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	<title>Harrystaut &#187; Video</title>
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		<title>Manhattan Transfer</title>
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		<pubDate>Tue, 11 Oct 2011 22:06:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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		<description><![CDATA[
En 2010, l’équipe qui publiait le défunt journal Gasface mettait en ligne une mini-série consacrée à la culture Hip hop telle qu’on peut la voir vivre dans le quadrillage régulier des rues de New-York. Ceux qui sont capables de juger de ce genre de choses (c&#8217;est-à-dire, en partie, des new-yorkais et des personnes impliquées dans [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify">En 2010, l’équipe qui publiait le défunt journal <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Gasface</strong></em></span> mettait en ligne une mini-série consacrée à la culture Hip hop telle qu’on peut la voir vivre dans le quadrillage régulier des rues de New-York. Ceux qui sont capables de juger de ce genre de choses (c&#8217;est-à-dire, en partie, des new-yorkais et des personnes impliquées dans ce mouvement) reconnurent vite en New-York Minute un « hip hop guide to <a href="http://www.harrystaut.fr/files/2011/10/new-york-minute-presentation-documentaire-eve-L-11.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-2054" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/10/new-york-minute-presentation-documentaire-eve-L-11.jpg" alt="" width="308" height="433" /></a>the fast life », un hommage à la vie pressée de la grande pomme dont la forme rapide, mais tranquille, correspondait parfaitement à l’objet, une errance attentive aux rencontres, aux lignes de force qui traversent de part en part la mégapole et unit, par delà les blocs, ceux qui sont autant de pierres d’angle d’une culture en croissance, d’une vision du monde, puisque cette ville là est, telle une Babylone actuelle, une réduction, sur un même territoire, du monde entier ; frontières comprises.</p>
<p style="text-align: justify">Voyant trop souvent cette culture revendiquée en classe, mais non connue (comme bien d’autres cultures, d’ailleurs, qui sont d’autant plus mises en avant qu’elles échappent presque totalement à ceux qui veulent en être les hérauts), je me décide à mettre en ligne, de temps en temps, des documents pouvant positionner quelques bornes, des carrefours sur lesquels figureraient un ou deux panneaux indicateurs, quelques repères afin de constituer une cartographie intellectuelle, une culture en somme, sans sombrer dans la démagogie qui consisterait à enfermer les élèves dans les eaux culturelles dans lesquelles ils baignent déjà, particulièrement dans un « lycée de banlieue » qu’on associe trop souvent (et où les élèves eux-mêmes s’associent excessivement) aux cultures urbaines.</p>
<p style="text-align: justify">Evidemment, on erre un peu dans les marges, à la manière dont, chez Kubrick, on se laisse porter par le courant urbain, les yeux grand fermés à travers New-York, à ceci près que dans New-York Minute, l’ambiance est moins feutrée, on s’éloigne des beaux quartiers, le danger est plus proche même s’il reste contenu, les acteurs de ce mouvement étant parfois issus de la violence, mais l’ayant cependant dépassée pour l’investir dans la création de formes ; si on y pense, c’est bel et bien ainsi que se forment les cultures.</p>
<p style="text-align: justify">Six épisodes, donc :</p>
<p style="text-align: justify">#101 - Midnight Marauder</p>
<p style="text-align: justify"><p><a href="http://www.harrystaut.fr/2011/10/manhattan-transfer/"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a></p></p>
<p style="text-align: justify">#102 - The Magic Number</p>
<p style="text-align: justify"><p><a href="http://www.harrystaut.fr/2011/10/manhattan-transfer/"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a></p></p>
<p style="text-align: justify">#103 - Land of Dream</p>
<p style="text-align: justify"><p><a href="http://www.harrystaut.fr/2011/10/manhattan-transfer/"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a></p></p>
<p style="text-align: justify">#104 - Night Nurse</p>
<p style="text-align: justify"><p><a href="http://www.harrystaut.fr/2011/10/manhattan-transfer/"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a></p></p>
<p style="text-align: justify">#105 - Lost Generation</p>
<p style="text-align: justify"><p><a href="http://www.harrystaut.fr/2011/10/manhattan-transfer/"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a></p></p>
<p style="text-align: justify">#106 - Fast Life</p>
<p style="text-align: justify"><p><a href="http://www.harrystaut.fr/2011/10/manhattan-transfer/"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a></p></p>
<p style="text-align: justify">Le site général, présentant les six films ainsi que des compléments audio, textes, et video, se trouve à cette adresse : <a href="http://nyminute.arte.tv/fr/map/" target="_blank">http://nyminute.arte.tv/fr/map/</a></p>
<p style="text-align: justify">Pour aller directement aux films, sur le site même d&#8217;Arte, c&#8217;est par ici que ça se passe : <a href="http://nyminute.arte.tv/fr/serie/" target="_blank">http://nyminute.arte.tv/fr/serie/</a></p>
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		<title>Chute libre</title>
		<link>http://www.harrystaut.fr/2011/09/chute-libre/</link>
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		<pubDate>Mon, 26 Sep 2011 15:18:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Bonus]]></category>
		<category><![CDATA[Video]]></category>

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		<description><![CDATA[
Ni le soleil ni la mort ne se peuvent regarder en face
Héraclite
Alors que j’étais, tout à l’heure, à la recherche d’une hypothétique imprimante en ordre de marche, au sein d’un réseau informatique constitué de divers terminaux informatiques certes reliés les uns aux autres par des câbles mais semblant communiquer chacun dans leur langue (en klingon, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: right">Ni le soleil ni la mort ne se peuvent regarder en face<br />
Héraclite</p>
<p style="text-align: justify">Alors que j’étais, tout à l’heure, à la recherche d’une hypothétique imprimante en ordre de marche, au sein d’un réseau informatique constitué de divers terminaux informatiques certes reliés les uns aux autres par des câbles mais semblant communiquer chacun dans leur langue (en klingon, pour les uns, en quenya pour d’autres, quelques dissidents pratiquant, parait il, le volenska), j’ai croisé mon collègue de mathématiques qui m’apprit que les élèves que nous avons en commun, en filière scientifique, lui avaient résumé les cours de philosophie à peu près dans ces termes :</p>
<p style="text-align: justify">En gros, on n’y parlerait que de la mort.</p>
<p style="text-align: justify">Je suppose que, dès lors, les cours de mathématiques doivent ressembler à un refuge, ou à ces moments de répit que les héros de films d’horreur peuvent goûter, alors qu’ils viennent de se réfugier derrière une porte qu’ils ont tout juste claquée et verrouillée derrière eux, inconscients du pouvoir qu’a leur persécuteur (le prof&#8217; de philo&#8217;, en l&#8217;occurrence) de traverser les murs et apparaître, ni vu ni connu dans leur dos, hors champ, bien sûr, ou de fracasser la porte en balsa avec une hache subtilisée à l’hôtel Overlook.</p>
<p style="text-align: justify">Pour autant, si effectivement on est bien contraint de se mesurer à la conscience de devoir mourir, à notre déjà potentiel non-être, on se rappellera qu’il ne s’agit pas de se complaire dans de morbides pensées sans en faire quelque chose.</p>
<p style="text-align: justify">Voila qui me donne l’occasion de partager ce court métrage, dessiné à la main par Steve Cutts,  un graphiste londonien qui commence à expérimenter son art dans les images en mouvement. C’est graphiquement pas mal du tout, et ça pourrait constituer une bonne entrée en matière pour étudier la manière dont les penseurs de l’antiquité ont pu tenter de prendre un peu de hauteur vis-à-vis de notre inéluctable fin.</p>
<p style="text-align: justify">Ca donne ce qui suit :</p>
<p style="text-align: justify"><p><a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/chute-libre/"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a></p></p>
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		<title>Pour quelques kilomètres/seconde de plus.</title>
		<link>http://www.harrystaut.fr/2011/09/pour-quelques-kilometresseconde-de-plus/</link>
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		<pubDate>Mon, 26 Sep 2011 11:04:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualité]]></category>
		<category><![CDATA[Bonus]]></category>
		<category><![CDATA[Vérité]]></category>
		<category><![CDATA[Video]]></category>

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		<description><![CDATA[
Il est rare que des découvertes scientifiques fassent la une des journaux. Les neutrinos pris en flagrant délit d’excès de vitesse ont connu leur quart d’heure de gloire warholien, surprenant tout de monde par leur vélocité, mais aussi par leur aptitude à détruire, à eux seuls, une bonne partie de la théorie de la relativité [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify">Il est rare que des découvertes scientifiques fassent la une des journaux. Les neutrinos pris en flagrant délit d’excès de vitesse ont connu leur quart d’heure de gloire warholien, surprenant tout de monde par leur vélocité, mais aussi par leur aptitude à détruire, à eux seuls, une bonne partie de la théorie de la relativité telle qu’Einstein l’avait constituée.</p>
<p style="text-align: justify">Pour autant, il ne faudrait pas en déduire que ce qu’il y a de révolutionnaire dans cette découverte, ce soit le fait que les théories scientifiques puissent être révolutionnées. Parce que, même si c’est rarement ainsi qu’on les présente à l’école aux enfants et jeunes censés les apprendre, révolutionnées et révisables, elles le sont par nature.</p>
<p style="text-align: justify">Il en va des théories scientifiques comme des chefs d’œuvre de l’histoire de l’art : leur classicisme leur donne l’apparence de constructions bâties pour se mesurer à l’éternité, alors qu’elles <a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/pour-quelques-kilometresseconde-de-plus/albert-einstein/" rel="attachment wp-att-1997"><img class="alignright size-medium wp-image-1997" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/09/Albert-Einstein-281x300.jpg" alt="" width="281" height="300" /></a>sont nécessairement limitées dans le temps : nées sous forme de renversement des théories les ayant précédées, elles sont vouées à être à leur tour renversées par plus malignes qu’elles.</p>
<p style="text-align: justify">D’ailleurs, des lycéens devraient sentir ce vertige face à la nouvelle qui tombait cette semaine. Après tout, la théorie de la relativité n’est pas enseignée au lycée. ou très peu. Dès lors, ils viennent en fait d’apprendre qu’une construction scientifique qu’ils n’ont même pas encore rencontrée ne les a pas attendus pour être remise en question. S’ils sont un peu perspicaces, ils devraient savoir quoi penser du paradigme newtonien sur lequel leur apprentissage est lui-même fondé.</p>
<p style="text-align: justify">L’illusion d’optique dont on souffre lorsqu’on regarde les théories enseignées à l’école est donc moins due à une absence de connaissances qu&#8217;à un manque de mise en perspective de celles-ci. On ne peut que souhaiter, d’ailleurs, que soit élargi l’enseignement de l’histoire des sciences, seul remède à cette conception dogmatique des théories reçues comme des paroles d’Evangile.</p>
<p style="text-align: justify">Il se trouve que les medias anglo-saxons sont depuis longtemps engagés sur la voie de la vulgarisation scientifique, domaine occupé en France par Maurice Chevalet, <span style="text-decoration: underline"><em><strong>C’est pas sorcier</strong></em></span> (dont les maquettes peinent à modéliser les physiques non-newtoniennes, justement), et les frères Bogdanov, dont les mauvaises langues pourraient se demander s’ils sont eux-mêmes les relais des sciences, ou leur produit. En 2003, David Hickman réalisa pour la série de documentaires scientifique <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Nova</strong></em></span> une mini-série de trois épisodes intitulée <span style="text-decoration: underline"><em><strong>The Elegant Universe</strong></em></span>, d’après le livre du même nom, écrit par Brian Greene, qu’on retrouve ainsi à l’écran comme commentateur. En France, ces trois épisodes ont été diffusés par Arte, sous le titre « <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Ce qu’Einstein ne savait pas encore</strong></em></span> ». On devine donc que les interrogations sur sa théorie en datent pas d’hier (en fait, elles se formulèrent clairement dès 1935 autour d’une expérience de pensée nommée EPR (d’après les noms des savants Einstein, Podoski et Rosen), qui mit en évidence le point au-delà duquel Einstein refusait d’avancer dans la théorie quantique).</p>
<p style="text-align: justify">Ce documentaire met en œuvre de nombreuses techniques spécifiques à l’audiovisuel. Il a donc une certaine tendance à rendre tout un peu trop spectaculaire, parfois sans véritable raison (par exemple, l’introduction dans la maison d’Einstein mise en scène comme si des phénomènes surnaturels y avaient lieu est un peu ridicule). Cependant, au-delà des tics spécifiques aux médias anglo-saxons (les multiples répétitions liées aux interruptions publicitaires, par exemple), ces films proposent une vulgarisation intéressante, des images « parlantes », des mises en scène permettant de retenir des schémas mentaux simples, et quelques séquences qui devraient fasciner physiciens et mathématiciens en herbe (l’intuition des vibrations fondamentales dans la théorie des cordes, devant un tableau intégralement rempli de formules mathématiques illisibles pour le commun des mortels est un moment où on peut saisir, en un instant, le rôle que les mathématiques jouent désormais dans la description de cet univers).</p>
<p style="text-align: justify">On trouve très facilement ces épisodes en ligne ; aucune édition en format dvd n’est jusque là disponible (il faut se contenter de la version américaine, en DVD zone 1, non sous-titrée…). A l’heure où ces bouleversements scientifiques font la une des journaux télévisés sans qu’on leur accorde le temps nécessaire pour les comprendre, il peut être utile de les regarder, afin de se clarifier les idées.</p>
<p style="text-align: justify">Episode 1 : Le Rêve d&#8217;Einstein :</p>
<p style="text-align: justify"><p><a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/pour-quelques-kilometresseconde-de-plus/"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a></p></p>
<p style="text-align: justify">Episode 2 : La théorie des cordes :</p>
<p style="text-align: justify"><p><a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/pour-quelques-kilometresseconde-de-plus/"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a></p></p>
<p style="text-align: justify">Episode 3 : Bienvenue dans la 11ème dimension</p>
<p style="text-align: justify"><p><a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/pour-quelques-kilometresseconde-de-plus/"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a></p></p>
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		<title>Windows on the world</title>
		<link>http://www.harrystaut.fr/2011/09/windows-on-the-world/</link>
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		<pubDate>Thu, 01 Sep 2011 22:31:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Bonus]]></category>
		<category><![CDATA[Video]]></category>

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		<description><![CDATA[
Supplément à l’article qui tentait de percer de nouvelles perspectives cinématographiques dans les murs de la cour sur laquelle donnaient les fenêtres de Jeffries, dans Rear Window, de Hitchcock (http://www.harrystaut.fr/2011/01/a-partir-de-fenetre-sur-cour-exploration-du-quartier/).
On me signale qu’en 2007 la chaine américaine HBO avait tenté une première expérience de format alternatif pour la construction d’une narration. On le sait, cette [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify">Supplément à l’article qui tentait de percer de nouvelles perspectives cinématographiques dans les murs de la cour sur laquelle donnaient les fenêtres de Jeffries, dans <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Rear Window</strong></em></span>, de Hitchcock (<a href="http://www.harrystaut.fr/2011/01/a-partir-de-fenetre-sur-cour-exploration-du-quartier/" target="_blank">http://www.harrystaut.fr/2011/01/a-partir-de-fenetre-sur-cour-exploration-du-quartier/</a>).</p>
<p style="text-align: justify">On me signale qu’en 2007 la chaine américaine HBO avait tenté une première expérience de format alternatif pour la construction d’une narration. On le sait, cette chaine est spécialisée dans les séries, forme à laquelle elle a d’ailleurs contribué à donner ses lettres de noblesse, créant des titres désormais classiques (Les S<span style="text-decoration: underline"><em><strong>opranos</strong></em></span>, bien sûr, mais aussi <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Six Feet Under</strong></em></span>, ou plus récemment les <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Band of Brothers</strong></em></span>). Mais comme c’est une chaine payante, comme Canal+ en France, elle tente forcément de trouver des moyens d’adapter la narration filmée aux nouveaux supports de consommation, ce qui signifie, aujourd’hui, aux réseaux d’information.</p>
<p style="text-align: justify">On avait déjà évoqué dans ces colonnes, le <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Cube</strong></em></span> dont les faces permettaient de suivre, sous des angles différents, une seule et même histoire (<a href="http://www.harrystaut.fr/2009/11/puissance-cubique/" target="_blank">http://www.harrystaut.fr/2009/11/puissance-cubique/</a>) mais il apparaît que le même laboratoire avait tenté, avec le <span style="text-decoration: underline"><em><strong>&#8216;Voyeur Experience&#8217;</strong></em></span> quelque chose de bien plus proche du film d’Hitchcock, tellement proche à vrai dire que l’écran d’accueil y faisait explicitement référence, sous la forme d’une fenêtre au rideau baissé, devant laquelle est posée une paire de jumelles.</p>
<p style="text-align: justify"><p><a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/windows-on-the-world/"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a></p></p>
<p style="text-align: justify">S’il s’agit d’interroger les fondamentaux de la relation du spectateur aux images qu’il regarde, le projet de HBO est on ne peut plus explicite, et ce dès son titre,. On l’avait déjà exposé ici : à la source de l’expérience cinématographique il y a une volonté de voir, une pulsion scopique. Et bien entendu, si le cinéma présente une spécificité par rapport à la vie, c’est qu’il donne à voir, sur écran, ce qui dans la vie, et de la vie, ne se donne pas à voir. La vie urbaine, avec sa proximité de voisinage, ses bâtiments qui se font face, ces vis-à-vis qui donnent souvent pour horizon aux uns la fenêtre des autres, provoque cette pulsion en mettant à portée de tous une vue imprenable sur la vie de ses semblables, qui nous sont aussi semblables que peuvent l’être les personnages d’une fiction dès lors qu’on les regarde, tels des mécanismes en mouvement, « fonctionnant » derrière l’écran, paravent mais aussi surface de projection, de leur fenêtre. Pour le dire plus simplement, le simple fait que ce qui se passe derrière les rideaux soit censé être intime suscite la pulsion de le voir, et ce même si pour cela, il faut s’approcher de la fenêtre et se mettre ainsi en position d’être soi même objet du regard des autres. On renverra, au choix, à Sartre et à son analyse du rôle du regard d’autrui dans l’émergence de la conscience personnelle (dans <span style="text-decoration: underline"><em><strong>l&#8217;Etre et le néant</strong></em></span>), ou à Armistead Maupin (c’est &laquo;&nbsp;un peu&nbsp;&raquo; plus léger, on prévient) qui, dans l’un des volumes de ses <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Chroniques de San Francisco</strong></em></span>, fait de cette expérience du regard réciproque de deux voyeurs un moteur narratif assez efficace.</p>
<p style="text-align: justify">La spécificité du projet HBO, c’est de se réaliser sur l’écran des ordinateurs, puisque formellement, c’est un site accessible via internet. Une page d’accueil propose diverses adresses, et quand on clique sur l’une d’entre elles, les fenêtres d’un, ou de plusieurs appartements apparaissent, qu’on peut à leur tour sélectionner pour en faire « tomber les murs », de sorte qu’on puisse observer ce qui se passe à l’intérieur. Ceux qui ont déjà joué, dans les années 90, au jeu <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Night Trap</strong></em></span>, (sur Megadrive, la console de jeux Sega de ces années là) se <a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/windows-on-the-world/attachment/7051890/" rel="attachment wp-att-1947"><img class="alignright size-medium wp-image-1947" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/09/7051890-300x203.jpg" alt="" width="300" height="203" /></a>souviendront de ce dispositif dans lequel il fallait choisir les pièces qu’on pouvait observer, et l’angle sous lequel on allait les regarder pour pouvoir constituer, peu à peu, une connaissance totale de la situation, connaissance qui serait nécessairement abstraite puisque l’expérience, elle, demeurait parcellaire. La puissance du jeu résidait dans le fait que les scènes vues à l’écran avaient été tournées en studio, comme on tourne une série, Sega ayant, mine de rien, réalisé un film d’un nouveau genre, dont toutes les scènes étaient synchrones, en « temps réel », et dont le spectateur effectuait lui-même le montage, tout en ayant la possibilité d’intervenir sur le scénario (puisque c’est bien entendu, sa mission, que de faire en sorte que les choses se passent au mieux pour les victimes potentielles). Au cinéma, la seule alternative pour ce genre de projet, c’est le split-screen, le découpage de l’écran en fenêtres dans lesquelles on montre simultanément plusieurs éléments narratifs, comme on le voit faire, abondamment, dans la série <span style="text-decoration: underline"><em><strong>24h</strong></em></span>, ou bien, souvent, chez De Palma. Poussée à son stade extrême, le film <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Timecode</strong></em></span> (2000, Mike Figgis) est une tentative d&#8217;imposer au spectateur de regarder, sur un même écran divisé en quatre parts égales, un seul et même récit mis en scène sous la forme de quatre films constitué d&#8217;un seul très long plan séquence, tournés de manière synchronisés, et diffusés tels quels, sans autre montage qu&#8217;un léger traitement des pistes sonores, le plus souvent audibles, toutes les quatre, simultanément, laissant le cerveau du spectateur se débrouiller pour trier les informations qui lui parviennent.</p>
<p style="text-align: justify"> </p>
<p style="text-align: justify">Le problème d’internet, c’est que si le réseau défie avec un certain succès l’espace, il reste assez sensible au passage du temps : tout ne peut pas être indéfiniment conservé dans les serveurs, et de telles expériences sont gourmandes en espace de stockage. Le « Voyeur experience » avait été initié en 2007, et n’en subsiste aujourd’hui que le cœur du dispositif, disponible ici : <a href="http://archive.bigspaceship.com/hbovoyeur/" target="_blank">http://archive.bigspaceship.com/hbovoyeur/</a> c&#8217;est-à-dire la partie la plus « cinématographique », amputée de son complément, qui était constitué d’un imposant forum dans lequel on pouvait plonger, plus profondément dans la vie des personnages, ce qui ouvrait, de nouveau, une perspective supplémentaire, jouant en permanence sur le fait que les informations diffusées sur le net peuvent être en phase avec ce qu’on appelle la « réalité », tout comme elles peuvent ne pas l’être.</p>
<p style="text-align: justify">D’une certaine manière, HBO n’avait fait que concentrer dans un projet identifié un phénomène qui avait déjà pu être observé quelques moins auparavant, de manière plus floue : en 2006, une adolescente qui avait pour pseudonyme Lonelygirl15 était censée diffuser sur Youtube des videos constituant des petites chroniques de sa vie. Evidemment, le moteur central du dispositif était la tendance spontanée des spectateurs à regarder ce qui ne se présente pas a priori comme devant être vu, mais comme pouvant l’être. Quand il s’agit de pulsion scopique, la nuance est importante, et il était crucial que ces spectateurs aient l’illusion solide que ces séquences ne leur étaient pas destinées, et qu’il ne les voyait que parce qu’il allait les dénicher sur le net.</p>
<p style="text-align: justify">Le risque de tels agencements, c’est de produire davantage de complaisance que de contemplation. On l’a déjà dit, de telles mises en scènes, et de tels dispositifs ne dépassent le seuil de la complaisance (c&#8217;est-à-dire de la satisfaction simpliste, et un peu primaire) qu’en faisant écran à ce qu’elles montrent, c&#8217;est-à-dire en détournant l’attente de celui qui regarde. Le risque spécifique des initiatives telles que <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Lonelygirl15</strong></em></span> et HBO, c’est d’être avant tout motivées par la recherche de nouveaux créneaux commerciaux en matière de diffusion <a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/windows-on-the-world/panopticon/" rel="attachment wp-att-1948"><img class="alignright size-medium wp-image-1948" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/09/panopticon-300x163.jpg" alt="" width="300" height="163" /></a>de fictions. Si les réseaux d’information doivent devenir les canaux via lesquels de telles expériences peuvent être effectuées, alors sans doute le « <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Voyeur experience</strong></em></span> » et quelques jeux video sont-ils les prototypes, les tentatives encore imparfaites pour mener à bien de tels projets. Mais de toute évidence, l’œuvre spécifique rendue possible par ces nouveaux media est encore à créer. Voilà d’ailleurs qui devrait ouvrir des perspectives à ceux qui se lancent dans des filières littéraires.</p>
<p style="text-align: justify">Les artistes plasticiens ont, dans ce domaine, une bonne longueur d’avance. On pensera, par exemple, aux œuvres de Sophie Calle, qui jouent souvent sur ce dialogue entre l’œuvre et la vie privée de l’artiste, l’un et l’autre interragissant sous le regard du spectateur qui peut se trouver en position de regard collectant les informations et reconstituant l’objet à partir des morceaux qui lui en sont proposés, ou bien en situation d’acteur qui pourra intervenir sur l’œuvre, et donc dans la vie de l’artiste.</p>
<p style="text-align: justify">En littérature, et déjà investissant les possibilités nouvelles offertes par , on pourra explorer la mise à disposition de soi opérée par l’écrivain Renaud Camus depuis son livre ‘<span style="text-decoration: underline"><em><strong>P.A.</strong></em></span>’, sous titré Petite Annonce, qui double son dispositif littéraire (il faut ouvrir le livre pour comprendre) d’un site mettant à jour ce qui est mis à disposition sous la forme de ce que l’auteur appelle un « hyperlivre » (<a href="http://www.renaud-camus.net/vaisseaux-brules/" target="_blank">http://www.renaud-camus.net/vaisseaux-brules/</a>). On ne saurait trop conseiller à ceux que la question du voyeurisme en art intéresse de lire les premiers segments de cette œuvre, tant Renaud Camus s’attaque à la question avec une évidence  et une forme qui peuvent éclairer ceux qui veulent méditer un peu le rapport qu’artiste, œuvre, et spectacteur entretiennent avec ce qui se donne à voir.</p>
<p style="text-align: justify">Illustrations : le système panoptique fut créé par Jeremy Bentham à la fin du 18è siècle, et pourrait être envisagé comme une application disciplinaire de la pulsion scopique, détournée ici de telle manière que c&#8217;est celui qui se trouve sous les feux de la rampe qui, persuadé d&#8217;être observé,  se constitue comme objet livré au regard d&#8217;autrui. Le procédé est, aujourd&#8217;hui, repris aussi bien dans les systèmes de surveillance de la société civile que dans la mise en scène de la télé soi-disant &laquo;&nbsp;réalité&nbsp;&raquo;. Dans ce cas précis, la relation du spectateur à l&#8217;objet est réduite à la plus stricte complaisance, puisqu&#8217;on promet à celui qui voit que rien ne fera obstacle à son voyeurisme. Le panoptique tel que Bentham l&#8217;avait conçu ne comprenait ps cette persversion ci, puisqu&#8217;il pourrait, à l&#8217;extrême, se passer de tout observateur, laissant la surveillance aux surveillés eux mêmes.</p>
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		<title>Que gagnons-nous à travailler ?</title>
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		<pubDate>Mon, 23 May 2011 14:08:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[24 fois la vérité par seconde]]></category>
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		<category><![CDATA[Le travail]]></category>
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		<description><![CDATA[
Entre le gagne-pain et ce qui permet de gagner sa vie, on devine l’espace dans lequel se déploient les contreparties de l&#8217;effort, jamais suffisantes, justifiant qu&#8217;on voit toujours en elles un &#171;&#160;gagne petit&#160;&#187;. Tenter de discerner  ce qu&#8217;il y a à gagner à travailler, c’est tout de suite penser au salaire, c&#8217;est-à-dire à la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">Entre le gagne-pain et ce qui permet de gagner sa vie, on devine l’espace dans lequel se déploient les contreparties de l&#8217;effort, jamais suffisantes, justifiant qu&#8217;on voit toujours en elles un &laquo;&nbsp;gagne petit&nbsp;&raquo;. Tenter de discerner  ce qu&#8217;il y a à gagner à travailler, c’est tout de suite penser au salaire, c&#8217;est-à-dire à la rétribution échangée <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/05/d0002457_4b1a248ee7a5f.jpg"></a><a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/05/PHOTO01.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1852" title="PHOTO01" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/05/PHOTO01.jpg" alt="" width="374" height="568" /></a>contre l’effort que le travailleur consent à effectuer. Pourtant, envisager les choses sous cet angle, c’est réduire au moins deux fois le travail. D’une part parce que même si la soi disant sagesse populaire affirme volontiers que tout travail mérite salaire, on sait bien qu’il existe un travail non salarié. D’autre part parce que si le salaire vient compenser l’effort produit par le travailleur, la souffrance endurée au labeur, alors le travail est avant tout conçu comme une tâche pénible, au sens propre, une peine, qu’on ne consentira à effectuer que si on nous promet une contrepartie en retour. Tout en reconnaissant l’existence d’une telle logique laborieuse réclamant un échange contractuel entre salaire et force de travail, nous verrons que le travail ne se réduit pas à ce genre de mise à prix, et qu’on peut repérer en lui une valeur plus élevée, permettant de mieux en saisir l’essence. C’est en remettant en question l’idéologie d’un travail auquel l’homme serait condamné, effectué uniquement afin de toucher cet argent qui semble si nécessaire à sa survie, ou d’acquérir les biens qui en sont les fruits, qu’on parviendra à mettre en lumière que cette activité spécifiquement humaine est en réalité la seule chance qui s’offre à l’homme de prendre en main, pour de bon, ce qu’il est.</p>
<p style="text-align: justify;">1 &#8211; Le salaire de la sueur</p>
<p style="text-align: justify;">Pour établir en quoi le salaire ne peut pas être considéré comme ce qui, par le travail, est gagné, on peut choisir deux orientations. L’une d’elle consisterait à montrer qu’il y a plus intéressant à gagner dans le travail que le salaire, ce sera notre deuxième option. La première visera au contraire à montrer que contre toute apparence, il n’y a en fait dans le salaire aucun gain.</p>
<p style="text-align: justify;">A – Quelle est la contrepartie du salaire ?</p>
<p style="text-align: justify;">On parle de gain lorsqu’à l’issue d’un processus, un agent peut mesurer un bénéfice, un profit. On gagne quelque chose lorsqu’on reçoit davantage d’un processus que ce qu’on y a investi. Ainsi, pour que le salaire puisse constituer un bénéfice, il faudrait pouvoir établir que le travailleur retire, par le biais de ce revenu, plus que ce qu’il y perd. A première vue, c’est le cas, puisque de manière générale, l’emploi ne coûte rien à l’employé et que l’argent ne circule que de l’employeur vers lui, et jamais réciproquement (même si on pourrait trouver des exceptions ou des nuances, dans la coiffure par exemple, domaine dans lequel les employés doivent investir dans leur propre matériel (brosses, tondeuses, sèche-cheveux, etc.). Economiquement, donc, le gain est total. Mais ce serait un leurre que de penser que l’employé n’investit rien dans son travail. Si c’était le cas, on lui reprocherait d’ailleurs d’être trop peu investi. Ce reproche est d’ailleurs un indicateur intéressant de ce qui est vraiment en jeu dans le salaire du plus grand nombre des travailleurs : c’est sa propre personne qui est investie dans l’emploi, et si un salaire est versé, on ne peut pas le voir comme un simple gain, mais comme un échange, ou plus exactement un prix. Et comme dans toute vente, celui qui en touche le prix se dessaisit de quelque chose.</p>
<p style="text-align: justify;">B – La valeur de ce qui se vend, et dont le prix est le salaire.<br />
Dès qu’on conçoit le salaire comme le prix auquel on vend une marchandise, il est plus difficile d’y voir un gain, car pour qu’il y ait gain, il faut qu’on puisse établir <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/05/PHOTO03.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1853" title="PHOTO03" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/05/PHOTO03.jpg" alt="" width="435" height="283" /></a>que la marchandise a une valeur moindre que le prix auquel elle est vendue. Il est donc nécessaire de se demander précisément quelle est la marchandise dont le salaire est le prix. Pour l’écrasante majeure partie des travailleurs, ce qu’ils ont à vendre, c’est leur force de travail, et leur temps. En somme, être employé, c’est mettre à la disposition d’autrui une part de soi même dont on se dessaisit. Du temps de vie est vendu, ainsi que ce que Marx désigne comme de la « force de travail », de l’énergie que l’employeur achète, et utilise. Or il se trouve que cette force a nécessairement une valeur plus importante que le prix pour lequel l’employé la vend, puisqu’une fois mise au service de l’employeur, elle génère plus de valeur qu’elle n’en coûte. Mais il n’est pas évident que cette valeur ajoutée soit partagée avec l’employé, qui ne touchera que ce que vaut, sur le marché, l’énergie qu’il dépense au travail en un temps donné. Dès lors, puisque la plus-value est le plus souvent captée par l’employeur, on peut considérer que le salaire n’est pas un gain, mais au mieux un dédommagement pour le dérangement occasionné, un appât pour convaincre de venir pratiquer ce que, gratuitement, on fuirait comme la peste, pour reprendre l’expression connue de Marx.</p>
<p style="text-align: justify;">C – Ceux qui échappent à l’aliénation montrent que le salaire standard n’est pas un gain.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui montre que le phénomène d’aliénation touche bel et bien cette catégorie de travailleurs qui n’ont que leur force à vendre, c’est la situation de ceux qui, précisément, peuvent fixer leur revenu sur d’autres critères : ces derniers ne peuvent véritablement tirer bénéfice de leur activité que parce qu’ils vendent autre chose que leur force de travail et leur temps : ils proposent quelque chose d’eux que le marché ne trouve que rarement. Telle compétence, tel regard sur les choses, telle connaissance, telle image qui émane de celui dont l’action ne se réduit dès lors pas aux tâches qu’il effectue, et parvient à vendre autre chose, à bien meilleur prix. Ces travailleurs ont ceci de spécifique qu’ils maîtrisent la phase de conception qui précède l’exécution des tâches. Ce faisant, ils maîtrisent le processus du travail de part en part, et ils sont aptes à organiser et superviser le travail des autres qui, eux, ne sont là que comme main d’œuvre. Ce faisant, ils confirment ce qui semble constituer une règle, en matière de gain salarial : on gagne plus à organiser l’effort fourni par les autres qu’à produire cet effort soi même. Dès lors, on a bien confirmation que s’il y a un gain à chercher dans le travail, ce n’est pas dans le salaire qu’il faut le chercher.</p>
<p style="text-align: justify;">Transition</p>
<p style="text-align: justify;">En fait, si on pense en premier lieu au salaire lorsqu’il s’agit de concevoir ce qu’il y a à gagner dans le travail, c’est parce qu’on n’imagine pas que le travail puisse être, en lui-même, une bénédiction. On imagine dès lors qu’il faut bien qu’il apporte autre chose que lui-même, puisque lui-même n’est conçu que comme pénible, douloureux, temps perdu sur la jouissance de ce qu’il permet d’obtenir. Tant son étymologie (tripalium, un trépied dressé dans le but de ferrer les chevaux, mais aussi de torturer les hommes) que le sens qu’il prend dans la mythologie judéo-chrétienne montrent à quel point c’est un concept qu’il faut concevoir négativement. S’il est mauvais, le gain qu’on en tire doit lui être extérieur. C’est cette conception que nous allons remettre en question, afin de discerner en quoi le travail peut être considéré comme un gain en lui-même.</p>
<p style="text-align: justify;">2 – Le travail envisage comme une bénédiction</p>
<p style="text-align: justify;">A – L’enracinement de la conception du travail comme punition.</p>
