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	<title>Harrystaut</title>
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		<title>Comment perdre son procès sans se perdre soi-même</title>
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		<pubDate>Fri, 25 Nov 2011 04:40:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Audio]]></category>
		<category><![CDATA[Auteurs]]></category>
		<category><![CDATA[Bonus]]></category>
		<category><![CDATA[Conseils de lecture]]></category>
		<category><![CDATA[Platon]]></category>

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Comme promis à mes élèves, je remets en ligne un fichier déjà partagé ici même il y a quelques années. Il s’agit d’une émission de France Culture, extraite du cycle intitulé l’Histoire de la Raison, constitué de dialogues entre François Chatelet et Emile Noel. L’épisode proposé ici est consacré à la naissance de la philosophie, à [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify">Comme promis à mes élèves, je remets en ligne un fichier déjà partagé ici même il y a quelques années. Il s’agit d’une émission de France Culture, extraite du cycle intitulé<span style="text-decoration: underline"><em><strong> l’Histoire de la Raison</strong></em></span>, constitué de dialogues entre François Chatelet et Emile Noel. L’épisode proposé ici est consacré à la naissance de la philosophie, à Athènes, à travers la voix de Socrate, telle qu’on pouvait l’entendre s’exprimer dans les rues, les diners ou, comme on s’y intéresse ici, à son propre procès.</p>
<p style="text-align: justify"><br /><img src="http://medias.harrystaut.fr/Chatelet.jpg" alt="media" /><br />
</p>
<p style="text-align: justify">Chatelet commente en effet les raisons pour lesquelles Socrate fut accusé, la manière dont il fut son propre avocat, les motifs pour lesquels on le condamna à mort pour la forme, lui laissant amplement la possibilité d’échapper à cette fin, et les valeurs qui conduisirent Socrate à aller néanmoins jusqu’à la mort. Ce faisant, Chatelet dresse le tableau d’une époque prise dans les contradictions d’une civilisation qui inaugure une parole dans laquelle il ne s’agit plus de réciter les textes cycliques des mythes, mais d’être une voix qui prononce des paroles dont on est soi même l’auteur, ce qui déplace nécessairement l’autorité de la parole, car celui qui est auteur est, étymologiquement, celui qui a autorité sur ce qu’il dit. Il en est aussi, dès lors, responsable, c’est ce que la mort de Socrate indique, mettant en garde tous ceux qui voudraient à sa suite prolonger l’aventure d’une parole et d’une pensée bâties sur le principe du logos. <a href="http://www.harrystaut.fr/files/2011/11/Francois_Chatelet21.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-2079" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/11/Francois_Chatelet21.jpg" alt="" width="384" height="250" /></a>Les autorités politiques de l&#8217;époque, bien que démocratiques à Athènes, ne pouvaient qu&#8217;appréhender l&#8217;apparition de ces nouvelles formes de discours, dont le débat en place public, imposé par la démocratie, était l&#8217;une des origines, et elles craignaient de perdre le contrôle de la pensée, constatant que celle-ci se dispersait à travers une multitude de discours discordants, prétendant tous incarner la sagesse. Le procès de Socrate, s&#8217;il le concerne avant tout, est aussi le tableau d&#8217;une société contradictoire, qui dresse le portrait de ses principales figures, avec au premier plan les sophistes, ces personnages les plus influents de ce temps, qui ont mis la main sur la parole et ont acquis suffisamment d&#8217;autorité pour faire commerce du simple fait qu&#8217;ils parlent au nom des autres.</p>
<p style="text-align: justify"><span style="text-decoration: underline"><em><strong>L’Apologie de Socrate</strong></em></span>, ce dialogue qui retrace la plaidoirie que Socrate prononce pour son propre compte,   signe la mort du premier véritable philosophe, mais constitue aussi l’acte de naissance de la philosophie. Chatelet commente donc cette naissance en la plaçant dans son contexte. Il la met aussi en perspective en évoquant d’autres dialogues dont Socrate est l’un des interlocuteurs, en particulier le <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Lachès</strong></em></span>, qui est en quelque sorte l’archétype même du dialogue socratique, qui commence par une opposition entre personnages dogmatiques, dépassée par un recadrage de la réflexion par un Socrate qui vient reformuler l’objet du débat sous la forme d’un problème conceptuel. Ce sera là le modèle de réflexion qu’un élève de terminale doit encore aujourd’hui respecter dans ses dissertations.</p>
