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	<title>Harrystaut</title>
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		<title>Nouveaux occupants au n°100 &#8211; Episode 6</title>
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		<pubDate>Sat, 24 Sep 2011 09:58:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Conseils de lecture]]></category>
		<category><![CDATA[Les habitants du n°100 du CDI]]></category>
		<category><![CDATA[Listes]]></category>

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Tandis que Frederic Beigbeder voltige de plateau de télé en plateau télé pour faire la promotion de sa playlist personnelle de romans qu&#8217;il faut lire avant que le livre disparaisse, on essaie, nous aussi, à l&#8217;échelle du lycée, de poser sur les rayonnages du C.D.I. des ouvrages qui pourraient donner le sentiment à quelques élèves, [...]]]></description>
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<p style="text-align: justify"><a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/nouveaux-occupants-an-n%c2%b0100-episode-6/snc00808/" rel="attachment wp-att-1990"><img class="alignright size-medium wp-image-1990" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/09/SNC00808-300x225.jpg" alt="" width="300" height="225" /></a>Tandis que Frederic Beigbeder voltige de plateau de télé en plateau télé pour faire la promotion de sa playlist personnelle de romans qu&#8217;il faut lire avant que le livre disparaisse, on essaie, nous aussi, à l&#8217;échelle du lycée, de poser sur les rayonnages du C.D.I. des ouvrages qui pourraient donner le sentiment à quelques élèves, sans doute minoritaires, de faire une expérience, de rencontrer quelqu&#8217;un; bref, de penser. Accessoirement, on tente d&#8217;éviter que la raison centrale mise en avant par Beigbeder, dans son plan com&#8217;, d&#8217;acheter son livre se vérifie un jour, en encourageant l&#8217;existence du livre.</p>
<p style="text-align: justify">Au moment où on s&#8217;apprête à aller dépenser un budget annuel qui pourrait sembler important s&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;un budget individuel, mais dont il ne faut pas oublier qu&#8217;il est censé satisfaire un bon millier de lecteurs potentiels, petit bilan sur les nouveaux arrivants de l&#8217;année passée, qu&#8217;on n&#8217;avait pas encore pris le temps de présenter. On y trouvera peu de classiques, parce qu&#8217;on prenait l&#8217;année pour faire le point sur les grands absents et les disparus illustres, leur consacrant une partie de la prochaine commande. La plupart des ouvrages sont donc &laquo;&nbsp;actuels&nbsp;&raquo;, mais on les choisit en pariant qu&#8217;ils dépasseront le simple effet de mode, et en espérant qu&#8217;en 2040, au lycée Guy de Maupassant de Colombes, un élève puisse fouiller dans les allées du C.D.I. et sortir du rayon &laquo;&nbsp;100&#8243; un exemplaire poussiéreux et abimé d&#8217;un ouvrage paru au début du siècle, qui lui offrirait encore quelques pistes de réflexion à explorer.</p>
<p style="text-align: justify">Première pile de livres saisis juste au moment où on déballait les cartons comme les gosses ouvrent les paquets à Noel. Cliquez dessus pour agrandir la photo et rendre lisibles les titres sur les tranches des livres :</p>
<p style="text-align: justify"><span style="text-decoration: underline"><em><strong><a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/nouveaux-occupants-an-n%c2%b0100-episode-6/petitephilosophie/" rel="attachment wp-att-1981"><img class="alignright size-full wp-image-1981" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/09/petitephilosophie.jpg" alt="" width="99" height="156" /></a>Petite philosophie à l’usage des non-philosophes</strong></em></span>, Albert Jacquard (1997)<br />
Il y a des niveaux de réflexion pour lesquels, après tout, un non spécialiste peut être reconnu comme pertinent. Albert Jacquard est généticien, il est aussi un homme engagé dans les débats contemporains. Le voir aborder des questions qui correspondent, en gros, au programme de philosophie de terminale avec un regard d’amateur éclairé, c’est tout d’abord constater qu’on peut consacrer du temps à la philosophie sans pour autant en faire un métier, ou même sa spécialité. C’est aussi constater qu’il y a un degré de la philosophie qui ne consiste pas à produire des idées nouvelles, des concepts novateurs, mais à puiser dans l’histoire des idées pour en extraire des outils permettant de penser ces grandes questions, et d’apporter des réponses qui se tiennent droites, grâce à une argumentation rigoureuse et accessible à tous. Si on considère que ce qu’on demande en fin de terminale, c’est un texte écrit par un amateur éclairé, Jacquard peut constituer un guide efficace. On se souviendra simplement que philosopher, aujourd’hui, c’est aller un peu plus loin, aussi se méfiera t-on quand cet ouvrage donnera un peu trop l’impression de donner des leçons trop définitives.</p>
<p style="text-align: justify"><span style="text-decoration: underline"><em><strong><a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/nouveaux-occupants-an-n%c2%b0100-episode-6/paul-veyne-les-grecs-ont-ils-cru-a-leurs-mythes/" rel="attachment wp-att-1982"><img class="alignright size-full wp-image-1982" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/09/paul-veyne-les-grecs-ont-ils-cru-a-leurs-mythes.jpg" alt="" width="98" height="153" /></a>Les grecs ont-ils cru à leurs mythes ?</strong></em></span> Paul Veyne (1993)<br />
Un ouvrage court, mais particulièrement dense, et un modèle de mise en place d’une problématique philosophique : on part d’une question que n’importe qui pourrait poser « Comment peut-on croire à moitié ou croire à des choses contradictoires ? » et à partir de ce qui pourrait n’être qu’une observation, on lance une vaste recherche sur l’essence même de la vérité, sa valeur et les voies d’accès y menant. Pour ceux qui voudraient aller au cœur du problème, on conseillera de lire les quelques pages du dernier chapitre, intitulé « <em>Entre la culture et la croyance en une vérité, il faut choisir</em> ».</p>
<p style="text-align: justify"><span style="text-decoration: underline"><em><strong><a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/nouveaux-occupants-an-n%c2%b0100-episode-6/zomb/" rel="attachment wp-att-1983"><img class="alignright size-full wp-image-1983" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/09/zomb.jpg" alt="" width="104" height="142" /></a>Politique des zombies – L’Amérique selon Georges A. Romero</strong></em></span>, Jean-Baptiste Thoret (2007)<br />
Cela fait maintenant un moment qu’on prend les « films de monstres » un peu au sérieux, devinant que l’effroi qu’ils produisent tient souvent moins à la distance qui nous sépare des monstres qu’à la proximité que nous entrevoyons dans les plis de leurs morphologies aberrantes. S’il est un monstre qui, depuis l’antiquité, intéresse la littérature et la philosophie, c’est bien le mort. Surtout lorsque celui-ci n’a pas de repos. Ulysse visitant les enfers, y rencontrant un Achille encore bien vif, pour un mort, c’est déjà une manière de mettre en scène l’homme lorsqu’il n’est plus tout à fait un homme. Au XXè siècle, lorsque le cinéma reprend le thème du mort qui n’est pas inerte, c’est souvent avec, en arrière pensée, l’idée de tracer, par ce biais, une perspective politique, et il faut reconnaître qu’à ce jeu, Roméro est sans doute le plus intéressant des réalisateurs amateurs de créatures d’outre tombe. Le livre de Thoret s’intéresse à la fameuse série des « morts vivants », passionnante à plus d’un titre, par sa longévité, lui permettant de traverser les styles et les techniques cinématographiques, par les lieux qu’elle investit (le supermarché, la « gated community », le film amateur tourné par des étudiants fauchés, à la manière de<span style="text-decoration: underline"><em><strong> Cloverfield</strong></em></span> ou du <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Projet Blair Witch</strong></em></span>), et bien entendu par ses personnages (et il est intéressant qu’on ne puisse, ici, écrire « son bestiaire ») : les morts vivants sont choisis parmi les prolétaires américains. Ils sont marqués par leur métier, leur classe sociale, ils sont morts en tenue de travail et, à strictement parler, géographiquement, ils constituent une population parquée, déplacée, contenue, gérée. Des banlieusards en somme. Thoret creuse ces pistes dans un ouvrage qui, dès lors, est tout autant un livre de cinéphile qu’une introduction à la réflexion politique.</p>
<p style="text-align: justify"><span style="text-decoration: underline"><em><strong><a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/nouveaux-occupants-an-n%c2%b0100-episode-6/puzzle/" rel="attachment wp-att-1984"><img class="alignright size-full wp-image-1984" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/09/puzzle.jpg" alt="" width="92" height="121" /></a>Le puzzle philosophique</strong></em></span>, Jiri Benovsky (2010)<br />
Quand un ouvrage tisse des liens entre des problèmes logiques et métaphysiques manipulés depuis que l’homme repère des paradoxes et des théories très contemporaines, c’est toujours une joie que d’accompagner des penseurs depuis les racines de ces questionnements jusqu’aux pointes avancées de la recherche contemporaine. Ainsi, on pourra considérer que passer de l’énigme antique du Bateau de Thésée aux hypothèses actuelles du perdurantisme offre une largeur de vue déjà appréciable sur un des plus anciens problèmes logiques posés en occident. L’ouvrage a enfin ceci d’intéressant qu’il permet, sur la base de questions qui relèvent surtout de la sphère des énigmes logiques, de reconnecter la réflexion philosophiques avec ses racines les plus profondes : l’usage, en pensée, du logos.</p>
<p style="text-align: justify"><span style="text-decoration: underline"><em><strong><a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/nouveaux-occupants-an-n%c2%b0100-episode-6/tamis/" rel="attachment wp-att-1985"><img class="alignright size-full wp-image-1985" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/09/tamis.jpg" alt="" width="90" height="131" /></a>L’usage du tamis en philosophie</strong></em></span>, Jean Tellez (2010)<br />
Avoir donné comme sous titre à ce livre « <em>Manuel de lecture des textes philosophiques</em> » permet d’en clarifier le projet : au lieu de fournir des commentaires déjà constitués des grandes œuvres de la philosophie, ce que des milliers d’auteurs ont déjà fait, Jean Tellez propose une méthode grâce à laquelle le lecteur pourra, à son tour, dénicher dans les textes eux-mêmes, ce qu’il appelle des « pépites », c&#8217;est-à-dire des condensés de pensée qui ne réclament plus qu’à être exploités, comme on suivrait une veine dans un gisement de matériaux précieux. Ainsi, on évitera les lieux touristiques trop envahis pour considérer les œuvres philosophiques comme des étendues inexplorées. La métaphore minière est filée tout au long de l’ouvrage, Platon y étant présenté, par exemple, comme l’exploitant du gisement Socrate (un bon résumé, en effet si on considère que la filière comprend, aussi, raffineries et réseaux de distribution). En bon ouvrage de prospection, ce livre offre aussi une cartographie bien utile pour les aspirants orpailleurs.</p>
<p style="text-align: justify"><span style="text-decoration: underline"><em><strong><a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/nouveaux-occupants-an-n%c2%b0100-episode-6/armerdeparoles/" rel="attachment wp-att-1986"><img class="alignright size-full wp-image-1986" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/09/armerdeparoles.jpg" alt="" width="89" height="129" /></a>S’armer de paroles – Jeux et enjeux rhétoriques</strong></em></span>, Florence Balique, (2010)<br />
A en croire les titres d’un certain nombre d’ouvrages, (on pense, par exemple, au <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Petit cours d’autodéfense intellectuelle</strong></em></span>, de Normand Baillargeon), l’expression des idées et leur confrontation sous forme de dialogue peut constituer une activité dangereuse, s’apparentant à la lutte, au corps à corps, voire à la guerre. Il faut reconnaître que si on présente volontiers la pensée comme une pratique apaisée, dégagée des conflits habituels entre humains, l’inauguration officielle de l’ère philosophique, dans la lutte fratricide entre Socrate et les sophistes se solde par un mort. Mieux vaut être prudent.<br />
Mais, surtout, celles qui ont tout à gagner à être défendues par des tireurs d’élite et des armes aiguisées, ce sont les idées elles mêmes. Leur art martial spécifique s’appelle « rhétorique » et leur « kata » réside entièrement dans l’usage correct de la parole. Le livre de Florence Balique permet de maîtriser les éléments de base de cette technique de combat. Enfin, à l’image des autres arts martiaux, on retiendra que la rhétorique n’est pas belliciste, et qu’elle relève plutôt d’un usage de la force mentale qui, s’il était universellement pratiqué, pourrait garantir la paix, ne serait-ce qu’avec soi même.</p>
<p style="text-align: justify"><span style="text-decoration: underline"><em><strong><a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/nouveaux-occupants-an-n%c2%b0100-episode-6/dedansdehors/" rel="attachment wp-att-1987"><img class="alignright size-full wp-image-1987" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/09/dedansdehors.jpg" alt="" width="89" height="136" /></a>Dedans, dehors – La condition d’étranger</strong></em></span>, Guillaume le Blanc, (2010)<br />
Si l’étranger est celui qu’on caractérise avant tout par sa provenance, paradoxalement, dès qu’il est observé sur un territoire national qui n’est pas conforme à cette « origine », tout se passe comme s’il n’était plus nulle part. En tant qu’étranger, il est donc repéré, mais il n’est, aussi, personne. Le livre de Guillaume le Blanc creuse ce paradoxe, tente d’en discerner les sources, et d’offrir des perspectives qui aillent au-delà de la simple observation du phénomène de l’exclusion. Or, la seule piste de sortie vers une pensée et une pratique plus cohérentes ne réside pas dans « l’autre », mais en soi, dès lors qu’on veut bien se considérer soi même comme un « autre ». C’est là la voie singulière que choisit ce livre, un retournement de perspective qui permet d’envisager le problème sous un jour nouveau, avec bien plus de profondeur.</p>
<p style="text-align: justify"><span style="text-decoration: underline"><em><strong><a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/nouveaux-occupants-an-n%c2%b0100-episode-6/logicomix/" rel="attachment wp-att-1988"><img class="alignright size-full wp-image-1988" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/09/logicomix.jpg" alt="" width="110" height="154" /></a>Logicomix</strong></em></span>, Apóstolos K. Doxiàdis, Christos Papadimitriou, Alecos Papadatos et Annie Di Donna (2010)<br />
Un projet de bande dessinée hors du commun, puisqu’on y croise, en personnage principal, un Bertrand Russel dressant le bilan de sa vie devant un parterre d’étudiants. Au fil du récit, on croise les grands théoriciens du XXè siècle, l’ouvrage dressant peu à peu une fresque ample, que le format ‘dessiné ‘ permet de considérer comme un panorama. L’ensemble fait un peu penser au roman « Trois explications du monde », dans lequel on croise aussi les grands esprits du siècle précédent. Enfin, même si on ne demande pas nécessairement à la bande dessinée de suivre systématique cette voie très « érudite », on peut considérer que cet art gagne, avec ce genre d’album, ses lettres de noblesse.</p>
<p style="text-align: justify"><span style="text-decoration: underline"><em><strong><a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/nouveaux-occupants-an-n%c2%b0100-episode-6/le-genese-robert-crumb_395/" rel="attachment wp-att-1989"><img class="alignright size-full wp-image-1989" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/09/le-genese-robert-crumb_395.jpg" alt="" width="113" height="163" /></a>La Genèse</strong></em></span>, Crumb (2009)<br />
Qui aurait pu croire que Crumb fut capable d’une saine naïveté ? Ceux qui savent à quel point le dessinateur Crumb put être violemment critiqué, depuis la fin des années 60 et ce jusqu’à nos jours, pour l’indécence, l’obscénité même que certains voyaient dans ses œuvres, pourraient s’inquiéter d’apprendre que son dernier ouvrage s’est donné comme projet d’illustrer le premier livre de la Bible, la Genèse. Déplacer ce récit mythique des origines telles que l’envisagent les religions judéo-chrétiennes sur le terrain des images n’est pas un projet nouveau en soi. C’est même assez conforme à l’idée qu’on s’en fait souvent, les propos tenus sur ce récit s’étant souvent réduits à quelques images (un peu d’argile, des statuettes, une côte, une pomme, un serpent…), au point qu’on est souvent frappé de constater que, curieusement, ceux qui prennent le plus radicalement ce récit au pied de la lettre sont précisément ceux qui ne l’ont pas lu. Mais justement, si la Genèse de Crumb parvient à mettre tout le monde d’accord, y compris ses pires détracteurs, c’est parce que son album EST une lecture. Nulle provocation dans sa restitution du mythe, au contraire, on note, partout, une attention permanente aux détails du récit (mention spéciale au reptile initiateur, ne devenant serpent qu’en perdant ses pattes, après la fermeture de la parenthèse enchantée qu’était le jardin d’Eden, par exemple), et un respect scrupuleux de celui-ci. Et pourtant, c’est bien son trait, très identifiable, qu’on retrouve tout au long de ce volume, ainsi que son regard sur l’homme, le monde, les liens déchirés entre l’homme et le monde. On ne s’en étonnera qu’à moitié : l’œuvre de Crumb a souvent trouvé dans la nostalgie les raisons profondes de sa colère et de ses accents provocateurs. L’obscénité flagrante était une manière de mettre en lumière l’indécence larvée du quotidien. Quand il revient ainsi à ses sources, il perd cette nécessité de heurter, et son travail devient apaisé, serein. Il faut au moins reconnaître ceci : le mythe du jardin d’Eden permet des rédemptions. Mais on ajoutera ceci : il aura à Crumb le travail d’une vie pour y parvenir.</p>
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		<title>Nouveaux occupants au n°100 &#8211; Episode 5</title>
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		<pubDate>Sat, 16 Jan 2010 06:23:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Conseils de lecture]]></category>
		<category><![CDATA[Les habitants du n°100 du CDI]]></category>
		<category><![CDATA[Listes]]></category>

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		<description><![CDATA[
Dernière salve, dernière pile de livres à présenter.
Ensuite, il faudra patienter jusqu&#8217;à la libération des prochains crédits, ou bien organiser un braquage de l&#8217;intendance du lycée pour tout dépenser dans les rayons des meilleures librairies des environs. Mais j&#8217;y reviendrai.
