Pourquoi se gréver ?

Parfois, les circonstances font qu’on relit un texte et qu’il résonne soudain différemment, comme s’il parlait d’autre chose que l’objet qu’on avait jusque là reconnu en lui. Ainsi, ce passage célèbre du Capital de Marx, un grand classique souvent évoqué en cours d’année de terminale, peut être regardé sous un angle nouveau aujourd’hui, à la lumière d’un épisode de grève tel qu’on n’en avait pas connu depuis longtemps. La grève est une mise en tension du travail. On sent spontanément

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Le travail divise-t-il les hommes ?

Un sujet du baccalauréat traité en choisissant, comme fil rouge, l’oeuvre de Charlie Chaplin. Pour autant on y fera le lien entre Les Temps modernes et le film récent qui le cite de multiples façons, le Joker de Todd Philips. On laisse le lecteur saisir le plan par lui-même, ou bien accéder en fin d’article au document pdf qui contient la structure en marge. Quand on regarde Les Temps modernes, réalisé en 1936 par Charlie Chaplin, sans forcément s’en apercevoir

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Ce qui demeure

Il y a chez Hannah Arendt une inquiétude profonde face à ce qu’elle voit à l’oeuvre dans l’époque moderne : peu à peu, l’exécution des tâches quotidiennes grignote le temps disponible, et remplace l’activité noble qui caractérise, en propre, l’être humain. Dans l’extrait qui suit, elle distingue nettement les produits de consommation des oeuvres d’art, et indique nettement que c’est dans la durabilité que s’inscrit la culture. Pour le dire plus clairement : aucune culture ne peut se fonder uniquement

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Passe-temps

Les catégories pensées par Hannah Arendt pour structurer ce qu’elle appelle Vita activa sont très utiles pour penser les sujets portant sur le travail. Nous les utilisons ces jours-ci pour mener à bien, et à sa conclusion, le traitement du sujet Le travail divise-t-il les hommes ? Dans le passage qui suit, elle diagnostique un des maux du monde moderne : la disparition de toute autre forme d’activité que ce qu’elle appelle « travail », qu’elle conçoit comme une simple exécution de

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Diviser pour mieux unir

Toujours dans le cadre de la réflexion sur ce sujet de dissertation, Le travail divise-t-il les hommes ? il est intéressant de s’appuyer sur cet extrait de la République, de Platon. Socrate et Adimante y mettent en évidence ce paradoxe : cette activité qui divise les hommes, chacun se spécialisant dans une activité spécifique, est aussi celle qui fonde la cité dans la nécessité de l’échange des produits de ce travail. Une bonne base pour proposer une troisième partie vraiment

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Let’s play master and servant

Ce qui suit est, comme on dit, un gros morceau. Hegel n’est pas très facile à lire, et réclame souvent un accompagnement. Ce passage de la fameuse Dialectique du maître et de l’esclave est évoqué ici parce que nous l’utilisons pour traiter un sujet précis (Le travail divise-t-il les hommes ?). On y comprend, entre les concepts, que le travail est ce qui permet à l’humain de se reconnaître en tant que tel. On devine donc que la référence à

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Concevoir ou exécuter

Marx semble parfois envisager le travail sous un angle exclusivement critique. Pourtant, on oublie qu’il fait preuve d’une grande nuance sur ce point, en distinguant les conditions d’organisation du travail d’un côté, et ce qu’est réellement cette activité quand elle n’est pas encadrée par une volonté de spoliation des travailleurs par ceux qui les exploitent. Ci-dessous, il montre que, fondamentalement, il y a dans le travail la source même de l’humanisation de l’homme, et ce qui le distingue du règne

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Usine d’aliénés

Comme souvent, Marx va au-delà de la simple analyse. Parce qu’il pratique très volontiers l’ironie, il met à jour ce qui se tient, larvaire, sous nos yeux, dans les mécanismes humains de notre bon vieux monde. Ce qui suit semble être un regard extrêmement désillusionné sur le monde du travail. Mais peu à peu, derrière le tableau sombre des relations entre l’employé et l’entreprise pour laquelle il travaille on devine ce que pourrait être le travail s’il n’était pas organisé

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La déchéance du travailleur

Deux extraits des Politiques d’Aristote, au cours desquels il revient sur la question de l’esclavage. Bien qu’il distingue l’homme de l’esclave, il est important d’avoir en tête qu’il ne le conçoit pas comme esclave « par nature ». L’esclave pourrait être homme, mais n’est pas en situation de développer en lui les spécificités humaines. Aujourd’hui, ces textes ont surtout pour intérêt l’analyse qu’ils proposent du travail lui-même, tant pour la description de son caractère pénible, que pour la façon dont ils saisissent

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L’avenir appartient à ceux dont les travailleurs se lèvent tôt.