<p style="text-align: justify">Ajoutons que l’émission est aussi savoureuse pour ses détails de mise en scène. On appréciera, entre autres, que ce commentaire de l’apparition historique du principe de dialogue avec soi même soit illustré musicalement par la composition de John Williams, qui servit de bande originale au film <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Rencontre du troisième type</strong></em></span> (Spielberg, 1977), jouée ici dans sa version orchestrale. Cette mélodie d’une simplicité élémentaire, désormais mondialement connue, est en elle-même un dialogue condensé en cinq notes, les trois premières interpellant les deux dernières, la quatrième n’étant que la reprise à l’octave en dessous de la troisième, comme on répond à un partenaire de dialogue en reprenant ses derniers mots, d’une autre voix. Pour ceux que ça intéresse, il y a là une porte d’entrée possible vers une méditation sur la nature du dialogue, et les formes qu’il peut prendre.</p>
<p style="text-align: justify">L’enregistrement intégral de toutes les émissions de ce cycle n’est pas accessible au public. Il faut, pour les écouter, connaître quelqu’un qui les a enregistrées lors de leur diffusion radiophonique, ou qui en possède une copie. Notons cependant que France Culture rediffuse parfois ses anciens cycles d’émissions, et qu’un livre a été tiré de ces entretiens, intitulé lui aussi Histoire de la Raison. On ne peut que conseiller à ceux qui cette introduction intéresse de lire les trois dialogues platoniciens associés à ce procès, et à cette condamnation, souvent édités ensemble dans les formats de poche : l&#8217;<span style="text-decoration: underline"><em><strong>Apologie de Socrate</strong></em></span>, <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Criton</strong></em></span> et <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Phédon</strong></em></span>.</p>
<p style="text-align: justify">Pour copier le fichier sur le support de votre choix, et l&#8217;écouter sans rester bêtement devant cet écran, clique droit sur le lien, et &laquo;&nbsp;enregistrer la cible sous&nbsp;&raquo; :  <a href="http://medias.harrystaut.fr/sophistes socrate platon.mp3" target="_blank">http://medias.harrystaut.fr/sophistes socrate platon.mp3</a></p>
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		<title>Planet of the apps&#8217;</title>
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		<pubDate>Sun, 20 Nov 2011 12:34:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualité]]></category>
		<category><![CDATA[Bonus]]></category>
		<category><![CDATA[Technique]]></category>

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1 &#8211; Il semblerait qu&#8217;existent encore des demi-dieux
L’épisode des hommages sans doute un peu excessifs et souvent mal cadrés rendus à Steve Jobs aura au moins eu l’intérêt de susciter, pour faire contrepoids et tenter de rétablir un certain équilibre, quelques publications qui tentent d’observer le phénomène avec un peu plus de recul, sans céder [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify"><strong>1 &#8211; Il semblerait qu&#8217;existent encore des demi-dieux</strong></p>
<p style="text-align: justify">L’épisode des hommages sans doute un peu excessifs et souvent mal cadrés rendus à Steve Jobs aura au moins eu l’intérêt de susciter, pour faire contrepoids et tenter de rétablir un certain équilibre, quelques publications qui tentent d’observer le phénomène avec un peu plus de recul, sans céder à la tentation de participer à la communion, dont on perçoit assez bien qu’elle cherche à prolonger l’expérience commerciale inaugurée avec l’achat des objets Apple, qui consiste moins à se doter d’équipements permettant d’augmenter la capacité d’action de ceux <a href="http://www.harrystaut.fr/files/2011/11/snow-white.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-2072" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/11/snow-white.jpg" alt="" width="379" height="274" /></a>qui les possèdent qu’à intégrer sa personne à la classe enviée de ceux qui ne supporteraient pas d’avoir l’air d’appartenir à la catégorie de ceux qui n’ont pas suffisamment d’exigence personnelle, ou tout simplement n’ont pas les moyens (ce qui dans les esprits revient souvent au même) de s’offrir ce qu’il y a de « mieux ».</p>
