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	<title>Harrystaut &#187; Audio</title>
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		<title>Comment perdre son procès sans se perdre soi-même</title>
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		<pubDate>Fri, 25 Nov 2011 04:40:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Conseils de lecture]]></category>
		<category><![CDATA[Platon]]></category>

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		<description><![CDATA[
Comme promis à mes élèves, je remets en ligne un fichier déjà partagé ici même il y a quelques années. Il s’agit d’une émission de France Culture, extraite du cycle intitulé l’Histoire de la Raison, constitué de dialogues entre François Chatelet et Emile Noel. L’épisode proposé ici est consacré à la naissance de la philosophie, à [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify">Comme promis à mes élèves, je remets en ligne un fichier déjà partagé ici même il y a quelques années. Il s’agit d’une émission de France Culture, extraite du cycle intitulé<span style="text-decoration: underline"><em><strong> l’Histoire de la Raison</strong></em></span>, constitué de dialogues entre François Chatelet et Emile Noel. L’épisode proposé ici est consacré à la naissance de la philosophie, à Athènes, à travers la voix de Socrate, telle qu’on pouvait l’entendre s’exprimer dans les rues, les diners ou, comme on s’y intéresse ici, à son propre procès.</p>
<p style="text-align: justify"><br /><img src="http://medias.harrystaut.fr/Chatelet.jpg" alt="media" /><br />
</p>
<p style="text-align: justify">Chatelet commente en effet les raisons pour lesquelles Socrate fut accusé, la manière dont il fut son propre avocat, les motifs pour lesquels on le condamna à mort pour la forme, lui laissant amplement la possibilité d’échapper à cette fin, et les valeurs qui conduisirent Socrate à aller néanmoins jusqu’à la mort. Ce faisant, Chatelet dresse le tableau d’une époque prise dans les contradictions d’une civilisation qui inaugure une parole dans laquelle il ne s’agit plus de réciter les textes cycliques des mythes, mais d’être une voix qui prononce des paroles dont on est soi même l’auteur, ce qui déplace nécessairement l’autorité de la parole, car celui qui est auteur est, étymologiquement, celui qui a autorité sur ce qu’il dit. Il en est aussi, dès lors, responsable, c’est ce que la mort de Socrate indique, mettant en garde tous ceux qui voudraient à sa suite prolonger l’aventure d’une parole et d’une pensée bâties sur le principe du logos. <a href="http://www.harrystaut.fr/files/2011/11/Francois_Chatelet21.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-2079" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/11/Francois_Chatelet21.jpg" alt="" width="384" height="250" /></a>Les autorités politiques de l&#8217;époque, bien que démocratiques à Athènes, ne pouvaient qu&#8217;appréhender l&#8217;apparition de ces nouvelles formes de discours, dont le débat en place public, imposé par la démocratie, était l&#8217;une des origines, et elles craignaient de perdre le contrôle de la pensée, constatant que celle-ci se dispersait à travers une multitude de discours discordants, prétendant tous incarner la sagesse. Le procès de Socrate, s&#8217;il le concerne avant tout, est aussi le tableau d&#8217;une société contradictoire, qui dresse le portrait de ses principales figures, avec au premier plan les sophistes, ces personnages les plus influents de ce temps, qui ont mis la main sur la parole et ont acquis suffisamment d&#8217;autorité pour faire commerce du simple fait qu&#8217;ils parlent au nom des autres.</p>
<p style="text-align: justify"><span style="text-decoration: underline"><em><strong>L’Apologie de Socrate</strong></em></span>, ce dialogue qui retrace la plaidoirie que Socrate prononce pour son propre compte,   signe la mort du premier véritable philosophe, mais constitue aussi l’acte de naissance de la philosophie. Chatelet commente donc cette naissance en la plaçant dans son contexte. Il la met aussi en perspective en évoquant d’autres dialogues dont Socrate est l’un des interlocuteurs, en particulier le <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Lachès</strong></em></span>, qui est en quelque sorte l’archétype même du dialogue socratique, qui commence par une opposition entre personnages dogmatiques, dépassée par un recadrage de la réflexion par un Socrate qui vient reformuler l’objet du débat sous la forme d’un problème conceptuel. Ce sera là le modèle de réflexion qu’un élève de terminale doit encore aujourd’hui respecter dans ses dissertations.</p>
<p style="text-align: justify">Ajoutons que l’émission est aussi savoureuse pour ses détails de mise en scène. On appréciera, entre autres, que ce commentaire de l’apparition historique du principe de dialogue avec soi même soit illustré musicalement par la composition de John Williams, qui servit de bande originale au film <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Rencontre du troisième type</strong></em></span> (Spielberg, 1977), jouée ici dans sa version orchestrale. Cette mélodie d’une simplicité élémentaire, désormais mondialement connue, est en elle-même un dialogue condensé en cinq notes, les trois premières interpellant les deux dernières, la quatrième n’étant que la reprise à l’octave en dessous de la troisième, comme on répond à un partenaire de dialogue en reprenant ses derniers mots, d’une autre voix. Pour ceux que ça intéresse, il y a là une porte d’entrée possible vers une méditation sur la nature du dialogue, et les formes qu’il peut prendre.</p>
<p style="text-align: justify">L’enregistrement intégral de toutes les émissions de ce cycle n’est pas accessible au public. Il faut, pour les écouter, connaître quelqu’un qui les a enregistrées lors de leur diffusion radiophonique, ou qui en possède une copie. Notons cependant que France Culture rediffuse parfois ses anciens cycles d’émissions, et qu’un livre a été tiré de ces entretiens, intitulé lui aussi Histoire de la Raison. On ne peut que conseiller à ceux qui cette introduction intéresse de lire les trois dialogues platoniciens associés à ce procès, et à cette condamnation, souvent édités ensemble dans les formats de poche : l&#8217;<span style="text-decoration: underline"><em><strong>Apologie de Socrate</strong></em></span>, <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Criton</strong></em></span> et <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Phédon</strong></em></span>.</p>
<p style="text-align: justify">Pour copier le fichier sur le support de votre choix, et l&#8217;écouter sans rester bêtement devant cet écran, clique droit sur le lien, et &laquo;&nbsp;enregistrer la cible sous&nbsp;&raquo; :  <a href="http://medias.harrystaut.fr/sophistes socrate platon.mp3" target="_blank">http://medias.harrystaut.fr/sophistes socrate platon.mp3</a></p>
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		<title>Hors saison</title>
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		<pubDate>Thu, 22 Sep 2011 05:06:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Audio]]></category>
		<category><![CDATA[Bonus]]></category>

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		<description><![CDATA[
A propos de l&#8217;oeuvre de Hugues Dufourt, Hivers, et plus particulièrement d&#8217;un de ses mouvements, Le Philosophe selon Rembrandt.
S’intéresser aux œuvres, c’est moins s’attacher aux objets dont elles sont la représentation que tenter d’habiter leur forme, d’en faire un milieu dans lequel on va éprouver de nouveaux percepts, générer de nouveaux concepts.
Ainsi, quand nous regardons [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify">A propos de l&#8217;oeuvre de Hugues Dufourt, <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Hivers</strong></em></span>, et plus particulièrement d&#8217;un de ses mouvements, <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Le Philosophe selon Rembrandt</strong></em></span>.</p>
<p style="text-align: justify">S’intéresser aux œuvres, c’est moins s’attacher aux objets dont elles sont la représentation que tenter d’habiter leur forme, d’en faire un milieu dans lequel on va éprouver de nouveaux percepts, générer de nouveaux concepts.<br />
Ainsi, quand nous regardons le philosophe en méditation de Rembrandt, il s’agit moins d’observer un personnage qui présente sa part de pittoresque que d’éprouver le vertige de la spirale ascendante que constituent l’escalier central et la répartition, sur la toile, de l’ombre et de la lumière, et ce dans un mouvement introspectif dont le personnage est le modèle, sur lequel on peut calquer une attitude.<br />
Le signe le plus parlant de cette prééminence, en art, de la forme sur l’objet de la représentation peut être aperçu lorsque les œuvres dialoguent entre elles. Et sans doute l’effet est-il encore <a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/hors-saison/d_dufourthugues3_79237/" rel="attachment wp-att-1969"><img class="alignright size-full wp-image-1969" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/09/d_DufourtHugues3_79237.jpg" alt="" width="198" height="299" /></a>plus saisissant lorsque c’est la musique qui trouve ses motifs dans d’autres arts, la peinture par exemple.<br />
Ainsi, quand le compositeur contemporain Hugues Dufourt applique au tableau de Rembrandt les principes de la musique spectrale, le résultat est une sorte de transport musical d’un mouvement que le tableau ébauche, d’une aspiration qu’un spectateur, qui demeurerait suffisamment longtemps devant le tableau pour oublier ce qu’il représente, finirait par ressentir.<br />
Entre 1992 et 2001, Hugues Dufourt composa un cycle intitulé <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Les Hivers</strong></em></span>, composé de quatre évocations de tableaux, d’autant de peintres différents. Ainsi, on traverse successivement<span style="text-decoration: underline"><em><strong> le Déluge</strong></em></span> de Poussin, <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Le philosophe en méditation</strong></em></span> de Rembrandt,<span style="text-decoration: underline"><strong> les Chasseurs dans la neige</strong></span> de Bruegel et<span style="text-decoration: underline"><em><strong> la Gondole sur la lagune</strong></em></span> de Guardi. Loin d’être une illustration de l’objet de ces tableaux, les compositions de Dufourt en sont plutôt une interprétation sonore. On a vu combien la tension qui règne dans le tableau de Rembrandt est due à l’opposition qu’il installe entre la quiétude extérieure du philosophe et le mouvement auquel l’escalier l’invite, mouvement immobile qui est l’exacte réplique de l’élan philosophique dans la pensée.<br />
L’extrait proposé ici est le second mouvement de cette suite donnée au tableau de Rembrandt. Il est un intermédiaire entre les accords du premier mouvement,  apposés les uns à la suite des autres, tous paisibles mais tous aussi suffisamment en déséquilibre pour appeler le suivant (c’est ainsi qu’on marche, si on veut bien y songer) et l&#8217;ascension dynamique du troisième mouvement. Apaisements aspirant au mouvement. C’est ainsi qu’on pourrait décrire en termes simples la musique d’Hugues Dufourt dans le premier mouvement (que je ne mets pas en ligne ici, laissant le lecteur se rendre immédiatement dans la médiathèque la plus proche pour y emprunter l’œuvre dans son intégralité; le troisième mouvement est aussi absent de ce que je donne à entendre ici). Peu à peu, les aplats successifs font naitre un élan, dont ce second temps est l’inauguration.</p>
<p style="text-align: justify">Evidemment, de telles œuvres sont tellement radicales qu’on peut douter soient immédiatement appréciées par des oreilles non préparées. Précisons simplement, en essayant de ne pas en dire trop, que le mouvement auquel participe Dufourt s’appelle le spectralisme, et qu’il fut une tentative de revenir, en musique, à ce qui constitue le fondement même de l’expérience musicale : la perception de sons. Ceux-ci seront méticuleusement étudiés au spectrographe, travaillés grâce à l’outil informatique pour produire des accords dont les harmoniques « vibreront » naturellement, dans toutes les échelles du spectre sonore (les guitaristes savent ce que sont les « harmoniques », ces accords subtils obtenus en laissant la corde vibrer naturellement selon certaines fréquences que des doigts habiles peuvent générer. Ces accords sont tellement fascinants qu’ils pourraient se suffire à eux-mêmes, échappant aux lois de la mélodie et de la composition traditionnelle. Imaginons simplement qu’on étudie ce phénomène vibratoire et qu’on en fasse non seulement une science, mais aussi un ensemble de principes d’écriture musicale, et nous obtenons une petite idée de ce qu’est le spectralisme.<br />
Le mieux est sans doute d’oublier un instant la théorie, et d’oublier aussi ce que, d’habitude, on appelle « musique », pour se laisser un peu faire. Précisons tout de même que la mise en ligne de cet extrait n’a qu’une valeur d’illustration : de même que le tableau de Rembrandt ne vaut que par l’expérience qu’on peut éprouver face à lui (et non sous la forme d’une mauvaise reproduction sur écran), l’œuvre de Dufourt réclame à être éprouvée dans son intégralité (le premier mouvement est absolument nécessaire pour vivre ce qui se passe ensuite), avec une qualité de restitution sonore bien meilleure que ce que peut proposer le mp3, qui tasse l’ensemble du spectre sonore que ces compositeurs travaillent si méticuleusement.</p>
<p style="text-align: justify">En accompagnement, je livre ici le texte que Richard Millet qu’on trouve sur le livret accompagnant le coffret abritant les trois compact discs sur lesquels sont gravés ces <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Hivers</strong></em></span> de Dufourt. De la peinture à la musique, de la musique à la littérature, le spectre des sollicitations devrait désormais être suffisamment large pour produire quelques effets ! Evidemment, on aimerait avoir des élèves aux antennes suffisamment bien réglées pour s’entendre dire que proposer de lire Richard Miller pose problème, alors qu’il oublie parfois, dans ses livres, d’être le manipulateur talentueux de la langue française qu’il sait être, pour sombrer dans l’expression simple de préjugés qui se situent tellement au bord du racisme qu’on a du mal à cerner les raisons pour lesquelles il s’entête à vouloir les faire publier. Nous avons un certain talent, en France, pour produire des auteurs dont la maîtrise de la langue s’accompagne d’une errance idéologique un peu désolante. Pour autant, les livres de Millet valent le déplacement, et les occasions de plonger dans une langue comme on plongerait dans une mer nouvelle sont rares. Ajoutons qu’une seconde malédiction touche notre pays : Ecrire correctement à propos de la musique s’accompagne généralement d’une tendance assez profonde à être fasciné par des thématiques nationalistes ou ethnocentristes assez puissantes : Rebatet est l’auteur d’une intéressante <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Histoire de la musique</strong></em></span>, Philippe Nemo a publié un ouvrage qui gagne à être lu, intitulé <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Le Chemin de musique</strong></em></span>, et Richard Millet propose dans son <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Pour la musique contemporaine</strong></em></span> un panorama utile pour ceux qui ont du mal à entamer l’exploration de ce continent sonore. On trouvera aussi, chez ces mêmes auteurs, dans d’autres ouvrages, des propos qui, c’est le moins qu’on puisse dire, posent problème. Mais si on veut leur reprocher de chercher, excessivement, à maintenir les cultures dans les limites de leurs zones géographiques, si on veut critiquer leur volonté trop appuyer de maintenir une pureté dont on peut craindre qu&#8217;elle soit stérile, alors il est nécessaire d&#8217;accepter, soi même, de &laquo;&nbsp;frotter&nbsp;&raquo; ses propres idées aux leurs, aussi différentes soient elles. Il serait trop facile d&#8217;imposer aux autres des principes dont on s&#8217;affranchirait, sous prétexte qu&#8217;on préfèrerait conserver, soi-même, des idées &laquo;&nbsp;pures&nbsp;&raquo;. Si ces écrivains posent problèmes, c&#8217;est qu&#8217;ils réclament qu’on s’y confronte. On n’a pas à lire que les ouvrages qui surfent sur les vagues de la manière dont on pense déjà. Et on n’a pas à penser en surfant sur les vagues de la manière dont les livres s’expriment. Lire, c’est aussi rencontrer d’autres territoires de pensée. Avec ces trois auteurs, on est servi. Il suffit de les lire avec précaution.</p>
<p style="text-align: justify"><br /><img src="http://medias.harrystaut.fr/lephilosophe.jpg" alt="media" /><br />
</p>
<p style="text-align: justify">Dans les lignes qui suivent, il s’agit d’une traversée de l’hiver qui court d’un 28 avril à un 21 mai (on le comprend, c’est moins d’une saison que d’un hiver du corps, et d’un hiver spirituel, qu’il s’agit). Pour ce qui concerne mes élèves, un des intérêts de cette lecture (même s&#8217;il ne faut pas trop lire de manière intéressée), c&#8217;est de constater que gràce au cours, théoriquement, cette lecture prend davantage de sens. Ensuite, si certains aspects échappent encore, c&#8217;est très bien aussi :</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">« 28 avril<br />
A quoi songe-t-on en écoutant ce cycle dont les dimensions réfutent les catégories traditionnelles de l’écoute (comme le font, pour la lecture, les grands romans du 20è siècle) ? Ne suis-je pas écouté par elle ? Ecouté, c&#8217;est-à-dire entré dans son mouvement, participant de la vie interne du son, de la polyphonie des timbres, du flux extraordinairement lent qui nait de la dimension harmonique unitaire propre à la musique spectrale.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">29 avril<br />
Ce qui depuis longtemps me requiert, chez Dufourt, c’est le sentiment que sa musique me donne de l’inouï – lequel est le miroir de l’ailleurs, ou, si l’on préfère, de ce qui a lieu dans une <a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/hors-saison/attachment/1291802098/" rel="attachment wp-att-1970"><img class="alignright size-full wp-image-1970" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/09/1291802098.jpg" alt="" width="286" height="416" /></a>double réfutation du passé et du futur : un non-évènement non anecdotique ; de là le caractère méditatif – j’allais dire spirituel – de cette musique)</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">30 avril<br />
Lumière d’Hugues Dufourt, musique des peintres : vieux rêve d’alliance (plus que de « correspondance ») entre musique et peinture, affaire de temps latent de la peinture. Dévoilement qui appelle le récit, qui se réfère à des scènes : la musique de Dufourt serait elle, dès lors, une manière très haute de céder au récit (au sens) pour mieux le perdre dans le symbole, voire dans la perte du sens, comme Orphée se retournant vers Eurydice et la reléguant à l’ombre infernale, la musique n’ayant d’autre évènement qu’elle-même, étant construction temporelle, monde en soi, bien plus qu’image ou nostalgie du visible ?</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">2 mai<br />
Je viens d’un pays où les hivers sont longs et rudes, jamais vraiment enfuis, même au cœur des autres saisons. J’ai connu les longues stations au pied d’escaliers qui étaient autant d’échelles de Jacob entre la nuit et la lumière. J’ai grandi dans le clair-obscur de Rembrandt, de la Bible, de la mémoire des morts, du silence. Rembrandt n’illustre pas la Bible ; Dufourt n’illustre pas Rembrandt, infini tournoiement de l’esprit entre le clair et l’obscur.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">6 mai<br />
Duffourt n’illustre pas davantage Poussin, ni Bruegel, ni Guardi. Sa musique n’est pas la restitution métaphorique de ces toiles. Sa dimension évidemment contemplative nous parle du temps. Elle est la vis de l’escalier chez Rembrandt, le corbeau s’élançant dans le ciel chez Bruegel, la lune se levant sur les eaux du déluge chez Poussin, la gondole avançant sur la lagune chez Guardi. Elle est, aussi bien, c qui m’échappe ou me sidère – l’étoile vagabonde au dessus des eaux de l’esprit : dessaisissement de soi devant l’altérité irréductible.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">8 mai<br />
On pense parfois à la musique de Morton Feldman : geste cerné de silence, jeu avec l’extrême longueur et la lassitude, sidération heureuse ; mais il n’y a pas chez Dufourt la capacité d’émerveillement de l’Américain et qui est (avec d’autres moyens) un utopique défi au temps : Dufourt nous rappelle que nous sommes mortels.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">9 mai<br />
Dufourt évoque le temps ancien enclos dans les tableaux ; la musique serait la délivrance sonore de l’image. J’ai connu sur les hautes terres limousines des chasseurs rentrant dans la neige, des enfants jouant sur la glace, des vieilles femmes pliées sous d’énormes fagots. J’ai été un enfant dans le tableau de Bruegel ; je suis peut-être ce même enfant qui crie silencieusement dans la musique de Dufourt.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">10 mai<br />
J’ai entendu raconter là-bas le récit d’un déluge : l’inondation de la vallée par les eaux d’un barrage. Nous sommes d’après le déluge, privés d’innocence.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">11 mai<br />
Toute gondole est funèbre (Guardi, Liszt, Thomas Mann). Toute gondole dit que le plaisir est du temps frémissant qui nous rapproche de la mort autant qu’il nous en sépare.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">14 mai<br />
Non pas quatre saisons, mais quatre hivers ; autant de faces d’une même saison. Le 20è siècle, dit Dufourt, comme lieu de glaciation morale, mais aussi tout ce qui dans les siècles annonce cette cristallisation du mal. Prophétisme muet de la musique. Lumière d’hiver.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">15 mai<br />
Si je dis que cette musique me parle de moi, ce n’est pas tant comme sujet constitué que comme ce qui traverse le temps ; la musique me renvoie à une non dramatisation de l’ego ; elle rassemble l’épars ; elle est la fraicheur d’une autre temporalité.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">16 mai<br />
Balancement entre le silence et ce qui redouble le silence et qui serait le bruissement du temps. La musique de Dufourt est une des plus admirables tentatives pour signifier que même suspendu, le temps continue de bruire. La musique serait le chant du temps suspendu.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">17 mai<br />
Ce qui tourne, dans<em> le philosophe selon Rembrandt</em> ; la vis du temps, ou encore une version de l’échelle de Jacob ; l’homme entre le néant et Dieu, dirai-je en m’éloignant de Dufourt (mais sans être si loin de lui, peut-être)</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">18 mai<br />
J’ouvre la partition de La Gondole d’après Guardi : bonheur de suivre le trajet des alti, leur pure ligne, avec celle des cors, des flûtes ; le flux immobile. Lire la musique de Dufourt (comme je l’ai fait avec <em>Meerestille</em> et <em>An Schwager Kronos</em>, pour piano) ; c’est écouter le temps suspendu.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">19 mai<br />
Le temps suspendu de Venise. C’est le colonel Cardwell qui est dans la gondole que pousse sur la lagune la musique de Dufourt au-delà du fleuve et sous les arbres, dans ce beau roman où Hemingway évoque une Venise hivernale, déserte, froide. Venise est un lieu de mort – lieu de la mort-couleur.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">20 mai<br />
<em>Genèse</em>, Poussin, Dufourt. La musique est réfutation des symboles ; une lecture du monde par défaut, supposant la primauté du sonore sur le visible. Affrontement de la négativité. Nécessité de la tradition – de son réemploi, de la nostalgie féconde (non mimétique, non régressive) de la symphonie, par exemple ; cela seul qui puisse nous faire croire que nous aurons traversé l’hiver.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">21 mai<br />
Cette musique m’écoute ; elle me renvoie à mon propre hiver, défait des images premières, débarrassé de tout regard spéculaire sur moi et sur le monde. Je traverse l’hiver. Je ne suis plus qu’un élément non psychologique du son ; une couleur changeante du spectre, un vitrail traversé, un éclat dans la grande rosace du temps.&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: right;padding-left: 30px">Richard Millet. Nogent sur Marne, 2002</p>
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		<title>Un de ces jours, tu vas te sentir vraiment seul. Une promenade nauséeuse, en musique.</title>
		<link>http://www.harrystaut.fr/2011/07/un-de-ces-jours-tu-vas-te-sentir-vraiment-seul-une-promenade-nauseeuse-en-musique/</link>
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		<pubDate>Mon, 04 Jul 2011 16:40:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Sartre]]></category>

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		<description><![CDATA[
