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	<title>Harrystaut &#187; Sartre</title>
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		<title>Un de ces jours, tu vas te sentir vraiment seul. Une promenade nauséeuse, en musique.</title>
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		<pubDate>Mon, 04 Jul 2011 16:40:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Audio]]></category>
		<category><![CDATA[Auteurs]]></category>
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		<category><![CDATA[Sartre]]></category>

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		<description><![CDATA[
Les lecteurs de la Nausée, cette « fiction du non-fictif » comme l’écrivait le critique Jean Rousset, savent qu&#8217;un titre de jazz y joue un rôle prédominant, bien au-delà du simple design sonore auquel la littérature contemporaine aime avoir recours lorsqu’il faut compenser un manque d’habileté dans l’écriture pour générer des ambiances (lâcher des références [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">Les lecteurs de <strong><em><span style="text-decoration: underline;">la Nausée</span></em></strong>, cette « fiction du non-fictif » comme l’écrivait le critique Jean Rousset, savent qu&#8217;un titre de jazz y joue un rôle prédominant, bien au-delà du simple design sonore auquel la littérature contemporaine aime avoir recours lorsqu’il faut compenser un manque d’habileté dans l’écriture pour générer des ambiances (lâcher des références musicales pointues comme d&#8217;autres font du name droping juste pour donner au texte une fausse crédibilité). Ce titre, qu’Antoine Roquentin, le double romanesque de Sartre, fait jouer au <em>Rendez-vous des cheminots</em>, le troquet dans lequel il a ses habitudes, est installé dans le roman comme un rendez-vous ponctuel moins sonore que littéraire, qui parvient à extraire le jeune héros de la torpeur dans laquelle le plonge l’expérience même du monde. Avant qu’une racine de marronnier <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/07/tucker1.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1923" title="tucker1" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/07/tucker1.jpg" alt="" width="350" height="430" /></a>ne révèle le fond de cette Nausée qui le prend, Roquentin entend une voix qui résonne comme une présence au-delà de la présence chantant ces quelques mots « <em>Someday you’ll miss me</em> ». Un jour je te manquerai. Retournons la prédiction, telle que l’anglais, grammaticalement, la formule : un jour, tu ressentiras le manque de moi. Un jour, je serai là sans être là, plus présente encore que je ne suis ici et maintenant avec toi. Le choix de la chanson ne peut pas être tout à fait innocent, même si Sartre ne s’attarde pas à ses paroles.</p>
<p style="text-align: justify;">« <em>Someday, you’ll miss me </em>» joue dans <strong><em><span style="text-decoration: underline;">la Nausée</span></em></strong> le rôle que Sartre attribue au cinéma dans <strong><em><span style="text-decoration: underline;">les Mots</span></em></strong> : c’est un révélateur de contingence, en négatif : l’évidence de l’œuvre, qu’elle soit cinématographique ou musicale, tient à ce que tout y est nécessaire, tout y a une raison d’être, une place, alors que le monde, lui, n’est composé que d’éléments disparates qui sont là comme ils pourraient tout aussi bien ne pas y être, leur manière d’ « être-là » ne répondant à aucune nécessité.</p>
<p style="text-align: justify;">Si la fameuse expérience de la racine de marronnier concentre en elle toute la contingence du monde, l&#8217;envoyant à la figure de Roquentin qui saisit alors ce qu’est la source de cette Nausée qui l’envahit et l’engourdit, ce jazz entendu à plusieurs reprises au bar du coin en est le contrepoint, épisode plusieurs fois répété d’une nécessité dans laquelle tout est à sa place.</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">« Ca semble inévitable, si forte est la nécessité de cette musique : rien ne peut l’interrompre, rien qui vienne de ce temps où le monde est affalé : elle cessera d’elle-même, par ordre. Si j’aime cette belle voix, c’est surtout pour ça : ce n’est ni pour son ampleur ni pour sa tristesse, c’est qu’elle est l’événement que tant de notes ont préparé, de si loin, en mourant pour qu’il naisse. Et pourtant je suis inquiet : il faudrait si peu de chose pour que le disque s’arrête : qu’une ressort se brise, que le cousin Adolphe ait un caprice. Comme il est étrange, comme il est émouvant que cette dureté soit si fragile. Rien ne peut l’interrompre et tout peut la brise.<br />
Le dernier accord s’est anéanti. Dans le bref silence qui suis, je sens fortement que ça y est, que quelque chose est arrivé.<br />
Silence.</p>
<p style="text-align: center; padding-left: 30px;"><em>Some of these days<br />
You’ll miss me honey !</em></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">Ce qui vient d’arriver, c’est que la Nausée a disparu. Quand la voix s’est élevée, dans le silence, j’ai senti mon corps se durcir et la Nausée s’est évanouie. D’un coup : c’était presque pénible de devenir ainsi tout dur, tout rutilant. En même temps la durée de la musique se dilatait, s’enflait comme une trombe. Elle emplissait la salle de sa transparence métallique, en écrasant contre les murs notre temps misérable. Je suis dans la musique. Dans les glaces roulent des globes de feu ; des anneaux de fumée les encerclent et tournent, voilant et dévoilant le dur sourire de la lumière. Mon verre de bière s’est rapetissé, il se tasse sur la table : il a l’air dense, indispensable. Je veux le prendre et le soupeser, j’étends la main… Mon Dieu ! C’est ça surtout qui a changé, ce sont mes gestes. Ce mouvement de mon bras s’est développé comme un thème majestueux, il a glissé le long du chant de la Négresse ; il m’a semblé que je dansais. »(&#8230;)</p>
<p style="text-align: justify;">[<em>Note du moine copiste : non seulement, comme on vient de le lire, la musique constitue  un espace marqué par la nécessité, dans lequel on peut être introduit, mais on va le voir maintenant, elle plaque sa propre nécessité sur la contingence du monde </em>]:</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">(&#8230;)« Je suis ému, je sens mon propre corps comme une machine de précision au repos. Moi, j’ai eu de vraies aventures. Je n’en retrouve aucun détail, mais j’aperçois l’enchainement rigoureux des circonstances [NdMC : on la perçoit suffisamment, la transfiguration de la contingence (les aventures) en nécessité (l’enchainement rigoureux, le mécanisme de précision) ?] J’ai traversé les mers, j’ai laissé des villes derrière moi et j’ai remonté des fleuves ou bien je me suis enfoncé dans des forêts, et j’allais toujours vers d’autres villes. J’ai eu des femmes, je me suis battu avec des types : et jamais je ne pourrai revenir en arrière, pas plus qu’un disque ne peut tourner à rebours. Et tout cela menait où ? A cette minute-ci, à cette banquette, dans cette bulle de clarté tout bourdonnante de musique.</p>
<p style="text-align: center; padding-left: 30px;"><em>And when you leave me. </em></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">Oui, moi qui aimais tant, à Rome, m’asseoir au bord du Tibre, à Barcelone, le soir, descendre et remonter cent fois les Ramblas, moi qui près d’Angkor, dans l’îlot du Baray de Prah-Kan, vis un banian nouer ses racines autour de la chapelle des Nagas, je suis ici, je vis dans la même seconde que ces joueurs de manille, j’écoute une Négresse qui chante tandis qu’au-dehors rôde la faible nuit.<br />
Le disque s’est arrêté. » (<strong><em><span style="text-decoration: underline;">La Nausée</span></em></strong>, folio poche, p. 41 sq)</p>
<p style="text-align: justify;">Tout se passe comme si ce titre de jazz, chanté par cette femme, n’était là que pour donner sens à tout le reste qui n’en a pas. Comme si il avait pour fonction, ou pour effet de pouvoir se dire, enfin « Nous y voila ».</p>
<p style="text-align: justify;">On sait, ou on ne dévoilera rien de grave en le disant, que le roman s’achève sur la décision de Roquentin de faire, en littérature, ce que cette chanteuse et ce compositeur font dans cette chanson. Or, bien entendu, le roman est lui-même le résultat de cette résolution prise à la fin de lui-même, et dans les moments où l’écriture de Sartre-Roquentin se fait la plus littéraire, échappant à la forme du journal égaré, c’est précisément cette nécessité qui est mise en scène. On pense en particulier à tout ce passage au cours duquel, dans un dimanche finissant, Roquentin déambule dans la ville, sentant confusément que quelque chose va se passer, il va de rue en rue, porté par cette certitude sans autre fondement que l’ardeur qu’il met à la réaliser. Il avance, résolument incertain :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">&laquo;&nbsp;La place Ducoton est vide. Est-ce que je me suis trompé ? Il me semble que je ne le supporterais pas. Est-ce que vraiment il n’arrivera rien ? Je m’approche des lumières du café Mably. Je suis désorienté, je ne sais si je vais entrer : je jette un coup d’œil à travers les grandes vitres embuées.<br />
La salle est bondée. L’air est bleu à cause de la fumée des cigarettes et de la vapeur que dégagent les vêtements humides. La caissière est à son comptoir. Je la connais bien : elle est rousse comme moi ; elle a une maladie dans le ventre. Elle pourrit doucement sous ses jupes avec un sourire mélancolique, semblable à l’odeur de violette que dégagent parfois les corps en décomposition. Un frisson me parcourt de la tête aux pieds : c’est… c’est elle qui m’attendait. Elle était là, dressant son buste immobile au-dessus du comptoir, elle souriait. Du fond de ce café quelque chose revient en arrière sur les moments épars de ce dimanche et les soude les uns aux autres, leur donne un sens : j’ai traversé tout ce jour pour aboutir là, le front contre cette vitre, pour contempler ce fin visage qui s’épanouit sur un rideau grenat. Tout s’est arrêté ; ma vie s’est arrêtée : cette grande vitre, cet air lourd, bleu comme de l’eau, cette plante grasse et blanche au fond de l’eau, et moi-même, nous formons un tout immobile et plein : je suis heureux. » (Ibid. p.85 sq)</p>