<p style="text-align: justify">C’est qu’il n’est pas nécessaire de mener des analyses très approfondies pour cerner en quoi les objets conçus et commercialisés par la firme de Cupertino (le seul fait qu’on puisse désigner cette marque via sa localisation géographique en dit d’ailleurs long sur la manière dont on l’envisage quasiment comme une nation, un territoire avec des frontières, dont les marchandises seraient autant de passeports reconnaissant la nationalité de leur porteur : les possesseurs d’iquelquechose on une certaine tendance à se croire, et à se reconnaître mutuellement comme partageant une commune appartenance, et les applestores seraient autant d’ambassades auxquelles ils iraient rendre la visite d’usage lors de leurs déplacements (aux yeux d’un certain nombre de personnes, visiter New-York sans se rendre à l’applestore local est le signe d’une échelle des valeurs faussée, et on vit, le jour de la mort de Steve Jobs, des adorateurs (comment les nommer autrement ?) venir déposer des gerbes de fleurs au Carousel du Louvre, comme si les employés qui allaient faire l’ouverture étaient des membres de la famille , ce qui n’est en fait pas si inapproprié, puisqu’en effet, en discutant avec certains d’entre eux c’est l’impression qu’on a fugitivement, ce qu’on interprètera, selon son propre degré de compassion, soit comme une merveille des techniques contemporaines de management, soit en ressortant les écrits de Marx sur le travail aliéné, et aliénant)) inaugurent une classe nouvelle d&#8217;objets qui se définissent moins par ce qu&#8217;ils sont, ou même ce qu&#8217;ils permettent de faire que par ce dont sont privés ceux qui ne les portent pas.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>2 &#8211; Au commencement, était le code</strong></p>
<p style="text-align: justify">Dans deux revues disponibles en kiosque en ce mois de Novembre, on trouve des papiers s’intéressant aux échos de ce phénomène, susceptibles d’alimenter une réflexion à propos de la technique. Dans <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Technikart</strong></em></span> #157, on pourra lire une interview de Richard Stallman , qui porte nécessairement un regard profondément critique sur la planète Pomme, puisque qu’il est lui-même l’un des fondateurs d’un système d’exploitation alternatif, et libre, dénommé GNU (souvent associé à Unix alors que sont acronyme signifie précisément GNU’sNot Unix). L’objectif de Stallamn pourrait se résumer ainsi : tenter, en créant des outils adaptés, en ouvrant de nouvelles perspectives juridiques (le copyleft, par exemple), en militant à travers le monde, de sauver l’esprit des pionniers d’internet, visant à partager le plus librement possible l’information (ce qui, on le comprendra, constitue un projet politique avant d’être un choix technique ; ce qui, on le comprendra aussi, désigne les entreprises qui oeuvrent dans le sens inverse, telles qu’Apple en particulier, comme des acteurs politiques de premier plan, et non comme de simples entreprises « offrant » au monde les moyens de mieux maîtriser leur environnement et leur culture). L’entretien est édifiant de bout en bout, ne serait-ce que sur les aspects techniques : il est utile d’avoir en tête la manière dont les systèmes d’ exploitation libres sont simultanément l’ennemi juré des systèmes commerciaux ET le moteur essentiel de certains d’entre ces derniers (OSX, d’Apple, est un dérivé d’Unix, comme GNU), les entreprises agissant comme prédatrices de systèmes dont elles organisent la disparition, ce qui n&#8217;est finalement qu&#8217;une variante parmi les diverses techniques d&#8217;appropriation. L’article aborde aussi le problème plus général des droits d’auteur, qui constitue en fait le cadre global de la réflexion sur la possibilité de considérer l’information comme un bien commun ne pouvant pas faire l’objet d’une appropriation par quelque système marchand que ce soit, ce qui permet évidemment de conclure sur quelques considérations politiques, puisqu’on le devine, Stallman est un fervent ennemi des mesures telles que, en France, Hadopi (dont la troisième déclinaison est en préparation), ou aux USA, la loi SOPA ; cependant, précisons qu’ il ne s’agit pas pour lui de spolier des auteurs de toute forme de revenu, mais de permettre que quelques têtes d’affiches ne servent pas de prétexte bien rémunérés permettant aux entreprises d’édition de spolier elles mêmes l’écrasante majorité d’auteurs anonymes de tout espoir d’être un jour capables de vivre décemment de leur activité.</p>