Les lecteurs de la Nausée, cette « fiction du non-fictif » comme l’écrivait le critique Jean Rousset, savent qu&#8217;un titre de jazz y joue un rôle prédominant, bien au-delà du simple design sonore auquel la littérature contemporaine aime avoir recours lorsqu’il faut compenser un manque d’habileté dans l’écriture pour générer des ambiances (lâcher des références [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">Les lecteurs de <strong><em><span style="text-decoration: underline;">la Nausée</span></em></strong>, cette « fiction du non-fictif » comme l’écrivait le critique Jean Rousset, savent qu&#8217;un titre de jazz y joue un rôle prédominant, bien au-delà du simple design sonore auquel la littérature contemporaine aime avoir recours lorsqu’il faut compenser un manque d’habileté dans l’écriture pour générer des ambiances (lâcher des références musicales pointues comme d&#8217;autres font du name droping juste pour donner au texte une fausse crédibilité). Ce titre, qu’Antoine Roquentin, le double romanesque de Sartre, fait jouer au <em>Rendez-vous des cheminots</em>, le troquet dans lequel il a ses habitudes, est installé dans le roman comme un rendez-vous ponctuel moins sonore que littéraire, qui parvient à extraire le jeune héros de la torpeur dans laquelle le plonge l’expérience même du monde. Avant qu’une racine de marronnier <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/07/tucker1.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1923" title="tucker1" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/07/tucker1.jpg" alt="" width="350" height="430" /></a>ne révèle le fond de cette Nausée qui le prend, Roquentin entend une voix qui résonne comme une présence au-delà de la présence chantant ces quelques mots « <em>Someday you’ll miss me</em> ». Un jour je te manquerai. Retournons la prédiction, telle que l’anglais, grammaticalement, la formule : un jour, tu ressentiras le manque de moi. Un jour, je serai là sans être là, plus présente encore que je ne suis ici et maintenant avec toi. Le choix de la chanson ne peut pas être tout à fait innocent, même si Sartre ne s’attarde pas à ses paroles.</p>
<p style="text-align: justify;">« <em>Someday, you’ll miss me </em>» joue dans <strong><em><span style="text-decoration: underline;">la Nausée</span></em></strong> le rôle que Sartre attribue au cinéma dans <strong><em><span style="text-decoration: underline;">les Mots</span></em></strong> : c’est un révélateur de contingence, en négatif : l’évidence de l’œuvre, qu’elle soit cinématographique ou musicale, tient à ce que tout y est nécessaire, tout y a une raison d’être, une place, alors que le monde, lui, n’est composé que d’éléments disparates qui sont là comme ils pourraient tout aussi bien ne pas y être, leur manière d’ « être-là » ne répondant à aucune nécessité.</p>
<p style="text-align: justify;">Si la fameuse expérience de la racine de marronnier concentre en elle toute la contingence du monde, l&#8217;envoyant à la figure de Roquentin qui saisit alors ce qu’est la source de cette Nausée qui l’envahit et l’engourdit, ce jazz entendu à plusieurs reprises au bar du coin en est le contrepoint, épisode plusieurs fois répété d’une nécessité dans laquelle tout est à sa place.</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">« Ca semble inévitable, si forte est la nécessité de cette musique : rien ne peut l’interrompre, rien qui vienne de ce temps où le monde est affalé : elle cessera d’elle-même, par ordre. Si j’aime cette belle voix, c’est surtout pour ça : ce n’est ni pour son ampleur ni pour sa tristesse, c’est qu’elle est l’événement que tant de notes ont préparé, de si loin, en mourant pour qu’il naisse. Et pourtant je suis inquiet : il faudrait si peu de chose pour que le disque s’arrête : qu’une ressort se brise, que le cousin Adolphe ait un caprice. Comme il est étrange, comme il est émouvant que cette dureté soit si fragile. Rien ne peut l’interrompre et tout peut la brise.<br />
Le dernier accord s’est anéanti. Dans le bref silence qui suis, je sens fortement que ça y est, que quelque chose est arrivé.<br />
Silence.</p>
<p style="text-align: center; padding-left: 30px;"><em>Some of these days<br />
You’ll miss me honey !</em></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">Ce qui vient d’arriver, c’est que la Nausée a disparu. Quand la voix s’est élevée, dans le silence, j’ai senti mon corps se durcir et la Nausée s’est évanouie. D’un coup : c’était presque pénible de devenir ainsi tout dur, tout rutilant. En même temps la durée de la musique se dilatait, s’enflait comme une trombe. Elle emplissait la salle de sa transparence métallique, en écrasant contre les murs notre temps misérable. Je suis dans la musique. Dans les glaces roulent des globes de feu ; des anneaux de fumée les encerclent et tournent, voilant et dévoilant le dur sourire de la lumière. Mon verre de bière s’est rapetissé, il se tasse sur la table : il a l’air dense, indispensable. Je veux le prendre et le soupeser, j’étends la main… Mon Dieu ! C’est ça surtout qui a changé, ce sont mes gestes. Ce mouvement de mon bras s’est développé comme un thème majestueux, il a glissé le long du chant de la Négresse ; il m’a semblé que je dansais. »(&#8230;)</p>
<p style="text-align: justify;">[<em>Note du moine copiste : non seulement, comme on vient de le lire, la musique constitue  un espace marqué par la nécessité, dans lequel on peut être introduit, mais on va le voir maintenant, elle plaque sa propre nécessité sur la contingence du monde </em>]:</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">(&#8230;)« Je suis ému, je sens mon propre corps comme une machine de précision au repos. Moi, j’ai eu de vraies aventures. Je n’en retrouve aucun détail, mais j’aperçois l’enchainement rigoureux des circonstances [NdMC : on la perçoit suffisamment, la transfiguration de la contingence (les aventures) en nécessité (l’enchainement rigoureux, le mécanisme de précision) ?] J’ai traversé les mers, j’ai laissé des villes derrière moi et j’ai remonté des fleuves ou bien je me suis enfoncé dans des forêts, et j’allais toujours vers d’autres villes. J’ai eu des femmes, je me suis battu avec des types : et jamais je ne pourrai revenir en arrière, pas plus qu’un disque ne peut tourner à rebours. Et tout cela menait où ? A cette minute-ci, à cette banquette, dans cette bulle de clarté tout bourdonnante de musique.</p>
<p style="text-align: center; padding-left: 30px;"><em>And when you leave me. </em></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">Oui, moi qui aimais tant, à Rome, m’asseoir au bord du Tibre, à Barcelone, le soir, descendre et remonter cent fois les Ramblas, moi qui près d’Angkor, dans l’îlot du Baray de Prah-Kan, vis un banian nouer ses racines autour de la chapelle des Nagas, je suis ici, je vis dans la même seconde que ces joueurs de manille, j’écoute une Négresse qui chante tandis qu’au-dehors rôde la faible nuit.<br />
Le disque s’est arrêté. » (<strong><em><span style="text-decoration: underline;">La Nausée</span></em></strong>, folio poche, p. 41 sq)</p>
<p style="text-align: justify;">Tout se passe comme si ce titre de jazz, chanté par cette femme, n’était là que pour donner sens à tout le reste qui n’en a pas. Comme si il avait pour fonction, ou pour effet de pouvoir se dire, enfin « Nous y voila ».</p>
<p style="text-align: justify;">On sait, ou on ne dévoilera rien de grave en le disant, que le roman s’achève sur la décision de Roquentin de faire, en littérature, ce que cette chanteuse et ce compositeur font dans cette chanson. Or, bien entendu, le roman est lui-même le résultat de cette résolution prise à la fin de lui-même, et dans les moments où l’écriture de Sartre-Roquentin se fait la plus littéraire, échappant à la forme du journal égaré, c’est précisément cette nécessité qui est mise en scène. On pense en particulier à tout ce passage au cours duquel, dans un dimanche finissant, Roquentin déambule dans la ville, sentant confusément que quelque chose va se passer, il va de rue en rue, porté par cette certitude sans autre fondement que l’ardeur qu’il met à la réaliser. Il avance, résolument incertain :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">&laquo;&nbsp;La place Ducoton est vide. Est-ce que je me suis trompé ? Il me semble que je ne le supporterais pas. Est-ce que vraiment il n’arrivera rien ? Je m’approche des lumières du café Mably. Je suis désorienté, je ne sais si je vais entrer : je jette un coup d’œil à travers les grandes vitres embuées.<br />
La salle est bondée. L’air est bleu à cause de la fumée des cigarettes et de la vapeur que dégagent les vêtements humides. La caissière est à son comptoir. Je la connais bien : elle est rousse comme moi ; elle a une maladie dans le ventre. Elle pourrit doucement sous ses jupes avec un sourire mélancolique, semblable à l’odeur de violette que dégagent parfois les corps en décomposition. Un frisson me parcourt de la tête aux pieds : c’est… c’est elle qui m’attendait. Elle était là, dressant son buste immobile au-dessus du comptoir, elle souriait. Du fond de ce café quelque chose revient en arrière sur les moments épars de ce dimanche et les soude les uns aux autres, leur donne un sens : j’ai traversé tout ce jour pour aboutir là, le front contre cette vitre, pour contempler ce fin visage qui s’épanouit sur un rideau grenat. Tout s’est arrêté ; ma vie s’est arrêtée : cette grande vitre, cet air lourd, bleu comme de l’eau, cette plante grasse et blanche au fond de l’eau, et moi-même, nous formons un tout immobile et plein : je suis heureux. » (Ibid. p.85 sq)</p>
<p style="text-align: justify;">Lisez les pages qui suivent, et vous saurez comment Sartre analyse l’irruption soudaine de ces moments de lucidité où on l’on est moins attentif au contenu du temps qu’au temps lui-même, seule nécessité véritable au-delà du brouillon des événements. On peut chercher partout dans les rues traversées par Roquentin en ce dimanche finissant : rien ne le guide en dehors de lui même. On peut regarder la serveuse du bar, et autour d&#8217;elle, aucune enseigne lumineuse, aucun néon clignotant ne lui indique <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/07/sophie_tucker1.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1924" title="sophie_tucker" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/07/sophie_tucker1.jpg" alt="" width="270" height="230" /></a>que c&#8217;est elle qui l&#8217;attend, pour la simple raison qu&#8217;elle ne l&#8217;attend pas. Elle n&#8217;est pas cette femme qui attend Roquentin derrière le comptoir de ce bar ailleurs que dans la pensée, dans l&#8217;imagination du jeune homme vagabondant dans les rues de la ville. Ce qu&#8217;il appelle dans les pages qui suivent &laquo;&nbsp;l&#8217;aventure&nbsp;&raquo;, n&#8217;est plus du tout le parcours sinueux et accidentel d&#8217;un monde voué au hasard et à la contingence, mais la ligne qu&#8217;il trace lui même au</p>
<p style="text-align: justify;">Dernier rendez vous avec cette voix et ce saxophone (qui n’en est d’ailleurs pas un, j’y reviendrai) dans les dernières pages du livre :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">« Je ne me sens pas en très bonnes dispositions pour entendre un air de jazz. Tout de même je vais faire attention, parce que, comme dit Madeleine, j’entends ce disque pour la dernière fois : il est très vieux ; trop vieux, même pour la province ; en vain le chercherais-je à Paris. Madeleine va le déposer sur le plateau du phonographe, il va tourner ; dans les rainures l’aiguille d’acier va se mettre à sauter et à grincer et puis, quand l’auront guidée en spirale jusqu’au centre du disque, ce sera fini, la voix rauque qui chante « Some of these days » se taira pour toujours.<br />
Ca commence.<br />
Dire qu’il y a des imbéciles pour puiser des consolations dans les beaux-arts. Comme ma tante Bigeois : « Les Préludes de Chopin m’ont été d’un tel secours à la mort de ton pauvre oncle. » Et les salles de concert regorgent d’humiliés, d’offensés qui, les yeux clos, cherchent à transformer leurs pâles visages en antennes réceptrices. Ils se figurent que les sons captés coulent en eux, doux et nourrissants et que leurs souffrances deviennent musique, comme celle du jeune Werther ; ils croient que la beauté leur est compatissante. Les cons.<br />
Je voudrais qu’ils me disent s’ils la trouvent compatissante, cette musique-ci. Tout à l’heure, j’étais certainement très loin de nager dans la béatitude. A la surface je faisais mes comptes, mécaniquement. Au-dessous stagnaient toutes ces pensées désagréables qui ont pris la forme d’interrogations informulées, d’étonnements muets et qui ne me quittent plus ni jour ni nuit. Des pensées sur Anny, sur ma vie gâchée. Et puis, encore au dessous, la Nausée, timide comme une aurore. Mais à ce moment-là, il n’y avait pas de musique, j’étais morose et tranquille. Tous les objets qui m’entouraient étaient faits de la même matière que moi, d’une espèce de souffrance moche. Le monde était si laid, hors de moi, si laids ces verres sales sur les tables, et les taches brunes sur la glace et le tablier de Madeleine et l’air aimable du gros amoureux de la patronne, si laide l’existence même du monde, que me sentais à l’aise, en famille.<br />
A présent, il y a ce chant de saxophones. Et j’ai honte. Une glorieuse petite souffrance vient de naître, une souffrance-modèle. Quatre notes de saxophone. Elles vont et viennent, elles ont l’air de dire : « Il faut faire comme nous, souffrir en mesure. » Eh bien, oui ! Naturellement, je voudrais bien souffrir de cette façon là, en mesure, sans complaisance, sans pitié pour moi-même, avec une aride pureté. Mais est-ce que c’est ma faute si la bière est tiède au fond de mon verre, s’il y a des taches brunes <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/07/82287307.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1925" title="82287307" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/07/82287307.jpg" alt="" width="295" height="428" /></a>sur la glace, si je suis de trop, si la plus sincère de mes souffrances, la plus sèches, se traine et s’appesantit, avec trop de chair et la peau trop large à la fois, comme l’éléphant de mer, avec de gros yeux humides et touchants mais si vilains ? Non, on ne peut certainement pas dire qu’elle soit compatissante, cette petite douleur de diamant, qui tourne en rond au-dessus du disque et m’éblouit. Même pas ironique : elle tourne allègrement, tout occupée d’elle-même ; elle a tranché comme une faux la fade intimité du monde et maintenant elle tourne et nous tous, Madeleine, le gros homme, la patronne, moi-même et les tables, les banquettes, la glace tachée, les verres, nous tous qui nous abandonnions à l’existence, parce que nous étions entre nous, rien qu’entre nous, elle nous a surpris dans le débraillé, dans le laisser-aller quotidien : j’ai honte pour moi-même et pour ce qui existe devant elle.<br />
Elle n’existe pas. C’en est même agaçant ; si je me levais, si j’arrachais ce disque du plateau qui le supporte et si je le cassais en deux, je ne l’atteindrais pas, elle. Elle est au-delà –toujours au-delà de quelque chose, d’une voix, d’une note de violon ? A travers des épaisseurs et des épaisseurs d’existence, elle se dévoile, mince et ferme et, quand on veut la saisir, on ne rencontre que des existants, on bute sur des existants dépourvus de sens. Elle est derrière eux : je ne l’entends même pas, j’entends des sons, des vibrations de l’air qui la dévoilent. Elle n’existe pas, puisqu’elle n’a rien de trop : c’est tout le reste qui est de trop par rapport à elle. Elle est.<br />
Et moi aussi j’ai voulu être. Je n’ai même voulu que cela ; voila le fin mot de l’histoire. Je vois clair dans l’apparent désordre de ma vie : au fond de toutes ces tentatives qui semblaient sans lien, je retrouve le même désir : chasser l’existence hors de moi, vider les instants de leur graisse, les tordre, les assécher, me purifier, me durcir, pour rendre enfin le son net et précis d’une note de saxophone. Ca pourrait même faire un apologue : il y avait un pauvre type qui s’était trompé de monde. Il existait comme les autres gens, dans le monde des jardins publics, des bistrots, des villes commerçantes et il voulait se persuader qu’il vivait ailleurs, derrière la toile des tableaux, avec les doges du Tintoret, avec les graves Florentins de Gozzoli, derrière les pages des livres, avec Fabrice del Dongo et Julien Sorel, derrière les disques de photo, avec les longues plaintes sèches des jazz. Et puis, après avoir bien fait l’imbécile, il a compris, il a ouvert les yeux, il a vu qu’il y avait maldonne : il était dans un bistrot, justement, devant un verre de bière tiède. Il est resté accablé sur la banquette ; il a pensé : je suis un imbécile. Et à ce moment précis, de l’autre côté de l’existence, dans cet autre monde qu’on peut voir de loin, mais sans jamais l’approcher, une petite mélodie s’est mise à danser, à chanter : « C’est comme moi qu’il faut être ; il faut souffrir en mesure. ».<br />
La voix chante :</p>
<p style="text-align: center; padding-left: 30px;">Some of these days<br />
You’ll miss me honey”</p>
<p style="text-align: justify;">Cette évidence esthétique qu&#8217;éprouve Roquentin, cette nécessité en oeuvre au beau milieu d&#8217;un monde à ce point contingent, c&#8217;est exactement l&#8217;expérience que le livre lui-même provoque sur le lecteur, qui a entre les mains un monde plein, dense, dans lequel tout a sa raison d&#8217;être quand bien même décrit-il l&#8217;océan de contingence au sein duquel il fait lui même son apparition. Précisons que les cinéphiles, eux, pourront aussi discerner des expériences cinématographiques dans la pensée de Sartreil  :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">« Je sais que l’idée de contingence est venue de la comparaison qui s’est établie spontanément chez moi entre le paysage dans un film et le paysage dans la réalité. Le paysage d’un film, le metteur en scène s’est arrangé pour qu’il ait une certaine unité et un rapport précis avec les sentiments des personnages. Tandis que le paysage de la réalité n’a pas d’unité. Il a une unité de hasard et ça m’avait beaucoup frappé. Et ce qui m’avait beaucoup frappé aussi, c’est que les objets dans un film avaient un rôle précis à tenir, un rôle lié au personnage, alors que dans la réalité les objets existent au hasard ». (Cité dans Jean-Paul Sartre, <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Œuvres romanesques</span></em></strong>, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, p. 1698.)</p>
<p style="text-align: justify;">Mais au fait, qu&#8217;entend-on dans <strong><em><span style="text-decoration: underline;">la Nausée</span></em></strong> ?  qui est cette chanteuse dont le roman tait le nom ? Qui se cache derrière le masque de celle que Sartre désigne comme la « Négresse » ? Deux chercheurs, Jean Jamin et Yannick Séité, se sont penché sur la question et ont tiré de ces recherches un texte mis en ligne qui, de bout en bout, est absolument passionnant. Il a pour titre « Anthropologie d’un tube des années folles », et peut être lu ici : <a href="http://gradhiva.revues.org/566 " target="_blank">http://gradhiva.revues.org/566 </a> Dans leur bibliographie, on croise un livre lui aussi fantastique : <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Blackface – aux confluents des voix mortes</span></em></strong>, de Nick Tosches (ed. Alia). On ne saurait trop conseiller la lecture de cet ouvrage qui part faire l’archéologie de ces orchestres de jazz composés de musiciens blancs qui se grimaient au bouchon brulé en noir lors de leurs concerts. On osera vous conseiller, si votre famille vous demande ce que vous voulez pour fêter dignement l’obtention du baccalauréat, de vous faire offrir la collection entière des ouvrages des éditions Alia consacrés à l’histoire des différents courant musicaux (du gospel aux musiques électroniques en passant par le rap, le jazz, le blues, la soul ou la disco), ça ressemble à quelque chose d’indispensable.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p><iframe width="400" height="257" src="http://www.youtube.com/embed/UBs1wHPqsAw" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></p>
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		<title>5h de l’après midi. C’est l’heure de faire 4h en écoutant Sartre chez Jacques Chancel</title>
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		<pubDate>Tue, 28 Jun 2011 14:30:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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Vous êtes un lycéen, 17 ans, vous rentrez du lycée, de type Pailleron, dans lequel, quotidiennement, vous vous rendez pour suivre vos cours, préparant le baccalauréat, section A. Aujourd’hui, la tension était palpable dans votre établissement, puisqu’hier, un collège semblable a connu un incendie au cours duquel vingt-deux personnes ont péri. Claude Guillaumin en parlera [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">Vous êtes un lycéen, 17 ans, vous rentrez du lycée, de type Pailleron, dans lequel, quotidiennement, vous vous rendez pour suivre vos cours, préparant le baccalauréat, section A. Aujourd’hui, la tension était palpable dans votre établissement, puisqu’hier, un collège semblable a connu un incendie au cours duquel vingt-deux personnes ont péri. Claude Guillaumin en parlera ce soir au journal télévisé. Comme tous les jours, votre mère vous a ramené en voiture du lycée, et comme tous les jours, une fois sorti de la Simca 1100, vous faites un saut dans la cuisine pour vous faire une sandwich pain de mie – beurre – Banania. Vous vous <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/06/sartre-1973.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1904" title="sartre-1973" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/06/sartre-1973.jpg" alt="" width="308" height="220" /></a>apprêtiez à rejoindre votre chambre pour faire vos devoirs en écoutant Led Zeppelin, quand depuis le salon vous entendez les premières mesures de la Grande Valse, de Georges Delerue qui, comme tous les jours à 5 h. de l’après midi, émane du poste à transistor familial, annonçant le début de l’émission que votre mère ne raterait pas pour tout l’or du monde : Radioscopie, par Jacques Chancel.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous sommes le 2 Février 1973. C’est Jean-Paul Sartre qui est invité ce soir. Comme vous faites de la philosophie depuis septembre, et puisque votre professeur vous a déjà donné des textes de cet auteur à étudier, vous repoussez Led Zep&#8217; et les devoirs à plus tard, et vous rejoignez votre mère dans le salon pour écouter, pendant une heure, Sartre  jouant le personnage de Sartre,-en-soi, un peu garçon de café sur les bords vous dites vous, mais en version sans doute pas dupe de lui-même, une heure en compagnie de la voix déjà institutionnelle de Chancel questionnant Sartre comme s&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;une psychanalyse existentielle.  A mi émission, votre père rentrera du travail; sans parler , comme à chaque fois qu&#8217;il rentre un peu plus trop, pour ne pas troubler le rendez-vous quotidien de votre mère avec les célébrités du moment et cette voix masculine qui la fait secrètement vibrer, et dont elle ne découvrira le visage que plusieurs années plus tard, lorsqu&#8217;on plantera un poste télévisé au beau milieu du salon.  Comme chaque jour, il prendra place dans son fauteuil, ce jour ci avec un bol de Viandox pour se réchauffer du froid mordant de l’hiver ,dehors. Il lit encore France-Soir, mais ne sait plus trop pourquoi. Peut être parce que Libération devra encore attendre Avril pour apparaître dans les kiosques.</p>
<p style="text-align: justify;">D’ailleurs, Sartre est venu pour parler de la préparation de ce nouveau journal, dont il est l’un des instigateurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Evidemment, vous n’êtes pas bachelier en section A, vous n’avez pas 17 ans en 1973, nous ne somme pas en février, vous n’écoutez sans doute pas la radio sur un transistor. Votre père lit peut être Libé, mais il ne sait plus trop pourquoi. Peu importe, nous sommes ce que nous ne sommes pas, nous ne sommes pas ce que nous sommes.P</p>
<p style="text-align: justify;">Pour rejoindre le salon, cliquez sur le lien ci-dessous, ou bien enregistrez en la source (clique doit, &laquo;&nbsp;enregistrer la source sous&nbsp;&raquo;)</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://medias.harrystaut.fr/Radioscopie-JeanPaulSartre.mp3" target="_blank">http://medias.harrystaut.fr/Radioscopie-JeanPaulSartre.mp3</a></p>
<p></span></p>
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		<title>La tribune des Temps Modernes</title>
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		<pubDate>Sat, 11 Jun 2011 07:12:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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		<description><![CDATA[
Quand ce sont les derniers jours qui s&#8217;égrainent avant l&#8217;examen, il n&#8217;est pas inintéressant de croiser un peu les connaissances, de tracer de grandes perspectives à travers les disciplines afin de tisser des liens entre les différentes leçons, afin que les éléments communiquent les uns avec les autres, constituant un réseau d&#8217;autant plus solide qu&#8217;il [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify">Quand ce sont les derniers jours qui s&#8217;égrainent avant l&#8217;examen, il n&#8217;est pas inintéressant de croiser un peu les connaissances, de tracer de grandes perspectives à travers les disciplines afin de tisser des liens entre les différentes leçons, afin que les éléments communiquent les uns avec les autres, constituant un réseau d&#8217;autant plus solide qu&#8217;il n&#8217;aura plus besoin d&#8217;être appris par coeur, puisqu&#8217;un élément permettra de retrouver la majeure partie de tous les autres.</p>
