Dans nos cordes

Tombant par hasard sur un mini-métrage (The Altar, de Matthew P. Rojas) mettant en scène un combat de lutte qui semblait se dérouler dans un univers parallèle, un peu semblable au nôtre, mais nettoyé de tout le superflu, rassemblé autour de l’essentiel, c’est à dire autour du simple mouvement de la vie, plongé dans une lumière réglée pour demeurer à la frontière de la pénombre, j’avais en tête, dès le premier visionnage, ce qu’écrivait Alexis Philonenko à propos de la

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Lumière noire

Il faut, aussi, lire des textes qu’on ne comprend pas; qu’on ne comprend pas tout de suite, qu’on ne comprend décidément pas, qu’on ne comprendra jamais tout à fait. Ces mots sont susceptibles de nous accompagner une vie entière, nous devançant dans l’obscurité sans pour autant l’éclairer tout à fait, comme une présence amicale qui nous devancerait, en éclaireurs. On trouve aussi bien, chez Alain, des passages brillants de clarté et de pédagogie, que des moments où on le sent

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Roulette ruse

Whatever I’ve done I’ve been staring down the barrel of a gun Depeche Mode – Barrel of a gun Encore un petit Bond dans la dialectique ?  De la forme au signe il n’y a qu’un pas. Si James Bond est une forme générale, un ensemble abstrait, conceptuel, qui demeure invariant quelles que soient les apparences diverses que revêtent les films, le concept de James Bond, semblable à lui-même,  s’appuie lui sur des signes qui réapparaissent, presque identiques à eux-mêmes, d’épisode

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Majordome

Majordome; du latin major domus, chef de la maison Un article, juste pour expliquer le titre de l’article précédent.  A plus d’un titre On Her Majesty’s secret service est le titre du sixième film mettant en scène le personnage de James Bond, en 1969. Il fût réalisé par Peter Roger Hunt, et l’interprète de l’agent secret est le moins connu de tous, puisqu’il s’agit de George Lazenby, que tout le monde a oublié depuis.  Au départ, je cherchais tout simplement

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Cache cache

  Je remets en ligne un article qui date de 2011, à propos de la sortie du documentaire Into Eternity, après l’avoir évoqué en classe, en jetant les bases d’une réflexion sur la culture en général, et la technique en particulier. Ajoutons que ce documentaire peut aussi se prêter à des analyses esthétiques.  Un de nos paradoxes est le suivant : Tout ce que nous produisons est par définition périssable, puisque le principe même de financement de nos activités réside

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Aimer totalement

Pour compléter l’article précédent. Rien que pour la musique de Georges Delerue, les filtres rouge, puis bleu, le parcours à double sens sur le corps de Brigitte Bardot, les mots si importants, qui s’approchent au plus près, font dans le détail et mettent à distance à la fois, parlent du corps, puis de son reflet, ne sont eux mêmes que reflet d’un corps à jamais image, inaccessible, qu’on ne pourra aimer que totalement, tendrement, tragiquement cependant, parce qu’il s’agit là

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Initier B.B.

Récemment, j’ai eu le plaisir de travailler, en l’approfondissant « un peu », la fameuse séquence qui ouvre presque le Mépris de Godard, celle qui se situe juste après le juste-un-peu-moins-fameux – aux yeux du grand public, mais pas des cinéphiles – générique parlé mettant en scène le chef opérateur de Godard, Raoul Coutard, aux commandes de sa caméra. Ça m’a donné l’occasion de lire pas mal de choses au sujet de Godard, dont la fameuse biographie signée par Antoine de Baecque.

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Roadrunner

J’ai récemment travaillé avec mes élèves sur l’observation approfondie de Stylo, un clip de Gorillaz, une course poursuite entre pony-cars animée par un Bruce Willis livré à lui-même. Leur boulot consistait à montrer qu’on retrouvait dans ce concentré de road-movie quelques uns des gènes essentiels du western. Mon boulot, c’était de les corriger, et de les inviter à pousser le plus loin possible l’observation et le propos.  Alors voici :  2D est le membre principal de Gorillaz qui incarne le

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Negan

Finalement, il se passe dans The Walking Dead un peu ce qui s’est peu à peu passé dans le western : peu à peu, l’ennemi se fait plus proche. Si au départ, pour les colons, l’ennemi c’était les indiens, peu à peu, ceux-ci disparaissent du paysage, pour ne laisser parfois d’eux-mêmes que quelques vestiges ou un souvenir des temps sauvages (Dans L’Homme qui tua Liberty Valance, à Capitol City, Peabody évoque en termes peu valorisants les indiens comme un équivalent

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Law and Order

A l’Ouest, à la fin du 19ème siècle, c’est en diligence que Ramson Stoddart rejoint une première fois Shinbone. A l’Est, c’est à cheval que Rick Grimes rejoint sur une autoroute à moitié déserte la ville d’Atlanta. Le premier vient apporter une loi qu’il pense pouvoir se suffire à elle-même, afin de mettre fin au règne de la force. Le second est l’incarnation de la force légale, et ne sait pas encore à quel point il va devoir fermer les