<p style="text-align: justify;">Lisez les pages qui suivent, et vous saurez comment Sartre analyse l’irruption soudaine de ces moments de lucidité où on l’on est moins attentif au contenu du temps qu’au temps lui-même, seule nécessité véritable au-delà du brouillon des événements. On peut chercher partout dans les rues traversées par Roquentin en ce dimanche finissant : rien ne le guide en dehors de lui même. On peut regarder la serveuse du bar, et autour d&#8217;elle, aucune enseigne lumineuse, aucun néon clignotant ne lui indique <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/07/sophie_tucker1.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1924" title="sophie_tucker" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/07/sophie_tucker1.jpg" alt="" width="270" height="230" /></a>que c&#8217;est elle qui l&#8217;attend, pour la simple raison qu&#8217;elle ne l&#8217;attend pas. Elle n&#8217;est pas cette femme qui attend Roquentin derrière le comptoir de ce bar ailleurs que dans la pensée, dans l&#8217;imagination du jeune homme vagabondant dans les rues de la ville. Ce qu&#8217;il appelle dans les pages qui suivent &laquo;&nbsp;l&#8217;aventure&nbsp;&raquo;, n&#8217;est plus du tout le parcours sinueux et accidentel d&#8217;un monde voué au hasard et à la contingence, mais la ligne qu&#8217;il trace lui même au</p>
<p style="text-align: justify;">Dernier rendez vous avec cette voix et ce saxophone (qui n’en est d’ailleurs pas un, j’y reviendrai) dans les dernières pages du livre :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">« Je ne me sens pas en très bonnes dispositions pour entendre un air de jazz. Tout de même je vais faire attention, parce que, comme dit Madeleine, j’entends ce disque pour la dernière fois : il est très vieux ; trop vieux, même pour la province ; en vain le chercherais-je à Paris. Madeleine va le déposer sur le plateau du phonographe, il va tourner ; dans les rainures l’aiguille d’acier va se mettre à sauter et à grincer et puis, quand l’auront guidée en spirale jusqu’au centre du disque, ce sera fini, la voix rauque qui chante « Some of these days » se taira pour toujours.<br />
Ca commence.<br />
Dire qu’il y a des imbéciles pour puiser des consolations dans les beaux-arts. Comme ma tante Bigeois : « Les Préludes de Chopin m’ont été d’un tel secours à la mort de ton pauvre oncle. » Et les salles de concert regorgent d’humiliés, d’offensés qui, les yeux clos, cherchent à transformer leurs pâles visages en antennes réceptrices. Ils se figurent que les sons captés coulent en eux, doux et nourrissants et que leurs souffrances deviennent musique, comme celle du jeune Werther ; ils croient que la beauté leur est compatissante. Les cons.<br />
Je voudrais qu’ils me disent s’ils la trouvent compatissante, cette musique-ci. Tout à l’heure, j’étais certainement très loin de nager dans la béatitude. A la surface je faisais mes comptes, mécaniquement. Au-dessous stagnaient toutes ces pensées désagréables qui ont pris la forme d’interrogations informulées, d’étonnements muets et qui ne me quittent plus ni jour ni nuit. Des pensées sur Anny, sur ma vie gâchée. Et puis, encore au dessous, la Nausée, timide comme une aurore. Mais à ce moment-là, il n’y avait pas de musique, j’étais morose et tranquille. Tous les objets qui m’entouraient étaient faits de la même matière que moi, d’une espèce de souffrance moche. Le monde était si laid, hors de moi, si laids ces verres sales sur les tables, et les taches brunes sur la glace et le tablier de Madeleine et l’air aimable du gros amoureux de la patronne, si laide l’existence même du monde, que me sentais à l’aise, en famille.<br />
A présent, il y a ce chant de saxophones. Et j’ai honte. Une glorieuse petite souffrance vient de naître, une souffrance-modèle. Quatre notes de saxophone. Elles vont et viennent, elles ont l’air de dire : « Il faut faire comme nous, souffrir en mesure. » Eh bien, oui ! Naturellement, je voudrais bien souffrir de cette façon là, en mesure, sans complaisance, sans pitié pour moi-même, avec une aride pureté. Mais est-ce que c’est ma faute si la bière est tiède au fond de mon verre, s’il y a des taches brunes <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/07/82287307.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1925" title="82287307" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/07/82287307.jpg" alt="" width="295" height="428" /></a>sur la glace, si je suis de trop, si la plus sincère de mes souffrances, la plus sèches, se traine et s’appesantit, avec trop de chair et la peau trop large à la fois, comme l’éléphant de mer, avec de gros yeux humides et touchants mais si vilains ? Non, on ne peut certainement pas dire qu’elle soit compatissante, cette petite douleur de diamant, qui tourne en rond au-dessus du disque et m’éblouit. Même pas ironique : elle tourne allègrement, tout occupée d’elle-même ; elle a tranché comme une faux la fade intimité du monde et maintenant elle tourne et nous tous, Madeleine, le gros homme, la patronne, moi-même et les tables, les banquettes, la glace tachée, les verres, nous tous qui nous abandonnions à l’existence, parce que nous étions entre nous, rien qu’entre nous, elle nous a surpris dans le débraillé, dans le laisser-aller quotidien : j’ai honte pour moi-même et pour ce qui existe devant elle.<br />
Elle n’existe pas. C’en est même agaçant ; si je me levais, si j’arrachais ce disque du plateau qui le supporte et si je le cassais en deux, je ne l’atteindrais pas, elle. Elle est au-delà –toujours au-delà de quelque chose, d’une voix, d’une note de violon ? A travers des épaisseurs et des épaisseurs d’existence, elle se dévoile, mince et ferme et, quand on veut la saisir, on ne rencontre que des existants, on bute sur des existants dépourvus de sens. Elle est derrière eux : je ne l’entends même pas, j’entends des sons, des vibrations de l’air qui la dévoilent. Elle n’existe pas, puisqu’elle n’a rien de trop : c’est tout le reste qui est de trop par rapport à elle. Elle est.<br />
Et moi aussi j’ai voulu être. Je n’ai même voulu que cela ; voila le fin mot de l’histoire. Je vois clair dans l’apparent désordre de ma vie : au fond de toutes ces tentatives qui semblaient sans lien, je retrouve le même désir : chasser l’existence hors de moi, vider les instants de leur graisse, les tordre, les assécher, me purifier, me durcir, pour rendre enfin le son net et précis d’une note de saxophone. Ca pourrait même faire un apologue : il y avait un pauvre type qui s’était trompé de monde. Il existait comme les autres gens, dans le monde des jardins publics, des bistrots, des villes commerçantes et il voulait se persuader qu’il vivait ailleurs, derrière la toile des tableaux, avec les doges du Tintoret, avec les graves Florentins de Gozzoli, derrière les pages des livres, avec Fabrice del Dongo et Julien Sorel, derrière les disques de photo, avec les longues plaintes sèches des jazz. Et puis, après avoir bien fait l’imbécile, il a compris, il a ouvert les yeux, il a vu qu’il y avait maldonne : il était dans un bistrot, justement, devant un verre de bière tiède. Il est resté accablé sur la banquette ; il a pensé : je suis un imbécile. Et à ce moment précis, de l’autre côté de l’existence, dans cet autre monde qu’on peut voir de loin, mais sans jamais l’approcher, une petite mélodie s’est mise à danser, à chanter : « C’est comme moi qu’il faut être ; il faut souffrir en mesure. ».<br />
La voix chante :</p>
<p style="text-align: center; padding-left: 30px;">Some of these days<br />
You’ll miss me honey”</p>
<p style="text-align: justify;">Cette évidence esthétique qu&#8217;éprouve Roquentin, cette nécessité en oeuvre au beau milieu d&#8217;un monde à ce point contingent, c&#8217;est exactement l&#8217;expérience que le livre lui-même provoque sur le lecteur, qui a entre les mains un monde plein, dense, dans lequel tout a sa raison d&#8217;être quand bien même décrit-il l&#8217;océan de contingence au sein duquel il fait lui même son apparition. Précisons que les cinéphiles, eux, pourront aussi discerner des expériences cinématographiques dans la pensée de Sartreil  :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">« Je sais que l’idée de contingence est venue de la comparaison qui s’est établie spontanément chez moi entre le paysage dans un film et le paysage dans la réalité. Le paysage d’un film, le metteur en scène s’est arrangé pour qu’il ait une certaine unité et un rapport précis avec les sentiments des personnages. Tandis que le paysage de la réalité n’a pas d’unité. Il a une unité de hasard et ça m’avait beaucoup frappé. Et ce qui m’avait beaucoup frappé aussi, c’est que les objets dans un film avaient un rôle précis à tenir, un rôle lié au personnage, alors que dans la réalité les objets existent au hasard ». (Cité dans Jean-Paul Sartre, <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Œuvres romanesques</span></em></strong>, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, p. 1698.)</p>
<p style="text-align: justify;">Mais au fait, qu&#8217;entend-on dans <strong><em><span style="text-decoration: underline;">la Nausée</span></em></strong> ?  qui est cette chanteuse dont le roman tait le nom ? Qui se cache derrière le masque de celle que Sartre désigne comme la « Négresse » ? Deux chercheurs, Jean Jamin et Yannick Séité, se sont penché sur la question et ont tiré de ces recherches un texte mis en ligne qui, de bout en bout, est absolument passionnant. Il a pour titre « Anthropologie d’un tube des années folles », et peut être lu ici : <a href="http://gradhiva.revues.org/566 " target="_blank">http://gradhiva.revues.org/566 </a> Dans leur bibliographie, on croise un livre lui aussi fantastique : <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Blackface – aux confluents des voix mortes</span></em></strong>, de Nick Tosches (ed. Alia). On ne saurait trop conseiller la lecture de cet ouvrage qui part faire l’archéologie de ces orchestres de jazz composés de musiciens blancs qui se grimaient au bouchon brulé en noir lors de leurs concerts. On osera vous conseiller, si votre famille vous demande ce que vous voulez pour fêter dignement l’obtention du baccalauréat, de vous faire offrir la collection entière des ouvrages des éditions Alia consacrés à l’histoire des différents courant musicaux (du gospel aux musiques électroniques en passant par le rap, le jazz, le blues, la soul ou la disco), ça ressemble à quelque chose d’indispensable.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p><iframe width="400" height="257" src="http://www.youtube.com/embed/UBs1wHPqsAw" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></p>