Un peu par hasard, on le verra, cette dernière pile ressemble en partie à de l&#8217;école [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/snc01158.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-948" title="snc01158" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/snc01158.jpg" alt="snc01158" width="419" height="322" /></a>Dernière salve, dernière pile de livres à présenter.</p>
<p style="text-align: justify;">Ensuite, il faudra patienter jusqu&#8217;à la libération des prochains crédits, ou bien organiser un braquage de l&#8217;intendance du lycée pour tout dépenser dans les rayons des meilleures librairies des environs. Mais j&#8217;y reviendrai.</p>
<p style="text-align: justify;">Un peu par hasard, on le verra, cette dernière pile ressemble en partie à de l&#8217;école buissonnière. Cela confirme un soupçon sur la géographie de tout lycée : le CDI y constitue ce qu&#8217;Hakim Bey appellerait une TAZ (acronyme qui devient ZAT en français, puisqu&#8217;il signifie Zone d&#8217;Autonomie Temporaire, et c&#8217;est le titre de son ouvrage passionnant, que nous n&#8217;avons pas commandé, parce qu&#8217;il a la bonne idée d&#8217;en autoriser le photocopiage, ce qui à la réflexion peut tout aussi bien sembler constituer une raison suffisante de l&#8217;acheter !). Si chaque livre est une perspective nouvelle, alors le CDI constitue une belle galerie des glaces. Autant aller s&#8217;y perdre entre deux cours.</p>
<p style="text-align: justify;">Voila, mon texte d&#8217;introduction est assez long pour encadrer par la gauche la photo qui se trouve à sa droite, sur laquelle vous pouvez toujours cliquer pour assister à son soudain agrandissement, de telle sorte que les titres puissent en être lus sur la tranche des livres. Je vais pouvoir passer à l&#8217;essentiel : les livres eux-mêmes.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-936" title="cat61fqecax5aw26ca8w5m4tcard0rptcabygi0ocabfp7tjcaszdod6caibuv0mcajuwqs4cak5t79qcaoob4szca13jogkcau2v3o7caoraevicay5i978caoeelqicao67ma0ca1064k9cavoavu0" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/cat61fqecax5aw26ca8w5m4tcard0rptcabygi0ocabfp7tjcaszdod6caibuv0mcajuwqs4cak5t79qcaoob4szca13jogkcau2v3o7caoraevicay5i978caoeelqicao67ma0ca1064k9cavoavu0.jpg" alt="cat61fqecax5aw26ca8w5m4tcard0rptcabygi0ocabfp7tjcaszdod6caibuv0mcajuwqs4cak5t79qcaoob4szca13jogkcau2v3o7caoraevicay5i978caoeelqicao67ma0ca1064k9cavoavu0" width="85" height="143" />Le système totalitaire</em></strong>, Hannah Arendt (1972). Troisième tome de son triptyque intitulé<strong><em> Les origines du totalitarisme</em></strong>. Hannah Arendt, après avoir successivement abordé, dans les volumes précédents, l&#8217;antisémitisme et l&#8217;impérialisme, s&#8217;attaque au totalitarisme en pointant, pour commencer, le fait qu&#8217;on ne puisse réduire ce phénomène à un simple régime politique. On s&#8217;intéresse ici au totalitarisme dans ce qui fait son essence davantage que dans les formes nécessairement limitées par lesquelles il a historiquement pris forme. En quelque sorte, le caractère géographiquement limité des totalitarismes fait passer à côté de leur véritable projet. Les frontières étatiques font qu&#8217;on peut se sentir extérieur à ces régimes alors qu&#8217;essentiellement, tout le monde est concerné, y compris ceux qui juridiquement n&#8217;en dépendent pas, car le projet totalitaire est de s&#8217;appliquer à tout, de ne rien laisser qui soit autre que lui même, de mettre fin aux alternatives en constituant le seul horizon des citoyens, qui perdront d&#8217;ailleurs là leur conscience d&#8217;appartenir à une Cité, puisque celle ci est définie par ses limites, au sein desquelles on trouve son espace privilégié quand le totalitarisme tente de s&#8217;assimiler au monde lui même tout entier, à l&#8217;ordre naturel. Il constitue dès lors une dynamique de destruction de tout ce qui le précède, et de tout ce qui l&#8217;entoure. Soit par la guerre, soit par le verrouillage des frontières, isolant ses sujets de la vue, les cachant tout autant qu&#8217;il cache les paysages environnants, les autres propositions politiques. La visée du totalitarisme est donc mondiale, et on le reconnaît au fait que lui même ne reconnaît aucune autre pensée que celle qui constitue son idéologie motrice, aucune autre parole que la sienne, aucun territoire qui puisse échapper à son emprise. Contrôle total, main mise sur l&#8217;Etre. On peut lire Arendt, et ensuite observer les principes mondialisateurs à l&#8217;oeuvre. C&#8217;est édifiant.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-937" title="ca8tsi93cauc5hwjcabq0gj9ca2vl9vnca6s37kncaueodj3carvzr8zcarzfx9gcal25nnuca2wj3tmca66479ocae6hfvucaftrtekcau8j7q6cats4djjcamsrxxjcartal7acabruh53casjj7me" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/ca8tsi93cauc5hwjcabq0gj9ca2vl9vnca6s37kncaueodj3carvzr8zcarzfx9gcal25nnuca2wj3tmca66479ocae6hfvucaftrtekcau8j7q6cats4djjcamsrxxjcartal7acabruh53casjj7me.jpg" alt="ca8tsi93cauc5hwjcabq0gj9ca2vl9vnca6s37kncaueodj3carvzr8zcarzfx9gcal25nnuca2wj3tmca66479ocae6hfvucaftrtekcau8j7q6cats4djjcamsrxxjcartal7acabruh53casjj7me" width="92" height="135" />L&#8217;éblouissement des bords de route</em></strong>, Bruce Bégout (2004). On peut prendre les paris. Dans quelques années, on peut même patienter quelques décennies, Bruce Bégout aura pris dans le paysage intellectuel français la place qui lui revient. Si tout va bien. Parce que, sans recourir à une quelconque démagogie, sans participer au marché des livres, aux foires où on vend de la page au poids, sans organiser des croisières philosophiques, sans squatter les plateaux télé (on le croise parfois chez Taddéi, c&#8217;est à dire qu&#8217;il est juste là où médiatiquement<span style="text-decoration: line-through;"> il faut</span> on peut être), il forme peu à peu une pensée qui se tient à l&#8217;exacte croisée de ce que la philosophie contemporaine fait de plus pointu (l&#8217;héritage phénoménologique, les écrits techniques sur Husserl que je feuillète un peu comme un physicien généraliste regarde, un peu songeur, les équations terribles de la physique des cordes), et les ouvrages accessibles, à la frontière de la littérature contemplative, du road book (au sens où on parle de road book), avec cependant, entre ces deux trajectoires, une cohérence qui fait que chacune semble alimenter l&#8217;autre. Or, c&#8217;est peut être cette aptitude à remplir ainsi l&#8217;espace de la pensée, et à tendre les bras d&#8217;un lectorat à l&#8217;autre sans jamais céder à la tentation de faire cesser la philosophie au dix-huitième siècle, parce qu&#8217;ensuite, les théories deviennent clivantes, sans jamais flirter avec les questions à la mode, qui constitue le portrait robot des quelques auteurs qui peuvent compter à l&#8217;avenir et dont des élèves, dans quarante ans, regardant notre bibliothèque nous diront &laquo;&nbsp;Oh ! L&#8217;édition originale de La Découverte du quotidien !! Je peux vous l&#8217;emprunter ?&nbsp;&raquo; Comme il faut raison garder, nous n&#8217;avons pas investi dans les travaux de Bégout sur Husserl. En revanche, nous vous proposons ses errances américaines, à la recherche de ce qui constitue l&#8217;un des axes de sa pensée : la recherche du banal, du commun, de ce qui fait le tissu partagé des coexistences humaines. Ce faisant, mine de rien, Bégout déborde le projet habituel de la philosophie et parcourt des espaces qui sont tout autant géographiques que littéraires. Et c&#8217;est bien sur ces plaques tectoniques de l&#8217;écriture qu&#8217;on aime dériver, ne sachant plus sur quel continent on se trouve : documentaire, fragment de roman, nouvelles, essai ?</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-938" title="cay2pwbncaghlrh3cawqeympca72af67ca2mv123ca8g46j4capp6xxccaxsnp3ucaxrmnnrcaiczo77cazf9qc0cay0drk3cah62ryjcagwem0ecaodqfrncacfff07capw27rwcaa1vd0scafdkwi0" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/cay2pwbncaghlrh3cawqeympca72af67ca2mv123ca8g46j4capp6xxccaxsnp3ucaxrmnnrcaiczo77cazf9qc0cay0drk3cah62ryjcagwem0ecaodqfrncacfff07capw27rwcaa1vd0scafdkwi0.jpg" alt="cay2pwbncaghlrh3cawqeympca72af67ca2mv123ca8g46j4capp6xxccaxsnp3ucaxrmnnrcaiczo77cazf9qc0cay0drk3cah62ryjcagwem0ecaodqfrncacfff07capw27rwcaa1vd0scafdkwi0" width="80" height="135" />Lieu commun</em></strong>, Bruce Bégout (2003). On prend un des polaroids du livre précédent, et on le développe. Il y a des titres qui en disent plus long sur les capacités d&#8217;analyse de leur auteur que des pages et des pages de développements laborieux : &laquo;&nbsp;Lieu commun&nbsp;&raquo;, cela désigne le motel américain.<br />
Méditez trente secondes,<br />
Allez-y, faites le.<br />
Voila, vous venez d&#8217;être soudainement illuminé. C&#8217;est par son aptitude à ce genre de raccourcis que Perec était un géni de la conception de mots croisés. Mais au delà de la recherche de la formule exacte, ce livre est une expérience de cruising, avec focalisations ponctuelles sur les étapes photocopiées que sont ces lieux apparemment sans âme, sans volonté architecturales, purement fonctionnelles, anonymes et neutres que sont les sleep&#8217;ins des bas côtés des highways américaines. Lieux partagés, à mi chemin entre le refuge et le coupe gorge. Hauts lieux de la solitude, ce sont pourtant des préfabriqués où on n&#8217;est jamais chez soi, voici le premier guide du routard de ceux qui ont compris que le pittoresque est une mise en scène, et que c&#8217;est vers le commun qu&#8217;il faut aller.</p>
<p style="text-align: justify;">Intermède : je réalise qu&#8217;il va falloir procurer à ce CDI cet autre ouvrage de Bégout, <strong><em>de la Décence ordinaire</em></strong>, parce que c&#8217;est le moment où son goût pour les pérégrinations se transforme en recherche morale. C&#8217;est aussi le moment où il s&#8217;appuie sur Orwell. Or, d&#8217;Orwell il sera question dans quelques lignes, justement.</p>
<p style="text-align: justify;">Avertissement : toute personne soucieuse de maintenir un minimum d&#8217;équilibre dans son budget devrait se tenir soigneusement éloignée de cette collection de petits ouvrages des éditions Allia. On vous aura prévenus. Méfiez vous. Ils sont addictifs.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-939" title="cawum27rca2n311kca7d0y6ucaca3zcgcar7t4uncanrl1p4cafv3bpaca58lfdlcamp3rhacag0iop3cadw5ezeca9v6aotca13s22zcap0ksc8ca3vn28wca3vkou0caormzoacao0f27fcam99hb1" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/cawum27rca2n311kca7d0y6ucaca3zcgcar7t4uncanrl1p4cafv3bpaca58lfdlcamp3rhacag0iop3cadw5ezeca9v6aotca13s22zcap0ksc8ca3vn28wca3vkou0caormzoacao0f27fcam99hb1.jpg" alt="cawum27rca2n311kca7d0y6ucaca3zcgcar7t4uncanrl1p4cafv3bpaca58lfdlcamp3rhacag0iop3cadw5ezeca9v6aotca13s22zcap0ksc8ca3vn28wca3vkou0caormzoacao0f27fcam99hb1" width="83" height="138" />Le Manuel</em></strong>, Epictète (ouvrage compilé par Arrien (95-175), Epictète lui était contemporain, bien que peu plus âgé). Les enfants des générations précédentes avaient leur Manuel des Castors Juniors dans le sac à dos, au cas où. L&#8217;homme moderne, inspiré par sa lecture assidue de Stuff a son Iphone en poche pour le guider. L&#8217;homme inquiet du dix-septième siècle ne se déplaçait jamais sans avoir rempli de lourdes malles d&#8217;épais volumes de traités de casuistique (un des professeurs auxquels je dois le plus, Pierre Cariou (et que je salue bien bas au passage) en sortait parfois du coffre de sa voiture et semblait se déplacer accompagné de ce précieux mais encombrant guide dans les méandres des cas de conscience. On ne sait jamais (c&#8217;est d&#8217;ailleurs là le problème dans le domaine moral : on ne sait jamais). L&#8217;apprenti stoïcien, lui aussi, pouvait avoir en poche un ouvrage de taille modeste, transportable, qui lui donnerait les indications nécessaires pour mener une vie heureuse. Tel est le programme de ce livre écrit en des temps où déterminer comment bien vivre constituait encore un projet de recherche qu&#8217;on n&#8217;aurait pas accusé d&#8217;être naïf. Les premières lignes de cet ouvrage sont célèbres, et constituent le motif à partir duquel tout ce qui suit va se développer : il faut distinguer ce qui dépend de nous, et ce qui n&#8217;en dépend pas. Précieux conseils qu&#8217;Epictète décline ensuite, et conseille de mettre en pratique. L&#8217;exercice est décapant, car on constatera vite que nous avons une tendance forcenée à placer le bonheur précisément dans ce qui ne peut en aucune manière dépendre de nous. En quelques pages, on tâche donc de remettre le monde à l&#8217;endroit.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-940" title="cagv1bpvcahr6s25catpjwo3caob9n0tcah2hf5ecagbjjbhcamhmaxsca3lakibca9d1uedcaul77s9cahnp1cica0r2x2kcavb6g7pcarbndm5cavdk14icaj3benpcabqbgbhcagx83mvcarza15u" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/cagv1bpvcahr6s25catpjwo3caob9n0tcah2hf5ecagbjjbhcamhmaxsca3lakibca9d1uedcaul77s9cahnp1cica0r2x2kcavb6g7pcarbndm5cavdk14icaj3benpcabqbgbhcagx83mvcarza15u.jpg" alt="cagv1bpvcahr6s25catpjwo3caob9n0tcah2hf5ecagbjjbhcamhmaxsca3lakibca9d1uedcaul77s9cahnp1cica0r2x2kcavb6g7pcarbndm5cavdk14icaj3benpcabqbgbhcagx83mvcarza15u" width="80" height="129" />1984</em></strong>, George Orwell (1949). Tout le monde connait, a t on envie de d&#8217;écrire. Du moins, tout le monde connait certains aspects de cet ouvrage majeur, devenu au fil du temps la référence en matière de politique fiction et de réflexion sur le totalitarisme. L&#8217;expression &laquo;&nbsp;Big Brother&nbsp;&raquo; est successivement devenue celle qui désigne tous les regards politiques un peu trop curieux de la vie privée des administrés, puis le nom d&#8217;un jeu télévisé qui, cyniquement, reprenait la structure panoptique du monde décrit par Orwell pour en faire un univers ludique dans lequel, pourtant, il s&#8217;agissait bien de réaliser l&#8217;image peinte par le tortionnaire du héros, l&#8217;image du futur : un visage écrasé par une botte. <strong><em>1984</em></strong>, c&#8217;est en même temps un roman de fiction politique dans lequel Orwell pousse un peu plus loin dans leurs développement les principes qu&#8217;il a déjà vus appliqués par les totalitarismes qu&#8217;il a observés à l&#8217;oeuvre. Il en comprend simplement mieux que la plupart le caractère hermétique : il s&#8217;agit de couler les individus dans une chape de plomb, de saturer leurs oreilles, leurs yeux, leur bouche de propagande de manière à ce qu&#8217;ils en deviennent les caisses de résonnance assourdies, répétant en boucle les dogmes du Parti, jusqu&#8217;à plus soif. C&#8217;est aussi un roman d&#8217;amour, qui oppose deux amours, celui de Winston et Julia, et celui que Winston doit à Big Brother, père jaloux qui parviendra à faire revenir à lui ces brebis égarées. C&#8217;est aussi, dans sa partie finale, une réflexion prémonitoire sur l&#8217;usage politique du langage, et sur la fragilité du sens. On serait tenté de dire, de nouveau, que c&#8217;est là une lecture indispensable. Ca s&#8217;accompagnerait bien de quelques ouvrages supplémentaires, souvent davantage journalistiques, du même auteur. Et dans le même esprit, mais plus accessible (sans être moins sombre) on lira, toujours sous la plume d&#8217;Orwell, <strong>La Ferme des animaux</strong>, fable dont l&#8217;adaptation en dessin animé vaut le détour, elle aussi.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-941" title="casb320wcahim7p5caduvin0caczhtl8cann38okca963rk8caq08x8wcap5owz6cat263lacamuvhzbcaatud93capk6v58caq0rt41caoydsx8caa9znn3calsunozcattr9t0ca59gv0rca4e0bds" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/casb320wcahim7p5caduvin0caczhtl8cann38okca963rk8caq08x8wcap5owz6cat263lacamuvhzbcaatud93capk6v58caq0rt41caoydsx8caa9znn3calsunozcattr9t0ca59gv0rca4e0bds.jpg" alt="casb320wcahim7p5caduvin0caczhtl8cann38okca963rk8caq08x8wcap5owz6cat263lacamuvhzbcaatud93capk6v58caq0rt41caoydsx8caa9znn3calsunozcattr9t0ca59gv0rca4e0bds" width="78" height="129" />Réflexions sur la question juive</em></strong>, Jean-Paul Sartre (1946). S&#8217;attaquer à l&#8217;antisémitisme, à ses mécanismes, à ses ressorts, voila le projet de Sartre dans cet ouvrage. Mais il le fait sans complaisance, sans céder à la condamnation facile. Et si ce livre présente un intérêt, c&#8217;est précisément parce qu&#8217;il appuie ses propos sur les principes plus vastes de la pensée de Sartre telle qu&#8217;il l&#8217;a déjà développée auparavant. Commençant par une remise en cause de la conception de l&#8217;antisémitisme comme opinion (il le définit davantage comme passion), Sartre saisit son objet sous un angle inhabituel, ce qui permet de l&#8217;envisager de manière nouvelle. Mais il n&#8217;évacue pas non plus la question de la responsabilité des victimes elles mêmes, et c&#8217;est toute la pensée existentialiste qui se trouve alors mobilisée sur ce terrain qu&#8217;on penser miné, et impropre à la réflexion. On trouve là des analyses qui feront date dans les théories des sciences sociales, et dans les réflexions sur l&#8217;émancipation. L&#8217;histoire des noirs aux Etats-Unis pourra s&#8217;inspirer des réflexions de Sartre, celle des minorités en quête de reconnaissance aussi. Didier Eribon se fera d&#8217;ailleurs héritier du titre quand, en 1999, il publiera <strong><em>Réflexions sur la question gay</em></strong>, qui laissera une place considérable aux auteurs attendus sur une telle question (Foucault en particulier, évidemment), mais placera en quelque sorte Sartre comme une source à laquelle ce courant des pensées de l&#8217;émancipation vient s&#8217;abreuver.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-942" title="images8" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/images8.jpg" alt="images8" width="130" height="96" />La nuit sexuelle</em></strong>, Pascal Quignard (2007). On est bien peu de choses. J&#8217;avais bien tenté de glisser discrètement l&#8217;édition originale de cet ouvrage dans le bon de commande. Peine perdue, le coût de l&#8217;objet (plus de 80€) le rendait assez peu discret, au milieu des livres de poches. Nous nous rabattons donc sur cette édition de poche, bien moins onéreuse, mais un peu moins satisfaisante. Parce que Pascal Quignard essaie de proposer des livres qui soient, pleinement, des livres, et pas seulement des bouquins. Associant iconographie et texte, leur mise en page est soignée, la reproduction des oeuvres est picturalement extrêmement scrupuleuse, le papier ne jaunit pas avec le temps (les pages sont, de toutes façons, noires), tout cela fait qu&#8217;on a en main une expérience littéraire qui s&#8217;incarne, bien sûr dans un texte exceptionnel, mais aussi dans une réalisation impeccable. De ceci, en édition de poche, il reste évidemment peu de choses. Demeure tout de même le texte. De quoi s&#8217;agit il ? De notre source inaccessible : pour nous, notre conception constitue une nuit que nulle lanterne ne viendra éclairer. Dès lors, comme on craint un peu le noir, on a tendance à s&#8217;inventer des histoires. Venus de la nuit, nous nous dirigeons vers l&#8217;obscurités. Quignard médite, ouvre ses greniers, ses caves, ses archives, et il partage. Et ça ressemble à ces discussions moitié éclairantes, moitié flippantes, qu&#8217;on avait enfant avec les copains, le soir autour d&#8217;un feu ou dans le noir, sur les questions graves, et qui nous laissaient, fascinés, conscients d&#8217;avoir un instant mis entre parenthèses le superflu, et d&#8217;avoir effleuré les questions essentielles, n&#8217;ayant pas très envie d&#8217;aller se coucher tout de suite. En édition de poche, un livre à lire sous les couvertures, à la lampe torche !</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-943" title="images7" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/images7.jpg" alt="images7" width="84" height="137" />Cosmopolis</em></strong>, Don Delillo (2003, trad. française : 2003), Un titre qui ne rejoindra pas le rayon 100, car il s&#8217;agit d&#8217;un roman. Mais pour tout élève qui souhaite penser la question de l&#8217;argent, du rapport politique mais aussi métaphysique avec l&#8217;argent, voila une lecture saisissante. Et ce n&#8217;est sans doute pas un hasard si c&#8217;est la littérature américaine qui nous y convie : elle semble être souvent connectée aux grands mécanismes de ce monde, et semble capable de nous y relier, et de nous en faire toucher la puissance. L’action de ce livre se concentre sur une vingtaine d’heures et respectera une certaine unité de lieu. Eric Packer n’a pas trente ans, mais il est milliardaire. En translation dans sa limousine dans les rues bondées de New-York, menant de front ses placements, ses conseillers, ses maîtresses, son épouse qui vont se relayer sur la banquette arrière de ce lieu unitaire en communication constante, par réseaux interposés, avec l’univers. Ce qui est saisissant, c’est qu’autour de ce concentré technologique qu’est la limousine bardée de systèmes de communication, plane le sentiment qu’on est au bord de la fin, que le cosmos économique des flux financiers pourrait soudainement se gripper, et s’arrêter net, plaquant là le consommateur délaissé, les prévisionnistes tout à coup privés de leur dieu, livrant l’homme à lui-même, jeté. Au fur et à mesure que Packer avance vers son enfance, reflue vers ses origines, New-York porte le deuil, se dévoile et accompagne le golden boy vers la clôture des comptes.