on trouve ses amis les plus capricieux mais aussi les plus fidèles… lisez beaucoup !«  Dédicace de mon professeur de français, M. Becquereau, en 4ème, au collège Ste Anne de Paris, sur ma photo de classe. Le conseil vaut toujours Comme certains des lecteurs de cette page travaillent ces jours ci sur la question, un peu épineuse, de la pertinence de l’écriture en

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Il faut se rappeler Socrate

Il y a peu, dans le cadre de l’introduction à ce que c’est que philosopher, en essayant de résumer très fortement ce qu’on est censé faire le jour de l’examen, quel que soit le sujet proposé, je me suis entendu dire aux élèves « finalement, le jour J, la première chose que vous avez à faire est la suivante : Souvenez-vous de Socrate. » Il est probable que je devrai, plus tard dans l’année, fournir quelques autres éléments de méthode, mais après

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L’emploi du temps passé

Par hasard, je retombe sur ce texte d’Emile Chartier (alias Alain). C’est le jour où jamais pour le partager. D’abord par souci d’ironie envers la situation locale de ceux avec qui nous partageons les salles 217, 314, 312 et tant d’autres (on en change tant), et l’ironie est, en philosophie, une qualité; ou alors Socrate ne serait plus un exemple. Alors que nous sommes embourbés dans les incertitudes quant à l’emploi de notre temps, ballottés de ça de là sur les

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Les Maîtres du suspens – 3

Evoquant en cours les sources dont nous disposons pour parler des auteurs de l’antiquité qui n’ont laissé aucun écrit, et qui n’ont pas tous eu la chance d’avoir un disciple aussi acharné dans l’écriture qu’un Platon, Diogène Laerce s’est vite présenté comme un incontournable, tant son fameux Vies, doctrines et sentences des philosophes illustres constitue pour tous ceux qui s’intéressent un peu aux origines de la pensée telle que nous la pratiquons, une galerie de portraits dans laquelle on se

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Les Maîtres du suspens – 2

Au détour d’un texte de Lucien Febvre, qui n’a pas grand chose à voir avec ce qui va nous occuper ici, je suis tombé sur un extrait d’un discours qu’Anatole France prononça, au début du 20ème siècle, devant la société des études rabelaisiennes. A voir le ton du discours, on devine que cette société prenait son travail très au sérieux, et que les rencontres de ce cercle d’initiés devaient être joyeuses, arrosées, et que les panses devaient être bien pleines

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Les Maîtres du suspens – 1

Dès les premiers cours de philosophie, ce qui étonne le plus, c’est cette façon particulière qu’on y observe d’accorder au moins autant d’importance aux questions posées qu’aux réponses qu’on peut y apporter. C’est que, pour le moment, le plus important est d’initier une attitude de pensée nouvelle chez les élèves, habitués jusque là à ce qu’un cours soit constitué de réponses, plus que de questions. Quand on est novice, il est tentant de jeter un coup d’oeil aux champions de la

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L’histoire est-elle une science impossible ? 1

Rebondissons sur le sujet donné au Liban, en section économique et sociale, ‘L’histoire est elle une science impossible ?‘ Que Karl Popper soit sceptique quant à la possibilité d’une discipline historique reconnaissable comme science, ça n’a rien de très étonnant : à ses yeux, ce qui distingue la science des autres savoirs, c’est sa réfutabilité, c’est à dire la possibilité de mettre en oeuvre des démarches expérimentales visant à remettre en question ses énoncés, dans l’ambition d’en démontrer la fausseté

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Causeur

Proposées presque simultanément aux candidats du baccalauréat de Washington en filière S, et aux élèves de la filière ES au Liban, les Causeries de Merleau-Ponty sont en quelque sorte la vedette de cette cession du bac, du moins dans les lycées situés en pays étrangers. Bien entendu, cela ne permet absolument pas d’en déduire qu’on en tirerait d’autres extraits afin de les proposer dans l’hexagone. Cependant, il n’est jamais, ni déplaisant, ni inutile, de lire Merleau-Ponty, d’autant que ce texte