<p style="text-align: justify">Mais c’est dans le<span style="text-decoration: underline"><em><strong> Chronicart</strong></em></span> #74 qu’on trouve, dans un article rebondissant lui aussi sur les réactions parfois stupéfiantes de ceux qui portent encore le deuil de leur prophète technique, une analyse plus profonde du rapport qu’on est capable d’entretenir avec ces ichoses, qui sont un peu plus que de simples objets. Paul Lycurgue y dresse le portrait de quelques <a href="http://www.harrystaut.fr/files/2011/11/74.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-2073" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/11/74.jpg" alt="" width="246" height="299" /></a>utilisateurs, dont une certaine « Céline, 25 ans », évoquée par <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Le Monde</strong></em></span>, le 8 Octobre 2011 qui la désigne telle qu’elle se présente elle-même : « <em>une grosse fan</em> ». Voici quelques lignes de son article, qui semblent toucher quelques uns des aspects paradoxaux, et problématique, de la technique telle qu’elle se développe désormais :</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">« Le drame des adorateurs d’Apple est qu’ils ne savent même plus ce que leur terminal mobile ne peut PAS faire ; bien vu, d’ailleurs, puisque l’iPhone n’est plus guère qu’un totem, un symbole esthétique et culturel conçu à dessein pour ne PAS être un ordinateur et pour ne surtout pas en avoir l’air. Les produits Apple sont à l’occidental contemporain ce que la corne de gnou est au guerrier Masaï : un talisman dont la principal raison d’être est de conférer une impression de puissance et une illusion de contrôle. (…) Alors forcément, la jeune Céline devient progressivement intelligible : elle a 25 ans et pour seul horizon de faire semblant de comprendre le monde en caressant sa petite boite, en attendant l’épuisement des ressources naturelles et l’effondrement de l’Etat-providence ; les chances qu’elle apprenne un langage structuré pour coder ses propres applications sont de 1017 contre 1. D’ailleurs même son français sent le faisan, puisqu’elle reste avant tout, de son propre aveu, « une grosse fan ». Quant à moi, je m’interroge : en regardant dans le métro un jeune branleur hagard utiliser les 620mhz de son processeur 0.13 micron pour jouer à Puzzle Bubble, je me demande inquiet, ce qu’en auraient pensée Leibnitz et Poincaré. Alors que je sais parfaitement, pour rester dans l’au-delà, ce qu’en dirait Steve Jobs… »</p>
<p style="text-align: justify">On retrouve, dans cet article, le sujet qui est finalement le plus préoccupant, au-delà des considérations intéressantes à propos du passage du manuel au digital, de la saisie au tapotement, c&#8217;est-à-dire le démenti cinglant des perspectives tracées par les informaticiens des années 70, selon lesquels, un jour, la culture informatique serait suffisamment maîtrisée pour que chacun puisse écrire ses propres lignes de programme et concevoir les applications lui permettant d’agir comme il l’entend sur le monde, et non comme des ingénieurs et des commerciaux auront décidé qu’il est « cool » de faire mine d’avoir du pouvoir sur les choses.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>3 &#8211; &laquo;&nbsp;Si vous n&#8217;avez pas un iPhone&#8230;&nbsp;&raquo;</strong></p>
<p style="text-align: justify">Pour s’en convaincre, on observera avec un peu d’attention la manière dont Apple communique désormais sur ses propres produits. Chacun aura déjà entendu les argumentaires récents, tous introduits par la formule « <em>Si vous n’avez pas un Iphone</em> », et conclus par la tautologie finale, qui tombe comme une malédiction : « <em>Mais bon, si vous n’avez pas un Iphone, et bien… Vous n’avez pas un Iphone</em> ». Les commerciaux de Cupertino et les actionnaires de l’entreprise sont évidemment conscients que ce qui d’un point de vue logique est absolument vrai ne peut néanmoins pas donner lieu à un impératif catégorique. C’est bien pour cela qu’il s’agit avant tout de politique, au sens le plus large qu’on puisse donner à ce terme (et le fait qu&#8217;il s&#8217;agisse de rendre les gouvernements humains inopérant n&#8217;y retire rien, bien au contraire)  puisque ces objets et la manière dont ils sont distribués (les deux aspects sont indissociables) définissent la manière contemporaine de concevoir l’honnête homme 2.0 en réactualisant le modèle du XVIIè siècle : il s’agit moins de faire quoi que ce soit de ce qu’on sait que, par l’accès à l’information selon un canal soi-disant prestigieux, être convaincu « qu’on en est », qu’on fait partie du cercle restreint des élus. Dans cette publicité, les applications, désignées comme des « dons » ou des super-pouvoirs (on est quelque part la Pentecôte entre les X-men) ne permettent qu’une chose : consommer et faire des économies (donc, consommer davantage encore). C’est tellement assumé, que ce n’est même plus masqué, la présence, dans un coin de l’écran des applications liées à des medias de toute façon eux aussi commerciaux (L’appli’ du journal <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Le Monde</strong></em></span> semble faire exception, mais c’est un journal financé par la publicité, un produit comme un autre qui, dans un kiosque, peut faire illusion, mais avoue sa véritable nature une fois que son icône est ainsi posée en bonne place sur le fond d’écran d’un smartphone) ne jouant plus qu’un très faible rôle de faire-valoir. Mais la possibilité de consommer est, dans le message, encadrée par la menace : « Si vous n’avez pas le passeport pour la consommation… ». Ainsi entendu, le message devient plus clair : alors que la menace réelle de ne plus pouvoir participer au barnum de la consommation plane sur les esprits (on ne parle, en gros, que de ça), une gamme d’objets promet d’être, pour ceux qui en sont porteurs, le signe social les désignant comme n’étant pas frappés par ce mal, qui sera bientôt l’équivalent contemporain de la peste, ou de la lèpre d’antan : alors que le lépreux se déplaçait au son de sa crécelle le désignant comme celui que le sort avait frappé, l’iPhone est la crécelle inversée de celui qui est porteur du signe de reconnaissance de ceux que le mal n’a pas encore frappé. On les devine, lançant leur appli’ Facebook, se pokant les uns les autres pour vérifier qu’ils ne sont pas encore touchés. Si Jean de la Fontaine avait pu inscrire ses <span style="text-decoration: underline"><em><strong>animaux malades de la peste</strong></em></span> sur Facebook, ils se seraient mis d&#8217;accord pour disliker celui d&#8217;entre eux qui croit bon d&#8217;avouer que, oui, il n&#8217;a plus les moyens de participer à la belle société de ceux qui ont des moyens, et que parfois, même, il a faim; ce n&#8217;est que la manière contemporaine de &laquo;&nbsp;faire bien savoir&nbsp;&raquo; que seule la mort peut expier un crime aussi grave que le manque d&#8217;aura; que le manque d&#8217;aura est une mort.</p>
<p style="text-align: justify"><p><a href="http://www.harrystaut.fr/2011/11/planet-of-the-apps/"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a></p></p>
<p style="text-align: justify">En tant qu’objet que presque personne n’achète véritablement, puisqu’il est en réalité loué auprès des fournisseurs d’accès, l’iPhone est moins une marchandise que le pont d’embarquement pour le monde merveilleux de la marchandise. On se souvient des analyses que Marx faisait de l’argent dans ses <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Manuscrits de 1844</strong></em></span>, « divinité manifestée (…), puissance corruptrice de l’individu, des liens sociaux,etc., (…) l’argent confond et échange toute chose ; il en est la confusion et la conversion générales. Il est le monde à l’envers, la confusion et la conversion de toutes les qualités naturelles et humaines.» Au sommet de son développement monstrueux, l’argent devient chez Marx la marchandise des marchandises, celle qui sert d’intermédiaire à elle-même, celle pour l’accès de laquelle les marchandises réelles constituent désormais un moyen alors qu’elles en étaient jusque là l’objectif : on n’achète plus la matière, mais la valeur marchande de la matière ; en d’autres termes, on achète en réalité l’argent, bien que celui-ci ne soit pas, matériellement, « réel », et ce d’autant plus que la rupture définitive des accords de Breyton-Woods, en 1971, a mis fin à la convertibilité de la seule monnaie encore directement échangeable en or, le dollar, celle qui