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><img class="alignright size-full wp-image-944" title="images6" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/images6.jpg" alt="images6" width="79" height="128" />Effondrement</strong>, Jared Diamond (2006). Le sous titre donne le ton : « comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie ». A partir de cas particuliers extraits de toutes les latitudes et toutes les époques, observant comment des sociétés entières ont pu sombrer et disparaître, parfois de manière étonnamment rapide (l’île de Pacques demeurant sur ce point un cas d’école), Jared Diamond étudie la manière dont les décisions des hommes condamnent leur culture à la disparition ou bien parfois (parce que cela arrive aussi), la sauvent. Nulle fatalité donc, derrière l’effondrement, mais un déterminisme dont on peut comprendre les mécanismes. Bien entendu, la dernière partie du livre consiste à appliquer les éléments mis à jour précédemment à la mondialisation contemporaine. Diamond parvient à établir une liste de conditions à réunir pour permettre une survie collective dont il apparaît clairement, à sa seule lecture, qu’elle n’est que difficilement envisageable, pour la simple raison que nous sommes tout simplement incapables de faire les concessions qui s&#8217;imposent. Au moins sommes nous affranchis.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><img class="alignright size-full wp-image-947" title="caricgnqca8g3g3jca9v4g8hca699n00ca0iz34vca2c8imqcahqx37kcais8w17caynkycjca9wag3jcaj0p3axcawnewuucanc5rryca8vo4thca6ev9yvca94qrbycam8mbn2cavu1lizca9d2wtp" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/caricgnqca8g3g3jca9v4g8hca699n00ca0iz34vca2c8imqcahqx37kcais8w17caynkycjca9wag3jcaj0p3axcawnewuucanc5rryca8vo4thca6ev9yvca94qrbycam8mbn2cavu1lizca9d2wtp.jpg" alt="caricgnqca8g3g3jca9v4g8hca699n00ca0iz34vca2c8imqcahqx37kcais8w17caynkycjca9wag3jcaj0p3axcawnewuucanc5rryca8vo4thca6ev9yvca94qrbycam8mbn2cavu1lizca9d2wtp" width="68" height="129" />Un curieux à l’opéra</strong>, Vincent Borel (2006). Pas facile d’illustrer une dissertation sur l’art en ne recourant qu’à Kenza Farah. On le répète : s’il est bien entendu possible de méditer à partir de ce qu’on écoute quotidiennement, il est risqué de ne puiser que dans cette culture populaire pour alimenter une dissertation, particulièrement en situation d’examen. Surtout, l’étude de l’art a tout de même pour intérêt de permettre de découvrir de nouveaux univers plutôt que de se complaire dans les plaisirs habituels. Le problème, c’est qu’explorer un nouvel univers peut intimider si on n’a pas un guide pour nous y accompagner. C’est là le projet de ce livre qui s’adresse à ceux que ce territoire attire sans les écraser d’une culture à laquelle ils demeureraient étrangers. Surtout, Borel a l’idée simple mais lumineuse que l’opéra, c’est avant tout un lieu, bien avant des partitions et des livrets. Et ce lieu a ses codes, commande des comportements, transmet des valeurs. C’est au lieu que le livre est consacré, plaçant en un second plans les œuvres qui y sont jouées. Pourquoi les applaudissements sont ils apparus ? Pourquoi y a-t-il des places pour les pauvres ? Pourquoi y a-t-il des places depuis lesquelles on ne peut tout simplement rien voir ? Que se passe t il dans les loges ? Et dans les balcons ? Où est finalement le spectacle, et n’y prend on pas, dans une certaine mesure, part ? Autant d’éléments qui permettent d’aborder aventureusement, et avec la curiosité de celui qui ouvre des portes réputées closes, l’univers lyrique.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-945" title="images5" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/images5.jpg" alt="images5" width="87" height="129" />Les Essais</em></strong>, en français moderne, Montaigne (rédigés de 1571 à sa mort (1592),réécriture par André Lanly : 2009) A t-on le droit de réécrire une oeuvre philosophique aussi importante ? Si on y met les précautions d&#8217;usage, si on sait ce qu&#8217;on lit, non seulement l&#8217;expérience est intéressante, mais elle est même d&#8217;un certain point de vue salutaire pour l&#8217;oeuvre elle même. Cette traduction (c&#8217;est ainsi que Lanly la conçoit et la présente, alors que les versions modernisées des Essais publiées chez Arléa  et Folio relèveraient davantage de l&#8217;adaptation technique au lecteur contemporain) permet de s&#8217;y retrouver dans un texte qui, écrit dans un français du seizième siècle très différent, tant dans son lexique que sa syntaxe de celui du vingt-et-unième, pourrait semble inaccessible au lecteur contemporain, particulièrement aux lycéens. Or, le moins qu&#8217;on puisse dire, c&#8217;est que ce serait une perte, car voici bien un de ces livres qui se présente comme un compagnon, toujours fidèle, un de ces partenaires de vie qu&#8217;on aime avoir toujours à portée de main parce que l&#8217;ouvrir, et y plonger, c&#8217;est comme avoir rendez vous avec quelqu&#8217;un de confiance avec qui on sait qu&#8217;on va bien manger, bien boire, et entretenir une conversation riche, puissante, profonde sans être lourde, dont on ressortira les neurones aérés, ayant créé des milliards de connexions les uns avec les autres. A la différence d&#8217;un Kant qu&#8217;on va lire quand on en a techniquement besoin, mais qui invite finalement assez peu à la lecture gratuite, Montaigne, lui, sait recevoir, et on peut en quelque sorte dans son écriture &laquo;&nbsp;faire comme chez soi&nbsp;&raquo;. Le risque, avec les réécritures, c&#8217;est qu&#8217;on fasse tellement comme chez soi qu&#8217;on ne soit finalement plus chez lui. Alors, une solution existe : lire en parallèle les deux versions. Contemporaine pour avoir un plan des lieux, des repères, et originale ensuite, pour recevoir le ton de conversation qui anime ces écrits, ces confidences entre amis. On précisera que Guy de Pernon, un peu déçu par les réadaptation éditées successivement (Lanly n&#8217;est pas le seul à s&#8217;être lancé dans cette aventure), a publié, gratuitement, sur le net, sa propre traduction, plus profondément remaniée encore. On peut la trouver ici : <a href="http://homepage.mac.com/guyjacqu/montaigne/livre1/pagesWeb.html" target="_self">http://homepage.mac.com/guyjacqu/montaigne/livre1/pagesWeb.html</a></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-946" title="images4" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/images4.jpg" alt="images4" width="75" height="111" />Madman Bovary</em></strong>, Christophe Claro (2008). Peut-on être amateur de livres en ce début de vingt-et-unième siècle et ne pas avoir, dans sa bibliothèque, un livre de Christophe Claro ? Cela parait peu envisageable, non pas parce qu&#8217;il y aurait une obligation d&#8217;acheter ses livres, mais plutôt parce qu&#8217;on le lit parfois sans le savoir : Claro est sans doute le plus important des traducteurs d&#8217;oeuvres anglo-saxonnes en exercice. Prolifique, il s&#8217;attaque à tout ce que la littérature américaine produit de plus intéressant, et parfois de plus délicat à traduire. Danielewski, Pynchon, Vollmann, Rushdie, Baker, autant d&#8217;écriture qu&#8217;il a côtoyées, et nécessairement habitée à son tour au moment de les transmettre. On se doute qu&#8217;il y a un seuil au delà duquel le traducteur a l&#8217;écriture qui le démange, alors il écrit un petit peu. Et ce Madman Bovary a ceci de fascinant qu&#8217;il met en avant l&#8217;objet véritable de l&#8217;écriture : non pas un sujet, un objet ou un thème dont il s&#8217;agirait de fournir une description ou un récit, mais l&#8217;écriture elle-même. Du point de vue du récit, Madman Bovary se résume à une déception amoureuse qui va se noyer dans la relecture de Flaubert. Mais Madame Bovary, en tant qu&#8217;oeuvre, va venir tordre l&#8217;écriture de Claro, la féconder, l&#8217;ensorceler en quelque sorte pour qu&#8217;une fois domptée, il en émerge autre chose, une nouvelle écriture. Le processus se passe naturellement, sans explication de texte, sans exercice d&#8217;érudition pénible. On voit simplement un hybride émerger. Les gènes de Madame Bovary sont bel et bien là, mais ce n&#8217;est pourtant déjà plus elle, c&#8217;est autre chose. Et on passe cette petite centaine de pages à se dire qu&#8217;on rencontre un écrivain français, enfin. Dernière précision, mais attention, elle est particulièrement chronophage (à ce propos, savez vous qu&#8217;on peut se contenter de trois ou quatre heures de sommeil par nuit ?) : Christophe Claro tient un blog où, vraiment, chaque article donne envie de lire un livre nouveau. C&#8217;est un peu dangereux pour tous ceux qui doivent vivre en respectant un emploi du temps, et qui ont des devoirs à faire. Mais pour des littéraires, c&#8217;est un peu comme la place centrale du village, c&#8217;est là qu&#8217;on rencontre ses voisins et qu&#8217;on se tient au courant de &laquo;&nbsp;ce qui se passe&nbsp;&raquo;. Son blog se trouve ici : <a href="http://towardgrace.blogspot.com/" target="_blank">http://towardgrace.blogspot.com/</a></p>
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		<title>Nouveaux occupants au n°100 &#8211; Episode 4</title>
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		<pubDate>Thu, 14 Jan 2010 21:59:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Conseils de lecture]]></category>
		<category><![CDATA[Les habitants du n°100 du CDI]]></category>
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On poursuit l&#8217;exploration des cartons reçus au CDI.
Evidemment, ces quelques articles, qui vont avoir pour effet, une fois cumulés, de remplir la page d&#8217;accueil du blog de simples fiches expéditives de livres (voila des articles un peu longs à écrire, mais peu couteux en terme de réflexion !). Cela semble peu concerner les visiteurs de [...]]]></description>
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<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/snc01156.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-926" title="snc01156" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/snc01156.jpg" alt="snc01156" width="343" height="250" /></a>On poursuit l&#8217;exploration des cartons reçus au CDI.</p>
<p style="text-align: justify;">Evidemment, ces quelques articles, qui vont avoir pour effet, une fois cumulés, de remplir la page d&#8217;accueil du blog de simples fiches expéditives de livres (voila des articles un peu longs à écrire, mais peu couteux en terme de réflexion !). Cela semble peu concerner les visiteurs de ce blog qui ne font pas partie de mes élèves (et comme on tourne autour des 500 visites par jour (enfin, avec des variations qui en disent long sur la manière dont les élèves de terminale travaillent, mais je vous montrerai un jour les graphiques, c&#8217;est assez édifiant !), je crains que mes élèves constituent en fait une très faible proportion de l&#8217;ensemble des visiteurs). Néanmoins, mine de rien, en accumulant les titres acquis pour le CDI de notre lycée, il me semble que se constitue une bibliothèque qui pourrait fort bien convenir à quelques rayonnages des étagères d&#8217;un honnête homme. Et pour ceux qui se disent que, tout de même, ça finit par faire un budget, on répondra que&#8230; oui, ça fait un budget, mais que quelques titres peuvent être trouvés de ci de là en fichier .doc, ou .pdf, et que les bibliothèques prêtent la plupart de ces titres.</p>
<p style="text-align: justify;">Encore une fois, cliquez sur la photo de la pile de livres pour la voir apparaître de manière plus lisible.</p>
<p style="text-align: justify;">Bref, je reprends la descente de ma pile de livres, en les présentant toujours aussi succinctement.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-925" title="imagescaqgxaew" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/imagescaqgxaew.jpg" alt="imagescaqgxaew" width="78" height="130" />Métaphysique de l&#8217;amour, métaphysique de la mort</em></strong>, Arthur Schopenhauer (1818). Il s&#8217;agit en fait de deux chapitres extrait de l&#8217;oeuvre maîtresse de Schopenhauer, <strong><em>Le monde comme volonté et représentation</em></strong>. Le coeur de la pensée de Schopenhauer, c&#8217;est la volonté, qui est libre, mais aussi toute puissante. Cherchant à se connaître, elle passe à l&#8217;action, ce qui constitue le monde. Monde et action sont alors le reflet de la volonté. Une précision s&#8217;impose néanmoins quant on tient ces propos au sein de la pensée de Schopenhauer : il ne s&#8217;agit pas ici de la volonté individuelle, mais de la volonté comprise comme l&#8217;essence du monde. Or celle ci ne vise rien, en dehors de sa propre perpétuation, jamais pleinement atteinte, puisque toujours remise en question. L&#8217;individu, au sein de cette dynamique n&#8217;a pas d&#8217;importance, ni de valeur en lui même. Il n&#8217;est que l&#8217;actuation d&#8217;un mouvement qui le dépasse, le traverse, l&#8217;écrase. Dès lors, toute notion d&#8217;épanouissement personnel dans ce monde et dans cette vie relève de l&#8217;illusion dont il faudra un jour ou l&#8217;autre sortir. La mort elle même n&#8217;est pas une solution, car elle ne serait que MA mort, et non la disparition de la volonté à l&#8217;oeuvre. C&#8217;est au sein de ce principe général du vouloir vivre s&#8217;accomplissant aveuglément que Schopenhauer pose la question de l&#8217;amour, et de la mort. Autant dire que ces concepts, à la mesure de la pensée globale de l&#8217;auteur, sortent quelque peu décoiffés du traitement qui leur est appliqué.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-924" title="imagesca9tj3o3" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/imagesca9tj3o3.jpg" alt="imagesca9tj3o3" width="78" height="129" />Lettres à Lucilius</em></strong>, Sénèque (63-64). S&#8217;il faut mesurer la valeur d&#8217;une pensée aux échos qu&#8217;elle produit dans la pensée des autres, alors il faut lire Sénèque. Dès la réception de ses écrits, ceux ci vont marquer leur lectorat de telle sorte que ceux qui prirent à leur tour plume, stylet, crayons puis claviers de machines à écrire et d&#8217;ordinateurs n&#8217;ont pu faire autrement que citer ce curieux personnage qui, à cheval entres les ères que connut l&#8217;humanité avant, et après JC, fut écrivain, chef d&#8217;entreprise, investisseur, l&#8217;une des plus grosses fortunes de son temps, conseiller politique de Néron, autant de rôles simultanés qui auraient mis mal à l&#8217;aise les plus aguerris, mais qui n&#8217;empêchèrent pas Sénèque de compter parmi les plus fins limiers lorsqu&#8217;il s&#8217;agit de se mettre en quête du bonheur. C&#8217;est qu&#8217;il a derrière lui une solide tradition : trois siècles de stoïcisme le précèdent, et c&#8217;est sur ces fondations qu&#8217;il bâtit sa propre pensée, en se confrontant à des problèmes qui sont tout autant ceux de son temps que ceux auxquels nous mêmes pourrions être confrontés, si on prenait le temps de s&#8217;y arrêter. Lire Sénèque, c&#8217;est entendre une lointaine voix, humaine, nous parler de notre condition face au temps qui passe, à la mort, aux honneurs et aux disgrâces, à l&#8217;exil aussi. C&#8217;est voir dressés des portraits au vitriol de ses contemporains, affairés, agités notoires, dispersés et malheureux, dont on sera surpris de découvrir qu&#8217;ils ne dépareraient pas dans nos environnements sociaux contemporains. Les lettres à Lucilius, par la variété des questions qu&#8217;elles abordent, rendue possible par leur nombre, constituent un journal philosophique écrit à la fin de la vie de Sénèque, lorsque les péripéties vécues (et elles sont nombreuses !) doivent trouver, en quelque sorte, un ordre qui permette de les penser sans rompre avec l&#8217;harmonie nécessaire au bonheur. Aujourd&#8217;hui, alors que les philosophes eux mêmes considèrent assez volontiers que toute quête de sagesse relèverait d&#8217;une sorte de touchante naïveté, c&#8217;est une lecture qui peut permettre de redonner à la pratique philosophique des racines avec lesquelles elle a rompu.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-923" title="imagescaeil42p" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/imagescaeil42p.jpg" alt="imagescaeil42p" width="78" height="129" />La Naissance de la tragédie</em></strong>, Nietzsche (1872). C&#8217;est aussi la naissance de la pensée nietzschéenne. Un projet simple, au départ : examiner comment dans la tragédie grecque, considérée comme la racine de l&#8217;art tel qu&#8217;on le conçoit encore, deux principes sont à l&#8217;oeuvre, dont l&#8217;un a été peu à peu délaissé : Apollon qui figure la beauté établie, celle qui correspond aux normes, à l&#8217;ordre des canons, celui que la Raison va reconnaître, et avec elle la tradition philosophique tout entière qui sur les pas de Socrate préfèrera la Raison à toute autre valeur. Oublié, l&#8217;autre principe est incarné par Dionysos. L&#8217;excès, l&#8217;ivresse dionysiaques sont d&#8217;après Nietzsche des éléments venant d&#8217;Asie, mais qui sont eux aussi fondateur de la tragédie grecque, dont le moteur est précisément cette tension entres ces deux pôles que sont l&#8217;ordre rationnel et l&#8217;ivresse des instincts. Si on voulait tracer cette opposition à grands traits, on pourrait dire qu&#8217;il y a d&#8217;un côté la danse classique, incarnant la maîtrise, la rigueur, l&#8217;absence totale de laisser-aller, et de l&#8217;autre le krump, qui est un déferlement instinctif dans lequel s&#8217;écoule avec violence et allégresse ce que le corps contient dans la frustration de la vie sociale quotidienne. De toute évidence, l&#8217;histoire de l&#8217;occident à donné sa préférence à Apollon. C&#8217;est là un symptôme d&#8217;un mal plus grand qui touche l&#8217;ensemble de la pensée, et ce depuis Socrate. La lecture de Nietzsche est toujours déstabilisante pour celui qui découvre la philosophie, car elle remet immédiatement celui qui est présenté comme le père de la philosophie, qu&#8217;on a forcément tendance à aduler. Nietzsche ne lui fait pourtant aucun cadeau, et le lire, c&#8217;est pour tout apprenti philosophe, en quelque sorte, tuer le père et entrer dans la vie adulte. Pour autant, on n&#8217;abandonnera pas déjà Socrate et sa descendance philosophique. Pour autant, on saura désormais que dans le domaine de la pensée, si on veut prendre les choses au sérieux, il faudra un jour choisir son camp.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-922" title="imagescamb3x2w" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/imagescamb3x2w.jpg" alt="imagescamb3x2w" width="79" height="129" />La Secte des égoïstes</em></strong>, Eric Emmanuel Schmitt (1994). Schmitt s&#8217;est fait le spécialiste du divertissement littéraire lettré. En somme, il dispose d&#8217;une solide culture classique qu&#8217;il met à profit pour bâtir des intrigues susceptibles de toucher le grand public, tout en présentant un certain intérêt pédagogique. C&#8217;est ainsi qu&#8217;au théâtre il organise dans sa pièce de théâtre, la rencontre et le dialogue entre Freud et Dieu. On cerne assez bien ce à quoi cela peut mener. L&#8217;exercice est un peu prévisible, mais il est parfois intéressant. C&#8217;est le cas de cette Secte des égoïstes qui met en scène une option philosophique dérangeante, parce que simultanément absolument absurde, et pourtant tout à fait tenable. Il s&#8217;agit de ce courant de pensée qu&#8217;on nomme le solipsisme, qui consiste tout simplement en l&#8217;affirmation de l&#8217;existence de ma seule conscience, à l&#8217;exclusion de toutes les autres, qui ne sont en fait que des apparences de conscience, incarnées par des corps ayant la couleur de la conscience, le goût de la conscience, mais qui n&#8217;en sont rien de plus que l&#8217;imitation creuse. Du vent dans des poupées gigotantes, et bavardes. Evidemment, l&#8217;hypothèse, si elle était validée, serait lourde de conséquences : pourquoi écrire cet article, par exemple, si je suis seul au monde ? Pourquoi ne pas plutôt prendre le volant et aller m&#8217;écraser quelques piétons, puisque ceux ci ne sont que des éléments du décor ? Telle est justement la manière dont le héros du livre de Schmitt regarde le monde qui l&#8217;entoure. Parce qu&#8217;il est soucieux des convenances, et qu&#8217;il n&#8217;est pas Breat Easton Ellis (patrick est solipsiste sans le savoir, et sans que l&#8217;auteur d&#8217;<strong><em>American Psycho</em></strong> utilise son intrigue comme vitrine de sa culture), son personnage aura une manière assez raffinée, toujours contenue, de vivre cette solitude, même quand il s&#8217;agira de faire souffrir les autres. Mais ce livre parvient à dresser ce qu&#8217;on pourrait appeler une intrigue philosophique, ce qui permet de mettre sur une théorie une dynamique, et de la penser par soi-même enfin.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-921" title="imagescay5jp0o" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/imagescay5jp0o.jpg" alt="imagescay5jp0o" width="60" height="98" />Le Gang des philosophes</em></strong>, Tibor Fischer (1994, trad. française : 1996) Un chouette clin d&#8217;oeil. Il y a des polars &laquo;&nbsp;lettrés&nbsp;&raquo;, dont les héros sont parfois férus de philosophie. On trouve aussi chez Jean-Bernard Pouy des titres qui font appel à la culture philosophique sans pouvoir être intégrés dans les rayons d&#8217;un CDI. Ici, il s&#8217;agit d&#8217;un gang dont la tête pensante est  un professeur de philosophie un peu chancelant, pas très soigné, franchement négligé, même, qui va trouver un complice de choix chez un jeune homme bien plus mal en point que lui encore, qu&#8217;il croise en plein braquage désastreux. A eux deux, ils vont former un rocambolesque &laquo;&nbsp;gang des philosophes&nbsp;&raquo;, qui se donnera pour mission de réaliser des braquages néoplatoniciens. Rien de très sérieux ici, mais néanmoins, on côtoie les plus grands (Montaigne, Socrate, Nietzsche), on disserte en faisant mine de n&#8217;y toucher qu&#8217;à moitié, et l&#8217;aventure est savoureuse. Dans la commande, c&#8217;est une sorte de passager clandestin qu&#8217;on n&#8217;oserait pas passer par dessus bord, puisqu&#8217;il met de l&#8217;animation.