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Deadline

C’est sans doute le jour ou jamais. Mais peut-être avons-nous besoin d’urgence, si l’urgence est la durée limitée à sa plus simple expression, ne laissant plus place aux tergiversations, ni à la réflexion, éliminant instantanément les options qu’en temps normal on laisserait se développer en se disant qu’on aura bien le temps de s’en occuper plus tard, si l’urgence est ce temps où s’impose non pas le possible, mais le nécessaire. Si l’urgence a besoin que s’installent un certain nombre

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Là-bas

Ce ne sont pas les tentatives de connexion entre la philosophie et d’autres domaines qui manquent. Cinéma, jeu vidéo, littérature, séries télévisées, technologie et même, rock’n’roll, tout y passe (et encore, on n’a pas encore traduit l’incroyable collection de contributions anglo-saxonnes, dont la série d’ouvrages publiés dans la collection Blackwell philosophy and pop culture (pour un petit aperçu de cette galaxie éditoriale : http://eu.wiley.com/WileyCDA/Section/id-324354.html). Manquent, en français, le rap, et la pop, peu exploités. Pourtant, si finalement, la conversation peut

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Lumière noire

On va le préciser en préambule : il s’agira bien en quelque sorte de méthode, mais peut-être pas celle à laquelle vous vous attendez. Ce serait plutôt celle que vous attendez faute de voir qu’elle est déjà là. Pour les trucs, les recettes, il y a d’autres articles. Puisque nous avions évoqué en classe Husserl, la phénoménologie, le rapport singulier que cette nouvelle orientation de la pensée ouvrait avec le monde, cette tension en laquelle semblait consister la conscience, nous

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Cours de Raptrapage

  [Nouvelle introduction ajoutée, en 2014, à cet article de 2012] Dans quelques siècles, des historiens de l’art se pencheront sur les documents que nous laissons, et sans doute feront-ils comme nous : pour aller plus vite, ils iront tout d’abord vers les compilations, afin de tracer un paysage d’ensemble de notre temps. Peut être tomberont-ils alors sur ces performances régulièrement proposées sur NBC, tard le soir (mais un peu moins tard depuis moins d’un mois) par Jimmy Fallon et

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S’outrepasser

Croisé dans le documentaire évoqué dans l’article précédent, Hugo Von Hofmansthal est un écrivain qui se trouve à la croisée des préoccupations que nous essayons de traiter ces temps ci : autrichien, influencé par sa découverte de l’analyse psychanalytique, mais aussi lecteur de Nietzsche, il fut un auteur protéiforme, précoce, comparable à Rimbaud mais capable aussi d’écrire des livrets d’opéra pour Richard Strauss. En 1904, il publie son Entretien sur la poésie, qui est tout autant un texte mystique qu’une

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Le pays où on n’arrive jamais

Il est difficile d’aborder la théorie psychanalytique sans la relier au contexte qui a conduit à son apparition. Les deux épisodes du documentaire qui suivent sont le récit de L‘Invention de la psychanalyse ; le mot est bien choisi : Freud aime se comparer à Christophe Colomb, mais son Amérique à lui est un pays auquel on n’arrive jamais, il invente l’inconscient plus qu’il ne le découvre, même s’il le fait à travers les signes que constituent, pour lui, les

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Narco

En complément à l’exploration effectuée en cours, non de l’inconscient, mais de l’hypothèse psychanalytique, voici partagé sous la plume de Freud ce que nous n’avons fait qu’évoquer en classe : la fameuse triple blessure narcissique infligée par la science à l’humanité. Freud évoque deux fois cette humiliation subie par l’homme au cours du développement des sciences. Une fois dans les Essais de psychanalyse appliquée, et une autre fois dans son Introduction à la psychanalyse. Dans les deux textes, la démarche

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