Contrôle continu

Il y a quelques jours, en faisant quelques recherches sur le concept même de confinement, je m’apercevais que dans sa traduction anglaise, Gilles Deleuze parle de « confinement« , et ce mot dans cette édition traduit le mot français « enfermement« .  Il me semblait dès lors intéressant de creuser un peu ce filon, et de revenir au texte français, édité en 1990. Et il s’avère qu’il est d’une troublante actualité, et ce pour de multiples raisons ; et bien entendu, comme chaque fois que

Lire la suite

« Nous sommes tous malades »

Par les temps qui courent, il est difficile de ne pas cliquer sur un tel titre. Pourtant, il ne s’agit pas tout à fait de la maladie à laquelle on pense, ces jours ci, mais de quelque chose de plus profond, qui a peut-être quelque chose à voir avec ce que nous sommes en train de vivre, pas tant du côté de notre santé, que du côté de notre civilisation. Puisque nous sommes plongés dans un processus un peu sauvage

Lire la suite

Demeurer sur la réserve

« Réserver ou suspendre notre jugement, cela consiste à décider de ne pas permettre à un jugement provisoire de devenir définitif. Un jugement provisoire est un jugement par lequel je me représente qu’il y a plus de raison pour la vérité d’une chose que contre sa vérité, mais que cependant ces raisons ne suffisent pas encore pour que je porte un jugement déterminant ou définitif par lequel je décide franchement de sa vérité. Le jugement provisoire est donc un jugement dont

Lire la suite

Peut-on renoncer à la vérité ?

Si on insiste tant sur l’exigence de vérité, c’est parce qu’elle est, simultanément, la condition pratique d’une vie partagée – se parlerait-on encore si tout ce que nous disons était erroné, ou mensonger ? – et la valeur selon laquelle on évalue tout énoncé, tout jugement. Ainsi, renoncer à la vérité, ce serait renoncer à la vie commune et faire perdre à la parole tout son sens, ne plus tenir parole, comme on dit. Ce serait renoncer à connaître quoi

Lire la suite

En suspension

Un petit texte peut se prêter à un développement relativement long si il est dense en présupposés. Et le texte qui suit l’est. L’explication qui suit est réalisée selon la méthode qu’on a donnée en cours. Je n’y ai, exprès, ajouté aucun titre, pour que le texte soit semblable à ce qu’on pourrait proposer à l’examen. Mais pour que vous vous y retrouviez, j’ai inséré une illustration à chaque changement de partie. Evidemment, à l’examen, on n’illustre en aucune manière

Lire la suite

Lumière noire

Il faut, aussi, lire des textes qu’on ne comprend pas; qu’on ne comprend pas tout de suite, qu’on ne comprend décidément pas, qu’on ne comprendra jamais tout à fait. Ces mots sont susceptibles de nous accompagner une vie entière, nous devançant dans l’obscurité sans pour autant l’éclairer tout à fait, comme une présence amicale qui nous devancerait, en éclaireurs. On trouve aussi bien, chez Alain, des passages brillants de clarté et de pédagogie, que des moments où on le sent

Lire la suite

Faut-il douter de tout ?

Pourquoi une telle question en premier lieu ? Parce qu’elle est au centre du questionnement philosophique, et qu’elle est un bon angle d’attaque pour comprendre ce qu’est, finalement, l’attitude philosophique. En effet, on l’a vu : le doute est à son origine. Reste à savoir jusqu’où il doit être poussé, et si ceux qui conseillent de le pratiquer sans aucune limite ne se trompent pas. Introduction Dans la pièce de théâtre La vie est un songe, Pedro Calderon de la

Lire la suite

Peut on douter de tout ?