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-920" title="imagescasumu4c" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/imagescasumu4c.jpg" alt="imagescasumu4c" width="78" height="131" />Dans le château de Barbe bleue</em></strong>, Georges Steiner (1986, sous ce titre, mais 1971 sous le titre &laquo;&nbsp;La culture contre l&#8217;homme&nbsp;&raquo;). Que devient la culture lorsque ceux même qui se sont autorisés à la définir, qui se sont sentis légitime à l&#8217;incarner sont aussi les auteurs et les participants du génocide nazi ? La proximité géographique de Weimar, haut lieu du raffinement culturel du début du vingtième siècle et de Buchenwald, où cette même culture sombre est le point de départ d&#8217;une réflexion nécessaire sur le devenir de la culture, une fois qu&#8217;on ne peut plus avoir confiance dans son aptitude à tracer d&#8217;elle même la ligne du progrès pour l&#8217;humanité. George Steiner s&#8217;attaque là à ce qui constitue sans doute la question la plus grave à laquelle un penseur puisse se confronter, et il a l&#8217;intelligence de le faire dans une grande accessibilité. Lui, si instruit et si érudit prend soin, tout au long de l&#8217;ouvrage, de mettre cette culture au service du problème traité là où tant d&#8217;autres auraient utilisé la gravité du propos pour faire gonfler artificiellement le plumage de leur érudition, qui paraitrait alors toute ébouriffée, permanentée. C&#8217;est la nécessité de redéfinir la culture qui constitue la perspective tracée par Steiner, et le projet ne peut qu&#8217;être pris au sérieux lorsqu&#8217;il est proposé par quelqu&#8217;un qui a été à ce point là nourri par cette culture. C&#8217;est aussi à ces écrits là qu&#8217;on mesure le sérieux d&#8217;un esprit.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-919" title="imagesca88obua1" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/imagesca88obua1.jpg" alt="imagesca88obua1" width="60" height="102" />Dissertation de 1770</em></strong>, Kant (1770) Normalement, pour un élève de terminale, l&#8217;opposition entre monde sensible et monde intelligible fait partie, l&#8217;étude de Platon aidant, de ce qui commence à être un peu maîtrisé. Il est alors de voir Kant, dans cette dissertation écrite afin d&#8217;obtenir le titre de professeur ordinaire dans l&#8217;université de Königsberg, se confronter à son tour à cette opposition, avec des armes intellectuelles qu&#8217;il commence tout juste à forger. Ainsi, ce texte qui précède les grandes Critiques pour lesquelles Kant est connu dresse t il les questions qu&#8217;il abordera ensuite, et il est toujours intéressant d&#8217;observer un philosophe qui défriche le terrain avant de se lancer dans les grandes manoeuvres de la pensée. En particulier, dans ce texte, on s&#8217;intéressera au rôle joué par le temps, qui est le propre de la connaissance sensible, dont la connaissance de l&#8217;intelligible doit donc s&#8217;affranchir, alors même que la pensée elle même est conditionnée par le temps. Ce texte est au coeur des tensions qui animent ces deux grands courants, frères ennemis, que sont l&#8217;empirisme et l&#8217;idéalisme. Kant doit sans doute déjà avoir quelqu&#8217;intuitions de sa pensée future; et il dresse ici les données du problème, auquel il s&#8217;agira dans la suite de son oeuvre de proposer une relecture et une solution.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-918" title="imagescaq9dzgl1" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/imagescaq9dzgl1.jpg" alt="imagescaq9dzgl1" width="83" height="138" />L&#8217;Utopie</em></strong>, Thomas More (1516). Evidemment, avoir vécu la Renaissance doit avoir permis d&#8217;ouvrir des perspectives de pensée qu&#8217;on ne s&#8217;était pas autorisé à explorer depuis cette antiquité qu&#8217;on ressuscitait dans ce qu&#8217;elle avait de plus ambitieux. Ainsi, More, scandalisé par la politique de son propre pays, qui privatise alors la production lainière contre les intérêts de ses propres éleveurs, va dresser face à l&#8217;Angleterre une île idéale, dont l&#8217;Utopie sera le Manifeste politique. Commerce, survie, liberté, justice, égalité, tous les éléments constitutifs de la cité vont être décrits dans leur fonctionnement, et ce bien que More ait tout à fait conscience du caractère imaginaire et idéal d&#8217;une telle organisation, à tel point qu&#8217;il l&#8217;appelle &laquo;&nbsp;utopie&nbsp;&raquo;, c&#8217;est à dire, en français, un non-lieu  : ce qui peut se concevoir mais demeure géographiquement aux abonnés absents, ce qui peut se penser mais ne peut se faire. A la question de savoir si More était dupe de la possibilité de réaliser une telle oeuvre politique, la fin de l&#8217;ouvrage fournira une réponse : c&#8217;est un appel à agir, mais dans la parfaite conscience de la nécessaire distance séparant le modèle pensé et la réalisation elle même.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-915" title="imagescap2t1cb" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/imagescap2t1cb.jpg" alt="imagescap2t1cb" width="77" height="129" />Les Confessions</em></strong>, Saint-Augustin (394). Itinéraire d&#8217;un enfant gâté, rappelé brusquement à l&#8217;essentiel par la lecture d&#8217;un verset de Saint-Paul : &laquo;&nbsp;<em>Qu&#8217;as tu que tu n&#8217;aies reçu ?&nbsp;&raquo;.</em> Au sens propre, c&#8217;est bel et bien une confession que cet ouvrage propose, puisqu&#8217;il s&#8217;agit du regard rétrospectif d&#8217;un évêque sur son passé, dont peu d&#8217;éléments pouvaient laisser penser qu&#8217;il mènerait à la religion et à la philosophie. Ce regard jeté sur sa propre genèse conduit Augustin à reconnaître le mal quand il le commet, mais aussi à poser la question de sa source. Ainsi peu à peu apparaissent aussi les voies de sa possible rédemption. C&#8217;est donc bien plus qu&#8217;une autobiographie qui est proposée ici : c&#8217;est une expérience de pensée incarnée, la lente construction presque malgré elle, d&#8217;une pensée qui va s&#8217;attaquer à tout ce que la philosophie compte d&#8217;objets problématiques, sans en faire une intention intellectuelle, mais en quelque sorte parce que cette réflexion s&#8217;impose. C&#8217;est là, finalement, un modèle de pureté philosophique. Et si certains ont du mal avec cette traduction, promis, dans le prochain bon de commande, on glissera la toute fraiche traduction de Frédéric Boyer, plus littéraire, on serait tenté de dire plus &laquo;&nbsp;actuelle&nbsp;&raquo; alors qu&#8217;elle semble en fait moins datée, donc moins temporelle et périssable (mais seul le temps en jugera, précisément&#8230;) dont le titre lui-même devient <strong><em>Les Aveux</em></strong>. Patience&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-914" title="imagescaetg7a0" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/imagescaetg7a0.jpg" alt="imagescaetg7a0" width="86" height="127" />Au Carrefour de l&#8217;exploitation</em></strong>, Grégoire Philonenko &#8211; Véronique Guienne (1997). Un récit sur le front du travail, effectué à la première personne. Un sociologue revient sur son expérience de chef de rayon au sein d&#8217;une enseigne de grande distribution dont on aura deviné le nom. Parmi les nombreux livres proposant un regard sur la condition du travailleur, nous nous étions habitués à ce que ces témoignages proviennent des années 60, et du monde ouvrier tel qu&#8217;on le pliait dans les usines, sur les chaines de montage. Or, la chaine de montage, pour tout un chacun, cela relève de l&#8217;exotisme, de ce que nous ne connaissons pas, d&#8217;un monde autre où on n&#8217;est pas plus surpris que ça d&#8217;apprendre que les règles n&#8217;y sont pas les mêmes que dans les autres secteurs d&#8217;activités. Et puis, l&#8217;usine, le nom, le type de bâtiment que cela désigne est marqué par la souffrance. On sent bien qu&#8217;on ne peut y vivre paisiblement et que le temps qu&#8217;on y passe doit être placé sous le signe du sacrifice. En revanche, le supermarché, on connait bien, et il ne peut pas être identifié à la souffrance car il est hors de question qu&#8217;on réalise outre mesure que la consommation qu&#8217;on y pratique est tout aussi nécessaire que les heures ouvrières vendues sur les chaines de montage. Dès lors, il n&#8217;est pas inutile d&#8217;ajouter cette étude au rayon des ouvrages réfléchissant aux conditions dans lesquelles s&#8217;exerce le travail. Par la bande, cela permettra aussi de réévaluer le monde de la distribution des marchandises, que nous abordons avec toute la naïveté qui semble colorer ces lieux apparemment indolores. Nous y croiseront alors, au détour de nos courses hebdomadaires, des employés dont les sourires forcés ressemblent fort à des masques.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-913" title="images1" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/images1.jpg" alt="images1" width="95" height="129" />Nietzsche l&#8217;éveillé</em></strong>, Yannis Constantinides, Damien macDonald (2009). De Nietzsche, on connait généralement avant même d&#8217;en avoir lu une page toutes les raisons de s&#8217;en méfier. La moustache un poil excessive (mais ça se faisait), l&#8217;air un peu taciturne, voire patibulaire; ça, c&#8217;est pour ceux qui ont vu des photographies du personnage, l&#8217;un de ceux qu&#8217;on n&#8217;oublie pas une fois qu&#8217;on a découvert leur visage et qui inciterait à changer de trottoir si jamais on les croisait, un soir, dans la banlieue de Sils-Maria, alors qu&#8217;ils écoutent les rochers parler à voix basse de l&#8217;éternel retour (oui, il y a tout ça dans le folklore nietzschéen). Mais il y a les autres raisons, plus sombres encore, car liées à sa pensée, ou à ce qu&#8217;on en a fait : la destruction au marteau de toute la tradition philosophique occidentale, les insultes qui pleuvent sur Socrate, sur Jésus, sur les chrétiens, les juifs. Ce ton qui permettra, en tordant les textes, en les tronquant, de faire passer Nietzsche pour un inspirateur du nazisme. Tout se passe un peu comme si Nietzsche était un auteur qui, la nuit tombée, toutes lumières éteintes, luisait dans le noir, à la manière des minerais hautement radioactifs. Brillant, mais nocif. Et le portrait est tellement bien tracé qu&#8217;il est difficile d&#8217;aborder le moindre livre sans avoir, planant au dessus des pages, l&#8217;image du penseur qu&#8217;il faut manier avec précaution. C&#8217;est rendre les autres bien inoffensifs que charger celui-ci de tous les dangers de la pensée; c&#8217;est aussi les rendre bien inutiles. Dans Nietzsche l&#8217;éveillé, Constantinides propose une autre approche en pointant les similitudes qu&#8217;on peut distinguer entre la pensée de Nietzsche et celle du bouddhisme zen. En particulier, le refus du dualisme entre le corps et l&#8217;esprit sera un axe permettant de lier l&#8217;auteur allemand à Maître Dogen, moine et penseur japonais du treizième siècle. Apparaît alors un penseur qu&#8217;on a débarrassé de son marteau et de sa propension à détruire pour en faire un éclaireur ayant simplement retiré les voiles qui encombrent la vision et la pensée, réconcilié avec le monde tel qu&#8217;on le découvre lorsqu&#8217;il n&#8217;est plus pris en charge par la raison froide. Ce sont alors les intensités qui sont libérées. On dirait alors que la voie est prête pour laisser venir Deleuze. Mais c&#8217;est une autre histoire. On précisera que l&#8217;ouvrage est illustré par Damien MacDonald. C&#8217;est une tendance qui semble assez intéressante, dans la mesure où dans ce cas comme dans le cas du livre consacré à Foucault par Didier Ottaviani (<strong><em>L&#8217;humanisme de Michel Foucault</em></strong>), l&#8217;illustration semble prolonger la pensée. Et on a, aussi, droit à de beaux livres. On y reviendra.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-912" title="imagescap3rrd1" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/imagescap3rrd1.jpg" alt="imagescap3rrd1" width="90" height="135" />Le Serpent cosmique</em></strong>, Jeremy Narby (1997). Voici un livre étonnant, qu&#8217;il ne faut pas forcément lire pour son propos patent, mais assurément pour sa méthode, car elle permet de saisir ce qui constitue le coeur de la démarche scientifique. En effet, le propos de Narby, anthropologue parti en Amazonie étudier la connaissance médicale efficace des chamans. Or, il se trouve que depuis longtemps déjà, les anthropologues et médecins se heurtent, face à ces médecins locaux, à une fin de non recevoir. Systématiquement, ces chamans répondent que ces connaissances ne sont pas issues d&#8217;une analyse, d&#8217;une recherche scientifique, mais que ce sont les plantes elles-mêmes qui leur indiquent comment elles doivent être utilisées. Or, Narby est le premier à creuser une piste que tout le monde avait jusque là considéré comme trop atypique pour être prise au sérieux. On pourrait résumer sa thèse ainsi : la représentation que ces indiens se font du principe essentiel de la vie prend la forme d&#8217;un double serpent enlacé sur lui même, appelé &laquo;&nbsp;serpent cosmique&nbsp;&raquo;. Or Narby se dit, spontanément, que cette image correspond à la double hélice d&#8217;ADN, telle que la médecine contemporaine l&#8217;a découverte. A partir de cette intuition, il émet l&#8217;hypothèse que ces chamans perçoivent, grâce aux drogues qu&#8217;ils utilisent, le code que constitue la chaine d&#8217;ADN. C&#8217;est à partir de ce moment que le livre prend un véritable intérêt épistémologique, car Narby est bien conscient du caractère impossible de sa propre hypothèse, et il n&#8217;aura de cesse d&#8217;essayer de la détruire, en rencontrant des généticiens, des scientifiques, afin qu&#8217;ils détruisent son intuition dans l&#8217;oeuf. Malheureusement, parce qu&#8217;il sait bien que d&#8217;une certaine manière, plus il insiste, et moins il sera crédible aux yeux de ses pairs, chaque mise à l&#8217;épreuve va renforcer son hypothèse, à tel point qu&#8217;elle va peu à peu se constituer en véritable théorie. Le mouvement général de l&#8217;ouvrage est passionnant, le regard que porte l&#8217;auteur sur l&#8217;hypothèse qu&#8217;il construit quasiment contre son gré, est un modèle de recul et de méthode. Bien que n&#8217;étant pas un livre théorique d&#8217;épistémologie, il constitue une illustration efficace des principes qui peuvent diriger la recherche scientifique, qui se tient à mi chemin entre audace et prudence. En second lieu, il offre une perspective étonnante sur le rapport que l&#8217;homme entretient avec la nature. On retrouvera le même Jeremy Narby dans le documentaire réalisé par Jan Kounen (<strong><em>Dobermann</em></strong>, <strong><em>Blueberry</em></strong>), <strong><em>D&#8217;autres mondes</em></strong>. Il y est interviewé au sein de ce film qui s&#8217;intéresse de près à ces médecins alternatifs qui développent un savoir dont l&#8217;origine demeure, à ce jour, inconnue.</p>
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		<title>Nouveaux occupants au n°100 &#8211; Episode 3</title>
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		<pubDate>Thu, 14 Jan 2010 11:16:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Conseils de lecture]]></category>
		<category><![CDATA[Les habitants du n°100 du CDI]]></category>
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		<description><![CDATA[
Nouvelle pile de livres nouvellement arrivés, la hotte du père Noël semble n&#8217;avoir pas de fond, il s&#8217;y trouve encore de nouveaux territoires de pensée à explorer. Je poursuis selon le même principe : je présente, vraiment rapidement (parce que, sinon, les piles de copies qui se trouvent juste à côté de mon clavier, et [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/snc01155.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-900" title="snc01155" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/snc01155.jpg" alt="snc01155" width="378" height="272" /></a>Nouvelle pile de livres nouvellement arrivés, la hotte du père Noël semble n&#8217;avoir pas de fond, il s&#8217;y trouve encore de nouveaux territoires de pensée à explorer. Je poursuis selon le même principe : je présente, vraiment rapidement (parce que, sinon, les piles de copies qui se trouvent juste à côté de mon clavier, et qui me lancent des regards lourds de reproches, vont demeurer encore trop longtemps vierges de toute encre rouge (quoique, en réalité, je ne corrige que rarement en rouge)), chacun des ouvrages qui vont rejoindre, dans les jours qui viennent, dès que nos collègues documentalistes les auront équipés, le rayon 100 du CDI, et les rayons alentours. Cliquez sur la photo de la pile de livres pour la voir dans une taille un peu plus lisible.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-889" title="caeg8zp5caf4o47xcafkrc7ccaeo529hcaqbodwtca93can8ca4eex6wcavfhva9ca0h9rgicaqrljqxcay1xt4scaaedattcan5vel0cay1texecav5558mcaecjvmncaeacsiecabl057pcaosfnej" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/caeg8zp5caf4o47xcafkrc7ccaeo529hcaqbodwtca93can8ca4eex6wcavfhva9ca0h9rgicaqrljqxcay1xt4scaaedattcan5vel0cay1texecav5558mcaecjvmncaeacsiecabl057pcaosfnej.jpg" alt="caeg8zp5caf4o47xcafkrc7ccaeo529hcaqbodwtca93can8ca4eex6wcavfhva9ca0h9rgicaqrljqxcay1xt4scaaedattcan5vel0cay1texecav5558mcaecjvmncaeacsiecabl057pcaosfnej" width="83" height="138" />L&#8217;homme sans qualités</em></strong>, Robert Musil (1930). Musil est un homme aux multiples talents : ingénieur, essayiste, écrivain, cet autrichien a réussi à produire, par la synthèse de ses formations, une littérature novatrice, car s&#8217;appuyant sur une observation quasi scientifique du monde, à la recherche de ce qu&#8217;il nomme &laquo;&nbsp;la structure essentielle des choses&nbsp;&raquo;. Voila un projet exactement philosophique. Au delà du roman qui le fit connaître (les désarrois de l&#8217;élève Torless), son chef d&#8217;oeuvre demeure L&nbsp;&raquo;homme sans qualités, deux épais tomes constituant pourtant un projet inachevé, mais qui présente néanmoins les qualités des grandes oeuvres littéraires fondatrices du vingtième siècle, à égalité avec la Recherche du temps perdu, de Proust, ou Ulysse de Joyce. Construit comme un portrait de la société viennoise quelques mois avant le déclenchement de la seconde guerre mondiale, l&#8217;ouvrage peut être, certes, classé au rayon &laquo;&nbsp;romans&nbsp;&raquo;, mais transcende le genre, le dépasse en devenant un portrait,  dessinant peu à peu à travers la multitude de personnages suivis, le portrait de l&#8217;homme lui-même, à la veille de son dévoilement historique.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-890" title="caf1aznucaxhq8racawpjudmcaek80lyca81vgh5caydvhfmcaj9nk35ca64yz45cadftrtzcab0elwycavhq3baca7v1518ca7tt0sjcavh83skcabsmyiocakesk8qca8q2m9hcabutw3vca6v71ep" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/caf1aznucaxhq8racawpjudmcaek80lyca81vgh5caydvhfmcaj9nk35ca64yz45cadftrtzcab0elwycavhq3baca7v1518ca7tt0sjcavh83skcabsmyiocakesk8qca8q2m9hcabutw3vca6v71ep.jpg" alt="caf1aznucaxhq8racawpjudmcaek80lyca81vgh5caydvhfmcaj9nk35ca64yz45cadftrtzcab0elwycavhq3baca7v1518ca7tt0sjcavh83skcabsmyiocakesk8qca8q2m9hcabutw3vca6v71ep" width="79" height="129" />Théorie pratique. Sur un prétendu droit de mentir par humanité</em></strong>, Kant (1797). Aborder en classe la question du mensonge constitue toujours ce qu&#8217;on peut appeler un &laquo;&nbsp;grand moment&nbsp;&raquo;. On se perd généralement dans une multitude de cas particuliers qui tentent, tous, de fonder une évidence que leur multiplicité vient consciencieusement détruire. C&#8217;est que le mensonge concentre en lui les contradictions de l&#8217;action morale, dès lors qu&#8217;il s&#8217;agit de mise en pratique et non de simple conception intellectuelle de la morale. On sait bien qu&#8217;il n&#8217;y a pas de morale sans principes guidant l&#8217;action, et néanmoins, sur le terrain du mensonge, en particulier, on sent bien qu&#8217;on a tendance à penser que ces principes doivent se plier aux circonstances, ce qu&#8217;on peut considérer, si on est un tant soit peu rigoriste, comme une ruine de toute forme de morale. Autant dire que dans ce court texte, qui est en fait la partition kantienne d&#8217;un dialogue entretenu avec Condorcet, Kant s&#8217;attaque à une question épineuse, dans laquelle on a envie de répondre à chaque argument mettant en avant l&#8217;interdiction formelle du mensonge par un &laquo;&nbsp;oui, mais&nbsp;&raquo; s&#8217;appuyant sur les circonstances légitimant le recours quasi permanent au travestissement de la vérité. Ce texte est sans doute une des portes d&#8217;entrée les plus aisées pour aborder le concept d&#8217;impératif catégorique, central dans la morale kantienne. C&#8217;est aussi ce rigorisme qui fera dire à Charles Peguy que Kant a certes les mains propres, mais que le problème tient au fait qu&#8217;il n&#8217;a pas de mains. Mais c&#8217;est là l&#8217;un des centres du problème philosophique : s&#8217;agit il de décrire les phénomènes tels qu&#8217;ils ont lieu, ou de leur donner une perspective au delà d&#8217;eux mêmes ? Ce texte de Kant fournit un élément de réponse.