était depuis 1944 la monnaie des monnaie en vertu même de cette convertibilité. Pour tisser un peu plus loin les fils des produits Apple et de l’analyse marxienne de l’argent, on notera au passage, qu’on ne fait pas non plus l’acquisition d’un iQuelquechose pour sa seule valeur matérielle, ni même pour sa valeur d’usage, mais en vertu même du fait qu’il est cher. Dès lors, on fait moins l’acquisition de l’objet que de la valeur marchande de l’objet. Ce n’est pas la seule marchandise à présenter cette caractéristique, mais c’est en revanche sans doute la seule qui parvienne à ce point à brouiller les frontières entre les genres ; la seule aussi qui modifie à ce point, en profondeur, la manière d’être de ceux qui en sont porteurs. A tel point qu’en fait, on peut considérer qu’un iChose n’est pas tant un objet qu’un dispositif.</p>
<p style="text-align: justify">Ceux que la réflexion intéresse pourront se plonger dans la lecture d’un tout petit livre de Giorgio Agamben, précisément intitulé <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Qu’est ce qu’un dispositif ?</strong></em></span> Ils verront comme un hasard qui ne peut pas en être tout à fait un, puisqu’il est prévisible, que la couverture de l’édition française donne à voir un croquis de téléphone portable. L’objet fait lui-même son <a href="http://www.harrystaut.fr/files/2011/11/Dispositif.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-2074" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/11/Dispositif.jpg" alt="" width="232" height="360" /></a>apparition page 44, au moment où Agamben montre que ce qui caractérise les dispositifs qui nous sont contemporains, c’est qu’ils ne fondent plus une nouvelle subjectivité chez les hommes qui les intègrent, mais ont au contraire comme principe de les désubjectiver :</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">« Qui se laisse prendre dans le dispositif du « téléphone portable », et quelle que soit l’intensité du désir qui l’y a poussé, n’acquiert pas une nouvelle subjectivité, mais seulement un numéro au moyen duquel il pourra, éventuellement, être contrôlé. (…)<br />
Les sociétés contemporaines se présentent ainsi comme des corps inertes traversés par de gigantesques processus de désubjectivation auxquels ne répond plus aucune subjectivation réelle. De là, l’éclipse de la politique qui supposait des sujets et des identités réels (le mouvement ouvrier, la bourgeoisie, etc.) et le triomphe de l’économie, c&#8217;est-à-dire d’une pure activité de gouvernement qui ne poursuit rien d’autre que sa propre reproduction. Aussi la droite et la gauche qui se succèdent aujourd’hui pour gérer le pouvoir ont-elles bien peu de rapports avec le contexte politique d’où proviennent ces termes qui les désignent. Ils nomment simplement les deux pôles (un pôle qui vise sans le moindre scrupule la désubjectivation et un pôle qui voudrait la recouvrir du masque hypocrite de bon citoyen de la démocratie) de la même machine de gouvernement. »</p>
<p style="text-align: justify">On ne peut donner ici qu’un maigre aperçu de la réflexion proposée par Agamben, dont on a envie de dire, dès lors « lisez la suite », et d&#8217;insister, tant la manière dont il aborde les rapports entre politique et dispositifs, dont il montre comme les gouvernement en sont réduits à miser tout leur pouvoir subjectivant sur le seul rôle qu’ils reconnaissent encore au citoyen (électeur), ayant confié tout le reste à des dispositifs qui retirent patiemment toute subjectivité réelle des personnes qu’elles attirent, permet de comprendre des mouvements dont nous sommes les observateurs passifs. On comprendra aussi quelles inquiétudes on peut nourrir lorsqu’on constate que nous en sommes aujourd’hui au point où nous suivons la libération théorique de peuples sur les écrans de dispositifs d’information qui nous échappent totalement, et qui affirment eux-mêmes qu’ils sont à l’origine des révolutions qu’ils médiatisent, qu’ils en sont l’outil, alors qu’on peut précisément craindre que ce soit désormais l’inverse qui soit en jeu. Quand on appuie sur le bouton &laquo;&nbsp;like&nbsp;&raquo; de révolutions dans lesquelles des peuples sont censés se subjectiver, à travers des dispositifs qui oeuvrent pour une désubjectivation généralisée, quand on croit participer à ces mouvements parce qu&#8217;on suit le compte Twitter de tel dissident politique lui même connecté à ces dispositifs, on est peut être en droit de s&#8217;inquiéter. Le fait qu&#8217;Agamben appelle à une large entreprise de profanation des dispositifs, si on commence à cerner un peu de quoi il s&#8217;agit derrière le simple fait de ressentir un sentiment confus au moment de tapoter un message sur un écran tactile, devrait faire de cette lecture un impératif immédiat.</p>