  Introduction : En 155 avant Jésus Christ, Athènes est condamnée par l’autorité romaine à une amende de 500 talents pour avoir occupé illégalement la ville d’Oropos, située en bordure du golfe d’Evoikos, qui sépare l’Attique de l’Eubée. Athènes n’a pas les moyens de payer une telle amende et, astucieusement, envoie pour plaider sa cause à Rome, non pas des juristes, mais des philosophes. En effet, à strictement parler, la cause d’Athènes est juridiquement indéfendable. C’est donc sur un autre

Lire la suite

Prends garde à toi

  Ce que nous partageons ici est à ce point un classique que ceux qui sont déjà initiés à la philosophie vont sans doute trouver qu’on manque d’originalité. Mais pensons un peu aux novices, et on saisira mieux l’intérêt qu’il y a à mettre en avant, une fois de plus, ce texte du philosophe Emile Chartier, publiquement connu sous son pseudonyme : Alain.  « Le doute est le sel de l’esprit ; sans la pointe du doute, toutes les connaissances

Lire la suite

Bruce tout puissant

On sent bien que peu à peu émergent de nouveaux collègues, et de nouvelles façons d’enseigner. Ainsi, Bruce Benamran propose depuis longtemps sur sa chaîne Youtube e-penser des séries de vidéos cours sur l’histoire des sciences qui ont le don de transmettre une connaissance qui, si elle était plus partagée, permettrait de mieux se comprendre, d »éviter de dire n’importe quoi, mais surtout, de dire des choses nouvelles, car on le comprend aisément en le suivant, la science n’est pas un discours

Lire la suite

L’ignorance est elle une excuse ?

  Chercher une excuse, c’est chercher à se dissocier de la cause d’un phénomène. C’est d’ailleurs là le sens étymologique du mot excuse : ex causa, hors de cause. Ainsi, présenter ses excuses, c’est exprimer un regret tout en affirmant ne pas avoir provoqué volontairement ce qui s’est produit. Néanmoins, s’il est nécessaire de présenter des excuses, c’est qu’on n’est pas extérieur au phénomène : on n’a aucune raison de signaler qu’on n’est pas responsable de faits avec lesquels on

Lire la suite

Captain Cavern’

Les vidéastes amateurs ont la côte sur Youtube. Certains, on est bien placé pour le savoir dans notre lycée, mettent leur art au service de la remise en question des enseignements prodigués à l’école, glissant en douce les éléments censés remplacer ceux qu’ils viennent de détruire, en faisant passer ça pour de la pièce d’origine. D’autres oeuvrent pour permettre à cette culture parfois ancestrale de perdurer encore quelques décennies dans les esprits humains. Parmi ces francs-tireurs qui viennent prêter main forte

Lire la suite

Prendre fait et cause

On poursuit notre promenade dans les sujets de Pondichéry avec cet intéressant, mais exigeant, texte de Francis Bacon, qui va nous fournir l’occasion de réviser quelques connaissances d’épistémologie, sous un angle nouveau. Les consignes du baccalauréat sont claires : on n’est pas censé connaître la pensée de l’auteur du texte qu’on va expliquer. C’est le texte lui-même, et lui seul, qu’il s’agit d’expliquer. En revanche, mieux vaut connaître les références plus ou moins implicites qu’on croise dans le texte lui-même.

Lire la suite

Sarah Connor ?

  Quand le crime prend la forme de l’assassinat, il peut avoir, aussi curieux que ça puisse paraître, une apparence suffisamment fascinante pour qu’on puisse reconnaître en ceux qui en sont les auteurs une certaine forme de beauté, une force d’attraction. Après tout, ces hommes là osent, et si la seule raison que nous avions de les condamner était que nous n’oserions pas, nous mêmes, passer à de tels actes, alors notre condamnation, nous le savons, ne serait pas fondée.

Lire la suite

Travail sous couverture

Avertissement : Si tu es élève ou étudiant et que tu recopies l’explication de texte qui suit, c’est que 1- tu as pas mal de copies doubles et d’encre à disposition, 2- tu es un peu malhonnête (mais qui ne l’est pas un peu ?), et 3 – (plus grave) tu n’as vraiment rien compris à ce texte. « Socrate : Ainsi donc celui qui pense laisser après lui un art consigné dans un livre, comme celui qui le recueille en