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-891" title="cawjo7vacahzquptcatwam2nca8ptrasca950cjqca83laqhcaas1672canrtzfjcaco7ezhca65009lcaaluqezcakc07bbcaw4ue5qcask0619cab8vea9caaabsufca0sv42kcacl8xv4cak06itg" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/cawjo7vacahzquptcatwam2nca8ptrasca950cjqca83laqhcaas1672canrtzfjcaco7ezhca65009lcaaluqezcakc07bbcaw4ue5qcask0619cab8vea9caaabsufca0sv42kcacl8xv4cak06itg.jpg" alt="cawjo7vacahzquptcatwam2nca8ptrasca950cjqca83laqhcaas1672canrtzfjcaco7ezhca65009lcaaluqezcakc07bbcaw4ue5qcask0619cab8vea9caaabsufca0sv42kcacl8xv4cak06itg" width="80" height="129" />Prolégomènes à toute métaphysique future qui pourra se présenter comme science</em></strong>, Kant (1783). La Critique de la raison pure, qui constitue la pierre angulaire de la pensée de Kant, peut être considérée comme un ouvrage d&#8217;accès un peu délicat pour un néophyte (même si on peut tout de même en lire les préfaces, en s&#8217;accrochant un peu). Ce plus petit ouvrage constitue pour Kant une tentative d&#8217;exposition plus accessible de sa pensée. Or, le coeur du projet de cette première critique, c&#8217;est la question fondatrice de toute démarche philosophique : &laquo;&nbsp;Que puis je savoir ?&nbsp;&raquo; Posée autrement, cette question donne &laquo;&nbsp;Qu&#8217;est ce qui peut constituer un savoir ?&nbsp;&raquo; Il faut dire que, réveillé de son sommeil dogmatique par l&#8217;empirisme de Hume, Kant attaque de front une discipline qui peut difficilement s&#8217;appuyer sur l&#8217;expérience pour fonder ses jugements : la métaphysique. Quelle est la légitimité du discours sur Dieu ? Est on fondé à se prononcer sur l&#8217;au-delà, sur la vie éternelle, sur le monde dans sa totalité, sur l&#8217;âme ? Les différentes sciences seront abordées pour examiner s&#8217;il est envisageable de produire des jugements détachés de tout fondement expérimental (ce que chez Kant on va appeler des &laquo;&nbsp;jugements synthétiques <em>a priori&nbsp;&raquo;</em>).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-892" title="caoliiegca1t8r2ica4xahgfca6x8da2caohf7j7cac5n6rqcamueom9ca4j0n8jcasayzc3catfuo2ncan3v9yycae46sgqca06lc2jcam5xxhxcaojbud0caz0jrg4cattx12ccao40xa0cajzljcq" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/caoliiegca1t8r2ica4xahgfca6x8da2caohf7j7cac5n6rqcamueom9ca4j0n8jcasayzc3catfuo2ncan3v9yycae46sgqca06lc2jcam5xxhxcaojbud0caz0jrg4cattx12ccao40xa0cajzljcq.jpg" alt="caoliiegca1t8r2ica4xahgfca6x8da2caohf7j7cac5n6rqcamueom9ca4j0n8jcasayzc3catfuo2ncan3v9yycae46sgqca06lc2jcam5xxhxcaojbud0caz0jrg4cattx12ccao40xa0cajzljcq" width="77" height="129" />Le Mythe de Sisyphe</em></strong>, Albert Camus (1942). Sans doute saisit on mieux l&#8217;objet de ce petit livre à la lecture de son sous titre : Essai sur l&#8217;absurde. Au-delà de la figure de Sisyphe, l&#8217;éternel tracteur du non sens de l&#8217;existence humaine, celui qui s&#8217;est fait rouler par les dieux et se voit condamné à user sans fin ses forces dans une tâche qui ne connaitra jamais d&#8217;accomplissement, c&#8217;est à une confrontation à ce qui saute aux yeux de quiconque veut bien jeter un coup d&#8217;oeil désillusionné sur sa condition : jetés dans un monde où nous ne trouvons pas de réponse à la question pourtant essentielle (&laquo;&nbsp;Pourquoi ?&nbsp;&raquo;), nous menons nos activités avec la concentration de ceux qui savent que mieux vaut ne pas trop se poser de questions, étant donnée la quantité de souffrance que vivre exige. Et nous nous hâtons, sitôt le travail répétitif du quotidien, qu&#8217;il faut bien assurer, de nous diluer dans le divertissement, afin de nous confronter le moins possible à l&#8217;absence de points de fuite aux horizons de notre existence. Parce que, comme l&#8217;écrit Camus en ouverture, la seule question philosophique qui vaille, c&#8217;est celle du suicide, qui constitue l&#8217;acte sans retour qui tente de tracer par soi même les lettres du mot &laquo;&nbsp;fin&nbsp;&raquo; d&#8217;un récit dont on sent trop bien qu&#8217;il ne connaîtra jamais aucun achèvement. Est il possible, quand on est réduit à &laquo;&nbsp;faire quelque chose dans la vie&nbsp;&raquo;, puisque manifestement, de cette vie, on ne fait rien, de viser néanmoins le bonheur ? La question vaut d&#8217;être posée, et ce, littérairement parlant, d&#8217;autant plus si on a auparavant parcouru les paysages écrasés de soleil de <strong><em>La Peste</em></strong>, ou de <strong><em>l&#8217;Etranger</em></strong>. La dernière phrase du<strong><em> Mythe de Sisyphe</em></strong>, célèbre, permet d&#8217;espérer en une perspective qui ne soit pas désespérante. Cette lecture n&#8217;est donc peut être pas vaine.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-893" title="caao0cxvca9jmgpqcaadcry8cads724lca8ltosocajjh54ncax2osgyca24fqjucashmhe8cag9qhs9caj6btgpca5yc3lrcair4dhdca4ebjatcaxli3ksca0r1efwca1beve4caijcx4icab1e2xf" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/caao0cxvca9jmgpqcaadcry8cads724lca8ltosocajjh54ncax2osgyca24fqjucashmhe8cag9qhs9caj6btgpca5yc3lrcair4dhdca4ebjatcaxli3ksca0r1efwca1beve4caijcx4icab1e2xf.jpg" alt="caao0cxvca9jmgpqcaadcry8cads724lca8ltosocajjh54ncax2osgyca24fqjucashmhe8cag9qhs9caj6btgpca5yc3lrcair4dhdca4ebjatcaxli3ksca0r1efwca1beve4caijcx4icab1e2xf" width="103" height="150" />La chute</em></strong>, Albert Camus (1956). C&#8217;est d&#8217;un roman à la première personne qu&#8217;il s&#8217;agit ici. Uniquement focalisé sur le monologue de Jean-Baptiste Clamence, ancien avocat déchu, dont la vie a basculé au moment où il a laissé, sur un pont, une femme se jette à l&#8217;eau sans lui porter secours. De nouveau, la seule question qui vaille d&#8217;être posée, celle du suicide, est au coeur de l&#8217;existence et de la pensée humaines. C&#8217;est cette expérience limite qui barre le paysage et qui vient parasiter le cheminement jusque là bien ordonné de cet avocat en pleine réussite. Dès lors, il devient prêcheur et tente, par la parole, de convertir à sa noirceur ceux qui lui prêtent oreille, non pas qu&#8217;il leur propose un quelconque nouveau rite, mais simplement afin de désillusionner, et faire en sorte que les consciences parviennent à revenir à l&#8217;essentiel : la conscience de l&#8217;absurdité de l&#8217;humaine condition. A la frontière de l&#8217;essai et du roman, le monologue permet de mettre en forme les idées d&#8217;une manière plus radicale que ce qu&#8217;autoriserait l&#8217;essai philosophique, on a là une porte d&#8217;entrée plus radicale dans la pensée de Camus.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-894" title="ca526x7ucamaghboca0o8edhca2mdjbicadjmgb7cai7yxgicaj62fivcakx0hd1cadjgho2caz8xyx0caoltcl9can2fp6qcaks2hp2cays6jcbca6w50iyca2ispeycahnxmpocawjompacaay306t" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/ca526x7ucamaghboca0o8edhca2mdjbicadjmgb7cai7yxgicaj62fivcakx0hd1cadjgho2caz8xyx0caoltcl9can2fp6qcaks2hp2cays6jcbca6w50iyca2ispeycahnxmpocawjompacaay306t.jpg" alt="ca526x7ucamaghboca0o8edhca2mdjbicadjmgb7cai7yxgicaj62fivcakx0hd1cadjgho2caz8xyx0caoltcl9can2fp6qcaks2hp2cays6jcbca6w50iyca2ispeycahnxmpocawjompacaay306t" width="84" height="138" />Les Ecoles présocratiques</em></strong>, édition coordonnée par Jean-Paul Dumont, 1991. Le problème, avec les présocratiques, c&#8217;est qu&#8217;étant donné qu&#8217;ils gravitent nécessairement autour de la balise temporelle qu&#8217;est Socrate (c&#8217;est là leur définition), ils semblent ne pas avoir d&#8217;existence propre. Ajoutons à cela la fréquente perte des textes dont ils furent les auteurs, l&#8217;exotisme de leur nom, quand ce n&#8217;est pas de leur pensée, leur relégation en seconde ligue des philosophes par l&#8217;histoire, cela fait un nombre déjà suffisant de raisons de ne pas les lire. Pourtant, même incomplets, même amputés de parties entières, même réduits à l&#8217;état de fragments, des textes nous sont parvenus, et pour lacunaires qu&#8217;ils soient, ils demeurent bel et bien des messages adressés à qui voudrait bien leur prêter attention. Une attention qui n&#8217;animait pas Socrate lui-même, pourtant &laquo;&nbsp;marque repère dans les rayonnages philosophiques&nbsp;&raquo;. Au delà de l&#8217;abondante littérature à propos des présocratiques, au delà du commentaire ou de la présentation de leur pensée, qui permet finalement de les connaître &laquo;&nbsp;par procuration&nbsp;&raquo;, cet ouvrage propose, tout simplement, de les lire. Classés selon leur époque et leur situation géographique (car il y a en ces temps là un véritable régionalisme de la pensée, on se spécialise localement dans telle trajectoire intellectuelle, telle doctrine ou tel objet d&#8217;étude), ces textes sont livrés tels qu&#8217;ils nous sont parvenus. Ce sont souvent des bribes, qui donnent envie d&#8217;en lire plus. Seule la compagnie de ces textes permet en quelque sorte d&#8217;en saisir le mouvement, et libre à soi d&#8217;entrer dans ce déplacement de la pensée, de le faire sien pour reconstituer ces messages dans leur totalité.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-895" title="caq3sljjca11imghcakfc1ymcaecwt3scam3kstkcadbhd9vca5us0lqcaw2b4ubcake7db4ca408124cajs01btca83hw22cajhmqroca8ox7wqcaswc76bcabe8u58ca0by7ozcakhvg4mcaul5hbr" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/caq3sljjca11imghcakfc1ymcaecwt3scam3kstkcadbhd9vca5us0lqcaw2b4ubcake7db4ca408124cajs01btca83hw22cajhmqroca8ox7wqcaswc76bcabe8u58ca0by7ozcakhvg4mcaul5hbr.jpg" alt="caq3sljjca11imghcakfc1ymcaecwt3scam3kstkcadbhd9vca5us0lqcaw2b4ubcake7db4ca408124cajs01btca83hw22cajhmqroca8ox7wqcaswc76bcabe8u58ca0by7ozcakhvg4mcaul5hbr" width="83" height="138" />La Structure des révolutions scientifiques</em></strong>, Thomas Kuhn (1962, trad. française : 1983) Les élèves savent la distance qui règne entre le caractère &laquo;&nbsp;solide&nbsp;&raquo; des connaissances scientifiques qu&#8217;ils reçoivent à l&#8217;école et la fragilité des théories scientifiques elles-mêmes. A vrai dire, cette conscience, ils ne l&#8217;acquièrent que lorsqu&#8217;en terminale, alors qu&#8217;on aborde l&#8217;épistémologie, on évoque le nom de Karl Popper, qui est celui dont les analyses vont le mieux mettre en évidence le caractère provisoire des théories, et leur nécessaire falsifiabilité. Ce qui manque le plus souvent aux élèves, ce sont des connaissances en histoire des sciences. C&#8217;est une lacune que ce livre peut combler. Abordant les tournants décisifs que constituent Copernic, Newton, Einstein, Kuhn pose la question de la signification des &laquo;&nbsp;tournants&nbsp;&raquo; dans une histoire de la connaissance censée être cumulative. Montrant que le savoir humain s&#8217;agglomère sous forme de paradigmes, et que les changements de paradigmes obéissent à des lois qui permettent de comprendre leur succession, mais aussi le décalage qui se dessine entre science et technique, et entre chercheurs et simples amateurs. Crises et résistances, tel est le programme de ce parcours.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-896" title="camvx47dcariw0ywcat54cd7cabujk4ycavz7lhscao3gev0cav7ybracas04tm9callc94lca6lq0t4car36cj6caytgokncat14jzvca0v5a6zcaw0f00tcay6iriucaisutqxcaxw10uocax4tmsv" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/camvx47dcariw0ywcat54cd7cabujk4ycavz7lhscao3gev0cav7ybracas04tm9callc94lca6lq0t4car36cj6caytgokncat14jzvca0v5a6zcaw0f00tcay6iriucaisutqxcaxw10uocax4tmsv.jpg" alt="camvx47dcariw0ywcat54cd7cabujk4ycavz7lhscao3gev0cav7ybracas04tm9callc94lca6lq0t4car36cj6caytgokncat14jzvca0v5a6zcaw0f00tcay6iriucaisutqxcaxw10uocax4tmsv" width="76" height="125" />Nous, fils d&#8217;Eichmann</em></strong>, Gunther Anders (1988, trad. française : 1999) Ce livre est constitué de deux lettres ouvertes au fils d&#8217;Adolf Eichmann, principal concepteur de ce qu&#8217;on appellera &laquo;&nbsp;solution finale&nbsp;&raquo;, lui demandant de prendre position alors que son père comparaissait devant le tribunal international pour les crimes qu&#8217;il avait commis, personnellement, au nom du nazisme. Ces deux textes resteront lettre morte, au sens où le fils d&#8217;Eichmann n&#8217;y répondit pas. Peu importe, en fait, puisque Gunther Anders ne compte pas faire de ce fils une victime de plus de son père. Au contraire, le titre l&#8217;indique clairement, c&#8217;est une responsabilité collective qui pèse sur les épaules des hommes pour lesquels il faut bien trouver des modalités de vie, et de souvenir, après le drame insensé vécu par l&#8217;Europe en particulier, et le monde en général, lors de la première moitié du vingtième siècle. Au-delà du rappel à la mémoire, ce que pratique Anders, ici, c&#8217;est une analyse des tensions les plus profondes qui permirent à la solution finale de s&#8217;organiser et de fonctionner. Or, ce qu&#8217;il identifie ne rassure pas, parce que ces mêmes principes lui semblent persister, non plus sous l&#8217;appellation nazie, mais sous la forme apparemment neutre de la production industrielle, particulièrement lorsque celle ci fait un large usage des machines. Si la puissance de l&#8217;homme augmente au fur et à mesure que ses techniques se font plus efficaces, la représentation des effets des processus qu&#8217;il met en oeuvre lui échappe totalement. Ainsi, l&#8217;homme n&#8217;a t-il plus idée de ce qu&#8217;il fait, ce qui semble ne pas devoir l&#8217;arrêter dans son action, bien au contraire : son inconscience est devenue un élément nécessaire de l&#8217;efficacité industrielle globale. C&#8217;est donc sur de multiples terrains (technique, morale, politique, métaphysique), que ce livre accessible, concentré, tente de tisser une pensée que Gunther Anders considéra comme urgente.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-897" title="caimlao0cazsjapxca990yyscak59nz1caalutkfcarrvlvccakng3w0ca0mcrzbcappfyedcatd3qmkcalfwckycaiofpbgcamy1ep3cazavajicavf9mn7ca55z14icahvkibdca153s0lca6usd4o" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/caimlao0cazsjapxca990yyscak59nz1caalutkfcarrvlvccakng3w0ca0mcrzbcappfyedcatd3qmkcalfwckycaiofpbgcamy1ep3cazavajicavf9mn7ca55z14icahvkibdca153s0lca6usd4o.jpg" alt="caimlao0cazsjapxca990yyscak59nz1caalutkfcarrvlvccakng3w0ca0mcrzbcappfyedcatd3qmkcalfwckycaiofpbgcamy1ep3cazavajicavf9mn7ca55z14icahvkibdca153s0lca6usd4o" width="82" height="139" />La Condition de l&#8217;homme moderne</em></strong>, Hannah Arendt (1958, trad. française : 1961). Voici Hannah Arendt de nouveau aux côté de Gunther Anders, dont elle partagea un temps la vie. Le premier chapitre de ce livre faisait déjà partie de la précédente commande. C&#8217;est ici l&#8217;ouvrage dans sa totalité, mais moins commenté, qui intègre les rayons du CDI. Pour le reste, je reproduis la notice précédente : De l’antiquité à l’époque contemporaine, c’est un renversement qui s’opère dans le domaine de l’activité humaine : nous valorisons aujourd’hui la vie active à laquelle l’antiquité préférait la vie contemplative. Mais plus précisément, dans la vie active, ce qui nous intéresse, c’est la production de biens marchands, là où nos prédécesseurs considéraient, eux, la production comme la plus basse des activités, inférieure à l’art et à l’action politique. Renversement parallèle, nous passons de la politique à l’économie, de la poursuite de la vie heureuse à la recherche de la rentabilité. En terme de civilisation, c’est comme si soudainement l’Europe reniait ses propres fondations. Voila le processus qu’analyse Hannah Arendt dans ce livre désormais classique, idéal compagnon de celui qui veut méditer le sort qui est maintenant le nôtre : avoir comme but “dans la vie”, de travailler. Une lecture d’autant plus conseillée quand nombreux sont ceux qui se voient fermer cette perspective.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-898" title="cajl93htcakz9hrjca54iuhscago23p4cad00shccai6xo46caqjzwubcanacy12cay55k7ccajz80g9caov3k4tca0ezjhmca577t89cahpocjaca989qsbcaognhs5caca8rj0ca1jdh7jca7fg3no" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/cajl93htcakz9hrjca54iuhscago23p4cad00shccai6xo46caqjzwubcanacy12cay55k7ccajz80g9caov3k4tca0ezjhmca577t89cahpocjaca989qsbcaognhs5caca8rj0ca1jdh7jca7fg3no.jpg" alt="cajl93htcakz9hrjca54iuhscago23p4cad00shccai6xo46caqjzwubcanacy12cay55k7ccajz80g9caov3k4tca0ezjhmca577t89cahpocjaca989qsbcaognhs5caca8rj0ca1jdh7jca7fg3no" width="77" height="129" />Lettre à d&#8217;Alembert</em></strong>, Rousseau (1758). On a sans doute du mal à imaginer aujourd&#8217;hui que la construction d&#8217;un théâtre à Genève puisse faire l&#8217;objet d&#8217;une polémique majeure en Europe. Pourtant, à la suite de la publication, dans l&#8217;Encyclopédie (le Wikipedia du dix-huitième siècle) dans l&#8217;article &laquo;&nbsp;Genève&nbsp;&raquo;, d&#8217;une plaidoirie de d&#8217;Alembert visant à légitimer la construction d&#8217;un tel lieu, qui permettrait d&#8217;installer, au coeur de l&#8217;Europe, la possibilité d&#8217;un théâtre qui ne soit pas une insulte à la morale, Rousseau réagit vivement, dans une lettre dont l&#8217;intitulé exact est : &laquo;&nbsp;<strong><em>Jean-Jacques Rousseau, citoyen de Genève, à M. d&#8217;Alembert, sur les spectacles</em></strong>&laquo;&nbsp;. Le ton est polémique, mais l&#8217;intérêt de cette lettre est ailleurs : elle est un de ces rares textes qui, s&#8217;agissant d&#8217;esthétique, plaident contre l&#8217;artificialité de l&#8217;art, en faveur d&#8217;un retour à une relation de plaisir simple entre des citoyens simplement satisfaits par le partage d&#8217;un spectacle sans objet et sans spectateurs. Si on pousse la logique de ce qui est développé dans ce texte, c&#8217;est à un refus pur et simple de la représentation que nous mène Rousseau, discours étonnant de modernité quand il est tenu au dix huitième siècle. Curieusement, d&#8217;Alembert fait assez fortement penser à la formule du situationniste Ivan Chtcheglov qui inscrivait mystérieusement dans son <strong><em>Formulaire du nouvel urbanisme</em></strong> la formule &laquo;&nbsp;The hacienda must be built&nbsp;&raquo;, reprise ensuite par Bob Gretton, manager de New Order et Tony Wilson, patron de l&#8217;illustre maison de disque Factory records, quand ils entreprirent d&#8217;ouvrir ce club mancunien mythique qu&#8217;est l&#8217;Hacienda. Si la volonté d&#8217;avoir un lieu correspond à la déclaration d&#8217;intention de d&#8217;Alembert, il faut reconnaître que le lieu correspond à ce que Rousseau décrit dans cette lettre.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-899" title="images3" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/images3.jpg" alt="images3" width="77" height="129" />Le paradoxe sur le comédien</em></strong>, Diderot (rédigé entre 1773 et 1777, publié à titre posthume en 1830) Il serait dommage de présenter la lettre à d&#8217;Alembert de Rousseau sans la confronter à l&#8217;autre versant de la pensée esthétique de ce temps là, cet ouvrage que Diderot rédigea alors que l&#8217;amitié entre lui et Rousseau a pris brutalement fin (les deux hommes de communiqueront plus que par livres interposés, exprimant le désarroi d&#8217;avoir laissé perdre une telle amitié). Rousseau compte alors Diderot parmi ses ennemis. Intellectuellement, il y a effectivement dans ce livre une offensive contre la manière dont Rousseau conçoit l&#8217;art. Or, dans la mesure où on adhère un peu facilement, et peut être un peu gentiment, à la thèse rousseauiste, il est intéressant de la mettre à l&#8217;épreuve des objections. Des objections, il en pleut sous la plume de Diderot, qui va s&#8217;ingénier à soutenir un art dont l&#8217;essence même est l&#8217;artificialité, multipliant les exemples dans cette pratique singulière qu&#8217;est le travail du comédien : fait il semblant, ou bien vit il ce que son personnage vit ? S&#8217;agit il d&#8217;un artifice ? Ou d&#8217;une nature ? Est il schizophrène ou transformiste ? La question se pose encore aujourd&#8217;hui lorsqu&#8217;on oppose un réalisme parfois documentaire à l&#8217;artificialité technique. Et même si le problème plonge ses racine jusque chez Platon, chez qui le principe de représentation fait déjà l&#8217;objet d&#8217;une critique en règle, il y a entre le paradoxe sur le comédien et la lettre à d&#8217;Alembert une tension qui permet à ceux qui auront pris la peine de lire l&#8217;un et l&#8217;autre, de poser de manière nette l&#8217;un des problèmes les plus essentiels en matière d&#8217;esthétique. On précisera que le comédien Fabrice Luchini donna à Avignon, lors du festival, donna une lecture du texte de Diderot, qui a le malin talent de mettre en oeuvre l&#8217;artificialité invisible, mais présente, dont le texte fait l&#8217;apologie. En énième cadeau de Noël, en voici l&#8217;enregistrement audio :</p>
<br /><img src="http://medias.harrystaut.fr/luch.jpg" alt="media" /><br />

<p></span></p>
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		<title>Nouveaux occupants au n°100 &#8211; épisode 2</title>
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		<pubDate>Wed, 13 Jan 2010 19:04:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Conseils de lecture]]></category>
		<category><![CDATA[Les habitants du n°100 du CDI]]></category>
		<category><![CDATA[Listes]]></category>

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		<description><![CDATA[
C&#8217;est Noël.