<p style="text-align: justify;">Si on en croit la lecture la plus courante de la Genèse, les racines les plus profondes du travail sont à chercher dans la condamnation divine faite à Adam et Eve de ne plus vivre dans le Jardin des Jouissances originel, et de devoir obtenir leur pain à la sueur de leur front sur une Terre désormais déconnectée du jardin d’Eden, <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/05/PHOTO08.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1854" title="PHOTO08" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/05/PHOTO08.jpg" alt="" width="439" height="286" /></a>territoire de la satisfaction tellement instantanée qu’elle ne laisse même pas au manque le temps de se manifester, ne réclamant, jamais, nul effort de la part de ses habitants. Punis nous serions à notre tour à la suite d’Adam et Eve, et à strictement parler, nous ne gagnerions rien à travailler, puisque nous le ferions par pur obéissance à la colère divine. D’où l’idée qu’on n’a rien sans rien, que tout salaire mérite d’être précédé par une peine, qu’il faut travailler pour mériter, ensuite, le repos. D’où l’idée aussi que puisque le travail est fondamentalement douloureux, la seule chose positive qu’on puisse en attendre, c’est un salaire, contrepartie à la souffrance ressentie dans le travail lui-même.</p>
<p style="text-align: justify;">B – L’expulsion du paradis n’est pas la cause de l’apparition du travail, elle en est la conséquence.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est oublier un détail important dans la manière dont on décrit l’avènement du travail pour Adam et Eve. S’ils ont commis une faute, c’est une faute initiatrice : ils ont atteint la connaissance du bien et du mal, ils savent désormais qu’il est possible d’agir par soi même, en étant l’initiateur de ses propres actes, en réalisant quelque chose dont on est l’auteur, qu’on pourrait faire, ou ne pas faire. En somme, ils ne se contentent plus de ce qui est, tel qu’il est, ils visent ce qui n’est pas, ce qui devra être fait pour être. Ainsi, dès le geste par lequel la pensée d’Eve entre dans les circonvolutions de la réflexion (la pensée qui ne va plus en ligne droite d’un point à un autre, mais se courbe sur elle-même, serpentine), on peut dire qu’elle est déjà au travail, qu’elle accouche de quelque chose qui n’est pas tout à fait elle (après tout, on ne la reconnaît pas très bien dans l’acte de désobéissance qu’elle commet, comme si elle n’était plus tout à fait elle-même, et après tout, qu’est ce qu’enfanter, si ce n’est faire de soi quelque chose qui n’est pas soi ?), qu’elle se transforme en faisant quelque chose d’imprévu dans l’ordre de ce jardin. En somme, elle travaille. Et elle existe. Considéré sous cet angle, le travail n’est plus la punition provoquée par une infraction originelle, mais la condition même de l’existence, puisqu’exister, c’est précisément ne pas être réduit à ce qui est déjà.</p>
<p style="text-align: justify;">C – Le travail conçu comme processus d’humanisation du monde.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est précisément ce qui permet au travail de dépasser le simple contrat par lequel, parfois, on l’effectue contre un salaire. C’est ce qui fait que parfois, on peut être bénévole : par le travail, on réalise quelque chose qui reste une fois le travail achevé. Et cette transformation du monde, dont les autres hommes sont témoins, constitue le signe qu’un homme était là, sur Terre, pour faire ce qu’il a fait, parce que nul autre qu’un homme n’aurait pu le faire. Une des images cinématographiques les plus saisissantes de ce phénomène est sans doute la dernière scène de la Planète des singes (Schaffner, 1968), au cours de laquelle les cosmonautes égarés sur une planète qui leur est étrangère découvrent un morceau de la Statue de la liberté émergeant du sable, épave échouée au milieu d’une plage dont ils savent, soudain, grâce à elle, qu’elle fut peuplée par des hommes, qu’ils sont donc en territoire familier. Le travail étend l’humanité en dehors des limites même du corps humain. Il ne peut donc pas être réduit à la simple quantité de force d’exécution dépensée par le corps, et son seul prix ne peut pas être la rétribution permettant de reconstituer cette force. Ce que nous gagnons à travailler, dès lors, c’est la possibilité d’être au-delà de soi même, à travers les œuvres qu’on laisse derrière soi dans le monde, témoignages de ce que, précisément, nous sommes aptes à ne pas nous réduire au rang de simple exécuteur de tâche, qu’on sait faire quelque chose dont on soit pleinement l’auteur, et qui ne se résume pas au simple fait d’avoir effectué une série de gestes.</p>
<p style="text-align: justify;">D – Homo faber</p>
<p style="text-align: justify;">On peut extrapoler ce qu’on observe dans le mouvement de libération d’Adam et Eve à la conception générale du travail, et à l’observation de tous les travailleurs : en transformant le monde, l’homme donne aux choses une forme qu’elles n’avaient pas auparavant, et qu’elles n’auraient pas pu adopter par elles mêmes, car il leur aurait manqué la possibilité de concevoir cette forme. Le monde est un fait accompli qui, si on n’y touche pas, demeure tel quel, pour ainsi dire informe, s’il n’y a pas d’hommes pour le mettre en ordre par la pensée, et par l’action. Mais en transformant le monde, l’homme se fait lui-même par la même occasion, et il faut comprendre ceci tant collectivement qu’individuellement : On n’est pleinement humain qu’à la mesure des signes que nous laissons dans le monde de cette aptitude spécifique que l’on a à donner une forme à la matière. C’est tellement vrai qu’on ne reconnait comme humain des fossiles d’ossements que si on trouve dans leur environnement immédiat des objets artificiels ; sinon, il n’est pas possible d’identifier derrière les restes de squelette comme indices d’humanité. D’observations de ce genre, Bergson tirera la conclusion qu’on peut donner à cette créature qu’on appelle communément « être humain », un nom qui témoignera mieux de ce qui fait sa spécificité : Homo faber, celui qui fabrique. On retrouve dans les analyses de Marx la même reconnaissance du caractère humanisant du travail, quand il montre que dès qu’on libère l’activité humaine du carcan du salaire, on découvre ce processus qui permet de réaliser l’humanité générique, c&#8217;est-à-dire ce qui distingue le genre humain du reste du monde.</p>
<p style="text-align: justify;">Transition :</p>
<p style="text-align: justify;">On n’est dès lors pas obligé, pour définir la valeur du travail, de réduire celle-ci au salaire perçu, puisque la mauvaise réputation qui lui est faite vient en fait d’une interprétation discutable des textes fondateurs de notre civilisation. Il n’est pas nécessaire de le considérer comme une peine. Il est au contraire envisageable de voir dans le travail cette activité par laquelle l’homme fait émerger dans l’être ce qui ne devait pas être, ce qui ne pouvait pas être si l’homme ne l’avait pas fait, en étant conscient que ce « quelque chose », c’est essentiellement l’homme lui-même. Or, si on peut se mettre d’accord sur le fait que toute déshumanisation est une perte essentielle, alors on reconnaîtra que tout processus qui favorise l’humanisation est un gain. Reste que la confusion régnant sur la manière dont on considère le travail a pour effet qu’on le confond facilement avec les conditions sociales dans lesquelles il s’exerce, alors même que celles-ci peuvent amplement contribuer à enlever à l’homme le sens du travail, et donc son humanité.</p>
<p style="text-align: justify;">3 &#8211; Le travail rend libre, le fait que la formule ait été dévoyée n’y change rien.</p>
<p style="text-align: justify;">On l’a vu, cette manière d’envisager le travail le dégage en théorie tout à fait du réseau de contraintes dans lequel on se plait, d’habitude, à l’enfermer. Il ne s’agit plus de voir en lui le labeur absurde d’un Sisyphe attelé à son rocher parce qu’il le faut bien, mais une activité libre par laquelle l’homme participe au monde non pas en tant qu’exécuteur des basses manœuvres qui ne viseraient que sa survie, mais en tant que créateur, susceptible d’offrir aux choses et à lui-même des formes nouvelles. En d’autres termes, par le travail, si l’homme perd l’évidence d’un monde divin figé dans l’éternité de la satisfaction parfaite, il gagne tout simplement un monde qui, par le mouvement qu’il lui imprime, sera un monde humain, c&#8217;est-à-dire un monde dans lequel un être humain puisse se reconnaître. Mais pour cela, encore faut il que l’effort effectué puisse être pleinement identifié à ce qu’on appelle « travail ».</p>
<p style="text-align: justify;">A – Le travail n’est pas réductible à la tâche.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, si on a défini le travail comme l’effort par lequel l’homme fait émerger dans le monde des formes qui ne s’y trouveraient pas sans lui, on constate que la plupart du temps, on réduit cette définition au simple effort. D’où son assimilation au labeur, d’où le fait qu’on voit en la « peine » un quasi synonyme du travail, d’où le caractère péjoratif que, peu à peu, ce mot a reçu dans un monde qui incite les hommes à être partisans du moindre effort. Pris au sens strict d’effort, le mot travail n’évoque en effet que la douleur, la fatigue, l’énergie dépensée, les muscles en tension, la matière qui résiste, tout ce qui fait qu’on remettrait volontiers cette activité au lendemain, ou bien qu’on préfèrerait la confier à quelqu’un d’autre. Mais c’est confondre, ici, la tâche et le travail. La tâche est l’unité d’action du travail. Elle n’a pas en elle-même de sens, elle n’aboutit pas, elle ne réalise rien, elle n’est qu’une étape dans un processus plus vaste, qu’elle peut tout à fait ne pas connaître, et <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/05/PHOTO04.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1855" title="PHOTO04" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/05/PHOTO04.jpg" alt="" width="446" height="294" /></a>puisque son horizon se réduit à sa simple réalisation ponctuelle, et souvent répétée, elle se limite à l’effort qu’elle réclame. A moins d’être esclave, on n’imagine pas qu’on puisse se résoudre à n’accomplir que des tâches sans contrepartie. Or précisément, on l’a vu, c’est là le fondement même du contrat de travail : on y échange de la pénibilité contre de l’argent, du temps d’effort contre un salaire. C’est pour cela que, si l’emploi ne consistait qu’en une exécution de tâches, alors le salaire serait le seul gain qu’on puisse espérer en tirer. Mais précisément, puisque le travail ne se réduit pas à n’être qu’une simple tâche, alors le salaire ne permet pas de rendre compte des gains permis par le travail et c’est ailleurs qu’il faut chercher ce gain.</p>
<p style="text-align: justify;">B – La tâche est au travail ce que l’instant est au temps.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, le simple exécutant peut très bien ne pas savoir ce qu’il fait, son acte peut tout à fait être considéré comme une boucle, un sample, un échantillon d’action, copié tel quel et mis bout à bout de lui-même, sans fin, comme on le fait d’une séquence rythmique pour constituer une trame musicale. Si on en veut une image, on peut se tourner vers Pénélope, tissant et détissant sa tapisserie chaque jour, revenant chaque matin au début de sa boucle quotidienne, la répétition de son acte constituant la boucle rythmique sur laquelle toute l’Odyssée est composée, comme un échantillon qui tournerait en fond, immuable, dans ce temps fermé sur lui-même qu’est l’amnésie d’Ulysse. Pénélope, en tant que tisserande, ne travaille pas. Si un maître tapissier venait surveiller l’avancée des travaux, il aurait vite fait de dire que, justement, « c’est pas du travail, ça ». Elle se contente d’exécuter une tâche, précisément pour que l’histoire n’avance pas, pour ne pas passer à l’épisode qui suit la mort d’Ulysse, pour que le monde ne devienne pas autre chose que ce qu’il a été, en somme pour ne pas faire le deuil de l’instant d’avant. Mais au moins fait elle cela avec une claire conscience de sa propre improductivité : elle s’enferme dans un temps qui tourne en boucle pour ne pas avoir à se confronter à la réalisation d’un autre temps, qui serait aussi un autre monde. Le travail ouvrier peut facilement tomber dans ce non sens. Charlie Chaplin dans les Temps Modernes se voit peu à peu doté d’un corps qui a tant et si bien enregistré la chorégraphie mécanique de la chaine de montage qu’il ne cesse plus de l’exécuter, y compris pendant son sommeil. Au pied de la lettre, il ne peut plus passer à autre chose. Or c’est précisément ce que le véritable travail doit autoriser : c’est une activité qui n’a pas vocation à être répétée à l’identique éternellement, et qui n’est pas à elle-même sa propre fin. Le travail n’est à strictement parler qu’un effort visant à faire émerger quelque chose d’autre que lui-même.</p>
<p style="text-align: justify;">C – L’avantage qu’il y a à faire perdre au travail sa perspective. L’organisation sociale du travail.</p>
<p style="text-align: justify;">Duncan Jones, dans son premier long métrage, Moon, met en scène Sam Bell, un ouvrier, qui, seul employé travaillant sur le sol lunaire, a pour tâche de superviser des machines qui extraient du sol un minerai précieux dont les terriens ont un impératif besoin pour survivre. Installé sur la face de la Lune que la Terre ne voit jamais, il communique chaque jour avec sa famille, que son contrat l’autorise à rejoindre après un nombre défini d’années passées au service de la compagnie qui l’embauche. Or Ducan Jones met ce dispositif en scène selon deux temporalités : la première est celle du travail à effectuer, qui nécessite un certain nombre d’efforts à effectuer, chaque jour, afin que la mission soit correctement menée. L’employé pourrait y trouver cette forme de satisfaction que nous avons évoquée précédemment : il fournit de l’énergie aux hommes sur Terre, qui lui sont certainement quotidiennement reconnaissants pour son travail. Mais cet employé vit aussi selon une seconde temporalité, qui se situe, elle, en dehors du cycle constitué par son travail. Si ce dernier, même s’il ne se réduit pas tout à fait à l’exécution de tâches, est entièrement pris dans la boucle production/consommation, il vise cet instant où il pourra prendre la tangente de ce cercle pour bénéficier du véritable fruit de son travail : le droit de ne plus travailler, de rejoindre sa famille pour profiter, tout simplement, d’un temps qui serait véritablement libre, c&#8217;est-à-dire dégagé des obligations de production liées à la consommation journalière d’énergie sur Terre. Le problème de Sam Bell, c’est précisément que si ce temps d’après le travail <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/05/STAT025.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1856" title="STAT025" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/05/STAT025.jpg" alt="" width="415" height="297" /></a>lui est promis, tout est cependant organisé de manière à ce qu’il ne soit jamais atteint. Mais à la différence de Pénélope, qui sape elle-même son travail en le mettant en boucle, le héros de Moon pense pouvoir s’extraire du cycle sisyphien du travail en y mettant fin, inconscient de ce que, pour s’assurer qu’il ne quitterait pas son poste, ses employeurs ont fait de lui ce fameux échantillon qui sera répété, à son insu, pour un temps indéfini. Si Pénélope est l’auteur de la boucle qu’elle répète comme pour atteindre l’état d’hypnose dans lequel est plongé son mari, Sam Bell, lui, est devenu la boucle elle-même, capable de concevoir une sphère extérieure, mais incapable de la rejoindre.</p>
<p style="text-align: justify;">Si Sam Bell ne gagne rien à travailler, ce n’est pas parce qu’il y aurait quelque chose de vicié dans son travail lui-même, mais bel et bien parce que l’organisation sociale dans laquelle son effort se produit a réussi à détourner totalement son travail, en leurrant Sam Bell afin qu’il participe lui-même à sa propre aliénation. Or c’est bien là le risque qu’on court en voulant étudier le travail en se contentant d’en observer le fonctionnement : essentiellement social, il peut tout à fait être perverti par les conditions dans lesquelles il s’accomplit. En effet, si on a envisagé jusque là le travail comme cette activité qui permet, quand il est mené de manière autonome, de grandir en tant qu’humain et de dépasser le simple monde des formes telles que la nature les produit, il y a un gain plus global dans le travail, qu’on a évoqué lui aussi, qui consiste à former, tous ensemble et ce de manière parfois individuellement discrète, un monde humain. Reste qu’il ne suffit pas d’œuvrer ensemble pour que le monde soit davantage humain. On l’a vu, il n’y a humanisation que si à un moment donné on vise par le travail quelque chose qui n’est pas le travail lui-même, si on peut espérer, par une espèce de force centrifuge, échapper à l’absurde répétition des mêmes gestes, à la routine de l’exécution des tâches. Or, nous savons bien qu’une certaine organisation du travail n’envisage celui-ci que comme une manière de générer davantage de moyens afin de produire encore davantage de travail, pour générer encore plus de moyens, censés permettre de susciter plus de travail, etc. Un tel processus est à proprement parler sans fin, car la seule perspective qu’il offre à première vue, c’est une consommation qui puisse être à la hauteur de la production rendue possible par l’amélioration de la productivité. En somme, si on en reste au cycle binaire production/consommation, on peut dire qu’à aucun moment on n’a échappé à l’asservissement dans l’exécution de tâches. Certes, la consommation peut donner le sentiment d’une satisfaction, mais ce ne peut jamais être un accomplissement. Alors bien sûr, on sait depuis l’antiquité qu’en réalité, ce travail et cette consommation commune produisent aussi un bien commun, pour peu que les richesses produites au-delà de ce qui est nécessaire pour assurer une poursuite de la consommation, soient affectée à des projets qui sortent du cycle production/consommation, soit sous la forme d’un secteur public qui est la seule manière de ne pas réduire le prix du travail individuel au seul salaire dont on a vu qu’il était calculé pour priver le travailleur de la plus-value qu’il génère, soit sous la forme de ce que les grecs anciens définissaient comme le « loisir », c&#8217;est-à-dire ce qu’on a le loisir de faire lorsqu’on n’est pas occupé à régler les questions qui relèvent de la stricte nécessité.</p>
<p><iframe src="http://player.vimeo.com/video/4326374?title=0&amp;byline=0&amp;portrait=0" width="400" height="170" frameborder="0"></iframe>
<p><a href="http://vimeo.com/4326374">Moon | Bande-annonce</a> from <a href="http://vimeo.com/user751002">Pokkito</a> on <a href="http://vimeo.com">Vimeo</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">En somme, le travail a sa place en tant qu’il génère, au-delà de lui-même, une sphère humaine dans laquelle il n’intervient pas, parce que celle-ci ne relève ni de la production de biens marchands, ni de leur consommation. Si on devait d&#8217;ailleurs qualifier cette sphère, c&#8217;est la gratuité qu&#8217;il faudrait évoquer. C’est ce qui permet de définir certains domaines comme ne relevant pas de la logique marchande habituelle, tels que la santé, l’éducation, pour ne citer que les plus évidents. Ainsi, si le travail permet un gain, on peut voir qu’il ne peut jamais se réduire à la simple possibilité de conserver, ou augmenter la quantité de travail proposée, car ceci relève aussi des moyens, et non des fins. Ainsi, l&#8217;argument consistant à dire qu&#8217;il est bien nécessaire que la rentabilité des entreprises soit prioritaire sur la qualité de vie des travailleurs ne peut pas convaincre, si cette rentabilité n&#8217;est mise au service que d&#8217;un développement d&#8217;activité qui vise seulement une production et une consommation supérieure, parce qu&#8217;alors, le travail se mord la queue comme si le serpent biblique se mettait à son tour, comme coincé sur la tapisserie de Pénéloppe, effacé chaque nuit, rembobiné pour ainsi dire, à proposer en boucle de goûter au fruit de la transformation, sans que pour autant jamais  rien ne change, sans qu&#8217;on puisse jamais passer à autre chose. De ceci, on peut déduire que le véritable gain du travail consiste à ouvrir un espace et un temps au sein desquels on puisse cesser de travailler pour participer à quelque chose de plus élevé, qui propulse l’homme dans un temps spécifique qui n’est plus marqué par le retour perpétuel des mêmes gestes à exécuter et des mêmes efforts à fournir.</p>
<p style="text-align: justify;">Conclusion</p>
<p style="text-align: justify;">En somme, le travail permet à celui qui s’y adonne de devenir pleinement humain à travers ses œuvres, en se libérant de la simple activité aveugle qui ne permet pas de distinguer l’homme du reste de la nature. Reste que la possibilité d’un tel gain dépend directement de l’organisation sociale au sein de laquelle le travail s’exerce. Ainsi, il y a bien quelque chose à gagner à travailler, mais ce gain se situe rarement là où on le conçoit le plus spontanément, et cela ne se réduit jamais à ce qu’un ordre qui voudrait mettre le travail au centre de tout l’édifice social veut bien en montrer. Dès lors, si le salaire est la rançon de l’effort, qui permet seulement de demeurer partie prenante des échanges commerciaux, il ne permet de s’intégrer qu’aux sociétés qui ne se définissent que comme marchandes. On reconnait l’ambition d’une culture à sa manière d’ouvrir un espace au-delà du travail en s’appuyant sur celui-ci comme un moyen mis au service d’une fin qui le dépasse. On reconnait aussi cette ambition à la manière dont elles répartissent l’effort ainsi que la promesse d’échapper par moment à cet effort, et ce d’autant plus que ce sont les inégalités en ce domaine qui sont source des principales illusions sur ce que peut donner le travail. Et si on a avantage à faire croire que le labeur est une punition qu’il faut bien subir, docilement, pour n’avoir su demeurer dans cet au-delà paradisiaque que l’homme aurait perdu, on discerne désormais mieux en quoi il est pourtant cette élévation au dessus de la matière brute, qui permet d’atteindre un nouvel au-delà. Envisagé sous cet angle, ce qu’il y a à gagner à travailler, c’est peut être finalement ce qui, du travail, ne peut être conçu avant de s’être mis à l’ouvrage.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Toutes illustrations tirées de photographies effectuées de la statue monumentale qui surplombait le pavillon soviétique à l&#8217;exposition universelle de Paris de 1937, intitulée<strong><em><span style="text-decoration: underline;"> le Travailleur et la kolkhozienne</span></em></strong>. Création de la sculptice Véra Mukhina et de l&#8217;ingénieur Zhuravlev, elle constitue une prouesse technique, avec ses 24m de haut et ses 65 tonnes de plaques de métal inoxydables. Elle est aussi le modèle même de la manière dont le réalisme soviétique voulait valoriser le travail, hissant l&#8217;effort humain vers le ciel (c&#8217;est une pratique constante, dans ce courant artistique, que de voir les ouvrier les pieds fermement ancrés au sol, profitant de cet appui pour se mettre en total déséquilibre vers l&#8217;avant, pointant le ciel de leurs outils, comme s&#8217;ils ne le considéraient plus comme une origine perdue, mais comme un projet à construire; en ce sens, c&#8217;est un réalisme inversé par rapport à ce que pouvait proposer un peintre comme Millet). Les photographies sont censées être l&#8217;oeuvre d&#8217;un certain Richard Napier. L&#8217;information a l&#8217;air fragile; mais j&#8217;enquête.</p>
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		<title>Cache cache</title>
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		<pubDate>Sat, 21 May 2011 04:43:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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Un de nos paradoxes est le suivant :
Tout ce que nous produisons est par définition périssable, puisque le principe même de financement de nos activités réside dans le renouvellement de tout ce que nous possédons, et ce le plus rapidement possible. La péremption touche absolument tout ce que nous produisons, de plus en plus avant [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">Un de nos paradoxes est le suivant :</p>
<p style="text-align: justify;">Tout ce que nous produisons est par définition périssable, puisque le principe même de financement de nos activités réside dans le renouvellement de tout ce que nous possédons, et ce le plus rapidement possible. La péremption touche absolument tout ce que nous produisons, de plus en plus avant même que nous le consommions. Voitures, matériel informatique, téléphones, vêtements, animaux, habitat, information, nourriture même, tout est voué à destruction pour renouvellement, ce qui nous interdit d’entretenir quoi que ce soit. Les lieux dans lesquels nous nous approvisionnons en marchandises ne nous mentent pas quand ils nous disent « Tout doit disparaître ». Il serait même conseillé de prendre le message au pied de la lettre : c’est tout juste si, à peine sortis du magasin, nous ne jetons pas nos achats directement à la poubelle, juste pour le plaisir de retourner acheter la même chose, en un peu plus neuf, en un peu plus gros, en un peu plus performant, encore un peu, plus.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Little Big Man</span></em></strong> (Arthur Penn, 1970), le personnage principal, interprété par Dustin Hoffman, multiplie les traits d’ironie. Confronté à la conquête de l’Ouest par les colons, et alors qu’il découvre pour la première fois un village indien, il commente : La première fois qu’on voit un camp indien, on se dit « Je vois bien le tas d’ordures, mais où est le camp ? ». C&#8217;est probablement ce que les professeurs d&#8217;histoire diront à propos des débuts du troisième millénaire. D&#8217;une certaine manière, nous pouvons être <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/05/into-eternity-affiche.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1848" title="into-eternity-affiche" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/05/into-eternity-affiche.jpg" alt="" width="320" height="481" /></a>fiers  de nous : de notre passage dans l&#8217;histoire, subsistera une quantité de déchets qui dépasse, dans toutes ses dimensions, tout ce que la pensée peut échafauder comme image. Et non contents d’épater la galerie par la quantité de nos restes, nous frapperons aussi les esprits par leur dangerosité. Nous avons là une carte de visite qui devrait permettre à nos descendants de se faire une certaine idée du genre d&#8217;humains que nous sommes.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est là le point de départ du documentaire intitulé <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Into Eternity</span></em></strong> (Michael Madsen, 2010) : en Finlande, conscient qu’on ne peut pas produire d’électricité nucléaire sans prendre en charge la difficile question de la gestion des déchets que cette industrie produit, on a débuté les travaux d’un gigantesque site de stockage de ces déchets qu’il faut, à tout prix, maintenir hors de portée de nos descendants, et ce d’autant plus que, curieusement, de ces descendants, nous ne savons absolument rien. Si ce n’est qu’ils courent un risque. Ou plutôt : si ce n’est que nous les mettons en danger.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est que l’échelle de temps que vise ce site est hors norme. Elle dépasse même l’entendement : achevé au 22ème siècle, cet immense souterrain, d’une longueur de 5 km, profond de plusieurs centaines de mètrs, grand comme une ville, sera scellé; afin de protéger son précieux contenu pour une durée de 100 000 ans. Pour tenter de donner une échelle de temps, les toutes premières pyramides égyptiennes datent de 2600 ans. Rien de ce que l’homme a construit jusqu’à aujourd’hui n’a tenu plus de 10 000 ans, et nous ne sommes pas les champions de la construction durable. Il y a 100 000 ans, l’homme en était à sa phase néandertalienne, et il chassait le mammouth. Autant dire qu’à un horizon de 100 000 ans après nous-mêmes, tout ce que nous pouvons spéculer à propos de nos descendants, c’est ce qu’ils ne partageront plus avec nous. Ils seront physiquement aussi différents de nous que nous le sommes de l’homme de Neandertal, ils le seront même davantage car ils maîtriseront les modifications physiques proposées à l’être humain et les produiront volontairement, ils ne penseront plus selon les concepts que nous utilisons, ils ne pratiqueront plus nos religions, qu’ils considèrerons avec le regard que nous portons sur les mythologies antiques, ils ne vivront plus selon nos systèmes politiques, ils ne seront peut être plus uniquement terriens, ils ne parleront plus nos langues, nous ne pouvons dès lors leur adresser aucun message. Et malgré tout, nous savons déjà qu’ils sont en danger, à cause de nous, sans qu’on puisse les prévenir.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons ce talent de produire des effets qui dépassent notre aptitude à les concevoir. Notre propre technique nous propulse au-delà de nous-mêmes, innocents, puisque sans représentation de notre projet, irresponsables en somme. On craint toujours, quand on s’intéresse à ce type de sujet, de tomber dans une dramatisation excessive. Pourtant, faire passer à cette inquiétude profonde l’épreuve de la conceptualisation et de l’analyse ne contribue pas du tout à calmer ce sentiment que, finalement, il y a peu de chose aussi graves que celle là. Dans <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Into Eternity</span></em></strong>, cette inquiétude s’introduit dans l’image à travers un ensemble d’éléments qui, mis bout à bout, constituent peu à peu un ensemble étrange, comme si ce site de stockage, comme si l’équipe qui le conçoit, le creuse, le sécurise un siècle à l’avance, en pense aussi les limites, comme si le projet lui-même appartenait à un autre monde que le nôtre, comme s’il s’agissait d’une fiction, d’un conte tentant de ramener les humains à la raison. Mais la manière même dont le documentaire est construit ne contribue pas à rassurer : du fond des galeries creusées dans le sous sol de la Finlande, Michael Madsen ne s’adresse même plus à nous, mais directement à ceux qui, 100 000 ans après nous, devront se tenir, encore, à distance de ces déchets, alors même que nous ne disposons d’aucune signalétique dont on puisse être certain qu’ils ne la prennent pas pour une invitation à venir jouer les explorateurs dans le dédale vestige d’une civilisation dont ils n’auront peut être aucune autre trace. L’étrangeté est sans doute aussi provoquée par le fait que nous avons du mal à nous reconnaître comme les auteurs de ces techniques qui mettent l’humanité dans des dimensions aussi absurdes. C’est peut être une des raisons pour lesquelles nous pensons être à ce point impuissants à lui trouver une issue.</p>
<p style="text-align: justify;">Into Eternity fait souvent penser à des œuvres de science fiction. On y trouve des éléments de style typiques de la trilogie Qatsi (<em><strong><span style="text-decoration: underline;"> Koyaanisqatsi</span></strong></em> (1983), <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Powaqqatsi</span></em></strong> (1988), et <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Nakoyqatsi</span></em></strong> (2002)), de Godfrey Reggio, fondatrice de toutes les techniques de prise de vue, de montage et de mise en scène des films méditatifs sur la relation qu’entretient l’homme avec le monde qu’il habite, à tel point que la musique elle-même fait parfois penser à celle que Philip Glass avait composée pour Reggio. On pense évidemment à <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Dr Folamour</span></em></strong> (Kubrick, 1963) pour l’aspect extrêmement sérieux d’une entreprise que n’importe quel extraterrestre considèrerait comme délirante, à <strong><em><span style="text-decoration: underline;">2001 l’Odyssée de l’espace</span></em></strong> (Kubrick, 1968) pour la manière de filmer des techniciens à l’œuvre dans un monde d’une propreté clinique (la salle dans laquelle les ouvriers du nucléaire font leurs ablutions contient tout bonnement les lavabos les plus propres du monde), où les précautions prises sont à la hauteur des dangers encourus. On pense surtout à 2001 parce que comme celui-ci, le documentaire de Madsen se voit contraint d’embrasser une période impensable, nous connectant avec l’humanité telle que nous ne pouvons absolument pas la connaître (telle que d’ailleurs, à cause de nous, elle pourrait très bien ne jamais se connaître elle-même), et la densité du temps est suffisamment bien restituée par le montage et les prises de vue pour qu’on puisse percevoir, physiquement, ce lent passage d’un temps qu’on avait pris l’habitude de voir tout embarquer avec lui, avant que nous inventions ce qui pourrait lui résister, interdisant l’oubli ; et y contraignant simultanément. Or la méditation sur ces questions ne peut pas se détacher tout à fait de cette démesure, entre l’instantanéité de l’allumage de l’ampoule lorsqu’on appuie sur l’interrupteur, et les centaines de milliers d’années qui porteront les conséquences de cette disponibilité énergétique permanente. Au sens propre, à chaque fois que nous allumons un appareil électrique, c&#8217;est-à-dire, 24h/24, nous ne savons pas ce que nous faisons, ce qui ne nous empêche absolument pas de faire mine de maîtriser le processus, puisque le discours scientifique et technique nous dit qu’il est mesurable. Nous oublions de préciser que les mesures obtenues dépassent l’aptitude de l’entendement à se figurer ce que le raison exprime. Comme quoi un dispositif peut tout à fait être rationnel tout en étant absolument déraisonnable.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce film est finalement un genre de bouteille jetée à la mer, avec le faible espoir que les destinataires inconnus la découvrent et saisissent comment nous, qui sommes à l’origine du problème, fait notre possible pour prévenir de parfaits inconnus du fait qu’ils devraient gérer nos propres erreurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Deux détails pour finir : tout d’abord, le site de stockage de ces déchets s’appelle Onkalo. En finois, cela signifie «cachette ». Ce nom lui-même dit tout de l’ambiguïté du projet : ce site doit être conçu de telle sorte que, dans 100 000 ans, il soit totalement inconnu de nos descendants. Nous devons nous souvenir qu’il faut oublier ce lieu. D’autre part, ce site gigantesque n’est prévu que pour stocker les déchets nucléaires produits par la Finlande. Ce pays est à ce jour le seul à avoir mis en œuvre un tel projet, et on évalue la quantité totale de déchets émis, à ce jours, à 250 000 tonnes, qui jusque là, au mieux, dorment dans des piscines. Nous autres, français, ne pouvons pas jouer les innocents face à ce problème, si on précise qu’il y a en tout et pour tout, en Finlande, quatre réacteurs nucléaires en fonction, un cinquième en construction, ainsi qu’un projet d’EPR. En France, ce sont 58 réacteurs nucléaires qui sont en fonction, auxquels il faudra ajouter un EPR, actuellement en construction. Il n’y a à ce jour aucune solution décidée pour mettre ces déchets en lieu sûr. Une loi datant de 2008 prévoit que le parlement devra voter une loi lançant un projet de stockage équivalent à celui de la Finlande. Ce vote est prévu pour 2015, pour une ouverture prévue en 2025. On peut s’interroger sur un délai de décision si long, et une mise en œuvre si rapide : Les travaux de construction d’Onkalo ont débuté au 20è siècle, et ne s’achèveront qu’au 22è siècle. Le site américain de Yucca Mountain est réfléchi depuis 1978, il n’ouvrira qu’en 2017.</p>
<p style="text-align: justify;">On ne peut que conseiller, une fois encore, la lecture de Gunther Anders, absolument central dans ces problématiques, parce qu’il tient les deux bouts de la chaine de raisonnement : l’intérêt pour l’observation du phénomène nucléaire en tant que dispositif pratique, concret, mais aussi la méditation philosophique la plus poussée, articulée sur les analyses complexes qu’a pu en faire, en particulier Heidegger. C&#8217;est aussi un des très rares penseurs à se refuser absolument à dissocier l&#8217;usage civil du nucléaire de son usage militaire, précisément parce que pour lui, c&#8217;est la même essence de la technique qui est à l&#8217;oeuvre dans un cas comme dans l&#8217;autre.</p>
<p style="text-align: justify;">Sur la question de la communication avec des êtres dont nous n’avons aucune idée, cruciale lorsqu’il s’agit de prévenir nos lointains descendants du danger qui les guette, on peut lire la fin du livre de Paul Watzlawick, <strong><em><span style="text-decoration: underline;">La Réalité de la réalité</span></em></strong> (1978 en anglais, 1984 pour la traduction française), qui s’intéresse aux éléments essentiels de ce type de communication. Des recherches extrêmement poussées sont menées aujourd’hui encore en linguistique, à cause de la nécessité d’envoyer des messages urgents à nos propres descendants, leur recommandant de se méfier, a posteriori, de notre style de vie.</p>
<p><iframe width="400" height="257" src="http://www.youtube.com/embed/81wZs7la8dc?rel=0" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Into Eternity</span></em></strong> est l&#8217;occasion de se rendre compte à quel point cet étrange morceau de Kraftwerk, intitulé <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Radioactivity</span></em></strong> (1975, dans l&#8217;album du même nom) est parvenu, très tôt dans l&#8217;histoire du rapport que l&#8217;homme entretient avec son propre feu sacré, à mettre le doigt sur la tension profonde qu&#8217;un tel pouvoir provoque en nous.</p>
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		<title>D&#8217;où vient cette idée que la vie est faite de morceaux ?</title>
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		<pubDate>Fri, 21 Jan 2011 23:52:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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		<description><![CDATA[
Précision à propos du titre de l&#8217;article précédent :
&#171;&#160;La vie est faite de morceaux qui ne se joignent pas&#160;&#187; est tout d&#8217;abord une réplique tirée d&#8217;un film de Truffaut intitulé les deux anglaises et le continent, lui même adapté du roman du même nom, écrit par Henri-Pierre Roché.