<p style="text-align: justify">Pour revenir à l’ambiance « revue de presse » du début de l’article, on trouvera, dans le même numéro de Chronicart, quelques pistes de réflexion à propos de cet autre dispositif, parfois hybridé avec les iMachins, qu’est Facebook, dont il faudra bien étudier un jour les effets profonds qu’il a sur les subjectivités. Il y a là un territoire d’inquiétude nouveau à explorer. A mi chemin de la paranoïa et de l’adhésion enchantée, en pleine fascination donc, il importe sans doute de l’étudier comme l’homme l’a fait pour chaque nouvel univers qu’il a cherché à investir, car c’est sans doute le premier qui ait des intentions véritables à propos des humains qu’il convie moins à l’occuper et à l&#8217;habiter qu’il ne leur propose de les occuper et de les habiter eux-mêmes. D’une certaine manière, on n’aura peut être jamais été en aussi bonne position pour faire coïncider angoisse et divertissement.</p>
<p style="text-align: justify">Un dernier mot à propos du titre de cet article. Kant avait dit des vérités rationnelles qu&#8217;elles sont anonymes, puisque tout raisonnement correctement mené doit y mener. Ce qui est une <a href="http://www.harrystaut.fr/files/2011/11/apps.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-2075" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/11/apps.jpg" alt="" width="165" height="95" /></a>bénédiction pour la vérité est une véritable plaie pour les titre d&#8217;articles : on en construit un, qu&#8217;on trouve particulièrement habile, on le tape sur Google pour vérifier qu&#8217;on est tellement génial qu&#8217;on est le seul sur terre à en avoir eu l&#8217;idée et, évidemment, on réalise brutalement un commun des mortels parmi plein d&#8217;autres, qui ont eu, déjà, la même idée. On construit alors une rapide idéologie prétendant que de toute façon, vouloir se distinguer comme plus génial que les autres est un narcissisme qu&#8217;il faut dépasser. &laquo;&nbsp;<em>Planet of the apps</em>&nbsp;&raquo; est donc un titre dont je dois reconnaître, après vérification, qu&#8217;il est déjà porté par une émission de CNBC, &laquo;&nbsp;<em>Planet of the Apps, a handheld revolution</em>&laquo;&nbsp;. On n&#8217;ose même pas supposer que les grands esprits se rencontrent&#8230;</p>
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		<title>Aux ignorants les mains pleines</title>
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		<pubDate>Fri, 18 Nov 2011 04:55:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Auteurs]]></category>
		<category><![CDATA[Etudes de textes]]></category>
		<category><![CDATA[Kant]]></category>

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		<description><![CDATA[
Tous les conseils de méthode concernant la dissertation insistent sur ce point : une introduction doit comporter une problématique claire, parce que sans celle ci il n&#8217;y a pas de véritable réflexion mise en oeuvre dans la suite du devoir. Si cette exigende déconcerte un grand nombre de candidats, c&#8217;est qu&#8217;elle leur impose une attitude [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify">Tous les conseils de méthode concernant la dissertation insistent sur ce point : une introduction doit comporter une problématique claire, parce que sans celle ci il n&#8217;y a pas de véritable réflexion mise en oeuvre dans la suite du devoir. Si cette exigende déconcerte un grand nombre de candidats, c&#8217;est qu&#8217;elle leur impose une attitude contraire à ce qui les rassure lors d&#8217;un <a href="http://www.harrystaut.fr/files/2011/11/ignorance-new-best-friend-large-msg-125235605249.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-2067" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/11/ignorance-new-best-friend-large-msg-125235605249.jpg" alt="" width="333" height="487" /></a>examen : l&#8217;aveu d&#8217;une ignorance. Poser un problème, c&#8217;est en effet admettre qu&#8217;on ne sait pas quelque chose, qu&#8217;on devine même que cette connaissance va se heurter à des obstacles majeurs, et que par définition, la question posée n&#8217;est pas de celles qui ont une réponse inscrite quelque part, qu&#8217;il suffirait de connaître afin d&#8217;y répondre correctement. L&#8217;ignorance n&#8217;a donc pas le même sens, et la même valeur, selon qu&#8217;on l&#8217;évoque dans des domaines factuels, qui permettent de mettre tout le monde d&#8217;accord sur une affirmation objective, et dans les domaines où il est nécessaire de se confronter à des problématiques, dont on devine que c&#8217;est précisément le jugement dogmatique qui constituerait une faute première empêchant de cheminer vers la vérité.</p>