Profitant des reliquats du budget 2009, c&#8217;est une sérieuse commande de livres que nous avons pu passer fin Octobre, et les cartons viennent de rejoindre le CDI, où nos documentalistes sont en train d&#8217;équiper ces nouveaux ouvrages.
J&#8217;ai tout de même eu le temps de prendre en photo ces arrivages, afin d&#8217;en dresser ici la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/snc011541.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-885" title="snc011541" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/snc011541.jpg" alt="snc011541" width="356" height="301" /></a>C&#8217;est Noël.</p>
<p style="text-align: justify;">Profitant des reliquats du budget 2009, c&#8217;est une sérieuse commande de livres que nous avons pu passer fin Octobre, et les cartons viennent de rejoindre le CDI, où nos documentalistes sont en train d&#8217;équiper ces nouveaux ouvrages.</p>
<p style="text-align: justify;">J&#8217;ai tout de même eu le temps de prendre en photo ces arrivages, afin d&#8217;en dresser ici la liste, et indiquer ainsi aux élèves quels territoires de la pensée ils peuvent explorer depuis cette base de lancement qu&#8217;est le lycée.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme d&#8217;habitude, je me contente de prendre les livres dans l&#8217;ordre de la pile et d&#8217;en donner une rapide présentation. Il en va des livres comme des hommes : mieux vaut les rencontrer sans intermédiaires.</p>
<p style="text-align: justify;">Cliquez sur la photo de la pile de livres pour voir les tranches en taille lisible.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-863" title="caw5njv3can8memvcay496shca6s2b2ycaj7yh6gcazr5lu5casf88k8cac9mc0dcae275gvcal804yhcac7ms2scabgwmyocay04m2rcawq82yhcasrh8vlca6j0asbcavvo921calj5d04camzfuox" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/caw5njv3can8memvcay496shca6s2b2ycaj7yh6gcazr5lu5casf88k8cac9mc0dcae275gvcal804yhcac7ms2scabgwmyocay04m2rcawq82yhcasrh8vlca6j0asbcavvo921calj5d04camzfuox.jpg" alt="caw5njv3can8memvcay496shca6s2b2ycaj7yh6gcazr5lu5casf88k8cac9mc0dcae275gvcal804yhcac7ms2scabgwmyocay04m2rcawq82yhcasrh8vlca6j0asbcavvo921calj5d04camzfuox" width="78" height="129" />Pourquoi j&#8217;ai mangé mon père</em></strong>, de RoyLewis (1960). Une lecture très ludique, pour commencer. En plein pléistocène, une famille d&#8217;homme qu&#8217;on considèrera depuis notre point de vue comme préhistoriques franchit en accéléré les étapes de l&#8217;évolution, de sorte qu&#8217;en trois générations, ce sont les découvertes essentielles qui caractérisent l&#8217;homme qui vont être effectuées : le feu, bien sûr, mais aussi la chasse, l&#8217;art, l&#8217;exogamie, les armes, le nomadisme. Evidemment, ces découvertes constituent aussi un déracinement que l&#8217;oncle de la famille n&#8217;aura de cesse de dénoncer par une formule que ce livre a rendue célèbre : &laquo;&nbsp;Back to the trees !&nbsp;&raquo;, retour qu&#8217;il préfèrera néanmoins ne pas pratiquer lui-même. Ce livre ne peut pas constituer à lui seul une réflexion suffisante sur le rapport de l&#8217;homme au monde qui l&#8217;entoure et à lui même. Cependant, il propose une enthousiasmante entrée en matière sur ces questions, dans la mesure où derrière l&#8217;humour se cache une érudition qui permet à Roy Lewis de tisser une trame logique, tant sur l&#8217;évolution technique que sur le questionnement moral de ces être qui inaugurent l&#8217;âge de l&#8217;homme conscient tout en se constituant, bien involontairement, un inconscient (Freud est lui aussi une influence importante du livre, le meurtre du père y tenant une place centrale, comme le laisse deviner le titre). Sans effort apparent, cette lecture permet donc de placer quelques problèmes en place, et d&#8217;en garder une image suffisamment efficace pour pouvoir l&#8217;utiliser comme guide sur un assez grand nombre de terrains de réflexion. Ajoutons que c&#8217;est Vercors, l&#8217;auteur des <strong><em>Animaux dénaturés</em></strong> qui est ici traducteur, et qui propose une <a href="http://pagesperso-orange.fr/vercorsecrivain/pdf/Preface.pdf" target="_blank">intéressante préface à cet original récit</a>).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-864" title="cari7vujcac5byzhca3ek1hhcaxuib3wcad4f0vscaq7tcqrca261vs8cah3umhicas2wagucaznhaekca4yph5eca74flydca97ttzzcacu8jf7cactsvd6ca3ky3jbcaeq0909can02nmqca2amnui" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/cari7vujcac5byzhca3ek1hhcaxuib3wcad4f0vscaq7tcqrca261vs8cah3umhicas2wagucaznhaekca4yph5eca74flydca97ttzzcacu8jf7cactsvd6ca3ky3jbcaeq0909can02nmqca2amnui.jpg" alt="cari7vujcac5byzhca3ek1hhcaxuib3wcad4f0vscaq7tcqrca261vs8cah3umhicas2wagucaznhaekca4yph5eca74flydca97ttzzcacu8jf7cactsvd6ca3ky3jbcaeq0909can02nmqca2amnui" width="80" height="139" />L&#8217;homme qui prenait sa femme pour un chapeau</em></strong>, Oliver Sacks (1985). Oliver Sacks est neurologue, et auteur de livres qui s&#8217;appuient sur ses observations cliniques. C&#8217;est alors à une exploration aussi étonnante que parfois inquiétante que ces livres nous convient, puisque les points de départ en sont le plus souvent les déficiences comportementales dues à des incidents neurologiques. Premier intérêt, au delà de la curiosité qu&#8217;une telle littérature peut susciter : dresser un tableau du comportement pathologique qui ne trouve pas son interprétation dans la psychanalyse, puisqu&#8217;il ne s&#8217;agit pas ici de névroses, ni de psychoses. Second intérêt : au fil des pathologies, Sacks en vient à poser la question de la santé, de sa définition, de ses limites et de ce qui permet de passer de l&#8217;observation des symptômes au diagnostic de la maladie et à son traitement. Enfin, c&#8217;est aussi une lecture qui permet de discerner la complexité des processus par lesquels nous produisons une représentation du monde, la fragilité de ces dispositifs, mais aussi leur plasticité. Dès lors, on saisit aussi mieux combien ils sont éloignés d&#8217;une relation immédiate aux choses.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-865" title="images2" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/images2.jpg" alt="images2" width="76" height="129" />La plus belle histoire du bonheur</em></strong>, André Comte-Sponville (2004). Notion au programme, objectif soi-disant visé par tous, concept central de l&#8217;histoire de la philosophie, le bonheur fait partie de ces noms dont on voit bien ce qu&#8217;ils désignent sans qu&#8217;on puisse pour autant en donner une définition claire. Ce qu&#8217;on peut craindre, évidemment, c&#8217;est que cette inaptitude à définir le bonheur empêche de se diriger de manière efficace vers lui. Ainsi, le bonheur nécessite t-il une méditation à son sujet, qui permette de le circonscrire mais aussi de le reconnaître dans les pensées qui, depuis l&#8217;antiquité, ont tenté de lui donner un visage. C&#8217;est ce projet que vise ce livre qui, tel une leçon, envisage le bonheur tel qu&#8217;il a été conçu à travers les siècles, et constate finalement à quel point notre propre temps est paradoxalement celui qui a le plus tenté de définir matériellement les conditions du bonheur, et celui au cours duquel les hommes s&#8217;en sentent les plus éloignés.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-866" title="images" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/images.jpg" alt="images" width="83" height="138" />Une semaine de philosophie</em></strong>, Charles Pépin (2006). Et si on pouvait introduire aux grandes questions philosophiques en autant de leçons qu&#8217;il y a de jours dans la semaine ? On aurait tendance à dire que mieux vaut se méfier des projets d&#8217;exploration de la philosophie qui se donnent un ultimatum temporel pour s&#8217;accomplir. Ils sont souvent articulés sur une espèce de rentabilité qui s&#8217;accommode mal de l&#8217;exigence de détachement vis à vis du temps que réclame la philosophie. Cependant, Charles Pépin propose ici une retraite philosophique dont on imagine assez bien qu&#8217;elle puisse accompagner une semaine de vacances, au cours de laquelle on consacrerait ce temps à autre chose qu&#8217;à simplement reconstituer sa force de travail. Si le loisir est un temps qu&#8217;on peut consacrer à son propre épanouissement, alors ce livre est tout indiqué pour les périodes, nécessairement limitées, au cours desquelles nous bénéficions de ce rare loisir. Accessoirement, pour ceux qui ont un examen à passer, il est aussi, comme tous les livres qui condensent en peu de pages des problématiques essentielles, un élément de révision qui n&#8217;est pas dénué d&#8217;efficacité. A la différence des ouvrages qui veulent donner à leur lecteur une &laquo;&nbsp;teinture&nbsp;&raquo; de surface qui le rende séduisant aux yeux d&#8217;un correcteur, Une semaine de philosophie suscite une véritable réflexion, qui ouvre à une poursuite au delà de sa dernière page. On n&#8217;en demande pas plus à un livre d&#8217;initiation, et on en est trop souvent privé.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-867" title="cagy99jaca5kgxrecazowju7carcd6alcaekalhgcahjgme5ca0pqmjlca6ahzlgcaua437wcaq2zslhcaizrupncaoggcnjcasyab3ucadw4jnkcae2g8twca5ncnbkca730b2gcabkuqoycau9tyib" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/cagy99jaca5kgxrecazowju7carcd6alcaekalhgcahjgme5ca0pqmjlca6ahzlgcaua437wcaq2zslhcaizrupncaoggcnjcasyab3ucadw4jnkcae2g8twca5ncnbkca730b2gcabkuqoycau9tyib.jpg" alt="cagy99jaca5kgxrecazowju7carcd6alcaekalhgcahjgme5ca0pqmjlca6ahzlgcaua437wcaq2zslhcaizrupncaoggcnjcasyab3ucadw4jnkcae2g8twca5ncnbkca730b2gcabkuqoycau9tyib" width="83" height="138" />La montée de l&#8217;insignifiance</em></strong>, Cornelius Castoriadis (1994). &laquo;&nbsp;Ce qui caractérise le monde contemporain, c&#8217;est bien sûr les crises, les contradictions, les oppositions, les fractures, etc&#8230; mais ce qui me frappe surtout, c&#8217;est l&#8217;insignifiance. Prenons la querelle entre la droite et la gauche. Actuellement elle a perdu son sens. Non pas parce qu&#8217;il n&#8217;y a pas de quoi nourrir une querelle politique et même une très grande querelle politique, mais parce que les uns et les autres disent la même chose. Depuis 1983, les socialistes ont fait une politique, puis Balladur est venu, il a fait la même politique, puis les socialistes sont revenus, ils ont fait avec Bérégovoy la même politique, Balladur est revenu, il a fait la même politique, Chirac a gagné les élections en disant : &laquo;&nbsp;Je vais faire autre chose&nbsp;&raquo; et il fait la même politique.&nbsp;&raquo; (extrait de l&#8217;interview que Castoriadis accorda à Daniel Mermet, pour l&#8217;émission<strong><em> Là-bas si j&#8217;y suis</em></strong>, sur France inter. L&#8217;insignifiance, c&#8217;est la perte du sens. Or, politiquement, la perte du sens apparaît comme doublement préjudiciable : d&#8217;abord c&#8217;est la perte de  sens du discours lui même, qui n&#8217;est plus écouté, ni cru, ni même évalué. Dès lors, l&#8217;usage de la parole politique devient vain, puisqu&#8217;il n&#8217;est plus ce qui va permettre de faire émerger ce en quoi on pourrait se reconnaître. Ensuite, c&#8217;est la perte de l&#8217;orientation : si tous les discours se valent dans leur universelle et feinte polémique, c&#8217;est que la politique ne vise plus aucun horizon. Elus au petit bonheur la chance, les politiques ne sont que l&#8217;expression de l&#8217;errance idéologique des citoyens. Ils naviguent à vue, consultent les sondages comme on questionnait les oracles, afin de plier leur action aux caprices du moment, quand l&#8217;action politique est en fait censée, y compris en démocratie, faire l&#8217;inverse. Castoriadis offre ici l&#8217;un des plus accessibles de ses livres et les entretiens avec Daniel Mermet sont relativement faciles à trouver.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-868" title="ca4fmjoucak0py6pcaqr74wyca4o85erca7ucf1acaq808jmca2rz7tkcabnq2kvcadmwuexcau7w51bcaid3952cayubs8lcasqxwpbcat4p0vecammcwmdcau4v6rocagblrf6ca1nuam0cauh8rzw" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/ca4fmjoucak0py6pcaqr74wyca4o85erca7ucf1acaq808jmca2rz7tkcabnq2kvcadmwuexcau7w51bcaid3952cayubs8lcasqxwpbcat4p0vecammcwmdcau4v6rocagblrf6ca1nuam0cauh8rzw.jpg" alt="ca4fmjoucak0py6pcaqr74wyca4o85erca7ucf1acaq808jmca2rz7tkcabnq2kvcadmwuexcau7w51bcaid3952cayubs8lcasqxwpbcat4p0vecammcwmdcau4v6rocagblrf6ca1nuam0cauh8rzw" width="67" height="101" />Les bonheurs de Sophie</em></strong>, Dominique Janicaud (2002). Ecrit pour sa fille, qui allait entrer en Terminale, afin qu&#8217;elle s&#8217;initiât à cette discipline à laquelle tout est censé préparer, sans qu&#8217;on s&#8217;y sente jamais tout à fait prêt (même quand on la pratique, d&#8217;ailleurs), ce livre sera aussi le testament de Dominique Janicaud, frappé par la mort quelques jours après la fin de la rédaction de cette initiation. Trente leçons qui sont autant d&#8217;ouvertures à la réflexion. Ici encore, on échappe à la nécessaire efficacité de celui qui veut passer le moins de temps possible sur les questions qui peuvent &laquo;&nbsp;tomber&nbsp;&raquo; à l&#8217;examen; on privilégie au contraire l&#8217;investissement au long terme, car ce que mettent en place ces trente petits chapitres, ce n&#8217;est que l&#8217;ensemencement d&#8217;un jardin qu&#8217;il s&#8217;agira ensuite de cultiver.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-869" title="cafoxth4cawqiaf9ca4zqgpxcau0melfcalrj43bca6elnwccacgvw4ecag6dezvcaqe40jbcadtocmrcay35fkqcau54g9fcaowm8g8cau6j2vhcaoym5x2cawjjwpmca23v3d3ca28cd1xcarzfit9" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/cafoxth4cawqiaf9ca4zqgpxcau0melfcalrj43bca6elnwccacgvw4ecag6dezvcaqe40jbcadtocmrcay35fkqcau54g9fcaowm8g8cau6j2vhcaoym5x2cawjjwpmca23v3d3ca28cd1xcarzfit9.jpg" alt="cafoxth4cawqiaf9ca4zqgpxcau0melfcalrj43bca6elnwccacgvw4ecag6dezvcaqe40jbcadtocmrcay35fkqcau54g9fcaowm8g8cau6j2vhcaoym5x2cawjjwpmca23v3d3ca28cd1xcarzfit9" width="92" height="135" />Marx, (mode d&#8217;emploi)</em></strong>, Daniel Bensaid, illustré par Charb (2009). Au moment où, la crise financière aidant, nombreux sont ceux qui soudainement se déclarent marxistes (Alain Minc, par exemple), il est peut être judicieux de mieux connaître cet auteur dont curieusement les analyses semblent très largement partagées sans que le soient, à la même hauteur, ses préconisations politiques. La période de disgrâce dont cet auteur a fait l&#8217;objet a au moins ceci de bon : on peut l&#8217;aborder désormais sans crainte d&#8217;être idéologiquement manipulé. Notre esprit critique est aiguisé, on sait assez bien à quoi on se confronte. C&#8217;est maintenant à un autre défi qu&#8217;on peut se confronter : rendre justice aux analyses de Marx. Or pour cela, encore faut il le connaître. Ce livre, très accessible et néanmoins évitant l&#8217;écueil d&#8217;une présentation simplificatrice, propose de découvrir Marx à travers des chapitres dont les titres semblent très &laquo;&nbsp;pratiques&nbsp;&raquo;, très &laquo;&nbsp;concrets&nbsp;&raquo;, mais qui permettent cependant de plonger assez profondément dans la pensée marxiste. Ajoutons que les illustrations de Charb sont simplement exactement telle qu&#8217;on peut les rêver dans un tel ouvrage. Seuls ceux qui n&#8217;ont jamais goûté à l&#8217;humour parfois féroce de Marx lui-même (on pense au traitement qu&#8217;il réserve à ceux avec qui il polémique dans la Sainte Famille, par exemple) trouveront ces illustrations déplacées.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-870" title="ca7lom1xca6nbw21ca0ez0p2cami79x2ca9t2eyicamwoujscaqg0d90cah6n7omcasrl78zca09a4t8camofu0ucaaovahfca2noh28caljo7n0cat0qlx6caww48rrcarqqce3ca0kwgfucarqes07" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/ca7lom1xca6nbw21ca0ez0p2cami79x2ca9t2eyicamwoujscaqg0d90cah6n7omcasrl78zca09a4t8camofu0ucaaovahfca2noh28caljo7n0cat0qlx6caww48rrcarqqce3ca0kwgfucarqes07.jpg" alt="ca7lom1xca6nbw21ca0ez0p2cami79x2ca9t2eyicamwoujscaqg0d90cah6n7omcasrl78zca09a4t8camofu0ucaaovahfca2noh28caljo7n0cat0qlx6caww48rrcarqqce3ca0kwgfucarqes07" width="91" height="135" />La philosophie sur grand écran</em></strong>, Olivier Deckens (2007). Quoi de mieux, pour éclairer une caverne, qu&#8217;une lanterne magique ? On l&#8217;a compris, le cinéma est une source de projections inépuisable pour les concepts philosophiques. Mais le risque, c&#8217;est de sombrer dans une illustration pédagogique qui ferait sans doute une bonne initiation, mais produirait tout aussi indubitablement de mauvais films. Sans doute le cinéma devient il pleinement intéressant lorsqu&#8217;il prend conscience que la cavener elle même est cette lanterne magique qui produit les images tout en proposant de les dépasser. Cet ouvrage reprend les concepts qui sont au programme de terminale, pour leur consacrer, chacun un court chapitre qui est systématiquement constitué d&#8217;une présentation générale, d&#8217;un texte tiré de la tradition philosophique, et d&#8217;une séquence de film qui est ensuite brièvement commentée. On aimerait, parfois, un développement accru, en particulier sur le terrain des commentaires, tant des textes que des séquences. Cependant, pour le lecteur attentif, le livre agit comme un véritable programme de méditation, dont on sait que les premiers éléments, ceux qui vont provoquer le processus de pensée, sont ces textes, et ces séquences de films, dont la simple liste suffit à générer l&#8217;envie de s&#8217;y confronter sans plus attendre, pour voir ce qui en émergera. Ajoutons que le choix de films ainsi que, dans une certaine mesure, celui des textes, sort des sentiers battus.