Entre temps, cette réplique a constitué le motif [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">Précision à propos du titre de l&#8217;article précédent :</p>
<p style="text-align: justify;">&laquo;&nbsp;La vie est faite de morceaux qui ne se joignent pas&nbsp;&raquo; est tout d&#8217;abord une réplique tirée d&#8217;un film de Truffaut intitulé <strong><em><span style="text-decoration: underline;">les deux anglaises et le continent</span></em></strong>, lui même adapté du roman du même nom, écrit par Henri-Pierre Roché.</p>
<p style="text-align: justify;">Entre temps, cette réplique a constitué le motif d&#8217;un sample, utilisé dans les années 90 par un chanteur suisse, Jean Bart, comme leitmotiv d&#8217;une chanson qui fonctionne comme une ritournelle : <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Modern Style</span></em></strong>. L&#8217;usage de cette réplique montée en boucle est suffisamment entêtante pour que ce propos un peu énigmatique puisse accompagner durablement celui qui l&#8217;a entendu ne serait ce qu&#8217;une fois (pour donner une comparaison actuelle, ça fait penser au titre Un Disque rayé, de C.Sen).</p>
<p style="text-align: justify;">Pour la récréation, on peut proposer la ritournelle, puisqu&#8217;on en a détourné le titre :</p>
<p style="text-align: justify;"><object classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" width="480" height="360" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="allowScriptAccess" value="always" /><param name="src" value="http://www.dailymotion.com/swf/video/x6i9we_modern-style_creation?additionalInfos=0" /><param name="allowfullscreen" value="true" /><embed type="application/x-shockwave-flash" width="480" height="360" src="http://www.dailymotion.com/swf/video/x6i9we_modern-style_creation?additionalInfos=0" allowscriptaccess="always" allowfullscreen="true"></embed></object><br />
<strong><a href="http://www.dailymotion.com/video/x6i9we_modern-style_creation">Modern style</a></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour compléter cet intermède musicale, dont je sais par avance qu&#8217;il plaira à certains des lecteurs (aussi bien ceux qui m&#8217;ont fait redécouvrir ce titre que ceux à qui j&#8217;en ai parlé en salle des profs le jour où, précisément, cette boucle me trottait involontairement dans la tête), on précisera qu&#8217;il existe une version de cette chanson reprise par Françoise Hardy et Alain Delon, mais il ne semble pas tout à fait indispensable de s&#8217;y confronter.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Prévention des fusions acquisitions</title>
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		<pubDate>Tue, 21 Sep 2010 22:39:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Bonus]]></category>
		<category><![CDATA[Désir]]></category>
		<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Video]]></category>

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		<description><![CDATA[
Absence, présence, soif, élan, on a croisé ces relations à l’être nécessaire qui n’est pas là dans les articles précédents. Des esprits malins y avaient vu la forme même du transcendantal, on y verra ici celle du désir en général, et de l’amour en particulier.
On a déjà creusé, dans de lointains articles sur le désir, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">Absence, présence, soif, élan, on a croisé ces relations à l’être nécessaire qui n’est pas là dans les articles précédents. Des esprits malins y avaient vu la forme même du transcendantal, on y verra ici celle du désir en général, et de l’amour en particulier.</p>
<p style="text-align: justify;">On a déjà creusé, dans de lointains articles sur le désir, l’inaccessibilité de son objet. Comme avec (et sans) dieu, toute l’ambiguïté du désir tient à cette aspiration de soi dans l’élan vers l’objet hors de portée, qu’on poursuit pourtant pour la simple raison que même par avance inachevé, et inachevable, il est ce <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/09/Separation_by_splitz46.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-1658" title="Separation_by_splitz46" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/09/Separation_by_splitz46-300x199.jpg" alt="" width="300" height="199" /></a>seul point de fuite qui vaille d’être poursuivi. Puisque les voies des neurones sont impénétrables, accordons nous une récréation autour d’une mise en images de cette distance incompressible en amour.</p>
<p style="text-align: justify;">Irait-on jusqu’à évoquer le conseil de Cendrars, « Quand tu aimes il faut partir » ? Non, on proposera plutôt le mouvement inverse, asymptotique, même si ici ce sera pour des raisons un peu particulières.</p>
<p style="text-align: justify;">Novembre 2008, Iori Abeno et Shohei Kawasaki, deux jeunes japonais sortent de chez eux pour parcourir les 1000 km qui les séparent l’un de l’autre. Ils ne se sont jamais rencontrés, ils ont fait connaissance deux ans et demi plus tôt via un site internet, et peu à peu s’est bâtie une relation à distance, et néanmoins amoureuse. Ils ont un mois pour se rejoindre, à pied, à travers le Japon. Pendant ce mois de cheminement l’un vers l’autre, chacun est suivi par un site qui permet de visualiser leur parcours, de les suivre au jour le jour dans leur progression commune, un compteur mesurant la distance les séparant, décroissante. Evidemment, on le devine, ils ne sont pas les organisateurs de leur propre rencontre : une entreprise en fait une campagne de promotion, et cette compagnie a besoin de mettre en scène non pas leur réunion, mais leur séparation résiduelle, aussi minime soit-elle.</p>
<p style="text-align: justify;">Le compteur affichera bel et bien O,OO mm au moment de leur première étreinte, mais ce sera pour augmenter de nouveau alors qu’ils se regarderont l’un l’autre. But final de l’opération, caler le compteur sur 0,02 mm, l’épaisseur du produit dont toute l’opération fait la promotion.</p>
<p style="text-align: justify;">La publicité, qui aime d’habitude nous faire croire que les objets du désir sont accessibles, avouant par là même que précisément, ce n’est pas de désir qu’il s’agit, en se frottant au désir amoureux, établit paradoxalement, et presque mystérieusement, que dans ce domaine, la distance est de rigueur.</p>
<p style="text-align: justify;">Voici le clip résumant leur trajet :</p>
<p><object classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" width="400" height="325" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="allowscriptaccess" value="always" /><param name="src" value="http://www.youtube.com/v/u640VWLzXrM?fs=1&amp;hl=fr_FR&amp;rel=0" /><param name="allowfullscreen" value="true" /><embed type="application/x-shockwave-flash" width="400" height="325" src="http://www.youtube.com/v/u640VWLzXrM?fs=1&amp;hl=fr_FR&amp;rel=0" allowfullscreen="true" allowscriptaccess="always"></embed></object><br />
et le site qui accompagne l&#8217;ensemble de l&#8217;opération de communication; à ma connaissance, une seule de mes élèves maîtrise le japonais, les autres seront un peu égarés&#8230; <a href="http://www.lovedistance.jp/" target="_blank">http://www.lovedistance.jp/</a></p>
<p style="text-align: justify;">
<p></span></p>
]]></content:encoded>
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		<title>Etre-là</title>
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		<pubDate>Sat, 05 Jun 2010 17:07:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Bonus]]></category>
		<category><![CDATA[Video]]></category>

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		<description><![CDATA[
Que ceux qui se refusent tout à fait à voir se croiser les trajectoires de la publicité, de la télévision, d&#8217;un art contemporain diffusé selon des méthodes inspirées du marketing &#171;&#160;hype&#160;&#187;, et de l&#8217;art réservé aux happy fews soudainement mis à disposition des masses, considèrent que ce qui suit ne va pas exactement leur convenir.
Mais [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">Que ceux qui se refusent tout à fait à voir se croiser les trajectoires de la publicité, de la télévision, d&#8217;un art contemporain diffusé selon des méthodes inspirées du marketing &laquo;&nbsp;hype&nbsp;&raquo;, et de l&#8217;art réservé aux happy fews soudainement mis à disposition des masses, considèrent que ce qui suit ne va pas exactement leur convenir.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais ce soir, et quelques rediffusions permettront de se rattraper si jamais on ne passe pas ses samedi soirs devant la télé (ce qui est bien entendu une faute), et si jamais on ne lit pas chaque jour ce blog (même parenthèse que précédemment), Canal+  Cinéma offre, à la manière d&#8217;Arte, une soirée thématique autour <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/06/Spike-Jonze-Absolut-2.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1571" title="Spike-Jonze-Absolut-2" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/06/Spike-Jonze-Absolut-2.jpg" alt="" width="380" height="700" /></a>du réalisateur Spike Jones, proposant son fameux long métrage <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Being John Malkovich</span></em></strong> (<strong><em><span style="text-decoration: underline;">Dans la peau de John Malkovich</span></em></strong> en VF.), dans le cadre de sa semaine des cinéastes clippers, consacrée à Michel Gondry, Tarsem Singh, Zack Snyder et, donc Spike Jones; en somme tous ces réalisateurs à qui des coffrets <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Work of Director</span></em></strong> ont été consacrés, et qui travaillent aussi bien pour le grand écran que pour ces très courts métrages que sont les clips vidéo.</p>
<p style="text-align: justify;">Si en France, la star du genre demeure Gondry (même si plus j&#8217;en parle en cours, plus je me dis que les lycéens américains doivent mieux le connaître que les élèves français, ce qui provoque une sourde inquiétude un peu difficile à calmer), il faut admettre que les incursions de Spike Jones dans la réalisation de longs métrages, comme réalisateur ou comme scénariste constituent toujours des morceaux de choix, tant les images en mouvement qu&#8217;il proposent sont comme une pellicule d&#8217;où suintent comment des émanations d&#8217;autres mondes, tant les images sont conçues comme un vocabulaire qui joue moins avec ce qui est montré que la matière même de l&#8217;image. J&#8217;ai déjà abordé en classe les multiples intérêts que dissimule un scénario aussi ludique que celui de Being John Malkovich qui, outre le fait de jongler avec de multiples registres d&#8217;images (la captation de spectacles de marionnettistes, le montage classique de &laquo;&nbsp;cinéma&nbsp;&raquo;, le film d&#8217;entreprise, la construction de flash-back mémoriels animaliers, le faux reportage sur la remise des Oscars), joue aussi en permanence sur la distance permanente que Jonze parvient à introduire entre ce qui est montré et ce qui est vu. Les scènes d&#8217;amour, visuellement très classiques, entre John Malkovich (&#8230; John Malkovich) et Maxine (Catherine Keener), mettent en réalité en scène Maxine (qui est bel et bien&#8230; elle même&#8230;) et Lotte (Cameron Diaz), puisque c&#8217;est elle qui habite à cet instant John Malkovich qui, en tant qu&#8217;acteur, ne joue précisément plus son propre rôle. L&#8217;image, bien que potentiellement subversive aux yeux de certains, passe comme on dit &laquo;&nbsp;comme une lettre à la poste&nbsp;&raquo; par la grâce d&#8217;un scénario malin qui n&#8217;hésite pas à brouiller les pistes de la représentation, bien aidé par des personnages qui ne savent plus très bien où ils en sont, tous en quête, en eux mêmes, d&#8217;un &laquo;&nbsp;autre&nbsp;&raquo; que seul autrui peut révéler. Chez Jonze, on n&#8217;existe que par les autres, en les devenant.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais cette soirée propose un cadeau supplémentaire :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><span style="text-decoration: underline;">I&#8217;m here</span></em></strong> est un court métrage réalisé par Spike Jones, en collaboration avec la marque de spiritueux bien connue Absolute, depuis longtemps partenaires d&#8217;artistes, tels que Warhol, Keith Harring ou Juergen Teller. A vrai dire, <strong><em><span style="text-decoration: underline;">I&#8217;m here</span></em></strong>, c&#8217;est un peu plus qu&#8217;un film, ou plutôt c&#8217;est un film total puisque le processus de réalisation prend en charge la distribution et la diffusion même du court métrage. En effet, celui-ci dispose de sa propre et unique salle de diffusion, qui est constituée d&#8217;un container (comme on en trouve sur les paquebots) à l&#8217;intérieur duquel sont installés 14 places, un projecteur et un écran, effectuant une véritable tournée à travers le monde (en Mars 2010, cette salle éphémère faisait par exemple escale à Paris pour quelques jours). I&#8217;m here, c&#8217;est une histoire d&#8217;amour entre deux robots confronté à un monde d&#8217;humains. Deux singularités non reconnues comme telles, esclaves d&#8217;un monde qui leur nie tout droit à l&#8217;existence, reclus dans la banlieue de l&#8217;existence humaine, se trouvent et se conjuguent l&#8217;un par l&#8217;autre au singulier-pluriel. Tout Spike Jones est là : le trucage numérique qui ne se présente pas comme tel, l&#8217;artifice qui se donne des airs bricolo pour ne pas tomber dans la frime technique, déplaçant l&#8217;attention ailleurs, au-delà de ce qui se donne à voir. Comme dans <strong><span style="text-decoration: underline;">Being John Malkovich</span></strong>, les déchirures de l&#8217;existence, les failles du moi se planquent derrière des masques. Peu importe que ce soit celui de l&#8217;acteur ou celui d&#8217;un casque de robot : l&#8217;absence à soi, la béance ne parvient jamais à demeurer enmurée, l&#8217;incompréhension devient elle même un message que même les faciès figés des machines parviennent à exprimer. L&#8217;antithèse des robots sensuellement impassibles du <strong><em><span style="text-decoration: underline;">All is full of love</span></em></strong> de Chris Cunningham et Bjork.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/06/imagesCATZBQBR.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1572" title="imagesCATZBQBR" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/06/imagesCATZBQBR.jpg" alt="" width="91" height="129" /></a>Complément : <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Work of Director &#8211; Spike Jonze</span></em></strong> (dvd &#8211; 2003). La série <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Work of Director</span></em></strong> permet d&#8217;accéder sans attendre pendant des heures devant les chaines vendant quelques clips au poids entre deux publicités pour des services téléphoniques crétins que les programmateurs se décident à sortir du train train commercial du R&#8217;n'B le plus conventionnel (c&#8217;est à dire le plus parfaitement traître vis à vis de sa grande soeur, la soul (mais nous avons déjà abordé ça en cours)), pour proposer de véritables travaux de très courts métrages issus de réalisateurs un tout petit peu conscients de manipuler de l&#8217;image en mouvement, et aptes à faire quelque chose de cette consigne de départ. Cette collection de dvd répertorie tout ce qui se fait de mieux dans ce domaine curieusement sous-évalué par le public qui le regarde le plus. De Gondry à Cunningham (avec Jones, ils forment une sorte de sainte-trinité des réalisateurs clippers) en passant par Anton Corbijn ou Stéphane Sednaoui (entre autres). Presque incontournable pour ceux qui veulent trouver dans des formes courtes des moments saisissants de narration visuelle.</p>
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		<title>Prendre la tangente au point de fuite</title>
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		<pubDate>Mon, 12 Apr 2010 14:00:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Bonus]]></category>
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		<description><![CDATA[
Profitant de quelques minutes de pause entre deux copies, je remets en forme les plus vieux articles du blog, qui sont présentés en dépit du bon sens, si on les évalue sur leur mise en page et leur lisibilité. Par la même occasion, je complète certains d&#8217;entre eux avec des éléments que je pouvais pas [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">Profitant de quelques minutes de pause entre deux copies, je remets en forme les plus vieux articles du blog, qui sont présentés en dépit du bon sens, si on les évalue sur leur mise en page et leur lisibilité. Par la même occasion, je complète certains d&#8217;entre eux avec des éléments que je pouvais pas intégrer il y a de cela plusieurs années (ce blog se fait vieux !).</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, je concluais en Octobre 2006 une série d&#8217;articles d&#8217;introduction à la philosophie en mettant en parallèle cette manière particulière d&#8217;exercer la pensée et les trajectoires hors de l&#8217;asphalte de Kowalski dans le  film de Richard C. Safarian,<strong><em><span style="text-decoration: underline;">Vanishing Point</span></em></strong>, (1971). Comme j&#8217;ai un peu repris cette conclusion (qu&#8217;on trouve ici : [<a href="http://www.harrystaut.fr/2006/10/nouvelle-introduction-a-la-philosophie-conclusion-vanishing-point/" target="_blank">nouvelle-introduction-a-la-philosophie-conclusion</a>]), j&#8217;en profite pour glisser ici la bande annonce de ce film, qui constitue, il me semble une matrice pour toutes les images en mouvement mettant en scène des voitures en translation dans l&#8217;espace. Au passage, dès sa première image, la bande annonce montre à quel point il n&#8217;est question, dans ce film, que de trajectoires coupées, bref, de mise en espace. Et il me semblait qu&#8217;il y avait quelque chose de cet ordre là dans la philosophie. Quelqu&#8217;un comme Deleuze aiderait sans doute à voir plus clair dans ce parallèle.</p>
<p><object width="480" height="385"><param name="movie" value="http://www.youtube.com/v/pA4ymmXa8rs&#038;hl=fr_FR&#038;fs=1&#038;"></param><param name="allowFullScreen" value="true"></param><param name="allowscriptaccess" value="always"></param><embed src="http://www.youtube.com/v/pA4ymmXa8rs&#038;hl=fr_FR&#038;fs=1&#038;" type="application/x-shockwave-flash" allowscriptaccess="always" allowfullscreen="true" width="480" height="385"></embed></object></p>
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		<title>Boucles d&#8217;or</title>
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		<pubDate>Mon, 12 Apr 2010 10:06:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Audio]]></category>
		<category><![CDATA[Bonus]]></category>
		<category><![CDATA[Le travail]]></category>
		<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Video]]></category>

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Ca manque de musique, dans ce blog.
C&#8217;est que les liens entre musique et philosophie sont simultanément évidents, et complexes à décrire.
La chanson a, elle, l&#8217;avantage de tisser, parfois, dans ses paroles et dans ses sons, des structures aptes à drainer du sens. Il est alors peu étonnant que la musique des temps industriels se soit [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">Ca manque de musique, dans ce blog.</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est que les liens entre musique et philosophie sont simultanément évidents, et complexes à décrire.</p>
<p style="text-align: justify;">La chanson a, elle, l&#8217;avantage de tisser, parfois, dans ses paroles et dans ses sons, des structures aptes à drainer du sens. Il est alors peu étonnant que la musique des temps industriels se soit faite à partir de répétitions, de samples, de boucles en français. Et je connais peu d&#8217;illustrations aussi cohérentes que ce titre de Noir Désir, A l&#8217;Envers, à l&#8217;endroit, dont Michel Gondry a, manifestement, tout compris, étant donnée la pertinence de sa mise en images. Histoire d&#8217;élever la répétition à la puissance deux, j&#8217;avais, durant la rédaction de ces articles, mis le mode &laquo;&nbsp;repeat&nbsp;&raquo; sur &laquo;&nbsp;on&nbsp;&raquo;. Les chaines qui imposent de la musique pour classes marchandes devraient diffuser ce clip en boucle.</p>
<p><object width="480" height="385"><param name="movie" value="http://www.youtube.com/v/QV9aoJ2OWAM&#038;hl=fr_FR&#038;fs=1&#038;"></param><param name="allowFullScreen" value="true"></param><param name="allowscriptaccess" value="always"></param><embed src="http://www.youtube.com/v/QV9aoJ2OWAM&#038;hl=fr_FR&#038;fs=1&#038;" type="application/x-shockwave-flash" allowscriptaccess="always" allowfullscreen="true" width="480" height="385"></embed></object></p>
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		<title>Des larmes et de la vitesse</title>
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		<pubDate>Fri, 26 Feb 2010 16:06:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[24 fois la vérité par seconde]]></category>
		<category><![CDATA[Bonus]]></category>
		<category><![CDATA[Douglas Sirk]]></category>
		<category><![CDATA[Video]]></category>

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		<description><![CDATA[
Ceux qui ont lu, dans l&#8217;article précédent, les quelques pages que Fassbinder consacre à Douglas Sirk ont pu noter, au tout début du passage cité, l&#8217;évocation de Godard, à travers un article que Fassbinder intitule de manière un peu erronée, Le Temps d&#8217;aimer et le temps de mourir. En fait, le véritable titre de cet [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">Ceux qui ont lu, dans l&#8217;article précédent, les quelques pages que Fassbinder consacre à Douglas Sirk ont pu noter, au tout début du passage cité, l&#8217;évocation de Godard, à travers un article que Fassbinder intitule de manière un peu erronée, <span style="text-decoration: underline;"><em><strong>Le Temps d&#8217;aimer et le temps de mourir</strong></em></span>. En fait, le véritable titre de cet article est <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/02/godard.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-1045" title="godard" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/02/godard-300x200.jpg" alt="" width="300" height="200" /></a><strong><em><span style="text-decoration: underline;">Des larmes et de la vitesse</span></em></strong>. Il porte bien, en revanche, sur le film de Douglas Sirk, <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Le Temps d&#8217;aimer et le temps de mourir</span></em></strong>, adaptation du roman de Erich Maria Remarque, intitulé, lui, <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Le Temps de vivre et le temps de mourir</span></em></strong> (Godard s&#8217;arrête d&#8217;ailleurs sur cette modification du titre).</p>
<p style="text-align: justify;">Cette méditation de Godard sur Sirk fut publiée dans les <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Cahiers du cinéma</span></em></strong> d&#8217;Avril 1959, n° 94. On y remarquera à quel point la critique cinématographique consistait alors en une analyse approfondie des rapports complexes et uniques qu&#8217;entretiennent des images sur une toile (cf., d&#8217;ailleurs, la manière dont Godard parle de ces images, dont il lui semble qu&#8217;elles durent, chez Sirk, plus longtemps que chez les autres cinéastes) avec celui qui, amateur de cinéma, les reçoit. Nul autre que le Godard spectateur ne pourrait écrire de telles lignes, et elles sont pourtant une invitation à un cheminement esthétique que chacun peut faire sien. On travaillera bientôt sur les propositions de Kant en matière de définition du Beau. On verra que la visée de ses conceptions est universaliste, bien que s&#8217;appuyant sur la subjectivité. De tels textes, bien qu&#8217;éminemment subjectif (il s&#8217;agit du regard que Godard porte sur un film, selon sa propre culture, au sens large) sont sans doute une piste de compréhension de Kant, montrant que l&#8217;universalité n&#8217;est peut être pas à rechercher dans l&#8217;expérience concrète des oeuvres, mais dans le dialogue qui s&#8217;installe ensuite, entre les hommes, à leur sujet. Et on prendra à témoin, sur ce point, les dernières lignes de l&#8217;article, qui ont ce talent de susciter, définitivement, un autre regard du lecteur sur le moindre des travellings de Sirk. C&#8217;est ainsi que la sensibilité se cultive.</p>
<p style="text-align: justify;">Voici cet article, tel qu&#8217;il était publié dans les <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Cahiers du Cinéma</span></em></strong> :</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/02/Godard.jpg"><img class="size-thumbnail wp-image-1071 alignnone" title="Godard" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/02/Godard-150x150.jpg" alt="" width="150" height="150" /></a></p>
<p></span></p>
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		<title>Les films libèrent la tête – 1</title>
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		<pubDate>Thu, 25 Feb 2010 20:15:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Douglas Sirk]]></category>
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Mes élèves ont eu la chance d&#8217;être conviés à une projection qu&#8217;ils ont ressentie comme éprouvante de Tous les autres s&#8217;appellent Ali, à l&#8217;issue de laquelle  j&#8217;espère qu&#8217;ils ont compris, maintenant, que l&#8217;agitation de la salle n&#8217;enlevait rien au film mais qu&#8217;au contraire, elle en mettait en évidence le caractère toujours actif, comme on [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">Mes élèves ont eu la chance d&#8217;être conviés à une projection qu&#8217;ils ont ressentie comme éprouvante de <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Tous les autres s&#8217;appellent Ali</span></em></strong>, à l&#8217;issue de laquelle  j&#8217;espère qu&#8217;ils ont compris, maintenant, que l&#8217;agitation de la salle n&#8217;enlevait rien au film mais qu&#8217;au contraire, elle en mettait en évidence le caractère toujours actif, comme on pourrait dire d&#8217;une matière qu&#8217;elle est toujours radioactive, qu&#8217;elle produit toujours des effets secondaires sur les sujets qui y sont exposés. Ils auront pu <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/02/filmsliberent.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-1038" title="filmsliberent" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/02/filmsliberent-188x300.jpg" alt="filmsliberent" width="188" height="300" /></a>ainsi constater à quel point il y a parfois un écho étonnant entre une salle et un écran, sans qu&#8217;il y ait un seul instant du film dont on puisse dire qu&#8217;il constitue une représentation documentaire, ou &laquo;&nbsp;réaliste&nbsp;&raquo; de la vie (et c&#8217;est bien là que le film présente une puissance spécifique, et produit ses effets les plus grinçants, on en aura été témoins). </p>
<p style="text-align: justify;">A l&#8217;issue de la présentation de ce film, j&#8217;avais promis à ces élèves un complément, sur lequel j&#8217;ai eu un peu de mal à remettre la main.</p>
<p style="text-align: justify;">On le sait, le film de Fassbinder est en fait tissé sur la trame d&#8217;un film de Douglas Sirk, Tout ce que le ciel permet, dont il pourrait constituer une sorte de reprise décalée selon le style, les méthodes et les propos spécifiques à Fassbinder. Et même si l&#8217;apparence du film semble très éloignée des pastels sirkiens, il y a chez le réalisateur allemand un hommage véritable rendu à son prédécesseur américain, hommage que Fassbinder lui rendit non seulement sur pellicule, mais aussi par écrit, et dont on a la retranscription dans un volume aujourd&#8217;hui épuisé, intitulé <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Les films libèrent la tête</span></em></strong>, recueillant une partie fort intéressante des textes de Fassbinder sur son propre art.</p>
<p style="text-align: justify;">Le premier chapitre de ce recueil est précisément consacré à Douglas Sirk, et constitue non seulement l&#8217;expression de son héritage, mais aussi un commentaire des films du maître américain. Pour éveiller notre curiosité, Fassbinder a la bonne idée de commencer son parcours cinématographique par Tout ce que le ciel permet, et de film en film, c&#8217;est comme si on enlevait la pellicule de convenances qui habille tous les films de Sirk, et qu&#8217;on en mettait à nu le squelette de cruauté qui les soutient. On cerne alors beaucoup mieux ce qui, au delà des apparences, lie ces deux cinéastes et ces deux oeuvres, puisqu&#8217;après tout, c&#8217;est bien des rapports entre des êtres et leur milieu, entre des hommes et le monde, qu&#8217;il s&#8217;agit.</p>
<p style="text-align: justify;">Je me suis permis, étant donné le caractère très rare de cet ouvrage, d&#8217;en reproduire ici les pages qui nous concernent. Que cela incite chacun à fouiller les bouquinistes ou les boutiques en ligne pour s&#8217;en dégoter un exemplaire. Le mieux étant évidemment, à l&#8217;image de celui que j&#8217;ai en mains, emprunté à la bibliothèque Valeyre (Paris 9ème), d&#8217;en trouver un qui soit un peu abîmé, avec des annotations dans les marges, qui soit passé de mains en mains pour faire de nous, en atterrissant dans entre nos mains, les héritiers d&#8217;une transmission; la basse définition de la photo illustrant la couverture s&#8217;accommode tout à fait idéalement des outrages du temps. Un détails : la bibliothèque Valeyre présente un classement un peu anarchique de ses ouvrages de cinéma. Pour des raisons mystérieuses, l&#8217;ouvrage de Fassbinder devrait se trouver avec les autres ouvrages cotés 791.431 FAS, mais en fait, il y a un petit lot de livres qui se situent plus à gauche, tout en bas, parmi lesquels j&#8217;ai trouvé l&#8217;exemplaire qu&#8217;il me fallait. On ne sait pas où il se trouvera quand je l&#8217;aurai rendu (sinon, la réserve centrale en possède, elle aussi, un exemplaire).</p>
<p style="text-align: justify;">Voici donc, scannées, les pages de ce chapitre :</p>

<a href='http://www.harrystaut.fr/2010/02/les-films-liberent-la-tete-1/filmsliberent/' title='filmsliberent'><img width="150" height="150" src="http://www.harrystaut.fr/files/2010/02/filmsliberent-150x150.jpg" class="attachment-thumbnail" alt="filmsliberent" title="filmsliberent" /></a>
<a href='http://www.harrystaut.fr/2010/02/les-films-liberent-la-tete-1/fsirk1/' title='fsirk1'><img width="150" height="150" src="http://www.harrystaut.fr/files/2010/02/fsirk1-150x150.jpg" class="attachment-thumbnail" alt="fsirk1" title="fsirk1" /></a>
<a href='http://www.harrystaut.fr/2010/02/les-films-liberent-la-tete-1/fsirk2/' title='fsirk2'><img width="150" height="150" src="http://www.harrystaut.fr/files/2010/02/fsirk2-150x150.jpg" class="attachment-thumbnail" alt="fsirk2" title="fsirk2" /></a>
<a href='http://www.harrystaut.fr/2010/02/les-films-liberent-la-tete-1/fsirk3/' title='fsirk3'><img width="150" height="150" src="http://www.harrystaut.fr/files/2010/02/fsirk3-150x150.jpg" class="attachment-thumbnail" alt="fsirk3" title="fsirk3" /></a>
<a href='http://www.harrystaut.fr/2010/02/les-films-liberent-la-tete-1/fsirk4/' title='fsirk4'><img width="150" height="150" src="http://www.harrystaut.fr/files/2010/02/fsirk4-150x150.jpg" class="attachment-thumbnail" alt="fsirk4" title="fsirk4" /></a>
<a href='http://www.harrystaut.fr/2010/02/les-films-liberent-la-tete-1/fsirk5/' title='fsirk5'><img width="150" height="150" src="http://www.harrystaut.fr/files/2010/02/fsirk5-150x150.jpg" class="attachment-thumbnail" alt="fsirk5" title="fsirk5" /></a>
<a href='http://www.harrystaut.fr/2010/02/les-films-liberent-la-tete-1/fsirk6/' title='fsirk6'><img width="150" height="150" src="http://www.harrystaut.fr/files/2010/02/fsirk6-150x150.jpg" class="attachment-thumbnail" alt="fsirk6" title="fsirk6" /></a>
<a href='http://www.harrystaut.fr/2010/02/les-films-liberent-la-tete-1/fsirk7/' title='fsirk7'><img width="150" height="150" src="http://www.harrystaut.fr/files/2010/02/fsirk7-150x150.jpg" class="attachment-thumbnail" alt="fsirk7" title="fsirk7" /></a>
<a href='http://www.harrystaut.fr/2010/02/les-films-liberent-la-tete-1/fsirk8/' title='fsirk8'><img width="150" height="150" src="http://www.harrystaut.fr/files/2010/02/fsirk8-150x150.jpg" class="attachment-thumbnail" alt="fsirk8" title="fsirk8" /></a>
<a href='http://www.harrystaut.fr/2010/02/les-films-liberent-la-tete-1/fsirk9/' title='fsirk9'><img width="150" height="150" src="http://www.harrystaut.fr/files/2010/02/fsirk9-150x150.jpg" class="attachment-thumbnail" alt="fsirk9" title="fsirk9" /></a>
<a href='http://www.harrystaut.fr/2010/02/les-films-liberent-la-tete-1/fsirk91/' title='fsirk91'><img width="150" height="150" src="http://www.harrystaut.fr/files/2010/02/fsirk91-150x150.jpg" class="attachment-thumbnail" alt="fsirk91" title="fsirk91" /></a>

<p></span></p>
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		<title>La peur dévore l’âme</title>
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		<pubDate>Wed, 10 Feb 2010 19:43:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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		<description><![CDATA[
Comme promis à mes élèves (mais ça peut intéresser des visiteurs de passage), je mets ici quelques éléments qui serviront de préparation à la diffusion du film Tous les autres s&#8217;appellent Ali, de R.W. Fassbinder (1974).