<p style="text-align: justify">Le document que je vous donne à entendre ci dessous sera à votre programme de terminale ce que la maïzena est à la sauce béchamel : un liant. Un croisement entre les programmes de philosophie, d&#8217;histoire, et de littérature (puisque De Gaulle figure cette année et pour un an encore parmi les auteurs étudiés en filière littéraire).</p>
<p style="text-align: justify">1947. Les consciences sont un peu schizophrènes : encore un pied dans le souvenir frais et douloureux de la guerre, de l&#8217;occupation, de la déportation même pour certains, et l&#8217;autre pied dans la reconstruction. Et cette remise sur pieds du pays ne consiste pas seulement à rebâtir les édifices détruits, et à tenter de cicatriser les plaies physiques et morales dont beaucoup souffrent. Elle touche aussi à ce qui est peut être l&#8217;essentiel dans ces périodes complexes : la remise sur pieds des institutions, sous la forme d&#8217;une république qui doit retrouver toute sa force après ces années de mise sous tutelle et d&#8217;humiliation. En effet, au delà des enjeux qui touchent la vie quotidienne des français, la question politique est au coeur des tensions et des débats, parce que le monde est en train de se couper en deux, selon cette fracture qui mettra le monde sous cette basse tension qu&#8217;on appelera &laquo;&nbsp;Guerre froide&nbsp;&raquo;, et que la France, dans sa recherche d&#8217;une voie diplomatique autonome, n&#8217;a pa pu choisir clairement une position claire, ni un camp. Ne se considérant pas vraiment comme vaincue, aimant à s&#8217;imaginer dans le camp des vainqueurs, libérée mais souhaitant être comptée parmi les libérateurs, la France est un peu assise entre deux chaises et sans doute tient on là une des raisons pour lesquelles <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/06/sartre_1947.jpg"><img class="size-full wp-image-1871 alignright" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/06/sartre_1947.jpg" alt="" width="361" height="500" /></a>elle a encore aujourd&#8217;hui des problèmes d&#8217;identité nationale. De Gaulle est persuadé que la france a un rôle à jouer dans ce monde devenu bipolaire, qu&#8217;elle peut se permettre de fonder une troisième voie, avec les pays qui ne se sont pas, eux mêmes, afiliés directement avec tel ou tel camp. Mais il a aussi à gérer le fait que les mêmes tensions existent, à l&#8217;intérieur du pays, entre les partis qui reproduisent à l&#8217;échelle nationale les tensions diplomatiques des deux grands blocs de nations. Et si la France ne choisit pas de camp, elle se fixe tout de même à travers De Gaulle un objectif clair : la lutte contre le communisme, ce qui tout de même l&#8217;inscrit nettement &laquo;&nbsp;quelque part&nbsp;&raquo; dans le concert des nations. Pour ce faire, en 1947, sera fondé le RPF, le Rassemblement pour la France, qui est un parti censé dépasser la logique des partis, pour faire front contre le parti communiste, au-delà des clivages habituels. Le RPF ne durera pas longtemps (il ne survivra pas aux premières déconvenues électorales du général, aux législatives de 1951), mais il permettra, pendant ce court laps de temps, de tracer les grandes lignes de ce qu&#8217;aurait pu être une politique débarassée des luttes entre partis.</p>
<p style="text-align: justify">Autant dire que tout le monde ne voit pas cela d&#8217;un très bon oeil, et qu&#8217;un certain nombre d&#8217;acteurs et observateurs de la vie politique voient ce RPF comme une manière de faire un hold-up global sur l&#8217;ensemble du spectre politique, en convainquant l&#8217;électeur que la seule ligne de démarcation qui vaille, c&#8217;est l&#8217;opposition ou l&#8217;adhésion au projet communiste. Beaucoup de penseurs voient là une manipulation du corps électoral qui s&#8217;accorde mal avec les exigences d&#8217;une véritable démocratie, et ce d&#8217;autant plus que dès lors, les travailleurs ouvriers, la plus modeste des classes sociales, n&#8217;est plus sûre de voir ses propres intérêts représentés parmi les orientations de l&#8217;Etat.</p>
<p style="text-align: justify">On sait à quel point De Gaulle fit en sorte de faire taire les voix qui n&#8217;allaient pas dans son sens. Pourtant, à la radio, des initiatives purent être prises et certaines émissions présentaient un ton critique qui nous étonnerait encore aujourd&#8217;hui même si, comme on va le voir, certaines ne survivaient pas longtemps au couperet ministériel. Ainsi, Fernand Pouey alors directeur des programmes littéraires et artistiques de la radiodiffusion française, invita t-il JP. Sartre et tout l&#8217;équipe de la revue Les Temps Modernes, créée en 1945, à tenir une émission hebdomadaire de 25 minutes, au cours de laquelle ils débattraient de sujets librement choisis. Sartre, Beauvoir, Pontalis, Merleau-Ponty, Bonnafé et quelques autres se lancèrent dans l&#8217;aventure, trouvant là l&#8217;occasion de donner un éclairage philosophique à des débats qui touchent directement le coeur de la société française, y compris dans les couches les plus populaires qui se savent directement concernées par ces questions, et ne comptent pas laisser la politique aux seules mains du général et des hommes qui l&#8217;entourent. Raymond Aron, lui, avait déjà quitté l&#8217;équipe des Temps Modernes, et l&#8217;émission de radio, intitulée <strong><em><span style="text-decoration: underline">la Tribune des Temps Modernes</span></em></strong> lui donna de nombreuses autres raisons de prendre ses distances avec Sartre. L&nbsp;&raquo;épisode qui suit ne fera rien pour arranger les choses.</p>
<p style="text-align: justify">En effet, en 20 Octobre 1947, la radiodiffusion française diffuse son nouvel &laquo;&nbsp;épisode&nbsp;&raquo; de l&#8217;émission<strong><em><span style="text-decoration: underline"> la Tribune des Temps Modernes</span></em></strong>, dont le thème sera &laquo;&nbsp;<em>le Gaullisme</em>&laquo;&nbsp;. Pour un auditeur du vingt et unième siècle, habitué à entendre le pouvoir politique critiqué et carricaturé, l&#8217;existence d&#8217;une telle émission semblerait tout à fait anodine. Elle l&#8217;est moins dans les années 40, et si la France ne vit pas en dictature, le pouvoir sous de Gaulle se pense comme fédérateur et ne voit pas d&#8217;un très bon oeil que des voix puissent s&#8217;élever contre le général, <em>a fortiori</em> si ces voix utilisent les antennes d&nbsp;&raquo;émission de la radio nationale.</p>
<p style="text-align: justify">On retrouve donc les voix de Jean-Paul Sartre, de Maurice Merleau-Ponty, de Simone de Beauvoir, de JB. Pontalis, Jean Pouillon, Alain Bonnafé, et Roger Chauffard (dans le rôle du gaulliste de service) lancés dans une critique féroce du gaullisme. On a sans doute du mal à imaginer cela de nos jours, mais cette férocité ira jusqu&#8217;à comparer le physique du général, tel qu&#8217;il se donnait à voir sur les affiches de propagande, à celui d&#8217;Hitler en personne (comme quoi le principe de la comparaison historique outrancière n&#8217;est pas nouveau). Ce n&#8217;est sans doute pas le moment où le propos se fait le plus pertinent. En revanche, il y a quelques passages intéressants sur ce que c&#8217;est que d&#8217;avoir raison face à l&#8217;Histoire, ainsi qu&#8217;une critique d&#8217;une certaine conception du pouvoir, qui a d&#8217;autant plus de valeur qu&#8217;elle s&#8217;exprime face à ce pouvoir qu&#8217;elle critique. Celui-ci ne tardera d&#8217;ailleurs pas à se réveiller, puisque l&#8217;émission n&#8217;ira pas au-delà de son cinquième numéro, s&#8217;arrêtant dès Novembre 1947. Pour la petite histoire, on retiendra que cet automne sera celui des douches froides pour Fernand Pouey, puisque c&#8217;est aussi en 1947 qu&#8217;il commandera une pièce radiophonique à Antonin Artaud, qui enregistra dans les studios de la radio française son <strong><em><span style="text-decoration: underline">Pour en finir avec le jugement de Dieu</span></em></strong>, qui fut interdit la veille de sa diffusion, et valut à Pouey de devoir démissioner.</p>
<p style="text-align: justify">Voici donc ces voix dont les mots sont familiers à ceux qui les lisent, avec cette distorsion typique des enregistrements de ce temps là, avec le vocabulaire de ce temps là, cette manière de s&#8217;exprimer, cette violence dans l&#8217;appréciation de celui qu&#8217;on combat idéologiquement et auquel on ne fait pas de cadeaux, et ce d&#8217;autant plus qu&#8217;on sait que derrière les mots, il y a les conditions de vie très réelles, très matérielles, de millions d&#8217;êtres humains; et qu&#8217;on sait aussi qu&#8217;on se met un peu en scène soi même dans ces combats.</p>
<p style="text-align: justify"><br /><img src="http://medias.harrystaut.fr/sartre_debeavoir.jpg" alt="media" /><br />
</p>
<p style="text-align: justify">Post scriptum, écrit par Paul Claudel, qui écouta l&#8217;émission, s&#8217;en trouva fort incommodé, et prit sa machine à écrire pour répondre à l&#8217;équipe des Temps Modernes, dans des termes qui confirment qu&#8217;à l&#8217;époque, on mettait les formes dans les controverses, parce qu&#8217;on savait écrire, mais on n&#8217;édulcorait pas vraiment son propos :</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">&laquo;&nbsp;Le créateur de l&#8217;existentialisme a rendu au général de Gaulle le seul hommage qui fût en son pouvoir, celui des insultes, les siennes et celles des pauvres petits bonshommes et bonnes femmes à sa suite, dont il essaye aujourd&#8217;hui, plutôt lourdement et maladroitement, de se désolidariser. C&#8217;est un argument à la portée de toutes les intelligences que de plaisanter les gens sur leur physique. M. Sartre est-il content du sien ? Quant aux critiques de fond, il reproche au général de n&#8217;avoir pas de programme. Cela nous change du parti communiste qui a non seulement un programme, mais plusieurs, contradictoires et interchangeables. Quant au général, à l&#8217;intérieur, mais oui, il a un programme, celui que tout la France a acclamé dimanche dernier :<em> Nous voulons travailler tranquillement</em>. Et quant au programme extérieur, je demande simplement à J.-P. Sartre à ses petits camarades, momentanément désintéressés de cette chimère qui bombicine dans le vide au café de Flore, de regarde la carte d&#8217;Europe, et de se demander si, en présence de la situation qu&#8217;elle manifeste, il n&#8217;y a pas autre chose à faire que de porter aux homme du Kominform la bonne parole existentialiste, pour laquelle ils ne paraissent pas d&#8217;ailleurs avoir un goût particulier.&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: right;padding-left: 30px">Le 23 Octobre 1947, lettre publiée dans le journal Carrefour le 29 Octobre 1947.</p>
<p style="text-align: justify">Claudel ne fut pas le seul à se plaindre, à tel point que le troisième épisode de cette courte série d&#8217;émissions, diffusé le 3 Novembre 1947, fut intégralement consacré aux réponses à apporter à l&#8217;imposant et vitupérant courrier des auditeurs, scandalisés qu&#8217;on puisse ainsi tenir de tels propos sur les antennes nationales. Au-delà des échanges de munitions rhétoriques habituels lors de telles polémiques, l&#8217;émission présente l&#8217;intérêt de proposer une définition de la manière dont l&#8217;existentialisme, qu&#8217;on pourrait facilement prendre pour une philosophie individualiste et désengagée, est au contraire essentiellement politique puisque, comme le disent les derniers mots de Sartre &laquo;&nbsp;On ne peut pas être libre tout seul&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: justify"><br /><img src="http://medias.harrystaut.fr/sartre500.jpg" alt="media" /><br />
</p>
<p style="text-align: justify">Pour ceux que l&#8217;écoute intégrale d&#8217;un document de qualité sonore médiocre n&#8217;effraie pas, voici l&#8217;intégralité des émissions, y compris celles qui ont été enregistrées, dont la diffusion était prévue, mais interdite :</p>
<p style="text-align: justify"><br /><img src="http://medias.harrystaut.fr/tempsmodernes.jpg" alt="media" /><br />
</p>
<p style="text-align: justify">Voici la liste des émissions enregistrées :</p>
<p style="text-align: justify">Lundi 20 octobre 1947, 20h00<br />
La Tribune des Temps Modernes (1)<br />
Le gaullisme.<br />
<a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/06/sartre_beauvoir.jpg"><img class="size-full wp-image-1872 alignright" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/06/sartre_beauvoir.jpg" alt="" width="354" height="238" /></a>Avec Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Maurice Merleau-Ponty<br />
J.B. Pontalis, Alain Bonnafé. Jean Pouillon</p>
<p style="text-align: justify">Lundi 27 octobre 1947, 20h00<br />
La Tribune des Temps Modernes (2)<br />
Communisme et anti-communisme.<br />
Avec Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Maurice Merleau-Ponty<br />
J.B. Pontalis, Alain Bonnafé. Jean Pouillon</p>
<p style="text-align: justify">Lundi 3 novembre 1947, 20h00<br />
La Tribune des Temps Modernes (3)<br />
Réponses de Sartre aux lettres des auditeurs<br />
Avec Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Maurice Merleau-Ponty<br />
J.B. Pontalis, Alain Bonnafé. Jean Pouillon</p>
<p style="text-align: justify">Lundi 10 novembre 1947, 20h00<br />
La Tribune des Temps Modernes (4)<br />
Libéralisme et socialisme.<br />
Avec Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Maurice Merleau-Ponty<br />
J.B. Pontalis, Alain Bonnafé. Jean Pouillon</p>
<p style="text-align: justify">Lundi 17 novembre 1947, 20h00<br />
La Tribune des Temps Modernes (5)<br />
La crise du socialisme.<br />
Avec Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Maurice Merleau-Ponty<br />
J.B. Pontalis, Alain Bonnafé. Jean Pouillon</p>
<p style="text-align: justify">Lundi 24 novembre 1947, 20h00<br />
La Tribune des Temps Modernes (6)<br />
Entrevue de monsieur Lucot, ancien secrétaire de Fédération de l’Alimentation,<br />
représentant de la minorité au sein de la CGT.<br />
<a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/06/tumblr_llls5z7VFO1qk8tqwo1_500.jpg"><img class="size-medium wp-image-1873 alignright" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/06/tumblr_llls5z7VFO1qk8tqwo1_500-300x225.jpg" alt="" width="300" height="225" /></a>Avec Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Maurice Merleau-Ponty<br />
J.B. Pontalis, Alain Bonnafé. Jean Pouillon</p>
<p style="text-align: justify">[Interdit de diffusion]<br />
(Diffusion prévue lundi 1er décembre 1947)<br />
La Tribune des Temps Modernes (7)<br />
La vrai sens des revendications ouvrières.<br />
Avec Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Maurice Merleau-Ponty<br />
J.B. Pontalis, Alain Bonnafé. Jean Pouillon</p>
<p style="text-align: justify">[Interdit de diffusion]<br />
(Diffusion prévue lundi 8 décembre 1947)<br />
La Tribune des Temps Modernes (8)<br />
Manifeste d’intellectuels sur la situation internationale.<br />
Avec Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Maurice Merleau-Ponty<br />
J.B. Pontalis, A. Bonnafé. Jean Pouillon</p>
<p style="text-align: justify">[Interdit de diffusion]<br />
(Diffusion prévue lundi 15 décembre 1947)<br />
La Tribune des Temps Modernes (9)<br />
Entrevue avec David Rousset sur son récent voyage en Allemangne.<br />
Avec Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Maurice Merleau-Ponty<br />
J.B. Pontalis, A. Bonnafé. Jean Pouillon</p>
<p style="text-align: justify">L&#8217;INA avait proposé à la vente, en 1990, sous forme d&#8217;un coffret de quatre cassettes. Oui, des cassettes. Aucune édition sous forme de CD jusqu&#8217;à aujourd&#8217;hui. On trouve ce coffret sur le marché de l&#8217;occasion, à prix d&#8217;or. Je découvre aujourd&#8217;hui même que le réseau des médiathèques parisiennes en possède un exemplaire. Sachant à quel point les bandes magnétiques sont des supports fragile, il faut s&#8217;attendre à ce que peu à peu cette ressource disparaisse. Patientons néanmoins : L&#8217;INA travaille sur la numérisation intégrale de tous les documents audiovisuels concernant Sartre, ce qui représente 835 000 heures de matériel. Théoriquement, la mission devrait être achevée en 2015.</p>
<p></span></p>
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		<title>Etre sur la même longueur d&#8217;ondes</title>
		<link>http://www.harrystaut.fr/2011/04/etre-sur-la-meme-longueur-dondes/</link>
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		<pubDate>Tue, 12 Apr 2011 08:36:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Bonus]]></category>
		<category><![CDATA[Recettes et méthodes]]></category>
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		<category><![CDATA[Sujets traités]]></category>

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		<description><![CDATA[
Confronter des professeurs à l&#8217;exercice auquel seront soumis les élèves courant juin pourrait avoir comme fâcheuse conséquence de montrer aux candidats bacheliers combien l&#8217;exercice qu&#8217;on leur demande de réaliser est complexe et hors d&#8217;atteinte. Après tout, on pourrait imaginer, ou espérer, que des enseignants soient plus à l&#8217;aise avec la dissertation que leurs élèves.
Pourtant, s&#8217;il [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">Confronter des professeurs à l&#8217;exercice auquel seront soumis les élèves courant juin pourrait avoir comme fâcheuse conséquence de montrer aux candidats bacheliers combien l&#8217;exercice qu&#8217;on leur demande de réaliser est complexe et hors d&#8217;atteinte. Après tout, on pourrait imaginer, ou espérer, que des enseignants soient plus à l&#8217;aise avec la dissertation que leurs élèves.</p>
<p style="text-align: justify;">Pourtant, s&#8217;il y a bien une discipline dans laquelle cette expérience puisse être menée sans décourager les élèves, c&#8217;est bien la philosophie, tant les questions qu&#8217;elle <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/04/Philo%20crystal%20set.jpg"></a>propose mettent pour ainsi dire tout le monde à égalité, puisque ni le correcteur, ni l&#8217;enseignant, ni l&#8217;élève n&#8217;en possèdent les réponses. Ainsi, il semble y avoir du <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/04/Philo20crystal20set.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1841" title="Philo20crystal20set" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/04/Philo20crystal20set.jpg" alt="" width="406" height="290" /></a>sens à proposer aux lycéens qui vont, dans quelques semaines, passer l&#8217;épreuve de philosophie, d&#8217;être spectateurs de professeurs livrés eux mêmes à des sujets qu&#8217;ils devront traiter dans des conditions semblables, en ayant la possibilité de les observer construire leur pensée depuis la découverte de la question jusqu&#8217;à la construction du plan.</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est le dispositif proposé depuis maintenant plusieurs années par Raphael Enthoven sur les ondes de France Culture, dans le cadre de son émission Les Nouveaux chemins de la connaissance : chaque jour pendant une semaine, un professeur différent vient traiter un sujet tel qu&#8217;il pourrait en tomber le jour de l&#8217;examen. Et si un traitement de cette question est bien proposé, ce qui demeure le plus intéressant dans ces émissions, ce sont les moments où on s&#8217;intéresse plus à la question posée qu&#8217;à la réponse qu&#8217;on va lui offrir, car c&#8217;est bien là que se situe la part essentielle de la réflexion philosophique.</p>
<p style="text-align: justify;">Sur la semaine, cinq sujets seront donc traités :</p>
<p style="text-align: justify;">Lundi 11.04 : <strong>A quoi sert l&#8217;art ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Mardi 12.04 : <strong>Qu&#8217;attendons nous pour être heureux ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Mercredi 13.04 : <strong>Vivre l&#8217;instant présent, est-ce une règle de vie satisfaisante ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Jeudi 14.04 : <strong>Faut-il être cultivé pour comprendre une oeuvre d&#8217;art ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Vendredi 15.04 :<strong> L&#8217;histoire n&#8217;est elle qu&#8217;un récit ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Rappelons que la fréquence de France Culture, pour les franciliens, c&#8217;est 93,5 Mhz, et que l&#8217;émission est diffusée de 10h à 11h.<br />
Mais pour ceux qui ont délaissé les ondes pour les réseaux numériques, on peut podcaster (baladodiffuser, devrait on dire, même s&#8217;il me semble qu&#8217;en fait, ça veut dire exactement le contraire) les émissions depuis le site de France Culture : <a href="http://www.franceculture.com/emission-les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance.html-0">http://www.franceculture.com/emission-les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance.html-0</a><br />
Comme on est serviable, on proposera sans doute de les récupérer ici même, pour ceux qui ne seraient pas assez rapides pour les attraper directement à leur source.</p>
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		<title>La certitude est elle le signe d&#8217;une pensée morte ?</title>
		<link>http://www.harrystaut.fr/2011/01/la-certitude-est-elle-le-signe-dune-pensee-morte/</link>
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		<pubDate>Mon, 24 Jan 2011 16:25:32 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Bonus]]></category>

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		<description><![CDATA[
Alors que je planche sur des copies qui s&#8217;affrontent toutes à ce sujet, passe dans la bande originale de l&#8217;après midi ce titre de Rocé, qui laisse l&#8217;étrange impression d&#8217;avoir été écrit comme une réponse à la question posée.

Ce n&#8217;est pas que le titre soit particulièrement génial, ce n&#8217;est pas ce qu&#8217;on attend de la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">Alors que je planche sur des copies qui s&#8217;affrontent toutes à ce sujet, passe dans la bande originale de l&#8217;après midi ce titre de Rocé, qui laisse l&#8217;étrange impression d&#8217;avoir été écrit comme une réponse à la question posée.</span></p>
<p style="text-align: justify;">
Ce n&#8217;est pas que le titre soit particulièrement génial, ce n&#8217;est pas ce qu&#8217;on attend de la musique &laquo;&nbsp;pop&nbsp;&raquo;. C&#8217;est juste qu&#8217;il accompagne bien la réflexion, qu&#8217;il en émane en partie, et qu&#8217;il est capable de la susciter un petit peu. Ne confondant pas Fluide fleuve, on trouverait  presque ce titre malin un peu trop court, ce qui constitue une notable exception dans ce domaine musical.</span></p>
<p style="text-align: justify;">Maintenant, il n&#8217;est pas certain qu&#8217;un rap qui puisse être validé par un professeur porte en lui l&#8217;essence même du rap; et de fait, Rocé fait partie de ces rappeurs présentables, qui feraient aimer le rap à tout le monde si le rap n&#8217;était que cela, ce qu&#8217;il n&#8217;est justement pas. Néanmoins, il y a tellement de fausse provoc&#8217; dans le rap actuel, qu&#8217;un titre un peu consensuel a au moins l&#8217;avantage de ne pas se payer de mauvais mots. A la différence de pas mal d&#8217;autres, Rocé ne se la raconte pas. Il conte, et c&#8217;est déjà pas mal.</p>
<p style="text-align: justify;">Toujours est il qu&#8217;il a des questions pour les réponses, et que c&#8217;est bel et bien ainsi que débute la philosophie :</p>
<p><iframe title="YouTube video player" class="youtube-player" type="text/html" width="425" height="349" src="http://www.youtube.com/embed/R0Kvy_3GL04?rel=0" frameborder="0" allowFullScreen></iframe></p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est extrait de l&#8217;album <strong><em><span style="text-decoration: underline;">L&#8217;Etre humain et le réverbère</span></em></strong> (2010), qui vaut le coup qu&#8217;on y jette une oreille. </p>
<p>Un jour, si tout le monde est sage, je passerai le titre de Casey sur la nécessité d&#8217;apprendre à écrire. C&#8217;est beaucoup moins correct, nettement plus saignant, mais ça correpond aussi au sentiment que peuvent donner certaines copies !</p>
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		<title>D&#8217;où vient cette idée que la vie est faite de morceaux ?</title>
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		<pubDate>Fri, 21 Jan 2011 23:52:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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Précision à propos du titre de l&#8217;article précédent :
&#171;&#160;La vie est faite de morceaux qui ne se joignent pas&#160;&#187; est tout d&#8217;abord une réplique tirée d&#8217;un film de Truffaut intitulé les deux anglaises et le continent, lui même adapté du roman du même nom, écrit par Henri-Pierre Roché.