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		<title>Eléments de vocabulaire sartrien</title>
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		<pubDate>Mon, 04 Jul 2011 15:58:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Auteurs]]></category>
		<category><![CDATA[L'Existentialisme est un humanisme]]></category>
		<category><![CDATA[Sartre]]></category>

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Même exercice que dans l’article précédent, cette fois ci afin de maîtriser le vocabulaire de Sartre, dans L’Existentialisme est un humanisme. Certains des termes de ce vocabulaire seront d’ailleurs partagés avec Epicure. C’est tout à fait normal, dans la mesure où il s’agit dans les deux textes de liberté. En revanche, entre temps est apparue [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">Même exercice que dans l’article précédent, cette fois ci afin de maîtriser le vocabulaire de Sartre, dans <strong><em><span style="text-decoration: underline;">L’Existentialisme est un humanisme</span></em></strong>. Certains des termes de ce vocabulaire seront d’ailleurs partagés avec Epicure. C’est tout à fait normal, dans la mesure où il s’agit dans les deux textes de liberté. En revanche, entre temps est apparue une problématique nouvelle, la philosophie s’étant peu à peu constituée comme une anthropologie, c&#8217;est-à-dire une science se donnant l’homme lui-même comme objet. Bien entendu, ces siècles de distance entre les auteurs ont pour conséquence, entre autres, le recours à un lexique différent.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>- Angoisse</strong> : ne pas confondre avec la peur, qui porte sur une menace objective (une menace identifiable). L’angoisse porte sur l’être même de l’être humain qu’on est (sur mon être même, en termes plus simples). Or mon être, chez Sartre, c’est ma liberté. L’angoisse, ce serait l’effet de la conscience d’être libre.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>- Athéisme</strong> : L’existentialisme avait jusque là été chrétien (Pascal, Kierkegaard). Sartre affirme inaugurer un existentialisme athée, laissant l’homme plus esseulé encore, puisque livré à lui-même face à un univers qui ne lui donne aucune instruction. Ce n’est pas un athéisme joyeux (« L’athéisme est une entreprise cruelle et de longue <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/07/sartre-rupture-2.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1920" title="sartre rupture 2" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/07/sartre-rupture-2.jpg" alt="" width="359" height="266" /></a>haleine » écrit il dans <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Les Mots</span></em></strong>), c’est au contraire une position qui doit être liée à la citation que Sartre extrait de Dostoievsky dans son <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Existentialisme est un humanisme</span></em></strong>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>- Contingence</strong> : caractère de ce qui peut tout aussi bien être, ou n’être pas ; ou bien de ce qui peut être tel qu’il est, ou autrement qu’il n’est. En somme, ce concept s’oppose au concept de <strong>nécessité</strong>. Si on a déjà croisé ce concept dans l’article précédent chez Epicure, il prend ici une tonalité plus tragique, car l’homme se découvrant contingent prend conscience qu’il aurait tout aussi bien pu ne pas être, qu’il est donc non attendu, non voulu, en quelque sorte il est de trop. On est donc loin d’une pensée qui verrait en chaque être humain un projet qui donnerait à son existence un sens. Au contraire, Sartre montre que si l’homme existe, c’est précisément parce qu’il n’est pas un être figé dans une définition qui lui serait donnée avant qu’il soit. Ne pouvant être défini qu’après avoir existé, il se découvre intégralement contingent.<br />
Dans <strong><em><span style="text-decoration: underline;">La Nausée</span></em></strong>, Roquentin fait l’expérience de la contingence au moment où il perçoit une racine de marronnier détachée de sa fonction, débordant de sa fonction de racine, disposée selon une forme qui aurait tout à fait pu être autre, puisque étrangère à toute nécessité. L’évidence de la contingence apparaît aussi dans ce roman comme dans <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Les Mots</span></em></strong>, en opposition aux œuvres d’art qui sont caractérisées par leur totale nécessité (chaque élément de l’œuvre doit s’y trouver, rien n’y est contingent)<br />
<strong>- Nécessité</strong> : <em>a contrario</em> de la contingence, désigne ce qui ne peut pas être autre qu&#8217;il n&#8217;est. Cela peut valoir pour les démonstrations logiques (les propriétés d&#8217;une figure géométrique par exempe) ou les relations de cause à effet. En revanche, cela ne peut pas concerner l&#8217;existence humaine.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>- Exister</strong> : ne pas coïncider avec soi même.<br />
Le mieux, pour saisir ce qu’est exister, c’est de distinguer, comme le fait Sartre, l’en-soi et le pour-soi :<br />
<strong>- L’en-soi</strong> désigne ce qui n’est que ce qu’il est, ce qui peut se réduire à la définition qu’on peut en donner.<br />
<strong>- Le pour-soi</strong> désigne ce qui se tient hors de ce qu’il est, ce qui est toujours au-delà de soi-même ; et ce dépassement de soi est dû au fait que le pour-soi est cet être qui est en rapport avec lui-même, ce qui réclame qu’il soit apte à se détacher de lui-même. N’étant par définition rien, ou n’étant jamais ce qu’il est présentement, le pour-soi se tient inconfortablement hors de soi. Exister, c’est cela : Ex-sistere, c&#8217;est-à-dire se tenir hors de soi. On le comprend, lors d’un commentaire de Sartre, il peut souvent être utile de distinguer être (qui est approprié à l’en-soi (ce qui est en quelque sorte tout en intériorité)) et exister (qui est approprié au pour-soi, qui se regarde être, et dépasse son simple être, en se dédoublant pour ainsi dire).<br />
Ce mouvement de l’existence correspond aussi à la conscience telle qu’elle est conçue par Sartre : celle-ci, à la différence du cogito cartésien, n’est pas conçue comme un objet, mais comme un mouvement (on trouve le même genre d’idée chez Husserl), une projection, un élan. La spécificité de cet élan, c’est qu’il ne vise aucune définition de soi a priori. Il se lance dans le néant.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>- Engagement</strong> : concept fondamentalement lié à celui de liberté. L’engagement n’est pas, chez Sartre, une possibilité parmi d’autres, il est le mouvement par lequel la liberté s’accomplit. Mais comme la liberté est, pour lui, une condamnation, dès lors on n’a pas le choix de s’engager ou pas. Exister, c’est s’engager dans des perspectives. Ce qu’on croit être une situation dont on a hérité, ou qui nous serait « tombé dessus » est en fait cette trajectoire dans laquelle on s’est engagé, qu’on le reconnaisse ou pas.<br />
L’homme n’est que le résultat des choix qui sont les siens. Là où l’objet est dégagé de toute responsabilité vis-à-vis de son essence (il a été défini par autre chose que lui), l’homme est celui qui se détermine lui-même, au-delà de ce que les circonstances ont fait de lui. On trouve cette idée exprimée de manière particulièrement claire, et dense, dans cette phrase extraite de son Saint Genet, comédien et martyr : « Nous ne sommes pas des mottes de terre glaise et l’important n’est pas ce qu’on fait de nous, mais ce que nous faisons nous-même de ce qu’on a fait de nous ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>- Humanisme</strong> : Classiquement, désigne toute doctrine plaçant au sommet des valeurs la dignité humaine. Dans le cas de l’existentialisme, la désignation « humaniste » peut sembler paradoxale, puisque Sartre déconstruit l’homme en tant qu’objet. Dès lors, on pourrait craindre que la dignité de cet être qui n’est, tout compte fait, rien, soit fortement dévaluée. Sartre affirme au contraire que c’est précisément dans la sortie hors d’une définition figée que se trouve la dignité humaine fondamentale.<br />
De manière plus étonnante encore, Sartre instaure sa pensée comme un humanisme parce que chaque être humain, dans la liberté inaliénable qui est la sienne, porte sur lui la responsabilité de ce qu’il est, pour lui certes, mais aussi pour les autres : en agissant, chaque homme définit l’homme dans sa globalité, puisqu’il en est l’actualisation.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>- Liberté</strong> : <strong><em><span style="text-decoration: underline;">l’Existentialisme est un humanisme</span></em></strong> revisite de part en part ce concept, en le retournant contre lui-même, parvenant à cette formulation <em>a priori</em> paradoxale : « L’homme est condamné à être libre ». Cela signifie que la liberté n’est plus envisagée comme une situation dans laquelle l’homme se trouverait, ou pas, mais comme la condition même de l’existence humaine. L’homme n’est plus le produit de circonstances qui auraient fait de lui ceci ou cela. Il n’est rien d’autre que ce qu’il a fait de lui. L’existentialisme place la liberté au centre de sa pensée, puisque rien en dehors de l’homme lui-même ne décide de ce qu’il a à faire, du bien ou du mal, du beau, du vrai. Livré à lui-même, l’homme se doit d’agir en étant, perpétuellement, créateur de ses propres gestes et attitudes, dont il est dès lors pleinement responsable.</p>
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		<title>5h de l’après midi. C’est l’heure de faire 4h en écoutant Sartre chez Jacques Chancel</title>
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		<pubDate>Tue, 28 Jun 2011 14:30:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Auteurs]]></category>