Ceux qui s&#8217;intéressent à l&#8217;oeuvre de Fassbinder savent que la découverte de la filmographie de Douglas Sirk sera pour lui [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">Comme promis à mes élèves (mais ça peut intéresser des visiteurs de passage), je mets ici quelques éléments qui serviront de préparation à la diffusion du film <strong><em>Tous les autres s&#8217;appellent</em></strong> Ali, de R.W. Fassbinder (1974).</p>
<p style="text-align: justify;">Ceux qui s&#8217;intéressent à l&#8217;oeuvre de Fassbinder savent que la découverte de la filmographie de Douglas Sirk sera pour lui une révélation telle qu&#8217;elle va bouleverser son propre cinéma, et qu&#8217;il va orienter celui ci dans une relecture des codes du mélodrame sirkiens. Dans<strong><em> Tous les autres s&#8217;appellent Ali</em></strong>, cette référence est d&#8217;autant plus lisible que la trame du film de Fassbinder épouse celle d&#8217;un chef d&#8217;oeuvre de Sirk, intitulé <strong><em>Tout ce que le ciel permet</em></strong>. Du point de vue du récit, le parallèle est évident, puisque dans chacun de ces deux films, il s&#8217;agit pour une femme de tomber amoureuse d&#8217;un homme plus jeune qu&#8217;elle (Fassbinder ajoute le motif des distinctions ethniques, mais chez Sirk se trouve déjà celui de la barrière sociale), et de devoir assumer aux yeux de l&#8217;entourage familial et social cet amour hors <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/02/snc009001.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-992" title="snc009001" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/02/snc009001.jpg" alt="snc009001" width="412" height="313" /></a>normes. Mais la référence est aussi repérable dans le style, bien que la facture des deux films soit radicalement différente. En effet, au-delà d&#8217;une apparence diamétralement opposée, quand Sirk a recours à des éléments de style typiques de ce qu&#8217;on appelle l&#8217;abstraction lyrique (c&#8217;est à dire, par exemple, le découpage du plan selon des formes géométriques (les fenêtres lui en donnent souvent l&#8217;occasion), l&#8217;usage parfois abstraits des motifs tels que la théière brisée dont les reflets (particulièrement bien rendus par le technicolor alors tout juste inventé, et permettant des effets tout à fait nouveaux au cinéma) sur le mur vont confronter les deux couleurs majeures du film : le bleu de l&#8217;homme campagnard, dont l&#8217;hérôïne est amoureuse, et l&#8217;ocre de la passion qu&#8217;elle même ressent, ces deux couleurs séparées de noir. Tableau abstrait d&#8217;une situation que rien ne peut dire, précisément parce qu&#8217;elle constitue un tabou. On retrouve ce travail dans le film de Fassbinder, à travers les surcadrages (les portes, les fenêtres, les rampes d&#8217;escalier sont autant de moyens d&#8217;enfermer les personnages dans l&#8217;espace de la mise en scène, comme ils le sont dans l&#8217;espace social), et le jeu permanent entre les vêtements et le décor, à tel point que tout semble concourir à noyer peu à peu Emmi et Ali dans le décor : les robes d&#8217;Emmi en particulier semblent en permanence dialoguer avec les murs et l&#8217;environnement, comme si elle ne pouvait jamais devenir autre chose que ce que le monde fait d&#8217;elle, malgré l&#8217;audace de son mariage avec Ali : elle n&#8217;est que ce qu&#8217;elle est, et le monde la dévore tout comme le décor absorbe ses robes à motifs (un exemple particulièrement frappant se trouve dans la similitude visuelle entre le tissu imprimé d&#8217;une de ses robes et la vitrine dans lesquelles se trouvent les médailles militaires de son mari décédé, alors même qu&#8217;elle présente son nouveau mari à ses enfants : ce qui est censé être une scène d&#8217;émancipation, au cours de laquelle elle fait en quelque sorte son coming out auprès de ses propres enfants devient cinématographiquement l&#8217;expression de son enracinement à ce qu&#8217;elle est, et de son incapacité à s&#8217;en échapper.</p>
<p style="text-align: justify;">La référence est donc tout à fait explicite. Ainsi semble t il souhaitable de voir Tout ce que le ciel permet (qui est disponible auprès de toutes les bonnes médiathèques d&#8217;Ile de France. Cela permettra de constater à quel point les cinéastes dialoguent entre eux et comment leur art est moins influencé par le monde tel qu&#8217;il va que par les autres oeuvres auxquelles lui même se confronte.</p>
<p style="text-align: justify;">On trouvera, aussi, dans le DVD du film de Sirk, <strong><em>Tout ce que le ciel permet</em></strong>, un court métrage réalisé par François Ozon, lui aussi grand amateur de Sirk, ainsi que de Fassbinder (la biche dans la neige, au début de <strong><em>8 femmes</em></strong> est un appel du pied évident vers Sirk, et <strong><em>Gouttes d&#8217;eau sur pierres brûlantes</em></strong> est tout simplement la mise en scène cinématographique, par Ozon, d&#8217;une pièce de théâtre de Fassbinder). Ce court métrage est en fait un montage de <strong><em>Tout ce que le ciel permet</em></strong> et de <strong><em>Tous les autres s&#8217;appellent Ali</em></strong>, mettant en écho l&#8217;un et l&#8217;autre pour créer de véritables résonnances cinématographiques. Le même DVD comporte d&#8217;autres suppléments passionnants, dont un texte de Fassbinder, à propos de Sirk, mis en image, et une interview de Todd Haynes, autre grand amateur de Sirk (qui lui rend très clairement hommage dans un film d&#8217;un tout autre genre, intitulé <strong><em>Loin du paradis</em></strong>)</p>
<p style="text-align: justify;">Avant tout, voici le lien vers la fiche sur le film, destinée aux élèves : <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/02/touslesautressappellentalifiche1.pdf">Tous les autres s&#8217;appellent Ali</a></p>
<p style="text-align: justify;">Mais comme ces outils sont très bien faits, et que le format pdf permet de les partager, voici le dossier destiné aux enseignants, qui est plus complet : <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2010/02/touslesautressappellentali1.pdf">tous les autres s&#8217;appellent Ali</a> </p>
<p style="text-align: justify;">En complément, on pourra lire les textes de Fassbinder lui même :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Les films libèrent la tête</em></strong> (1989), recueil de textes dont est extrait celui qui est lu dans le supplément DVD à Tout ce que le ciel permet. Plusieurs hommages à Sirk se trouvent dans ce recueil.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>L&#8217;anarchie de l&#8217;imagination</em></strong> (1986), recueil d&#8217;entretiens et interviews, dont l&#8217;un est consacré à Tous les autres s&#8217;appellent Ali. On y trouve aussi un entretien entre Sirk et Fassbinder, ce qui ne peut que provoquer une envie irrépressible d&#8217;avoir immédiatement cet ouvrage entre les mains.</p>
<p style="text-align: justify;">Et pour ceux qui aimeraient aller plus loin dans l&#8217;univers de Fassbinder, on conseillera, outre ses films :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>R.W. Fassbinder, un cinéaste d&#8217;Allemagne</em></strong>, de Thomas Elsaesser (1996). Volume imposant, abordant l&#8217;oeuvre de Fassbinder sous des angles divers, proposant des réflexions très intéressantes et se confrontant aux zones d&#8217;ombres de ce cinéaste.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Ingrid Caven</em></strong>, de Jean-Jacques Schuhl (2000). Ingrid Caven fut deux années durant l&#8217;épouse de Fassbinder. Elle fut aussi l&#8217;interprète de certains de ses films. Actrice et chanteuse, sa trajectoire fait l&#8217;objet d&#8217;un roman que des élèves amateurs de littérature seront capables d&#8217;apprécier. D&#8217;une écriture pour le moins singulière, Jean-Jacques Schuhl traverse dans ce livre la seconde moitié du vingtième siècle, en compagnie de celle qui deviendra sa compagne, et on y croise, évidemment, au long cours, Fassbinder, qui constitue un des moteurs littéraires de l&#8217;auteur. Et chez l&#8217;auteur comme chez le cinéaste, tout est finalement dans la mise en scène, et dans la distance. C&#8217;est là un de ces livres qui permettent d&#8217;entrer en contact avec ce qu&#8217;est la littérature.</p>
<p style="text-align: justify;">Illustration : Fassbinder et El Hedi Ben Salem sur le tournage de <strong><em>Tous les autres s&#8217;appellent Ali</em></strong>.</p>
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		<title>Puissance cubique</title>
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		<pubDate>Sat, 07 Nov 2009 21:49:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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		<description><![CDATA[
http://www.hboimagine.com/
Avant que la filière littéraire se transforme, à la manière dont les carrosses retournent subitement, au douzième coup de minuit, à leur originelle forme cucurbitacée, en série linguistique, produisant à la pelle des polyglottes aptes à aller traduire contrats de ventes et interrogatoires musclés aux quatre coins du monde, avant que la terminale L devienne [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.hboimagine.com/" target="_blank">http://www.hboimagine.com/</a></p>
<p style="text-align: justify;">Avant que la filière littéraire se transforme, à la manière dont les carrosses retournent subitement, au douzième coup de minuit, à leur originelle forme cucurbitacée, en série linguistique, produisant à la pelle des polyglottes aptes à aller traduire contrats de ventes et interrogatoires musclés aux quatre coins du monde, avant que la terminale L devienne une énième série professionnelle, en somme, axée sur l&#8217;usage professionnel que pourront faire les élèves de la formation qu&#8217;ils auront reçue en cours, avec quelques heures de facultatives options liées à ces futilités que sont la littérature, la philosophie, l&#8217;histoire de l&#8217;art, avant que minuit sonne, on peut imaginer, un instant, que les <img class="alignright size-full wp-image-667" title="l498xh213_jpg_500_hboimagine-ee691" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2009/11/l498xh213_jpg_500_hboimagine-ee691.jpg" alt="l498xh213_jpg_500_hboimagine-ee691" width="498" height="213" />élèves des filières littéraires puissent s&#8217;intéresser à la question de la narration.<br />
Ils pourraient d&#8217;autant plus s&#8217;y intéresser qu&#8217;ils sont, comme tout le monde, plongés en permanence dans les flux narratifs, puisque notre quotidien est une sollicitation constante de récits, sous les formes classiques de la littérature, du cinéma, des séries, mais aussi de la politique (le fameux storytelling) et des récits du moi (facebook, microblogging en général, twitting en particulier, qui ne sont que des développements techniques de l&#8217;autofiction). Bien entendu, loin de constituer une nouveauté, ce bain narratif dans lequel nous évoluons ne constitue en réalité qu&#8217;une forme contemporaine des formes qui ont toujours accompagné les humains dans leur passage terrestre. Croyances, mythes, épopées, récits historiques, tragédie, roman sont de toute évidence les ancêtres des récits contemporains, et si avons pris l&#8217;habitude de regarder la narration avec un peu de dédain, lui préférant l&#8217;analyse conceptuelle, le récit résiste à l&#8217;usure du temps, et s&#8217;impose comme la forme qui permet au plus grand nombre de saisir les concepts sous leur forme la plus commune : le percept, et l&#8217;affect.</p>
<p style="text-align: justify;">Néanmoins, l&#8217;étude de ces récits ne peut pas être séparée de l&#8217;analyse des conditions concrèteses qui permettent leur développement, particulièrement aujourd&#8217;hui, dans la mesure où ces constructions de l&#8217;esprit doivent trouver un financement pour être produites, puis distribuées. Tout le monde a pu noter, ces dernières années, combien les séries télévisées ont pris une place importante dans la construction des récits contemporains, rebondissant sur les structures antiques des mythes (regarder <strong><em>Dalla</em></strong>s dans cette optique est édifiant), du théâtre (qui est la condition de production des séries les plus populaires des années 80, tournées sur scène, et en public), du roman au long cours, puis du cinéma, particulièrement sous la forme de la comédie dramatique (on pourrait analyser comment <strong><em>Desperate Housewives</em></strong>, en particulier, reprend les codes des drames de Douglas Sirk, pour ne citer que cet exemple, et parvient, à l&#8217;instar de son modèle, à subvertir les dogmes moraux de l&#8217;Amérique bourgeoise en faisant mine de les reproduire).</p>
<p style="text-align: justify;">Mais on oublie que le nerf de la guerre narrative, ici comme ailleurs, c&#8217;est le financement. Ainsi, si les séries ont aujourd&#8217;hui pris l&#8217;importance qu&#8217;elles ont, à tel point qu&#8217;elles constitueront sans doute un des points marquants de la culture du début du vint et unième siècle, aux yeux de l&#8217;histoire, c&#8217;est parce qu&#8217;une chaine de télévision américaine, HBO, fondée sur le principe de l&#8217;abonnement de ses téléspectateurs, a eu les moyens, dans les années 80, de développer des récits ambitieux qui allaient sortir des formats habituellement &laquo;&nbsp;pauvres&nbsp;&raquo; des séries proposées, revenant vers une véritable ambition en terme d&#8217;écriture, de mise en scène, de propos, de réalisation. Ainsi, <strong><em>Les Soprano</em></strong>, <em>Six feet under</em>, <strong><em>Carnivale</em></strong>, <strong><em>Sex and the City</em></strong>, <strong><em>Rome</em></strong>, pour ne citer que les productions les plus célèbres de cette chaine, vont définir le nouveau standard des récits audiovisuels, au point que ces formats vont peu à peu concurrencer le cinéma lui-même dans ses ambitions, plaçant régulièrement la barre artistique plus haut que le grand écran.</p>
<p style="text-align: justify;">Puis vint le téléchargement. Comme on l&#8217;a dit, la création ne peut être détachée des conditions économiques de sa distribution. Les séries, comme le cinéma, constituent une industrie nécessitant des investissements et&#8230; des investisseurs. Dès que le spectateur réussit à regarder les épisodes des <img class="alignright size-full wp-image-668" title="hboimagine" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2009/11/hboimagine.jpg" alt="hboimagine" width="350" height="275" />séries sans regarder les publicités qui les accompagnent, le financement des séries devenait critique, et on vit ces équipes de scénaristes, dialoguistes, réalisateurs, se heurter au mur d&#8217;un coût de production trop élevé par rapport à ce que l&#8217;aventure industrielle promettait de rapporter aux actionnaires. La chaine HBO faillit ne pas s&#8217;en remettre et on vit même une année pleine de diffusion des séries amputée d&#8217;une bonne partie de son contenu, certaines séries phares remises en question, et réduites à une poignée d&#8217;épisodes, parfois rafistolés, parfois géniaux.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme toujours, et comme dans tous les domaines, ce moment de crise peut aussi bien conduire à la disparition de ce qui restera comme une parenthèse enchantée de la fiction télévisuelle, avec la disparition d&#8217;un savoir faire jusque là rarement réuni, qu&#8217;à l&#8217;apparition d&#8217;une nouvelle forme. Parce qu&#8217;elle est sans doute la plus touchée, la chaine HBO qui avait mis dans le panier des séries tous ses oeufs créatifs, se devait de trouver de nouvelles voies, adaptées aux nouvelles conditions de distribution de ces oeuvres de l&#8217;esprit. Retour, donc, aux formats plus courts, et à des préoccupations plus sociales avec, par exemple, <strong><em>Hung</em></strong>, mais surtout, expérimentation de nouvelles formes de narration spécifiquement destinées à la diffusion sur le net.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, sur le site de la chaine, on peut expérimenter ce qui pourrait constituer la prochaine forme de récit populaire, qui exploite pleinement les possibilités offertes par le net. <strong><em>The Affair</em></strong>, au premier abord, se présente sur l&#8217;écran d&#8217;ordinateur comme un cube dont on peut regarder quatre faces, constituant, on le comprend vite, quatre angles de vue sur une même scène. Quand on lance la lecture de la séquence, on peut choisir, en direct, l&#8217;angle sous lequel on va la regarder. Bien entendu, tout le talent de la réalisation consiste à mettre en scène le récit de manière à ce que chaque angle de vue soit une unité de sens spécifique, tout en développant la même &laquo;&nbsp;histoire&nbsp;&raquo;, ce qui constitue une mise en évidence de plus du fait que ce qui importe vraiment, ici encore, c&#8217;est ce qui est au delà de ce qu&#8217;on voit. Mais l&#8217;expérience ne s&#8217;arrête pas là : au delà de ce centre de gravité qu&#8217;est ce cube, le site se présente comme un univers à part entière, dans lequel on va pouvoir naviguer pour découvrir un nombre indéfini d&#8217;éléments supplémentaires, enrichissant le récit de départ, et le remettant, évidemment, en question. Le spectateur les découvre dans un ordre relativement libre, à son propre rythme, construisant son propre récit, en comblant lui même les ellipses constituées par la distance entre les documents qu&#8217;il rencontre. Une arborescence accompagne l&#8217;exploration de cet univers, constituant une cartographie évitant de se perdre tout à fait.</p>
<p style="text-align: justify;">La proposition est si pertinente, aussi bien en termes économiques (ce n&#8217;est pas téléchargeable, l&#8217;expérience ne peut se faire que sur le site, il n&#8217;y a pas de contrainte de diffusion, d&#8217;horaires, de saisons, on peut aisément imaginer des formes adaptées de financement par la publicité, ou d&#8217;abonnement cette fois incontournable), qu&#8217;en termes artistiques (nouvelle forme, nouvelle expérience, rupture avec la linéarité traditionnelle du récit, possibilités de jeu avec les fondamentaux narratifs décuplées&#8230;) qu&#8217;on voit mal comment le principe ne se développerait pas.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignright size-full wp-image-669" title="hbo-imagine" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2009/11/hbo-imagine.jpg" alt="hbo-imagine" width="580" height="300" />Constituant autant une alternative au récit traditionnel qu&#8217;à cette forme nouvelle qu&#8217;est le jeu vidéo, encore excessivement empêtré dans la linéarité, dans le spectaculaire et dans la référence au cinéma, The Affair trace une nouvelle voie qui, une fois qu&#8217;elle a été expérimentée, ternit déjà un peu la puissance des formats précédents. Tout l&#8217;intérêt de l&#8217;expérience résidera dans la manière dont une nouvelle espèce de créateurs prendra en mains le principe pour fonder de nouvelles règles en matière de scénarisation, inventant par là même les futurs classiques. On n&#8217;a pas tous les jours l&#8217;occasion de constater combien la création doit parfois moins à l&#8217;imagination qu&#8217;à la mise en place, fortuitement, de conditions de production spécifiques, qui provoquent certains effets, dont les oeuvres constituent l&#8217;essentiel. Ces nouveaux formats, loin de se contenter de parler de nous, finalement, parlent surtout pour nous.</p>
<p style="text-align: justify;">Ajoutons, pour finir, que cette expérience se décline aussi sous forme d&#8217;installation : un cube constitué de quatre écrans géants se déplace de ville en ville pour diffuser ces séquences narratives. Le principe semble un peu embryonnaire et déjà-vu. En revanche, rien n&#8217;empêche d&#8217;imaginer un jour des lieux plus complexes, qu&#8217;il s&#8217;agirait d&#8217;explorer tel qu&#8217;on peut le faire dans des univers virtuels : on peut imaginer ce que serait, par exemple, une maison insérée dans le paysage urbain, dont les fenêtre seraient constituées par autant d&#8217;écrans par lesquels le voyeurisme essentiel du spectateur viendrait s&#8217;assouvir, avec des portes auxquelles on pourrait venir coller son oreille. Inversion totale du panoptisme pervers de la télé réalité, il s&#8217;agirait là d&#8217;une reprise en mains spectaculaires du récit par ceux qui ont pour métier d&#8217;en être les spécialistes.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.hboimagine.com/" target="_blank">http://www.hboimagine.com/</a></p>
<p></span></p>
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		<title>Une autre foi</title>
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		<pubDate>Mon, 19 Oct 2009 13:20:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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		<description><![CDATA[
Lieu : Théâtre de la Commune d&#8217;Aubervilliers
2 rue Edouard Poisson
93304 Aubervilliers
pour s&#8217;y rendre : http://www.theatredelacommune.com/index.php/acces
Tarif : 11€ pour les lycéens/étudiants &#8211; 22 € pour la plupart des autres.
Dates : jusqu&#8217;au 24 Octobre
Là où je travaille, rares sont les séances avec les élèves qui ne se connectent pas, à un moment ou à un autre sur [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: right;">Lieu : Théâtre de la Commune d&#8217;Aubervilliers<br />
2 rue Edouard Poisson<br />
93304 Aubervilliers<br />
pour s&#8217;y rendre : <a href="http://www.theatredelacommune.com/index.php/acces">http://www.theatredelacommune.com/index.php/acces</a><br />
Tarif : 11€ pour les lycéens/étudiants &#8211; 22 € pour la plupart des autres.<br />
Dates : jusqu&#8217;au 24 Octobre</p>
<p style="text-align: justify;">Là où je travaille, rares sont les séances avec les élèves qui ne se connectent pas, à un moment ou à un autre sur la question religieuse, que je laisse cette connexion s&#8217;installer, ou que je la reporte à plus tard, selon la nécessité du moment et l&#8217;énergie dont je dispose pour maintenir les conditions d&#8217;un débat apaisé. Sans doute y a t-il là un effet géographique, mais c&#8217;est alors un effet de révélation : le lien des questions philosophiques avec cette dimension religieuse est quasi permanent; simplement, par endroits, on l&#8217;oublie, pour deux raisons : soit le &laquo;&nbsp;public&nbsp;&raquo; en est éloigné, et on traite des questions en dehors de cette dimension, soit les élèves y sont particulièrement sensibles et on évite de s&#8217;approcher excessivement de ce territoire, autant pour gagner du temps que pour faire cours de manière artificiellement sereine, pratiquant la philosophie comme une sorte de divertissement, si on prend ce mot au sens que lui donnait Pascal. Mais on rate alors une expérience intéressante : pouvoir, parfois, aborder cette question en compagnie de pratiquants, dans le dialogue, l&#8217;ouverture, et la quête commune. Et éveiller à la philosophie, tout simplement.</p>
<p style="text-align: justify;">S&#8217;il est des milieux où on peut sans doute laisser de côté la question religieuse, parce qu&#8217;on y est simplement passé à autre chose (mais on peut se demander s&#8217;il ne serait pas nécessaire, ici, de poser de nouveau une question qui a souvent été laissée de côté <em>a priori</em>, sans autre raison que celle qui consiste justement à affirmer d&#8217;emblée que ce n&#8217;est plus une question), il en est d&#8217;autres où la vie quotidienne est encore rythmées par les textes reconnus comme sacrés, et où beaucoup de questions philosophiques sont posées en classe à des élèves qui connaissent, dans leur géographie spirituelle, des sources auxquelles ils ont l&#8217;habitude d&#8217;aller puiser des réponses. Bien entendu, ils sont vite confrontés au fait que le professeur, lui, ne va pas reconnaître ces sources, ne serait ce que pour la simple raison que sa fonction le lui interdit dans la mesure où s&#8217;il y a bien un prérequis du cours de philosophie, c&#8217;est l&#8217;accord sur le principe selon lequel, justement, on ne reconnaîtra comme s&#8217;approchant de la vérité que les discours sur lesquels on puisse se mettre d&#8217;accord. Or, sur le terrain religieux, de fait, il n&#8217;y a pas d&#8217;accord possible, sauf à imaginer qu&#8217;on n&#8217;échange qu&#8217;avec ceux qui partagent la même foi; mais d&#8217;une part, on le sait bien, on n&#8217;est jamais pleinement dans cette situation, à moins de se couper des autres, ce qui ne caractérise plus la religion, mais bel et bien la secte (sectare, en latin, désigne l&#8217;acte de séparer, à l&#8217;inverse de la religion, dont l&#8217;une des étymologies fait référence au lien tissé entre un dieu et les hommes, et entre les hommes eux mêmes (je dis l&#8217;une des étymologies, car, en fait, si celle ci est très répandue, elle demeure pourtant contestée, on y reviendra dans un autre article)), et d&#8217;autre part, au sein d&#8217;une même foi, les interprétations divergent et on doit rapidement, comme en philosophie, faire usage de la raison.<br />
Ainsi, la diversité des cultures coexistant dans les sociétés contemporaines, et plus particulièrement dans nos quartiers désignés comme devant être prioritairement éduqués, rend d&#8217;autant plus nécessaire la philosophie qu&#8217;elle n&#8217;est pas la première source à laquelle beaucoup vont s&#8217;abreuver quand il s&#8217;agit de faire sienne la vérité et que la confrontation de ces sources donne lieu à une compétition de véracité qui ne pourrait trouver de vainqueur qu&#8217;au prix de l&#8217;écrasement des concurrents, ce que la situation de cours interdit, et ce que le monde ne reconnait jamais universellement.<br />
Alors, c&#8217;est autrement qu&#8217;il faut penser la confrontation des différentes orientations que peut prendre la foi.<br />
Or, la question, forcément, n&#8217;est pas nouvelle. Et même si des problématiques identitaires peuvent ponctuellement rendre les rapports entre les différentes positions métaphysiques épineux, on doit reconnaître qu&#8217;ils paraissent en fait aujourd&#8217;hui malgré tout apaisés dès lors qu&#8217;on regarde loin en arrière dans les liaisons dangereuses qui ont jadis opposé les trois grandes religions et les courants internes qui les agitent. Ainsi, au dix-huitième siècle, Gotthold Ephraim Lessing s&#8217;attaqua frontalement à la question en écrivant <strong><em>Nathan le sage</em></strong>, une pièce de théâtre dont cette confrontation constitue le motif central.<br />
A regarder les différents axes autour desquels tourne notre monde, il est possible de penser qu&#8217;un des points d&#8217;équilibre de ce mobile aux mouvements parfois violents se trouve à Jérusalem. Quelle que soit la manière dont on imagine cet équilibre, nombreux sont ceux qui pensent qu&#8217;en définitive, à moins que l&#8217;économie soit devenue, pour de bon, la seule expression spirituelle en laquelle l&#8217;humanité puisse se reconnaître, c&#8217;est le statut nécessairement unique de cette multi-capitale qui peut fournir à l&#8217;humanité une voie vers l&#8217;apaisement, à la mesure du risque de guerre qu&#8217;elle génère aujourd&#8217;hui. Cette conviction n&#8217;est pas nouvelle : on n&#8217;attendit pas l&#8217;établissement problématique de l&#8217;état d&#8217;Israel pour placer là, précisément, le noeud des tensions métaphysiques des hommes, parce que pour opposées qu&#8217;elles soient, ces trois religions n&#8217;en demeurent pas moins soeurs. On le sait, c&#8217;est au sein des familles que les distances, bien que parfois réduites, forment aussi de douloureuses blessures.<br />
Lessing va mettre en scène cette tension, à travers, donc, une intrigue se déroulant dans la Jérusalem de la troisième croisade, celle du douzième siècle, alors que l&#8217;Occident concevait encore son centre de gravité au sein de la ville sainte déjà déchirée. Le récit met en relation des hommes fidèles à des fois différentes, mais se devant mutuellement la vie. Très vite, la foi en l&#8217;homme va venir troubler les nécessaires oppositions entre ceux qui croient en des conceptions différentes d&#8217;un même dieu.<br />
Au centre de cette pièce, un mythe célèbre, la parabole des trois anneaux, qui propose l&#8217;image exacte de la manière dont les religions sont en même temps liées et opposées, sans que rien ne puisse venir, d&#8217;en haut, les départager : un homme, lui-même héritier d&#8217;un anneau qui a le pouvoir d&#8217;attirer sur celui qui le porte l&#8217;amour des hommes et de Dieu, doit à son tour le transmettre à son fils préféré, mais ne parvient pas à décider, de ses trois fils, lequel il désignera comme le succédant dans la chaine de la transmission. Pour ne pas avoir à choisir, pour ne pas être injuste, et pour multiplier l&#8217;amour au lieu de le diviser, il fait faire par un orfèvre deux anneaux supplémentaires, copies si exactes que lui même ne sait plus lequel est l&#8217;original, ce qui lui permet de remettre à chacun de ses fils le pouvoir d&#8217;être aimé de tous. Bien sûr, le beau projet de concorde concocté par le père va sombrer dès l&#8217;instant où le père mourra, et que chaque fils revendiquera pour lui seul l&#8217;héritage du précieux, et unique, anneau. S&#8217;en remettant à un juge pour décider lequel possédait l&#8217;anneau original, il fut décidé d&#8217;attendre que son effet soit visible : son propriétaire devait être celui des trois frères qui serait le plus aimé des hommes. Ainsi firent ils tous trois en sorte d&#8217;être aimés de tous. Ainsi, à partir d&#8217;une querelle égocentrique, la parabole des trois anneaux conclut à une contagion vertueuse et à une invitation à générer l&#8217;amour, non pas par le charme d&#8217;un anneau, mais par l&#8217;attitude qu&#8217;on aura adoptée face aux hommes. La véracité du discours religieux aurait alors son fondement au sein de ce que les hommes vivent entre eux, et non dans une élection dont l&#8217;heureux gagnant serait d&#8217;autant plus suspect de la simuler qu&#8217;il en tire, il faut bien l&#8217;avouer, un avantage non négligeable. Ainsi, si la source de la religion pensée demeure nécessairement transcendante, le fondement de la religion vécue deviendrait paradoxalement, mais tout aussi nécessairement, immanent.</p>
<p style="text-align: justify;"> <object width="425" height="344" data="http://www.youtube.com/v/Qbu_uLtJxB4&amp;hl=fr&amp;fs=1&amp;" type="application/x-shockwave-flash"><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="allowscriptaccess" value="always" /><param name="src" value="http://www.youtube.com/v/Qbu_uLtJxB4&amp;hl=fr&amp;fs=1&amp;" /><param name="allowfullscreen" value="true" /></object></p>
<p style="text-align: justify;">Cette pièce de Lessing, il est possible, pour quelques jours encore, d&#8217;y assister, puisque le théâtre de la Commune d&#8217;Aubervilliers la programme jusqu&#8217;au 24 Octobre. Mise en scène, dans une version un peu raccourcie, par Laurent Hatat, la pièce gagne un déracinement temporel (nous ne sommes plus au douzième siècle, ni au dix-huitième, les costumes sont contemporains, les décors sont principalement constitués de signes atemporels) qui propulse ce récit dans une uchronie universelle. Le texte, qui a perdu ses points d&#8217;accroche avec les polémiques contemporaines de l&#8217;auteur (la pièce fut écrite en 1779) et les débats qu&#8217;a pu connaître le siècle des lumières sur l&#8217;universalité spirituelle et la théologie,  trouve là une dimension qui, si elle n&#8217;est pas pleine, résonne néanmoins de manière particulièrement étonnante avec notre époque.</p>
<p style="text-align: justify;">En supplément de l&#8217;extrait que le théâtre de la Commune d&#8217;Aubervilliers a mis en ligne, visible ci-dessus, il est intéressant, si on veut aller à l&#8217;essentiel plus rapidement que je ne l&#8217;ai moi-même fait ci-dessus, de jeter un coup d&#8217;oeil sur la présentation de cette pièce par le théâtre du Nord, à Lille, qui l&#8217;avait  lui aussi mise à son programme. On saisit bien, à la lumière de cette présentation, l&#8217;importance que peuvent avoir ces méditations qui nous précèdent pourtant de plusieurs siècles, et plongent elles mêmes leurs racines plus profondément encore dans cette mémoire qui, bien qu&#8217;extrêmement lointaine et obscure, n&#8217;en finit pas de provoquer dans notre actualité les échos de ses propres soubresauts. Or, on le verra, ce qui pourrait apparaître comme un choc de civilisations est aussi la condition de réalisation de leur dialogue. Et il est peut être important de se confronter à des oeuvres qui nous rappellent que sur ce terrain, tout espoir n&#8217;est peut-être pas perdu.</p>
<p><object width="425" height="344" data="http://www.youtube.com/v/hl0YvHOCn2A&amp;hl=fr&amp;fs=1&amp;" type="application/x-shockwave-flash"><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="allowscriptaccess" value="always" /><param name="src" value="http://www.youtube.com/v/hl0YvHOCn2A&amp;hl=fr&amp;fs=1&amp;" /><param name="allowfullscreen" value="true" /></object></p>
<p style="text-align: justify;">Et pour compléter tout en dépassant et de loin le terrain classique sur lequel on a placé cette invitation à rencontrer Lessing, et afin de tisser un lien avec l&#8217;article précédent, qui faisait référence et citait Peter Sloterdijk, je vais ici encore utiliser ses mots. En effet, en 2007, il publiait un ouvrage consacré à ce dialogue entre les religions, sous le titre, en français, <strong><em>La Folie de Dieu</em></strong>. Si le titre pouvait laisser craindre un ouvrage de plus qui dresserait à l&#8217;avance un tableau forcément apocalyptique de ce vingt-et-unième siècle qu&#8217;on nous a annoncé, de manière incertaine et ambiguë comme &laquo;&nbsp;spirituel&nbsp;&raquo;, à la lecture de l&#8217;ouvrage, on découvre au contraire une pensée qui tente de cerner ce qui, dans l&#8217;histoire des religions, permet de leur prédire un autre destin. Or, le chapitre 7 porte précisément sur la parabole de l&#8217;anneau, et donc sur Lessing. Bien sûr, autant pour un français cela semble relever du hasard des références, autant pour un allemand, qui a forcément rencontré cette parabole tout au long de sa scolarité, cela relève tout simplement de l&#8217;évidence (un signe de plus que la culture européenne est loin d&#8217;être construite, quand des racines culturelles aussi fortes ne sont pas partagées par des voisins aussi proches que le couple franco-allemand). Le chapitre en question s&#8217;intitule <strong><em>Les paraboles de l&#8217;anneau</em></strong>.</p>
<p style="PADDING-LEFT: 30px; TEXT-ALIGN: justify">&laquo;&nbsp;Le programme d&#8217;une domestication des monothéismes à partir de l&#8217;esprit de la bonne société ne s&#8217;exprime nulle part avec plus de suggestivité que dans la parabole de l&#8217;anneau, dans le poème dramatique de Lessing <strong><em>Nathan le Sage</em></strong>, de 1779. (&#8230;) Ce qui frappe, depuis notre perspective actuelle, dans cette parabole que l&#8217;on célèbre à bon droit comme le &laquo;&nbsp;sermon sur la montagne&nbsp;&raquo; des Lumières, c&#8217;est sa postmodernité achevée. elle unit le pluralisme primaire, l&#8217;exploitation <img class="alignright size-full wp-image-627" title="peter_sloterdijk" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2009/10/peter_sloterdijk.jpg" alt="peter_sloterdijk" width="295" height="295" />positive de la simulation, la suspension pratique de la question de la vérité, le scepticisme civilisateur, le passage entre les motifs et les effets, et la priorité de l&#8217;approbation externe sur les prétentions internes. Même le lecteur le plus blasé ne peut s&#8217;empêcher d&#8217;admirer l&#8217;intelligence de la solution de Lessing : en repoussant l&#8217;ultime jugement jusqu&#8217;à la fin des temps, elle incite les candidats à la vérité à ne pas se montrer trop sûrs de leur élection. Le scepticisme empreint de piété prend ainsi les religions au sérieux en leur adressant un signal afin qu&#8217;elles ne se prennent pas trop au sérieux non plus.<br />
(&#8230;)L&#8217;histoire des deux anneaux dupliqués à partir de l&#8217;original ne nous apprend pas seulement que le merveilleux sort d&#8217;un atelier ; elle donne aussi à comprendre, sans prendre beaucoup de gants, que la question de l&#8217;authenticité est sans importance à côté de l&#8217;intérêt porté aux effets. Seuls des fétichistes incorrigibles s&#8217;intéressent encore aux originaux et aux certificats d&#8217;origine. Dans le monde de l&#8217;actualité, en revanche, seuls les effets ont une importance.<br />