Entre temps, cette réplique a constitué le motif [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">Précision à propos du titre de l&#8217;article précédent :</p>
<p style="text-align: justify;">&laquo;&nbsp;La vie est faite de morceaux qui ne se joignent pas&nbsp;&raquo; est tout d&#8217;abord une réplique tirée d&#8217;un film de Truffaut intitulé <strong><em><span style="text-decoration: underline;">les deux anglaises et le continent</span></em></strong>, lui même adapté du roman du même nom, écrit par Henri-Pierre Roché.</p>
<p style="text-align: justify;">Entre temps, cette réplique a constitué le motif d&#8217;un sample, utilisé dans les années 90 par un chanteur suisse, Jean Bart, comme leitmotiv d&#8217;une chanson qui fonctionne comme une ritournelle : <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Modern Style</span></em></strong>. L&#8217;usage de cette réplique montée en boucle est suffisamment entêtante pour que ce propos un peu énigmatique puisse accompagner durablement celui qui l&#8217;a entendu ne serait ce qu&#8217;une fois (pour donner une comparaison actuelle, ça fait penser au titre Un Disque rayé, de C.Sen).</p>
<p style="text-align: justify;">Pour la récréation, on peut proposer la ritournelle, puisqu&#8217;on en a détourné le titre :</p>
<p style="text-align: justify;"><object classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" width="480" height="360" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="allowScriptAccess" value="always" /><param name="src" value="http://www.dailymotion.com/swf/video/x6i9we_modern-style_creation?additionalInfos=0" /><param name="allowfullscreen" value="true" /><embed type="application/x-shockwave-flash" width="480" height="360" src="http://www.dailymotion.com/swf/video/x6i9we_modern-style_creation?additionalInfos=0" allowscriptaccess="always" allowfullscreen="true"></embed></object><br />
<strong><a href="http://www.dailymotion.com/video/x6i9we_modern-style_creation">Modern style</a></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour compléter cet intermède musicale, dont je sais par avance qu&#8217;il plaira à certains des lecteurs (aussi bien ceux qui m&#8217;ont fait redécouvrir ce titre que ceux à qui j&#8217;en ai parlé en salle des profs le jour où, précisément, cette boucle me trottait involontairement dans la tête), on précisera qu&#8217;il existe une version de cette chanson reprise par Françoise Hardy et Alain Delon, mais il ne semble pas tout à fait indispensable de s&#8217;y confronter.</p>
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		<title>L&#8217;arc en ciel de la gravité</title>
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		<pubDate>Sat, 22 May 2010 05:41:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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Depuis maintenant assez longtemps, faire de la musique ne consiste plus nécessairement à sortir un bel instrument de sa housse, à en humecter l&#8217;anche pour en extraire des notes conformes aux indications d&#8217;une partition, ou  faire preuve d&#8217;une maîtrise totale et virtuose de ses cordes vocales. A vrai dire, la musique n&#8217;a jamais consisté [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">Depuis maintenant assez longtemps, faire de la musique ne consiste plus nécessairement à sortir un bel instrument de sa housse, à en humecter l&#8217;anche pour en extraire des notes conformes aux indications d&#8217;une partition, ou  faire preuve d&#8217;une maîtrise totale et virtuose de ses cordes vocales. A vrai dire, la musique n&#8217;a jamais consisté essentiellement en cela, simplement, il y eut des époques où on ne le savait pas. Est musique tout son produit de manière volontaire, ou encadrée par l&#8217;homme, est aussi musique tout son que l&#8217;homme veut bien considérer comme tel, et cela fait longtemps que n&#8217;importe qui peut produire de la musique en agençant des sons déjà enregistrés, sous quelque forme que ce soit.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces derniers jour, l&#8217;ouverture d&#8217;un album de musique électronique (son auteur parlerait plutôt de sound design) en proposait l&#8217;illustration, à travers deux morceaux retravaillant des enregistrements datant des années 60. Un seul et même enregistrement, pour être précis, une chanson composée, écrite et interprétée par Soeur Sourire, une religieuse qui connut quelques mois durant, une célébrité aussi imprévue que déstabilisante pour cette âme jusque là simple, que la <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/05/Deru_EyeGlass1.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1557" title="Deru_EyeGlass1" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/05/Deru_EyeGlass1.jpg" alt="" width="395" height="268" /></a>célébrité révéla un peu plus torturée que ses chansons le laissaient supposer. Si ces chansons eurent en leur temps un succès massif, elles sont aujourd&#8217;hui considérées avec le même sourire que celui qui s&#8217;affiche sur les visages quand, dans le film La vie est un long fleuve tranquille, le prêtre fait entonner à ses paroissiens &laquo;&nbsp;Jésus reviens&nbsp;&raquo;. Autant dire qu&#8217;on a du mal à croire qu&#8217;il puisse y avoir dans l&#8217;album de Soeur Sourire un matériel sonore qui puisse être aujourd&#8217;hui mis au service d&#8217;un projet qui soit autre chose qu&#8217;une parodie.</p>
<p style="text-align: justify;">Pourtant, l&#8217;album de Deru (Benjamin Wynn dans la vraie vie), <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Say goodbye to useless</span></em></strong> (2010) s&#8217;ouvre sur deux manipulations successives de Comme le Vent, bucolique titre de Soeur Sourire, rendu méconnaissable par le traitement sonore qui lui est ici appliqué. Les enregistrements déjà un peu anciens ont ceci de particulier qu&#8217;ils portent dans leur texture sonore le poids des années, avec une densité suffisantes pour qu&#8217;on entende, au sens propre, des voix provenant de l&#8217;au-delà. Certaines oeuvres musicales ont déjà extrait certaines de ces voix de l&#8217;oubli des stocks de vieux disques pour leur permettre de se faire de nouveau entendre, avec le grain qui les caractérise, dans des compositions dont l&#8217;élément central est bien souvent la nostalgie. Pour les plus connus de ces petits dialogues avec les morts, on peut aller faire un tour dans de nombreux titres de l&#8217;album <strong><span style="text-decoration: underline;"><em>Play</em></span></strong>, de Moby (qui est aujourd&#8217;hui enfin audible, après que l&#8217;abus de la cession de droits à diverses publicité en ait momentanément étouffé l&#8217;impact; aujourd&#8217;hui, en particulier, les titres <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Why does my heart feel so bad ?</span></em></strong>  ou <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Honey</span></em></strong>, ont retrouvé toute leur puissance d&#8217;évocation, on dirait une invitation à une séance de spiritisme dans laquelle, au lieu de faire parler les morts, on les ferait chanter), ou bien chez le Français Alex Gopher, dont le titre <strong><em><span style="text-decoration: underline;">The Child</span></em></strong>, extrait de l&#8217;album <strong><em><span style="text-decoration: underline;">You, my baby and I</span></em></strong> (1999), redonnait vie et  voix à Billie Holiday, semblant sortir des zones poussiéreuses de mémoires rarement visitées. Sa voix, extraite de la chanson <strong><em><span style="text-decoration: underline;">God bless the child</span></em></strong>, nous était tout d&#8217;abord offerte dans son grain naturel pour se transformer par la grâce des machines en un son qui n&#8217;était plus vraiment une voix sans pour autant n&#8217;être plus désincarné pour autant, une âme dans la synthèse, un fantôme dans le vocoder. Une présence.</p>
<p style="text-align: justify;">Jouer ainsi sur l&#8217;absence, c&#8217;est un des classiques de l&#8217;art, une des prouesses dont est capable cette classe d&#8217;objets dont la présence témoigne d&#8217;un ailleurs, dont la matière semble percer comme des trous béant dans ce qu&#8217;on appelait, jusqu&#8217;à les rencontrer, &laquo;&nbsp;réalité&nbsp;&raquo;. C&#8217;est ce genre d&#8217;apparition qui a lieu chez Deru, quand le fantôme de Soeur Sourire émerge des craquements du vinyle samplé, à la manière dont, d&#8217;après certains, on peut voir parfois passer des visages furtifs dans les parasites des ondes hertziennes, sur les écrans cathodiques considérés comme marc de café ou entrailles de poulet contemporains. Mais si c&#8217;est une apparition, c&#8217;est un peu sur le modèle &laquo;&nbsp;chemin d&#8217;Emmaüs&nbsp;&raquo; : elle est méconnaissable, transfigurée. Au sens propre, Benjamin Wynn se sert ici de l&#8217;enregistrement originel pour injecter de l&#8217;âme dans ses machines et sa seule intervention, dans ce premier mouvement, consiste à jouer sur le temps : ralentir le défilement de la voix, lui donner de l&#8217;épaisseur, une texture plus dense, mais allonger la réverbération de telle sorte que le chant semble être un passage, comme une cathédrale paquebot animée de ce genre de mouvement profond, porté par une puissance toute intérieure, qui ne déplace que des montagnes, patiemment, force tranquille, exactement à l&#8217;opposé de la naïveté presque niaiseuse du chant originel qui voulait faire de &laquo;&nbsp;comme le vent&nbsp;&raquo; une brise inoffensive, qui n&#8217;atteindrait véritablement que ceux qui font toujours en sorte de n&#8217;être touché par rien de profond, qui vont vers les formes qui ne les déplacent pas, eux mêmes, d&#8217;un millimètre dans leurs existences figées. Les mêmes paroles, la même âme vient, par l&#8217;intermédiaire d&#8217;un Deru véritablement magicien, capter les âmes, comme on attrape des disciples en les fascinant, et embarque son monde pour un rapt mystérieusement consenti, comme si ce qu&#8217;on attendait le plus secrètement au monde prenait la forme de ce qu&#8217;on ne voudrait à aucun prix, de ce qui était là depuis toujours, et qu&#8217;on méprisait consciencieusement, certains de ne pas faire partie de ce monde là. Mais c&#8217;est bien le talent de la musique en particulier, et de l&#8217;art en général, que d&#8217;être capable, par l&#8217;intermédiaire de la matière déjà présente, de nous faire naître au monde, et de nous entrainer vers des formes qu&#8217;on définirait a priori comme étrangères.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce que je propose ici, c&#8217;est la première phase de cet album, qui est la plus méditative. Soeur Sourire y passe comme un tank vidé de ses munitions, inoffensif, mais menaçant, mû par une terrible inertie, encore fumant des combats passés, traverserait une salle de catéchisme, fascinant des enfants confrontés soudain à une toute autre dimension de la spiritualité, à une autre densité de l&#8217;existence. Le titre de cette courte introduction est<strong><em><span style="text-decoration: underline;"> I would like</span></em></strong>. Sachez juste qu&#8217;elle est suivie de <strong><em><span style="text-decoration: underline;">I want</span></em></strong>, un développement peut être plus conventionnel dans ses rythmiques, modifiant à son tour le même<strong><em><span style="text-decoration: underline;"> Comme le vent</span></em></strong>, mais dans une démarche plus dynamique, plus légère aussi, davantage rythmée, qui vaut aussi le déplacement, dans la mesure où les deux titres forment évidemment un ensemble, une démarche, un mouvement entre la puissance et la volonté qui l&#8217;accompagne, comme un passage à l&#8217;acte. Et de la naïve et pathétique Soeur Sourire à ces deux morceaux enchainés, c&#8217;est précisément de passage à l&#8217;acte qu&#8217;il s&#8217;agit.</p>
<p style="text-align: justify;"><br /><img src="http://medias.harrystaut.fr/deru.jpg" alt="media" /><br />
</p>
<p style="text-align: justify;">Allez, je décode un tout petit peu le titre, pour ceux à qui il ne dit rien. <strong><em><span style="text-decoration: underline;">L&#8217;ar en ciel de la gravité</span></em></strong> est un roman de Thomas Pynchon, auteur majeur dans la littérature actuelle. Pour ceux qui sont prêts à plonger en apnée dans 700 pages de littérature, c&#8217;est à dire de manipulation patiente, consciencieuse, du langage, pour ceux qui aiment qu&#8217;un livre les travaille, on ne saurait trop conseiller cette lecture. Quel rapport avec Deru et Soeur Sourire ? Parfois, pour les titres d&#8217;articles, il faut laisser faire les connexions automatiques. J&#8217;avais ce roman en tête en écoutant <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Say goodbye to useless</span></em></strong>. Déconstructions, apparitions non réclamées, chez Pynchon, il est question de missiles V2 dont on cherche à discerner, à l&#8217;avance, les points de chute, après une trajectoire parabolique dessinant des arcs dans le ciel, il est question donc de lire le ciel et d&#8217;y discerner des messages dont on ne sait jamais si on les y lit, ou si on les y écrit. I would like, c&#8217;est un peu ça : un projectile qui ressemblait à une balle perdue qu&#8217;on laissait perdre dans ce qu&#8217;on considérait une marge du champ de bataille s&#8217;avère finalement avoir atteint sa cible. Et les oeuvres d&#8217;art sont peut être, aussi un peu ça : des objets lancés, dont on ne saurait déterminer s&#8217;isl atteignent, ou pas, leur mystérieuse cible. Des paraboles plus graves qu&#8217;elles n&#8217;en ont l&#8217;air.</p>
<p></span></p>
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		<title>Les oreilles qui trainent</title>
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		<pubDate>Fri, 21 May 2010 16:44:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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Tout cours sur l&#8217;art, en Terminale, se heurte à deux obstacles. D&#8217;une part, on peut passer pas mal de temps à déplorer que les élèves n&#8217;aient pas une culture artistique très développée (mais en même temps, on peut aussi se demander quelle part de leur scolarité a été consacrée à une découverte de l&#8217;art, en [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">Tout cours sur l&#8217;art, en Terminale, se heurte à deux obstacles. D&#8217;une part, on peut passer pas mal de temps à déplorer que les élèves n&#8217;aient pas une culture artistique très développée (mais en même temps, on peut aussi se demander quelle part de leur scolarité a été consacrée à une découverte de l&#8217;art, en dehors de l&#8217;apprentissage de la littérature), d&#8217;autre part, au delà de l&#8217;absence de maîtrise de la culture classique, on s&#8217;étonne de les voir finalement souvent peu armés devant ce qui leur est proposé aujourd&#8217;hui :  on peut s&#8217;étonner, ou s&#8217;inquiéter, de les voir fréquemment assujettis à des propositions musicales ou cinématographiques simplement très conventionnelles, à un âge où on devrait pouvoir au contraire se permettre des expérimentations, où on devrait être avide de sensations nouvelles (et quelque chose nous dit que cette mise entre parenthèse du désir a quelque chose à voir avec une anesthésie plus générale). Il ne s&#8217;agit pas de prohiber l&#8217;écoute de Rihanna; après tout, au moment de constituer une playlist plaisante pour accompagner le trajet domicile/lycée, on écoute bien ce qu&#8217;on veut, et Rihanna ou Michèle Torr, cela ne relève pas d&#8217;un rapport à l&#8217;écoute de la musique si différent que ce que les apparences veulent <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/05/headphones.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1551" title="headphones" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/05/headphones.jpg" alt="" width="402" height="401" /></a>bien laisser croire, puisque c&#8217;est le plaisir immédiat qui dicte l&#8217;écoute. Mais on le sait bien, le plaisir immédiat ne peut pas être ce qui dicte les normes de la beauté, à moins de refuser de considérer le Beau comme une valeur, comme ce qui nous hisse vers une qualité d&#8217;expérience un peu plus élevée, plus subtile. Ainsi, il y aurait un au-delà de la simple expérience dans laquelle nous prenons du plaisir à nous confronter (ou plutôt à nous conforter) à ce qui nous procure déjà du plaisir.<br />
Reste à savoir quoi.<br />
Parce que pour un lycéen qui voudrait vraiment constituer une histoire de sa propre sensibilité, se pose vite le problème de ce vers quoi il est censé se diriger, les écueils culturels semblant nombreux. Il se trouvera vite sur un terrain dans lequel les batailles font rage depuis des siècles, au milieu de mercenaires et soldats de métier qui se battent depuis des décennies pour des causes pour certaines antiques, les tranchées sont déjà creusées, les pertes sont incalculables, les monuments aux morts déjà dressés et fleuris; et il faut choisir son camp. Figuratisme ou Abstraction ? Rembrandt ou Rothko ? Classique ou moderne ? Bach ou Varèse ? Pulsionnel ou intellectuellement raffiné ? Krump ou la danse classique ? Ou bien, à chaque fois, les deux, ou l&#8217;un et l&#8217;autre par intermittences ? Autant de choix pour lesquels les conseils sont multiples, les condamnations sont déjà écrites, et on se trouvera toujours être dans le camps adverse de quelque autorité supposée, qui fera de la trajectoire esthétique suivie une impasse, une hérésie, un égarement, une participation à l&#8217;effondrement de la civilisation (après tout, d&#8217;ailleurs, écouter Rihanna, au moins, ça permet de confirmer le monde de la consommation bourgeoise dans ses principes, ça a l&#8217;avantage de demeurer dans un projet global finalement plutôt cohérent).<br />
Face à cette inquiétude, on ne peut rappeler qu&#8217;une chose : l&#8217;exigence culturelle n&#8217;est pas dûe aux autres, elle n&#8217;existe que face à soi même. Et il n&#8217;y a pas d&#8217;itinéraires que l&#8217;on doive suivre. Ou s&#8217;il y en a, on ne sait pas qui en détient les cartes. Ainsi, quand dans une discussion en classe, on en arrive à ce moment intéressant où les élèves peuvent demander &laquo;&nbsp;bon, mais alors, qu&#8217;est ce qu&#8217;on doit écouter ?&nbsp;&raquo; sans doute la seule réponse honnête qui puisse leur être apportée, c&#8217;est qu&#8217;il n&#8217;y a pas de réponse à cette question, et que l&#8217;erreur consiste précisément à instituer certaines expériences comme devant être faites, là où d&#8217;autres seraient facultatives, ou même déconseillées. Ainsi, l&#8217;expérience musicale singulière qu&#8217;est l&#8217;oeuvre d&#8217;Edgar Varèse, évoquée ici même il y a quelques semaines, ne peut pas constituer, pour tout le monde, un passage obligé; on ne peut pas ignorer que pour la plupart de ceux qui se lanceraient dans l&#8217;aventure, cette expérience ne susciterait rien d&#8217;autre que l&#8217;impression de n&#8217;être décidément pas fait pour la culture, tant on peut demeurer étranger à ce genre de proposition. C&#8217;est qu&#8217;il y a un temps pour chaque expérience, et qu&#8217;il en va des expériences esthétiques comme des cuites, il faut savoir en gérer les intensités, et maîtriser sa propre sensibilité de manière à se confronter à ce qu&#8217;on est capable, à tel moment dans sa vie, d&#8217;apprécier. Dès lors, tout ce qu&#8217;on peut faire, c&#8217;est fureter, patienter, et demeurer suffisamment aux aguets pour parvenir à discerner, dans le paysage culturel qui est le sien, les oeuvres susceptibles de constituer pour nous un courant ascendant dans notre parcours singulier.<br />
A cause de cela, il est délicat de proposer des oeuvres aux élèves, car toute proposition dans le cadre scolaire prend vite l&#8217;allure d&#8217;une prescription autoritaire dans un domaine où l&#8217;autonomie devrait être la règle, et ce d&#8217;autant plus que l&#8217;enseignant a nécessairement la volonté de guider l&#8217;élève vers des valeurs sûres, alors même que tout le sel de l&#8217;expérience esthétique, c&#8217;est précisément qu&#8217;elle ne peut être &laquo;&nbsp;sûre&nbsp;&raquo; avant d&#8217;être éprouvée, que tout dogmatisme esthétique, qu&#8217;il soit dicté par l&#8217;école ou par les goûts personnels, constitue un décalage de la sensibilité qui va fausser le travail des oeuvres, qu&#8217;il s&#8217;agit au contraire de laisser jouer librement avec nos sens. A la limite, les meilleurs conseils devraient peut être s&#8217;appuyer sur les doutes que l&#8217;enseignant, au jour le jour, peut lui même avoir vis à vis de ses propres expériences face aux formes, ce qui nécessiterait une confiance réciproque dont on admettra qu&#8217;elle est rarement d&#8217;emblée partagée dans ce terrain vague qu&#8217;est la classe (je pense là au terrain vague tel que le décrit Koltes dans La Solitude des champs de coton : dans la classe, il y a un dealer, des passants, et la phase d&#8217;observation, consistant à évaluer ce que l&#8217;un a à proposer, et ce que les autres sont prêts à céder pour l&#8217;acquérir peut bien prendre une année scolaire entière).<br />
Tout ceci pour expliquer que j&#8217;ai décidé hier, après une heure un peu privilégiée dans une classe aux effectifs réduits, grâce au fait que la plupart des élèves passaient leur épreuve de sport, obligeant à changer le fusil pédagogique d&#8217;épaule (en gros, on était censés partager ce chemin étrange par lequel Descartes prouve que Dieu existe bel et bien, et on a finalement fait un parcours de deux heures, très improvisé, entre Noir Désir et des reprises étonnantes de Soeur Sourire (j&#8217;y reviendrai); d&#8217;une certaine manière, à l&#8217;orée du mois de Juin, les conditions d&#8217;un véritable cours étaient enfin atteintes), j&#8217;ai décidé, disais-je, d&#8217;ouvrir un peu plus ce blog à cette forme artistique dans laquelle les élèves baignent tant, la musique; non pas pour indiquer ce qu&#8217;il faut écouter (je n&#8217;ai pas la moindre idée d&#8217;une réponse à une telle question), mais pour signaler que sans aller jusqu&#8217;à Varèse, il y a des musiciens qui travaillent à redéfinir ce qu&#8217;est la musique tout en demeurant audibles, parfois même en permettant un certain plaisir. Ce sera une zone de d&#8217;incertitude, certainement pas une leçon d&#8217;histoire de la musique. Seulement une tentative de susciter une aventure au milieu des formes, et rien de plus. Surtout, rien de plus.<br />
Et comme je l&#8217;évoquais un peu plus haut, au détour d&#8217;une parenthèse, ça va commencer avec Soeur Sourire.</p>
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		<title>&#171;&#160;L&#8217;homme est comme le lapin, il s&#8217;attrape par les oreilles&#160;&#187; (Mirabeau)</title>
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		<pubDate>Mon, 10 May 2010 17:10:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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Comme promis à mes élèves, voici mises en ligne les émissions proposées par France Culture, en 2009 et 2010, destinées à préparer les élèves à l&#8217;épreuve de philosophie du baccalauréat. Le principe en est simple : un professeur est invité, et on lui soumet un sujet, à moins que ce ne soit l&#8217;inverse, et qu&#8217;on [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">Comme promis à mes élèves, voici mises en ligne les émissions proposées par France Culture, en 2009 et 2010, destinées à préparer les élèves à l&#8217;épreuve de philosophie du baccalauréat. Le principe en est simple : un professeur est invité, et on lui soumet un sujet, à moins que ce ne soit l&#8217;inverse, et qu&#8217;on soumette le professeur à un sujet; à vrai dire, si l&#8217;exercice est réussi, on pourrait dire que le mouvement est double : il s&#8217;agit de se soumettre au sujet, au sens où il faut bien se mettre à son service, mais il faut, à terme, avoir réussi à le plier, à l&#8217;avoir mis en ordre, à l&#8217;avoir structuré par la pensée. C&#8217;est à ce double mouvement que ces émissions convient.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui semble finalement le plus intéressant, c&#8217;est que chaque &laquo;&nbsp;épisode&nbsp;&raquo; semble devoir rappeler quelque chose d&#8217;essentiel, bien que les élèves l&#8217;oublient le plus souvent : le travail crucial se fait au brouillon. La copie n&#8217;est que la réalisation finale d&#8217;une partition qui est écrite auparavant, elle est l&#8217;équivalent du concert donné par l&#8217;orchestre, ou de la pièce jouée devant le public. Mais ce qui importe, la réflexion, a été mené auparavant.</p>
<p style="text-align: justify;">Il est certes possible qu&#8217;au cours de la rédaction du texte même de la dissertation, la réflexion progresse encore (après tout, comme on dit, on écrit pour savoir ce qu&#8217;on pense), mais ce n&#8217;est possible que si un véritable travail de conceptualisation, d&#8217;analysen d&#8217;argumentation, bref, de réflexion, a été auparavant mis en oeuvre. En insistant, et en passant du temps, sur cette phase préparatoire, ces émissions montrent comment on peut progressivement cheminer à travers le sujet pour en faire émerger un problème qui n&#8217;est jamais tout à fait donné dès la première lecture du sujet.</p>
<p style="text-align: justify;">Voici donc huit émissions, diffusées sur France Culture. Pour chacune d&#8217;entre elles, il est possible de la lire ici même, ou bien de l&#8217;enregistrer sur votre propre disque dur afin de l&#8217;écouter quand et où vous le voudrez.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>1 &#8211; L&#8217;art nous révèle t-il quelque chose du réel ?<br />
</strong><br />
<a href="http://medias.harrystaut.fr/Troussedesecours/artreel.mp3">http://medias.harrystaut.fr/Troussedesecours/artreel.mp3</a> (clic droit, &laquo;&nbsp;enregistrer la cible sous&nbsp;&raquo;)</p>
<p style="text-align: justify;">Site de l&#8217;émission, et bibliographie :<br />
<a href="http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/chemins/fiche.php?diffusion_id=63592">http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/chemins/fiche.php?diffusion_id=63592</a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>2 &#8211; Comment se préparer à mourir ?<br />
</strong><br />
<a href="http://medias.harrystaut.fr/Troussedesecours/Preparermourir.mp3">http://medias.harrystaut.fr/Troussedesecours/Preparermourir.mp3</a> (clic droit, &laquo;&nbsp;enregistrer la cible sous&nbsp;&raquo;)</p>
<p style="text-align: justify;">Site de l&#8217;émission et bibliographie :<br />
<a href="http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/chemins/fiche.php?diffusion_id=63593">http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/chemins/fiche.php?diffusion_id=63593</a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>3 &#8211; Peut-on juger objectivement de la valeur d&#8217;une culture ?<br />
</strong><br />
<a href="http://medias.harrystaut.fr/Troussedesecours/Jugerculture.mp3">http://medias.harrystaut.fr/Troussedesecours/Jugerculture.mp3</a> (clic droit, &laquo;&nbsp;enregistrer la cible sous&nbsp;&raquo;)</p>
<p style="text-align: justify;">Site de l&#8217;émission et bibliographie :<br />
<a href="http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/chemins/fiche.php?diffusion_id=63594">http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/chemins/fiche.php?diffusion_id=63594</a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>4 &#8211; La politique doit-elle faire le bonheur des citoyens ?<br />
</strong><br />
<a href="http://medias.harrystaut.fr/Troussedesecours/Lapolitiquedoitellefairelebonheurdescitoyens.mp3">http://medias.harrystaut.fr/Troussedesecours/Lapolitiquedoitellefairelebonheurdescitoyens.mp3</a> (clic droit, &laquo;&nbsp;enregistrer la cible sous&nbsp;&raquo;)</p>
<p style="text-align: justify;">Site de l&#8217;émission et bibliographie :<br />
<a href="http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/chemins/fiche.php?diffusion_id=83154">http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/chemins/fiche.php?diffusion_id=83154</a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>5 &#8211; Toutes les cultures se valent elles ?<br />
</strong><br />