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		<category><![CDATA[Sartre]]></category>

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Vous êtes un lycéen, 17 ans, vous rentrez du lycée, de type Pailleron, dans lequel, quotidiennement, vous vous rendez pour suivre vos cours, préparant le baccalauréat, section A. Aujourd’hui, la tension était palpable dans votre établissement, puisqu’hier, un collège semblable a connu un incendie au cours duquel vingt-deux personnes ont péri. Claude Guillaumin en parlera [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">Vous êtes un lycéen, 17 ans, vous rentrez du lycée, de type Pailleron, dans lequel, quotidiennement, vous vous rendez pour suivre vos cours, préparant le baccalauréat, section A. Aujourd’hui, la tension était palpable dans votre établissement, puisqu’hier, un collège semblable a connu un incendie au cours duquel vingt-deux personnes ont péri. Claude Guillaumin en parlera ce soir au journal télévisé. Comme tous les jours, votre mère vous a ramené en voiture du lycée, et comme tous les jours, une fois sorti de la Simca 1100, vous faites un saut dans la cuisine pour vous faire une sandwich pain de mie – beurre – Banania. Vous vous <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/06/sartre-1973.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1904" title="sartre-1973" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/06/sartre-1973.jpg" alt="" width="308" height="220" /></a>apprêtiez à rejoindre votre chambre pour faire vos devoirs en écoutant Led Zeppelin, quand depuis le salon vous entendez les premières mesures de la Grande Valse, de Georges Delerue qui, comme tous les jours à 5 h. de l’après midi, émane du poste à transistor familial, annonçant le début de l’émission que votre mère ne raterait pas pour tout l’or du monde : Radioscopie, par Jacques Chancel.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous sommes le 2 Février 1973. C’est Jean-Paul Sartre qui est invité ce soir. Comme vous faites de la philosophie depuis septembre, et puisque votre professeur vous a déjà donné des textes de cet auteur à étudier, vous repoussez Led Zep&#8217; et les devoirs à plus tard, et vous rejoignez votre mère dans le salon pour écouter, pendant une heure, Sartre  jouant le personnage de Sartre,-en-soi, un peu garçon de café sur les bords vous dites vous, mais en version sans doute pas dupe de lui-même, une heure en compagnie de la voix déjà institutionnelle de Chancel questionnant Sartre comme s&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;une psychanalyse existentielle.  A mi émission, votre père rentrera du travail; sans parler , comme à chaque fois qu&#8217;il rentre un peu plus trop, pour ne pas troubler le rendez-vous quotidien de votre mère avec les célébrités du moment et cette voix masculine qui la fait secrètement vibrer, et dont elle ne découvrira le visage que plusieurs années plus tard, lorsqu&#8217;on plantera un poste télévisé au beau milieu du salon.  Comme chaque jour, il prendra place dans son fauteuil, ce jour ci avec un bol de Viandox pour se réchauffer du froid mordant de l’hiver ,dehors. Il lit encore France-Soir, mais ne sait plus trop pourquoi. Peut être parce que Libération devra encore attendre Avril pour apparaître dans les kiosques.</p>
<p style="text-align: justify;">D’ailleurs, Sartre est venu pour parler de la préparation de ce nouveau journal, dont il est l’un des instigateurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Evidemment, vous n’êtes pas bachelier en section A, vous n’avez pas 17 ans en 1973, nous ne somme pas en février, vous n’écoutez sans doute pas la radio sur un transistor. Votre père lit peut être Libé, mais il ne sait plus trop pourquoi. Peu importe, nous sommes ce que nous ne sommes pas, nous ne sommes pas ce que nous sommes.P</p>
<p style="text-align: justify;">Pour rejoindre le salon, cliquez sur le lien ci-dessous, ou bien enregistrez en la source (clique doit, &laquo;&nbsp;enregistrer la source sous&nbsp;&raquo;)</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://medias.harrystaut.fr/Radioscopie-JeanPaulSartre.mp3" target="_blank">http://medias.harrystaut.fr/Radioscopie-JeanPaulSartre.mp3</a></p>
<p></span></p>
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		<title>Complément à la préparation à l’oral, à propos de Sartre : une incursion dans l’Etre et le Néant.</title>
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		<pubDate>Mon, 27 Jun 2011 15:36:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Auteurs]]></category>
		<category><![CDATA[L'Existentialisme est un humanisme]]></category>
		<category><![CDATA[Sartre]]></category>

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Pour évaluer à quel point on a compris le texte d’un philosophe, le mieux est sans doute de se confronter à un autre texte, du même auteur, de difficulté plus élevée. L’Existentialisme est un humanisme est un texte réputé assez facile d’accès, puisque vulgarisant une thèse philosophique qui peut prendre des aspects bien plus complexes. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">Pour évaluer à quel point on a compris le texte d’un philosophe, le mieux est sans doute de se confronter à un autre texte, du même auteur, de difficulté plus élevée. <strong><em><span style="text-decoration: underline;">L’Existentialisme est un humanisme</span></em></strong> est un texte réputé assez facile d’accès, puisque vulgarisant une thèse philosophique qui peut prendre des aspects bien plus complexes. On s’assurera de le maîtriser en se penchant sur quelques passages de cette autre pièce maîtresse dans l’histoire de la philosophie qu’est <strong><em><span style="text-decoration: underline;">l’Etre et le Néant</span></em></strong>, parue deux ans avant le court ouvrage tiré de la conférence du cercle Maintenant. <strong><em><span style="text-decoration: underline;">L’Etre et le Néant</span></em></strong> est un sommet autrement plus élevé qui devrait offrir quelques résistances au lecteur encore amateur.</p>
<p style="text-align: justify;">Le passage qui suit se singularise par un vocabulaire moins courant, et par des références plus présentes, et plus pointues que dans <strong><em><span style="text-decoration: underline;">l’Existentialisme est un humanisme</span></em></strong>. Néanmoins, il ne faut pas se laisser démonter. A strictement parler, ce passage s’éclaire par lui-même, dans la mesure où il donne par lui-même les <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/06/GIACOMETTI-sartre.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1894" title="GIACOMETTI-sartre" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/06/GIACOMETTI-sartre.jpg" alt="" width="422" height="504" /></a>éléments de sa compréhension. Lire un philosophe, c’est toujours se mesurer à plus grand que soi (philosopher, c’est d’ailleurs aussi se mesurer à plus fort que soi), mais les plus grands des philosophes sont ceux qui installent dans leurs écrits les marchepieds permettant de se hisser jusqu’à eux.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, on pourra comprendre ce texte en utilisant cette clé, tendue par Sartre lui-même, dans cette phrase : « <em>L’être qui est ce qu’il est ne saurait être libre</em> » (NB : je serais élève de terminale préparant un éventuel oral de rattrapage en philosophie, je pense que j&#8217;apprendrais cette phrase par coeur, tant elle semble permettre de saisir le centre même de la pensée existentialiste telle que Sartre la définit). Je croise les doigts pour que mes élèves comprennent d’emblée cette proposition, dans la mesure où l’idée qu’elle porte fut amplement commentée en classe. Mais comme on sait que tout passe, et tout lasse, et puisque certains tombent ici qui ne sont pas mes élèves, précisons un peu : Ne peut être libre qu’un être qui n’est pas réductible à ce qu’il est d’ores et déjà. La liberté implique de pouvoir « <em>néantiser</em> » ce qu’on est (le réduire à néant, ne serait ce que par la pensée, en saisissant que ce qu’on est , là, maintenant, ne constitue pas l’essence de cet être qu’on est) afin de se projeter dans un autre soi. Il ne s’agit pas de schizophrénie (on croisera, plus tard dans l’histoire du XXè siècle, un Deleuze qui fera, lui, appel à ce concept), mais tout simplement d’aptitude à ne pas se contenter d’être ce que les choses ont fait de soi ; et il ne s’agit pas seulement d’un conseil de vie tel que pourraient en donner ces syndicats d’initiative existentiels que sont les soi-disant guides de « développement personnel » qui pullulent dans les rayons des librairies (parfois même au rayon philosophie, d’ailleurs). Ici, il s’agit de définir cet être particulier qu’est l’être humain, dont on va voir que, précisément, à la différence des autres êtres, il n’est pas totalement contenu dans ce qu’il est ; et qu’il est aussi ce qu’il n’est pas. </p>
<p style="text-align: justify;">Ce passage permet de comprendre deux expressions qui reviennent sans cesse dans ce passage, ainsi que dans l&#8217;ensemble de <strong><em><span style="text-decoration: underline;">l’Etre et le Néant</span></em></strong> : <em>l’en-soi</em>, et <em>le pour-soi</em>. L’Etre qui est ce qu’il est, cela désigne ce que Sartre appelle l’en-soi. Pour un élève de terminale, il me semble qu’une compréhension plutôt fidèle du texte autoriserait à voir dans l’en-soi l’autre nom de ce qu’on appelle un « objet », c&#8217;est-à-dire un être qui est exactement conforme à sa définition, qui n’est que ce qu’il est, sans plus. Cet être là ne dispose d’aucune liberté puisque son être est entièrement fixé, et figé, par sa définition (définitive). Au contraire, le pour-soi désigne l’être qui peut s’envisager lui-même, celui qui peut porter sur lui-même un regard. Ici, pour un élève de terminale encore, on peut autoriser à « lire » derrière cette expression le mot « conscience ». Mais il faut alors voir dans la conscience non pas cette « chose » conceptualisée par Descartes (vous vous souvenez de la question qu’il pose dans ses Méditations : que suis-je ? Réponse : une chose qui pense ; en somme, chez Descartes, la conscience est une chose, un être objet en-soi qui ne serait que ce qu’il est), mais comme une distance vis-à-vis de soi même, une non coïncidence avec soi même qui créerait un « néant » entre soi et soi. C&#8217;est d&#8217;ailleurs ici que Sartre est héritier de Husserl, qui avait correctement diagnostiqué cette spécificité de la conscience, qui n&#8217;est pas un objet, mais une tension vers autre chose qu&#8217;elle-même, idée qu&#8217;il résumait lui même par un concept, &laquo;&nbsp;l&#8217;intentionalité&nbsp;&raquo;, et par une simple phrase : &laquo;&nbsp;Toute conscience est conscience de quelque chose&nbsp;&raquo;. Mais si la conscience est une tension vers autre chose, cela signifie qu&#8217;en elle-même, elle n&#8217;est rien. Chez Sartre, c’est justement  de ce néant qu’émerge la liberté . On comprend mieux, alors, pourquoi dans <strong><em><span style="text-decoration: underline;">l’Existentialisme est un humanisme</span></em></strong>, on affirme à longueur de pages que l’homme est libre parce qu’il n’est rien.</p>