(&#8230;)Quand on admet la possibilité d&#8217;acquérir des connaissances essentiellement nouvelles, on reconnaît une chose que l&#8217;ancienne métaphysique religieuse n&#8217;aurait pu concéder à aucun prix : le fait que la vérité elle-même connaît une évolution et qu&#8217;il faut voir dans la succession des connaissances plus qu&#8217;une simple série fortuite. Il est dans la nature de la vérité elle-même de ne pouvoir être d&#8217;emblée totalement dévoilée, mais de se révéler de manière consécutive, par fragments, comme le résultat cumulatif des résultats de recherches à durée indéterminée. L&#8217;indétermination de la durée de la recherche constitue le fond ontologique de l&#8217;histoire.<br />
De cette réflexion découle une nouvelle définition du sens des religions de la révélation : les textes saints de ce type ne peuvent être légitimés que comme des interruptions catastrophiques ou des accélérations extrêmes de l&#8217;histoire humaine de la recherche. Dans la mesure où ils se réfèrent à une intervention divine dans les explorations des êtres humains, chacun d&#8217;entre eux reste un organe de la sainte impatience. Ils expriment le fait que la vérité est trop importante pour que l&#8217;on puisse attendre la fin de la recherche. Aussi vénérables que puissent paraître ces religions dans notre perspective actuelle, elles sont toutes par nature arrivées prématurément et ont apporté à la foi ce que la connaissance, en leur temps, n&#8217;était pas encore en mesure de produire par ses propres moyens.<br />
Le concept de &laquo;&nbsp;révélation&nbsp;&raquo; lui-même fait apparaître cette prématurité dans la mesure où il recèle un propos sur le niveau d&#8217;intellectualité humaine : celle-ci doit présenter un degré de développement suffisamment élevé pour pouvoir être interpellée par une révélation de style monothéiste, mais se trouver dans un état suffisamment non développé pour avoir besoin d&#8217;une aide depuis le haut. De fait, toute révélation serait superflue si elle ne transmettait pas quelque chose que l&#8217;esprit humain, dans le statu quo, ne puisse encore exploiter par ses propres moyens. C&#8217;est dans ce pas-encore qu&#8217;est contenue  toute la signification des religions de la révélation. Ce qu&#8217;elles ont en commun, c&#8217;est la détermination quasi-putschiste à sortir de l&#8217;ouverture de la vie encore à l&#8217;état d&#8217;expérimentation avant de devancer la fin de tous les procès et de toutes les erreurs de jugement. De par leur position dans le processus mondial, les religions monothéistes historiques doivent être comprises comme des interpellations pétrifiées au coeur du vécu, interpellations où coïncident expérimentation et apocalypse. Elles tirent leur autorité de la détermination avec laquelle elles affirment parler depuis la vraie fin. Elles incarnent la tentative d&#8217;anticiper, au coeur de l&#8217;expérimentation mondiale, le résultat de tout ce que pourra atteindre un jour la vie qui apprend &#8211; du moins sous l&#8217;angle moral et eschatologique. C&#8217;est avec ce risque que commence et s&#8217;arrête son existence, c&#8217;est sur lui seul que repose sa légitimité.<br />
(&#8230;) Le nouvel intérêt pour les grandes religions s&#8217;explique avant tout par le fait qu&#8217;après l&#8217;autodémenti de la politique communiste et socialiste de l&#8217;humanité, on ne dispose pour l&#8217;instant que des codes religieux traditionnels lorsqu&#8217;on cherche des formes plus englobantes de la conscience du &laquo;&nbsp;nous&nbsp;&raquo; collectif &#8211; au moins tant que nous ne disposons pas de formulations convaincantes du point de vue transculturel, d&#8217;une théorie universelle de la civilisation.<br />
Retenons ceci : le jury qui statue sur les succès des religions zélatrices est forcé, au cours de son travail, de comprendre à quel point l&#8217;on a manqué de critères pour évaluer les universalismes exclusifs, que leur code soit religieux ou profane. Ainsi vient à l&#8217;ordre du jour un programme d&#8217;explicitation qui, outre la philosophie, la théologie et la science de la religion, engage avant tout la théorie culturelle. S&#8217;il est exact qu&#8217;au stade actuel de la civilisation, les hommes sont plongés dans la perplexité lorsqu&#8217;il s&#8217;agit de prononcer des jugements-provisoires-définitifs sur des résultats provisoires-définitifs de l&#8217;apprentissage historique, y compris ces shortcuts dans l&#8217;éternité qui prennent la forme des religions de la révélation, on devrait au moins faciliter leur mission par des aides au jugement correspondant à l&#8217;état actuel du savoir-faire.&nbsp;&raquo;<br />
Peter Sloterdijk &#8211; La Folie de Dieu; P.145 sq</p>
<p style="text-align: justify;">Je ne livre là que quelques extraits. Ils ont pour but de provoquer la soif d&#8217;en lire davantage car s&#8217;attaquer ainsi à la prétention à la vérité monovalente qui caractérise tous les grands systèmes de pensée en général, et les religions monothéistes en particulier, c&#8217;est finalement se trouver au coeur des problèmes qui agitent notre temps, et au coeur de ce qui peut aussi constituer une ouverture nouvelle. J&#8217;ai sauté, pour raccourcir dans la mesure du possible les évolutions que Sloterdijk fait subir à la parabole des trois anneaux, particulièrement quand il émet l&#8217;hypothèse d&#8217;un quatrième anneau, fondu à partir des trois autres. Cela explique que le titre du chapitre soit au pluriel, cela explique aussi que la lecture du chapitre entier soit nécessaire, ainsi que du livre qui lui donne sens.</p>
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		<title>Réminiscences en séries</title>
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		<pubDate>Tue, 06 Oct 2009 04:52:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">Il y a de cela vingt-quatre siècles, on a commencé à se demander si les idées que nous avons &laquo;&nbsp;en tête&nbsp;&raquo; n&#8217;avaient pas leur existence propre, dans une dimension parallèle à celle de notre existence matérielle. Ce n&#8217;était pas la première fois qu&#8217;on pensait à un &laquo;&nbsp;au-delà&nbsp;&raquo;. Les mythes avaient toujours fait coexister, sur deux plans qui n&#8217;entraient que ponctuellement en contact l&#8217;un avec l&#8217;autre (et il faudrait ici comprendre le mot &laquo;&nbsp;contact&nbsp;&raquo; sous le sens qu&#8217;il peut avoir dans les phénomènes électriques), le monde physique tel que nous l&#8217;expérimentons quotidiennement et un outre monde, inaccessibles parce qu&#8217;utopique et uchronique, toujours situé jadis, dans un passé dont on aurait perdu la mémoire et qui ne survivrait que par l&#8217;apprentissage patient, génération après génération, des mêmes textes, récités selon les mêmes rythmes, les mêmes métriques, les mêmes vers, et dans un espace dénué de toute cartographie, qu&#8217;on ne pourrait traverser que par l&#8217;imagination. Tels étaient les territoires des mythes.<br />
On pourrait sourire à l&#8217;évocation de ces âges de l&#8217;humanité ou des hommes apparemment encore enfantins étaient prêts à croire de telles histoires. On redeviendrait pourtant sérieux si on regardait l&#8217;homme contemporain tout aussi capable d&#8217;adhérer tout aussi intensément à des récits dont, tout comme les mythes, il serait incapable de discerner la provenance et les auteurs. Dans un cas comme dans l&#8217;autre, on ne peut que remarquer que, bien qu&#8217;incroyables, ces récits &laquo;&nbsp;parlent&nbsp;&raquo;, comme si l&#8217;homme attendait qu&#8217;une voix prononce ces mots, comme si ses oreilles étaient faites pour entendre cela.<br />
Mais il y avait plus essentiel encore, plus ontologique, pourrait on dire, en matière de &laquo;&nbsp;contact&nbsp;&raquo; : si les mythes antiques, tout comme leurs équivalents contemporains (Lost, Tony Montana, Heroes, Dallas, la conquête spatiale, la conquête de l&#8217;Ouest, le Progrès, la Croissance, etc.), présentent l&#8217;inconvénient de ne jamais pouvoir faire l&#8217;objet d&#8217;une quelconque mise à l&#8217;épreuve critique, il est un domaine, qui provoque sur nous un effet analogue, et qui ne présente pas cet inconvénient. Alors que les mythes déclinent en superstitions, alors qu&#8217;on balbutie en langage mathématique les premières séquences de sens que l&#8217;humanité toute entière pourrait partager, que toute espèce qui ne serait pas qu&#8217;animale partagerait nécessairement, sur Terre ou ailleurs, Platon va commencer à penser, à la suite de Socrate, que cette impression de &laquo;&nbsp;déjà-vu&nbsp;&raquo;, ou plus intensément encore, de retour à la maison, comme après un trop long exil dont, sur le moment, on n&#8217;aurait jamais osé espéré qu&#8217;il puisse prendre fin (oui, bien sûr, l&#8217;Odyssée d&#8217;Ulysse n&#8217;est que le récit amplifié, augmenté à l&#8217;échelle de ce que nous éprouvons, de notre propre rapport nostalgique à ce &laquo;&nbsp;domicile&nbsp;&raquo; dont nous avons perdu toute trace), on peut l&#8217;éprouver dans des domaines bien moins incertains que les dédales potentiellement trompeurs des mythes. Parce qu&#8217;ils ne peuvent faire l&#8217;objet d&#8217;aucun accord, puisqu&#8217;ils ne reposent que sur l&#8217;obscurité, parce qu&#8217;ils ne produisent rien, puisqu&#8217;ils ne sont que la stricte reproduction du même récit, à l&#8217;identique (du moins est-ce ainsi que chaque maillon de la chaine de copie le reçoit, et le transmet-il), les mythes se devaient d&#8217;être dépassés. Les physiciens avaient tenté quelque chose, en tentant de ramener la pensée vers la matière elle même. Méthodologiquement, ça semblait imparable : on se contente de ce qui s&#8217;offre à nous, on l&#8217;observe, on le dissèque, on le classe, on passe à l&#8217;objet suivant, et ainsi de suite. Double problème cependant : au lieu de converger vers un discours univoque, les physiciens multiplient les hypothèses, ne parvenant pas plus à  un quelconque accord que s&#8217;ils laissaient aller leur imagination dans ses propres délires, la questionnant d&#8217;abord, et faisant en sorte ensuite d&#8217;accorder leurs discours à ce que leur pythie intérieure a cru voir dans la matière. Au mieux, ils ne parlent que de la matière, croyant y repérer l&#8217;Etre lui même. Mais au moment où ils approchent leur oreille de la Nature, pour qu&#8217;elle leur divulgue la Révélation tant attendue, celle ci leur susurre mille messages, en mille langues, les envoyant sur autant de fausses routes : &laquo;&nbsp;c&#8217;est l&#8217;eau qui mon constitue&nbsp;&raquo;, ou bien &laquo;&nbsp;tout est air&nbsp;&raquo;, ou encore &laquo;&nbsp;rien n&#8217;est qui ne soit feu&nbsp;&raquo;, et tout un tas d&#8217;autres encore, sans qu&#8217;aucune puisse s&#8217;accorder aux autres, et sans qu&#8217;aucune puisse mettre les autres d&#8217;accord en les falsifiant toutes ensemble. Mais le pire, et c&#8217;est le second problème, c&#8217;est que précisément, les physiques ne parlent que de la matière. Et au delà de toutes les démonstrations que l&#8217;on fera, plus tard, pour mettre en évidence le fait que ce soit une visée un peu courte, jeunes hommes, on sent bien, déjà, qu&#8217;il n&#8217;y a pas dans cette démarche de la pensée, ce souffle aussi puissant que lorsque c&#8217;est la voix des mythes qui souffle à travers nos oreilles.</p>
<p style="text-align: justify;">Et pourtant, des mythes on ne peut se contenter.</p>
<p style="text-align: justify;">Et l&#8217;investigation que proposent Socrate et Platon constitue tout autant l&#8217;exploration d&#8217;un nouveau continent que le retour à un domaine dont on aurait été, jadis, expulsés. Un pas dans l&#8217;inconnu, qui est aussi un retour à l&#8217;origine. Si le cinéma commercial n&#8217;avait pas déjà vendu l&#8217;idée, au sens propre, un retour vers le futur, puisqu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;aller vers un passé qui ne se trouve plus derrière nous, puisqu&#8217;en aucune manière on n&#8217;en a la mémoire : il n&#8217;est en nous que comme une absence, un vide qu&#8217;il s&#8217;agit de combler. Comme Ulysse, il est inutile de tenter le retour au bercail en rebroussant chemin vers un passé avec lequel, quoi qu&#8217;on en pense, on a largué les amarres. On ne peut qu&#8217;aller de l&#8217;avant.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, nous n&#8217;attendons que ça. Les réponses. A tel point qu&#8217;on en serait preque tentés de ne pas poser les questions.</p>
<p><object width="425" height="344" data="http://www.youtube.com/v/2XVeYwHJJq8&amp;hl=fr&amp;fs=1&amp;" type="application/x-shockwave-flash"><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="allowscriptaccess" value="always" /><param name="src" value="http://www.youtube.com/v/2XVeYwHJJq8&amp;hl=fr&amp;fs=1&amp;" /><param name="allowfullscreen" value="true" /></object></p>
<p style="text-align: justify;">Tout ça pour en venir à <strong><em>Flashforward </em></strong>(mais en fait, non : tout ça pour en partir, devrais-je dire, mais tout est inversé, ici, on commence à le comprendre). Une série fantastique de plus, pourrait-on dire. Et c&#8217;en est effectivement une. Mais en fait, il s&#8217;agirait plutôt d&#8217;une de ces séries qui déploie, comme un certain nombre de feuilletons télévisés aujourd&#8217;hui, un rapport au temps tel que peu de narrations jusque là ont réussi à en bâtir. Avant tout, si on s&#8217;attache au vocabulaire, la réalisation sous forme d&#8217;épisodes semble  être la forme idéale pour ce genre de dispositif : &laquo;&nbsp;fait accessoire qui se rattache à un ensemble&nbsp;&raquo; nous dit le dictionnaire. C&#8217;est que l&#8217;épisode est en fait l&#8217;inverse de l&nbsp;&raquo;évènement au sens où nous l&#8217;entendons d&#8217;habitude. Observez : nous nous posons chaque soir devant les journaux télévisés espérant vaguement qu&#8217;un évènement ait eu lieu, un fait qui révèlerait quelque chose du monde, comme un message tellement évident qu&#8217;on pourrait, enfin, s&#8217;y fier. Qui ne lit pas le 11/09  ainsi ? Qui ne regarde pas ces avions comme des messagers de quelque chose qui non seulement va arriver, mais doit advenir ? En somme, la manière dont le temps s&#8217;écoule, pour nous, est comme un fleuve d&#8217;ennui, de routine indifférenciée que vient agiter par moments tel ou tel épisode qui est censé y précipiter du sens. La structure de la série fonctionne à l&#8217;envers : c&#8217;est l&#8217;épisodique qui y est indifférencié, puisqu&#8217;il doit obéir à des lois incontournables, les personnages étant calqués sur ce qui en est défini dans la &laquo;&nbsp;Bible&nbsp;&raquo; (puisque c&#8217;est ainsi que les auteurs appellent la somme des caractéristiques dogmatiques de la série qu&#8217;ils écrivent), et c&#8217;est la structure d&#8217;ensemble qui doit agir comme un message, comme une révélation. On peut affirmer que c&#8217;est sans doute Lost qui pousse ce principe le plus loin, à tel point qu&#8217;on a l&#8217;impression que les scénaristes eux mêmes attendent de leur arc narratif qu&#8217;il les guide vers la révélation finale. Ainsi structurée, la série narrative peut, si elle est finaude, jouer avec ce rapport particulier qu&#8217;elle noue avec le temps : ici encore, <strong><em>Lost</em></strong> se construit entièrement sur ce principe : les flashbacks systématiques dans les épisodes des premières saisons, puis les flashforwards à partir de la saison 4. Idem dans <strong><em>Desperate Housewives</em></strong> quand d&#8217;une saison à l&#8217;autre, les scénaristes font faire un bon de cinq ans à leur banlieue bourgeoise. Mais jusque là, les bonds dans le temps sont de purs artifices narratifs : les personnages vivent leur propre vie, et on fait se déplacer les spectateurs dans cette ligne, en rompant avec la linéarité de la vie, pour jouer avec cet écoulement du temps. Cela ouvre pas mal de possibilités aux scénaristes, et donne à tout le monde l&#8217;impression de porter sur ces petits monde un regard quasi divin.</p>
<p style="text-align: justify;">Au sens propre, ce que ces rapports tordus au temps permettent, en matière de connaissance du récit, c&#8217;est un phénomène de réminiscence : retrouver un passé perdu, dont ne demeure en nous que la nostalgie, le manque. Ce principe platonicien relève de l&#8217;art de ressusciter les mémoires mortes, de faire ressurgir d&#8217;un au-delà de la mémoire ce qui avait été connu et dont ne demeure que la conscience de ne plus le savoir. C&#8217;est là un rapport très particulier à la mémoire, mais aussi à l&#8217;apprentissage, puisque finalement, apprendre, c&#8217;est se ressouvenir. On peut, dès lors, regarder bon nombre des fictions qui sont proposées, souvent avec succès, d&#8217;ailleurs, tant au cinéma qu&#8217;à la télévision, comme des mises en scène de ce rapport à la mémoire disparue : Le personnage récurent de Jason Bourne (dans <strong><em>La Mémoire dans la peau</em></strong>), la série de bande dessinée <strong><em>XIII</em></strong>, la plongée dans le temps qu&#8217;est <strong><em>Life on Mars </em></strong>ou encore <strong><em>Memento</em></strong>. Même la saga <strong><em>Star Wars</em></strong>, quand elle décidera de tourner ses trois &laquo;&nbsp;Préquels&nbsp;&raquo;, se donnera comme axe principal la plongée dans une mémoire dont le spectateur avait été privé, du simple fait que les trois premiers épisodes l&#8217;avaient contraint à prendre une histoire en marche. A chaque fois, c&#8217;est une expérience de réminiscence à laquelle le spectateur est confronté, mais c&#8217;est aussi cette expérience qu&#8217;il éprouve au sein de l&#8217;univers déployé par ces fictions.</p>
<p style="text-align: justify;">Maintenant, la question est : que se passe t-il si ce sont tous les personnages d&#8217;une série à qui on montre un épisode futur ? L&#8217;idée n&#8217;est pas tout à fait nouvelle : Heroes avait eu l&#8217;idée, mais l&#8217;a gâchée. Un medium alternatif, la bande dessinée l&#8217;a déjà exploitée avec brio : Marc-Antoine Mathieu, dans <strong><em>L&#8217;Origine</em></strong>, invente un procédé nouveau en matière de construction narrative, avec l&#8217;anticase. N&#8217;en disons pas plus pour ceux qui ne connaitraient pas le principe, mais il permet, dans son scenario, de révéler à son personnage de Julius Corentin Acquefacques ce qui lui arrivera page 41 de sa propre histoire. Aujourd&#8217;hui, <strong><em>Flashforward</em></strong> reprend le flambeau de la révélation faite à ses personnages. Inutile de dire que les scénaristes eux mêmes doivent avoir besoin d&#8217;un tel electrochoc narratif pour se construire un univers dans lequel tout est possible (fidélité à la prédiction, ou bien rupture avec elle (et un film tel que <strong><em>Push</em></strong> montre que pas mal d&#8217;opportunités sont offertes par ce genre de scénario, même si c&#8217;est ici seulement dans un objectif spectaculaire). Mais l&#8217;intérêt va au-delà : le danger qu&#8217;il y a à pratiquer la révélation au sein même des personnages d&#8217;une série, c&#8217;est qu&#8217;ils sont censés évoluer dans un rapport au monde qui est bien plus rationnel que celui qui se tisse entre le spectateur et la série elle-même. Dès lors, si un scénario prévoit que tous les êtres humains, au même moment, sur toute la surface de la Terre, s&#8217;évanouissent et se réveillent deux minutes et quelques plus tard, n&#8217;ayant conscience que d&#8217;une seule chose, avoir rêvé, et si ce scénario veut s&#8217;aventurer dans une direction où ces rêves constitueraient une vision de l&#8217;avenir, alors il faut que la proposition devienne crédible.</p>
<p style="text-align: justify;">Cela dit quelque chose de nous, et de la détresse qui accompagne notre attachement à ces récits : bien qu&#8217;agissant avec la puissance des mythes, ils n&#8217;en ont plus la force de conviction, et nous, comme les scénaristes, en sommes tout à fait conscients, et ce même dans une nation qui a produit par le passé des séries aussi religieusement édifiantes que La Petite maisons dans la prairie ou Les Routes du paradis. Pourquoi ? Parce que nous ne croyons plus aux histoires, ou du moins, à certains points de vue, nous ne les regardons plus de manière aussi métaphysiquement naïve. Depuis, sans doute les X-files, le spectateur ne peut plus simplement aborder les récits en se disant &laquo;&nbsp;I want to believe&nbsp;&raquo;. Peut être même les débats de Mulder et Scully ont ils finalement contribué à aiguiser nos réflexes critiques : si on nous raconte quelque chose, il faut que le récit fournisse lui même ses justifications, ses preuves, ses raisons. Contrairement à ce qu&#8217;on pourrait penser, il y a donc bien, dans le grand public, et de manière massive, une augmentation de l&#8217;exigence rationaliste, une volonté de comprendre, et de pouvoir juger sur pièces, y compris les récits de fiction auxquels il est confronté (une parenthèse qui n&#8217;en est presque pas une, tout de même : à force de regarder ces séries, on constate une chose : il y a un domaine qui échappe à toute raison, dans presque toutes les séries, c&#8217;est la question économique. Dans Desperate Housewives, quand un couple est ruiné, il continue cependant à vivre dans sa banlieue aisée, on ne lui coupe pas l&#8217;électricité, il vend sa voiture de luxe, certes, mais il roule tout de même dans une berline récente, il s&#8217;habille, il entretient avec ses voisins des relations honteuses, certes, mais des relations tout de même. Les choses, économiquement, se passent de manière identique dans la quasi totalité des séries, si on met de côté celles dont la crise économique ou la description du prolétariat constitue le centre du propos (<strong><em>Mariés deux enfants</em></strong>, par exemple, ou <strong><em>Roseanne</em></strong>, il y a déjà longtemps, ou bien <strong><em>Hung</em></strong> aujourd&#8217;hui). Ainsi, si nous sommes amateurs de révélations de grande ampleur sur notre présence au monde, il semblerait qu&#8217;on soit plutôt tentés d&#8217;accepter pas mal de mensonges lorsqu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;aborder la question des moyens concrets et de l&#8217;organisation matérielles de nos vies, et ça en dit assez long sur nous, mais fermons cette parenthèse qui n&#8217;était pas censée en être une). Ainsi, nous avons franchi une étape intéressante, parce que finalement, bien qu&#8217;aimant encore se voir raconter des histoires, la manière dont nous les écoutons montre que, malgré tout, nous en sommes à ce stade où nous avons besoin de les mettre en perspective pour les accueillir.</p>
<p style="text-align: justify;">Il y a finalement quelque chose de semblable chez Platon lorsqu&#8217;il utilise les mythes. Ici aussi, il s&#8217;agit de récits qui s&#8217;adressent, tel qu&#8217;il en conçoit l&#8217;usage, à ceux qui veulent dépasser le simple récit. Ils ne sont que le moyen de susciter le mouvement de la réflexion vers les idées dont ils sont la représentation sensible. En ce sens, un monde qui est passé de <strong><em>Ma Sorcière bien aimée</em></strong> (qui n&#8217;est rien d&#8217;autre que la manière habile dont, pour la première fois, on raconta pour de bon à un peuple entier des histoires, en lui faisant croire qu&#8217;il s&#8217;agissait de divertissement, alors qu&#8217;il s&#8217;agissait de commerce, et de publicité) à <strong><em>Flashforward</em></strong> n&#8217;est pas qu&#8217;un monde qui aurait simplement amplifié les moyens techniques mis au service de ses narrations. C&#8217;est aussi un monde qui a franchi un cap dans l&#8217;utilisation qu&#8217;il fait des histoires qu&#8217;il se raconte.</p>
<p style="text-align: justify;">Certes, on pourrait craindre que dans d&#8217;autres domaines, en politique en particulier, ce qu&#8217;on appelle désormais le &laquo;&nbsp;storytelling&nbsp;&raquo; s&#8217;adresse à un public encore naïf et enfantin. Mais après tout, si on constate dans l&#8217;univers télévisuel l&#8217;apparition d&#8217;une certaine maturité du rapport au récit, c&#8217;est que ce n&#8217;est pas le principe de l&#8217;histoire en elle même qui pose problème, mais l&#8217;aptitude, ou l&#8217;inaptitude à la dépasser. Et demeure cette possibilité que les histoires témoignent moins d&#8217;une réponse qui s&#8217;offrirait à nous que d&#8217;un vide qui tente, par ce moyen ou par d&#8217;autres, de se combler. C&#8217;est sans doute pour cela qu&#8217;avant même que la dernière saison de <strong><em>Lost</em></strong> soit diffusée, <strong><em>Flashforward</em></strong> prend déjà le relai sur ABC. Mais c&#8217;est aussi pourquoi observer les personnages de ces séries se débattre avec les messages qui leurs sont destinés, les recevant, certes, puisqu&#8217;ils ne peuvent pas faire autrement et que d&#8217;une certaine manière, comme nous, ils n&#8217;attendent que ça, mais ne les accueillant que comme une matière à enquête, à investigation, c&#8217;est participer nous mêmes à un monde qui tente de chercher ses réponses davantage dans la réflexion que dans l&#8217;au-delà, c&#8217;est quitter les images pour tenter d&#8217;entrer, malgré les apparences, dans l&#8217;intelligible, notre destination première, vers laquelle nous tendons, même si c&#8217;est par des trajectoires aussi courbes que celles des arcs narratifs.</p>
<p style="text-align: justify;">Reste, et cette petite traversée du monde des séries serait incomplète si on ne l&#8217;évoquait pas, que normalement, s&#8217;il y a bien, comme je le sous entends ici, une sorte de progrès dans l&#8217;évolution des feuilletons télévisés, alors toutes celles auxquelles nous avons fait référence constituent, tout de même, une étape antérieure à l&#8217;une de leurs ainées. Reprenons : si ici l&#8217;image en mouvement construite sous la forme d&#8217;épisodes a comme sens de permettre le dépassement d&#8217;elle même, c&#8217;est qu&#8217;en fait, l&#8217;image est encore ici un simulacre : elle reproduit un réel sensible, de la manière la plus fidèle possible, même si elle y introduit des éléments &laquo;&nbsp;exotiques&nbsp;&raquo;. On en est encore au stade du réalisme fictionnel, parce qu&#8217;en quelque sorte, on est censés s&#8217;y retrouver. On rappellera simplement qu&#8217;il y a déjà longtemps, David Lynch a proposé, avec Twinpeaks, une expérience qui semblerait beaucoup plus avancée dans les processus de révélation/réminiscence : en allant du côté de la rupture avec les logiques traditionnelles de fiction, on rompant les amarres avec le réalisme ou la vraisemblance, cette série voguait vers des horizons abstraits, sous la forme non plus d&#8217;un arc narratif ayant la volonté d&#8217;être, finalement, résolu, mais d&#8217;une asymptote qui n&#8217;atteindrait jamais son but, tout en tendant vers lui à l&#8217;infini. Aussi, sans doute les séries actuelles, même si elles mettent correctement en scène le motif de la quête, et installent ce mouvement au sein même des spectateurs, ont-elles encore à se familiariser avec le motif de l&#8217;aporie.</p>
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		<title>La situation réclame attention &#8211; Peau d&#8217;âne, surface sensible</title>
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		<pubDate>Mon, 07 Sep 2009 19:48:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Introduction à la philosophie]]></category>
		<category><![CDATA[Jacques Demy]]></category>
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Comme promis à une de mes élèves qui, majoritairement, ne connaissaient pas Peau D&#8217;âne, de Jacques Demy (1970). La citation est à moitié innocente. On a évoqué cet extrait avec un certain sourire, qui pourrait laisser croire qu&#8217;il s&#8217;agit là d&#8217;un film avant tout caractérisé par la naïveté. Pourtant, il n&#8217;en est rien : si [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><font size="2"><br />
Comme promis à une de mes élèves qui, majoritairement, ne connaissaient pas <em><strong>Peau D&#8217;âne</strong></em>, de Jacques Demy (1970). La citation est à moitié innocente. On a évoqué cet extrait avec un certain sourire, qui pourrait laisser croire qu&#8217;il s&#8217;agit là d&#8217;un film avant tout caractérisé par la naïveté. Pourtant, il n&#8217;en est rien : si la citation est à moitié innocente, c&#8217;est qu&#8217;en fait, le film ne l&#8217;est pas du tout.<br />
Son matériel, lui-même, le conte de Charles Perrault, est sans doute l&#8217;un de ceux qui traitent de ce qu&#8217;il y a de plus effroyable dans l&#8217;imaginaire enfantin : l&#8217;inceste. En effet, la situation décrite est tragique : un roi, au chevet de sa reine mourante, lui promet de se marier s&#8217;il existe sur terre une femme plus belle qu&#8217;elle, et prononce ainsi, sans le savoir, sa propre condamnation, car il ne sait pas encore que cette seule femme plus belle que sa propre femme, sera sa fille. Pire encore qu&#8217;un conte dans lequel un pervers voudrait épouser sa fille, il s&#8217;agit ici d&#8217;un homme qui ne peut pas faire autrement. Aucun retour à la raison n&#8217;est donc possible. On est dans cette situation où tous les protagonistes, la fille du roi en premier lieu, doit se dire &laquo;&nbsp;c&#8217;est ainsi&nbsp;&raquo;. Soumis au fatum, les personnages semblent ne pouvoir suivre que ces rails, sans avoir la moindre marge de manoeuvre. Pourtant, comme dans tous les contes, c&#8217;est le franchissement d&#8217;un cap décisif par la jeune fille qui va permettre d&#8217;échapper au pire : croyant devoir subir le projet de son père, elle va prendre conscience qu&#8217;il faut distinguer les différentes amours, et que son devoir d&#8217;amour envers son père ne signifie pas qu&#8217;elle doive l&#8217;épouser. Comment l&#8217;apprend elle ? Par l&#8217;intermédiaire, principalement, de sa tante, elle-même célibataire mais surtout fée de son état, elle va découvrir que cet amour qu&#8217;elle veut vivre, elle le trouvera à l&#8217;extérieur du cercle familial, mais qu&#8217;il réclamera cette prise d&#8217;autonomie qui consiste à refuser de jouer ce rôle que son père veut lui donner au sein de sa famille d&#8217;enfance. Or le conte est toujours construit sur ce type de tension entre un état primaire qui se fissure et la possibilité de passer à un autre état, plus adulte, réclamant pour être atteint, le sacrifice de cette part d&#8217;enfance qui veut demeurer, mais qui ne le peut plus parce qu&#8217;elle est justement la cause du chaos qui ébranle soudain un monde pourtant, au départ, idyllique.<br />
Des mots d&#8217;enfants pour dire des problèmes d&#8217;enfants dont personne, et en dernier lieu les adultes, ne peut parler aux enfants. Le conte est un texte hybride, moitié puéril, moitié mature, moitié naïf, moitié conscient, un texte monstre peuplé de gosses pris au piège d&#8217;enfants devenus eux même monstres (parce que, finalement, qu&#8217;est qu&#8217;un ogre si ce n&#8217;est un enfant qui est devenu grand sans devenir adulte ?) qui porte en son coeur les noeuds les plus serrés des complexes humains.<br />
La version de Jacques Demy n&#8217;échappe pas à cette règle. Derrière Catherine Deneuve, ses robes couleur de lune et son cake d&#8217;amour, derrière Jean Marais et son hélicoptère le déposant au chateau de Chambord, au delà du kitsch et du mièvre, il y a la tentative de déjouer le tragique contre lequel, si on ne bascule pas d&#8217;un monde à l&#8217;autre, on ne peut rien.<br />
Un des moments cruciaux de cette hybridation, c&#8217;est cette chanson a priori impossible, au cours de laquelle, sous un déluge de guimauve musicale, la fée des Lilas apprend à Peau d&#8217;âne dans un mélange d&#8217;insouciance légère et de gravité solennelle (toujours cette hybridation), que non, décidément, &laquo;&nbsp;on ne marie pas les filles avec leur papa&nbsp;&raquo;.<br />
A vrai dire, c&#8217;est une bonne partie de l&#8217;oeuvre de Jacques Demy qui souffre d&#8217;être regardée sous un angle qui est, en fait, réducteur. Un de ceux qui l&#8217;ont le mieux deviné, c&#8217;est Serge Daney qui, dans Libération, le 14 Juillet 1981, écrivait à son sujet les mots suivants :</span></p>
<p style="padding-left: 30px; text-align: justify;">&laquo;&nbsp;[Le] malheur, c&#8217;est qu&#8217;on a catalogué Demy comme un gentil cinéaste, léger et un brin nostalgique, bon pour &laquo;&nbsp;tous publics&nbsp;&raquo; et pour le prestige du cinéma français à l&#8217;étranger (Peau d&#8217;âne est un &laquo;&nbsp;hit&nbsp;&raquo; en Chine après l&#8217;avoir été en URSS) (&#8230;) On n&#8217;a pas voulu voir, derrière le charme et la modestie d&#8217;un homme, <em>l&#8217;orgueil</em> du cinéaste (&#8230;)<br />
Car la gentillesse du cinéaste Demy, il ne faut pas trop compter dessus. Ou alors, c&#8217;est celle de l&#8217;ogre qui raconte d&#8217;une voix douce, trop douce, des contes de fées à ses enfants. Ces contes, avec leur alternance de &laquo;&nbsp;clean&nbsp;&raquo; et d&#8217;ordure, sont terrifiants. A mesure qu&#8217;il raconte, faisant tous les rôles, les chantant même, l&#8217;ogre ne sait plus très bien ce que c&#8217;est qu&#8217;un enfant, un conte, une fée. Trois énigmes au coeur de ce cinéma faussement limpide. L&#8217;enfant, c&#8217;est le spectateur le conte, c&#8217;est le film et la fée la femme. D&#8217;où viennent-ils ? Où vont-ils ? Peuvent-ils mourir ? On ne sait trop. Les enfants viennent peut être du ventre d&#8217;un monsieur qui se fait des idées (c&#8217;était le sujet, sale et grinçant, de L&#8217;Evénement : il déplut) et ils disparaissent en suivant n&#8217;importe qui, un joueur de flûte, par exemple (Donovan dans The Pied Piper). Les histoires, c&#8217;est la même chose : elles naissent l&#8217;une de l&#8217;autre, par greffe, mais en un sens elles étaient toutes déjà contenues dans Lola. Et les femmes, fées du logis petit-bourgeois (Deneuve) ou fées tout court qui ont peur de vieillir bien qu&#8217;elles soient immortelles (Delphine Seyrig dans Peau d&#8217;âne).<br />
On a naïvement vanté Demy pour son &laquo;&nbsp;amour de la vie&nbsp;&raquo;? D&#8217;autres, plus fins, ont flairé dans ses films, au détour d&#8217;un plan, une odeur de mort et de décomposition. La vérité, encore plus bizarre, est entre les deux : Demy est le cinéaste des limbes, d&#8217;où tout vient pêle-mêle et où tout retourne idem. Et ce &laquo;&nbsp;naturel&nbsp;&raquo;, cette justesse de son ton qu&#8217;on admire chez lui, n&#8217;est que le regard attentif que porte un mutant sur un monde qui l&#8217;intrigue.&nbsp;&raquo;</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: x-small;">(NB : &laquo;&nbsp;L&#8217;Evénement&nbsp;&raquo; fait référence à un des grands échecs publics dans la carrière de Demy, dont le titre complet est <em><strong>L&#8217;Evénement le plus important depuis que l&#8217;homme a marché sur la lune</strong></em>. Les autres titres sont aussi du même réalisateur).</span></p>
<p style="text-align: justify;">Et maintenant, musique :<br />
<object width="425" height="344" data="http://www.youtube.com/v/_ixOPFSTYdc&amp;hl=fr&amp;fs=1&amp;" type="application/x-shockwave-flash"><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="allowscriptaccess" value="always" /><param name="src" value="http://www.youtube.com/v/_ixOPFSTYdc&amp;hl=fr&amp;fs=1&amp;" /><param name="allowfullscreen" value="true" /></object></p>
<p style="text-align: justify;">NB2 : si certains sont cinéphiles, et qu&#8217;il apprécient le regard de Serge Daney, ils peuvent en retrouver les chroniques, entre autres, dans les volumes <strong><em>La Maison cinéma et le monde</em></strong>. Cette chronique précise, portant sur Jacques Demy, est extraite du volume 2 : Les Années Libé : 1981-1985</p>
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		<title>Warhol, ou le mépris du réel</title>
		<link>http://www.harrystaut.fr/2009/04/warhol-ou-le-mepris-du-reel/</link>
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		<pubDate>Tue, 14 Apr 2009 09:08:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Art]]></category>
		<category><![CDATA[Non classé]]></category>
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		<description><![CDATA[]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><span style="font-size=2><br />