<a href="http://medias.harrystaut.fr/Troussedesecours/Touteslesculturessevalentelles.mp3">http://medias.harrystaut.fr/Troussedesecours/Touteslesculturessevalentelles.mp3</a> (clic droit, &laquo;&nbsp;enregistrer la cible sous&nbsp;&raquo;)</p>
<p style="text-align: justify;">Site de l&#8217;émission et bibliographie :<br />
<a href="http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/chemins/fiche.php?diffusion_id=83155">http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/chemins/fiche.php?diffusion_id=83155</a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>6 &#8211; Y a t-il des choses que le langage ne puisse dire ?<br />
</strong><br />
<a href="http://medias.harrystaut.fr/Troussedesecours/Yatildeschosesquelelangagenepuissedire.mp3">http://medias.harrystaut.fr/Troussedesecours/Yatildeschosesquelelangagenepuissedire.mp3</a> (clic droit, &laquo;&nbsp;enregistrer la cible sous&nbsp;&raquo;)</p>
<p style="text-align: justify;">Site de l&#8217;émission et bibliographie :<br />
<a href="http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/chemins/fiche.php?diffusion_id=83156">http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/chemins/fiche.php?diffusion_id=83156</a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>7 &#8211; Peut on vouloir le bien sans le faire ?<br />
</strong><br />
<a href="http://medias.harrystaut.fr/Troussedesecours/Peutonvouloirlebiensanslefaire.mp3">http://medias.harrystaut.fr/Troussedesecours/Peutonvouloirlebiensanslefaire.mp3</a> (clic droit, &laquo;&nbsp;enregistrer la cible sous&nbsp;&raquo;)</p>
<p style="text-align: justify;">Site de l&#8217;émission et bibliographie :<br />
<a href="http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/chemins/fiche.php?diffusion_id=83157">http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/chemins/fiche.php?diffusion_id=83157</a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>8 &#8211; Peut on dire d&#8217;un désir qu&#8217;il est anormal ?<br />
</strong><br />
<a href="http://medias.harrystaut.fr/Troussedesecours/Peutondiredundesirquilestanormal.mp3">http://medias.harrystaut.fr/Troussedesecours/Peutondiredundesirquilestanormal.mp3</a> (clic droit, &laquo;&nbsp;enregistrer la cible sous&nbsp;&raquo;)</p>
<p style="text-align: justify;">Site de l&#8217;émission et bibliographie :<br />
<a href="http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/chemins/fiche.php?diffusion_id=83158">http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/chemins/fiche.php?diffusion_id=83158</a></p>
<p style="text-align: justify;">
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		<title>EMS 401</title>
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		<pubDate>Mon, 03 May 2010 12:37:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Art]]></category>
		<category><![CDATA[Audio]]></category>
		<category><![CDATA[Bonus]]></category>
		<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[
Afin de compléter l&#8217;article précédent, voici un accès plus simple à l&#8217;oeuvre d&#8217;Edgar Varèse. Il s&#8217;agit d&#8217;un texte écrit par Frank Zappa pour le mensuel Stereo review de Juin 1971. Il s&#8217;intitule Edgard Varese : The Idol of My Youth, et il touchera ceux pour qui découvrir un artiste relève encore de ce qu&#8217;on peut [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">Afin de compléter l&#8217;article précédent, voici un accès plus simple à l&#8217;oeuvre d&#8217;Edgar Varèse. Il s&#8217;agit d&#8217;un texte écrit par Frank Zappa pour le mensuel Stereo review de Juin 1971. Il s&#8217;intitule Edgard Varese : The Idol of My Youth, et il touchera ceux pour qui découvrir un artiste relève encore de ce qu&#8217;on peut appeler une rencontre. On peut craindre que nombreux soient ceux qui entretiennent avec la musique une simple relation d&#8217;accumulation, la consommation à hautes doses de la musique en général, et le téléchargement en particulier, pouvant donner lieu, paradoxalement, à un éloignement des oeuvres (pour des raisons techniques, le MP3 étant loin d&#8217;être une restitution idéale (Jean-Jacques Birgé, dans son blog, le compare à une ombre, ou à une carte postale, et il a sans doute raison), mais aussi pour des raisons de temps : une oeuvre réclame qu&#8217;on lui consacre du temps, des rencontres multiples, une aventure commune, ce qui est impossible quand aterrissent dans le disque dur des dizaines d&#8217;albums quotidiennement). Zappa raconte donc comment, adolescent, il a rencontré accidentellement la musique d&#8217;Edgar Varèse, et comment un disque a pu à lui seul bouleverser son écoute de la musique. Au delà de l&#8217;analyse des oeuvres, je me demande si ce ne sont pas ces témoignages qui sont, le plus, aptes à susciter une démarche sincère de découvertes des oeuvres.</p>
<p style="text-align: justify;">Voici donc cet article :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">&laquo;&nbsp;On m’a demandé d’écrire sur Edgard Varèse. Je ne suis pas du tout qualifié pour ça. Je ne peux même pas prononcer son nom correctement. La seule raison pour laquelle j’ai acepté c’est parce que j’aime beaucoup sa musique, et si par hasard cet article pouvait amener plus de gens à écouter ses œuvres, ça en aura valu la peine.</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">J’avais environ treize ans quand j’ai lu un article dans “Look” sur le Record Store de Sam Goody à New York. Ma mémoire n’est pas très claire sur les détails, mais je me souviens qu’y était fait l’éloge de l’exceptionnelle habileté de la boutique à vendre des disques. Un exemple de brillant art de vendre décrivait comment, par <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/05/7698406_cbc8224f18_o.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1499" title="7698406_cbc8224f18_o" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/05/7698406_cbc8224f18_o.jpg" alt="" width="401" height="278" /></a>quelque mystérieuse tricherie, la boutique avait en fait réussi à vendre un album intitulé “Ionization” (le vrai nom de l’album était “The Complete Works of Edgard Varese, Volume One”). L’article décrivait le disque comme un fouillis bizarre de tambours et autres sons déplaisants.</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">Je filai à toute vitesse vers le magasin de disques du coin et le demandai. Personne n’en avait entendu parler. Je racontai au gars du magasin à quoi ça ressemblait. Il se détourna, rebuté, et marmonna solennellement, “De toute façon je ne l’aurais pas en stock… personne ici à San Diego n’achèterait ça.”</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">Je n’abandonnai pas. J’avais tellement hâte d’avoir cet album que je ne pouvais même pas le croire. A cette époque j’étais un fanatique de rythm-and-blues. J’économisais tout l’argent que je pouvais (parfois près de 2 dollars par semaine) pour que chaque vendredi et samedi je puisse fouiller dans les piles de vieux disques à la Décharge des Disques de Juke-Box Usagés (ou quel que soit son nom) à l’hôtel Maryland ou dans les coins poussiéreux des petits magasins de disques où ils conservaient les vieux disques dégueulasses que personne ne voulait acheter.</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">Un jour je passais devant un magasin hi-fi à La Mesa. Une petite pancarte dans la vitrine annonçait une vente de 45–tours. Après avoir parcouru les casiers des singles et trouvé un ou deux disques de Joe Houston, je m’avançais vers la caisse enregistreuse. Sur mon chemin, je jetais au hasard un coup d’oeil dans le bac des LP. Placé sur le devant, juste un peu plié aux coins, se trouvait un album à la couverture noire et blanche et d’allure étrange. Dessus il y avait la photo d’un homme aux cheveux gris frisottés. Il ressemblait à un savant fou. Je pensais que c’était génial que quelqu’un ait finalement fait un enregistrement d’un savant fou. Je le pris. J’en vins presque (c’est la vérité, mesdames et messieurs) à pisser dans mon pantalon… C’ETAIT LUI ! EMS 401, The Complete Works of Edgard Varese Volume I… Integrales, Density 21.5, Ionization, Octandre… Rene Le Roy, le N.Y. Wind Ensemble, le Juilliard Percussion Orchestra, direction Frederic Waidman… texte du livret par Sidney Finkelstein ! WOW !</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">Je retournai en courant vers les casiers des singles et replaçait les disques de Joe Houston dedans. Je fouillai dans ma poche pour voir combien d’argent j’avais (environ 3.80$). Je savais que je devais avoir beaucoup d’argent pour acheter un album. Seuls les vieux ont assez d’argent pour acheter des albums. Je n’avais encore jamais acheté un album. Je me glissai vers le gars à la caisse enregistreuse et lui demandai combien coûtait EMS 401. “Ce gris-là dans la boîte ? 5.95$ &#8211; ”</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">J’avais recherché cet album pendant plus d’un an, et maintenant… catastrophe. Je dis au gars que je n’avais que 3.80$. Il gratta son cou. “On utilise ce disque pour faire la démonstration de la hi-fi, mais personne n’en achète jamais quand on les utilise… tu peux l’avoir pour 3.80$ si tu le veux tant que ça.”</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">Je ne pouvais pas imaginer ce qu’il voulait dire par “faire la démonstration de la hi-fi avec”. Je n’avais jamais entendu de hi-fi. Je savais seulement que les vieux les achetaient. J’avais une authentique lo-fi… c’était une petite boîte d’environ 10 centimètres de profondeur avec des pieds en imitation de fer forgé à chaque coin (une espèce de plaque cuivrée) qui l’élevait du dessus de la table car le haut-parleur était en bas. Ma mère le gardait près de la planche à repasser. Elle l’utilisait pour écouter un 78 tours de “The Little Shoemaker” dessus. J’enlevai le 78 tours de “The Little Schoemaker” et, déplaçant prudemment le levier de vitesse sur 33 1/3 (ça n’avait jamais été fait avant), tournai le volume au maximum et plaçai l’aiguille à pointe Osmium tous-usages dans la spirale initiale sur “Ionization”. J’ai une gentille mère catholique qui aime Roller Derby. Edgard Varèse ne la fait pas fuir, même à ce jour. On m’interdit de passer ce disque dans le salon à tout jamais.</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">Pour écouter l’Album, je devais rester dans ma chambre. Je restais assis là toutes les nuits, l’écoutant deux ou trois fois et lisant les notes du livret encore et encore. Je ne les comprenais absolument pas. Je ne savais pas ce qu’était le timbre. Je n’avais jamais entendu parler de polyphonie. J’aimais juste la musique parce <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/05/Frank+Zappa+Frank+Frank+Frank+Frank+Frank.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1498" title="Frank+Zappa+Frank+Frank+Frank+Frank+Frank" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/05/Frank+Zappa+Frank+Frank+Frank+Frank+Frank.jpg" alt="" width="400" height="509" /></a>qu’elle sonnait bien à mes oreilles. Je forçais tous ceux qui venaient à l’écouter. (J’avais entendu quelque part que dans les stations de radio les gars faisaient des marques à la craie sur les disques pour pouvoir retrouver un passage exact, et donc je fis la même chose sur EMS 401… marquant tous les moments forts pour que mes amis ne s’ennuient pas pendant les parties calmes.)</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">J’allai à la bibliothèque et tentai de trouver un livre sur M. Varèse. Il n’y en avait aucun. La bibliothécaire me dis qu’il n’était probablement pas un Grand Compositeur. Elle me suggéra de regarder dans des livres parlant de compositeurs nouveaux ou impopulaires. Je trouvai un livre qui contenait un petit baratin (avec une photo de M. Varèse en jeune homme, fixant l’objectif très sérieusement) disant qu’il serait aussi heureux à faire pousser du raisin qu’à être compositeur.</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">A mon quinzième anniversaire ma mère me dit qu’elle me donnerait 5$. Je lui dis que je préférerai passer un appel longue-distance. Je croyais que M. Varèse vivait à New York parce que l’enregistrement avait été fait à New York (et comme il était si bizarre, il vivait sans doute à Greenwich Village). J’obtins les Renseignements de New York, et bien évidemment, il était dans l’annuaire.</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">Sa femme répondit. Elle fut très gentille et me dit qu’il était en Europe et je devrais rappeler dans quelques semaines. Je le fis. Je ne me rappelle plus ce que je lui ai dit exactement, mais c’était quelque chose comme : “votre musique me botte vraiment”. Il me dit qu’il travaillait sur une nouvelle pièce intitulée “Déserts”. Ça me mit quelque peu en joie car je vivais alors à Lancaster, Californie. Quand vous avez quinze ans et que vous vivez dans le désert Mojave et que vous découvrez que le plus grand compositeur du monde, quelque part dans un laboratoire secret de Greenwich Village, travaille à une chanson sur votre “ville natale” vous avez de quoi être sacrément excité. Ça paraissait une grande tragédie que tout le monde à Palmdale ou Rosamond s’en ficherait s’ils venaient à l’entendre. Je continue de penser que “Déserts” parle de Lancaster, même si les notes de livret du LP Columbia disent que c’est quelque chose de plus philosophique.</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">Tout au long du lycée je cherchai des informations sur Varèse et sa musique. L’une des plus excitantes découvertes eut lieu dans la bibliothèque de l’école à Lancaster. Je trouvai un livre d’orchestration qui contenait des exemples de partition au dos, et où se trouvait inclus un extrait de “Offrandes” avec un tas de notes de harpes (et vous savez à quel point les notes de harpes paraissent épatantes). Je me souviens avoir fétichisé le livre pendant plusieurs semaines.</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">Quand j’eus dix-huit ans j’eus l’occasion d’aller sur la côte Est pour rendre visite à ma tante Mary à Baltimore. Ça faisait alors près de quatre ans que je composais mais je ne m’étais encore jamais entendu interprété. Tante Mary allait me présenter à l’un de ses amis (un monsieur italien) qui était en contact avec l’orchestre du coin. J’avais prévu de faire un détour par le mystérieux Greenwich Village. Pendant ma conversation téléphonique d’anniversaire, M. Varèse avait mentionné en passant la possibilité d’une visite si je me trouvais dans les parages. Je lui écrivis une lettre pendant que j’étais à Baltimore, juste pour lui faire savoir que j’étais dans les parages.</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">J’attendis. Ma tante me présenta au type de l’orchestre. Elle dit, “Voici Frankie. Il écrit de la musique pour orchestre.” Le type dit, “Vraiment? Dis-moi, fiston, quelle est la note plus basse pour un basson?” Je dis, “Si bémol… et le bouquin dit aussi qu’on peut le pousser jusqu’à un do ou quelque chose dans la clef de sol.” Il dit, “Vraiment ? Tu t’y connais en harmoniques du violon ?” Je dis, “C’est quoi?” Il dit, “Reviens me voir dans quelques années”.</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">J’attendis quelques-unes de plus. La lettre arriva. Je ne pouvais pas le croire. Une vraie lettre manuscrite d’Edgard Varèse ! Je l’ai encore dans un petit cadre. Dans une écriture minuscule de style scientifique, elle dit :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;"><em>12 VII 57<br />
Cher M. Zappa<br />
</em><em><a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/05/ems401.gif"><img class="alignright size-full wp-image-1500" title="ems401" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/05/ems401.gif" alt="" width="267" height="267" /></a>Je suis désolé de ne pas pouvoir vous accorder votre requête. Je pars pour l’Europe la semaine prochaine et serai absent jusqu’au printemps prochain. J’espère cependant vous voir à mon retour.<br />
Avec mes meilleurs vœux,<br />
Edgard Varèse</em></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">Je n’ai jamais rencontré M. Varèse. Mais j’ai continué à rechercher les enregistrements de sa musique. Quand il a atteint quatre-vingt ans je suppose que quelques compagnies de disques ont craqué et ont enregistré quelques trucs à lui. Une espèce de geste, j’imagine. Je me suis toujours demandé qui les achetait à part moi. Environ sept ans avaient passé depuis que j’avais écouté sa musique pour la première fois, lorsque je rencontrai quelqu’un d’autre qui savait même qu’il existait. Cette personne était un étudiant en cinéma à l’USC. Il avait le LP Columbia avec “Poème Electronique” dessus. Il pensait que ça pourrait faire des effets sonores épatants.<br />
Je ne peux vous donner aucune analyse structurelle ou supposition universitaire sur la façon dont sa musique fonctionne ou pourquoi je pense qu’elle sonne sibien. Sa musique est absolument unique. Si vous ne l’avez pas encore écoutée, courrez l’écouter. Si vous l’avez déjà écoutée et que vous pensez que ça pourrait faire des effets sonores épatants, écoutez-là encore. Je recommandrais l’enregistrement du Chicago Symphony pour “Arcana” chez RCA (avec le son à fond) ou le disque de l’Utah Symphony chez Vanguard pour “Amériques”. Et aussi, il y a une biographie par Fernand Oulette, et des partitions miniature sont disponibles pour la plupart de ses œuvres, publiées par G. Ricordi.&nbsp;&raquo;</p>
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		<title>Ingénieux du son</title>
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		<pubDate>Mon, 03 May 2010 12:11:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Bonus]]></category>
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		<description><![CDATA[ 
2 Décembre 1954, au théâtre des Champs Elysées, Edgar Varèse fait découvrir au public une pièce musicale, intitulée Déserts, qui restera dans l&#8217;histoire de la musique la première oeuvre mixte, c&#8217;est à dire exécutée pour partie par un orchestre de musiciens, et pour autre partie par des bandes magnétiques enregistrées, diffusées par l&#8217;intermédiaire d&#8217;un [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p> <font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">2 Décembre 1954, au théâtre des Champs Elysées, Edgar Varèse fait découvrir au public une pièce musicale, intitulée <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Déserts</span></em></strong>, qui restera dans l&#8217;histoire de la musique la première oeuvre mixte, c&#8217;est à dire exécutée pour partie par un orchestre de musiciens, et pour autre partie par des bandes magnétiques enregistrées, diffusées par l&#8217;intermédiaire d&#8217;un dispositif de sonorisation amplifiée. A aucun moment ces deux dispositifs ne jouent de manière simultanée. Il s&#8217;agit plutôt d&#8217;interpolations enregistrées dans le jeu de l&#8217;orchestre.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette première fut, pour le moins, chaotique : le public se divisera rapidement en deux camps, les uns vociférant contre l&#8217;oeuvre, et tentant de d&#8217;empêcher son exécution en intervenant bruyamment pour en troubler le jeu, et l&#8217;écoute, les autres insultant à leur tour les premiers, afin que l&#8217;écoute soit possible. Les jurons <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/05/resize_eve_photo1_Edgard-Varese-Composer350.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1492" title="resize_eve_photo1_Edgard-Varese-Composer350" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/05/resize_eve_photo1_Edgard-Varese-Composer350.jpg" alt="" width="350" height="562" /></a>pleuvent, les rires aussi, et à la fin, les injures couvrent les applaudissements. C&#8217;est que l&#8217;oeuvre musicale proposée échappe à tout ce qui pourrait constituer, chez le public, une culture musicale : si on est amateur de mélodie, on sera déçu par <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Déserts</span></em></strong>, puisqu&#8217;on n&#8217;y trouve pas de mélodie. Si on attend de la musique une cadence rythmique, on sera désarçonné : Déserts n&#8217;en propose aucune. On n&#8217;y trouvera pas non plus d&#8217;harmonie au sens courant du terme, ni d&#8217;utilisation classique des gammes musicales académiques. En revanche, on y entendra des tonitruances, des échappées, des accalmies, des intensités, comme dirait Victor Hugo, &laquo;&nbsp;du bruit qui pense&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: justify;">Le problème, c&#8217;est que <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Déserts</span></em></strong> déconcerte précisément parce que le public est cultivé, qu&#8217;il est habitué à un certain nombre de structures qui définissent ce qui, pour lui, correspond à une oeuvre musicale, et il attend d&#8217;un compositeur qu&#8217;il organise les sons selon ces structures qui doivent constituer un contrat entre lui et le musicien. Pour parler en termes plus précis, la mélodie, le rythme, l&#8217;harmonie sont autant d&#8217;éléments de convention qui sont tellement bien intégrés, parce qu&#8217;avant tout ressentis sans avoir été pensés qu&#8217;ils apparaissent comme une beauté naturelle à laquelle l&#8217;artiste doit plier son oeuvre. Varèse, en ce soir de Décembre 1954, refuse de jouer le jeu, et une bonne partie du public, déçu, ne le lui pardonne pas. Sans doute la programmation de la soirée n&#8217;était elle pas faite pour l&#8217;aider à franchir le pas de géant que Varèse demandait aux auditeurs d&#8217;effectuer, puisque <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Déserts</span></em></strong> y était précédée de la <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Grande Ouverture en si bémol majeur</span></em></strong> de Mozart, et suivie de la <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Symphonie pathétique</span></em></strong> de Tchaikovski, qui correspondaient bien davantage aux us et coutumes des oreilles du moment (et d&#8217;aujourd&#8217;hui, aussi, on peut le craindre). Le scandale fut tout à fait à la hauteur de ceux qu&#8217;avaient provoqués, avant Varèse, Hugo avec Hernani, et Stravinski, avec son Sacre du Printemps, interprété dans une ambiance tout aussi houleuse en 1913, Stravinski prenant d&#8217;ailleurs la défense de Varèse, en voyant en lui &laquo;&nbsp;le Brancusi de la musique&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans son ouvrage <strong><em><span style="text-decoration: underline;">La Musique au XXè siècle</span></em></strong>, Jean-Noel Von der Weid introduit sa perspective en s&#8217;appuyant sur cette difficulté qu&#8217;éprouve le public quand il s&#8217;agit de suivre des artistes dans des paysages sonores où les repères semblent avoir totalement disparu. Et il en appelle à l&#8217;apparition d&#8217;un nouveau public. Nous verrons que Varèse lui même, quand il s&#8217;exprima sur cette création mouvementée de Déserts, proposa une thèse assez semblable :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">&laquo;&nbsp;Ce siècle se termine. Et inclure Anton Webern dans un concert ne suscite plus l&#8217;effroi, ne ressortit plus à la provocation, certes, mais doit être accompagné de prudence et de retenue. Parce que cette musique, écrite aux autres confins du siècle hérisse encore des sensibilités, se heurte à une fin de non recevoir globale. Etrange d&#8217;observer l&#8217;homme qui aujourd&#8217;hui plus que jamais habite une douleur, dans un monde en agonie, chloroforme ses rêves et se mystifie dans le fâcheux laisser-aller esthétique des Arvo Pärt ou John Adams ; dans la musique  New Age holistique, celle du ici et du maintenant, nouvelle ritualisation et sacralisation de la musique considérée comme une &laquo;&nbsp;ontologie sonore&nbsp;&raquo; (Peter Niklas Wilson) &#8211; en fait expression minimaliste de bas étage, issue des Terry Riley, La Monte Young ou Meredith Monk. Que l&#8217;harmonie soit à nouveau à la mode (Nouvelles Intériorité, Subjectivité, Simplicité, etc.), que les &laquo;&nbsp;post-modernes&nbsp;&raquo; ressassent sans sourciller les principes les plus éculés du langage musical sont les particularités les plus surprenantes de ces dernières années &#8211; et seraient raillées par l&#8217;expression hégélienne du &laquo;&nbsp;ah et oh de l&#8217;âme&nbsp;&raquo;<sup>1</sup> et de son &laquo;&nbsp;impuissance entêtée&nbsp;&raquo;.<br />
Car cette musique, dite contemporaine (de quoi ?) avec dédain ou fière ignorance<sup>2</sup>, se trouve en parfaite adéquation avec notre fin de siècle, incarne l&#8217;esprit du temps, donne forme à l&#8217;angoisse et à la lucidité tranchante qui accompagne ce tourment.<br />
&laquo;&nbsp;<em>My music is not lovely</em>&laquo;&nbsp;, maronnait Arnold Schoenberg à Hollywood, qui voulait débarrasser l&#8217;art de toute sujétion à l&#8217;égard d&#8217;éléments sensoriels diffus donnés a priori et qui émiettent la structuration autonome d&#8217;une oeuvre. (Au même moment, Hanns Eisler vitupérait contre les <em>feelies</em>, ou &laquo;&nbsp;cinémas sentants&nbsp;&raquo;, ces triomphes absolus de l&#8217;abrutissement.) La musique n&#8217;est pas &laquo;&nbsp;ameublement&nbsp;&raquo;  ou &laquo;&nbsp;immeublement&nbsp;&raquo;, narquoisaient Erik Satie et John Cage, destiné à cacher la vie : elle est là pour nous <em>dépecer</em>, nous ébranler dans les plus infimes interstices de notre conscience. Elle épuise, brûle, ronge &#8211; indemne d&#8217;émois futiles. Contrairement aux rigolotes cabrioles esthético-idéologiques de ce que nous pourrions appeler la Nouvelle Euphorie, celle-ci a besoin d&#8217;autre chose que de nourritures tonifiantes quoique allégées ; de quelque chose d&#8217;hétérogène, d&#8217;étranger qui lui permette de ne plus se complaire<sup>3</sup> narcissiquement dans une atmosphère (néo) romantique &#8211; la <em>Stimmung</em> &#8211; , qui l&#8217;autorise à bornioliser la Muse, raillerait Flaubert.<br />
Il y eut des scandales, allègres d&#8217;insolence ; celui d&#8217;Ernst krenek avec sa Deuxième Symphonie, ceux d&#8217;Igor Stravinsky avec son<em> Sacre du Printemps</em>, d&#8217;Alban Berg avec les <em>Altenberglieder</em>. Ce furent les premières réactions contre la mise en pièces de la souveraine consonance, contre la pulvérisation de la mélodie, contre l&#8217;abandon de la symétrie et des mètres simples, comme la mesure à trois ou quatre temps. Un délestage qui s&#8217;accompagna, plus en profondeur, et métaphysique, du sens.<br />
La littérature avait d&#8217;ailleurs largement précédé la musique : depuis Flaubert, Mallarmé et Faulkner<sup>4</sup>, l&#8217;oeuvre devient un espace non balisé, le sens, jusque là totalitaire et tyrannique, titube, se casse en sa continuité ; le K de kafka remplace les Karamazov (en peinture, Klein remplace Kubin), le héros meurt, l&#8217;univers se fait plurivoque, la structure, glissante, sans cesse est sur le point de s&#8217;effondrer.<br />
Ne demeurent de ces irritations qu&#8217;indifférence, désengagement : autres manifestations, masquées cette fois, de ce rejet de la musique actuelle. &laquo;&nbsp;Seule la <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/05/Varese.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1493" title="Varese" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/05/Varese.jpg" alt="" width="406" height="299" /></a>surface compte, écrivait début 1992 Jean-Baptiste Barrière, notamment parce qu&#8217;il faut consommer (sans pour autant pouvoir assimiler) rapidement, et parce que la concentration mutilée ne permet plus de retenir autre chose que des fragments, des bribes de sens, des images sursignifiantes ou insignifiantes.&nbsp;&raquo;<br />
Aussi cette musique questionnant &#8211; donc embarrassante -, n&#8217;intéresse t-elle pas ; car elle passe pour être <em>autre chose</em> que  la véritable musique, celle, tonale, terriblement quantitative, qui court de 1600 à 1900, et que tout être sensé se doit d&#8217;écouter. Comme s&#8217;il n&#8217;y avait qu&#8217;une musique ! Adorno pense, à juste titre, que l&#8217;on ne peut comprendre Bach ou Beethoven que si l&#8217;on comprend Schoenberg<sup>5</sup>.  &laquo;&nbsp;Par bonheur, ou par malheur, l&#8217;histoire n&#8217;est pas un toboggan bien huilé&nbsp;&raquo; (Boulez), et la musique, non pas immuable et hiératique, suscite des perceptions toutes autres selon l&#8217;époque à laquelle elle est jouée : écouter la musique du passé sans être aguerri aux nouvelles expressions, c&#8217;est faire figure de pataud face à un &laquo;&nbsp;moulage de plâtre&nbsp;&raquo;.<br />