<p style="text-align: justify;">A priori, ces quelques précisions devraient suffire à comprendre le texte qui suit. Et si tout se passe bien, ce texte plus difficile devrait permettre à son tour de mieux comprendre les propositions tenues dans le texte a priori plus simple, mais aussi plus eliptique, qu&#8217;il s&#8217;agit de présenter lors de l&#8217;oral &laquo;&nbsp;de rattrapage&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">&laquo;&nbsp;Etre, pour le pour-soi, c’est néantiser l’en-soi qu’il est. Dans ces conditions, la liberté ne saurait être rien autre que cette néantisation. C’est par elle que le pour-soi échappe à son être comme à son essence, c’est par elle qu’il est toujours autre chose que ce qu’on peut <em>dire</em> de lui ; car au moins est-il celui qui échappe à cette dénomination même, celui qui est déjà par delà le nom qu’on lui donne, la propriété qu’on lui reconnaît. Dire que le pour-soi a à être ce qu’il est, dire qu’il est ce qu’il n’est pas en n’étant pas ce qu’il est, dire qu’en lui l’existence précède et conditionne l’essence ou inversement , selon la formule de Hegel, que pour lui <em>Wesen ist was gewesen ist </em>[<em>Traduction du moine copiste : L’essence, c’est ce qui a été (ou même, ce qui est été, cette traduction alternative et un peu tordue sera importante par la suite, on le verra)</em>], c’est dire une seule et même chose, à savoir que l’homme est libre. Du seul fait, en effet, que j’aie conscience des motifs qui sollicitent mon action, ces motifs sont déjà des objets transcendants pour ma conscience, ils sont dehors ; en vain chercherai-je à m’y accrocher ; j’y échappe par mon existence même. Je suis condamné à exister pour toujours par delà mon essence, par delà les mobiles et les motifs de mon acte : je suis condamné à être libre. Cela signifie qu’on ne saurait trouver à ma liberté d’autres limites qu’elle-même ou, si l’on préfère, que nous ne sommes pas libres de cesser d’être libres. […] L’homme est libre parce qu’il n’est pas soi, mais présence à soi. L’être qui est ce qu’il est ne saurait être libre. La liberté, c’est précisément le néant qui <em>est été</em> au cœur de l’homme et qui contraint la réalité-humaine à <em>se faire</em>, au lieu <em>d’être</em>. Nous l’avons vu, pour la réalité-humaine, être c’est <em>se choisir</em> : rien ne lui vient du dehors, ni du dedans non plus, qu’elle puisse <em>recevoir</em> ou <em>accepter</em>. Elle est entièrement abandonnée, sans aucune aide d’aucune sorte, à l’insoutenable nécessité de se faire être jusque dans le moindre détail. Ainsi la liberté n’est pas <em>un</em> être : elle est l’être de l’homme, c&#8217;est-à-dire son néant d’être. Si on concevait d’abord l’homme comme un plein [<em>Note du moine copiste : c'est-à-dire comme un être plein, sans vide, en somme un objet, ce que Sartre désignera aussi comme le « gros plein d’être », c'est-à-dire celui qui se complait à se réduire à ce qu’il est, que ce soit dans l’autosatisfaction (l’individu qui s’identifie à ce personnage de « celui qui a réussi ») ou dans la victimisation (celui qui conçoit ses échecs comme programmés par avance par son appartenance sociale, se désignant comme le jouet impuissant de forces qui décident de tout à sa place)</em>] il serait absurde de chercher en lui, par après, des moments ou des régions psychiques où il serait libre : autant chercher le vide dans un récipient qu’on a préalablement rempli jusqu’aux bords. L’homme ne saurait être tantôt libre et tantôt esclave ; il est tout entier et toujours libre ou il n’est pas. »</p>
<p style="text-align: right; padding-left: 30px;">J-P. Sartre, L&#8217;Etre et le Néant, p. 494 sq dans l&#8217;édition Gallimard, collection Tel; p. 515 sq dans l&#8217;édition originelle.</p>
<p style="text-align: justify;">On portera attention à la dernière phrase, qui est bel et bien libellée ainsi : « Il est tout entier et toujours libre ou il n’est pas », et non pas « Il est tout entier et toujours libre ou il ne l’est pas ». En somme, par l’aliénation hypothétique de sa liberté, l’homme perd son humanité. Ce qui signifie, si on tire toutes les conséquences du texte qui précède, que l’homme perd son humanité dès l’instant où il tente de se définir autrement que comme un vide en mouvement, une projection de soi vers ce qui n’est pas, encore, soi. Dès lors que l’homme s’objective, parle de lui comme on parlerait d’un objet, se définit, s’attribue une essence, il n’est plus humain. On a là de quoi mieux saisir les propositions radicales, mais dès lors logiques, qui sont tenues dans l’Existentialisme est un humanisme.</p>
<p style="text-align: justify;">On saisira mieux encore pourquoi Sartre présentera son existentialisme comme un humanisme. Il aurait été difficile de le définir comme une anthropologie, puisqu&#8217;il aurait alors fallu constituer l&#8217;homme comme un objet qu&#8217;il s&#8217;agirait de connaître. Parler d&#8217;humanisme, c&#8217;est déplacer l&#8217;homme du terrain des objets pour le placer sur celui des valeurs, sans pour autant céder à la tentation d&#8217;en faire une idée figée, au terminus de l&#8217;histoire, ce à quoi tout homme se devrait de correspondre. La manière qu&#8217;aura l&#8217;existentialisme d&#8217;être humaniste, ce sera de détacher l&#8217;homme de toute définition afin de lui rendre l&#8217;aptitude à être tout, puisque n&#8217;étant rien.</p>
<p style="text-align: justify;">Reprenez maintenant <strong><em><span style="text-decoration: underline;">l&#8217;Existentialisme est un humanisme</span></em></strong>, ça devrait vous paraître étonnamment simple.</p>
<p style="text-align: justify;">Illustration : Sartre ,par Giacometti (1949)</p>
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		<title>Complément à la préparation à l&#8217;oral, à propos de Sartre : Descartes, l&#8217;inspirateur détourné.</title>
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		<pubDate>Mon, 27 Jun 2011 10:23:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Auteurs]]></category>
		<category><![CDATA[L'Existentialisme est un humanisme]]></category>
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		<description><![CDATA[
On l’indiquait dans le précédent article, préparer le passage à l’oral en philosophie réclame de maîtriser non seulement une œuvre mais aussi les concepts que cette œuvre travaille. Il ne s’agit pas seulement de se préparer à d’éventuelles questions sortant du strict cadre du texte, mais avant tout d’être capable de le comprendre, en maîtrisant [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">On l’indiquait dans le précédent article, préparer le passage à l’oral en philosophie réclame de maîtriser non seulement une œuvre mais aussi les concepts que cette œuvre travaille. Il ne s’agit pas seulement de se préparer à d’éventuelles questions sortant du strict cadre du texte, mais avant tout d’être capable de le comprendre, en maîtrisant les problématiques qui le motivent, puisque celles-ci sont ce qui fait de ces « œuvres » des textes de philosophie.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, il serait illusoire de prétendre saisir <strong><em><span style="text-decoration: underline;">l’Existentialisme est un humanisme</span></em></strong>, ce court texte de Sartre, sans avoir étudié plus largement la liberté, concept <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/06/SartreFreund.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1889" title="SartreFreund" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/06/SartreFreund.jpg" alt="" width="336" height="448" /></a> central dans les études de philosophie en général, et dans cette oeuvre en particulier. La lecture de ce texte peut donner l’impression que Sartre pense en opposition à toute l&#8217;histoire de la philosophie0, seul dans son camp, redéfinissant de fond en comble la liberté, à l’envers de tout ce que la tradition avait pu établir. C’est que le format de la conférence donne à ce texte un ton assez virulent, polémique, et ne laisse guère la place aux références approfondies. Pourtant, Sartre, dans des écrits plus développés, s’appuie sur cette tradition philosophique, et loin de la nier, il y puise au contraire les éléments de sa propre analyse. Parfois cependant, cet appui se fait de manière assez paradoxale, et on peut être surpris de la manière dont il va puiser, dans des thèses qui sont a priori incompatibles avec les siennes, les sources de ses propres positions.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans le recueil <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Situations I</span></em></strong>, on trouve un passage dans lequel Sartre commente la théorie du libre-arbitre chez Descartes. On sait que pour celui-ci, le libre-arbitre n’a de valeur que si on le conçoit comme un attribut de Dieu, car lui seul, unique être parfait, peut se permettre d’être indifférent, c&#8217;est-à-dire de ne pas pencher vers ceci plutôt que vers cela. Sachant combien, dans <strong><em><span style="text-decoration: underline;">l’Existentialisme est un humanisme</span></em></strong>, Sartre plaide en faveur d’un existentialisme athée, on cerne mal <em>a priori</em> ce qu’il peut retirer d’une telle théorie. Pourtant, on va le voir, l’analyse qu’il met en œuvre consiste précisément à saisir la définition du libre-arbitre chez Descartes, et à le déplacer de Dieu à l’homme, en retirant à celui-là ses prérogatives pour les confier à l’homme lui-même. Ce faisant, on va le voir, ce n’est pas seulement la liberté qui est redéfinie (à strictement parler, d’ailleurs, elle n’est justement pas redéfinie, elle demeure ce qu’elle était chez Descartes, elle est simplement attribuée à un autre être), mais c&#8217;est aussi le Bien et avec lui l&#8217;ensemble des valeurs, qui sont requalifiés, puisqu&#8217;elles cessent d’être un ensemble de repères idéaux dans le « ciel numineux des valeurs », et sont désormais considérées comme le résultat de la délibération humaine, qui ne se manifeste pas autrement que par ses actes. Il n’y a dès lors pas de Bien en soi, mais le Bien est ce que l’homme désigne comme tel, avec toute la contingence que cela suppose. Dès lors, c’est l’homme qui détermine le Bien, et non l’inverse ; et par conséquent, l’homme détermine l’homme, ce qui jusque là avait été considéré comme une spécificité divine.</p>