De tous les arts, le cinéma est sans doute un de ceux qui demeure le plus délicat à définir. Bien sûr, tout le monde sait très bien en quoi cela, globalement, consiste. Mais, s&#8217;il faut vraiment préciser, par exemple, quelle est la matière que travaille un cinéaste (un peu comme on peut dire qu&#8217;un peintre travailles des couleurs sur une surface, ou qu&#8217;un musicien organise des fréquences et des rythmes), on se trouve vite pris au dépourvu : un film est il un récit ? S&#8217;agit il d&#8217;émotions partagées, de mise en scène de sentiments qu&#8217;on tente de rendre collectifs ? Ou bien doit on voir dans le cinéma une fenêtre sur le monde, qu&#8217;on devrait donc retrouver tel quel, sur l&#8217;écran ? Ou bien encore, et de manière plus essentielle, le cinéaste ne travaille t il pas simplement une matière particulièrement insaisissable : le mouvement (Graal des autres arts, enfin atteint par le cinéma), et donc, le temps ?</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est parce que ces questions se posent, et se posent de plus en plus au fur et à mesure que le cinéma se développe et prend des formes extrêmement diversifiées, qu&#8217;il faut s&#8217;intéresser au cinéma expérimental. C&#8217;est en effet dans ce cinéma qu&#8217;on va pouvoir jouer sur les éléments fondamentaux de cet art, en délaissant provisoirement les éléments anecdotiques auxquels on s&#8217;attache un peu trop facilement dans les autres films. Ainsi, on oublie facilement qu&#8217;Andy Warhol fut, au delà de son travail connu de sérigraphiste, un cinéaste au sens plein du terme, c&#8217;est à dire un artiste qui a pris le cinéma pour ce qu&#8217;il est avant toute autre chose : un art du mouvement simulé.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans son recueil d&#8217;écrits intitulé <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Présences &#8211; écrits sur le cinéma</span></em></strong>, Olivier Assayas (le réalisateur, entre autres films, de <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Demonlover</span></em></strong>, de <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Clean</span></em></strong> ou de <strong><em><span style="text-decoration: underline;">L&#8217;Heure d&#8217;été</span></em></strong>) rend justice (et c&#8217;est bien là l&#8217;un des principaux intérêts de ce genre d&#8217;ouvrages : rendre justice à des oeuvres à côté desquelles on est un peu tous passé sans en saisir la valeur) à l&#8217;oeuvre cinématographique de Warhol en pointant, précisément, ce qui en fait une étape fondatrice dans l&#8217;histoire du cinéma. On va le voir, c&#8217;est bien parce que Warhol est libre de toute forme de contrat avec le public qu&#8217;il peut se permettre de jouer pleinement avec les formes essentielles du film : le temps, le cadre, produisant ainsi quelques unes des séquences les plus fortes que connaisse le cinéma.</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">&laquo;&nbsp;Comme on a parfois pris Cocteau à la légère, on a pris Warhol à la légère. On a vu du dérisoire dans ce groupe de marginaux qu&#8217;il avait constitué en famille autour de luiet qui s&#8217;appliquait à reproduire comme l&#8217;aurait fait une troupe de cabaret les rites et les manières de l&#8217;industrie hollywoodienne d&#8217;alors, en plein doute, en pleine remise en question.<br />
Le cinéma classique agonisait, de quoi agonisait-il sinon de s&#8217;être asphyxié de maniérisme, d&#8217;avoir exploité jusqu&#8217;à l&#8217;autodestruction le factice, le factice des genres, le factice des &laquo;&nbsp;stars&nbsp;&raquo; et Warhol semblait en proposer la caricature obscène, comme s&#8217;il avait récupéré à vil prix les <em>junk-bonds</em> d&#8217;un Hollywood dont personne ne voulait plus. Comme s&#8217;il se l&#8217;était approprié pour le subvertir et faire basculer dans le visible de la pornographie ce qui prenait soin jusque là de rester caché dans l&#8217;invisible de la syntaxe du désir.<br />
Tout cela était l&#8217;aspect le plus superficiel de la démarche de Warhol et chacun sait que même si l&#8217;écran de fumée, protomédiatique, derrière lequel il aimait se dissimuler suscitait cette image là, ses films, quels qu&#8217;ils aient été, ne dialoguaient en rien et à aucun niveau avec Hollywood et encore moins avec le mélo hollywoodien dont le pathos est viscéralement étranger à son monde.<br />
Cette dimension s&#8217;est pourtant révélée déterminante dans son influence sur le cinéma européen. En particulier par l&#8217;intermédiaire de Fassbinder et de ses multiples épigones du cinéma marginal des années 70, et jusqu&#8217;à Almodovar aujourd&#8217;hui, sous une forme qu&#8217;on pourrait dite alors &laquo;&nbsp;récupérée&nbsp;&raquo;. (Cela dit, c&#8217;est bien Warhol lui même qui a franchisé son style auprès de Paul Morissey et d&#8217;autres, lorsque après la tentative de meurtre dont il a été victime en 1968 il s&#8217;est désintéressé  du cinéma &#8211; de toutes façons il était arrivé au terme de son parcours.)</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">La seule incidence de ce rapport ludique avec le cinéma classique est d&#8217;avoir contribué &#8211; en partie &#8211; à permettre à Warhol de résoudre le problème le plus difficile auquel il se sera trouvé confronté dans son entreprise de réinvention du cinéma, celui de la fiction. Je n&#8217;ignore nullement combien la pesanteur de la théorie sonne faux dès lors qu&#8217;elle est appliquée à Warhol et à quel point elle ne rend pas justice à la grâce et à la légèreté avec lesquelles il a abordé ces questions qui ne deviennent pesantes que si on tient à tout prix à les formuler, ce qu&#8217;il s&#8217;abstenait de faire.<br />
Son invention a été d&#8217;inverser le problème : non pas s&#8217;approprier le pathos de la fiction et le donner à mimer à ses personnages, mais au contraire <em>inscrire le pathos dans le réel</em>. Il pose que les acteurs, ses <em>superstars</em>, doivent d&#8217;abord réellement devenir des personnages de fiction, c&#8217;est à dire dans leur existence, pour qu&#8217;il puissse <em>ensuite les filmer</em>, et non pas les mettre en scène.<br />
En effet, l&#8217;objet du cinéma de Warhol, cadreur de ses films, il serait plus juste de dire voyeur derrière son oeilleton, la main collée à la bague érotisée du zoom, est de constituer un dispositif où des personnages, qu&#8217;il veut aussi véridiques  que ceux d&#8217;un documentaire, s&#8217;exhibent aux prises avec des situations certes fictives mais dont la vérité est légitimée par la superposition de l&#8217;individu et de sa projection fantasmée. L&#8217;arbitraire, celui de l&#8217;invention dramaturgique, aura été intégré, intimement, par l&#8217;acteur ou l&#8217;actrice &#8211; tel que suscité par Warhol (le plus souvent) &#8211; de façon antérieure et constitutive de l&#8217;art de filmer.<br />
Et le mauvais pathos, celui qui mendie auprès du public la compassion et les larmes dans la convention du cinéma de genre &#8211; et les obtient parfois -, en devenant, par cette transmutation, véridique, en devenant réel, en se faisant le polaroïd du monde, en exhibant l&#8217;autodestruction, en exhibant &#8211; complice de ses objets &#8211; leur authentique déchéance, se révèle dans sa vérité crue et dans sa vérité crue révèle le spectateur : il le démasque, dans son indifférence (Hypocrite lecteur&#8230;), dans sa cruauté, mais aussi  dans sa complicité, dans sa connivence avec le processus de destruction &#8211; auquel d&#8217;ailleurs il fait mine de s&#8217;émouvoir &#8211; qui est le pouls du monde, le témoin de la vie.&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: justify;">Voici la question du rapport au réel retournée, comme si les observations d&#8217;Oscar Wilde sur l&#8217;aptitude de l&#8217;art à transformer le réel, à le produire, même, avaient trouvé là leur plein accomplissement. Car, dans le fond, que croit-on demander à l&#8217;art, si ce n&#8217;est proposer une copie soi disant fidèle de ce que nous appelons communément &laquo;&nbsp;réalité&nbsp;&raquo; ? Et, on le sait, c&#8217;est là la plus basse besogne dont on puisse charger l&#8217;art, celui ci trouvant sa valeur non pas dans sa conformité au réel tel qu&#8217;on le saisir déjà, mais dans la distance qu&#8217;il est capable de prendre par rapport à lui. L&#8217;histoire de l&#8217;art est, finalement, l&#8217;histoire de cette distance, et c&#8217;est pour cette raison que Velasquez, Duchamp et quelques autres en sont les pierres angulaires. Mais sans doute Warhol est il celui qui, le plus, a su faire tomber la barrière entre ce qu&#8217;on appelle communément fiction et réalité. Et on peut difficilement imaginer manière plus efficace de prendre de la distance par rapport au réel, qu&#8217;en semblant lui coller au plus près, tout en ayant, au préalable, travaillé ce réel pour qu&#8217;il soit déjà une fiction. Ainsi, la critique platonicienne du réalisme artistique est elle court-circuitée : l&#8217;artiste ne se contente plus de reproduire une réalité objective; il donne désormais à voir, intentionnellement et de manière manifeste, un monde qui est déjà, lui même, fiction, tout en appartenant médiatiquement au quotidien des humains. Il s&#8217;agit toujours de simulacre, mais il est cette fois ci pleinement assumé. Or, dévoiler le simulacre, c&#8217;est sans doute le geste de vérité le plus efficace qu&#8217;on puisse concevoir. Derrière l&#8217;imagerie pop, il y a donc là une expérience beaucoup plus profonde qu&#8217;il n&#8217;y parait, mettant en jeu les fondamentaux de l&#8217;art, ses enjeux les plus essentiels, et les mettant en scène de telle sorte qu&#8217;en mettant en évidence ce qu&#8217;est l&#8217;art, il révèle aussi quel est notre rapport au monde. C&#8217;est ici que l&#8217;art croise la trajectoire de la philosophie, au moment où on saisit le fait qu&#8217;en dernier ressort, il ne s&#8217;agit pas de savoir ce qu&#8217;est le monde, mais de comprendre la relation que nous avons avec celui-ci. C&#8217;est exactement ce à quoi nous convie Warhol en refusant simplement de considérer le réel. Et si on y regarde de plus près, c&#8217;est là le propre de chaque artiste.</p>
<p><object width="560" height="340" data="http://www.youtube.com/v/3E6MnSFhA4Y&amp;hl=fr&amp;fs=1&amp;rel=0" type="application/x-shockwave-flash"><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="allowscriptaccess" value="always" /><param name="src" value="http://www.youtube.com/v/3E6MnSFhA4Y&amp;hl=fr&amp;fs=1&amp;rel=0" /><param name="allowfullscreen" value="true" /></object></p>
<p style="text-align: justify;">Une belle illustration avec cette première véritable collaboration cinématographique avec Paul Morissey, <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Chelsea Girls</span></em></strong>, projet diffusé en 1966, dont il existe de multiples formes, puisque le principe même du montage du film est ici laissé à l&#8217;initiative du projectioniste. En effet, ce film est en fait constitué de douze segments qui, projetés bout à bout, constitueraient un très long métrage de 6h30. Pour en réduire la durée et rendre le film compatible avec les exigences de la diffusion, Warhol scinde le film en deux piles de six bobines, qui font chacune 3h15, chaque pile devant être projetée simultanément, sur deux écrans juxtaposés. C&#8217;est au projectioniste de choisir l&#8217;ordre dans lequel il diffusera chaque pile, laissant le hasard &laquo;&nbsp;décider&nbsp;&raquo; du montage. Chaque segment est censé avoir été tourné dans une chambre du Chelsea Hotel, offrant ainsi la possibilité d&#8217;un regard à l&#8217;intérieur d&#8217;un lieu dont le public ne sait rien, mais dont il peut imaginer la vie des stars qui y habitent les chambres pour des séjours longue durée, telles que ces supestars produites par Warhol lui même : Edie Sedgwick (qui disparaitra du montage, par vengeance de Warhol lui même, après leur séparation), et bien sûr Nico pour ne citer que les plus connues. Le film ne propose aucun récit. Il s&#8217;agit simplement d&#8217;être le regard qui se déplace de chambre en chambre dans cet hotel, au contact des stars qui semblent vivre leur vie, comme si de rien n&#8217;était. On a là un principe de réalité qui ressemble à celui des reality shows, mais en constitue en fait exactement l&#8217;inverse, car on y assume que tout soit faux : les personnages sont construits, le lieu l&#8217;est aussi (en fait, tous les lieux filmés ne se trouvent pas dans cet hotel, mais chez Andy Warhol, le film lui même est fabriqué dans la cabine du projectioniste. En d&#8217;autres termes, là où les émissions de télé-réalité ont pour ambition de faire adhérer, par le plus élémentaire des mensonges, celui qui les regarde à une réalité qu&#8217;il ne faudrait sous aucun prétexte dépasser, <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Chelsea Girls</span></em></strong> est de bout en bout un dépassement de la réalité, qui est ici tout simplement méprisée. Le seul réel pour lequel Warhol ait un quelconque intérêt, c&#8217;est celui que la démarche artistique produit : les stars, les formes. Edie, Nico demeureront des superstars warholiennes, aliénées comme êtres humains, détachées de toute pesanteur terrestre comme oeuvres de la photographie et du cinéma de leur Pygmalion. Le prix à payer peut sembler élevé, mais c&#8217;est oublier qu&#8217;il est très exactement celui que Platon réclamait : accéder à la vérité, c&#8217;est partir hors de ce monde des apparences; et partir de ce monde, c&#8217;est toujours mourir un peu. La différence entre Warhol et Platon, c&#8217;est que celui-ci guide ceux qui le suivent loin de l&#8217;écran, alors que Warhol y plonge corps et bien. C&#8217;est là très précisément la trajectoire qu&#8217;effectue la philosophie, de l&#8217;idéalisme platonicien à la phénoménologie. Et ce rapport à l&#8217;écran, c&#8217;est aussi exactement celui que travaille, pour l&#8217;essentiel, le cinéma.</p>
<p></span></p>
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		<title>Avoir un gros coeur, ou avoir le coeur gros&#8230;</title>
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		<pubDate>Thu, 29 Jan 2009 23:31:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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		<description><![CDATA[
Philippe André fait partie de ces réalisateurs de clips vidéo qui, pour certains d&#8217;entre eux, parviennent, dans ce laps de temps réduit qu&#8217;un morceau de musique de taille standard offre, à installer un paysage mental. Sans doute ce court métrage réalisé en couverture du morceau &#171;&#160;Another chance&#160;&#187; de Roger Sanchez constitue t-il sur ce point [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"><br />
<p><a href="http://www.harrystaut.fr/2009/01/avoir-un-gros-coeur-ou-avoir-le-coeur-gros/"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a></p></p>
<p style="text-align: justify">Philippe André fait partie de ces réalisateurs de clips vidéo qui, pour certains d&#8217;entre eux, parviennent, dans ce laps de temps réduit qu&#8217;un morceau de musique de taille standard offre, à installer un paysage mental. Sans doute ce court métrage réalisé en couverture du morceau &laquo;&nbsp;Another chance&nbsp;&raquo; de Roger Sanchez constitue t-il sur ce point une expérience particulièrement réussie, montrant d&#8217;ailleurs au passage à quel point la musique contemporaine peut souvent être conçue comme une pièce dans un dispositif plus large qui intègre le monde tout entier, dont la musique finit par être la bande originale. Ici , c&#8217;est le coeur de nos existences inquiètes de nos solitudes qui constitue le territoire sur lequel la musique de Sanchez va se déployer, et de toute évidence, le clip l&#8217;emporte sur sa bande-son. Pour ceux qui seraient en révision de cette partie du programme qu&#8217;est la réflexion sur le désir, il y a là une mise en forme qui permet de fixer durablement des éléments de réflexion. C&#8217;est une constante en art de pouvoir modifier la représentation de la réalité de telle manière que ce qui est d&#8217;habitude invisible finisse par crever les yeux; mais les matérialisations de l&#8217;invisible telles qu&#8217;en propose ce clip, si elles sont fréquentes, tombent souvent dans le ridicule. Ici, le fait qu&#8217;on assume de bout en bout le caractère un peu mièvre de la quête amoureuse de cette jeune fille (qui est tellement en soif amoureuse qu&#8217;elle en inquiète ceux qui pourraient l&#8217;aimer, au point de les faire fuir) permet d&#8217;accepter sans réticence cette image énorme, qui semble contre toute attente particulièrement réaliste et finit par former un paysage tout à fait cohérent, y compris quand on quitte l&#8217;univers du clip, et qu&#8217;on se replonge dans nos propres déambulations, dans nos villes peuplées, elles aussi, d&#8217;âmes errantes, attendant plus ou moins désespérément qu&#8217;une autre âme en peine les aborde, les bras chargés du vide encombrant de leur manque. Miraculeusement, dans ce clip, tout fonctionne, y compris les moments où le coeur disparait pour laisser la place aux traces laissées sur ce visage inquiet par la déchirure des sentiments et la vacance du coeur.</p>
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		<title>Dix minutes de silence</title>
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		<pubDate>Wed, 21 Jan 2009 05:29:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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En complément de ce qui précède, un court métrage.

Le jour de la mort de John Lennon, le réalisateur français Raymond Depardon se trouve à New-York. Comme tout le monde, il apprend par les medias la nouvelle de l&#8217;assassinat, et il sait que le lendemain, un rassemblement aura lieu, à Central Park, pour respecter dix minutes [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">En complément de ce qui précède, un court métrage.<br />
<object classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" width="425" height="344" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="allowscriptaccess" value="always" /><param name="src" value="http://www.youtube.com/v/lPOTKYnzcfE&amp;hl=fr&amp;fs=1" /><embed type="application/x-shockwave-flash" width="425" height="344" src="http://www.youtube.com/v/lPOTKYnzcfE&amp;hl=fr&amp;fs=1" allowfullscreen="true" allowscriptaccess="always"></embed></object></p>
<p style="text-align: justify;">Le jour de la mort de John Lennon, le réalisateur français Raymond Depardon se trouve à New-York. Comme tout le monde, il apprend par les medias la nouvelle de l&#8217;assassinat, et il sait que le lendemain, un rassemblement aura lieu, à Central Park, pour respecter dix minutes de silence en hommage au chanteur. Il s&#8217;y rend, avec sa caméra, et va se contenter de filmer en plan séquence ces quelques minutes. Rien de particulier ne se passe, il pense même un instant avoir raté son document.</p>
<p style="text-align: justify;">Pourtant, quand on prend la peine de se laisser un peu emporter par le document, on peut éprouver la densité de ce qui est vécu collectivement à ce moment précis, pendant ce laps de temps. C&#8217;est d&#8217;autant plus intéressant que va peu à peu se construire chez Depardon un principe de prise de vue, tant cinématographique que photographique qui va justement consister à jouer sur les densités temporelles, élaborant le concept de &laquo;&nbsp;temps faible&nbsp;&raquo;, ces marges temporelles où rien de décisif ne se passe, et qui constituent pourtant la trame temporelle sur laquelle se tissent nos existences. Dès lors, le plan séquence a tout son sens, même si, en terme d&#8217;image, rien ne semble avoir lieu. C&#8217;est bien là le travail de celui qui capte des images : donner à voir au delà de ce qui se donne spontanément à voir, patienter et faire patienter.</p>
<p style="text-align: justify;">Quant au public présent, qui se positionne nécessairement par rapport à Chapman, puisque celui ci vient simultanément de retirer à tout le monde l&#8217;objet de culte, mais permet le rassemblement de tous dans ce culte, selon les critères qu&#8217;on a utilisés dans l&#8217;article précédent, on pourrait dire qu&#8217;ils ne font pas encore preuve d&#8217;un détachement nécessaire, et que l&#8217;impossibilité du désir n&#8217;a pas été encore pleinement saisie, ni acceptée. D&#8217;une certaine manière (et en faisant abstraction du fait que le processus, en l&#8217;occurrence, engage la mort d&#8217;un être humain, quelle que soit la part prise par celui ci dans le processus qui mena à son propre anéantissement), on peut considérer que Chapman aida ceux qui, ce jour là, se réunirent et ceux qui de par le monde partagèrent une pensée commune pour cet homme assassiné, à placer à sa juste place l&#8217;objet de leur désir.</p>
<p style="text-align: justify;">Sur le court métrage lui même, voici avec quels mots Depardon lui même en parlait lors d&#8217;une interview donnée, sur Arte, au magazine &laquo;&nbsp;Court-circuit&nbsp;&raquo; (2004) :</p>
<p style="padding-left: 30px; text-align: justify;">&laquo;&nbsp;C’était la première fois que je faisais ça. Je suis à New York et j’apprends qu’il y a &laquo;&nbsp;dix minutes pour John Lennon&nbsp;&raquo;. Ce n’était pas la minute pour Ian Palach mais dix minutes ! Je me dis que c’est l’autonomie d’un magasin 16 mm et je pars. Arrivé sur place, je ne suis pas avec la presse, je suis dans la foule et je ne sais plus quoi faire. Je filme autour de moi sans savoir si je tourne à gauche ou à droite&#8230; À un moment, sans doute vers 4/5 minutes, je suis paniqué et je me dis : &laquo;&nbsp;C’est une catastrophe, ton plan séquence est foutu&nbsp;&raquo;. Je ne peux pas marcher, des gens sont allongés partout, mais je ne m’arrête pas de tourner et là, c’est formidable, on est vraiment dans quelque chose d’autre que le cinéma, il n’y a plus de moteur, il n’y a plus d’actualité, il n’y a plus de Ian Palach, il n’y a pas de scoop&#8230; Il y a des gens qui pleurent et d’autres qui viennent du bas de Wall Street, en imperméable, impeccables, des gens qui sont cadres supérieurs à Wall Street mais qui sont venus quand même car c’était leur héros&#8230; On voit aussi que ça ne les gêne pas d’être filmés. Je suis tout seul puisque mon micro est sur la caméra mais je suis avec eux. C’est impensable d’imaginer ce film monté plan par plan. Cela ne voudrait rien dire. Cela n’aurait aucune force.&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: justify;">On ne saura trop chaudement recommander aux élèves (et aux autres !) de prendre le temps de se confronter plus amplement au travail de Raymond Depardon, que ce soit dans le domaine du documentaire, ou celui de la photographie. Que ce soit sur les objets abordés (la justice, la paysannerie), ou sur la forme adoptée, on a là une source inépuisable de réflexion, et des images suffisamment marquantes pour fixer durablement un certain nombre de concepts.</p>
<p style="text-align: justify;">Document : <strong><em>10 minutes de silence pour John Lennon</em></strong>; Raymond Depardon, 1980</p>
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		<title>Le désir comme Odyssée</title>
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		<pubDate>Sun, 16 Nov 2008 23:21:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Une des grandes entreprises d&#8217;expression du désir peut se trouver, à partir du vingt et unième siècle, dans la publicité, qui est censée être cette voix qui dit à notre place le désir dont nous n&#8217;avons même pas encore idée. En fait, un bref regard sur le message publicitaire montre assez facilement que sa focalisation [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: justify;"><font size="2">Une des grandes entreprises d&#8217;expression du désir peut se trouver, à partir du vingt et unième siècle, dans la publicité, qui est censée être cette voix qui dit à notre place le désir dont nous n&#8217;avons même pas encore idée. En fait, un bref regard sur le message publicitaire montre assez facilement que sa focalisation sur l&#8217;objet la réduit à un discours sur le besoin qui ne s&#8217;assume pas : ne voulant pas admettre que nous en sommes réduits à manquer de manière douloureuse de tel modèle de voiture, de tel parfum ou de tel yaourt, nous maquillons ce besoin en désir, croyant ainsi l&#8217;élever au dessus de sa condition véritable, illusion fonctionnant tant qu&#8217;on n&#8217;y réfléchit surtout pas.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><font size="2">Dès lors, on peut dire que la condition nécessaire pour qu&#8217;une publicité s&#8217;élève au dessus du besoin maquillé, c&#8217;est qu&#8217;elle se détache de l&#8217;objet dont elle fait la promotion, qu&#8217;elle s&#8217;en désintéresse pour considérer l&#8217;espace de réclame comme l&#8217;occasion pour la marque de proposer autre chose. Autant dire que ce genre de phénomène est rare, et qu&#8217;on voit plus souvent l&#8217;opération inverse se réaliser : ce sont de plus en plus fréquemment les espaces théoriquement libres du cinéma qui sont envahis, de manière souvent tout à fait obscène, par les objets de consommation. Parfois, néanmoins, on voit tel ou tel écran publicitaire se transformer en jeu presque gratuit avec les formes, ce qui permet au désir de s&#8217;insinuer provisoirement dans ces coupures des programmes télévisuels.</span></p>
<p><object classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" width="425" height="344" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="allowscriptaccess" value="always" /><param name="src" value="http://www.youtube.com/v/QnIa2Avu1Xg&amp;hl=fr&amp;fs=1&amp;rel=0" /><embed type="application/x-shockwave-flash" width="425" height="344" src="http://www.youtube.com/v/QnIa2Avu1Xg&amp;hl=fr&amp;fs=1&amp;rel=0" allowfullscreen="true" allowscriptaccess="always"></embed></object></p>
<p style="text-align: justify;">Oublions donc la marque qui propose ce petit film, puisque le produit en est presque absent. C&#8217;est une proposition formelle qui prend le dessus, avec une mise en scène qui sort le spectateur du monde tel qu&#8217;il est praticable, pour le confronter à une possibilité étonnante : un homme semble n&#8217;avoir pour principe que de traverser des murs. Si on devait le résumer à quelque chose, qui permettrait de le singulariser, ce serait cela : il court, et quand un mur semble constituer un obstacle, il poursuit sa course et le traverse, comme s&#8217;il ne présentait aucune résistance. On pourrait donc dire que ce qui constitue la force essentielle, le moteur ou la puissance spécifique de cet homme, c&#8217;est ce mouvement qui le propulse en avant. C&#8217;est inutile, mais c&#8217;est ce qui l&#8217;anime et c&#8217;est à cet appétit qu&#8217;il obéit.</span></p>
<p style="text-align: justify;">Au delà du mouvement particulier que cela inscrit dans son corps, cela le rend, aussi, repérable dans le monde : quand parallèlement à sa trajectoire, une femme apparaît dans le champ, on saisit immédiatement qu&#8217;en quelque sorte, ils sont &laquo;&nbsp;faits l&#8217;un pour l&#8217;autre&nbsp;&raquo;, comme on dit. En fait, peu importe qu&#8217;ils soient effectivement &laquo;&nbsp;conçus&nbsp;&raquo; pour se rencontrer, l&#8217;évidence s&#8217;impose : ils sont sur des trajectoires intimement parallèles, et c&#8217;est le mouvement profond qui les anime qui les éclaire chacun aux yeux de l&#8217;autre, sans qu&#8217;aucune explication soit nécessaire.</span></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="font-size: 2;">Il ne s&#8217;agit pas de voir là une illustration parfaite du désir. Mais si la mémoire du cours a besoin d&#8217;une image pour se fixer, ce très court métrage constitue un bon moyen mnémotechnique. Ajoutons un détail final qui a lui aussi sa propre image, et son propre sens :</span></p>
<p style="text-align: justify;">La course des deux personnages n&#8217;aura pas de fin. Après avoir franchi tous les murs qu&#8217;ils rencontraient sur leur passage, ils franchissent, toujours en courant, comme s&#8217;ils étaient de simples poutres, des troncs d&#8217;arbre qui sont pourtant bel et bien plantés verticalement. Dans une réalisation visuelle qui emprunte beaucoup à l&#8217;esthétique de films asiatiques tels que Tigre et Dragon, cet homme et cette femme atteignent sans effort, sur leur lancée, le somment de ces arbres et dans leur élan se lancent dans le ciel, pour poursuivre leur course sans aucun support, vers les étoiles. On ne saura pas ce qu&#8217;il adviendra de ce saut dans le vide. Peu importe, on l&#8217;a vu : ils ne se déplacent pas vers un but (on ne pourrait pas décrire leur course avec les principes du finalisme), ils sont mûs de l&#8217;intérieur par une force impérieuse qui les détermine. Mais en lui obéissant, ils sont libres. En somme, si on veut comprendre Spinoza, on peut regarder ce petit film en boucle. On pourrait même le regarder en accompagnement de cet extrait de la lettre VIII de Spinoza à Schuller :</span></p>
<p style="padding-left: 30px; text-align: justify;">« Je passe maintenant à cette définition de la liberté que m&#8217;attribue votre ami ; mais je ne sais d&#8217;où il l&#8217;a tirée. Pour ma part, je dis que cette chose est libre qui existe et agit par la seule nécessité de sa nature, et contrainte cette chose qui est déterminée par une autre à exister et à agir selon une modalité précise et déterminée. Dieu, par exemple, existe librement (quoique nécessairement) parce qu&#8217;il existe par la seule nécessité de sa nature. De même encore, Dieu connaît soi-même et toutes choses en toute liberté, parce qu&#8217;il découle de la seule nécessité de sa nature qu&#8217;il comprenne toutes choses. Vous voyez donc que je ne situe pas la liberté dans un libre décret mais dans une libre nécessité.<br />
Mais venons-en aux autres choses créées qui, toutes, sont déterminées à exister et à agir selon une manière précise et déterminée. Pour le comprendre clairement, prenons un exemple très simple. Une pierre reçoit d&#8217;une cause extérieure qui la pousse une certaine quantité de mouvement, par laquelle elle continuera nécessairement de se mouvoir après l&#8217;arrêt de l&#8217;impulsion externe. Cette permanence de la pierre dans son mouvement est une contrainte, non pas parce qu&#8217;elle est nécessaire, mais parce qu&#8217;elle doit être définie par l&#8217;impulsion des causes externes ; et ce qui est vrai de la pierre, l&#8217;est aussi de tout objet singulier, quelle qu&#8217;en soit la complexité, et quel que soit le nombre de ses possibilités : tout objet singulier, en effet, est nécessairement déterminé par quelque cause extérieure à exister et à agir selon une loi (modus) précise et déterminée.<br />
Concevez maintenant, si vous le voulez bien, que la pierre, tandis qu&#8217;elle continue de se mouvoir, sache et pense qu&#8217;elle fait tout l&#8217;effort possible pour continuer de se mouvoir. Cette pierre, assurément, puisqu&#8217;elle n&#8217;est consciente que de son effort, et qu&#8217;elle n&#8217;est pas indifférente, croira être libre et ne persévérer dans son mouvement que par la seule raison qu&#8217;elle le désire. Telle est cette liberté humaine que tous les hommes se vantent d&#8217;avoir et qui consiste en cela seul que les hommes sont conscients de leurs désirs et ignorants des causes qui les déterminent. C&#8217;est ainsi qu&#8217;un enfant croit désirer librement le lait, et un jeune garçon irrité vouloir se venger s&#8217;il est irrité, mais fuir s&#8217;il est craintif. Un ivrogne croit dire par une décision libre ce qu&#8217;ensuite il aurait voulu taire. De même un dément, un bavard et de nombreux cas de ce genre croient agir par une décision libre de leur esprit, et non pas portés par une impulsion. Et comme ce préjugé est inné en tous les hommes, ils ne s&#8217;en libèrent pas facilement. L&#8217;expérience nous apprend qu&#8217;il n&#8217;est rien dont les hommes soient moins capables que de modérer leurs passions, et que, souvent, aux prises avec des passions contraires, ils voient le meilleur et font le pire : ils se croient libres cependant, et cela parce qu&#8217;ils n&#8217;ont pour un objet qu&#8217;une faible passion, à laquelle ils peuvent facilement s&#8217;opposer par le fréquent rappel du souvenir d&#8217;un autre objet. »</span></p>
<p style="text-align: justify;">&laquo;&nbsp;je ne situe pas la liberté dans un libre décret mais dans une libre nécessité.&nbsp;&raquo; Autant la formule parait abstraite quand on la lit isolément, autant elle prend un peu de corps dans le cadre de la lettre toute entière, autant elle gagne aussi de la chair dans ces deux individus lancés dans leur course, qui ne sont finalement libres que si ils laissent grossir en eux ce mouvement inhérent, dont ils ne sont pas les auteurs, mais dont ils sont les acteurs. On saisira le lien tissé entre liberté et nécessité si on ressent le simple fait que si cet homme et cette femme interrompent leur course, même si on pourrait y voir une rupture avec une force qui s&#8217;impose à eux, de toute évidence, ils perdraient finalement l&#8217;essentiel d&#8217;eux même. Or, conserver l&#8217;essentiel de son mouvement propre, voila ce qu&#8217;on peut appeler &laquo;&nbsp;liberté&nbsp;&raquo;.</span></p>
<p style="text-align: justify;">Pour autant, leur course est elle insensée ? Pas tout à fait : intelligemment, et même si c&#8217;est pour produire une &laquo;&nbsp;belle image&nbsp;&raquo;, le couple se lance, de manière apparemment éperdue, vers les étoiles. Rien d&#8217;innocent dans ce choix : les étoiles sont en fait liées au désir, puisqu&#8217;elles en sont étymologiquement la source : &laquo;&nbsp;désir&nbsp;&raquo; vient en effet du latin &laquo;&nbsp;desiderare&nbsp;&raquo;, un mot qui est construit sur l&#8217;idée de la perte, ou de la nostalgie d&#8217;une étoile. Désirer, ce serait donc avoir le sentiment de manquer de quelque chose d&#8217;essentiel, qui demeure inaccessible, mais qui constituerait pourtant quelque chose comme notre origine. Si cette hypothèse avait un sens, on pourrait affirmer que ces deux personnages, dans lesquels on aimerait reconnaître l&#8217;être humain, ne mènent peut être pas une course insensée, sans pouvoir néanmoins en acquérir la certitude.</span></p>
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		<title>Half life</title>
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		<pubDate>Fri, 03 Oct 2008 09:07:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Bonus]]></category>
		<category><![CDATA[Désir]]></category>
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		<description><![CDATA[
Puisque j&#8217;ai lancé mes élèves sur la lecture de ce passage du banquet au cours duquel Aristophane fait à son tour l&#8217;éloge de l&#8217;amour en reprenant le mythe des androgynes, profitons en pour montrer que ce mythe, comme bien d&#8217;autres d&#8217;ailleurs (et cela participe sans doute du fait qu&#8217;encore aujourd&#8217;hui, ce qu&#8217;en disait Aristote dans [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p align="justify">Puisque j&#8217;ai lancé mes élèves sur la lecture de ce passage du banquet au cours duquel Aristophane fait à son tour l&#8217;éloge de l&#8217;amour en reprenant le mythe des androgynes, profitons en pour montrer que ce mythe, comme bien d&#8217;autres d&#8217;ailleurs (et cela participe sans doute du fait qu&#8217;encore aujourd&#8217;hui, ce qu&#8217;en disait Aristote dans sa Métaphysique (&laquo;&nbsp;<em>aimer les mythes est, en quelque manière se montrer philosophe, car le mythe est composé de merveilleux</em>&laquo;&nbsp;) demeure valable), vit encore en nous et irigue nos représentations de l&#8217;amour.</p>
<p align="justify">The Dø  est un duo dont les chansons simples (parce que ramassées sur une sorte d&#8217;essentiel) gambadent depuis quelques mois déjà sur &laquo;&nbsp;les ondes&nbsp;&raquo; et dans les oreilles. A voir et écouter le binôme musical, on se dit que c&#8217;est un peu comme si tout se construisait sur la rencontre de deux principes. La chanteuse (Olivia Bouyssou Merilahti) est franco-finlandaise, lui (Dan Levy)<strong> </strong>fait des musiques de films ainsi que de la chanson, le nom même du duo est l&#8217;association de leurs deux initiales (pourquoi ne pas faire simple ?), et ça tombe bien, puisqu&#8217;ils obtiennent ainsi la note fondamentale de la gamme, ce qui est plutôt de bon augure pour des musiciens.</p>
<p align="justify">Dès lors, on ne s&#8217;étonnera pas de voir que sur leur dernier clip vidéo, c&#8217;est le mythe de la séparation originelle et de la quête de l&#8217;autre qui est mis en scène, et ce, comme pour le reste de leur travail, de la manière la plus sobre qu&#8217;on puisse imaginer : ce sont simplement ces fameuses moitiés d&#8217;orange qui vont être l&#8217;interface de la rencontre amoureuse, ou de son échec, fréquent. A mi-chemin de la vision pleine d&#8217;espoir du mythe et de la conception philosophique souvent désenchantée de l&#8217;amour (dont Lucrèce est une assez bonne illustration, puisqu&#8217;il est finalement un des premiers à avoir développé cette idée que l&#8217;amour est aveugle), on erre en territoire inconnu, avec le vague sentiment que quelque chose de nécessairement familier y rode, porteur de la même impatience et de la même crainte de la soif inétanchée. Les tentatives de reconstitution des paires se multiplient, rares sont les élus, mais leur attraction est, avant même de se réaliser, ce vers quoi tout semble tendre, comme un horizon.</p>