Dans cette perspective historique, il n&#8217;est pas inintéressant de constater que, paradoxalement, il arrive que les compositeurs eux-mêmes ne &laquo;&nbsp;comprennent&nbsp;&raquo; pas ce qu&#8217;ils ont écrit, n&#8217;en saisissent point la portée. Schoenberg l&#8217;avouait à Adorno, à Los Angeles, à propos de son <em>Quintette pour instruments à vent</em> op.26, puis en 1960, Karlheinz Stockhausen, toujours à Adorno, pour &laquo;&nbsp;bon nombre&nbsp;&raquo; de ses pièces. Depuis lors, ces compositions sont devenues relativement simples à comprendre<sup>6</sup> (au point que <em>Le Sacre du Printemps</em>, par exemple, fut prétexte à des dessins animés &#8211; avec le fantasy-sound, procédé sonore utilisé dans <em>Fantasia</em> de Walt Disney) ; c&#8217;est que les grandes oeuvres acquièrent, contre leurs créateurs, une manière d&#8217;autonomie, elles qui &laquo;&nbsp;ne cessent de récompenser leur intransgressible nuit de perfection&nbsp;&raquo; (Boulez).<br />
Ponts aux ânes et alibis terminologiques se mirent à affluer &#8216; alors. On affubla la nouvelle musique de l&#8217;étiquette &laquo;&nbsp;intellectuelle&nbsp;&raquo;, composée par des &laquo;&nbsp;musiciens de tableau noir&nbsp;&raquo; (Jean Cocteau à propos de Schoenberg), s&#8217;adonnant à une &laquo;&nbsp;frénétique masturbation arithmétique&nbsp;&raquo; (Boulez), créant une &laquo;&nbsp;musique d&#8217;alambics&nbsp;&raquo; (Berg). La musique ne viendrait plus du coeur (ce &laquo;&nbsp;viscère qui tient lieu de tout&nbsp;&raquo;, disait Verlaine) ou de l&#8217;oreille, mais du cerveau. Jugement erroné, ou de mauvaise foi, encore : toute création comporte une part de sensibilité et une part d&#8217;intelligence. Sinon certaines formes de polyphonie, comme celle de la Renaissance aux Pays-Bas, une fugue de Bach la plus compliquée sur le plan harmonique ou une oeuvre dodécaphonique ne seraient que de purs calculs &#8211; si le génie des compositeurs n&#8217;avait ouvert plusieurs niveaux de conscience de l&#8217;auditeur qui peut les écouter sans qu&#8217;intervienne son côté spéculatif. Les moyens formels de la musique &#8211; où l&#8217;expression s&#8217;imbrique plus qu&#8217;ailleurs dans la technique même du langage &#8211; témoignent au premier chef de l&#8217;évolution sensible du compositeur. Et plus ces moyens sont construits, moins on les perçoit de façon intellectuelle. Nier que la musique du XXè siècle est créée de façon moins sensible que la musique traditionnelle équivaut à projeter sur elle sa mécompréhension. Rigueur objective et conscience subjective vont de pair : &laquo;&nbsp;L&#8217;élaboration d&#8217;une telle logique de la rigueur musicale au détriment de la perception passive des sons dans leur aspect sensuel définit le rang artistique par rapport à la plaisanterie culinaire&nbsp;&raquo; écrit Adorno dans sa <em>Philosophie de la nouvelle musique</em>.<br />
Une nouvelle écoute, un nouvel auditeur doivent apparaître (comme nous le verrons à propos de la &laquo;&nbsp;révolution silencieuse&nbsp;&raquo; de Webern). Il s&#8217;agit, non pas de dynamiter toute les idoles, de faire une révolution culturelle, mais, ainsi que l&#8217;écrit Olivier Revault d&#8217;Allones, une révolution &laquo;&nbsp;dans la culture, voire de la culture&nbsp;&raquo; puisque la nouvelle musique bouscule les habitudes fondées sur les piliers de la tonalité. Il faut faire oreille neuve<sup>7</sup> !<br />
L&#8217;hétérogène, dont nous avons parlé plus haut, peut aussi être suscité par la technologie, autre bête noir des pourfendeurs de la musique actuelle.<br />
Au début du siècle déjà, les exigences de certains créateurs allaient de pair avec des courants scientifiques. Surgirent les moyens électroniques, et se creusa un véritable gouffre où basculèrent toutes les conceptions du monde sonore ; ce  fut alors, écrit Boulez dans A la limite du pays fertile, &laquo;&nbsp;un renversement total des limites imposées au compositeur, plus qu&#8217;un renversement, une sorte de cliché négatif : tout ce qui était limite devient illimité, tout ce qu&#8217;on croyait impondérable&nbsp;&raquo; doit subitement se mesurer avec précision&nbsp;&raquo;. A l&#8217;heure de l&#8217;usage de plus en plus généralisé de l&#8217;ordinateur et de l&#8217;informatique, on assiste, à côté de l&#8217;inévitable camelote hétéroclite de quelques babillards, à la création d&#8217;oeuvres dont la pensée ne migre pas purement et simplement du terrain des sciences vers le terrain musical, pour laquelle la double articulation du langage n&#8217;est pas une vaine problématique<sup>8</sup>. L&#8217;informatique est encore un outil théorique, un vecteur de pensée (n&#8217;en déplaise aux misonéistes de tous poils), mais il faut prendre garde, comme l&#8217;écrivait Debussy, ne pas &laquo;&nbsp;courir derrière ceux qui n&#8217;ont pas encore appris à marcher&nbsp;&raquo;.<br />
Certes, le rapport philosophie-musique s&#8217;est essoufflé depuis Rousseau, Nietzsche, Adorno et Dahlhauss ; mais certains noms nécessaires ont émergé qui, loin d&#8217;un éclectisme pâlot, pensent encore la musique aujourd&#8217;hui<sup>9</sup>.<br />
<a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/05/Varesecatalog1.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1494" title="Varesecatalog1" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/05/Varesecatalog1.jpg" alt="" width="329" height="378" /></a>Pour notre part, plutôt que de larmoyer sur l&#8217;art qui se dissocierait dans le vulgum pecus, nous nous réjouirons du plus grand nombre d&#8217;individualités accédant aux illuminantes joies et aux moyens que peut offrir cette musique, et ferons nôtres ces mots d&#8217;un compositeur qui, parmi d&#8217;autres, nous aident à ne pas désespérer de cette fin de siècle, ceux de Brian Ferneyhough : &laquo;&nbsp;Je veux toujours maintenir l&#8217;auditeur en état de nervosité réceptive, en sorte qu&#8217;il soit pris dans un dilemne : soit il suit au niveau d&#8217;exigence requis, soit il tourne le bouton et ne suit plus rien. J&#8217;espère qu&#8217;il n&#8217;y a pas dans cette musique de terrain moyen, car je veux forcer l&#8217;auditeur à une participation, soit par choix positif, soit par refus total&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">1 &#8211; &laquo;&nbsp;Comment les hommes entendent-ils la musique, comment le grand public l&#8217;entend-il ? Apparemment, il faut qu&#8217;il puisse s&#8217;accrocher à certaines images ou &laquo;&nbsp;états d&#8217;âme&nbsp;&raquo; ; il est perdu lorsqu&#8217;il ne peut imaginer une verte prairie, un ciel bleu ou quelque chose de ce genre&nbsp;&raquo; (Anton Webern)<br />
2 &#8211; Toute culture découle d&#8217;un travail ; le spontanéisme culturel ne conduit à rien.<br />
3 &#8211; le philosophe et musicologue Theodor W. Adorno évoque la &laquo;&nbsp;mécanique névrotique de l&#8217;abrutissement&nbsp;&raquo;, la &laquo;&nbsp;régression de l&#8217;écoute&nbsp;&raquo; qui engendrent le &laquo;&nbsp;rejet arrogant et béotien de tout ce qui est inhabituel. Les auditeurs régressifs se conduisent comme des enfants. Ils ne cessent de réclamer avec entêtement hargneux le même plat qu&#8217;on leur a déjà servi dans le passé&nbsp;&raquo;<br />
4 &#8211; Cf. l&#8217;épisode de &laquo;&nbsp;La Source&nbsp;&raquo;, au seuil de Sanctuaire.<br />
5 &#8211; Le flûtiste Pierre-Yves Artaud, réputé pour ses nombreuses créations d&#8217;oeuvres contemporaines, confiait en 1987 : Grâce à Unity Capsule [pièce redoutable de l'anglais Brian Fernehough] j&#8217;ai compris ce qu&#8217;était Densité 21,5 de Varèse et j&#8217;ai complètement reconsidéré mon interprétation de cette pièce&nbsp;&raquo;.<br />
6 &#8211; &laquo;&nbsp;Comprendre revient à établir une communication entre deux mondes ; celui qui comprend appréhende la teneur réelle de ce qui est légué par la tradition dans la mesure où il applique cette tradition à lui-même et à sa situation&nbsp;&raquo; (Jürgen Habermas)<br />
7 &#8211; &laquo;&nbsp;le spectateur devrait être comme un papier buvard vibratoire. il faut d&#8217;abord qu&#8217;il absorbe. Puis qu&#8217;il vibre. Enfin qu&#8217;il tire des conclusions&nbsp;&raquo; (Edgar Varèse)<br />
8 &#8211; &laquo;&nbsp;S&#8217;approcher de l&#8217;énigme des règles [du langage] et du plan de ses périls, voila une folie de bien meilleur aloi que d&#8217;imaginer que l&#8217;on puisse s&#8217;en rendre maître (Karl Kraus)<br />
9 &#8211;  Néanmoins, &laquo;&nbsp;ce que je n&#8217;aime pas ; c&#8217;est lire dans une critique (je traduis en clair) que mon chapeau est d&#8217;un bleu trop sombre et serait mieux en bleu clair, <em>alors que mon chapeau est jaune</em>&nbsp;&raquo; (Bertolt Brecht)&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: justify;">On ne peut pas en divulguer davantage, et on est conscient que ce passage est déjà, en soi, énigmatique pour ceux qui ne sont pas un peu familiers de ces musiciens. Mais cette introduction croise bel et bien les problématiques que nous avons déjà soulevées dans cette colonne : l&#8217;art relève t-il de l&#8217;intellect ou de la sensibilité ? On comprend bien que le risque serait de prendre la sensibilité pour une surface fondatrice, préexistant à toute expérience esthétique. On voit qu&#8217;il n&#8217;en est rien, et que l&#8217;oeuvre d&#8217;art est par définition ce qui vient travailler, cultiver la sensibilité. Il faudrait compléter, pour accompagner l&#8217;extrait musical qui suit, les pages que Von der Weid consacre à Varèse; elles permettraient d&#8217;allers plus loin dans cette réflexion.</p>
<p style="text-align: justify;">Voici donc l&#8217;enregistrement effectué, le 2 Décembre 1954, au théâtre des Champs Elysées, en présence d&#8217;Edgar Varèse, lors de la première de <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Déserts,</span></em></strong> précédé de sa présentation par Jean Toscane, telle qu&#8217;elle fut diffusée sur l&#8217;ORTF. Si vous avez lu ce qui précède, vous savez donc qu&#8217;il s&#8217;agit plus d&#8217;un document que d&#8217;une oeuvre musicale dans la pureté de son exécution, puisque les micros ont tout autant capté l&#8217;ambiance surchauffée de la salle que l&#8217;orchestre lui-même. On entend donc très disctinctement, parfois même plus clairement que l&#8217;oeuvre, les insultes qui fusent d&#8217;une bonne part des auditeurs  :</p>
<p style="text-align: justify;"></p>
<p style="text-align: justify;">Pour accéder directement à l&#8217;enregistrement, et l&#8217;écouter ailleurs, suivre ce lien : <a href="http://medias.harrystaut.fr/Deserts.mp3">http://medias.harrystaut.fr/Deserts.mp3</a> (Clic droit, enregistrer la source sous).</p>
<p style="text-align: justify;">Pour compléter : la lecture intégrale de l&#8217;ouvrage de Von der Weid,  <strong><em><span style="text-decoration: underline;">La Musique au XXè siècle</span></em></strong> (1997, rééd. 2005) semble être une aventure un peu excessive, bien qu&#8217;elle soit passionnante. En revanche, en posséder un exemplaire dans sa bibliothèque, et y plonger régulièrement permet de disposer d&#8217;un outil précieux afin de défricher ces étendues vastes consituées par la musique contemporaine. L&#8217;auteur ne se contente pas de présenter les compositeurs, il trace des lignes de jugement qui permettent de structurer le paysage. Il sera toujours assez tôt, ensuite, de le réaménager par soi même lorsqu&#8217;on en sera capable.</p>
<p>D&#8217;autre part, dans la collection Mémoire vive de l&#8217;INA, on trouve un double CD proposant, outre l&#8217;enregistrement ci-dessus écoutable,8 entretiens enregistrés en décembre 1954 et janvier 1955 et diffusés entre le 5 mars et le 30 avril 1955 par la Radiodiffusion nationale. Ces discussions, menées par un Georges Charbonnier qui mène le questionnement tel que peu aujourd&#8217;hui savent encore le faire, permettent de mieux saisir l&#8217;oeuvre, même si Varèse aurait tendance à penser que rien, si ce n&#8217;est le contact avec l&#8217;oeuvre, ne permet de la saisir. De longs échanges sont d&#8217;ailleurs consacrés à cette question.</p>
<p></span></p>
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		<title>Boucles d&#8217;or</title>
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		<pubDate>Mon, 12 Apr 2010 10:06:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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Ca manque de musique, dans ce blog.
C&#8217;est que les liens entre musique et philosophie sont simultanément évidents, et complexes à décrire.
La chanson a, elle, l&#8217;avantage de tisser, parfois, dans ses paroles et dans ses sons, des structures aptes à drainer du sens. Il est alors peu étonnant que la musique des temps industriels se soit [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">Ca manque de musique, dans ce blog.</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est que les liens entre musique et philosophie sont simultanément évidents, et complexes à décrire.</p>
<p style="text-align: justify;">La chanson a, elle, l&#8217;avantage de tisser, parfois, dans ses paroles et dans ses sons, des structures aptes à drainer du sens. Il est alors peu étonnant que la musique des temps industriels se soit faite à partir de répétitions, de samples, de boucles en français. Et je connais peu d&#8217;illustrations aussi cohérentes que ce titre de Noir Désir, A l&#8217;Envers, à l&#8217;endroit, dont Michel Gondry a, manifestement, tout compris, étant donnée la pertinence de sa mise en images. Histoire d&#8217;élever la répétition à la puissance deux, j&#8217;avais, durant la rédaction de ces articles, mis le mode &laquo;&nbsp;repeat&nbsp;&raquo; sur &laquo;&nbsp;on&nbsp;&raquo;. Les chaines qui imposent de la musique pour classes marchandes devraient diffuser ce clip en boucle.</p>
<p><object width="480" height="385"><param name="movie" value="http://www.youtube.com/v/QV9aoJ2OWAM&#038;hl=fr_FR&#038;fs=1&#038;"></param><param name="allowFullScreen" value="true"></param><param name="allowscriptaccess" value="always"></param><embed src="http://www.youtube.com/v/QV9aoJ2OWAM&#038;hl=fr_FR&#038;fs=1&#038;" type="application/x-shockwave-flash" allowscriptaccess="always" allowfullscreen="true" width="480" height="385"></embed></object></p>
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		<title>Un homme libre peut-il obéir ?</title>
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		<pubDate>Wed, 20 Jan 2010 06:21:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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		<description><![CDATA[
En Juin dernier, France Culture prenait l&#8217;initiative de proposer aux élèves de terminale, rendus un peu anxieux par l&#8217;approche désormais imminente de l&#8217;examen du baccalauréat (et on sait ce qu&#8217;il en est de la volonté : on a pu se lever chaque matin que fait l&#8217;année scolaire en se disant &#171;&#160;Allez, aujourd&#8217;hui, je m&#8217;y mets&#160;&#187;, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">En Juin dernier, France Culture prenait l&#8217;initiative de proposer aux élèves de terminale, rendus un peu anxieux par l&#8217;approche désormais imminente de l&#8217;examen du baccalauréat (et on sait ce qu&#8217;il en est de la volonté : on a pu se lever chaque matin que fait l&#8217;année scolaire en se disant &laquo;&nbsp;Allez, aujourd&#8217;hui, je m&#8217;y mets&nbsp;&raquo;, et se rendre compte chaque soir, au moment de pratiquer son examen de conscience, que décidément, pour des raisons qui nous échappent, on ne l&#8217;a toujours pas fait), cinq émission de préparation spécifique à cet exercice un peu particulier et artificiel qu&#8217;est la dissertation de philosophie en situation d&#8217;examen. On ne se répandra pas trop en jérémiades sur le thème &nbsp;&raquo; S&#8217;agit il vraiment de philosophie au sens le plus pur qu&#8217;on puisse donner à ce mot ?&nbsp;&raquo;. C&#8217;est un exercice de style, et on peut simplement espérer que des contraintes de cet exercice puissent émerger des ébauches de pensée autonome.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme j&#8217;ai abordé avec mes élèves la question de la liberté sous un angle un peu particulier, je leur mets en ligne ce sujet, traité par un professeur de terminale, Carole Diamant, qui a le courage de se confronter ici à l&#8217;épreuve en un temps limité. Cela fera office de complément au cours, mais aussi de méthode, car un certain nombre de conseils sont prodigués au long de l&#8217;exercice, sur l&#8217;art et la manière d&#8217;aborder les sujets.</p>
<p style="text-align: justify;">On précisera qu&#8217;ici, la problématique semble apparaître dès la lecture du sujet. Tous les sujets ne font pas ainsi affleurer leur problématique à la surface de leur formulation. Néanmoins, à observer l&#8217;évolution des sujets de dissertation au fil des années, il semble qu&#8217;on aille de plus en plus vers des problématiques explicites. Néanmoins, cela ne doit pas constituer une incitation à ne pas analyse r le sujet. Cette étape demeure nécessaire.</p>
<p style="text-align: justify;"><br /><img src="http://medias.harrystaut.fr/liber.jpg" alt="media" /><br />
</p>
<p style="text-align: justify;">Pour enregistrer l&#8217;émission et l&#8217;écouter, en mp3, où et quand on le veut : <a href="http://medias.harrystaut.fr/trousse-liberte.mp3" target="_blank">http://medias.harrystaut.fr/trousse-liberte.mp3</a> (clique droit, et &laquo;&nbsp;enregistrer sous&nbsp;&raquo;)</p>
<p style="text-align: justify;">Les ressources liées à cette émission se trouvent à cette adresse : <a href="http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/chemins/fiche.php?diffusion_id=63591">http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/chemins/fiche.php?diffusion_id=63591</a></p>
<p style="text-align: justify;">J&#8217;en reproduis ici la bibliographie :</p>
<p style="text-align: justify;"> &#8211; ROUSSEAU : Du Contrat Social, Livre I, chap. VIII<br />
- SARTRE : L&#8217;existentialisme est un humanisme (dans son ensemble)<br />
- SPINOZA : Traité Théologico-politique chap. XVI<br />
- HEGEL : La dialectique du maître et de l&#8217;esclave dans Phénoménologie de l&#8217;esprit<br />
- DESCARTES : Méditations métaphysiques : méditation quatrième.</p>
<p></span></p>
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		<title>Noel avec André Godin</title>
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		<pubDate>Wed, 11 Nov 2009 22:58:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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		<description><![CDATA[

Suite de la visite du familistère et des familistériens, telle qu&#8217;elle était proposée par France Inter, dans l&#8217;émission La-bas si j&#8217;y suis. Un détail non évoqué dans le précédent article : j&#8217;ai coupé la première séquence de l&#8217;émission, pour chacun des épisodes, qui est pourtant le temps fort d&#8217;expression des auditeurs, à travers le répondeur [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Suite de la visite du familistère et des familistériens, telle qu&#8217;elle était proposée par France Inter, dans l&#8217;émission La-bas si j&#8217;y suis. Un détail non évoqué dans le précédent article : j&#8217;ai coupé la première séquence de l&#8217;émission, pour chacun des épisodes, qui est pourtant le temps fort d&#8217;expression des auditeurs, à travers le répondeur téléphonique. Pour bénéficier de cette séquence, il vous faudra écouter ou podcaster l&#8217;émission dans son intégralité. Voici donc ce second épisode :<br />
<br /><img src="http://medias.harrystaut.fr/fam.jpg" alt="media" /><br />
<br />
Ecoute ou téléchargement ici : <a href="http://medias.harrystaut.fr/060104.mp3">http://medias.harrystaut.fr/060104.mp3</a></p>
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		<title>Visite radiophonique au familistère de Guise</title>
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		<pubDate>Wed, 11 Nov 2009 11:47:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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Le 3 Janvier 2006, l&#8217;émission de France Inter, présentée par Daniel Mermet, Là-bas si jy&#8217; suis, se consacrait aux fêtes de noël, passées à Guise, au familistère, auprès d&#8217;ouvriers des entreprises Godin, alors en grève. Entre la fondation du familistère par André Godin et les ouvriers qui font la queue pour recevoir leur colis de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">Le 3 Janvier 2006, l&#8217;émission de France Inter, présentée par Daniel Mermet, Là-bas si jy&#8217; suis, se consacrait aux fêtes de noël, passées à Guise, au familistère, auprès d&#8217;ouvriers des entreprises Godin, alors en grève. Entre la fondation du familistère par André Godin et les ouvriers qui font la queue pour recevoir leur colis de noël à la Croix-Rouge, c&#8217;est un grand bond en arrière qui est ici mis en son. C&#8217;est aussi une bonne manière de revenir vers le rêve social de ce patron pas tout à fait comme les autres, et de pousser la réflexion plus loin, sur le terrain politique.<br />
A écouter ici :<br />
<br /><img src="http://medias.harrystaut.fr/fam.jpg" alt="media" /><br />
<br />
Ou bien cliquez sur le lien pour le lire sur votre propre lecteur, ou clique droit + enregistrer la source pour le copier où vous voulez.<br />
<a href="http://medias.harrystaut.fr/060103'.mp3">http://medias.harrystaut.fr/060103.mp3</a></p>
<p></span></p>
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		<title>Je nage</title>
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		<pubDate>Tue, 13 Oct 2009 06:01:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Deleuze]]></category>
		<category><![CDATA[Blacksession]]></category>
		<category><![CDATA[Gilles Deleuze]]></category>
		<category><![CDATA[Je nage]]></category>
		<category><![CDATA[Olivier Cadiot]]></category>
		<category><![CDATA[Rodolphe Burger]]></category>

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4:38, puis 3:33 d&#8217;évasion, d&#8217;arrachement au territoire, de glissade à la surface de l&#8217;eau.
Parce que les vagues et les amours, c&#8217;est pareil,
parce que la voix de Deleuze manque, tout en demeurant l&#8217;une des plus présentes,
elle surfe aujourd&#8217;hui sur les ondes, sur les réseaux informatiques,
enregistrée par ses propres étudiants, elle parle
tantôt, cette vague nous giffle, tantôt [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2">
<p style="text-align: justify;">
<p>4:38, puis 3:33 d&#8217;évasion, d&#8217;arrachement au territoire, de glissade à la surface de l&#8217;eau.</p>
<p>Parce que les vagues et les amours, c&#8217;est pareil,</p>
<p>parce que la voix de Deleuze manque, tout en demeurant l&#8217;une des plus présentes,</p>
<p>elle surfe aujourd&#8217;hui sur les ondes, sur les réseaux informatiques,</p>
<p>enregistrée par ses propres étudiants, elle parle</p>
<p>tantôt, cette vague nous giffle, tantôt elle nous emporte.</p>
<p>Nager, c&#8217;est simple : se lancer au bon moment,</p>
<p>plonger au bon moment,</p>
<p>éviter la vague, ou bien s&#8217;en servir,</p>
<p>c&#8217;est avoir le sens du rythme.</p>
<p>Les surfeurs comprennent Deleuze.</p>
<p style="text-align: justify;">Rodolphe Burger et Olivier Cadiot reprennent la voix de Gilles Deleuze, qu&#8217;on avait déjà diffusée ici, mise en musique par Richard Pinhas, lisant un extrait de Nietzsche. Ici, deux versions du même morceau Je Nage, l&#8217;un extrait de l&#8217;album Hôtel Robinson, l&#8217;autre d&#8217;une black session enregistrée le 15 février 2003 à la cité de la musique. Je mets en ligne les deux versions, parce qu&#8217;elles constituent une reprise en boucle, une répétition, et que cela a du sens dans la pensée de Deleuze.</p>
<p>Tous ceux que cette pensée a accompagnés ne pourront, un instant, que mettre le monde entre parenthèses, et se laisser aller au fil des ondes.</p>
<p>Après tout, c&#8217;est ça, nager.</p>
<p>C&#8217;est nager, c&#8217;est voler.</p>
<p style="text-align: justify;">Vous sentez bien que c&#8217;est un étrange bonheur&#8230;</p>
<p></span></p>
]]></content:encoded>
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		<title>Roméo et Juliette réincarnés</title>
		<link>http://www.harrystaut.fr/2008/11/romeo-et-juliette-revus-et-corriges-mais-cest-la-leur-destin/</link>
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		<pubDate>Mon, 17 Nov 2008 00:37:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Audio]]></category>
		<category><![CDATA[Bonus]]></category>

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Abd Al Malik fait ce genre de musique qui pousse à se demander si les textes de rap ont vraiment quelque chose à gagner à ce que leur auteur ait fait des études de philosophie. Mauvaise question : la vraie question consisterait plutôt à se demander si, quand on a lu des philosophes, on doit [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">Abd Al Malik fait ce genre de musique qui pousse à se demander si les textes de rap ont vraiment quelque chose à gagner à ce que leur auteur ait fait des études de philosophie. Mauvaise question : la vraie question consisterait plutôt à se demander si, quand on a lu des philosophes, on doit pour autant les citer de manière parfois un peu trop ostentatoire pour qu&#8217;elle semble véritablement justifiée. Certains textes d&#8217;Abd Al Malik alignent donc les noms de philosophes comme certaines copies &#8211; voulant certes bien faire, mais oubliant parfois que convoquer de telles références réclame de les faire venir pour quelque chose &#8211; sont capables d&#8217;aligner les noms comme autant d&#8217;arguments d&#8217;autorité qui ne sont jamais, pourtant, des arguments. Peut être confronte t-on un peu trop facilement, aussi, Abd Al Malik à cet univers qu&#8217;on se représente un peu trop facilement comme clos, comme si seule la variété &laquo;&nbsp;à la française&nbsp;&raquo; pouvait viser les victoires de la musique et la reconnaissance des &laquo;&nbsp;cercles officiellement cultivés&nbsp;&raquo;, et qu&#8217;une autre bonne question consisterait à savoir si un artiste est censé avant tout appartenir à un style et à un courant, et en respecter les règles, ou s&#8217;il doit avant tout avoir l&#8217;audace de redéfinir les règles, en imposant, par exemple, l&#8217;idée que des paroles scandées sans mélodie sur de la musique (ce qu&#8217;on appelle, génériquement &laquo;&nbsp;rap&nbsp;&raquo;, puisse ne pas prendre pour repère les fantasmes habituels de ce style, particulièrement dans sa déclinaison commerciale, que sont les références permanentes aux grosses bagnoles, aux signes extérieurs de testostérone et à la remise en question permanente de l&#8217;ordre établi. En somme, Abd Al Malik court le risque de jouer le rôle du premier de la classe, ce qui n&#8217;est pas un défaut en soi, sauf si on en joue pour se démarquer de ses petits camarades.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2008/11/0600753127957.jpg"><img class="alignleft size-medium wp-image-289" title="0600753127957" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2008/11/0600753127957-300x300.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a>Cependant, la culture ne nuit pas. Et derrière les vitrines un peu trop arrangées, une certaine tendance à l&#8217;empathie (quand il en fait trop et qu&#8217;il ne laisse pas ses propres textes respirer, préférant redoubler ses paroles que laisser le silence s&#8217;installer là où il le pourrait, pour que l&#8217;auditeur ait le temps de méditer à son tour), il y a, et c&#8217;est suffisamment rare pour le repérer, une audace indéniable à jouer pour ainsi dire contre son propre camp, et à proposer une forme de mise en scène musicale qui permet, tout de même, de faire, à la manière de Truman Capote ou de Breat Easton Ellis, du name dropping dans une sphère rarement atteinte par ce genre musical; et c&#8217;est ainsi que Derrida, Aimé Césaire ou Spinoza se trouvent cités dans un disque qui sera sans doute souvent classé (parce qu&#8217;il faut bien classer les choses) dans le rayon &laquo;&nbsp;rap&nbsp;&raquo; ou &laquo;&nbsp;musiques urbaines&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: justify;">On y trouvera, parmi d&#8217;autres choses vraiment intéressantes et efficaces (et d&#8217;autres un peu moins) une mise en scène de Roméo et Juliette invitant Juliette Gréco à venir attiser le désir dans cette réincarnation moderne du couple mythique. Tout ne correspond pas forcément à ce que Shakespeare avait pu concevoir, ou plutôt, on ne retrouve pas toute la complexité qu&#8217;il y avait introduite, mais quelques mots, simplement, à propos du désir, qui permettent, eux aussi de fixer une image qui permettra de reconstituer le concept, et de rendre intemporel l&#8217;archétype : &laquo;&nbsp;<em>on est tous là c’est juste l amour qu on cherche a vivre et si ça part en vrille c est que sans modèle t es livré a toi-même</em>&laquo;&nbsp;. Relisez ce qu&#8217;on a déjà entrevu ensemble à propos du désir et vous retrouverez les caractéristiques essentielles qu&#8217;on a attribuées à ce concept : le &laquo;&nbsp;lâcher prise&nbsp;&raquo;, la quête, l&#8217;absence de normalité au sens où le désir est un mouvement de pionnier, sans éclaireur traçant la piste par avance, le risque, le saut dans le vide, la vrille. Autant d&#8217;affects qui peuvent constituer le concept.</p>