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Eurythmics

  Il y a quelque chose de curieux à faire du film de Chaplin, Les Temps modernes, une référence automatique dans les dissertations portant sur le travail. Qu’un film qui envoie le personnage de Charlot à l’usine comme on verserait du sable dans les rouges des mécanismes d’une horloge, fasse àson tour l’objet d’une telle mécanique argumentative, ce n’est pas le moindre de ses paradoxes. Et à vrai dire, si cette illustration est encore possible, c’est qu’elle n’en est pas

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Rewind

En 1963, Jacques Demy ouvre son second film, La Baie des anges, sur une femme marchant sur la Promenade des anglais. Le regard de la caméra s’en éloigne aussitôt, instaurant avec elle la distance que le héros du film ne cessera, dès lors, de parcourir à l’endroit, le mouvement initial du cinématographe faisant, lui, le chemin à l’envers. C’est donc un travelling arrière qui ouvre La Baie des anges. Comme si on pouvait remonter le temps. Toute image porte en elle

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Vortex

L’un des premiers gestes de cinéastes de Maurice Pialat fût un court métrage, réalisé sous la forme d’un magnifique essai visuel, intitulé L’Amour existe [http://www.harrystaut.fr/2016/01/filmer-ou-faire-lamour/]. Les derniers mots du texte écrit par Pialat affirmaient qu' »un simple changement d’angle suffit« , ouvrant une perspective qu’on aurait pu croire, jusqu’à cet instant, impossible. Alors, trouant le désespoir, on se disait que oui, peut-être, l’amour pourrait exister, et qu’il consisterait en ce décalage, en ce mouvement circulaire qui consiste à contourner tout ce qui

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Quelques kilomètres de trop à l’écart

Pour compléter l’article précédent, et offrir à ceux qui le désirent la possibilité de lire le texte de Pialat, dont le film n’est cependant pas une illustration, en voici la retranscription. Mais il ne prend véritablement son sens qu’accompagné par sa mise en image, et la musique de Georges Delerue : « Longtemps j’ai habité la banlieue. Mon premier souvenir est un souvenir de banlieue. Aux confins de ma mémoire, un train de banlieue passe, comme dans un film. La mémoire

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Filmer ou faire l’amour

De Maurice Pialat, on connait surtout les longs métrages, réputés pour engager entre fiction et réalité une relation complexe qui serait comme un dévoilement, dévoilement progressif de ce dont le film est l’image, mais aussi dévoilement de ce qu’est le film, lui-même, et de ce que sont tous ceux qui y participent; on connait moins ses courts métrages, réalisés alors qu’il passe progressivement de la peinture, son premier art, au cinéma. On retrouve, dans le premier court qu’il réalisera professionnellement le rapport

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Rome, ville déserte

Un peu perdue au milieu de l’exposition que la Cinémathèque consacre ce printemps au réalisateur Michelangelo Antonioni, cette critique du film l’Eclipse (1962), rédigée pour le Nouvel Observateur par Jean-Louis Bory, un de ceux dont on a un peu oublié le regard porté sur l’écran, et les mots par lesquels il parvenait à redoubler cette expérience. On pourra y être sensible à la peinture du monde déshumanisé par la technique, pas seulement les machines, mais aussi l’apparition de la ville

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Go west

« Je cherche Dieu sait qui Dieu sait quoi » Etienne Daho, Sortir ce soir   Plusieurs fois, ces jours ci, nous avons été amenés à évoquer en cours les road-movies des années 70, et parmi eux les plus archétypiques d’entre eux; le plus célèbre, Easy Rider (Dennis Hopper, 1969), qui est une sorte d’Odyssée de l’asphalte, et le trop peu connu Vanishing Point (Richard C. Sarafian, 1971). Deux longs métrages errant dans des paysages taillés, à l’horizontale, pour le cinémascope, l’un à

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Toute fin a été précédée d’un commencement – Ouvrir les yeux

Dernier partage, avec mes élèves de seconde (mais les autres ont le droit de jeter un oeil par dessus leur épaule, pour découvrir à leur tour ce secret bien gardé) : voici le dernier court métrage projeté en classe, à propos duquel nous avons eu le temps de partager quelques mots. Vie) 1993, constitue avec La Fin, un diptyque; comme les deux côtés d’une même médaille, qui ne vont pas l’un, sans l’autre, mais ne peuvent se rencontrer ni se

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Transport en commun – Fermer les yeux

  This is the end, my only friend, the end It hurts to set you free But you’ll never follow me The end of laughter and soft lies The end of nights we tried to die This is the end The Doors ; The End Second article consacré aux courts métrages de Pelechian, le second sur lequel nous avons travaillé lundi avec les élèves de seconde qui sont en pleine exploration du langage cinématographique. Si Au Début était un exercice de pure virtuosité technique mise