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-871" title="cao259pbcah03r3mcaqbqz0tcatkxsmzcajfx4ggcag6qpc4ca927sgwcabz78xtcazlmapkcatoguuicavma02xcasg5gj3cavhf621cazmp0zrcaacdbbucaa41a0hcaz14uipca0mpf0vcabiacmm" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/cao259pbcah03r3mcaqbqz0tcatkxsmzcajfx4ggcag6qpc4ca927sgwcabz78xtcazlmapkcatoguuicavma02xcasg5gj3cavhf621cazmp0zrcaacdbbucaa41a0hcaz14uipca0mpf0vcabiacmm.jpg" alt="cao259pbcah03r3mcaqbqz0tcatkxsmzcajfx4ggcag6qpc4ca927sgwcabz78xtcazlmapkcatoguuicavma02xcasg5gj3cavhf621cazmp0zrcaacdbbucaa41a0hcaz14uipca0mpf0vcabiacmm" width="88" height="129" />Philosophie en séries</em></strong>; Thibaut de Saint Maurice (2009). Sur le même modèle que le précédent. Et chez le même éditeur. Ce sont les séries qui sont cette fois ci mises à contribution. Il se trouve que la série est un genre qui connait depuis quelques années un renouveau qui s&#8217;apparente quasiment à une renaissance du genre. L&#8217;ouvrage présenté ici en tire un parti philosophique d&#8217;autant plus aisément que les séries elles mêmes revendiquent cette influence. Les confrontations entre concepts et illustrations sont intéressantes. On regrettera simplement que les ancêtres des séries actuelles soient un peu délaissées, comme le sont les séries à petite audience. En somme, on sent le parti éditorial qu&#8217;il y a à tirer de la référence à Docteur House. Mais philosophiquement parlant, des séries à faible audience, comme La Petite mosquée dans la prairie, Hung ou Breaking Bad seraient tout autant pertinentes, sans oublier les titres plus anciens, tels que Clair de Lune, Mariés deux enfants ou Chapeau melon et bottes de cuir, pour n&#8217;en citer que quelques uns. Là où cet ouvrage pêche un peu, c&#8217;est qu&#8217;il donne finalement assez peu envie de découvrir de nouveaux univers, en dehors de ceux que le public, et donc le lecteur plébiscite d&#8217;ores et déjà. Mais s&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;appuyer des processus de réflexion sur des éléments de culture déjà implantés dans la culture des élèves, et d&#8217;en saisir la profondeur, alors l&#8217;ouvrage est une réussite.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-872" title="ca8aw478canf1vc0cahzfkkgcagtuymica9pb07bca5i5lozcaib1l6sca9r1w6fcacs3itmcaki2h8ncanvksyoca1t3qr7cai5bc6jcabk68t3cawyf2ckcalko2dycazohi28ca61ykhhcavk21by" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/ca8aw478canf1vc0cahzfkkgcagtuymica9pb07bca5i5lozcaib1l6sca9r1w6fcacs3itmcaki2h8ncanvksyoca1t3qr7cai5bc6jcabk68t3cawyf2ckcalko2dycazohi28ca61ykhhcavk21by.jpg" alt="ca8aw478canf1vc0cahzfkkgcagtuymica9pb07bca5i5lozcaib1l6sca9r1w6fcacs3itmcaki2h8ncanvksyoca1t3qr7cai5bc6jcabk68t3cawyf2ckcalko2dycazohi28ca61ykhhcavk21by" width="85" height="138" />Le Maître ignorant</em></strong>, Jacques Rancière (1987). Peut-on apprendre sans donner de leçon ? Mieux : peut-on apprendre ce que soi même on ne connait pas ? Et, troisième question, déduite des précédentes : peut-on plaider pour une véritable égalité de l&#8217;intelligence, y compris entre enseignants et élèves ? Au dix-neuvième siècle, Joseph Jacotot, professeur de lettres exilé, parce que révolutionnaire, jeta les bases de ce qui fait aujourd&#8217;hui encore débat. Mais au delà d&#8217;une réflexion pédagogique, c&#8217;est à une méditation politique que convie Jacques Rancière dans ce livre passionnant : le pouvoir, l&#8217;autorité peuvent ils s&#8217;appuyer sur une inégalité de connaissance ? Et si non, que devient l&#8217;ordre public ? Le sous titre du livre (5 leçons sur l&#8217;émancipation intellectuelle) donne le ton sur son projet général.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-873" title="ca5bymaqcamfubelcadqduiqcaug33pjcaisr34fcarvi0x7cawbzdqqca7e4xomcay3ruq0cagoj7rjcaoai00wcaelt7i7ca02tot6caqaq1wzca4g5wz0ca2dlo1fcaix3w2oca3048btcau96z14" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/ca5bymaqcamfubelcadqduiqcaug33pjcaisr34fcarvi0x7cawbzdqqca7e4xomcay3ruq0cagoj7rjcaoai00wcaelt7i7ca02tot6caqaq1wzca4g5wz0ca2dlo1fcaix3w2oca3048btcau96z14.jpg" alt="ca5bymaqcamfubelcadqduiqcaug33pjcaisr34fcarvi0x7cawbzdqqca7e4xomcay3ruq0cagoj7rjcaoai00wcaelt7i7ca02tot6caqaq1wzca4g5wz0ca2dlo1fcaix3w2oca3048btcau96z14" width="87" height="136" />La haine de la démocratie</em></strong>, Jacques Rancière (2005). Si la démocratie a longtemps constitué un idéal politique sacré que nul n&#8217;aurait osé attaquer intellectuellement (les seuls ennemis de ce régime étant alors des illuminés totalitaires, imposant leurs visions par la barbarie), l&#8217;état de grâce démocratique semble avoir pris fin, pour laisser la place à une attaque en règle dont les intellectuels sont les lames les plus effilées. Jacques Rancière s&#8217;attaque à son tour aux arguments de ceux qui ont pris la démocratie en haine, et tente de déceler quelles sont les véritables racines de leur critique. Ainsi, par contraste, ce sont les éléments essentiels de la démocratie qui apparaissent, loin des simplifications auxquelles nous ont malheureusement habitués ceux qui ont fait de la défense de ce régime une évidence qui ne réclamerait ni justification, ni analyse préalable. Ce travail de légitimation, Rancière l&#8217;effectue en éclaireur, dans ce court livre qui est particulièrement bienvenu dans les débats qui nous animent.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-874" title="cavztz0kca5xy3kzcaqwh7rrca3h1ap2caxl4c7hcaub0u0ecaidwyfxcae4ph0yca07uu35ca119rxscacxj68mcahy6hvqca41shsvcadantekcag446tacabkxczicabx4c00ca4tznvtcaa8u5oz" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/cavztz0kca5xy3kzcaqwh7rrca3h1ap2caxl4c7hcaub0u0ecaidwyfxcae4ph0yca07uu35ca119rxscacxj68mcahy6hvqca41shsvcadantekcag446tacabkxczicabx4c00ca4tznvtcaa8u5oz.jpg" alt="cavztz0kca5xy3kzcaqwh7rrca3h1ap2caxl4c7hcaub0u0ecaidwyfxcae4ph0yca07uu35ca119rxscacxj68mcahy6hvqca41shsvcadantekcag446tacabkxczicabx4c00ca4tznvtcaa8u5oz" width="92" height="134" />La Raison dans l&#8217;histoire</em></strong>, Hegel (introduction à des leçons données de 1822 à 1831). Cet ouvrage est en fait l&#8217;introduction d&#8217;un ensemble plus vaste, intitulé les <strong><em>Leçons sur la philosophie de l&#8217;histoire</em></strong>. Etonnamment, lorsqu&#8217;on le parcourt, on se rend compte qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;une oeuvre qui, bien que Hegel en soit l&#8217;auteur, demeure lisible. C&#8217;est qu&#8217;en fait, l&#8217;écriture en est partiellement due au maître de l&#8217;idéalisme historique : le texte qu&#8217;on a entre les mains est une publication qui fut constituée à partir des manuscrits dont Hegel se servait pour mener ses leçons, et des prises de notes de ses étudiants. L&#8217;avantage de la leçon orale, c&#8217;est qu&#8217;elle est nécessairement plus soucieuse de pédagogie qu&#8217;un texte conçu pour être lu. Ainsi, La <strong><em>Raison dans l&#8217;histoire</em></strong> abonde en illustrations historiques, en reprises, en mises en perspectives, afin de ne pas perdre son auditoire. De quoi s&#8217;agit il en fait ? De mettre en évidence, tant logiquement qu&#8217;en s&#8217;appuyant sur une analyse des grands moments de l&#8217;Histoire de l&#8217;humanité, que celle-ci est un ensemble cohérent qui part d&#8217;un point A pour mener à un achèvement. Certes, ce mouvement n&#8217;est pas rectiligne, dialectique oblige, néanmoins, il constitue bel et bien un progrès, y compris lorsque celui ci n&#8217;est reconnu comme tel. Au lieu de concevoir comme on le fait souvent l&#8217;aventure humaine comme un prélude à un achèvement ultime dans l&#8217;au-delà, Hegel fait de l&#8217;Histoire la mise en place de ce qu&#8217;on appelle trop communément l&#8217;au-delà : celui-ci se constitue au fur et à mesure des progrès de l&#8217;Esprit, qui parvient à s&#8217;incarner de manière de plus en plus nette dans le devenir de l&#8217;Homme.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-875" title="ca8j7lcgcaiht4mgcayysum6ca9y7sc8caljcex1cavfsu08caeqx3fgcau2z816catigdibcaqzpk9bcajq77ssca2yoq27cas6m7x3cawp1ln2caurrwn1caay099ica2wnczbcaioa4jccay1hxcc" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/ca8j7lcgcaiht4mgcayysum6ca9y7sc8caljcex1cavfsu08caeqx3fgcau2z816catigdibcaqzpk9bcajq77ssca2yoq27cas6m7x3cawp1ln2caurrwn1caay099ica2wnczbcaioa4jccay1hxcc.jpg" alt="ca8j7lcgcaiht4mgcayysum6ca9y7sc8caljcex1cavfsu08caeqx3fgcau2z816catigdibcaqzpk9bcajq77ssca2yoq27cas6m7x3cawp1ln2caurrwn1caay099ica2wnczbcaioa4jccay1hxcc" width="77" height="129" />Opuscules sur l&#8217;histoire</em></strong>, Kant. Il s&#8217;agit ici de plusieurs textes courts à propos de l&#8217;histoire, envisagée comme un processus orienté vers une fin. Le coeur de ce recueil, c&#8217;est le plus célèbre de ces opuscules : <strong><em>l&#8217;Idée d&#8217;une histoire universelle au point de vue cosmopolitique</em></strong>. Il n&#8217;est pas exclu qu&#8217;au moment où les logiques politiques semblent se resserrer autour de la nation, horizon apparemment indépassable des visées humaines. Pourtant, dans ce texte écrit en 1784, dès l&#8217;introduction, on pose une question qui semble dépasser les seules logiques locales : L&#8217;histoire peut elle être envisagée, en ce qui concerne l&#8217;espèce humaine, selon un plan déterminé de la nature ? Voila qui hisse le débat un peu plus haut. On verra dans notre propre épisode historique un effet de notre insociable sociabilité, un mouvement de balancier qu&#8217;on supposera provisoire, si les visées que propose Kant dans cet ouvrage sont bel et bien pertinentes. On ne peut en tous cas pas dire que ce petit livre soit d&#8217;actualité, puisque l&#8217;actualité semble ne pas l&#8217;avoir encore rejoint.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-876" title="ca7j98zeca9m1at9caifg4y1ca1p6j9jcad6gu5scarpju7wca65uk32cak9h4mscakahujucak67ipkca2bnz51caesp2m1caxlauxkcao2kfdqcal5ievkcas08kpyca25j2micab4qkqocaxfx1o0" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/ca7j98zeca9m1at9caifg4y1ca1p6j9jcad6gu5scarpju7wca65uk32cak9h4mscakahujucak67ipkca2bnz51caesp2m1caxlauxkcao2kfdqcal5ievkcas08kpyca25j2micab4qkqocaxfx1o0.jpg" alt="ca7j98zeca9m1at9caifg4y1ca1p6j9jcad6gu5scarpju7wca65uk32cak9h4mscakahujucak67ipkca2bnz51caesp2m1caxlauxkcao2kfdqcal5ievkcas08kpyca25j2micab4qkqocaxfx1o0" width="87" height="136" />Le Livre des violences</em></strong>, Willima T. Vollmann (2009 pour la traduction française). Nous serions américains, nous serions sans doute la proie du mépris intellectuel des européens en général, et des français en particulier. Réputés ignares, bouffeurs de malbouffe, nous croupirions dans de réputés trop mous canapés  devant des télévisions dont les programmes feraient notoirement la part belle aux inepties entrelardées de publicité. Curieusement, cette caricature semble ne pas resister aux réalités éditoriales : Outre-Atlantique, cette oeuvre au long cours de cet écrivain majeur des Etats Unis contemporains (et donc, partant, du monde) est éditée dans son intégralité, soit sept épais volumes, fruits d&#8217;une vingtaine d&#8217;années de recherche et développements sur l&#8217;histoire humaine envisagée du point de vue de la violence. L&#8217;ouvrage, comme souvent chez Vollmann, va donner une migraine à nos documentalistes au moment de le classer, puisqu&#8217;il s&#8217;agit tout autant de philosophie, de sociologie, d&#8217;anthropologie que de littérature (et voila bien quelque chose que les écrivains français ne semblent absolument pas soupçonner, que cela puisse relever, aussi, de la littérature). En France, il faudra se contenter d&#8217;une synthèse de l&#8217;oeuvre en un seul volume, les éditeurs ayant saisi, au moment de lancer un traducteur sur ce monstre éditorial, qu&#8217;aucun public n&#8217;existait sur le vieux continent, celui où tout le monde est instruit et avide de lecture, pour cette somme sur la violence. le sous titre, &laquo;&nbsp;Quelques pensées sur la violence, la liberté et l&#8217;urgence des moyens&nbsp;&raquo; est, ni plus ni moins, qu&#8217;une problématique. Quant au plan de l&#8217;ouvrage, la première moitié de ses 944 pages constitue une analyse générale et théorique du recours à la violence, quand sa seconde moitié est constituée de cas particuliers et illustrations historiques. On évite d&#8217;écrire que quelque lecture que ce soit doive être considérée comme nécessaire. Ca nous brûle pourtant les doigts.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><img class="alignright size-full wp-image-877" title="cav3z0iicadxerv0ca1h8pj5ca4pho2gcawrthtqcag6589ocan3106xcat31wcecaxnw64zcagt2mw4cavifr7rcadclb8fca8hhg3jcabvo8n4calnpodmcacvbsf6canmmvbgca29vy41caiv1thr" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/01/cav3z0iicadxerv0ca1h8pj5ca4pho2gcawrthtqcag6589ocan3106xcat31wcecaxnw64zcagt2mw4cavifr7rcadclb8fca8hhg3jcabvo8n4calnpodmcacvbsf6canmmvbgca29vy41caiv1thr.jpg" alt="cav3z0iicadxerv0ca1h8pj5ca4pho2gcawrthtqcag6589ocan3106xcat31wcecaxnw64zcagt2mw4cavifr7rcadclb8fca8hhg3jcabvo8n4calnpodmcacvbsf6canmmvbgca29vy41caiv1thr" width="83" height="138" />Pourquoi êtes vous pauvres ?</em></strong> William T. Vollmann (2008 pour la traduction française). Vollmann aurait lancé son projet sur l&#8217;étude de la violence sans s&#8217;attacher tout particulièrement à sa forme insidieuse contemporaine, l&#8217;inégalité économique, on aurait été déçu, et on aurait pu lui en vouloir. Soyons rassurés, pendant plusieurs années, il a parcouru le monde, s&#8217;installant successivement dans tout ce que le monde fait de plus pauvre en matière de quartiers, de villes, de régions, de pays, de continents quasi entiers parfois. Ce ne sont pas les candidats qui manquent à la question qu&#8217;il pose à ses voisins d&#8217;infortune : Pourquoi êtes vous pauvres ?  Ramener la situation économique des indigents non pas à une condition, mais à un effet de causes qui pourraient, si on s&#8217;y penchait un peu, être identifiées, voila le projet de nouveau à la fois littéraire, sociologique, philosophique que se fixe Vollmann dans cet ouvrage. Au delà des portraits, des dialogues, c&#8217;est aussi à une analyse introspective qu&#8217;il se livre, et sans doutes les pages les plus saisissantes sont elles celles où il se confronte à la peur que lui même éprouve face aux pauvres. Le chapitre intitulé &laquo;&nbsp;Je sais que je suis riche&nbsp;&raquo;, qui s&#8217;ouvre sur la définition suivante de la richesse &laquo;&nbsp;ma peur envers les gens que définis comme pauvres me définit en partie comme riche&nbsp;&raquo; donne le là de cette écriture en permanence consciente du rapport qu&#8217;elle entretient avec son objet. Peu de pages aussi aigues semblent avoir été écrite sur ce qui demeure une lutte de classes.</p>
<p style="text-align: justify;">Joli programme de lecture, n&#8217;est ce pas ? Ce n&#8217;est qu&#8217;un début, j&#8217;ai encore deux autres piles d&#8217;ouvrages à chroniquer.</p>
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<p></span></p>
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		<title>Nouveaux occupants au n°100 &#8211; épisode 1</title>
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		<pubDate>Sun, 27 Dec 2009 00:57:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Conseils de lecture]]></category>
		<category><![CDATA[Les habitants du n°100 du CDI]]></category>
		<category><![CDATA[Listes]]></category>

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		<description><![CDATA[
Voila un article qui va concerner peu de monde, puisqu&#8217;il va simplement indiquer à mes élèves les ouvrages achetés dernièrement par les soins de moi-même et de ma vaillante escadrille de professeurs de philosophie, afin de remplir les rayons jusque là un peu désespérément vides du secteur &#171;&#160;100&#8243; du CDI.