<p align="justify">Sans être la forme la plus aboutie de ce mythe (mais la forme la plus aboutie demeure certainement la version qu&#8217;en propose Platon), on trouvera là un simple moyen de se faire sienne l&#8217;image, avec toute l&#8217;efficacité de suggestion que cela permet. Au delà, on rappellera qu&#8217;il est toujours bon de remonter aux sources de nos représentations. La lecture du Banquet demeure une expérience qui pourrait être tentée (toutes les formes d&#8217;incitation à la lecture auront été essayées !).</p>
<p align="justify"><object classid="clsid:d27cdb6e-ae6d-11cf-96b8-444553540000" width="425" height="344" codebase="http://download.macromedia.com/pub/shockwave/cabs/flash/swflash.cab#version=6,0,40,0"><param name="allowFullScreen" value="true" /><param name="src" value="http://www.youtube.com/v/YTttW7ZCW7Y&amp;hl=fr&amp;fs=1&amp;rel=0" /><embed type="application/x-shockwave-flash" width="425" height="344" src="http://www.youtube.com/v/YTttW7ZCW7Y&amp;hl=fr&amp;fs=1&amp;rel=0" allowfullscreen="true"></embed></object></p>
<p align="justify">Référence : The Dø &#8211; <em><strong><span style="text-decoration: underline;">At Last</span></strong></em></p>
<p align="justify">Ceux qui ont du mal avec ce qu&#8217;ils percevront comme peut être un peu mièvre, emprunté ou &laquo;&nbsp;arty&nbsp;&raquo; pourront, en désespoir de cause, se rabattre sur le film <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Hancock</span></em></strong> qui, derrière un scénario relevant de la grosse blague (en résumé : un super-héros alcoolique sème la panique sur Los Angeles tout en faisant son boulot, tout ça parce qu&#8217;il est en plein désespoir amoureux sans le savoir). Se glisse discrètement, à l&#8217;intérieur de cette farce réjouissante, une histoire d&#8217;amour immémorielle, défiant le temps (et pour cause), mais s&#8217;imposant aux protagonistes par son caractère impérieux, comme si ces lois de l&#8217;attraction constituaient le sommet des règles de l&#8217;univers, y compris pour les plus grands des êtres qui le peuplent. Et mine de rien, derrière une mise en scène un peu (lisez ces deux mots comme l&#8217;un des plus gros euphémismes qu&#8217;il vous ait été donné de lire) démonstrative, le film ne se sort pas trop mal de cette histoire d&#8217;amour : comme chez les androgynes, on saisit vite que pour aimer, il faut se perdre. Et comme chez Blaise Cendrars, le héros devra faire sienne ce principe : quand on aime, il faut partir. Ce que montrait Platon, c&#8217;est qu&#8217;en fait on aime déjà avant d&#8217;aimer, et que c&#8217;est en se perdant qu&#8217;on se retrouve. On semble assez bien faits pour les déchirements.</p>
<p></span></p>
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		<title>Ex-femme des sixties, potentiellement baby-doll : Bardot en tenue de liberté.</title>
		<link>http://www.harrystaut.fr/2008/05/bardot-en-liberte/</link>
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		<pubDate>Sun, 25 May 2008 23:11:04 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Liberté]]></category>
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En 1963 sort un film de Jean Luc Godard dont une scène deviendra, comme on dit, &#171;&#160;culte&#160;&#187;. On y voit Brigitte Bardot, alors elle-même idole du moment, attirant à elle les spectateurs amateurs de ses formes, et les spectatrices qui tentent de l&#8217;imiter, nue sur un lit, au côté de Michel Piccoli. La caméra glisse [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p align="justify">En 1963 sort un film de Jean Luc Godard dont une scène deviendra, comme on dit, &laquo;&nbsp;culte&nbsp;&raquo;. On y voit Brigitte Bardot, alors elle-même idole du moment, attirant à elle les spectateurs amateurs de ses formes, et les spectatrices qui tentent de l&#8217;imiter, nue sur un lit, au côté de Michel Piccoli. La caméra glisse sur elle, à plusieurs reprises, comme une main qui la caresserait à distance, qui suivrait ses courbes sans vraiment la toucher, juste au bord de la surface sensible de la peau, à mi chemin du retrait et du contact, intime.</p>
<p align="justify">Cette scène deviendra LA scène connue du film, celle qui signera pour toujours son titre, et qui définira le mythe Bardot dans ce qu&#8217;on pourrait appeler son hyper-réalité : image d&#8217;elle même, non pas en tant qu&#8217;individu, mais en tant que Femme, elle dépasse la starlette pour devenir lumineuse, étoile, idéale.</p>
<p><object width="425" height="355"><param name="movie" value="http://www.youtube.com/v/asVjlOmff04&#038;hl=fr&#038;rel=0"></param><param name="wmode" value="transparent"></param><embed src="http://www.youtube.com/v/asVjlOmff04&#038;hl=fr&#038;rel=0" type="application/x-shockwave-flash" wmode="transparent" width="425" height="355"></embed></object>
<p align="justify">Et pourtant, c&#8217;est bien l&#8217;objet Bardot qu&#8217;on a voulu montrer. La scène en question n&#8217;était pas prévue par Jean-Luc Godard. Il refusait même de la tourner. C&#8217;est la maison de production qui, en visionnant la première version du film, regrette que Bardot ne soit pas vue nue et impose la scène, menaçant de bloquer la sortie en salle si Godard n&#8217;obtempère pas.</p>
<p align="justify">C&#8217;est a priori une situation de blocage, dont toute liberté est exclue : on fait pression sur Godard, il est devant un choix simple : il accepte le marché, et il remballe son exigence artistique, ou alors il le refuse, et son film ne sort pas. Si la liberté était réductible à la simple possibilité de faire ce que l&#8217;on veut, on pourrait dire que le réalisateur, dans cette situation finalement semblable à celles que tout homme connait au long de sa vie, ne serait pas libre, et si on était tenté de définir la liberté par la simple possibilité de choisir en diverses options, ce seul exemple suffirait à montrer que cette transformation de l&#8217;existence en vaste QCM ne tient pas debout, tant les solutions proposées sont insuffisantes. Pourtant, Godard ne se soumet ni à la logique commerciale de ses producteurs, ni à sa propre détermination. Surmontant l&#8217;entêtement qui constitue ici la première tentation, il tourne finalement la scène demandée, mais à sa manière.</p>
<p align="justify">Tout d&#8217;abord, si cette séquence a pour réputation d&#8217;être la première scène du film, c&#8217;est qu&#8217;on oublie qu&#8217;elle est précédée d&#8217;un générique, qui a la particularité d&#8217;être prononcé par la voix de Godard lui même, qui s&#8217;adresse au spectateur, non pas pour dénoncer la scène qui va suivre, mais pour rappeler une évidence : il s&#8217;agit d&#8217;un film, d&#8217;un artefact construit par un réalisateur, à destination d&#8217;un public, une fiction. Il nomme le nom des acteurs, le compositeur de la musique, divers techniciens. Il installe en somme le contrat avec le spectateur, il met en lumière la convention : on est venu voir un film, on va accepter d&#8217;adhérer à une mise en scène, dans laquelle on fait semblant, où les choses ne sont pas ce qu&#8217;elles semblent être, ou plutôt où ce qui semble n&#8217;est pas tel qu&#8217;il paraît.</p>
<p align="justify">On le sait, Godard n&#8217;est pas avare en petites phrases, en formules frappantes sur les rapports qu&#8217;entretiennent l&#8217;image et la vérité. Une des plus célèbres de ces formules dit la chose suivante : &laquo;&nbsp;L&#8217;image, c&#8217;est la vérité; le cinéma, c&#8217;est 24 fois la vérité par seconde&nbsp;&raquo; (on entend cette réplique dans son film <em><strong><u>Le Petit Soldat</u></strong></em>, tourné en 1961). Mais la formule ne doit pas nous faire croire que pour Godard l&#8217;image soit, en tant qu&#8217;image, vraie, il le dit lui même : &laquo;&nbsp;je ne cherche pas à faire une image juste, c&#8217;est juste une image&nbsp;&raquo;. L&#8217;image appelle autre chose, son dépassement, et ne doit certainement pas valoir en tant que copie de ce que la caméra filme. On pourrait même dire que c&#8217;est là le point de départ du cinéma : ce qui est filmé n&#8217;est pas ce qu&#8217;on voit, ce qui est filmé n&#8217;est même pas vrai, au sens où tout est mis en scène pour être filmé, il n&#8217;y a donc pas d&#8217;objet de l&#8217;image de cinéma.</p>
<p align="justify">Ainsi, si c&#8217;est bien de cinéma qu&#8217;il s&#8217;agit, sur le plateau du tournage, où trône un lit qui n&#8217;est pas un lit, est couchée Brigitte Bardot, qui n&#8217;est précisément pas Brigitte Bardot. Mais s&#8217;il ne s&#8217;agit plus de cinéma, alors c&#8217;est bien Brigitte Bardot, en tant qu&#8217;elle même, qui est l&#8217;objet du regard. On a ici une belle démonstration de platonisme : si on veut donner à l&#8217;oeuvre le rôle de copie du monde sensible, alors on tombe très bas dans la complaisance voyeuriste, puisqu&#8217;on se contente de regarder Bardot nue sur son lit; et c&#8217;est exactement cette complaisance perverse que recherchent les producteurs de Godard, alors que c&#8217;est le mouvement inverse que celui ci recherche et parvient, jusque là, à proposer dans ses films. L&#8217;enjeu de cette scène n&#8217;est donc pas mince, puisque derrière elle se trouve la question fondamentale de l&#8217;art, et ce depuis l&#8217;antiquité. Copie plaisante de la matière (en l&#8217;occurence, exposition du corps plaisant de Bardot rendu soudainement accessible sur l&#8217;écran devenu matelas des fantasmes majoritaires du moment) ? Ou au contraire prise de distance vis à vis de cette matière qu&#8217;on pourrait apprendre à aimer, dès lors, pour d&#8217;autres raisons (ce qui impliquerait que, dès lors, Bardot ne soit pas vue nue, car c&#8217;est précisément quand elle est nue qu&#8217;elle devient simple objet sur l&#8217;écran)?</p>
<p align="justify">Alternative insensée : aucune de ses branches n&#8217;est satisfaisante puisque, comme souvent dans les oeuvres réclamant de gros investissements (ce qui fut, aussi, le cas de la peinture, en son temps), l&#8217;intransigeance se paie au prix de l&#8217;inexistence des oeuvres. Godard va, plutôt que se plier au choix proposé, inventer quelque chose, tracer une nouvelle branche dans l&#8217;alternative, qui permet de sortir de l&#8217;impasse : ainsi, quand on regarde cette scène à laquelle le générique nous a préparés, on peut voir Bardot s&#8217;adresser à deux interlocuteurs, et situés sur des plans différents : d&#8217;un côté elle interroge Piccoli, en passant en revue son corps, passant des pieds aux cuisses, des cuisses au dos, puis à la nuque. A chaque fois, elle lui demande, comme une ritournelle, ou comme une inquiétude obsessionnelle : &laquo;&nbsp;et mes hanches, tu les aimes mes hanches ?&nbsp;&raquo;, la question étant répétée à l&#8217;identique pour chaque partie de son corps qu&#8217;elle détaille. Mais la question est bien sûr aussi posée au public, qu&#8217;il s&#8217;agisse des spectateurs dans la salle noire, ou des producteurs conditionnant la sortie du film à l&#8217;image qu&#8217;ils se font des envies du public. A eux, avant tout, le personnage Bardot demande si son corps leur plait, si ils peuvent se rincer l&#8217;oeil comme ils avaient bien compté le faire en venant voir un film s&#8217;ouvrant sur ce corps livré, pour eux. La première question est d&#8217;ailleurs une indication forte des intentions véritables de cette scène, car elle ne porte pas sur le corps de Bardot, mais sur son image : &laquo;&nbsp;Tu vois mes pieds dans la glace ? Oui. Tu les trouves jolis ?&nbsp;&raquo;. On place d&#8217;emblée la question sur le terrain de l&#8217;image, de la représentation, qui n&#8217;est jamais celle de l&#8217;objet même. En une question, Bardot s&#8217;est rendue absente, ouvrant sur l&#8217;écran un espace qui ne sera que le simulacre de ce que les producteurs ont demandé. Et un simulacre qui dit qu&#8217;il est un simulacre n&#8217;est déjà plus un leurre, mais devient un passage, celui par lequel on peut accéder au beau. Aussi cette scène remplit elle un double rôle, a priori incompatible, de satisfaction de la complaisance, mais aussi de mise en garde contre celle ci, par le questionnement direct du public (d’autre films, tels que “Funny Game”, de Haneke, opéreront le même genre de mise à distance, celui ci dans le domaine de la représentation de la violence).</p>
<p align="justify">Par cette mise en forme, Godard parvient non pas à mettre en évidence une liberté absolue qui n&#8217;aurait en fait aucun sens et ne serait que la possibilité de faire n&#8217;importe quoi, mais fait surgir une liberté qui n&#8217;est rien de plus que l&#8217;acte lui-même, par lequel on se libère à partir d&#8217;une situation contrainte. Ce n&#8217;est donc pas une liberté absolue (qui rendrait, d&#8217;ailleurs, l&#8217;oeuvre vaine, car dans une telle liberté, tout se vaudrait et l&#8217;oeuvre n&#8217;aurait pas une valeur spécifique), mais l&#8217;aptitude à transformer les contraintes en nouvelles possibilités, à ne pas se laisser plier par les déterminismes, à ne pas se laisser déterminer par eux, à faire de l&#8217;art, comme le disait Malraux, un anti-destin, une liberté matérialisée.</p>
<p align="justify">Dès lors, si on ne veut pas perdre l&#8217;espoir de la liberté, aussi contraint soit-on dans les trajectoires quotidiennes, et si on veut discerner ce qu&#8217;elle est, cette scène, ne cédant ni aux injonctions des producteurs, ni à la stricte spontanéité du réalisateur, propose une élévation que peu pourraient revendiquer, car elle consiste à faire du monde ce qu&#8217;il n&#8217;est pas, et ce par l&#8217;intermédiaire d&#8217;images assumant pleinement leur intégration au monde, ce qui constitue un des éléments propres aux images contemporaines, celles qui font que Godard, à travers ce portrait de Brigitte Bardot allanguie, cherche moins à mettre cette icône en vitrine, qu&#8217;à mettre en avant ce statut de fantasme pour mieux le faire voler en éclat, jetant à la figure des spectateurs leur voyeurisme, à travers un corps trop offert pour être honnête, transformant en schéma géométrique, en théorème, cette relation entre les yeux des uns et le corps de l&#8217;autre, qui d&#8217;inquisiteurs, devront accepter de devenir contemplatifs.</p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p align="justify">Et en cadeau, l&#8217;article, curieux sous toutes ses coutures, que Serge Daney fit publier par Libération, le 15 Novembre 1984, à propos du film de Godard :</p>
<p align="justify">&laquo;&nbsp;Vingt ans. Vingt ans déjà. Comment avons nous pu ? Godard sentimental et inspiré, Bardot déjà la meilleure dernière star parlant français (avant les bêtes), Piccoli futur meilleur comédien sur Paris-surface, Palance second couteau le mieux affuté de l&#8217;histoire des couteaux, une Alfa rouge écrasée par deux camions, Georgia Moll polyglotte et désirable, Capri, la maison de Malaparte, les aplats blancs, le soleil et le sud, la musique de Delerue qu&#8217;il plagiera cent fois, notre petit coeur  serré pavloniennement aux premiers accords, l&#8217;émotion intacte, l&#8217;Alfa Romeo rouge, &laquo;&nbsp;il cinema è un invenzione senza avvenire&nbsp;&raquo;. Prokosch discobole et tyran, &laquo;&nbsp;il faut toujours finir ce qu&#8217;on a commencé&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;yes or no ?&nbsp;&raquo;, le filtre rouge, la colère de Carlo Ponti, Hölderlin change d&#8217;avis, Piccoli s&#8217;habille comme Jean Luc, Godard marche sur les mains pour amadouer Brigitte, l&#8217;un des dix plus beaux films du monde, le regard du projectionniste, le retour d&#8217;Ulyse en jupette, Homère, un roman de gare de Moravia, mille neuf cent soixante trois, &laquo;&nbsp;Contempt&nbsp;&raquo;, pourquoi tu me méprises, le drap toge, la musique qui insiste, &laquo;&nbsp;Monsieur Lang on est prêts&nbsp;&raquo;, le dinosaure et son bébé, les paparazzi, l&#8217;élégance de Fritz Lang, &laquo;&nbsp;It&#8217;s in the screen, but not on the screen !&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;silenzio !&nbsp;&raquo;, Camille, le thème de la mort, &laquo;&nbsp;Il disprezzo&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;et mes seins, tu les aimes, mes seins ?&nbsp;&raquo;, oui, les dieux plus grands que les hommes, un feuillet tout à fait sentimental. &nbsp;&raquo;<br />
Serge Daney &#8211; <em><u><strong>La maison cinéma et le monde,</strong></u></em> T.2 : les années libé 1981-1985</p>
<p></font></p>
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		<title>L&#8217;artifice comme seconde nature (ou, y a t-il un lien entre &#171;&#160;Tout sur ma mère&#160;&#187; et Michaël Jackson ?)</title>
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		<pubDate>Tue, 01 Apr 2008 23:20:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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On rencontre cette idée assez régulièrement sur ce blog, et elle vaut d&#8217;être colportée : être naturel, pour l&#8217;homme, ne signifie jamais revenir vers une ancienne nature qui aurait été perdue. A chaque fois que des groupes humains se sont donné comme mission ce genre de retour en arrière, l&#8217;humanité s&#8217;est retrouvée dans des impasses, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><object width="425" height="355"><param name="movie" value="http://www.youtube.com/v/qKzg1M8ztlw&#038;rel=0&#038;hl=en"></param><param name="wmode" value="transparent"></param><embed src="http://www.youtube.com/v/qKzg1M8ztlw&#038;rel=0&#038;hl=en" type="application/x-shockwave-flash" wmode="transparent" width="425" height="355"></embed></object><br />
<font size="2"></p>
<p align="justify">On rencontre cette idée assez régulièrement sur ce blog, et elle vaut d&#8217;être colportée : être naturel, pour l&#8217;homme, ne signifie jamais revenir vers une ancienne nature qui aurait été perdue. A chaque fois que des groupes humains se sont donné comme mission ce genre de retour en arrière, l&#8217;humanité s&#8217;est retrouvée dans des impasses, en perte de perspective, enfermée dans ses propres limites.</p>
<p align="justify">Pour cette raison, le rapport qu&#8217;entretient l&#8217;humanité avec l&#8217;artifice est un rapport complexe : nécessairement porté sur l&#8217;artifice, par contrainte puis par goût, l&#8217;homme entretient néanmoins une mauvaise conscience de s&#8217;être à ce point transformé, comme s&#8217;il s&#8217;agissait là d&#8217;une trahison envers une nature qu&#8217;il aurait perdue. C&#8217;est en partie sur cette mauvaise conscience, et sur cette nostalgie que se construit le goût pour le &laquo;&nbsp;naturel&nbsp;&raquo;, qu&#8217;on assimile facilement à l&#8217;authentique.</p>
<p align="justify">C&#8217;est oublier un peu vite que pour l&#8217;homme, l&#8217;authenticité n&#8217;est pas la même que pour un arbre, un ruisseau ou un zèbre. Si ceux ci peuvent se contenter d&#8217;être, l&#8217;homme, en revanche se voit être, et a dès lors du mal à &laquo;&nbsp;coller à lui même&nbsp;&raquo;, ce qui constitue pourtant la condition première de l&#8217;authenticité. Certaines expériences du quotidien révèlent aisément que se montrer &laquo;&nbsp;au naturel&nbsp;&raquo; est une tâche quasiment impossible, qui relèverait de ce que le psychologue américain Grégory Bateson nommait le double bind (en français, la double contrainte) : par exemple, si on utilise cette fonction qui permet, sur msn, de montrer à ses interlocuteurs les morceaux qu&#8217;on est en train d&#8217;écouter, on est vite pris dans un paradoxe, qui consiste à se demander ce qu&#8217;on doit écouter pour avoir l&#8217;air d&#8217;être authentiquement soi même. Faut il subitement ne plus écouter que ce qu&#8217;on reconnaît sans peine comme devant être apprécié, ou bien doit on écouter ce qu&#8217;on écoute véritablement spontanément, même si on sait que cela n&#8217;a guère de valeur musicale ? De la même manière, dans tous les aspects de son existence, l&#8217;homme a le plus grand mal à être authentique, dès l&#8217;instant où on assimile cette authenticité à une sorte de comportement naturel.</p>
<p align="justify">C&#8217;est sans doute que cette nostalgie d&#8217;une nature perdue est en fait un leurre dans lequel l&#8217;homme ne peut pas, non plus se reconnaître. Il n&#8217;y aurait en fait aucune nature humaine véritable dans cette hypothétique état de nature. On l&#8217;a déjà évoqué, ce qui caractérise avant tout l&#8217;homme &laquo;&nbsp;au naturel&nbsp;&raquo;, c&#8217;est son caractère manifestement incomplet, son inaptitude à vivre tel qu&#8217;il est, et son incapacité à se faire au monde tel qu&#8217;il se présente. Dès lors, il est probable que l&#8217;homme doive être considéré comme naturellement technicien : ses mains, ses aptitudes au travail (au sens noble et plein du terme) permettent de le désigner comme un être qui est naturellement technicien, naturellement transformiste, naturellement mutant, et donc, artificiellement naturel.</p>
<p align="justify">C&#8217;est là exactement le discours que tient Agrado, personnage du film de Pedro Almodovar dans <strong><em><u>Tout sur ma mère</u></em></strong>, au moment où lui faut annoncer aux spectateurs d&#8217;une pièce de théâtre que celle ci n&#8217;aura pas lieu, et que pour remplacer il propose de raconter brièvement sa vie, finalement résumée en la longue liste des opérations de chirurgie esthétiques qu&#8217;il lui a fallu subir pour devenir pleinement elle-même, aussi artificielle soit elle. En ce sens, l&#8217;être humain serait pleinement accompli quand il serait non pas ce que la nature en a fait, mais quand cette nature a été prise en mains et modelée par la volonté. L&#8217;artifice serait le signe de la liberté humaine, conçu ici comme l&#8217;essence même de l&#8217;humanité.</p>
<p align="justify">Etrangement, on trouve dans les <strong><em><u>Cool memories</u></em></strong> du sociologue Jean Baudrillard quelque chose d&#8217;assez approchant, concernant pourtant un tout autre personnage, puisque c&#8217;est tout d&#8217;abord à Michael Jackson que Baudrillard s&#8217;attaque, en voyant en lui le symbole de l&#8217;homme ne se satisfaisant pas de ce que la nature donne et cherchant à dépasser en permanence sa nature première, trop terrestre, trop strictement biologique, pour accéder à une nature supérieure, dans un plan non prévu par le strict déterminisme matériel. Au delà de ce que ces transformations massives ont d&#8217;inquiétant, il faut alors voir dans ces processus qui sont à la limite du monstrueux une image légèrement grossie de ce qui caractérise l&#8217;homme : sa poursuite, sans relâche de la frontière mouvante entre lui et le monde, qui lui offre un repère pour se positionner, et qui permette de l&#8217;en distinguer.</p>
<p align="justify">Le lien entre Almodovar et Baudrillard, c&#8217;est ici le glissement vers des territoires du corps encore inconnus, puisqu&#8217;ils n&#8217;avaient jusque là jamais existé. Il ne faut pas entendre le transexualisme évoqué ici au sens strict (pas plus chez l&#8217;un que chez l&#8217;autre), ici encore, il s&#8217;agit avant tout de pointer la questions des frontières, remises en question par les incessantes interventions techniques, artificielles que l&#8217;homme effectue sur lui-même.</p>
<p align="justify">Ainsi, voici ce que Baudrillard écrit à propos du &laquo;&nbsp;kidult&nbsp;&raquo; que constitue ici Michael Jackson, et qu&#8217;on pourra rapprocher sans peine de l&#8217;artificialité d&#8217;Agrado :</p>
<p align="justify" style="margin: 0cm 0cm 0pt" class="MsoNormal"><em>&laquo;&nbsp;Le destin artificiel (du corps) c&#8217;est la transsexualité.<br />
Transsexuel non pas au sens anatomique, mais au sens plus général de travesti, de jeu sur la communication des signes du sexe, et, par opposition au jeu antérieur de la différence sexuelle, de &laquo;&nbsp;jeu de l&#8217;indifférence sexuelle&nbsp;&raquo;, indifférenciation des pôles sexuels et indifférence au sexe comme jouissance. Le sexuel est porté sur la jouissance (c’est le leitmotiv de la libération), le transsexuel est porté sur l&#8217;artifice&#8230;<br />
Voyez Michaël Jackson, Michaël Jackson est un mutant solitaire, précurseur d&#8217;un métissage parfait parce que universel. La nouvelle race d&#8217;après les races. Les enfants d&#8217;aujourd&#8217;hui n&#8217;ont pas de blocages par rapport à une société métissée : elle est leur univers et Michaël Jackson préfigure ce qu&#8217;ils imaginent comme un avenir idéal. A quoi il faut ajouter que Michaël s&#8217;est fait refaire le visage, décrêper les cheveux, éclaircir la peau, bref qu&#8217;il s&#8217;est minutieusement construit : c&#8217;est ce qui en fait un enfant innocent et pur &#8211; l&#8217;androgyne artificiel de la fable, qui, mieux que le Christ, peut régner sur le monde et le réconcilier parce qu&#8217;il est mieux qu&#8217;un enfant-dieu : un enfant-prothèse, un embryon de toutes les formes rêvées de mutation qui nous délivreraient de la race et du sexe&#8230;<br />
Nous sommes tous des agnostiques, ou des travelos de l&#8217;art et du sexe. Nous n&#8217;avons plus de convictions esthétiques ni sexuelles, mais nous les professons toutes&#8230;<br />
Si la Cicciolina peut être élue aujourd&#8217;hui député au Parlement italien, c&#8217;est justement que le transsexuel et la transpolitique se rejoignent dans la même indifférence ironique. Cette performance, impensable il y a seulement quelques années, témoigne du fait que c&#8217;est non seulement la culture sexuelle, mais toute la culture politique qui est passée du côté du travesti.<br />
Cette stratégie d&#8217;exorcisme du corps par les signes du sexe, d&#8217;exorcisme du désir par l&#8217;exagération de sa mise en scène, est bien plus efficace que celle de la bonne vieille répression par l&#8217;interdit&#8230;<br />
Ce régime du travesti est devenu la base même de nos comportements, jusque dans notre recherche d&#8217;identité et de différence. Nous n&#8217;avons plus le temps de nous chercher une identité dans les archives, dans une mémoire, ni dans un projet ou un avenir. Il nous faut une mémoire instantanée, un branchement immédiat, une sorte d&#8217;identité publicitaire qui puisse se vérifier dans l&#8217;instant même&#8230;<br />
En termes de mode et d&#8217;apparences, ce qui est recherché n&#8217;est plus réellement la beauté ou la séduction, c&#8217;est le look.<br />
Chacun cherche son look. Comme il n&#8217;est plus possible de tirer argument de sa propre existence, il ne reste plus qu&#8217;à faire &laquo;&nbsp;acte d&#8217;apparence&nbsp;&raquo; sans se soucier d&#8217;être, ni même d&#8217;être regardé&#8230;<br />
Ce n&#8217;est même pas du narcissisme, c&#8217;est une extraversion sans profondeur, une sorte d&#8217;ingénuité publicitaire où chacun devient l&#8217;impresario de sa propre apparence&#8230;<br />
Cela ne se réclame même plus d&#8217;une logique de la distinction, ce n&#8217;est plus un jeu de différences, &laquo;&nbsp;ça joue à la différence sans y croire&nbsp;&raquo;. C&#8217;est de l&#8217;indifférence. Être soi devient une performance éphémère, sans lendemain, un maniérisme désenchanté dans un monde sans manières&#8230;<br />
Tel est le résultat paradoxal de notre révolution : avec elle commencent l&#8217;indétermination, l&#8217;angoisse et la confusion. Une fois passée l&#8217;orgie, la libération aura laissé tout le monde en quête de son identité générique et sexuelle, avec de moins en moins de réponses possibles, étant donné la circulation des signes et la multiplicité des plaisirs.&nbsp;&raquo;</em></p>
<p align="justify" style="margin: 0cm 0cm 0pt" class="MsoNormal">&nbsp;</p>
<p align="justify" style="margin: 0cm 0cm 0pt" class="MsoNormal">Détail important cependant : comme beaucoup, Baudrillard semble tellement fasciné par l&#8217;apparence du transexuel qu&#8217;il en oublie qu&#8217;il ne s&#8217;agit pas que d&#8217;une transformation de surface, mais qu&#8217;il s&#8217;agit là d&#8217;une véritable mise en forme profonde, radicale, majeure, comme on reconstruit une ville depuis ses fondations pour l&#8217;organiser selon des flux radicalement nouveaux. Il est toujours possible de regarder ces hommes qui explorent de nouveaux territoires de l&#8217;humanité comme des monstres fixés sur leur apparence, et la travaillant le plus possible. Mais il ne s&#8217;agit pas que d&#8217;apparence : devenir autre, ce n&#8217;est pas se contenter de changer d&#8217;apparence comme on revêtirait une nouvelle &laquo;&nbsp;skin&nbsp;&raquo; (comme on relooke en apparence tel ou tel programme en customisant les fenêtres qui l&#8217;accueillent). Il s&#8217;agit bien plutôt de transformer son rapport au monde, en reconfigurant le corps, pour le créer de toute pièce, et ne plus être déterminé par lui. Comme souvent, Baudrillard alterne l&#8217;éclair lumineux et l&#8217;aveuglement. Après le paragraphe presque parfait sur la créature autogénérée qu&#8217;est Michael Jackson (sans doute davantage tel qu&#8217;on peut imaginer le personnage que tel qu&#8217;il est vraiment), tout se passe comme si Baudrillard refusait d&#8217;en tirer les conséquences, et se persuadait qu&#8217;il s&#8217;agit là d&#8217;une dérive dans laquelle la réalité serait trahie dans une quête perpétuelle de l&#8217;apparence.</p>
<p align="justify" style="margin: 0cm 0cm 0pt" class="MsoNormal">Le problème, c&#8217;est que l&#8217;apparence n&#8217;est pas ce qu&#8217;est la personne, mais elle n&#8217;est pas, non plus, quoi que ce soit d&#8217;autre. Il n&#8217;y a pas en elle un noyau qui demeurerait identique à lui même et constituerait son essence, une nature à laquelle on pourrait revenir régulièrement se ressourcer en cas de coup dur, ou en cas d&#8217;oubli de soi même. Curieusement, n&#8217;apparaît pas dans ce moment peut être un peu trop fulgurant pour être tout à fait maîtrisé, l&#8217;idée simple selon laquelle l&#8217;homme serait avant tout un mouvement, ce qui implique qu&#8217;on n&#8217;en perçoive que des apparences fugaces, des échos jamais tout à fait identiques à leur origine, ou comme dirait Foucault, un visage tracé dans le sable, sur une plage bientôt balayée par la marée montante, et voué à s&#8217;effacer peu à peu.</p>
<p align="justify" style="margin: 0cm 0cm 0pt" class="MsoNormal">C&#8217;est pour cette raison que, rappellons le, <strong><em><u>Tout sur ma mère</u></em></strong> est avant tout un film sur les passages, et non un film obsédé par sa propre apparence mutante et si les personnages qu&#8217;il met en scène sont fascinants, c&#8217;est finalement moins pour ce qu&#8217;ils sont devenus que pour le simple fait qu&#8217;ils sont encore en devenir.</p>
<p align="justify" style="margin: 0cm 0cm 0pt" class="MsoNormal">&nbsp;</p>
<p align="justify" style="margin: 0cm 0cm 0pt" class="MsoNormal">NB : Evidemment, l&#8217;extrait du film en VF, ce n&#8217;est pas tout à fait l&#8217;idéal, mais c&#8217;est la seule version dont je disposais. Il faudra s&#8217;en contenter, même si cinéphiliquement, c&#8217;est assez peu satisfaisant.</p>
<p></font></p>
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		<title>Méthode d&#8217;arrachement au sol &#8211; Principes d&#8217;élévation &#8211; De nouveau David Toole.</title>
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		<pubDate>Fri, 28 Mar 2008 06:20:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Art]]></category>
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		<category><![CDATA[Nietzsche]]></category>
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Puisque David Toole, entrevu quelques articles plus tôt, semble remporter un certain succès, et pas mal de réflexion (on ne peut rêver plus efficace en matière de surrection de la réflexion concernant la définition exacte de la danse, et donc, plus largement, de l&#8217;art), puisqu&#8217;il semblerait qu&#8217;il soit porteur, simultanément, d&#8217;un pouvoir de destruction des [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><object width="425" height="355"><param name="movie" value="http://www.youtube.com/v/VcpcujComks&#038;rel=0&#038;hl=en"></param><param name="wmode" value="transparent"></param><embed src="http://www.youtube.com/v/VcpcujComks&#038;rel=0&#038;hl=en" type="application/x-shockwave-flash" wmode="transparent" width="425" height="355"></embed></object></p>
<p align="justify"><font size="2">Puisque David Toole, entrevu quelques articles plus tôt, semble remporter un certain succès, et pas mal de réflexion (on ne peut rêver plus efficace en matière de surrection de la réflexion concernant la définition exacte de la danse, et donc, plus largement, de l&#8217;art), puisqu&#8217;il semblerait qu&#8217;il soit porteur, simultanément, d&#8217;un pouvoir de destruction des représentations dogmatiques sur l&#8217;art, et d&#8217;un pouvoir d&#8217;affirmation de quelque chose de nouveau, puisque de plus cette proposition se fait dans la beauté manifeste d&#8217;un corps non conforme parvenant, par sa force plastique, à imposer ses nouveaux codes, réinvitons le, à travers ce nouveau montage autour de passages de l&#8217;oeuvre de la compagnie DV8, &laquo;&nbsp;The Cost of Living&nbsp;&raquo;.</font></p>
<p align="justify"><font size="2">Et pour le mettre en perspective, je l&#8217;accompagne (comme on accomode les vins et les plats, on accomode aussi les expériences sensorielles et les rencontres conceptuelles) d&#8217;un extrait de la naissance de la tragédie, de Nietzsche, dont on sait à quel point il a souvent écrit sur la danse, et quelle importance il accordait à cet art, considéré par lui comme l&#8217;expression même de la volonté de puissance. Nous reviendrons un jour sur les rapports entre Nietzsche et la danse question qu&#8217;on a d&#8217;ailleurs déjà abordée <a target="_blank" href="http://www.harrystaut.fr/?p=10">ici</a>. </font></p>
<p align="justify"><font size="2">Laissons donc à Nietzsche la parole, et laissons à David Toole la prise de pouvoir sur l&#8217;espace. </font></p>
<p align="justify"><font size="2">&laquo;&nbsp;&nbsp;&raquo; <span style="font-style: italic">Transformez en tableau l&#8217; &laquo;&nbsp;</span><span style="font-style: italic">Hymne à la joie</span><span style="font-style: italic">&nbsp;&raquo; de Beethoven et ne laissez pas votre imagination en reste lorsque les millions d&#8217; êtres se prosternent en frémissant dans la poussière : c&#8217;est ainsi qu&#8217; il est possible d&#8217; approcher le dionysiaque. Maintenant, l&#8217; esclave est un homme libre, maintenant se brisent toutes les barrières hostiles et rigides que la nécessité, l&#8217; arbitraire et la &laquo;&nbsp;mode insolente&nbsp;&raquo; ont mises entre les hommes. Maintenant, dans cet évangile de l&#8217; harmonie universelle, non seulement chacun se sent uni, réconcilié, confondu avec son prochain, mais il fait un avec tous, comme si le voile de Maya s&#8217; était déchiré et qu&#8217; il n&#8217; en flottait plus que des lambeaux devant le mystère de l&#8217; Un originaire. Par le chant et la danse, l&#8217; homme manifeste son appartenance à une communauté supérieure : il a désappris de marcher et de parler et, dansant, il est sur le point de s&#8217; envoler dans les airs. Ses gestes disent son ensorcellement. De même que les animaux maintenant parlent et la terre donne lait et miel, de même résonne en lui quelque chose de surnaturel : il se sent dieu, il circule lui-même extasié, soulevé, ainsi qu&#8217; il a vu dans ses rêves marcher les dieux. L&#8217; homme n&#8217; est plus artiste, il est devenu oeuvre d&#8217; art : ce qui se révèle ici dans le tressaillement de l&#8217; ivresse, c&#8217;est, en vue de la suprême volupté et de l&#8217; apaisement de l&#8217; Un originaire, la puissance artiste de la nature toute entière.</span>&nbsp;&raquo;<br />
La naissance de la tragédie</font></p>
<p align="justify"><font size="2">Juste une dernière remarque : si le danseur est celui qui a désappris à marcher, qui, mieux que celui qui n&#8217;a pas de jambes, peut le mieux s&#8217;élever par la danse ? Une fois de plus, ces êtres qui seraient facilement considérés par beaucoup comme se situant à la lisière de l&#8217;humanité sont ceux qui parviennent à nous en apprendre beaucoup sur notre propre compte. Et David Toole, dans ce que Foucault appelerait peut être son &laquo;&nbsp;étrangeté légitime&nbsp;&raquo;, semble bien être de ces hommes qui ne sont plus artistes, mais qui sont devenus oeuvre d&#8217;art. </font></p>
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		<title>Les humains : des innocents aux mains pleines.</title>
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		<pubDate>Sun, 16 Mar 2008 18:57:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Bonus]]></category>
		<category><![CDATA[Sloterdijk]]></category>
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Il peut arriver qu&#8217;en cours, de fil en aiguille, d&#8217;idée en concept, de mots en images, de phrases en illustrations, on en vienne à évoquer des documents improbables.