<p style="text-align: justify;">Voici donc ce passage, extrait de cet ouvrage, <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Situations I</span></em></strong> (1947) qui est en fait un recueil d’articles de provenances diverses, dont celui qui nous intéresse ici, <strong><em><span style="text-decoration: underline;">La Liberté cartésienne</span></em></strong> :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">« Descartes a parfaitement compris que le concept de liberté renfermait l’exigence d’une autonomie absolue, qu’un acte libre était une production absolument neuve dont le germe ne pouvait être contenu dans un état antérieur du monde et que, par suite, liberté et création ne faisaient qu’un. La liberté de Dieu, bien que semblable à celle de l’homme, perd l’aspect négatif qu’elle avait sous son enveloppe humaine, elle est pure productivité, elle est l’acte extra-temporel et éternel par quoi Dieu fait qu’il y ait un monde, un Bien et des Vérités éternelles. Dès lors la racine de toute Raison est à chercher dans les profondeurs de l’acte libre, c’est la liberté qui est le fondement du vrai, et la nécessité rigoureuse qui paraît dans l’ordre des vérités est elle-même soutenue par la contingence absolue d’un libre arbitre créateur. […] En Dieu le vouloir et l’intuition ne font qu’un, la conscience divine est à la fois constitutive et contemplative. Et, semblablement, Dieu a inventé le Bien ; il n’est point incliné par sa perfection à décider ce qui le meilleur, mais c’est ce qu’il a décidé qui, par l’effet de sa décision même, est absolument bon. Une liberté absolue qui invente la Raison et le Bien et qui n’a d’autres limites qu’elle-même et sa fidélité à elle-même, telle est finalement pour Descartes la prérogative divine. Mais, d’un autre côté, il n’y a rien de plus en cette liberté qu’en la liberté humaine et il a conscience qu’en décrivant le libre arbitre de son Dieu, de n’avoir fait que développer le contenu implicite de l’idée de liberté. C’est pourquoi, à bien considérer les choses, la liberté humaine n’est pas limitée par un ordre de libertés et de valeurs qui s’offriraient à notre assentiment comme des choses éternelles, comme des structures nécessaires de l’être. C’est la volonté divine qui a posé ces valeurs et ces vérités, c’est elle qui les soutient : notre liberté n’est bornée que par la liberté divine. Le monde n’est rien que la création d’une liberté qui le conserve indéfiniment ; la vérité n’est rien si elle n’est pas voulue par cette puissance divine et si elle n’est reprise, assumée et entérinée par la liberté humaine. L’homme libre est seul en face d’un Dieu absolument libre ; la liberté est le fondement de l’être, sa dimension secrète ; dans ce système rigoureux, elle est, pour finir, le sens profond et le vrai visage de la nécessité. »</p>
<p style="text-align: justify;">On peut prendre point par point les éléments de définition de la liberté divine chez Descartes, et les plaquer sur l&#8217;homme, afin de concevoir correctement la manière dont Sartre considère la liberté de celui-ci. On comprend dès lors mieux à quel point elle est simultanément absolue et responsabilisante. On comprend mieux aussi pourquoi il ne cessera, dans l&#8217;Existentialisme est un humanisme, de voir en la liberté un condambation, c&#8217;est à dire non pas une situation dans laquelle l&#8217;homme pourrait être, ou ne pas être, mais la condition même de son existence, ce dont, de lui, il ne peut se séparer, ce qu&#8217;il ne peut pas de bonne foi réduire à néant.</p>
<p>En illustration : J-P. Sartre, photographié par Gisèle Freund en 1939</p>
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		<title>La tribune des Temps Modernes</title>
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		<pubDate>Sat, 11 Jun 2011 07:12:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Audio]]></category>
		<category><![CDATA[Auteurs]]></category>
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		<category><![CDATA[Sartre]]></category>

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Quand ce sont les derniers jours qui s&#8217;égrainent avant l&#8217;examen, il n&#8217;est pas inintéressant de croiser un peu les connaissances, de tracer de grandes perspectives à travers les disciplines afin de tisser des liens entre les différentes leçons, afin que les éléments communiquent les uns avec les autres, constituant un réseau d&#8217;autant plus solide qu&#8217;il [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify">Quand ce sont les derniers jours qui s&#8217;égrainent avant l&#8217;examen, il n&#8217;est pas inintéressant de croiser un peu les connaissances, de tracer de grandes perspectives à travers les disciplines afin de tisser des liens entre les différentes leçons, afin que les éléments communiquent les uns avec les autres, constituant un réseau d&#8217;autant plus solide qu&#8217;il n&#8217;aura plus besoin d&#8217;être appris par coeur, puisqu&#8217;un élément permettra de retrouver la majeure partie de tous les autres.</p>
<p style="text-align: justify">Le document que je vous donne à entendre ci dessous sera à votre programme de terminale ce que la maïzena est à la sauce béchamel : un liant. Un croisement entre les programmes de philosophie, d&#8217;histoire, et de littérature (puisque De Gaulle figure cette année et pour un an encore parmi les auteurs étudiés en filière littéraire).</p>
<p style="text-align: justify">1947. Les consciences sont un peu schizophrènes : encore un pied dans le souvenir frais et douloureux de la guerre, de l&#8217;occupation, de la déportation même pour certains, et l&#8217;autre pied dans la reconstruction. Et cette remise sur pieds du pays ne consiste pas seulement à rebâtir les édifices détruits, et à tenter de cicatriser les plaies physiques et morales dont beaucoup souffrent. Elle touche aussi à ce qui est peut être l&#8217;essentiel dans ces périodes complexes : la remise sur pieds des institutions, sous la forme d&#8217;une république qui doit retrouver toute sa force après ces années de mise sous tutelle et d&#8217;humiliation. En effet, au delà des enjeux qui touchent la vie quotidienne des français, la question politique est au coeur des tensions et des débats, parce que le monde est en train de se couper en deux, selon cette fracture qui mettra le monde sous cette basse tension qu&#8217;on appelera &laquo;&nbsp;Guerre froide&nbsp;&raquo;, et que la France, dans sa recherche d&#8217;une voie diplomatique autonome, n&#8217;a pa pu choisir clairement une position claire, ni un camp. Ne se considérant pas vraiment comme vaincue, aimant à s&#8217;imaginer dans le camp des vainqueurs, libérée mais souhaitant être comptée parmi les libérateurs, la France est un peu assise entre deux chaises et sans doute tient on là une des raisons pour lesquelles <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/06/sartre_1947.jpg"><img class="size-full wp-image-1871 alignright" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/06/sartre_1947.jpg" alt="" width="361" height="500" /></a>elle a encore aujourd&#8217;hui des problèmes d&#8217;identité nationale. De Gaulle est persuadé que la france a un rôle à jouer dans ce monde devenu bipolaire, qu&#8217;elle peut se permettre de fonder une troisième voie, avec les pays qui ne se sont pas, eux mêmes, afiliés directement avec tel ou tel camp. Mais il a aussi à gérer le fait que les mêmes tensions existent, à l&#8217;intérieur du pays, entre les partis qui reproduisent à l&#8217;échelle nationale les tensions diplomatiques des deux grands blocs de nations. Et si la France ne choisit pas de camp, elle se fixe tout de même à travers De Gaulle un objectif clair : la lutte contre le communisme, ce qui tout de même l&#8217;inscrit nettement &laquo;&nbsp;quelque part&nbsp;&raquo; dans le concert des nations. Pour ce faire, en 1947, sera fondé le RPF, le Rassemblement pour la France, qui est un parti censé dépasser la logique des partis, pour faire front contre le parti communiste, au-delà des clivages habituels. Le RPF ne durera pas longtemps (il ne survivra pas aux premières déconvenues électorales du général, aux législatives de 1951), mais il permettra, pendant ce court laps de temps, de tracer les grandes lignes de ce qu&#8217;aurait pu être une politique débarassée des luttes entre partis.</p>
<p style="text-align: justify">Autant dire que tout le monde ne voit pas cela d&#8217;un très bon oeil, et qu&#8217;un certain nombre d&#8217;acteurs et observateurs de la vie politique voient ce RPF comme une manière de faire un hold-up global sur l&#8217;ensemble du spectre politique, en convainquant l&#8217;électeur que la seule ligne de démarcation qui vaille, c&#8217;est l&#8217;opposition ou l&#8217;adhésion au projet communiste. Beaucoup de penseurs voient là une manipulation du corps électoral qui s&#8217;accorde mal avec les exigences d&#8217;une véritable démocratie, et ce d&#8217;autant plus que dès lors, les travailleurs ouvriers, la plus modeste des classes sociales, n&#8217;est plus sûre de voir ses propres intérêts représentés parmi les orientations de l&#8217;Etat.</p>