Cela servira autant d&#8217;incitation à la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">Voila un article qui va concerner peu de monde, puisqu&#8217;il va simplement indiquer à mes élèves les ouvrages achetés dernièrement par les soins de moi-même et de ma vaillante escadrille de professeurs de philosophie, afin de remplir les rayons jusque là un peu désespérément vides du secteur &laquo;&nbsp;100&#8243; du CDI.<br />
<img class="alignright size-large wp-image-850" title="snc007926" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2009/12/snc007926-768x1024.jpg" alt="snc007926" width="249" height="269" />Cela servira autant d&#8217;incitation à la lecture pour les quelques élèves qui passeraient dans les environs et y découvriraient un titre qui saurait les séduire que de liste d&#8217;achat pour ceux qui voudraient se constituer une bibliothèque chez eux (après tout, si on considère qu&#8217;il est bien nécessaire, dans un budget annuel, de mettre un peu d&#8217;argent pour les sorties, pourquoi ne pas voir dans le budget &laquo;&nbsp;livres&nbsp;&raquo; quelque chose de tout aussi vital ?). Je vois d&#8217;ici le lecteur se disant qu&#8217;il aimerait bien avoir le budget d&#8217;un CDI pour s&#8217;acheter des livres. Je ne sais pas ce qu&#8217;il en est dans les autres secteurs de l&#8217;éducation, et en particulier dans le secteur marchand, mais du côté du public, cela demeure un investissement fort modeste. Mais bon, il doit me rester encore vingt cinq ans de bons et loyaux services à rendre à l&#8217;éducation nationale, avant de filer vers une retraite méritée (à moins que d&#8217;ici là on se mette majoritairement d&#8217;accord pour considérer que, finalement, non, ce n&#8217;est pas si mérité que ça). D&#8217;ici là, je pense avoir les moyens de faire du rayon &laquo;&nbsp;philo&nbsp;&raquo; du CDI un repère pour les rats de bibliothèque du futur.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour l&#8217;heure, on trouvera dans les achats des ouvrages plutôt pratiques, parce qu&#8217;étant donné le vide abyssal de nos rayons, il fallait aller au plus pressé. L&#8217;orientation, pour le moment, est donc allé vers les classiques, plus particulièrement ceux qui sont susceptibles d&#8217;être lus par les élèves, et vers les livres permettant d&#8217;accéder sans trop de difficultés aux notions qui sont au programme. Mais on a aussi eu à coeur d&#8217;y introduire, en passagers clandestins, des titres qui nous sont plus chers, même si c&#8217;est pour le moment en proportion infinitésimale. Le CDI doit être, à terme, le témoin de l&#8217;histoire des professeurs en tant que lecteurs de philosophie. Après tout, c&#8217;est bien ça, notre travail : intercesseurs, entremetteurs entre les auteurs, les écrits et les lecteurs potentiels.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour être tout à fait pratique, j&#8217;ai simplement pris en photo la pile de livres au moment où la commande est arrivée au lycée, (quelques intrus, commandés par d&#8217;autres disciplines, se sont glissés dans le carton !), et je vais les chroniquer rapidement dans le sens descendant de la pile (en d&#8217;autres termes, il n&#8217;y a là aucun ordre méthodologique, mais c&#8217;est souvent ainsi que se constituent nos bibliothèques personnelles !).</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong><img class="alignright size-full wp-image-843" title="imagescadqj4r2" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2009/12/imagescadqj4r2.jpg" alt="imagescadqj4r2" width="86" height="129" />100 fiches pour aborder la philosophie</strong></em>, de Cyrille Bégorre- Bret, Dominique Bourdin, Véronique Briere, et Julie Brumberg-Chaumont (2008)<br />
Voici un ouvrage fort pratique pour celui qui veut mettre un peu d&#8217;ordre dans un apprentissage un peu trop rapide, ou pour qui voudrait découvrir de manière nécessairement succincte le paysage général des problématiques philosophiques. A la différence de ces ouvrages contestables que sont les livres spécialisés dans l&#8217;épreuve du bac, qui ne proposent que des résumés de chaque chapitre, réduisant tout à une liste de choses à savoir, ces 100 fiches essaient de pousser le lecteur à la réflexion en le confrontant aux problèmes eux mêmes, fidèles en cela à l&#8217;affirmation kantienne selon laquelle on ne peut pas apprendre la philosophie, seul l&#8217;acte de philosopher pouvant être enseigné. On précisera qu&#8217;il s&#8217;agit là d&#8217;une collection fort utile. D&#8217;ailleurs, le second livre en est lui aussi issu :</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong><img class="alignright size-full wp-image-842" title="imagescasiwxav" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2009/12/imagescasiwxav.jpg" alt="imagescasiwxav" width="82" height="129" />100 fiches de culture générale</strong></em>, de Dominique Bourdin, Glibert Guislain, et Paul Jacopin (2009)<br />
Sur le même principe que le précédent, mais cette fois ci structuré autour de l&#8217;histoire de la pensée, chronologiquement, en commençant par l&#8217;antiquité et en suivant le cours du temps jusqu&#8217;à la pensée contemporaine. Chaque époque est traitée selon ses apports conceptuels, ce qui permet un autre type d&#8217;entrée dans le programme. Or, si cette grille de lecture des concepts est rarement privilégiée en cours, elle permet tout de même de se rendre compte que la pensée présente bel et bien une évolution au cours de l&#8217;histoire, et que les courants, loin d&#8217;être simplement juxtaposés, s&#8217;enchainent selon un principe logique.</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong><img class="alignright size-full wp-image-841" title="imagescav5zpm9" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2009/12/imagescav5zpm9.jpg" alt="imagescav5zpm9" width="107" height="130" />La philosophie pour les nuls</strong></em>, de Christian Godin (2007)<br />
Belle série que cette collection de titres qui osent insulter le lecteur pour mieux créer avec lui la connivence qui est une des sources possibles de la pédagogie. Ce titre en particulier est souvent agaçant pour le professeur qui le feuillète, dans la mesure où il parvient très souvent à être clair sans être simplificateur. Un seul regret, peut être, les citations, très courtes et non contextualisées. Mais pour le reste, l&#8217;approche historique n&#8217;empêche pas du tout de mettre en place des éléments de problématique et celui qui maîtriserait le contenu de cet ouvrage serait déjà nettement au dessus du lot habituel des élèves de terminale.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignright size-full wp-image-840" title="imagesca64j404" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2009/12/imagesca64j404.jpg" alt="imagesca64j404" width="87" height="129" />Marx &amp; Engels : <strong><em>Le manifeste du parti communiste</em></strong>.<br />
Il parait que Marx est de nouveau à la mode. S&#8217;il fut un temps récupéré par le courant communiste, il est aujourd&#8217;hui cité par le libéralisme comme une analyse clairvoyante. Le mieux est encore de le lire par soi-même. Le manifeste est un ouvrage court, mais dense. Sa première page est connue de tous (on ne devrait pas écrire ça, puisqu&#8217;en réalité, ce n&#8217;est pas le cas, mais disons que ne pas l&#8217;avoir lue peut, parfois, mettre dans l&#8217;embarras, au cours d&#8217;une conversation dont tous les autres participants l&#8217;ont, eux, lue !), et son ton est résolument révolutionnaire. Mais c&#8217;est à une théorie de la révolution qu&#8217;invitent ici Marx et Engels, exposant les épisodes historiques précédents, les réunissant sous l&#8217;appellation &laquo;&nbsp;lutte des classes&nbsp;&raquo;, et proposant de rompre avec le cycle jusque là sans faille des dominations de classe. On l&#8217;a acheté dans la collection des intégrales Nathan, parce que les commentaires y sont très souvent éclairants et pertinents. Mais on conseillera de lire Marx, dans un premier temps, et particulièrement ce genre de texte, par soi même, pour se confronter à ce ton directement. Ensuite, on peut y revenir avec un guide.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignright size-full wp-image-839" title="machiavel_le_prince_l33" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2009/12/machiavel_le_prince_l33.jpg" alt="machiavel_le_prince_l33" width="84" height="128" />Machiavel. <strong><em>Le Prince</em></strong><br />
Ouvrage dédié à Laurent de Medicis, Le Prince est un guide issu de l&#8217;expérience de Machiavel en tant qu&#8217;ambassadeur. Mais avant d&#8217;être un livre pratique, c&#8217;est surtout une réflexion sur la raison d&#8217;être du politique, sur ses objectifs et sur les moyens qu&#8217;il peut mettre en oeuvre. Contrairement à ce qu&#8217;on croit souvent, ce n&#8217;est pas une oeuvre idéologique : s&#8217;appuyant sur une analyse anthropologique, Machiavel y fonde le pouvoir sur ce qu&#8217;est le peuple, et sur ce que doit, dès lors, être le rôle du gouvernant. Si certains l&#8217;ont lu comme un manuel cynique pour apprenti despote, on peut reconnaître qu&#8217;un peuple composé de citoyens l&#8217;ayant lu serait, en fait, mur pour la démocratie, celle ci ne se fondant que mollement sur une conception mièvre du politique. Ajoutons que l&#8217;oeuvre est lisible par elle même, avec un accès au net ou une bibliothèque autour de soi pour éclaircir les références historiques que multiplie Machiavel (il excelle dans cet exercice), mais l&#8217;édition proposée (les intégrales Nathan, de nouveau), permet d&#8217;effectuer cette expérience de pensée en étant accompagné.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignright size-full wp-image-838" title="imagescag9f2is" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2009/12/imagescag9f2is.jpg" alt="imagescag9f2is" width="99" height="135" />Descartes, <strong><em>Le</em></strong> <strong><em>Discours de la méthode</em></strong>. Passons par dessus la difficulté liée à l&#8217;usage du français du dix-septième siècle : ce souci de démocratisation est aujourd&#8217;hui un léger obstacle à la lecture. Mais on a là un ouvrage d&#8217;autant plus lisible qu&#8217;il a été écrit pour être lu par tous, et qu&#8217;il se présente comme une enquête qui se déroulerait dans les bas fonds de la connaissance. Discerner le vrai du faux, jusque dans les doutes les plus poussés, excessifs (&laquo;&nbsp;hyperboliques&nbsp;&raquo;, dit-on dans cet ouvrage), voici le projet que se fixe Descartes. Ce livre est comme une succession quasi ininterrompue de &laquo;&nbsp;hits&nbsp;&raquo; philosophiques : le bon sens partagé par tous, les règles de la méthode, le doute méthodique et (donc) hyperbolique (tellement hyperbolique que la paranoïa cognitive développée par Matrix semble soudain bien timorée), la morale provisoire, &laquo;&nbsp;Je pense donc je suis&nbsp;&raquo;, la preuve de l&#8217;existence de Dieu, les mouvement du coeur, le biologique conçu comme une machine, l&#8217;homme qui devient comme maître et possesseur de la nature&#8230; Ce livre est à la philosophie ce que &laquo;&nbsp;Thriller&nbsp;&raquo; est à la musique pop. Cela fait suffisamment d&#8217;arguments pour se familiariser avec le français du dix-septième siècle !</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignright size-full wp-image-837" title="imagescakta9c7" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2009/12/imagescakta9c7.jpg" alt="imagescakta9c7" width="82" height="139" />Hannah Arent. <strong><em>La condition de l&#8217;homme moderne</em></strong>, chapitre 1, la condition humaine.<br />
De l&#8217;antiquité à l&#8217;époque contemporaine, c&#8217;est un renversement qui s&#8217;opère dans le domaine de l&#8217;activité humaine : nous valorisons aujourd&#8217;hui la vie active à laquelle l&#8217;antiquité préférait la vie contemplative. Mais plus précisément, dans la vie active, ce qui nous intéresse, c&#8217;est la production de biens marchands, là où nos prédecesseurs considéraient, eux, la production comme la plus basse des activités, inférieure à l&#8217;art et à l&#8217;action politique. Renversement parallèle, nous passons de la politique à l&#8217;économie, de la poursuite de la vie heureuse à la recherche de la rentabilité. En terme de civilisation, c&#8217;est comme si soudainement l&#8217;Europe reniait ses propres fondations. Voila le processus qu&#8217;analyse Hannah Arendt dans ce livre désormais classique, idéal compagnon de celui qui veut méditer le sort qui est maintenant le nôtre : avoir comme but &laquo;&nbsp;dans la vie&nbsp;&raquo;, de travailler. Une lecture d&#8217;autant plus conseillée quand nombreux sont ceux qui se voient fermer cette perspective.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignright size-full wp-image-836" title="imagesca8dkco1" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2009/12/imagesca8dkco1.jpg" alt="imagesca8dkco1" width="80" height="139" />Roger-Pol Droit.<strong><em> Une brève histoire de la philosophie</em></strong>.<br />
C&#8217;était une de nos règles de choix : privilégier les présentations de la philosophie qui permettent de la voir être mise en oeuvre, plutôt qu&#8217;un exposé qui pourrait être reproduit tel quel, en bon chien savant. Roger-Pol Droit se donne précisément comme ligne directrice de suivre les éléments d&#8217;une enquête sur la piste de la vérité, cette question qui anime, depuis ses origines, l&#8217;histoire de la philosophie. En vingt chapitres, portant sur autant de héros de cette histoire, cette histoire se tisse, de problème en problème, sous la forme d&#8217;un dialogue intergénérationnel, une avancée collective à laquelle nous pouvons à notre tour participer.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignright size-full wp-image-835" title="imagescaak1xn9" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2009/12/imagescaak1xn9.jpg" alt="imagescaak1xn9" width="84" height="129" />Ollivier Pouriol. <strong><em>Cinephilo</em></strong>.<br />
Il y a des livres qui sont enthousiasmants parce qu&#8217;ils sont exactement ce qu&#8217;on aurait aimé écrire. Ils sont agaçants pour la même raison. Cinephilo en fait partie. Ollivier Pouriol réussit à faire un usage véritablement philosophique du cinéma. Parce qu&#8217;il est une mise en image, et parce que la philosophie a pour fonds baptismaux les images elles mêmes, mises en scène par Platon sous forme de mythes, qui ne sont qu&#8217;une surface qui montre tout en se présentant comme un voile, ce que reproduit aujourd&#8217;hui, exactement, l&#8217;écran de projection du cinéma, les films offrent un territoire habité par les idées, projetées sous forme d&#8217;images mouvements. Parce que le cinéma met en scène des hommes, des vies, il est aussi propice, comme tous les arts qui mettent en jeu des récits, à tracer des perspectives que la philosophie a déjà défrichées, esquissées, définies. <strong><em>Cinéphilo</em></strong>, à travers des analyses de séquences extraites de films aussi différents que Fight-Club ou <strong><em>American Beauty</em></strong>, parvient à poser des problématiques philosophiques, et à les graver dans les neurones, tout simplement parce que le mouvement des images est sans doute le plus proche parent de celui des idées. Une lecture qui passionnera tous ceux qui viennent sur ce blog parce qu&#8217;il y est souvent question de cinéma.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignright size-full wp-image-834" title="imagescaftbjvo" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2009/12/imagescaftbjvo.jpg" alt="imagescaftbjvo" width="77" height="129" />Lucien Jerphagnon. <strong><em>Au bonheur des sages</em></strong>.<br />
D&#8217;abord, l&#8217;auteur, parce qu&#8217;il a tout de ce qu&#8217;on pourrait appeler &laquo;&nbsp;un personnage&nbsp;&raquo;. Parmi les spécialistes récents de l&#8217;histoire de la philosophie, peu donnent autant l&#8217;impression d&#8217;avoir saisi dans son ensemble leur objet d&#8217;étude, et d&#8217;avoir rendu cette saisie possible par un recul suffisant. Chez Jerphagnon, cela se traduit par une certaine manière de prendre, avec élégance, son domaine avec humour. En effet, lire Jerphagnon, c&#8217;est entendre une voix animée d&#8217;un bon gros sourire nous entretenir de ce que les philosophes peuvent avoir de sérieusement anecdotiques. C&#8217;est sa science qui permet à Jerphagnon d&#8217;aller aussi loin dans les détails que beaucoup considéreraient comme secondaires, c&#8217;est sa sagesse qui lui permet de prendre ces éléments avec humour, sans les transformer en éléments de pure érudition. Le savoir est ici une échelle à gravir, et non une masse servant à écraser le lecteur. Jerphagnon est un professeur comme il s&#8217;en fait peu, qui donne envie d&#8217;apprendre parce qu&#8217;on le voit lui même humble face à la connaissance. C&#8217;est peut être là sa principale leçon.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignright size-full wp-image-833" title="imagesca7k98g9" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2009/12/imagesca7k98g9.jpg" alt="imagesca7k98g9" width="85" height="129" />Roger-Pol Droit. <strong><em>101 expériences de philosophie quotidienne.<br />
</em></strong>Peut être un peu anecotique. Peut être aussi une idée insuffisamment aboutie, à moins que l&#8217;inaboutissement fasse partie du cahier des charges de cet ouvrage. Roger-Pol Droit propose ici d&#8217;inaugurer le mouvement philosophique par ses racines expérimentales. Après tout, il y a des moments, dans une vie, souvent les plus graves, qui sont susceptibles de provoquer une entrée en philosophie, car ils mettent à nu son caractère problématique. Sans tomber dans le panneau d&#8217;une accumulation de drames personnels potentiels, ces 101 expériences parviennent à faire germer ds interrogations à partir d&#8217;expériences de rien du tout : tuer des gens dans sa tête, appeler des inconnus au téléphone, oublier son propre nom, boire en pissant (oui oui). Rien que de l&#8217;accessible, rien que du partageable, et une porte d&#8217;entrée dans des méditations potentiellement profondes. Peut être que les textes accompagnant chaque expérience sont ils parfois un peu trop courts, mais c&#8217;est aussi ce qui leur permet de ne pas conditionner à l&#8217;avance les expériences. Mention très bien pour l&#8217;index ingénieux, en fin de volume.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignright size-full wp-image-832" title="imagescah1ocq2" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2009/12/imagescah1ocq2.jpg" alt="imagescah1ocq2" width="84" height="138" />André Comte-Sponville. <strong><em>Présentations de la philosophie</em></strong>.<br />
Douze thèmes, un nombre un tout petit peu apostolique, mais avec Comte-Sponville, on est toujours dans des territoires déjà parcourus, des méthodes aguerries, des idées solides, fasconnées par le temps. Ce n&#8217;est pas ici qu&#8217;on découvrira des nouveaux concepts, ce n&#8217;est sans doute pas ici non plus qu&#8217;on verra la philosophie produire des effets inattendus. Mais on ne demande pas cela à ces livres là (pas plus celui ci que le suivant, dans la pile des achats du jour). C&#8217;est un peu mondain, un peu convenu, mais au moins c&#8217;est une valeur sûre. Et c&#8217;est aussi ce dont on a besoin quand on est en terminale. Un fidèle compagnon, donc, dont on apprendra, ensuite, à se séparer.</p>
<p style="text-align: justify;">Luc Ferry. <strong><em>Apprendre à vivre</em></strong>.<br />
<img class="alignright size-full wp-image-844" title="imagescaegu4wy1" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2009/12/imagescaegu4wy1.jpg" alt="imagescaegu4wy1" width="78" height="129" />Un peu sur le même modèle que le précédent, avec les mêmes qualités, et les mêmes limites. Ferry est un très bon guide dans le musée de l&#8217;histoire de la philosophie, parce qu&#8217;il est capable de faire ce que peu se donnent la peine de s&#8217;imposer : se souvenir qu&#8217;il y a dans le monde un certain nombre d&#8217;hommes qui ne connaissent pas le vocabulaire spécifique de la philosophie. Or, le jargon est un obstacle d&#8217;autant plus infranchissable pour le néophyte qu&#8217;il se constitue précisément comme un code qui exclue tous ceux auxquels il n&#8217;a pas été transmis. Cet ouvrage tente, à travers cinq grandes périodes, de présenter de grands courants de pensée en ayant soin de ne pas recourir au vocabulaire des spécialistes en philosophie. Ce faisant, Ferry se contraint à une grande précision dans l&#8217;expression des idées, et à un souci pédagogique de tous les instants. Ici aussi, c&#8217;est précis, clair. Et tant que Ferry ne s&#8217;attaque pas à la philosophie contemporaine, et tant il ne se transforme pas en polémiste capable de véritable mépris culturel (ce qui semble n&#8217;avoir pas de sens quand on écrit de tels ouvrages), ces livres sont de précieux guide d&#8217;introduction. Un peu comme si on voulait découvrir le jazz, et qu&#8217;on le faisait par l&#8217;intermédiaire des choix de disques sur le site de télérama. On notera que le second volume suit le même projet, mais dans le domaine particulier des mythes.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignright size-full wp-image-830" title="imagescathwqpy" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2009/12/imagescathwqpy.jpg" alt="imagescathwqpy" width="79" height="131" />Jeanne Hersch. <strong><em>L&#8217;étonnement philosophique</em></strong>.<br />
Un classique de la découverte des auteurs. Et ce n&#8217;est que justice, car la démarche de Jeanne Hersch consiste à remonter aux origines de la réflexion chez les principaux philosophes. Et c&#8217;est sans doute la manière la plus philosophique d&#8217;aborder ces grands noms : pourquoi, dans leur vie, la philosophie est elle devenue une nécessité ? C&#8217;est un angle d&#8217;approche d&#8217;autant plus intelligent qu&#8217;il permet de court circuiter l&#8217;effet pervers qu&#8217;a l&#8217;apprentissage de la philosophie au lycée : on la pratique parce que ça rapporte des points au bac (ou pas, certes). Mais là n&#8217;est pas la raison d&#8217;être de la philosophie : celle ci n&#8217;existe pleinement qu&#8217;en dehors des circuits officiels. Or c&#8217;est précisément cette aptitude à penser hors des sentiers battus qui caractérisent les grands noms de cette discipline. C&#8217;est ce moment inaugural que tente de cerner Jeanne Hersch dans ce livre. Et c&#8217;est ce moment de surrection philosophique qu&#8217;on est invité à méditer à son tour.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignright size-full wp-image-829" title="imagescagy39d5" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2009/12/imagescagy39d5.jpg" alt="imagescagy39d5" width="79" height="129" />Epicure. <strong><em>Lettres</em></strong>.<br />
Peu de place laissée à la philosophie antique pour cette première commande. Mais c&#8217;est promis, la seconde commande lui fera davantage honneur. Mais un morceaux de choix est proposé ici avec les lettres d&#8217;Epicure. Tout d&#8217;abord, de l&#8217;oeuvre d&#8217;Epicure, il ne nous reste quasiment plus que ces lettres. Trois lettres, donc, adressées à Hérodote, Ménécée et Pythocles. A ce dernier, Epicure envoie une lettre traitant de ce qu&#8217;on appelle alors les &laquo;&nbsp;météores&nbsp;&raquo;, c&#8217;est à dire, en gros, les phénomènes ayant lieu dans le ciel. A Hérodote, il écrit une lettre exposant les principes de base de l&#8217;atomisme épicurien. Enfin, la lettre à Ménécée traite, elle, de l&#8217;éthique. De plus, cette lecture est le moyen de tordre le cou à l&#8217;image pénible de jouisseur dont est affublé l&#8217;épicurisme. Loin de cette carricature, cette école est au contraire un plaidoyer pour la modération. On découvre dans ces quelques lettres pourquoi.</p>
<p></span></p>
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