<p></span></p>
]]></content:encoded>
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		<title>Une introduction</title>
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		<pubDate>Fri, 19 Sep 2008 09:00:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Audio]]></category>
		<category><![CDATA[Bonus]]></category>
		<category><![CDATA[Introduction à la philosophie]]></category>
		<category><![CDATA[Vérité]]></category>

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		<description><![CDATA[
Puisque cela fait plusieurs années que le blog existe, et que chaque rentrée est l&#8217;occasion d&#8217;introduire de nouveau ce qu&#8217;est cette pratique particulière qu&#8217;est la philosophie, il s&#8217;agit pour ne pas se répéter excessivement de trouver des entrées nouvelles dans cette discipline. Plutôt que remanier un contenu que j&#8217;expose en cours à mes élèves, et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p align="justify"><a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2008/09/socrate_1203043100.jpg" title="socrate_1203043100.jpg"><img align="left" width="247" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2008/09/socrate_1203043100.jpg" alt="socrate_1203043100.jpg" height="323" style="width: 247px; height: 323px" title="socrate_1203043100.jpg" /></a>Puisque cela fait plusieurs années que le blog existe, et que chaque rentrée est l&#8217;occasion d&#8217;introduire de nouveau ce qu&#8217;est cette pratique particulière qu&#8217;est la philosophie, il s&#8217;agit pour ne pas se répéter excessivement de trouver des entrées nouvelles dans cette discipline. Plutôt que remanier un contenu que j&#8217;expose en cours à mes élèves, et que j&#8217;ai déjà développé ici dans des articles publiés chaque mois de Septembre, je vais cette année mettre en ligne une émission de France Culture qui fut diffusée en 1979. Cette année là, un cycle d&#8217;émission est enregistré avec ce grand professeur de philosophie qu&#8217;était François Chatelet. Magie des techniques humaines, on peut encore aujourd&#8217;hui conjuguer ce titre de professeur de philosophie au présent, puisque les fichiers audio nous permettent d&#8217;en être encore les élèves. Le cycle entier s&#8217;intitule &laquo;&nbsp;<strong><em><u>Histoire de la Raison</u></em></strong>&nbsp;&raquo; et parcourt l&#8217;histoire de la philosophie de ses origines athéniennes jusqu&#8217;à ses développements critiques nietzschéens (la fin du dix-neuvième siècle, en somme).</p>
<p align="justify">L&#8217;épisode choisi est celui de l&#8217;apparition de ce personnage singulier qu&#8217;est Socrate. F&#8217;rançois Chatelet y brosse le portrait d&#8217;une cité en questionnement, refusant pourtant la manière singulière dont Socrate va pousser ce questionnement beaucoup plus loin que ce que les convenances étaient capables d&#8217;accepter. On voit ainsi comment mythes, premières pensées fondées sur la raison, vie démocratique et attitude critique se positionnent réciproquement pour former un complexe dont Socrate proposera de sortir par le haut, comme dans tout bon mouvement dialectique. Opposition aux sophistes, refus de s&#8217;en tenir aux mythes, rôle de la parole (mais sans tomber dans les pièges de la parole mensongère), François Chatelet trace ici les grands contours de cette discipline qui, dans ses voies platoniciennes ou dans ses voies critiques devra, pourtant, se positionner en permanence par rapport à sa propre origine.</p>
<p align="justify">D&#8217;année en année, de classe en classe, d&#8217;épreuve du bac en épreuve du bac apparaît de plus en plus nettement que la maîtrise de cette origine historique permet de faire sienne cette attitude spécifique qui sera celle de Socrate. L&#8217;éloignement temporel nous permet deux choses diamétralement opposées et pourtant complémentaires : tout d&#8217;abord, l&#8217;impossibilité de singer Socrate, car le contexte est trop différent pour qu&#8217;on puisse se contenter de décalquer ses postures; mais aussi la possibilité d&#8217;une confrontation avec nos propres dogmatismes, qu&#8217;ils soient, comme ceux auxquels est confronté Socrate à Athènes, religieux, ou moraux, ou politiques, ou même scientifiques. Inaugurer le mouvement philosophique dans l&#8217;ignorance constitue sans doute, comme au quatrième siècle avant Jésus-Christ, une audace dont il s&#8217;agit sans doute, comme alors, moins de l&#8217;adresser à ses contemporains qu&#8217;à soi-même.</p>
<p align="justify">Voici donc, en écoute, cette demi-heure de cours, qui permet de plonger, à travers une autre voix que celle de son professeur, dans ces premiers temps d&#8217;une discipline qui n&#8217;en finira plus de poser problème.</p>
<p align="justify"><br /><img src="http://medias.harrystaut.fr/Chatelet.jpg" alt="media" /><br />

<p align="justify"><a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2008/09/41882b9aevl__ss500_.jpg" title="41882b9aevl__ss500_.jpg"></a><a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2008/09/5f17_1.jpg" title="5f17_1.jpg"><img align="left" width="235" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2008/09/5f17_1.jpg" alt="5f17_1.jpg" height="296" style="width: 235px; height: 296px" title="5f17_1.jpg" /></a>Le cycle entier de ces émissions n&#8217;est pas accessible, si ce n&#8217;est en puisant dans les enregistrements que quelques uns en ont effectué ou bien en tirant profit des rediffusions  dont il fait parfois l&#8217;objet sur France Culture. Il constitue en tous cas une entrée en matière passionnante, aisée (car pédagogique) et ouverte sur un approfondissement dans la pratique personnelle de la réflexion, ou dans la lecture des auteurs exposés. Si les enregistrements sont donc quasiment inaccessibles à ceux qui voudraient les écouter, il existe cependant un livre qui fut édité à partir des ces entretiens tenus entre François Chatelet et Emile Noël. Intitulé &laquo;&nbsp;<strong><em><u>Une histoire de la raison</u></em></strong>&laquo;&nbsp;, accessible aussi bien dans son écriture que dans son prix, il constitue une introduction efficace à l&#8217;histoire de la philosophie. Et ce faisant, il constitue aussi un début de pratique philosophique, pour peu qu&#8217;on ne le lise pas de manière scolaire (qui sera là à considérer comme une manière passive de recevoir l&#8217;enseignement (et on peut craindre que, de plus en plus, ces deux mots deviennent équivalents, bien que cela constitue, profondément, un contresens)).</p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p></font></p>
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	</item>
		<item>
		<title>En écoute, l&#8217;émission des vendredis de la philosophie consacrée au traité de Sénèque.</title>
		<link>http://www.harrystaut.fr/2008/07/en-ecoute-lemission-des-vendredis-de-la-philosophie-consacree-au-traite-de-seneque/</link>
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		<pubDate>Thu, 03 Jul 2008 18:21:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Etudes de textes]]></category>
		<category><![CDATA[Sénèque]]></category>

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		<description><![CDATA[
En écoute, pour reposer les yeux, et mettre à contribution les oreilles sans reposer pour autant les neurones, l&#8217;émission de France Culture, les Vendredis de la philosophie du 2 Juin 2006, consacrée au traité de Sénèque &#171;&#160;La brièveté de la vie&#160;&#187;. En invité de Raphael Enthoven, Emmanuel Naya, qui a proposé chez Ellipse une nouvelle [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2008/07/77c8ecf33929cbe330387c91c07948da.jpg" title="77c8ecf33929cbe330387c91c07948da.jpg"><img src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2008/07/77c8ecf33929cbe330387c91c07948da.jpg" alt="77c8ecf33929cbe330387c91c07948da.jpg" /></a> </p>
<br />
<font size="2"><br />
En écoute, pour reposer les yeux, et mettre à contribution les oreilles sans reposer pour autant les neurones, l&#8217;émission de France Culture, les Vendredis de la philosophie du 2 Juin 2006, consacrée au traité de Sénèque &laquo;&nbsp;La brièveté de la vie&nbsp;&raquo;. En invité de Raphael Enthoven, Emmanuel Naya, qui a proposé chez Ellipse une nouvelle édition documentée de manière très intéressante du traité de Sénèque.</font><font size="2"> </font><font size="2"></p>
<p align="justify">Des passages essentiels de l&#8217;oeuvre sont lus, ce qui aide toujours à  les habiter davantage et à les commenter.</p>
<p align="justify">Bonne écoute !</p>
<p></font></p>
]]></content:encoded>
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		<title>Faux et usage de faux &#8211; de l&#8217;artifice comme moyen mis au service de l&#8217;authenticité.</title>
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		<pubDate>Fri, 04 Apr 2008 05:16:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Art]]></category>
		<category><![CDATA[Audio]]></category>
		<category><![CDATA[Bonus]]></category>
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		<description><![CDATA[ 
 NB : cet article s&#8217;appuie principalement sur le paradoxe sur le comédien de Diderot, dont on propose ICI une représentation par Fabrice Luchini (clic droit sur le lien, et &#171;&#160;enregistrer la source&#160;&#187; pour l&#8217;écouter sur votre lecteur mp3 préféré)
Nombreux sont ceux qui pensent que le réalisme, en art, s&#8217;obtient en fixant la réalité [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p> <font size="2"></p>
<p align="justify"> NB : cet article s&#8217;appuie principalement sur <strong><em><span style="text-decoration: underline;">le paradoxe sur le comédien</span></em></strong> de Diderot, dont on propose <strong><em><span style="text-decoration: underline;"><a href="http://88.181.30.235:88/Leparadoxeducomedien.mp3" target="_blank">ICI</a></span></em></strong> une représentation par Fabrice Luchini (clic droit sur le lien, et &laquo;&nbsp;enregistrer la source&nbsp;&raquo; pour l&#8217;écouter sur votre lecteur mp3 préféré)</p>
<p align="justify"><a title="qui_a_peur_de_virginia_woolf_imagesfilm.jpg" href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2008/04/qui_a_peur_de_virginia_woolf_imagesfilm.jpg"><img title="qui_a_peur_de_virginia_woolf_imagesfilm.jpg" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2008/04/qui_a_peur_de_virginia_woolf_imagesfilm.jpg" alt="qui_a_peur_de_virginia_woolf_imagesfilm.jpg" align="left" /></a>Nombreux sont ceux qui pensent que le réalisme, en art, s&#8217;obtient en fixant la réalité telle qu&#8217;elle a lieu. Sur ce présupposé, on peut fonder une esthétique figurative et réaliste, avec pour principe la re-présentation la plus fidèle possible de ce que le réel donne déjà, avec tout ce que le projet implique de flou dans sa définition : s&#8217;agit il d&#8217;offrir une copie objective du réel (ce que sembleraient faire les natures mortes, si on en réduisait énormément la portée), ou d&#8217;en restituer l&#8217;impression qu&#8217;il produit sur nous (ce qui constituerait le projet impressionniste, par exemple) ?</p>
<p align="justify">Si la question se pose dans les arts plastiques, on devine qu&#8217;elle doit d&#8217;autant plus se poser quand il s&#8217;agit de construire des représentations &laquo;&nbsp;vivantes&nbsp;&raquo; des actes humains. Le théâtre est en permanence confronté à cette ambition de mettre en scène la vie. C&#8217;est là en même temps ce qu&#8217;elle représente, et ce qu&#8217;elle utilise. La tentation est grande, alors, de se contenter de mettre la vie la plus nue sur scène, et de la laisser se montrer d&#8217;elle même, en espérant qu&#8217;elle sera perçue telle quelle par le spectateur, qui pourra alors en jouir. C&#8217;est ainsi qu&#8217;il existe plusieurs écoles théâtrales, qui vont entre autres se distinguer par la manière dont elles vont investir le réel sur la scène, mais on a sans doute là l&#8217;un des arts qui offre le plus la possibilité de considérer la scène comme un cadre dans lequel on viendrait poser la vie elle même, sans la farder, sans la manipuler. Il s&#8217;agirait alors de faire vivre ce qui doit être vécu par les comédiens, de la manière la plus sincère possible. On va alors chercher les &laquo;&nbsp;vrais&nbsp;&raquo; sentiments, les émotions véritablement vécues, et on dédaignera tout ce qui relève de la technique, du semblant, de l&#8217;apparence feinte, par manque de sincérité.</p>
<p align="justify"><a title="virginia.jpg" href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2008/04/virginia.jpg"><img title="virginia.jpg" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2008/04/virginia.jpg" alt="virginia.jpg" align="right" /></a>Cette fidélité à la vie intérieure, cette volonté que ce qui est exprimé sur la scène soit véritablement vécu par les comédiens, qu&#8217;ils fassent corps avec leur personnage, mais aussi qu&#8217;ils &laquo;&nbsp;fassent âme&nbsp;&raquo; avec lui peut pourtant avoir des conséquences paradoxales. L&#8217;exemple de la pièce d&#8217;Edward d&#8217;Albee <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Qui a peur de Virginia Woolf</span></em></strong> est sur ce point éloquente : mise en présence d&#8217;une scène de ménage, presque en temps réel ( la pièce commence à deux heures du matin, et finit à l&#8217;aube,  ce qui laisse aux deux membres du couple le temps d&#8217;entretenir leur confrontation à coup de verres de whisky), la pièce est connue pour ses représentations mêlant le jeu des comédiens et l&#8217;exposition de conflits qui se poursuivent dans les coulisses et dans la vie privée des comédiens. Ce sera le cas des deux interprètes les plus célèbres de cette pièce : Elizabeth Taylor et Richard Burton qui, quand ils endossent les rôles de ce couple se déchirant, vivent eux mêmes un épisode semblable, leur permettant de poursuivre sur l&#8217;écran le combat qu&#8217;ils mènent l&#8217;un contre l&#8217;autre dans ce dont on ne sait plus s&#8217;il faut l&#8217;appeler &laquo;&nbsp;la vraie vie&nbsp;&raquo; (elle n&#8217;est pas moins vraie que celle qui est vécue sur scène, elle passerait simplement plus inaperçue si les tabloïds ne la mettaient pas, eux aussi, en scène). Elizabeth Taylor y gagnera un oscar alors que tout le monde sait à ce moment là que le couple a pu se contenter de poursuivre devant les caméras ce qu&#8217;il vivait loin des objectifs, qu&#8217;on pouvait toujours clore les scènes par le traditionnel &laquo;&nbsp;Coupez !&nbsp;&raquo;, cela n&#8217;interrompait pas la haine qui, non simulée, continuait à animer les corps de ceux qui devenaient les simples acteurs de leur propre vie, alors qu&#8217;on sait aussi que même la tendance qu&#8217;a son personnage à noyer sa rancoeur dans l&#8217;alcool ne nécessite alors que peu de composition de la part de l&#8217;actrice. Ce qu&#8217;on promotionne alors, c&#8217;est précisément cette aptitude des acteurs à mettre à nu leur histoire personnelle, à plaquer sur elle les costumes de personnages de théâtre, tout en continuant à la vivre, presque telle quelle, devant les caméras, dans la plus totale impudeur. On inventait là, sans le savoir, le principe même de ce qui deviendra la télé réalité, ou le docu-fiction, qui tire tout son argumentaire du fait qu&#8217;il passe un pacte avec le public : on ne vous mentira pas, vous allez voir de vraies choses, ce qui constitue, aussi, le paradigme cinématographique, la convention essentielle du film pornographique.</p>
<p align="justify">Quand dans les années 60 Raymond Gérôme et Madeleine Robinson reprennent ces rôles sur scène, c&#8217;est exactement le même redoublement de la vie personnelle des comédiens qui se joue sur scène, avec la même convention passée avec le public, qui consiste à lui offrir comme un cadeau une tranche de vraie vie, mise à sa disposition sur scène, le plaçant là où personne ne peut théoriquement se tenir, permettant de voir ce que décemment personne ne peut voir, sauf à être voyeur. Là encore, nul besoin de simulation : on est tellement ancrés dans la vie réelle que chaque soir, dans la salle, se tiennent les avocats de chacun des comédiens, qui comptent les points pour alimenter la négociation du divorce qui a lieu, aussi, en dehors de la scène. Eux, comme le public, peuvent compter les gifles échangées sur le plateau, et la vraisemblance de leur violence, qui n&#8217;a pas besoin d&#8217;être simulée.</p>
<p align="justify"> <a title="waovw_jpg.jpg" href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2008/04/waovw_jpg.jpg"><img style="width: 462px; height: 323px;" title="waovw_jpg.jpg" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2008/04/waovw_jpg.jpg" alt="waovw_jpg.jpg" width="462" height="323" align="right" /></a><a title="waovw_jpg.jpg" href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2008/04/waovw_jpg.jpg"></a>En 1997, c&#8217;est Myriam Boyer qui s&#8217;oppose sur scène à Niels Arestrup. Pour une fois, c&#8217;est bel et bien de rôles de composition qu&#8217;il s&#8217;agit, les comédiens ne défoulant pas sur scène un conflit qui se poursuivrait conjugalement à la ville. C&#8217;est pourtant devant les tribunaux que la pièce se poursuivra, Myriam Boyer étant licenciée pour la supposée violence de son jeu sur scène, affaire qui une fois jugée montrera qu&#8217;en fait, c&#8217;étaient bien les coups de Niels Arestrup qui étaient très appuyés, trop réalistes (le même &laquo;&nbsp;problème&nbsp;&raquo; l&#8217;avait déjà opposé à Isabelle Adjani, quelques années plus tôt, qui s&#8217;était retrouvée KO sur le ring du réalisme théâtral). Si l&#8217;espace du réel que demeure le théâtre demeure soumis aux lois, on pourrait assez facilement dédouaner ceux qui y participent de ce genre d&#8217;accidents, en plaidant la nécessité de la restitution de la violence du réel, qui doit bien être vécue par les comédiens si le public veut être convaincu. Deux questions pourraient alors se poser : tout d&#8217;abord, le public a t-il forcément à être convaincu, ne peut il pas aussi entrer dans des conventions qui permettent d&#8217;une part à l&#8217;imagination de faire son travail, et d&#8217;autre part de prendre de la distance avec le réel ? D&#8217;autre part, cette manière de reconstruire le réel sur scène ou à l&#8217;écran est elle efficace, donne t-elle vraiment une impression de réalité, si on voit Isabelle Adjani ou Myriam Boyer tomber, saigner, tituber, et qu&#8217;on perçoit la réalité des coups, les personnages qu&#8217;elles sont censées incarner ne disparaissent ils pas pour laisser la place aux comédiennes qui prennent le coups &laquo;&nbsp;pour de vrai&nbsp;&raquo; ?</p>
<p align="justify">C&#8217;est précisément à cette question du réalisme, et des moyens d&#8217;y parvenir que s&#8217;attaque Diderot dans son texte &laquo;&nbsp;<strong><em><span style="text-decoration: underline;"><a href="http://medias.harrystaut.fr/Leparadoxeducomedien.mp3" target="_blank">Le paradoxe sur le comédien</a></span></em></strong>&laquo;&nbsp;. La réflexion esthétique commence sur un point tout à fait pratique : comment pourrait on imaginer que ce que semble vivre un comédien sur scène soit vécu, tel quel, chaque soir, voire deux fois dans la même journée, à l&#8217;identique ? Par exemple, la colère n&#8217;est elle pas d&#8217;autant plus puissante et violente que c&#8217;est la première fois qu&#8217;elle est vécue ? N&#8217;en va t il pas de même pour la passion amoureuse ? Dès lors, s&#8217;il s&#8217;agit de demander aux comédiens de se mettre réellement dans l&#8217;état de leur personnage, il est probable que la qualité des représentations connaîtra les mêmes variations que la vie elle-même, et le théâtre deviendrait une cour des miracles, ou selon l&#8217;humeur des comédiens, la pièce sera conforme à son écriture, ou pas. Diderot le montre assez facilement : la simulation apporte le grand avantage de la régularité et de la constance. Mais si on connectait Diderot et Aristote, on pourrait comprendre là le véritable rôle de ce principe central de l&#8217;art qu&#8217;est, d&#8217;après celui ci ce qu&#8217;on appelle la mimesis. Imitation, ou copie, son principe n&#8217;est précisément pas de faire un copier coller de ce qui est, mais bien plutôt d&#8217;en saisir les mécanismes, les ressorts profonds pour en représenter l&#8217;essentiel, qui est mécanique, et qui peut être restitué. Pour parler en termes aristotéliciens, on pourrait dire que le comédien, et l&#8217;artiste de manière générale, est celui qui est capable de repérer dans le réel des puissances, des virtualités, et qui sait comment celles ci s&#8217;actualisent, parce qu&#8217;il les a étudiées. Ainsi, le bon comédien ne serait pas celui qui est véritablement atteint de jalousie, de haine, sur la scène, mais celui qui a profondément médité sur ce que sont la jalousie et la haine, qui en connait les mécaniques intimes, les a démontées et sait les reconstruire, techniquement, et donc artificiellement sur la scène. Toute autre option consisterait à laisser faire une hypothétique nature, en espérant qu&#8217;elle daigne produire devant les spectateurs, par hasard, quelque chose de conforme au texte de la pièce. On risque fort de tomber dans le panneau de quelques tentatives badgées &laquo;&nbsp;living theatre&nbsp;&raquo;, comme celle de Jean-Michel Barjol, réalisateur de ce film devenu culte (mais on sait que ce genre de culte est loin d&#8217;être fonction de la qualité véritable des objets auxquel il est voué) qu&#8217;est &laquo;&nbsp;<strong><em><span style="text-decoration: underline;">What a flash</span></em></strong>&laquo;&nbsp;, projet consistant à enfermer deux cent comédiens dans un hangar pendant trois jours, et à leur donner comme seule consigne &laquo;&nbsp;c&#8217;est la fin du monde&nbsp;&raquo; et à les laisser s&#8217;imprégner de l&#8217;ambiance collective, pour les filmer la vivre. Le résultat est tout ce que l&#8217;on veut : folklorique, touchant, pathétique, on peut y voir un document d&#8217;époque, une expérience, un plantage; mais il est peu probable que quiconque reconnaisse là une quelconque vérité (si ce n&#8217;est celle du témoignage involontaire d&#8217;une époque révolue), ni une véritable efficacité artistique.</p>
<p align="justify"><a title="liztaylor-virginiawolf_0.png" href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2008/04/liztaylor-virginiawolf_0.png"><img title="liztaylor-virginiawolf_0.png" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2008/04/liztaylor-virginiawolf_0.png" alt="liztaylor-virginiawolf_0.png" align="right" /></a>Diderot va donc, dans ce texte, dans une direction finalement peu commune, assez peu répandue dans le grand public, amateur de sensations &laquo;&nbsp;vraies&nbsp;&raquo;, et donc forcément un peu voyeur : on ne vient pas voir, dans une oeuvre d&#8217;art, la photocopie d&#8217;une tranche de vie (ce serait là le projet de la télé réalité, si celle ci était un véritable projet), mais sa reconstruction artificielle, et donc sa mise à distance.</p>
<p align="justify">On vous proposera ici une version &laquo;&nbsp;jouée&nbsp;&raquo; de ce texte, lors du festival d&#8217;Avignon, en 1996, par Fabrice Luchini. Pour énervant que soit le personnage, on peut lui reconnaître une certaine présence scénique, et le texte gagne là une vie qui doit tout, on peut le deviner, non pas au fait que le comédien se laisse aller sur scène, mais à la technique, à la simulation. Dès lors, Luchini prenant quelques libertés sur la scène, en partie provoquées par des phénomènes météorologiques menaçants, ce soir là (on entend le tonnerre qui gronde autour de cette scène et de ce public qui sont en plein air, la pluie tombe) dont on peut se demander si, dès lors, ils constituent des réactions naturelles et spontanées du comédien, ou des trucs et ficelles correctement assemblés sur la scène pour lui donner vie. Et on réalise alors que si le personnage de Luchini a quelque chose d&#8217;agaçant, dans les interviews qu&#8217;on a pu en voir à la télévision, c&#8217;est peut être moins du au fait qu&#8217;il serait mauvais comédien (il est toujours un peu facile de l&#8217;affirmer de manière péremptoire) que parce qu&#8217;en fait, il ne sort jamais tout à fait de scène, mais continue, sur les plateaux télé, à utiliser tous les trucs, tous les artifices de la mise en scène théâtrale, et que ces artifices paraissent là hors de leur cadre naturel et donnent finalement ce personnage caricatural, excessif, pompeux, finalement insupportable. Sans que ce soit finalement voulu, on peut voir derrière cet excès une mise en évidence du principe de Diderot : le comédien ne vit pas ce que son personnage vit, il est à distance de lui et ne coïncide pas avec son destin, même si cela doit décevoir les amateurs de psychologie tordue, de schizophrénies mises en scène, mais l&#8217;art gagne ici en efficacité ce qu&#8217;il perd en mythologie.</p>
<p align="justify">Extrapolons ce principe au cinéma contemporain, puisque de plus en plus il va utiliser des effets de réalité provoqués par l&#8217;illusion d&#8217;être confronté à de véritables documents. Que penser, par exemple, d&#8217;un projet tel que <strong><span style="text-decoration: underline;"><em>Cloverfield</em></span></strong> ? L&#8217;évidence est que même si le réalisme est ici poussé très loin, il ne doit néanmoins rien à une quelconque sincérité : rien de ce qui apparaît à l&#8217;écran n&#8217;est réel, même si tout semble particulièrement vrai, et ce jusque dans la mauvaise qualité de l&#8217;image. Mais une analyse de n&#8217;importe laquelle des scènes laisse deviner à quel point il a fallu être précis techniquement pour obtenir ce saisissant effet de réalité. D&#8217;autre part, on pourrait critiquer le projet même de coller de si près à la réalité, fût-ce par des moyens artificiels, mais alors on entrerait dans une autre problématique, qui consisterait à se demander si finalement, Cloverfield représente avant tout un récit, ou s&#8217;il n&#8217;est pas une représentation déviante, et donc distante, réfléchie, de cette forme devenue classique et académique qu&#8217;est le film de monstres envahissant une ville. Ainsi pourrait on rappeler qu&#8217;une oeuvre ne se positionne pas seulement par rapport au réel, mais aussi par rapport aux autres oeuvres. Et regarder <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Cloverfield</span></em></strong> en oubliant cela risque précisément d&#8217;enraciner trop profondément le film dans sa fiction réaliste, alors que là encore, le projet du film est sans doute ailleurs, et plus profondément théorique sur ce qu&#8217;est essentiellement le cinéma.</p>
<p align="justify">Pour écouter cette mise en scène du texte de Diderot, faites un clic droit sur le lien suivant, et sélectionnez &laquo;&nbsp;enregistrer la source&nbsp;&raquo;, ce qui vous permettra d&#8217;écouter le texte n&#8217;importe où, n&#8217;importe quand : <a href="http://medias.harrystaut.fr/Leparadoxeducomedien.mp3" target="_blank">Cliquez ici-même</a>. Le fichier est assez gros, ça va donc vous demander un peu de patience !</p>