<p style="text-align: justify">On sait à quel point De Gaulle fit en sorte de faire taire les voix qui n&#8217;allaient pas dans son sens. Pourtant, à la radio, des initiatives purent être prises et certaines émissions présentaient un ton critique qui nous étonnerait encore aujourd&#8217;hui même si, comme on va le voir, certaines ne survivaient pas longtemps au couperet ministériel. Ainsi, Fernand Pouey alors directeur des programmes littéraires et artistiques de la radiodiffusion française, invita t-il JP. Sartre et tout l&#8217;équipe de la revue Les Temps Modernes, créée en 1945, à tenir une émission hebdomadaire de 25 minutes, au cours de laquelle ils débattraient de sujets librement choisis. Sartre, Beauvoir, Pontalis, Merleau-Ponty, Bonnafé et quelques autres se lancèrent dans l&#8217;aventure, trouvant là l&#8217;occasion de donner un éclairage philosophique à des débats qui touchent directement le coeur de la société française, y compris dans les couches les plus populaires qui se savent directement concernées par ces questions, et ne comptent pas laisser la politique aux seules mains du général et des hommes qui l&#8217;entourent. Raymond Aron, lui, avait déjà quitté l&#8217;équipe des Temps Modernes, et l&#8217;émission de radio, intitulée <strong><em><span style="text-decoration: underline">la Tribune des Temps Modernes</span></em></strong> lui donna de nombreuses autres raisons de prendre ses distances avec Sartre. L&nbsp;&raquo;épisode qui suit ne fera rien pour arranger les choses.</p>
<p style="text-align: justify">En effet, en 20 Octobre 1947, la radiodiffusion française diffuse son nouvel &laquo;&nbsp;épisode&nbsp;&raquo; de l&#8217;émission<strong><em><span style="text-decoration: underline"> la Tribune des Temps Modernes</span></em></strong>, dont le thème sera &laquo;&nbsp;<em>le Gaullisme</em>&laquo;&nbsp;. Pour un auditeur du vingt et unième siècle, habitué à entendre le pouvoir politique critiqué et carricaturé, l&#8217;existence d&#8217;une telle émission semblerait tout à fait anodine. Elle l&#8217;est moins dans les années 40, et si la France ne vit pas en dictature, le pouvoir sous de Gaulle se pense comme fédérateur et ne voit pas d&#8217;un très bon oeil que des voix puissent s&#8217;élever contre le général, <em>a fortiori</em> si ces voix utilisent les antennes d&nbsp;&raquo;émission de la radio nationale.</p>
<p style="text-align: justify">On retrouve donc les voix de Jean-Paul Sartre, de Maurice Merleau-Ponty, de Simone de Beauvoir, de JB. Pontalis, Jean Pouillon, Alain Bonnafé, et Roger Chauffard (dans le rôle du gaulliste de service) lancés dans une critique féroce du gaullisme. On a sans doute du mal à imaginer cela de nos jours, mais cette férocité ira jusqu&#8217;à comparer le physique du général, tel qu&#8217;il se donnait à voir sur les affiches de propagande, à celui d&#8217;Hitler en personne (comme quoi le principe de la comparaison historique outrancière n&#8217;est pas nouveau). Ce n&#8217;est sans doute pas le moment où le propos se fait le plus pertinent. En revanche, il y a quelques passages intéressants sur ce que c&#8217;est que d&#8217;avoir raison face à l&#8217;Histoire, ainsi qu&#8217;une critique d&#8217;une certaine conception du pouvoir, qui a d&#8217;autant plus de valeur qu&#8217;elle s&#8217;exprime face à ce pouvoir qu&#8217;elle critique. Celui-ci ne tardera d&#8217;ailleurs pas à se réveiller, puisque l&#8217;émission n&#8217;ira pas au-delà de son cinquième numéro, s&#8217;arrêtant dès Novembre 1947. Pour la petite histoire, on retiendra que cet automne sera celui des douches froides pour Fernand Pouey, puisque c&#8217;est aussi en 1947 qu&#8217;il commandera une pièce radiophonique à Antonin Artaud, qui enregistra dans les studios de la radio française son <strong><em><span style="text-decoration: underline">Pour en finir avec le jugement de Dieu</span></em></strong>, qui fut interdit la veille de sa diffusion, et valut à Pouey de devoir démissioner.</p>
<p style="text-align: justify">Voici donc ces voix dont les mots sont familiers à ceux qui les lisent, avec cette distorsion typique des enregistrements de ce temps là, avec le vocabulaire de ce temps là, cette manière de s&#8217;exprimer, cette violence dans l&#8217;appréciation de celui qu&#8217;on combat idéologiquement et auquel on ne fait pas de cadeaux, et ce d&#8217;autant plus qu&#8217;on sait que derrière les mots, il y a les conditions de vie très réelles, très matérielles, de millions d&#8217;êtres humains; et qu&#8217;on sait aussi qu&#8217;on se met un peu en scène soi même dans ces combats.</p>
<p style="text-align: justify"><br /><img src="http://medias.harrystaut.fr/sartre_debeavoir.jpg" alt="media" /><br />
</p>
<p style="text-align: justify">Post scriptum, écrit par Paul Claudel, qui écouta l&#8217;émission, s&#8217;en trouva fort incommodé, et prit sa machine à écrire pour répondre à l&#8217;équipe des Temps Modernes, dans des termes qui confirment qu&#8217;à l&#8217;époque, on mettait les formes dans les controverses, parce qu&#8217;on savait écrire, mais on n&#8217;édulcorait pas vraiment son propos :</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">&laquo;&nbsp;Le créateur de l&#8217;existentialisme a rendu au général de Gaulle le seul hommage qui fût en son pouvoir, celui des insultes, les siennes et celles des pauvres petits bonshommes et bonnes femmes à sa suite, dont il essaye aujourd&#8217;hui, plutôt lourdement et maladroitement, de se désolidariser. C&#8217;est un argument à la portée de toutes les intelligences que de plaisanter les gens sur leur physique. M. Sartre est-il content du sien ? Quant aux critiques de fond, il reproche au général de n&#8217;avoir pas de programme. Cela nous change du parti communiste qui a non seulement un programme, mais plusieurs, contradictoires et interchangeables. Quant au général, à l&#8217;intérieur, mais oui, il a un programme, celui que tout la France a acclamé dimanche dernier :<em> Nous voulons travailler tranquillement</em>. Et quant au programme extérieur, je demande simplement à J.-P. Sartre à ses petits camarades, momentanément désintéressés de cette chimère qui bombicine dans le vide au café de Flore, de regarde la carte d&#8217;Europe, et de se demander si, en présence de la situation qu&#8217;elle manifeste, il n&#8217;y a pas autre chose à faire que de porter aux homme du Kominform la bonne parole existentialiste, pour laquelle ils ne paraissent pas d&#8217;ailleurs avoir un goût particulier.&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: right;padding-left: 30px">Le 23 Octobre 1947, lettre publiée dans le journal Carrefour le 29 Octobre 1947.</p>
<p style="text-align: justify">Claudel ne fut pas le seul à se plaindre, à tel point que le troisième épisode de cette courte série d&#8217;émissions, diffusé le 3 Novembre 1947, fut intégralement consacré aux réponses à apporter à l&#8217;imposant et vitupérant courrier des auditeurs, scandalisés qu&#8217;on puisse ainsi tenir de tels propos sur les antennes nationales. Au-delà des échanges de munitions rhétoriques habituels lors de telles polémiques, l&#8217;émission présente l&#8217;intérêt de proposer une définition de la manière dont l&#8217;existentialisme, qu&#8217;on pourrait facilement prendre pour une philosophie individualiste et désengagée, est au contraire essentiellement politique puisque, comme le disent les derniers mots de Sartre &laquo;&nbsp;On ne peut pas être libre tout seul&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: justify"><br /><img src="http://medias.harrystaut.fr/sartre500.jpg" alt="media" /><br />
</p>
<p style="text-align: justify">Pour ceux que l&#8217;écoute intégrale d&#8217;un document de qualité sonore médiocre n&#8217;effraie pas, voici l&#8217;intégralité des émissions, y compris celles qui ont été enregistrées, dont la diffusion était prévue, mais interdite :</p>
<p style="text-align: justify"><br /><img src="http://medias.harrystaut.fr/tempsmodernes.jpg" alt="media" /><br />
</p>
<p style="text-align: justify">Voici la liste des émissions enregistrées :</p>
<p style="text-align: justify">Lundi 20 octobre 1947, 20h00<br />
La Tribune des Temps Modernes (1)<br />
Le gaullisme.<br />
<a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/06/sartre_beauvoir.jpg"><img class="size-full wp-image-1872 alignright" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/06/sartre_beauvoir.jpg" alt="" width="354" height="238" /></a>Avec Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Maurice Merleau-Ponty<br />
J.B. Pontalis, Alain Bonnafé. Jean Pouillon</p>
<p style="text-align: justify">Lundi 27 octobre 1947, 20h00<br />
La Tribune des Temps Modernes (2)<br />
Communisme et anti-communisme.<br />
Avec Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Maurice Merleau-Ponty<br />
J.B. Pontalis, Alain Bonnafé. Jean Pouillon</p>
<p style="text-align: justify">Lundi 3 novembre 1947, 20h00<br />
La Tribune des Temps Modernes (3)<br />
Réponses de Sartre aux lettres des auditeurs<br />
Avec Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Maurice Merleau-Ponty<br />
J.B. Pontalis, Alain Bonnafé. Jean Pouillon</p>
<p style="text-align: justify">Lundi 10 novembre 1947, 20h00<br />
La Tribune des Temps Modernes (4)<br />
Libéralisme et socialisme.<br />
Avec Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Maurice Merleau-Ponty<br />
J.B. Pontalis, Alain Bonnafé. Jean Pouillon</p>
<p style="text-align: justify">Lundi 17 novembre 1947, 20h00<br />
La Tribune des Temps Modernes (5)<br />
La crise du socialisme.<br />
Avec Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Maurice Merleau-Ponty<br />
J.B. Pontalis, Alain Bonnafé. Jean Pouillon</p>
<p style="text-align: justify">Lundi 24 novembre 1947, 20h00<br />
La Tribune des Temps Modernes (6)<br />
Entrevue de monsieur Lucot, ancien secrétaire de Fédération de l’Alimentation,<br />
représentant de la minorité au sein de la CGT.<br />
<a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/06/tumblr_llls5z7VFO1qk8tqwo1_500.jpg"><img class="size-medium wp-image-1873 alignright" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/06/tumblr_llls5z7VFO1qk8tqwo1_500-300x225.jpg" alt="" width="300" height="225" /></a>Avec Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Maurice Merleau-Ponty<br />