Lire la suite

Lumière noire

On va le préciser en préambule : il s’agira bien en quelque sorte de méthode, mais peut-être pas celle à laquelle vous vous attendez. Ce serait plutôt celle que vous attendez faute de voir qu’elle est déjà là. Pour les trucs, les recettes, il y a d’autres articles. Puisque nous avions évoqué en classe Husserl, la phénoménologie, le rapport singulier que cette nouvelle orientation de la pensée ouvrait avec le monde, cette tension en laquelle semblait consister la conscience, nous

Lire la suite

La pensée en dehors

S’il s’agit de présenter un philosophe, le mieux est sans doute de passer la main à un autre philosophe. C’est d’ailleurs pour cette raison entre autres qu’on apprécie particulièrement le recueil de textes dirigé par Denis Huisman et André Vergez (Histoire des philosophes illustrée par les textes)  puisqu’il propose, pour chaque auteur cité, une introduction rédigée par un autre philosophe, tissant des liens parfois fort distants entre des penseurs dont on discerne ainsi combien ils dialoguent ensemble, comment ils constituent,

Lire la suite

La connaissance commune n’est-elle qu’une erreur communément considérée comme vraisemblable ?

Il était tentant de proposer une énième introduction à la philosphie, les bonnes intentions de début d’année scolaire trouvant commode de se trouver ce genre de marronnier pour se donner du coeur à l’ouvrage. Cependant, un élève m’a donné ces derniers jours l’occasion de bifurquer sur d’autres voies, et d’entamer l’année comme si elle n’avait pas auparavant pris fin, c’est à dire comme si ce n’était pas la rentrée. Il aura suffi de demander, alors que nous évoquions la remise

Lire la suite

Fondu au noir

Paul Valery appartient à cette lignée d’auteurs français un peu exaltés qu’on préfère lorsqu’ils s’attachent à commenter les autres artistes. Penseurs inquiets, un peu trop sûrs d’être les fers de lance d’une civilisation qui a donné tout ce qu’elle pouvait (en somme, eux), ces écrivains auront cependant développé un véritable art du commentaire, qui se traduit chez Valery par une somme importante de textes s’intéressant aussi bien à la littérature, qu’à la philosophie, à la musique ou à la peinture.

Lire la suite

The Misfits

Maitres rhéteurs, on devine les philosophes grecs habiles embrouilleurs. Et si la philosophie se donne comme mission la recherche de la vérité, son premier moment, la prise de conscience de l’ignorance dans laquelle nous sommes, peut être considéré comme une illumination si on en fait une ouverture vers une connaissance à découvrir, ou comme une brusque extinction de toutes les lumières s’il s’agit juste de faire perdre le nord à tout le monde en recourant à ces caractéristiques nécessairement ambiguës

Lire la suite

Badiou en homme des cavernes

On avait promis, en classe, une relecture de l’allégorie de la caverne par Alain Badiou. L’exercice est amusant, mais surtout il vient aussi confirmer ce que certains élèves avaient évoqué : la caverne de Platon fait singulièrement penser à une salle de cinéma (même s’il faut se méfier, en revanche, de la ressemblance que certains films semblent entretenir avec elle, parce qu’il s’agit souvent d’une analogie sur le plan du récit, mais d’un contresens sur le fond (et on pense

Lire la suite

L’envers luisant

Il n’y a pas de meilleure voie, afin d’initier à la nécessité de la lumière que de plonger dans l’obscurité. Mais ce serait trop simple, de couper la lumière à ceux qu’on veut voir prendre le chemin de la lucidité, car ils seraient alors persuadés que pour s’en sortir, il suffit d’appuyer de nouveau sur l’interrupteur de l’éclairage artificiel. C’est là le paradoxe de la caverne socratique : ceux qui en sont prisonniers pensent y voient très clair. Ce n’est

Lire la suite

Pour quelques kilomètres/seconde de plus.