<p align="justify"> Illustrations, toutes extraites du film <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Qui a peur de Virginia Woolf</span></em></strong>, avec Elizabeth Taylor et Richard Burton, réalisé par Mike Nichols, en 1966.</p>
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		<title>Pourquoi peut on affirmer que le désir est un triangle isocèle ?</title>
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		<pubDate>Wed, 12 Dec 2007 22:34:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Auteurs]]></category>
		<category><![CDATA[Désir]]></category>
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		<description><![CDATA[

 En terminale, l&#8217;étude du désir passe beaucoup par la question de la gestion des désirs, sur un modèle principalement antique visant à mettre en ordre les tendances pour atteindre une ataraxie, un détachement assimilable au repos du sage. Il faut admettre qu&#8217;une grande partie de l&#8217;histoire de la pensée occidentale a consisté à poser [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p align="justify">
<p align="justify"><a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2007/12/girard.jpg" title="Rene Girard"><img align="left" width="279" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2007/12/girard.jpg" alt="Rene Girard" height="418" style="width: 279px; height: 418px" title="Rene Girard" /></a> En terminale, l&#8217;étude du désir passe beaucoup par la question de la gestion des désirs, sur un modèle principalement antique visant à mettre en ordre les tendances pour atteindre une ataraxie, un détachement assimilable au repos du sage. Il faut admettre qu&#8217;une grande partie de l&#8217;histoire de la pensée occidentale a consisté à poser la question de la condamnation du désir et des multiples moyens de lui échapper pour se préserver. Peu à peu cependant est apparue cette contre-hypothèse qui tente de voir dans le désir un appel d&#8217;air constituant l&#8217;une des composantes essentielles de l&#8217;existence humaine : après tout, si exister c&#8217;est ne pas tout à fait être, on peut considérer ce manque qu&#8217;est le désir comme ce déséquilibre qui nous projète en avant pour nous propulser dans le vide sans pour autant qu&#8217;on sombre et qu&#8217;on s&#8217;abime. C&#8217;est ainsi qu&#8217;on peut aborder au cours de cette réflexion des auteurs tels que Spinoza, Sartre ou Deleuze, permettant de revisiter le désir et de le connecter à cette condition humaine particulière qu&#8217;est l&#8217;ex-istence.</p>
<p align="justify">Néanmoins, au vingtième siècle, une autre voie va être ouverte par un penseur qui va proposer une conception du désir qui ne se réduirait pas à une simple relation sujet-objet, dans laquelle l&#8217;objet serait simplement ce qui manque et ne satisfait jamais tout à fait. Pour René Girard, en effet, le désir est triangulaire. C&#8217;est à dire qu&#8217;on ne désire un objet que parce qu&#8217;il a quelque chose à voir avec quelqu&#8217;un d&#8217;autre. En somme, je ne désire que ce qui est désirable. Spinoza avait déjà montré que, pourtant, c&#8217;était le désir lui même qui rendait les objets désirables (à tel point, d&#8217;ailleurs, qu&#8217;on pourrait imaginer qu&#8217;un homme qui n&#8217;aurait jamais entendu parler d&#8217;amour puisse ne jamais chercher à vivre une quelconque relation amoureuse). Mais chez René Girard, le dispositif désirant est plus complexe, car il fait intervenir un tiers qui va générer le désir. En ce sens, le désir ne peut pas se constituer dans la pleine solitude. C&#8217;est ainsi qu&#8217;autrui désigne pour nous ce qui est désirable, dans ce processus d&#8217;imitation dont Girard va devenir un des principaux théoriciens, montrant que de cette convergence des désirs nait nécessairement la violence, dont les sociétés humaines ne peuvent sortir qu&#8217;en désignant arbitrairement des boucs émissaires. C&#8217;est là que le romantisme ment, quand il fait croire que le désir est une énergie individuelle qui confronterait l&#8217;homme, seul, au monde. L&#8217;individu n&#8217;est pas seul et son désir ne concerne finalement pas que lui.</p>
<p align="justify">Deux émissions de radio en compagnie de René Girard permettent ici de se familiariser avec cette conception du désir qui le place au centre, et à l&#8217;origine des plus grandes violences que puisse connaître l&#8217;humanité. On y retrouvera le matériau sur lequel travail Girard, la littérature, et particulièrement ces romans qui constituent le fond de notre culture, les structures essentielles de notre représentation du monde : Cervantes, Madame Bovary, Le rouge et le noir, Proust, autant de sources qui sont mises à contribution pour nous figurer ce qu&#8217;est, au delà de la conception inauthentique qu&#8217;on peut en avoir, le désir.</p>
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		<title>Mobilis in mobile</title>
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		<pubDate>Wed, 12 Dec 2007 19:05:58 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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1972 &#8211; Richard Pinhas, que les amateurs de musiques électroniques (plutôt sur leur versant expérimental) ont peut être croisé au détour d&#8217;une note de pochette de disque, suit des études de philosophie à la Sorbonne. Parallèlement, il fonde le groupe Schizo, avec lequel il dépense ses quelques économies pour autoproduire un single, intitulé &#171;&#160;Le voyageur&#171;&#160;. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
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<p align="justify">1972 &#8211; Richard Pinhas, que les amateurs de musiques électroniques (plutôt sur leur versant expérimental) ont peut être croisé au détour d&#8217;une note de pochette de disque, suit des études de philosophie à la Sorbonne. Parallèlement, il fonde le groupe Schizo, avec lequel il dépense ses quelques économies pour autoproduire un single, intitulé &laquo;&nbsp;<em><strong>Le voyageur</strong></em>&laquo;&nbsp;. Sur un fond de blues, tel qu&#8217;un Brian Eno ou un Daniel Lanois seraient capables d&#8217;en produire, se pose, plutôt inattendue, la voix particulière de Gilles Deleuze, qui nous fait la grâce de nous lire le fragment 638 du livre I de <em><strong>Humain, trop humain</strong></em>, de Nietzsche, portant lui-même le titre &laquo;&nbsp;<em><strong>Le voyageur</strong></em>&laquo;&nbsp;. Trente ans avant Houellebecq, qui reprendra ce principe pour son album <em><strong>Présence humaine</strong></em>, un texte à vocation philosophique se déterritorialise pour accéder à une dimension supérieure, grâce à la musique, dont on ne saurait trop rappeler que Victor Hugo la définissait comme &laquo;&nbsp;du bruit qui pense&nbsp;&raquo;. C&#8217;est donc à une pensée au carré que ce morceau nous convie; sans doute a t-il encore bien d&#8217;autres dimensions, dans la mesure où, on commence à l&#8217;avoir compris, Nietzsche ne se laissait pas enfermer dans le carcan du discours philosophique classique, et prétendait donner à ses textes un ton suffisamment poétique pour qu&#8217;ils doivent faire l&#8217;objet d&#8217;une interprétation sans cesse renouvelée, et non d&#8217;un simple apprentissage dogmatique.</p>
<p align="justify">Pour ceux qui ne disposeraient pas d&#8217;un bon matériel de restitution sonore, et qui perdraient dans les processus d&#8217;encodage/décodage la faible voix de Gille Deleuze, voici l&#8217;extrait de Nietzsche qu&#8217;il lit ici :</p>
<p align="justify">&nbsp;&raquo; <em>Qui est parvenu ne serait ce que dans une certaine mesure à la liberté de la raison, ne peut rien se sentir d&#8217;autre sur terre que voyageur. Pour un voyage toutefois qui ne tend pas vers un but dernier car il n&#8217;y en a pas. Mais enfin, il regardera les yeux ouverts à tout ce qui se passe en vérité dans le monde. Aussi ne devra-t-il pas attacher trop fortement son coeur à rien de particulier. Il faut qu&#8217;il y ait aussi en lui une part vagabonde dont le plaisir soit dans le changement et le passage. </em></p>
<p align="justify"><em>Sans doute, cet homme connaîtra les nuits mauvaises où pris de lassitude, il trouvera fermée la porte de la ville qui devait lui offrir le repos. Peut être qu&#8217;en outre, comme en Orient, le désert s&#8217;étendra jusqu&#8217;à cette porte, que des bêtes de proie y feront entendre leur hurlement, tantôt lointain, tantôt rapproché, qu&#8217;un vent violent se lèvera, que des brigands lui déroberont ses bêtes de somme. Alors, sans doute, la nuit terrifiante sera pour lui un autre désert, tombant sur le désert, et il se sentira le coeur las de tous les voyages. </em></p>
<p align="justify"><em>Dès que le soleil matinal se lève, ardent comme une divinité polaire, que la ville s&#8217;ouvre, il verra peut-être sur les visages de ses habitants plus de désert encore, plus de saleté et de fourberie et d&#8217;insécurité que devant les portes. Et le jour, à quelque chose près, sera pire que la nuit. Il se peut bien que tel soit à quelque moment le sort du Voyageur. </em></p>
<p align="justify"><em>Mais pour le dédommager viennent ensuite les matins délicieux d&#8217;autres contrées, nés des mystères du premier matin. Il songe à ce qui peut donner au jour entre le 10ème et le 12ème coup de l&#8217;horloge, un visage si pur, si pénétré de lumière, de sereine clarté qui le transfigure. </em></p>
<p align="justify"><em>Il cherche la philosophie d&#8217;avant midi.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p align="justify">Et pour ceux qui veulent le fragment 368 dans son intégralité, dans une traduction à peine différente, le voici :</p>
<p align="justify" class="entree-corps"><font color="#000000">&laquo;&nbsp;</font><font color="#ffffff"><em>Celui qui veut seulement, dans une certaine mesure, arriver à la liberté de la raison n&#8217;a pas le droit pendant longtemps de se sentir sur terre autrement qu&#8217;en voyageur; et non même pas pour un voyage vers un but dernier: car il n&#8217;y en a point. Mais il se proposera de bien observer et d&#8217;avoir les yeux ouverts à tout ce qui se passe réellement dans le monde; c&#8217;est pourquoi il ne peut attacher trop fortement son coeur à rien de particulier; il faut qu&#8217;il y ait toujours en lui quelque chose du voyageur, qui trouve son plaisir au changement et au passage. Sans doute un pareil homme aura des nuits mauvaises, où il sera las et trouvera fermée la porte de la ville qui devait lui offrir un repos; peut être qu&#8217;en outre, comme en Orient, le désert s&#8217;étendra jusqu&#8217;à cette porte, que les bêtes de proie hurleront tantôt loin, tantôt près, qu&#8217;un vent violent se lèvera, que des brigants lui raviront ses bêtes de somme. Alors peut être l&#8217;épouvantable nuit descendra pour lui comme un second désert sur le désert, et son coeur sera-t-il las de voyager. </em><em>Qu&#8217;alors l&#8217;aube se lève pour lui, brûlante comme une divinité de colère, que la ville s&#8217;ouvre, il y verra peut être sur les visages des habitants plus encore de désert, de saleté, de fourberie, d&#8217;insécurité que devant les portes; et le jour sera pire presque que la nuit. Ainsi peut-il en arriver parfois au voyageur; mais ensuite viennent, en compensation, les matins délicieux d&#8217;autres régions et d&#8217;autres journées, où dès le point du jour il voit dans le brouillard des monts les choeurs des Muses s&#8217;avancer en dansant à sa rencontre, où plus tard, lorsque paisible, dans l&#8217;équilibre de l&#8217;âme des matinées, il se promène sous des arbres, verra-t-il de leurs cimes et de leurs frondaisons tomber à ses pieds une foison de choses bonnes et claires, les présents de tous les libres esprits qui sont chez eux dans la montagne, la forêt et la solitude, et qui, tout comme lui, à leur manière tantôt joyeuse et tantôt réfléchie, sont voyageurs et philosophes. Nés des mystères du matin, ils songent à ce qui peut donner au jour, entre le dixième et le douzième coup de cloche, un visage si pur, si pénétré de lumière, si joyeux de clarté; ils cherchent la philosophie d&#8217;avant-midi.&nbsp;&raquo;</em> </font></p>
<p align="justify" class="entree-corps">Précisons que pour ceux qui ne seraient pas tentés par l&#8217;écoute des oeuvres musicales intégrales de Richard Pinhas et de ses différents groupes (dont le tout de même renommé Heldon), que dans un album ultérieur (<strong><em>L&#8217;éthique</em></strong>, 1982), Gilles Deleuze prêtera de nouveau sa voix à plusieurs morceaux.</p>
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		<title>Socrate &#8211; Rencontre du quatrième type</title>
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		<pubDate>Mon, 01 Oct 2007 14:02:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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1916, la princesse de Polignac demande au compositeur Erik Satie de lui écrire une pièce musicale qui aurait servi d&#8217;accompagnement à la lecture de textes de philosophie antique, par elle-même ainsi que d&#8217;autres voix féminines. Satie fait dévier le projet en écrivant une musique sur laquelle le texte, exclusivement extrait des oeuvres de Platon, sera [...]]]></description>
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<p><a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2007/10/ni5027.jpg" title="Erik Satie - Socrate"></a><span style="font-family: Arial"><font size="2"><a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2007/10/ni5027.jpg" title="Erik Satie - Socrate"><img align="right" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2007/10/ni5027.jpg" alt="Erik Satie - Socrate" title="Erik Satie - Socrate" /></a>1916, la princesse de Polignac demande au compositeur Erik Satie de lui écrire une pièce musicale qui aurait servi d&#8217;accompagnement à la lecture de textes de philosophie antique, par elle-même ainsi que d&#8217;autres voix féminines. Satie fait dévier le projet en écrivant une musique sur laquelle le texte, exclusivement extrait des oeuvres de Platon, sera chanté, et non lu. L&#8217;oeuvre s&#8217;intitule dès lors <em><strong>Socrate</strong></em> et comprend trois mouvements : <em><strong>Portrait de Socrate</strong></em>, dont le texte vient de <em><strong>l&#8217;apologie de Socrate</strong></em>, <em><strong>Sur les bords de l&#8217;Illissus</strong></em> qui met en musique des extraits du <em><strong>Phèdre</strong></em>, et <strong><em>la Mort de Socrate</em></strong>, qui reprend le <em><strong>Phédon</strong></em>. C&#8217;est ce troisième mouvement qui emporte l&#8217;oeuvre, bien que Satie parvienne à y maintenir un calme total, grâce à l&#8217;absence totale de pathos, pathos qui aurait été ici tout à fait déplacé, complaisant.</font></span><span style="font-family: Arial"><font size="2"> </font></span><span style="font-family: Arial"></span><span style="font-family: Arial"></span><span style="font-family: Arial"></span><span style="font-family: Arial"></span><span style="font-family: Arial"><font size="2"></p>
<p align="justify">Cette &laquo;&nbsp;blancheur&nbsp;&raquo; de la mise en musique sera copieusement reprochée à Satie, certains critiques voyant même dans cette oeuvre l&#8217;absence de toute proposition musicale, un vide débouchant sur l&#8217;ennui. Pourtant, on a là quelque chose d&#8217;inespéré que seul un avant-gardiste tel que Satie pouvait proposer. Lui qui avait offert jusque là des petites mécaniques musicales, des curiosités de salon dont on saluait l&#8217;esprit et souvent l&#8217;humour, on l&#8217;imaginait mal s&#8217;attaquer à un texte aussi lourd de drame et de sagesse. Or, le détachement dont la musique fait preuve, la volonté de ne céder à aucune facilité de mise en scène, de laisser au texte seul porter la tension sont ce qui pouvait arriver de mieux au texte lui-même, qui est restitué dans toute sa richesse, et à l&#8217;esprit, que rien ne vient trahir.</p>
<p align="justify">Si il y a de l&#8217;humour dans cette oeuvre, il se tient sans doute dans son sous-titre : &laquo;&nbsp;drame symphonique&nbsp;&raquo;. L&#8217;expression est une claire référence à Berlioz, dont on peut écouter les compositions, pour se faire une idée de ce qui sépare les deux hommes quand il s&#8217;agit de mettre en scène le drame (ou, précisément, chez Satie, de le présenter sans le représenter), et saisir ce que peut vouloir dire ici le mot &laquo;&nbsp;avant-garde&nbsp;&raquo;, un peu comme si on mettait un tableau de Delacroix en face du <em><strong>carré blanc sur fond blanc</strong></em> de Malevitch. Ce détachement est ainsi un signe de compréhension et de respect de l&#8217;oeuvre de Socrate, et une interprétation la plus discrète possible de la mort du père de la philosophie. La discrète répétition des motifs, l&#8217;absence d&#8217;envolées mélodiques, l&#8217;usage de vibrations harmoniques (Satie en était tellement friand qu&#8217;il en faisait ce qu&#8217;il appellait un &laquo;&nbsp;herbier&nbsp;&raquo;) sont tout à fait révolutionnaires, y compris pour des oreilles qui sont un siècle plus &laquo;&nbsp;jeunes&nbsp;&raquo; (à moins que ce soit, précisément, l&#8217;inverse) que l&#8217;oeuvre elle-même. L&#8217;oeuvre fut conçue pour orchestre et solistes, mais Satie en extrapolera une version pour piano et voix, que nous préfererons ici, justement parce qu&#8217;elle va plus loin encore dans le dépouillement, particulièrement dans les exécutions données par des ténors, même si ces voix masculines auraient sans doute fortement déplu à la princesse de Polignac (mais comme cette préférence n&#8217;était, en fait, pas tout à fait musicale, on ne tiendra pas ici compte de sa préférence !). Les versions proposées par les voix de sopranos rejettent en effet trop facilement le texte au second plan, et font émerger du pathos là où il peu souhaitable qu&#8217;il s&#8217;en trouve. Néanmoins, pour progresser en douceur dans cette musique, sont ici proposées les deux versions, soprano pour une plus grande musicalité, et ténor pour un plus grand ascétisme, un autre recueillement et un meilleur attachement au texte. Dans un cas comme dans l&#8217;autre, on pourra, après écoute, ou avant écoute, se reporter au texte de Platon lui-même (en l&#8217;occurrence, il s&#8217;agit donc du dialogue intitulé <em><strong>Phédon</strong></em>). Mais pour l&#8217;heure, je conseille de se laisser porter par la musique et les voix, sans se laisser extraire de cette expérience par la manipulation d&#8217;un livre.</p>
<p align="justify">Pour ceux qui auraient du mal à entrer dans cette forme musicale, qu&#8217;ils essaient d&#8217;y voir une espèce d&#8217;exercice socratique : le plus souvent, quand on demeure hermétique à un style, c&#8217;est qu&#8217;on croit déjà savoir ce qu&#8217;est censée être la musique, et qu&#8217;on rejette spontanément tout ce qui ne correspond pas à ce dogme qu&#8217;on s&#8217;est constitué de manière tout à fait spontannée. Or, n&#8217;écouter que ce qui apparaît spontannément comme conforme à ce dogme, c&#8217;est tomber dans la simple complaisance, qui n&#8217;a en fait que très peu à voir avec la véritable expérience esthétique. Tout comme Socrate se présente comme ignorant, il est nécessaire, pour goûter à la musique, d&#8217;être &laquo;&nbsp;ignorant&nbsp;&raquo; en ce domaine. Non pas qu&#8217;on n&#8217;ait aucune culture en ce domaine : au contraire, plus la culture est vaste, et plus on mesure sa propre ignorance. En ce sens, cette écoute constituera pour les oreilles un peu trop formatées un bon exercice socratique. Les dernières notes de la pièce, en forme d&#8217;introduction suspendue, feront en sorte que cette expérience ne soit qu&#8217;une entrée en matière, tout comme la mort dont elles se font l&#8217;écho.</p>
<p></font></span></p>
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		<title>Sparte</title>
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		<pubDate>Sat, 29 Sep 2007 21:03:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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		<description><![CDATA[En évoquant en cours l&#8217;opposition des cités de Sparte et Athènes, il est apparu comme un vif intérêt pour cet épisode historique ainsi que pour la comparaison entre les principes gouvernant ces deux types d&#8217;organisation sociale. Sans doute est-ce dû d&#8217;une part au fait que le film 300 a popularisé les spartiates et leur mode [...]]]></description>
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<p align="justify"><span style="font-family: Arial"><font size="2"><a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2007/09/leonidas.jpg" title="Jean-Louis David : Léonidas aux Thermopyles - 1814"><img align="left" width="486" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2007/09/leonidas.jpg" alt="Jean-Louis David : Léonidas aux Thermopyles - 1814" height="338" style="width: 486px; height: 338px" title="Jean-Louis David : Léonidas aux Thermopyles - 1814" /></a>En évoquant en cours l&#8217;opposition des cités de Sparte et Athènes, il est apparu comme un vif intérêt pour cet épisode historique ainsi que pour la comparaison entre les principes gouvernant ces deux types d&#8217;organisation sociale. Sans doute est-ce dû d&#8217;une part au fait que le film 300 a popularisé les spartiates et leur mode d&#8217;éducation particulière. Sans doute est-ce aussi le fait que la description de Sparte contraste énormément avec la manière dont on se représente couramment la vie grecque, représentation qui a généralisé la vie athénienne à l&#8217;ensemble de la civilisation grecque, oubliant qu&#8217;il ne s&#8217;agissait en fait que d&#8217;un assemblage mouvant et fragile de cités qui ne se fondaient pas sur les mêmes constitutions, et qui se faisaient la guerre tant que la nécessité de se liguer ne s&#8217;imposait pas.</font></span><span style="font-family: Arial"><font size="2"> </font></span></p>
<p align="justify"><span style="font-family: Arial"><font size="2">Pour ceux qui sont intéressés par les spécificités de cette cité, et qui veulent aller plus loin que la version très épique et partiale qu&#8217;en donne le film 300, voici donc une émission, diffusée sur France inter, intitulée <em><strong>2000 ans d&#8217;histoire</strong></em>, qui creuse un peu les sources historiques sur la vie de ces hommes (dont on a un peu trop tendance à oublier qu&#8217;ils avaient des femmes, qui disposaient de leur propre entrainement) caractérisés par leur bravoure, leur courage, leur obéissance, certes, mais aussi par l&#8217;acceptation d&#8217;un mode de vie qu&#8217;on ne peut qu&#8217;apparenter aux plus durs des totalitarismes.</font></span></p>
<p align="justify"><span style="font-family: Arial"><font size="2"><br />
En illustration : Le tableau de J.L. David : <em><strong>Léonidas aux Thermopyles</strong></em> (1814).  Voilà sans doute une illustration de cet évènement historique qui aurait déplu aux spartiates eux-mêmes tant elle privilégie la grâce et l&#8217;élégance des corps à la rudesse des valeurs centrales de Lacédémone. On a ici quelque chose qui pourrait ressembler à une vision athénienne du courage spartiate. D&#8217;une certaine manière, on a là une des illustrations de la vision globalisante de la Grèce antique, oubliant qu&#8217;elle se constituait sur des oppositions majeures, et non sur une unité culturelle.</font></span></p>
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		<title>L&#8217;angoisse et le divertissement chez Pascal</title>
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		<pubDate>Sun, 23 Sep 2007 15:17:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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En abordant la question du doute en philosophie, on est amené à se demander où ce doute prend sa source. On pourrait en fait en distinguer deux, qui sont de nature différente, mais vont être canalisées par la philosophie dans une seule et même attitude. L&#8217;une de ces sources a été rencontrée chez Blaise Pascal [...]]]></description>
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<p><span style="font-family: Arial"></span><span style="font-family: Arial"></span><span style="font-family: Arial"><font size="2"></p>
<p align="justify">En abordant la question du doute en philosophie, on est amené à se demander où ce doute prend sa source. On pourrait en fait en distinguer deux, qui sont de nature différente, mais vont être canalisées par la philosophie dans une seule et même attitude. L&#8217;une de ces sources a été rencontrée chez Blaise Pascal dans ce qu&#8217;il qualifie comme l&#8217;angoisse provoquée sur l&#8217;homme par sa propre condition : perdu dans un univers aveugle et sourd, il cherche des réponses à ses questionnements mais n&#8217;en trouve pas : l&#8217;univers, face à lui, demeure muet.</p>
<p align="justify">Le passage suivant des <em><strong>Pensées</strong></em> est, sur ce point, le plus fréquemment cité :</p>
<p align="justify"><a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2007/09/pascal.jpg" title="Masque mortuaire de Blaise Pascal"><img align="left" width="288" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2007/09/pascal.jpg" alt="Masque mortuaire de Blaise Pascal" height="432" style="width: 288px; height: 432px" title="Masque mortuaire de Blaise Pascal" /></a>&laquo;&nbsp;<em>En voyant l&#8217;aveuglement et la misère de l&#8217;homme, en regardant l&#8217;univers muet et l&#8217;homme sans lumière, abandonné à lui-même, et comme égaré dans ce recoin de l&#8217;univers, sans savoir qui l&#8217;y a mis, ce qu&#8217;il y est venu faire, ce qu&#8217;il deviendra en mourant, incapable de toute connaissance, j&#8217;entre en effroi comme un homme qu&#8217;on aurait porté endormi dans une île déserte et effroyable, et qui s&#8217;éveillerait sans connaître où il est, et sans moyen d&#8217;en sortir. Et sur cela j&#8217;admire comment on n&#8217;entre point en désespoir d&#8217;un si misérable état. Je vois d&#8217;autres personnes auprès de moi, d&#8217;une semblable nature: je leur demande s&#8217;ils sont mieux instruits que moi, ils me disent que non; et sur cela, ces misérables égarés, ayant regardé autour d&#8217;eux, et ayant vu quelques objets plaisants, s&#8217;y sont donnés et s&#8217;y sont attachés. Pour moi, je n&#8217;ai pu y prendre d&#8217;attache, et considérant combien il y a plus d&#8217;apparence qu&#8217;il y a autre chose que ce que je vois, j&#8217;ai recherché si ce Dieu n&#8217;aurait point laissé quelque marque de soi.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p align="right">Blaise Pascal &#8211; <em><strong>Les Pensées</strong></em>; Section XI  Les prophéties</p>
<p align="justify">Pascal y décrit le fond angoissant de l&#8217;existence humaine, mais il y montre aussi comment l&#8217;homme tente d&#8217;échapper à cette angoisse en faisant diversion, en orientant ses pensées de manière à éviter tout ennui et toute pensée mettant le doigt sur l&#8217;absurdité de l&#8217;existence.</p>
<p align="justify">L&#8217;émission proposée ici est un approfondissement de cette question du divertissement. Elle fut diffusée sur France Culture le 11 Juin 2004. Elle permettra à ceux qui prendront le temps de l&#8217;écouter d&#8217;entendre une explication approfondie des positions de Blaise Pascal ainsi que de découvrir de nombreux autres passages des Pensées, qui viennent éclairer le texte que nous avons étudié en classe. Normalement, les éléments évoqués lors de cette heure devraient permettre à ceux qui étaient suffisamment attentifs de saisir les propos des commentateurs.</p>
<p align="justify">Crédits : Il est bon pour un élève, particulièrement quand il prépare le baccalauréat littéraire, d&#8217;aller jeter un coup d&#8217;oeil régulier sur les programmes de France Culture et de se familiariser avec la technique du podcast, puisque les émissions intéressantes sont presque toutes diffusées pendant les heures de cours. Les sources de l&#8217;émission proposée ici peuvent être trouvées ici :<br />
<a href="http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/vendredis/fiche.php?diffusion_id=22714">http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/vendredis/fiche.php?diffusion_id=22714</a></p>
<p></font></span></p>
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