J.B. Pontalis, Alain Bonnafé. Jean Pouillon</p>
<p style="text-align: justify">[Interdit de diffusion]<br />
(Diffusion prévue lundi 1er décembre 1947)<br />
La Tribune des Temps Modernes (7)<br />
La vrai sens des revendications ouvrières.<br />
Avec Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Maurice Merleau-Ponty<br />
J.B. Pontalis, Alain Bonnafé. Jean Pouillon</p>
<p style="text-align: justify">[Interdit de diffusion]<br />
(Diffusion prévue lundi 8 décembre 1947)<br />
La Tribune des Temps Modernes (8)<br />
Manifeste d’intellectuels sur la situation internationale.<br />
Avec Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Maurice Merleau-Ponty<br />
J.B. Pontalis, A. Bonnafé. Jean Pouillon</p>
<p style="text-align: justify">[Interdit de diffusion]<br />
(Diffusion prévue lundi 15 décembre 1947)<br />
La Tribune des Temps Modernes (9)<br />
Entrevue avec David Rousset sur son récent voyage en Allemangne.<br />
Avec Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Maurice Merleau-Ponty<br />
J.B. Pontalis, A. Bonnafé. Jean Pouillon</p>
<p style="text-align: justify">L&#8217;INA avait proposé à la vente, en 1990, sous forme d&#8217;un coffret de quatre cassettes. Oui, des cassettes. Aucune édition sous forme de CD jusqu&#8217;à aujourd&#8217;hui. On trouve ce coffret sur le marché de l&#8217;occasion, à prix d&#8217;or. Je découvre aujourd&#8217;hui même que le réseau des médiathèques parisiennes en possède un exemplaire. Sachant à quel point les bandes magnétiques sont des supports fragile, il faut s&#8217;attendre à ce que peu à peu cette ressource disparaisse. Patientons néanmoins : L&#8217;INA travaille sur la numérisation intégrale de tous les documents audiovisuels concernant Sartre, ce qui représente 835 000 heures de matériel. Théoriquement, la mission devrait être achevée en 2015.</p>
<p></span></p>
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		<title>Sartre par Sartre</title>
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		<pubDate>Tue, 06 Apr 2010 03:43:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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Je l&#8217;avais promis à quelques élèves, et aux collègues avec lesquels j&#8217;en avais parlé, alors je mets en ligne ces quelques pages que le Nouvel Observateur de Janvier 1970 consacra à un assez long entretien avec Sartre, qui revenait alors, dans le cadre de sa propre pensée, sur un certain nombre des points qu&#8217;une [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"> </p>
<p style="text-align: justify;">Je l&#8217;avais promis à quelques élèves, et aux collègues avec lesquels j&#8217;en avais parlé, alors je mets en ligne ces quelques pages que le Nouvel Observateur de Janvier 1970 consacra à un assez long entretien avec Sartre, qui revenait alors, dans le cadre de sa propre pensée, sur un certain nombre des points qu&#8217;une année de Terminale évoque assez nécessairement : ses propos parfois peu nuancés sur l&#8217;irréductibilité du choix, y compris en situation extrême, dont il dit lui même ici qu&#8217;il ne les comprend plus alors qu&#8217;il les relit des années plus tard, sa relation à la psychanalyse et au marxisme, Flaubert, la manière dont l&#8217;étude de celui-ci va constituer une tentative pour concilier Marx et Freud, sa conception de la liberté, de la relation de l&#8217;individu avec l&#8217;histoire, la Chine et la Révolution culturelle, l&#8217;Université. L&#8217;entretien, qui ne fut d&#8217;ailleurs pas donné au Nouvel Observateur, qui ne fit que le traduire, et le reprendre en ce 26 Janvier 1970 du périodique britannique New Left Review fait donc le point sur la pensée de Sartre à ce moment précis, et dans le contexte historique dans lequel Sartre pense. On y voit un penseur confronté à une époque qui semble singulièrement, après coup, donner à penser, tant elle croise les idéologies et les évènements historiques dont on sait qu&#8217;ils structureront durablement le monde et les représentations qu&#8217;on en a. On y voit aussi comment Sartre analyse la relation de sa pensée et de ses engagements avec ce monde là, et c&#8217;est peut être aussi dans cette tension qu&#8217;on peut lire une certaine conception de la liberté.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme d&#8217;habitude, il suffit de cliquer sur les vignettes pour lire, dans l&#8217;ordre, les pages de ce numéro 272 du Nouvel Observateur.</p>

<a href='http://www.harrystaut.fr/2010/04/sartre-par-sartre/obs0272_19700126_001-3/' title='OBS0272_19700126_001'><img width="150" height="150" src="http://www.harrystaut.fr/files/2010/04/OBS0272_19700126_0012-150x150.jpg" class="attachment-thumbnail" alt="OBS0272_19700126_001" title="OBS0272_19700126_001" /></a>
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<p style="text-align: justify;"><a class="thickbox" href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/gallery/sartre/obs0272_19700126_001.jpg"></a></p>
<p></span></p>
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		<title>Sens uniques</title>
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		<pubDate>Sat, 07 Feb 2009 17:54:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Désir]]></category>
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		<description><![CDATA[
Comme promis il y a quelques jours, je mets ici en tension le court métrage de Philippe André, intitulé &#171;&#160;The Rope&#160;&#187; et un extrait de &#171;&#160;l&#8217;Etre et le Néant&#171;&#160;, de Sartre. Dans un cas comme dans l&#8217;autre, il s&#8217;agit de repérer toute l&#8217;ambiguïté de la démarche amoureuse, qui doit être une marche sans être une [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><font size="2"><br />
Comme promis il y a quelques jours, je mets ici en tension le court métrage de Philippe André, intitulé &laquo;&nbsp;<strong><em><span style="text-decoration: underline;">The Rope</span></em></strong>&nbsp;&raquo; et un extrait de &laquo;&nbsp;<strong><em><span style="text-decoration: underline;">l&#8217;Etre et le Néant</span></em></strong>&laquo;&nbsp;, de Sartre. Dans un cas comme dans l&#8217;autre, il s&#8217;agit de repérer toute l&#8217;ambiguïté de la démarche amoureuse, qui doit être une marche sans être une intention personnelle. On se trouve là sur ce territoire où les catégories de liberté, d&#8217;intention se trouvent comme &laquo;&nbsp;court-circuitées&nbsp;&raquo;. On peut voir là une instabilité de sa propre personne qui la met en danger car elle dérégule tout ce qui, d&#8217;habitude, permet de se diriger dans la vie. On peut aussi y voir une puissance de projection de soi qui est probablement sans équivalent. Pour les amateurs, la dernière phrase de cet extrait pourra être mise en relation avec ce qu&#8217;Emmanuel Levinas dit du &laquo;&nbsp;respect&nbsp;&raquo;, qui est aussi conçu comme une relation asymétrique, dont on ne peut qu&#8217;espérer qu&#8217;elle soit réciproque, sans qu&#8217;on puisse le vouloir, et à plus forte raison, l&#8217;exiger. &laquo;&nbsp;<em><span style="text-decoration: underline;"><strong>The Rope</strong></span></em>&nbsp;&raquo; parvient, curieusement, à mettre en scène cette intensité, cette distance qui met en mouvement l&#8217;un vers l&#8217;autre sans jamais cesser d&#8217;être, pour autant, une distance.</p>
<p style="padding-left: 30px; text-align: justify;">&laquo;&nbsp;En soi Autrui-Objet n&#8217;a jamais assez de force pour occasionner l&#8217;amour. Si l&#8217;amour a pour idéal l&#8217;appropriation d&#8217;autrui en tant qu&#8217;autrui, c&#8217;est-à-dire en tant que subjectivité regardante, cet idéal ne peut être projeté qu&#8217;à partir de ma rencontre avec autrui-sujet, non avec autrui-objet. La séduction ne peut parer autrui-objet qui tente de me séduire que du caractère d&#8217;objet précieux « à posséder »; elle me déterminera peut-être à risquer gros pour le conquérir; mais ce désir d&#8217;appropriation d&#8217;un objet au milieu du monde ne saurait être confondu avec l&#8217;amour. L&#8217;amour ne saurait donc naître chez l&#8217;aimé que de l&#8217;épreuve qu&#8217;il fait de son aliénation et de sa fuite vers l&#8217;autre. Mais, de nouveau, l&#8217;aimé, s&#8217;il en est ainsi, ne se transformera en amant que s&#8217;il projette d&#8217;être aimé, c&#8217;est-à-dire si ce qu&#8217;il veut conquérir n&#8217;est point un corps mais la subjectivité de l&#8217;autre en tant que telle. Le seul moyen, en effet, qu&#8217;il puisse concevoir pour réaliser cette appropriation, c&#8217;est de se faire aimer. Ainsi nous apparaît-il qu&#8217;aimer est, dans son essence, le projet de se faire aimer. D&#8217;où cette nouvelle contradiction et ce nouveau conflit: chacun des amants est entièrement captif de l&#8217;autre en tant qu&#8217;il veut se faire aimer par lui à l&#8217;exclusion de tout autre ; mais en même temps, chacun exige de l&#8217;autre un amour qui ne se réduit nullement au « projet d&#8217;être-aimé ». Ce qu&#8217;il exige, en effet, c&#8217;est que l&#8217;autre, sans chercher originellement à se faire aimer, ait une intuition à la fois contemplative et affective de son aimé comme la limite objective de sa liberté, comme le fondement inéluctable et choisi de sa transcendance, comme la totalité d&#8217;être et la valeur suprême. L&#8217;amour ainsi exigé de l&#8217;autre ne saurait rien demander : il est pur engagement sans réciprocité.&nbsp;&raquo;<br />
Sartre &#8211; <strong><span style="text-decoration: underline;">L&#8217;Etre et le Néant</span></strong>, Paris, Gallimard, 1943, p. 424.</p>
<p style="text-align: justify;"><object width="640" height="505" data="http://www.youtube.com/v/nKX8MPMG8RQ&amp;hl=fr&amp;fs=1&amp;rel=0" type="application/x-shockwave-flash"><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="allowscriptaccess" value="always" /><param name="src" value="http://www.youtube.com/v/nKX8MPMG8RQ&amp;hl=fr&amp;fs=1&amp;rel=0" /><param name="allowfullscreen" value="true" /></object></p>
<p></span></p>
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