De le nourriture pour un esprit qui traiterait un sujet de dissertation portant sur le caractère unificateur, ou pas, du travail. Marx est évidemment un de ceux qui aura, le mieux, analysé les tenants et aboutissants des échanges entre êtres humains, et mis en évidence qu’au coeur de ces processus, il y a de grandes inégalités, entre autre dues au fait que le travail, lui-même, est considéré comme une marchandise. I. Bourgeois et prolétaires [1] L’histoire de toute société jusqu’à

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Communément

On revient un peu sur les temps étranges que nous traversons ?  Et si, en fait, ils n’étaient pas si étranges que ça ? Et si finalement, ce sont les temps qui ont précédé qui resteront dans l’histoire comme étranges, problématiques ? Et si finalement ce à quoi nous assistons, ce n’était rien d’autre que le retour du banal, du commun, de ce qui aurait dû aller de soi depuis longtemps ?  Cela ne nous pendait-il pas au nez ?

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On Her Majesty’s Secret Service

A propos de l’émission Les Chemins de la philosophie consacrée à la Dialectique du maître et de l’esclave. Le lien vers l’émission est en fin d’article.   Parvenir, à la fin de l’année de terminale, à pouvoir évoquer cette fameuse séquence, dans la Phénoménologie de l’Esprit, (dans les dîners en villes, dîtes simplement « la phéno », vous passerez pour un familier de l’oeuvre) de Hegel, au cours de laquelle il met en évidence le rôle crucial de la confrontation à la

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Revenu de tout

Certains,  parmi ceux qui ont déjà abordé en cours de terminale la notion du travail, ont peut-être remarqué que, pour une fois, les débats politiques suscités par la campagne présidentielle qui s’installe doucement font un peu écho aux éléments de réflexion qu’on tente de mettre en place quand on aborde cette épineuse question du travail.  Épineuse, car, en gros, tout en cherchant à échapper à l’effort qu’il réclame, on cherche cependant à en augmenter le fruit, c’est à dire le revenu.

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Enrayer la machine

Que les machines puissent atteindre une vitesse d’exécution qui soit bien supérieure à celle de l’homme, c’est entendu. Pour autant, cette vitesse ne saurait être infinie et il y a toujours un point de rupture, une vitesse au-delà de laquelle la surchauffe va mettre fin à toute possibilité de mouvement. Ce qui distingue l’homme de la machine, et donne sur celle-ci encore un peu de pouvoir, c’est que l’homme est capable d’en faire trop, ce qui est étranger à la

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Il fait un temps à mettre une petite laine

Puisque décidément nous n’avons pas souvent cours ces jours ci, voici de nouveau de quoi alimenter un peu la réflexion, à propos de problèmes que nous avons traité un peu plus tôt dans l’année. Ce qui suit permettra aussi à ceux qui, quotidiennement, se demandent à quoi sert ce qu’ils font, à ceux qui souffrent parfois ou souvent, du sentiment que leur action, au boulot, est absurde, que c’est quelque chose qu’ils font parce qu’il faut bien « vivre », ce qui

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Better have my money

  Supposons : C’est le jour J, vous n’avez pas les idées très claires, vous êtes ce genre de candidat que le simple  fait d’être assis derrière une table d’examen rend amnésique, et vous devez traiter  le sujet « Que gagnons-nous à travailler ? ». La seule chose qui vous vienne en tête, c’est cette série dont vous avez regardé les cinq saisons, Breaking Bad, et vous vous dîtes, « après tout, pourquoi pas ? ». On dira dans un autre article pourquoi il

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La grande classe laborieuse

On est habitué à voir la figure du travailleur peinte par le cinéma et la littérature. L’usine est un magnifique studio, sans doute parce que le cinéma est lui-même une machine, et la mine, peut-être parce qu’on en extrait le graphite dont on fait les crayons, demeure un haut-lieu de l’imaginaire littéraire. Pourtant, un autre art s’est fait, plus encore peut-être, compagnon du travailleur : la chanson. Parce qu’elle est le porte-voix des luttes sociales, parce que la protest-song est

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Grâce au chômage, ce n’est pas le travail qui manque

Parce que le travail ne se réduit pas à l’emploi, parce que l’emploi n’est même pas une sous-catégorie du travail, il n’est pas nécessairement contradictoire de considérer qu’une forte hausse de l’emploi puisse être non seulement le corollaire mais même la condition de l’apparition d’un travail plus essentiel, puisque non contraint. Car, justement, la confusion entre travail et emploi est idéologique, elle a pour objectif de faire croire que le travail est par essence une contrainte, ce qu’il n’est pourtant

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Touche pas à mon poste de travail

  Il faut toujours prendre les titres au sérieux. Quand une émission s’intitule Touche pas à mon poste, il faut le prendre comme un avertissement. De fait, si on s’aventure en classe à relativiser un tant soit peu l’importance que peut avoir cette émission pour la culture de l’humanité, on soulève chez bon nombre d’élèves (au hasard, ceux qui regardent) des vagues d’indignation. L’émission aurait des vertus secrètes qu’au-delà d’un certain âge on ne serait plus capable de discerner. Alors, évidemment,

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Eurythmics

  Il y a quelque chose de curieux à faire du film de Chaplin, Les Temps modernes, une référence automatique dans les dissertations portant sur le travail. Qu’un film qui envoie le personnage de Charlot à l’usine comme on verserait du sable dans les rouges des mécanismes d’une horloge, fasse àson tour l’objet d’une telle mécanique argumentative, ce n’est pas le moindre de ses paradoxes. Et à vrai dire, si cette illustration est encore possible, c’est qu’elle n’en est pas