Il est rare que des découvertes scientifiques fassent la une des journaux. Les neutrinos pris en flagrant délit d’excès de vitesse ont connu leur quart d’heure de gloire warholien, surprenant tout de monde par leur vélocité, mais aussi par leur aptitude à détruire, à eux seuls, une bonne partie de la théorie de la relativité telle qu’Einstein l’avait constituée. Pour autant, il ne faudrait pas en déduire que ce qu’il y a de révolutionnaire dans cette découverte, ce soit le

Lire la suite

La vie est faite de morceaux, qui ne se joignent pas

Fenêtre sur cour, ça pourrait commencer comme un film d’Aménabar. « Ouvre les yeux. » Trois rideaux s’ouvrent sur une cour, sur laquelle donnent trente et un appartements. Tant qu’ils ne sont qu’une toile de fond, ce sont des anonymes indifférents qu’on aperçoit derrière leurs fenêtres. Mais dès que le regard traverse la fenêtre pour s’intéresser précisément aux scènes qui s’y jouent , ce sont des situations beaucoup plus identifiables qui se donnent à voir, partageant toutes un caractère commun : l’intimité.

Lire la suite

« Ce qui périt par un peu plus de précision est un mythe »

Répondant à une inconnue, à une femme absente en somme, qui pourrait tout aussi bien n’être que le fruit de l’imagination (pour le lecteur, elle devra le rester), Paul Valery développe dans sa Petite lettre sur les mythes un point de vue original sur ces récits qui, bien qu’imaginaires, tiennent dans de place dans nos vies dites ‘réelles’. Son interlocutrice invisible s’inquiète de la relation qu’entretient Valery avec Dieu et l’amour. Il lui répondra en plaçant ce dont il est

Lire la suite

Deus in fabula – Commentaire à partir d’un texte de Lucrèce

« Regarde maintenant en arrière, et vois quel néant fut pour nous cette vieille période de l’éternité qui a précédé notre naissance. Voilà donc le miroir où la nature nous présente ce que nous réserve l’avenir après la mort. Y voit-on apparaître quelque image horrible, quelque sujet de deuil ? N’est-ce pas un état plus paisible que n’importe quel sommeil ? De même assurément tous les châtiments que la tradition place dans les profondeurs de l’Achéron, tous, quels qu’ils soient,

Lire la suite

De l’irradiation à la radiation.

On a, en classe, abordé un peu plus longuement qu’on ne l’aurait voulu, les liens parfois troubles qui se tissent encore entre les mythes tels qu’ils ont pu constituer pour de lointains ancêtres un regard sur le monde, et les formes contemporaines de religion. Si malentendu il y avait dans la discussion qui a pris peu à peu forme jusqu’à constituer le cours dans son entier, c’est parce qu’on ne parvenait pas à passer du concept de croyance à celui

Lire la suite

« L’homme est comme le lapin, il s’attrape par les oreilles » (Mirabeau)

Comme promis à mes élèves, voici mises en ligne les émissions proposées par France Culture, en 2009 et 2010, destinées à préparer les élèves à l’épreuve de philosophie du baccalauréat. Le principe en est simple : un professeur est invité, et on lui soumet un sujet, à moins que ce ne soit l’inverse, et qu’on soumette le professeur à un sujet; à vrai dire, si l’exercice est réussi, on pourrait dire que le mouvement est double : il s’agit de

Lire la suite

Sujet re-traité : La vérité est elle soumise au temps ?

Complément à l’article précédent, un traitement plus poussé, parce que plus précis dans ses distinctions conceptuelles, qui pourrait tout à fait servir d’atelier pour traiter sous un angle un brin différent le sujet auquel on s’était attaqué : La vérité est elle soumise au temps ? François Vert y part d’une conception large de la vérité, la plus large possible, même, puisque ses énoncés vont de « Il fait soleil aujourd’hui » à « U = RI, soit encore : la valeur de

Lire la suite

Sujet traité : La vérité est elle soumise au temps ?

Mise en garde lancée aux petits malins qui cherchent sur le net le traitement intégral de sujets qui leurs sont donnés par leur professeurs, croyant ainsi berner le correcteur qui sommeille en celui-ci (et y parvenant d’ailleurs parfois) : ce que je mets en ligne ici n’est que le résultat d’un travail effectué en classe, de mise en ordre des idées à partir d’une réflexion menée sur l’idée de vérité. Que les filous s’inspirent donc plus de la méthode que

Lire la suite

Site Footer