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			<content:encoded><![CDATA[<p><object width="425" height="355"><param name="movie" value="http://www.youtube.com/v/cuyRohVFdxc&#038;rel=0&#038;hl=fr"></param><param name="wmode" value="transparent"></param><embed src="http://www.youtube.com/v/cuyRohVFdxc&#038;rel=0&#038;hl=fr" type="application/x-shockwave-flash" wmode="transparent" width="425" height="355"></embed></object><br />
<font size="2"></p>
<p align="justify">Il peut arriver qu&#8217;en cours, de fil en aiguille, d&#8217;idée en concept, de mots en images, de phrases en illustrations, on en vienne à évoquer des documents improbables.</p>
<p align="justify">En phase de conclusion sur un cours portant sur la technique, alors que nous avions vogué en compagnie d&#8217;un Bergson mature et mystérieux (les élèves fronçaient encore les sourcils sur l&#8217;univers conçu comme &laquo;&nbsp;machine à faire des dieux), et pour illustrer ce que pouvait être le devoir de prise en charge spirituelle de la technique par l&#8217;homme, nous nous sommes un peu confrontés à ce texte de Sloterdijk que sont les &laquo;&nbsp;<em><u>Règles pour le parc humain</u></em>&laquo;&nbsp;, et à ce passage qui aura fait couler tant d&#8217;encre, sur la nécessité pour l&#8217;homme de réfléchir à ses propres conditions de &laquo;&nbsp;production&nbsp;&raquo;. Comment nous en sommes arrivés à connecter ce texte à une publicité McDonald, c&#8217;est un genre de mystère que seuls les méandres de la pensée et de la nécessité d&#8217;illustrer de manière un peu parlante suscite volontiers.</p>
<p align="justify">Autant dire tout d&#8217;abord qu&#8217;on pourrait passer une bonne partie de l&#8217;année sur ce texte, tant il suscite de réflexion tous azimuts, en direction de notre rapport collectif avec la technique, mais aussi bien sûr en direction de la définition pastorale de la politique, telle qu&#8217;elle fut dessinée par Platon.</p>
<p align="justify">Nous échouâmes sur cette phrase : &laquo;&nbsp;<em>les prochaines longues périodes seront pour l&#8217;humanité celles des décisions politiques concernant l&#8217;espèce. Ce qui se décidera, c&#8217;est si l&#8217;humanité ou ses principales parties seront capables d&#8217;introduire des procédures efficaces d&#8217;auto-apprivoisement. C&#8217;est que la culture contemporaine est elle aussi le théâtre du combat de titans entre domestication et bestialité, et entre leurs médias respectifs. Dans un processus de civilisation qui doit affronter une vague de désinhibition sans précédent, il serait bien surprenant que l&#8217;apprivoisement enregistre des succès.</em>&laquo;&nbsp;</p>
<p align="justify">On le sait, ce court texte de Sloterdijk interroge les perspectives de l&#8217;humanité lancée sur une trajectoire guidée par le lanceur que fut l&#8217;humanisme. On le sait aussi, les <em><u>règles pour le parc humain</u></em> décrivent l&#8217;humanité comme un groupe d&#8217;individus qui apprend peu à peu à se réguler, sans que ce processus de domestication puisse étre considéré comme achevé. On sait quel rôle eut l&#8217;alphabétisation dans ce processus d&#8217;humanisation, quelle fonction de sélection elle eut entre ceux qui encadreraient et ceux qui demeureraient encadrés. L&#8217;humanisme fut une période de cristallisation de cette définition de l&#8217;humain comme &laquo;&nbsp;être lettré&nbsp;&raquo;, mais ne constitua pas la conclusion du processus : les masses allaient peu à peu apprendre à lire et écrire, et nombreux seraient bientôt ceux qui seraient en mesure d&#8217;encadrer (sans nécessairement le savoir eux mêmes, d&#8217;ailleurs). Là est le défi de l&#8217;humanité contemporaine : trouver des nouveaux modes de régulation d&#8217;elle-même, qui lui permette de se vouloir, et non d&#8217;être voulue (il s&#8217;agit là d&#8217;une référence à Nietzsche qui est, chez Sloterdijk, explicite, il cite d&#8217;ailleurs à ce sujet le passage d&#8217;Ainsi parlait Zarathoustra dans lequel Nietzsche distingue parmi les hommes ceux qui veulent de ceux qui sont voulus.</p>
<p align="justify">A prendre cette distinction de manière superficielle, on pourrait croire qu&#8217;une des vertus de la modernité fut de rendre chacun apte à vouloir et à échapper à la domestication. Le problème d&#8217;une telle affirmation serait qu&#8217;elle dénierait toute forme de processus de domestication moderne. Or, l&#8217;évidence de nos fonctionnements actuels est la soumission, certes souvent euphorique, de la plupart aux orientations de quelques uns. Le principe même de la société marchande est la soumission des masses à un discours permanent, répétitif, efficace, usant des ressorts psychologiques les plus puissants, pour obtenir des individus une certaine inattention, permettant de susciter des comportements avantageux. Dans un autre cadre, le principe des démocraties marché commande à l&#8217;éducation de produire des humains compatibles avec les fonctionnements politiques qu&#8217;on attend d&#8217;eux : lecture, certes, mais aussi conception de la majorité comme règle de définition de la vérité, et instauration du consensus comme horizon de la pensée. Qu&#8217;on le veuille ou non, nous ne sommes pas, aujourd&#8217;hui, moins confrontés aux processus de domestications que nous ne le furent auparavant. Cette désinhibition qu&#8217;évoque Sloterdijk consiste précisément en ceci : se croyant suffisamment formé pour se permettre de &laquo;&nbsp;vouloir&nbsp;&raquo;, inconscient du fait que ce vouloir est en fait téléguidé, modelé par d&#8217;autres volontés, plus puissantes et aptes à créer l&#8217;illusion du vouloir chez le plus grand nombre, l&#8217;homme moderne croit prendre en mains sa vie, et pense avoir atteint ce sommet de l&#8217;histoire, être enfin, au plein sens du mot, un homme.</p>
<p align="justify">Or, c&#8217;est précisément ce moment où l&#8217;humain devient un parvenu que choisit la technique pour ouvrir grand les portes sur des multiples perspectives pour l&#8217;espèce que nous sommes : il n&#8217;y a aujourd&#8217;hui pas une seule dimension de notre existence qui ne soit touchée par les évolutions techniques, et aucune dont on ne nous dise qu&#8217;elle se présente aujourd&#8217;hui sous une forme archaïque, à telle enseigne qu&#8217;on affirme volontiers qu&#8217;il va falloir passer, sans doute, à un stade qui se situe au-delà de l&#8217;humain, dans le post-humain (la notion de surhumanité ayant été, entre temps, utilisée à mauvais escient).</p>
<p align="justify">Aussi sommes nous les contemporains d&#8217;un combat qui passe assez volontiers inaperçu, celui qui se poursuit entre domestication et bestialité, au moment même où rien ne se prend davantage pour un homme domestiqué qu&#8217;une bête, et au moment où on désigne facilement comme bestial celui qui est en fait véritablement domestiqué. En multipliant les degrés de transformation des humains par la vaste palette des anthropo-technologies, on a aussi multiplié à l&#8217;infini les définitions de l&#8217;homme, chaque nouveau bourgeon pensant, encore, représenter la pointe du développement du programme humaniste, alors même que l&#8217;humanisme s&#8217;abîme dans l&#8217;impossibilité pour une quelconque autorité supérieure de juger universellement de ce que devient l&#8217;homme, et des perspectives qu&#8217;il vise.</p>
<p align="justify">On rejoint ici Bergson, même si c&#8217;est dans une toute autre ambiance : en nous emballant (dans tous les sens du terme), la technique nous contraint à développer des aptitudes que nous n&#8217;avions pas. C&#8217;est bien pour cela que Sloterdijk voit dans celle ci le domaine qui nous fait poser des problèmes trop grands pour nous : pour les résoudre, il faudrait effectivement être déjà ce que nous ne sommes pas encore. Pour y répondre, il faut donc décider.</p>
<p align="justify">On pourrait trouver énormément d&#8217;illustrations à ces quelques observations. Sans doute les premières à venir à l&#8217;esprit sont les plus spectaculaires, celles qui mettraient en scène un avenir inquiétant, dans lequel l&#8217;humain serait choisi, trié, produit selon des processus, des recettes établies (on pensera en particulier à l&#8217;intéressant film d&#8217;Andrew Niccol, <em><u>Bienvenue à Gattaca</u></em> (1997), et ce d&#8217;autant plus que la suite du texte de Sloterdijk évoque précisément les possibilités de sélection génétique au sein de l&#8217;espèce humaine. Mais nous avons évoqué en cours un spot publicitaire en apparence bien plus annodin, bien qu&#8217;il fasse partie, lui, du monde réel, ne joue pas tout à fait comme une fiction, n&#8217;ait aucun rôle prédictif mais au contraire, fasse mine d&#8217;établir le constat des choses telles qu&#8217;elles sont, comme si ce que raconte ce spot était naturel.</p>
<p align="justify">A sa vision, on ne peut qu&#8217;être embarrassé : sa mièvrerie le rend, comme la plupart des publicités institutionnelles des grands groupes mondialisés, inattaquable. Et pourtant, derrière la mièvrerie, on sent l&#8217;arme pointue, et à vocation massive : ce spot est édifiant, et à ce titre le public, s&#8217;il est doué d&#8217;un peu d&#8217;esprit critique, sent la manipulation, l&#8217;enrôlement dans ces &laquo;&nbsp;valeurs réelles&nbsp;&raquo; dont le film fait, en générique de fin, la promotion. Autant les films nous confrontant à un avenir conçu comme inhumain, asservissant la majorité des hommes à un petit nombre d&#8217;entre eux, ou à des machines les dominant, nous permettent de nous indigner à l&#8217;avance un peu facilement, autant le film McDonald crée le conflit à l&#8217;intérieur même du spectateur, qui ne dispose pas des éléments suffisants pour critiquer posément les schémas idéologiques qu&#8217;on lui expose (en apparence, dans le monde décrit par ce spot, tout le monde est gagnant, tout en permettant le profit, et l&#8217;échange négocié apparaît comme un fonctionnement naturel (puisqu&#8217;il est pratiqué par les enfants). L&#8217;apparition de l&#8217;argent se fait d&#8217;ailleurs de manière très discrète, comme si c&#8217;était un échange parmi d&#8217;autres, sans caractéristique particulière, et le fruit de l&#8217;achat par l&#8217;argent peut être réintroduit dans les processus d&#8217;échanges, de manière tout aussi naturelle). On sent la volonté de domestication à l&#8217;oeuvre, mais au delà de ce sentiment, il y a peu d&#8217;arguments qui permettent de démasquer clairement cette volonté.</p>
<p align="justify">C&#8217;est là une expérience quotidiennement vécue, et elle n&#8217;est pas l&#8217;équivalent des élans révolutionnaires qui ont été vécus auparavant. S&#8217;il s&#8217;agissait alors de se confronter à une volonté extérieure et aliénante, il s&#8217;agit maintenant de se confronter à ce qu&#8217;est devenue sa propre volonté domestiquée, ce qui implique théoriquement d&#8217;être capables de connaître et maîtriser les processus, en partie industriels, par lesquels on est devenu ce qu&#8217;on est, et on en vient à vouloir ce qu&#8217;on veut. On le voit, la condition technologique écartèle l&#8217;homme entre ce qu&#8217;il est censé être (si tant est qu&#8217;il existe une telle définition universelle de l&#8217;humain, au moment où la technique permet précisément sa redéfinition), ce qu&#8217;on fait de lui (encore au nom de cet universel, et tout en détruisant celui ci), et ce qu&#8217;il veut lui même. Cette violence de la condition moderne est moins celle d&#8217;une contrainte physique extérieure que celle d&#8217;une contrainte psychique intériorisée.</p>
<p align="justify"> Dans sa naïveté, ce spot nous met donc en face de notre propre déchirement, et de nos propres contradictions face aux conditions de vie qui sont les nôtres, et qui définissent aussi ce que nous sommes, sans que l&#8217;on puisse, ni sentimentalement, ni rationnellement, s&#8217;en satisfaire.</p>
<p></font></p>
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		<title>Corps Incomplets</title>
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		<pubDate>Tue, 04 Mar 2008 10:48:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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Les situations limites ont ceci d&#8217;intéressant qu&#8217;elles constituent des sortes de pointes avancées, de presqu&#8217;îles rattachées au continent, mais comme débarrassées du poids de celui-ci, ramenées à l&#8217;essentiel par leur position de pointe, de tension maximale. Ainsi, David Toole et Oscar Pistorius constituent ils des sortes de Finistères humains. Leur visible incomplétude les met à [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><object width="425" height="355"><param name="movie" value="http://www.youtube.com/v/95un4tyCiVo"></param><param name="wmode" value="transparent"></param><embed src="http://www.youtube.com/v/95un4tyCiVo" type="application/x-shockwave-flash" wmode="transparent" width="425" height="355"></embed></object><br />
<font size="2"></p>
<p align="justify">Les situations limites ont ceci d&#8217;intéressant qu&#8217;elles constituent des sortes de pointes avancées, de presqu&#8217;îles rattachées au continent, mais comme débarrassées du poids de celui-ci, ramenées à l&#8217;essentiel par leur position de pointe, de tension maximale. Ainsi, David Toole et Oscar Pistorius constituent ils des sortes de Finistères humains. Leur visible incomplétude les met à la limite de l&#8217;humain, mais cette limite révèle finalement pleinement ce qu&#8217;est l&#8217;humain, précisément dans son corps.</p>
<p align="justify">Incomplets, les corps de ce danseur et de cet athlète le sont manifestement. A cause de ce visible manque de membres, nous pourrions caractériser ces corps comme lacunaires, déficients. Le poids de la norme, elle-même dictée par l&#8217;écrasante majorité ainsi que la viabilité de l&#8217;espèce, désigne David Toole et Oscar Pistorius comme incomplets, en opposition à la &laquo;&nbsp;bonne forme&nbsp;&raquo; qu&#8217;affichent tous ceux qui sont dotés de leurs quatre membres, même quand ils n&#8217;en font rien. Pourtant, c&#8217;est oublier un peu vite que même &laquo;&nbsp;complet&nbsp;&raquo;, un corps humain est avant tout marqué par son inachèvement, ses lacunes, son incapacité à se suffire à lui-même. D&#8217;une part, nous voyons bien que nous serions incapables de survivre sans nous équiper d&#8217;outils, et d&#8217;autre part, depuis Aristote, nous avons appris à voir en nos mains une interface permettant de brancher des outils sur notre corps, pour lui donner des fonctions qu&#8217;il n&#8217;a pas &laquo;&nbsp;naturellement&nbsp;&raquo; (mais si nos mains sont naturelles, cette distinction naturel/artificiel a t-elle encore vraiment un sens ?).</p>
<p align="justify">Le problème d&#8217;Oscar Pistorius, c&#8217;est que non seulement il court, mais il court plus vite que vous et moi, et il court même plus vite que la majeure partie des meilleurs coureurs de 100m du monde. Des experts travaillent sur l&#8217;épineux problème que constitue l&#8217;évaluation des avantages que constituent ses prothèses sur des jambes &laquo;&nbsp;biologiques&nbsp;&raquo;. Le simple fait qu&#8217;on parle d&#8217;avantage montre que la question de la validité du concept de &laquo;&nbsp;normalité&nbsp;&raquo; se pose. Jusque là, la normalité morphologique s&#8217;appuyait soit sur la correspondance à la majorité (mais on sait que ce critère est insuffisant, particulièrement en ce qui concerne l&#8217;humanité), soit (et c&#8217;est plus intéressant) sur l&#8217;efficacité. Or les lames de Pistorius sont efficaces. Elles le sont même plus que la plupart des jambes &laquo;&nbsp;bio&nbsp;&raquo;. Elles ont surtout ceci de particulier qu&#8217;elles peuvent être changées, améliorées, allongées, qu&#8217;on peut encore travailler leur souplesse, leur détente. Là où les médecins s&#8217;accordent à dire que le corps humain a atteint ses limites en sport de haut niveau, le seul espoir d&#8217;augmentation des performances est à rechercher du côté de la technique, de tout ce qu&#8217;on va pouvoir brancher sur le corps. Or, aussi effrayant que cela puisse paraître, un corps humain sans jambe est beaucoup plus facilement équipable de prothèses qu&#8217;un corps humain &laquo;&nbsp;complet&nbsp;&raquo;.</p>
<p align="justify">De même, David Toole n&#8217;a a priori rien d&#8217;un danseur, car on visualise tous assez bien à quoi correspond le corps finalisé d&#8217;un danseur, ce qu&#8217;il est &laquo;&nbsp;supposé&nbsp;&raquo; être. Mais c&#8217;est oublier un peu vite que, justement, le danseur n&#8217;est pas un objet achevé, c&#8217;est au contraire un corps en quête, qui ressent, connaît son inachèvement. A ce titre, le corps de David Toole est le prototype même du corps du danseur. Et si le danseur inscrit dans l&#8217;espace une certaine condition humaine, on peut en déduire que Toole est dès lors un prototype de l&#8217;humanité, précisément dans son apparent inachèvement.</p>
<p align="justify"><a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2008/03/pistorius.jpg" title="Pist"><img align="right" width="496" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2008/03/pistorius.jpg" alt="Pist" height="349" style="width: 496px; height: 349px" title="Pist" /></a>On pourrait, bien sûr, opposer un peu facilement Toole et Pistorius en pointant le fait que l&#8217;un se contente de son corps, aussi abrégé soit-il, alors que l&#8217;autre l&#8217;équipe de prothèses qui offrent à son corps un potentiel qui lui serait inaccessible autrement. C&#8217;est oublier ce que le corps de Toole reçoit de culture, de travail, d&#8217;orientations qui contredisent toutes les lois de la gravité qui plaquent tous les autres corps au sol. Toole n&#8217;est pas plus proche d&#8217;un quelconque état de nature que Pistorius. Pas plus, ni moins, que nous autres, soi-disant valides.</p>
<p align="justify">Au moment où l&#8217;être humain accède à cette étape fondamentale de l&#8217;évolution qui consiste à avoir entre ses propres mains, consciemment, la possibilité de décider de ce qu&#8217;il sera, au moment où il peut, véritablement et profondément, se modifier, se transformer, ces éclaireurs de l&#8217;humanité que sont Pistorius, Toole et la petite armée des corps qui se travaillent dans les zones d&#8217;ombre médiatique nous posent un problème que la &laquo;&nbsp;norme&nbsp;&raquo; visuelle du corps, avec ses deux mains, ses deux pieds, ne peut plus cacher. Et tout en étant ce qui met en évidence le problème, on peut considérer qu&#8217;ils sont aussi un début de réponse.</p>
<p align="justify"> Sources :</p>
<p align="justify">Deux extraits tirés de &laquo;&nbsp;<em><u><strong>The Cost of Living</strong></u></em>&laquo;&nbsp;, ballet créé par la compagnie de danse DV8, en partie écrit pour David Toole. La scène finale, qui a lieu sur la plage, est tout autant un acte de danse puissant, dans sa sobriété et son évidence, et une image possible de l&#8217;humanité. Nombreux sont ceux qui, à la lecture de ce passage des <strong><em><u>Parties des animaux</u></em></strong>, dans lequel Aristote désigne l&#8217;homme comme cet animal qui est doté de mains, objectent qu&#8217;après tout, il y a des hommes sans mains. C&#8217;est oublier que les manchots disposent des mains des autres hommes, qui leur sont nécessaires. De même, David Toole, ici, bénéficie des jambes d&#8217;un autre être humain.<br />
Evidemment, ce n&#8217;est pas possible dans la &laquo;&nbsp;vraie vie&nbsp;&raquo;. Peu importe, l&#8217;art n&#8217;a pas pour &laquo;&nbsp;mission&nbsp;&raquo; de représenter ce qui est. En l&#8217;occurence, cette scène ouvre un espace, un champ de possibilité, et le fait être dans le réel, qu&#8217;elle trans-figure (c&#8217;est vraiment le moment où jamais d&#8217;utiliser ce mot).</p>
<p align="justify">Suivent deux publicités. On objectera sans doute qu&#8217;il est malvenu de diffuser de la publicité. Sur ce terrain, ne soyons pas trop naïfs : les publicités sont des représentations intéressantes de notre temps, et dans la mesure où elles jouent avec nos désirs, elles peuvent parfois être un peu en avance sur nous mêmes. Ici, la publicité nous devance en intégrant dans l&#8217;ordre du désir le corps amputé d&#8217;Oscar Pistorius, ici mis au service de la firme Nike (et là, ceux qui sont déjà distants vis à vis de la publicité vont sans doute prendre encore plus de distance&#8230;). Deux spots donc, l&#8217;un entièrement consacré à Pistorius, et l&#8217;autre l&#8217;intégrant au sein d&#8217;une armada de corps en préparation, puis en détente. Le court film met en scène les corps comme on prépare une arme, qu&#8217;on charge en un premier temps pour l&#8217;apprêter, dont on concentre toute la puissance avant de la libérer au coup de feu du départ. Ainsi intégré, Pistorius met en valeur non pas la normalité des autres athlètes (la plupart sont au moins autant équipés que lui (raquettes, starting-blocks, combinaisons hydrodynamiques, skate-board, chaussures et bien sûr vélo  (qui est un bel exemple de prothèse machinique venant apporter au corps humains des possibilités auparavant ignorées)), mais leur appartenance commune à la cohorte des corps travaillés, détournés. Le sport, en lui-même, n&#8217;est il pas un des plus beaux exemples de mise en condition du corps que la nature n&#8217;avait pas pu prévoir (on prendra évidemment cette expression au sens figuré&#8230; La nature ne prévoit rien, il est assez souvent utile de le rappeler&#8230;)? </p>
<p align="justify">En ce sens, danse et sport de haut niveau participent à ce même effort du corps humain pour tendre vers ses limites et les dépasser. De tous temps, la technique a été le moyen par lequel le corps humain a dépassé toutes ses limites (géographiques, mécaniques, pathologiques&#8230;). Il est dès lors naturel (et le mot est employé à dessein) que les corps incomplets trouvent dans ces domaines, et par la technique, l&#8217;occasion de se réaliser.</p>
<p></font></p>
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		<title>Mix 1 &#8211; Akira Vs Bergson</title>
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		<pubDate>Fri, 29 Feb 2008 11:37:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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<p align="justify">Si la philosophie travaille les concepts par l&#8217;usage maîtrisé du langage, l&#8217;art, lui, manipule et provoque des affects par le jeu avec la perception (pour ceux que ces distinctions intéressent, on ne peut que conseiller de plonger dans &laquo;&nbsp;<em><u>Qu&#8217;est ce que la philosophie</u></em> ?&nbsp;&raquo; de G. Deleuze). On sait à quel point il peut être difficile d&#8217;entrer dans le jeu des concepts, tel que la philosophie le pratique, et on pourrait vite penser qu&#8217;il s&#8217;agit là d&#8217;un monde hermétique, clos, réservé à quelques initiés et fermé au plus grand nombre. Dans les faits, c&#8217;est souvent ainsi que la philosophie est vécue.</p>
<p align="justify">Pourtant, les sphères au sein desquelles le monde se donne à nous ne sont pas hermétiques les unes aux autres, et agir sur l&#8217;une des dimensions de notre rapport au monde permet de faire bouger les autres dimensions. Aussi, une expérience affective vécue peut permettre de saisir des concepts qui, sinon, seraient demeurés étrangers, ou artificiellement pensés. Aussi, l&#8217;expérience esthétique, dans la mesure où elle s&#8217;adresse à nos sens (et puisque nos sens, à la différence de ceux des animaux, ne sont jamais de pures réceptions de stimuli), est un biais permettant d&#8217;accéder à la saisie des concepts (et là, on renverra vers Platon, particulièrement dans <em><u>le Banquet</u></em>, quand il montre quel élan permet l&#8217;expérience esthétique, dès l&#8217;instant où on lui permet de se poursuivre dans une élévation vers les idées).</p>
<p align="justify">On l&#8217;aura peut être remarqué, j&#8217;utilise assez volontiers la référence au cinéma pour tenter de faire partager des concepts, des schémas de réflexion, des représentations. Cet art est de manière évidente celui qui structure notre manière d&#8217;être dans le monde, nous en montrant les recoins, le faisant être aussi (on reviendra un jour sur la manière dont les déplacements accompagnés de la diffusion permanente de musique via les lecteurs mp3, transforment le monde en travellings, plans, panoramas) dans des formes qu&#8217;il n&#8217;avait pas encore adoptées. En attendant que le jeu vidéo prenne sa place, le cinéma est donc ce grand pourvoyeur d&#8217;affects qui introduit en nous autant de formes nouvelles, qui ne peuvent, si elles sont fertilisées, que former des pensées. Cela se fait parfois de manière très frontale (les spectateurs sortant de Matrix I et dissertant sur le trottoir de la réalité de ce qui est vécu), cela peut parfois être plus trouble (Almodovar subvertissant les codes habituels du genre) ou abstraite (Kubrick introduisant le spectateur, par le rythme particulier de ses films, dans une autre temporalité, lui proposant d&#8217;assister au monde presque sous une autre dimension). Mais quand le cinéma fait son travail sur les formes, celles ci sont tellement liées aux formes fondamentale que revêt le monde pour nous (espace / temps = mouvement) qu&#8217;il est naturel que cette expérience crée chez le spectateur des expériences de pensée. En ce sens, le cinéma est une porte ouverte sur le concept. Ce qui ne veut pas dire qu&#8217;on adhère ici forcément à un idéalisme de type platonicien. Le cinéma est mouvement, dans ses oeuvres et dans son histoire. Il ouvre donc sur des concepts eux mêmes plastiques et mobiles.</p>
<p align="justify">Ceci étant exposé, on peut saisir pourquoi depuis un moment déjà, me tente l&#8217;idée de croiser des textes de philosophie (ou autres, d&#8217;ailleurs), avec des séquences cinématographiques. L&#8217;affect, mêlé au concept, me semble apte à permettre la mémorisation des textes (dans une visée strictement scolaire), mais aussi leur saisir, au sens le plus strict : la compréhension doit, à un moment donné, être un mouvement du corps, et ne pas demeurer une simple démarche de l&#8217;intellect. C&#8217;est à ce moment qu&#8217;on peut entrer pleinement dans une pensée, quitte à en éprouver momentanément un peu de vertige. Les possibilités d&#8217;interactions sont multiples, en écho ou en opposition, en harmonie ou en dissonance. Mais en travaillant un peu le principe, on peut imaginer obtenir une certaine efficacité esthétique, et parvenir à provoquer des trajectoires perceptives, affectives et conceptuelles.</p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p><object width="425" height="355"><param name="movie" value="http://www.youtube.com/v/rVSerpI-jgI"></param><param name="wmode" value="transparent"></param><embed src="http://www.youtube.com/v/rVSerpI-jgI" type="application/x-shockwave-flash" wmode="transparent" width="425" height="355"></embed></object></p>
<p align="justify">Première tentative, première expérience avec un croisement qui peut venir assez aisément à tout lecteur plongé dans &laquo;&nbsp;<em><u>Les deux sources de la morale et de la religion</u></em>&nbsp;&raquo; de Bergson. Dans cet ultime ouvrage, le philosophe de la vie créatrice aborde les questions éthiques et religieuses selon un angle propre, ne se réduisant pas à une stricte analyse sociologique. Aussi curieux que cela puisse paraître pour qui n&#8217;a pas lu les thèses de Bergson sur le concept d&#8217;homo-faber, cet ouvrage qui aborde successivement les questions de l&#8217;obligation morale, de la religion (considérée tout d&#8217;abord comme statique quand elle n&#8217;est qu&#8217;une réaction, puis comme dynamique quand elle est au contraire une ouverture de l&#8217;être au mouvement de l&#8217;élan vital) et du mysticisme, se clôt sur un dernier chapitre intitulé &laquo;&nbsp;<em>Remarques finales. Mécanique et mystique</em>&laquo;&nbsp;. On peut trouver incongrue la présence, en fin de parcours de la technique comme terreau de la mystique. Cependant, dans l&#8217;ambition de Bergson est de synthétiser les divers vecteurs de l&#8217;élan vital dans une seule et même trajectoire. Ainsi, l&#8217;incroyable pouvoir que la technique donne à l&#8217;homme va le contraindre à s&#8217;élever moralement, parce que sa puissance va requérir une nouvelle maîtrise, morale cette fois-ci. C&#8217;est ainsi que Bergson considère, dans la droite lignée de ce qu&#8217;Aristote avait pu indiquer (on a déjà abordé cette question) l&#8217;homme comme nécessairement accompagné de ses outils, devenus organes artificiels, les dispositifs techniques qui le secondent étant considérés comme une simple extension du corps de l&#8217;humanité, exactement comme le téléphone portable est l&#8217;extension du bras, de l&#8217;oreille, de la bouche (et même, maintenant, de l&#8217;oeil) de son utilisateur (on parlera un de ces jours de Marshall McLuhan qui, dans une autre expérience esthétique, développa lui aussi ce genre de propos).</p>
<p align="justify">Le propos de Bergson a le gros avantage de ne pas se contenter d&#8217;une technophilie béate, ni d&#8217;une technophobie paniquée. Le constat du décalage entre la puissance humaine et sa maîtrise est clairement effectué. La souffrance de l&#8217;humanité qui gémit sous le poids de ses propres inventions est décrite, mais ne constitue pas l&#8217;horizon d&#8217;une apocalypse inéluctable : une perspective existe chez Bergson, qui permet de redonner un sens à la technique, et de ne pas voir en elle un simple arrêt de mort par overdose.</p>
<p align="justify">Parallèlement, le film de Katsuhiro Otomo, synthétisant la bande dessinée qui l&#8217;a précédé, dresse le tableau d&#8217;une humanité qui, depuis longtemps déjà, ploie sous le poids de sa propre technologie. Le film prend place dans Néo-Tokyo, ville bâtie sur les ruines de Tokyo, déjà plusieurs fois détruite par des attaques nucléaires. Entre temps sont apparus ce qu&#8217;on pourrait appeler des mutants, des êtres dotés de pouvoirs psychiques suffisamment dangereux pour devoir être contrôlés, entre autres par l&#8217;armée. Ainsi, Akira, qui donne son nom à l&#8217;oeuvre, est-il avant tout le nom d&#8217;un enfant qui, doté de pouvoirs immenses, a déjà par le passé, détruit Tokyo. Son corps, ainsi que son pouvoir sont depuis conservés, congelé, dans un dispositif militaire. Tetsuo, adolescent délinquant et faiblard, est lui le protagoniste principal du film. Arrêté par accident par l&#8217;armée, il va faire l&#8217;objet d&#8217;expérimentations qui vont développer en lui un pouvoir à la mesure de celui d&#8217;Akira, qu&#8217;il sera d&#8217;ailleurs amené à délivrer de son sarcophage d&#8217;acier, dispersant de nouveau ce pouvoir sans limites.</p>
<p align="justify">Enfants vieux, Akira lui même, amis de Tetsuo essayant alternativement de le secourir et de le détruire (ce qui revient peu à peu au même), autour de Tetsuo, on constate, impuissants, le désastre à l&#8217;oeuvre et l&#8217;apocalypse à venir de nouveau. Tetsuo lui-même regarde son organisme prendre une dimension qu&#8217;il ne lui connaissait pas, des extensions de son corps se greffant sur lui, de manière totalement anarchique, sans qu&#8217;il parvienne à contrôler cette expansion, et sans qu&#8217;il puisse arrêter le processus de destruction dont il est lui-même l&#8217;agent. La nécessité de parvenir à un pouvoir moral égal à la puissance matérielle apparaît tout au long du film comme la condition d&#8217;anéantissement du danger qu&#8217;un tel pouvoir constitue. La scène de l&#8217;expansion physique de Tetsuo, au cours de laquelle il s&#8217;effondre sous son propre poids, absorbant tout ce qui se trouve dans son environnement, tel un soleil dont la masse s&#8217;effondrerait sur elle même, pompant toutes formes d&#8217;énergies autour de lui, fait volontiers penser à ce texte de Bergson sur l&#8217;expansion physique de l&#8217;homme à travers ses dispositifs technologiques. De la même manière, Tetsuo est connecté à l&#8217;organisme artificiel qu&#8217;il constitue, mélange d&#8217;organes hypertrophiés et d&#8217;éléments mécaniques (son bras en particulier) lui offrant une extension toujours augmentée, mais aussi un corps qu&#8217;il est tout à fait incapable de maîtriser. La situation même de Tetsuo est un joli parallèle de la position humaine : il développe ces pouvoirs avant tout par rancoeur, parce qu&#8217;il ne peut pas, sans eux, prendre le dessus sur son clan. Mais très vite, au delà de la pulsion destructrice que ce pouvoir permet d&#8217;assouvir, pointe l&#8217;inquiétude de voir ce pouvoir échapper à toute forme de contrôle.</p>
<p align="justify">Au corps démesurément grossi de Tetsuo dans <em><u>Akira</u></em>, provoquant autour de lui désastres et morts, répond l&#8217;organisme gonflé de dispositifs techniques évoqué par Bergson, et qui a encore la possibilité de se reprendre. Pour peu qu&#8217;on voit dans Tetsuo une image fiable de l&#8217;humanité (et visuellement, l&#8217;assimilation est tout à fait possible), on saisit alors le caractère non étranger de la technique pour l&#8217;homme : celle ci lui est évidemment consubstantielle. Néanmoins, on perçoit bien cette intimité comme étant potentiellement apocalyptique (ce qu&#8217;on a déjà évoqué avec Gunther Anders). Il faut juste imaginer que, comme un enfant vieux (bien qu&#8217;on puisse voir dans le Bergson tardif plutôt un vieux enfantin (avec tout ce que ceci a d&#8217;élogieux), Bergson soit ce spectateur lucide d&#8217;un désastre à venir, dont il fait le pronostic à l&#8217;avance, pour que l&#8217;humanité s&#8217;y prépare.</p>
<p align="justify">Même si on sait quel sort nous réservons à ce type de prophétie. Mais disons le une dernière fois : Bergson n&#8217;est pas le penseur de l&#8217;apocalypse. Si la technique nous a emporté dans sa propre force cinétique, cela génère certes un danger, mais c&#8217;est ce danger qui ouvre cette chance, qui perce cette perspective imprévue grâce à laquelle l&#8217;humanité est appelée à franchir un nouveau cap de son existence, et à explorer une dimension d&#8217;elle même qu&#8217;elle ne soupçonne même pas.</p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p align="justify">Sources :</p>
<p align="justify">Bergson : <em><u>Les deux sources de la morale et de la religion</u></em> &#8211; 1932<br />
Katsuhiro Otomo : <em><u>Akira</u></em> &#8211; 1988</p>
<p align="justify">Texte extrait de l&#8217;oeuvre de Bergson, et plaqué sur celle d&#8217;Ottomo :</p>
<p align="justify">&laquo;&nbsp;<em>L&#8217;homme ne se soulèvera au-dessus de la terre que si un outillage puissant lui fournit le point d&#8217;appui. Il devra peser sur la matière s&#8217;il veut se détacher d&#8217;elle. En d&#8217;autres termes, la mystique appelle la mécanique. On ne l&#8217;a pas assez remarqué, parce que la mécanique, par un accident d&#8217;aiguillage, a été lancée sur une voie au bout de laquelle étaient le bien-être exagéré et le luxe pour un certain nombre plutôt que la libération pour tous. Nous sommes frappés du résultat accidentel, nous ne voyons pas le machinisme dans ce qu&#8217;il devait être, dans ce qui en fait l&#8217;essence.</em></p>
<p align="justify"><em>Allons plus loin. Si nos organes sont des instrument naturels, nos instruments sont par là même des organes artificiels. L&#8217;outil de l&#8217;ouvrier continue son bras ; l&#8217;outillage de l&#8217;humanité est donc un prolongement de son corps. La nature, en nous dotant dune intelligence essentiellement fabricatrice, avait ainsi préparé pour nous un certain agrandissement. Mais des machines qui marchent au pétrole, au charbon, à la &laquo;&nbsp;houille blanche&nbsp;&raquo;, et qui convertissent en mouvement des énergies potentielles accumulées pendant des millions d&#8217;années, sont venues donner à notre organisme une extension si vaste et une puissance si formidable, si disproportionnée à sa dimension et à sa force, que sûrement il n&#8217;en avait rien été prévu dans le plan de structure de notre espèce : ce fut une chance unique, la plus grande réussite matérielle de l&#8217;homme sur la planète. Une impulsion spirituelle avait peut-être été imprimée au début : l&#8217;extension s&#8217;était faite automatiquement, servie par le coup de pioche accidentel qui heurta sous terre un trésor miraculeux.</em></p>
<p align="justify"><em>Or, dans ce corps démesurément grossi, l&#8217;âme reste ce qu&#8217;elle était, trop petite maintenant pour le remplir, trop faible pour le diriger. D&#8217;où le vide entre lui et elle. D&#8217;où les redoutables problèmes sociaux, politiques, internationaux, qui sont autant de définitions de ce vide et qui, pour le combler, provoquent aujourd&#8217;hui tant d&#8217;efforts désordonnés et inefficaces : il y faudrait de nouvelles réserves d&#8217;énergie potentielle, cette fois morale. Ne nous bornons donc pas à dire, comme nous le faisions plus haut, que la mystique appelle la mécanique. Ajoutons que le corps agrandi attend un supplément d&#8217;âme, et que la mécanique exigerait une mystique. Les origines de cette mécanique sont peut-être plus mystiques qu&#8217;on ne le croirait ; elle ne retrouvera sa direction vraie, elle ne rendra des services proportionnés à sa puissance, que si l&#8217;humanité qu&#8217;elle a courbée encore davantage vers la terre arrive par elle à se redresser, et à regarder le ciel</em>&laquo;&nbsp;.</p>
<p><em><u>Les deux sources de la morale et de la religion</u></em> in Oeuvres, PUF, pp. 1238-1239.</p>
<p></font></p>
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