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Les travailleurs de l’amer

  Pour compléter l’article précédent, puisque certains des lecteurs de ces lignes pourraient ne pas faire partie d’une de mes classes cette année, et appartenir en revanche à cette masse considérable, à cette multitude d’employés qui, quotidiennement, ont le sentiment de perdre leur vie à la gagner, se préparent chaque matin en se demandant s’il est digne de se plaindre de devoir se lever pour aller au boulot quand tant de personnes, elles, n’ont pas dormi de la nuit parce

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A la même enseigne

  Il est bon que les élèves puissent constater que les problèmes que nous traitons avec eux sont les mêmes problèmes que ceux auxquels nous autres, leurs professeurs nous confrontons. Dans cette discipline, tout le monde est à la même enseigne. Si, lors de la session de juin, on proposait aux candidats au baccalauréat de composer sur le sujet « Travailler moins, est-ce vivre mieux ? », et si quelques dizaines d’élèves cheminent en ma compagnie depuis quelques heures sur les chemins sinueux

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Manuel de savoir-travailler

  S’il y a une malentendu à propos du travail, c’est parce que ce concept est, le plus souvent volontairement, mal délimité. A cause de cette ambiguïté entretenue, on pense que le produit du travail est l’argent, on est convaincu que la vie ne nous appartient pas a priori, et qu’il faut la gagner, les élèves ne travaillent pour certains que pour « la note », qui est envisagée comme un salaire.  Ainsi, si on veut mettre des mots précis sur cette confusion,

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Faire quelque chose « dans la vie » ? Ou bien faire quelque chose de sa vie ?

  En 1996, dans celui de ses livres qui porte, peut-être, le plus beau titre, Nous qui désirons sans fin, Raoul Vaneigem, propose, comme souvent le font les situationnistes, de régler son compte au travail, et de le congédier. Pourquoi ? On va le voir, parce que Vaneigem fait ce choix conceptuel d’appeler « travail » cette activité absolument contrainte qu’il oppose frontalement, ici, à cette autre activité consistant à créer. On pourrait objecter qu’il faut bien vivre, que certaines choses doivent bien

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Sur le tas

Jusqu’au 12 septembre se tient, dans la galerie se trouvant au sous-sol du Centre Georges Pompidou de Paris, une exposition retraçant les grandes lignes du travail photographique de Louis Stettner (https://www.centrepompidou.fr). Il n’est peut-être pas le photographe le plus connu, et pourtant ceux qui s’adonnent aujourd’hui à la photographie auraient tout intérêt à rencontrer son oeuvre, tout particulièrement ceux qui se spécialisent dans le portrait, et plus encore ceux qui pratiquent la « street-photography » (qu’on pourra se permettre d’appeler « photographie de rue »),

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One shot

Dans l’extrait de Ecologica que j’ai évoqué ces derniers jours, André Gorz cite cet autre ouvrage, dont il est l’auteur, Le Traitre. Aussi ai-je eu la curiosité de plonger un peu dedans ce week-end, dans une lecture un peu trop diagonale, sur laquelle il faudra que je revienne plus posément. Les dernières pages proposent sur le travail un regard assez différent de celui qui a été le nôtre ces derniers temps. Son propos peut semble au premier abord un peu obscur. L’analyse

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Superflu pour superflux

Mes élèves connaissent déjà pour la plupart André Gorz, parce que nous avons évoqué son poignant livre Lettre à D., quand nous avons tenté de saisir un peu mieux ce dont il s’agit lorsque nous parlons d’amour. Mais comme je l’avais précisé, Gorz est avant tout un penseur ayant une place de choix dans la tradition marxiste; on trouve dès lors dans son oeuvre bon nombre de textes mettant en oeuvre une réflexion assez incisive sur le travail, distinguant ce

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Ressource humaine

Profitons de la rentrée, de la reprise des activités sur ce blog, et de l’ouverture prochaine d’un nouveau type d’épicerie sur Paris pour poser, autrement, la question que nous posions avant les vacances, en cours : pourquoi travaillons-nous ? Et faut-il travailler ? Quelques articles fleurissent ça et là (http://positivr.fr/park-slope-supermarche-cooperative-la-louve-paris/) à propos de l’ouverture prochaine à Paris d’un supermarché associatif, nommé La Louve, dont le principe consiste à se passer d’employés, puisque ce sont les consommateurs eux-mêmes (qu’on ne peut

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Temps mort

Si, en tant qu’élève, on mise avant tout sur l’efficacité, alors autant recopier sur le net des travaux déjà écrits. Le seule souci, c’est que se comporter ainsi, c’est avoir intégré en soi les caractéristiques essentielles des machines (le rapport consommation d’énergie/performance), mais pas celles des humains. Si, à la rigueur, ça permettait de gagner du temps pour faire quelque chose qui serait davantage essentiel, ou génériquement humain, pourquoi pas. Mais est-ce vraiment le cas ? Et qu’y aurait-il de

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