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Il y a Un Début à tout

Hier, l’occasion s’est présentée pour moi de faire entrer toute une classe de seconde dans le cercle fermé des connaisseurs d’un réalisateur que je considérerais volontiers, et je ne suis pas le seul, comme un acteur majeur du cinéma du 20ème siècle, quand bien même il n’est l’auteur d’aucun long métrage et malgré le fait que son nom soit inconnu, encore aujourd’hui, du plus grand nombre : Artavazs Pelechian; réalisateur arménien dont la filmographie s’étend, chronologiquement, des années 60 à la

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Monolithique

Faut-il insister sur la chance que nous avons, cette semaine, de pouvoir faire cette expérience sans réelle commune mesure, au cinéma ? 2001, L’Odyssée de l’Espace, de Kubrick, passe en salle, dans le cadre de la programmation « UGC Culte », pendant une semaine. Que dire pour inviter à se lancer dans le vide de l’espace, et dans les ellipses du temps ? On peut évoquer tant de choses : l’émergence de la technique au cours d’une transe collective autour d’un monolithe noir,

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Ça n’a rien à voir

Tout spécialement pour mes élèves de seconde, qui ont découvert la fameuse allégorie de la caverne de Platon et qui, déjà, doivent essayer de regarder à travers les ombres pour tenter d’y distinguer les choses elles-mêmes, en espérant les percer à leur tour pour saisir les formes idéales dont elles ne sont qu’une copie, voici mis en ligne le tout petit extrait du documentaire de Chris Marker, L’Héritage de la chouette (épisode n°9, intitulé Cosmogonie), qui en deux minutes, parvient à

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Tuer le temps

Quelle ère est-il ? Quel meilleur jour qu’une veille de reprise pour désirer être doté du don de suspension du temps ? Même si le retour en cours n’est pas un abandon du loisir, mais la poursuite de celui-ci sous une autre forme, il est difficile de ne pas se laisser envahir par le vertige de savoir le temps des vacances déjà écoulé dans notre dos, et de se trouver face à une nouvelle année à entamer, jour après jour.

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Technicolor

Filmographie ; série-graphie ; bibliographie  sur le développement contemporain des machines Dans le cadre d’une intervention auprès des élèves de terminale S spécialisés en Informatique et Sciences du Numérique, leur ayant proposé une mise en perspective des développements techniques depuis leurs balbutiements jusqu’à nos jours, je leur avais dit que je leur constituerais une petite filmographie sur ce thème, puisque c’est un des motifs récurrents du cinéma en général, et de la science fiction en particulier. Cette liste est loin, très loin

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S’outrepasser

Croisé dans le documentaire évoqué dans l’article précédent, Hugo Von Hofmansthal est un écrivain qui se trouve à la croisée des préoccupations que nous essayons de traiter ces temps ci : autrichien, influencé par sa découverte de l’analyse psychanalytique, mais aussi lecteur de Nietzsche, il fut un auteur protéiforme, précoce, comparable à Rimbaud mais capable aussi d’écrire des livrets d’opéra pour Richard Strauss. En 1904, il publie son Entretien sur la poésie, qui est tout autant un texte mystique qu’une

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Fragments d’un discours cartésien

A l’intention de ceux qui, en ma compagnie, salle 217, ont traversé tout ou partie de la quatrième partie du Discours de la Méthode, et à l’intention de tous les autres aussi, voici une mise en image, réalisée en 1971 par Roberto Rossellini pour la télévision italienne, des mots de Descartes, prononcés par lui-même. Bien que Rossellini ait consacré un long métrage à Descartes, c’est d’un autre film que la séquence qui suit est tiré, consacré, lui, à Blaise Pascal.

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Dick Laurent est mort

D’Hugo, je me disais qu’il me faisait parfois penser à Antonioni. Les « choses vues », puis revues, les plans larges, les panoramiques et les plongées dans le décor, au point d’en voir l’envers, les paysages qui sont aussi des vies intérieures. Et d’Antonioni, je pensais tout particulièrement à ce film réalisé en 1975, Profession : Reporter, titre français auquel on préférera l’originel, anglophone : The Passenger, (mais la traduction des titres de films est un des domaines les plus mystérieux de

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Se faire un film

Avant tout autre abord, peut-être est-il préférable pour apprécier à leur juste valeur les oeuvres d’art, de discerner ce qu’elles sont, au-delà de ce qu’elles peuvent sembler représenter. Car on peut légitimement penser que le coeur de l’oeuvre se trouve moins dans ce qu’elles représente, que dans sont aptitude à constituer, par elle-même, une présentation, une présence qui se suffit à elle-même. On se souvient sans doute de la manière dont Malraux traçait les lignes directrices de quelques arts dans

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Très Hautes Résolutions

Les bonnes résolutions de début d’année ont souvent pour thème la reprise en mains d’un corps qu’on aurait,  364  jours durant, totalement délaissé. Du côté de l’esprit en revanche, l’adage cartésien selon lequel tout le monde se trouve suffisamment bien pourvu se confirme : personne ne prend le 1er janvier la résolution d’être moins bête le 31 décembre suivant. Il n’est pourtant pas certain que cette préférence soit très judicieuse. Si on regarde bien la version que  Zack Snyder a

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