<p style="text-align: justify">Le texte de Kant qui suit, qui fait partie des &laquo;&nbsp;grands classiques du répertoire&nbsp;&raquo;, aborde la question de l&#8217;ignorance à partir des éléments qu&#8217;on vient d&#8217;évoquer. Il n&#8217;oppose donc pas, comme on a l&#8217;habitude de le faire, ignorance et savoir, mais montre qu&#8217;au sein même de l&#8217;ignorance, il y a des distinctions plus intéressantes à effectuer. On verra qu&#8217;au delà de ce strict problème touchant aux voies autorisées dans l&#8217;approche de la vérité, cet extrait est aussi une porte d&#8217;entrée intéressante à la pensée générale de Kant.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">&laquo;&nbsp;L&#8217;ignorance peut être ou bien savante, scientifique, ou bien vulgaire. Celui qui voit distinctement les limites de la connaissance, par conséquent le champ de l&#8217;ignorance, à partir d&#8217;où il commence à s&#8217;étendre, par exemple le philosophe qui aperçoit et montre à quoi se limite notre capacité de savoir relatif à la structure de l&#8217;or, faute de données requises à cet effet, est ignorant de façon technique ou savante. Au contraire, celui qui est ignorant sans apercevoir les raisons des limites de l&#8217;ignorance et sans s&#8217;en inquiéter est ignorant de façon non savante. Un tel homme ne sait même pas qu&#8217;il ne sait rien. Car il est impossible d&#8217;avoir la représentation de son ignorance autrement que par la science, tout comme un aveugle ne peut se représenter l&#8217;obscurité avant d&#8217;avoir recouvré la vue. Ainsi la connaissance de notre ignorance suppose que nous ayons la science et du même coup nous rend modeste, alors qu&#8217;au contraire s&#8217;imaginer savoir gonfle la vanité.&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: right;padding-left: 60px">Kant – <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Logique</strong></em></span>, introduction</p>
<p style="text-align: justify"><strong>Entrée en matière</strong></p>
<p style="text-align: justify">Etre écolier, c’est avoir enregistré depuis sa plus tendre enfance que le savoir vaut mieux que l’ignorance. Les cours sont principalement constitués de connaissances à accumuler, dont les devoirs vérifieront qu’elles ont été correctement acquises. Ainsi, dans une vie d’élève, l’ignorance est-elle toujours considérée comme une faute professionnelle, donnant lieu à des sanctions désagréables.<br />
On pourrait déduire de cette expérience quotidienne qu’une valeur suprême devrait être accordée au savoir, quand l’ignorance serait, elle, systématiquement condamnée. Mais une telle valorisation aurait un revers : on pourrait aussi en tirer une règle de comportement consistant à simuler, en toutes circonstances, la connaissance : si l’ignorance est une faute, alors il ne faut jamais s’avouer ignorant et toujours faire mine de savoir afin d’éviter la réprobation générale. Que ce soit dans les conversations privées ou les débats publics, on n’admet jamais qu’on ne sait pas, on se doit de passer pour expert dans le domaine dont on discute, quel qu’il soit, et ce d’autant plus qu’on perd toute autorité si on est pris en flagrant délit d’ignorance au beau milieu de la dispute.<br />
Pourtant on sait bien, tous autant que nous sommes, qu’une telle valorisation absolue du savoir conduit finalement moins à constituer une connaissance véritable, qu’à donner le change aux yeux des autres quant au savoir qu’on est supposé posséder. Et le mieux, souvent, pour être convaincant, c’est de s’être convaincu soi même et de faire preuve de confiance en soi. Ainsi, à trop vouloir valoriser la connaissance contre l’ignorance, on en vient à ne plus pouvoir discerner le savoir véritable d’une connaissance simulée, puisque sur ces beaux principes, nous affirmons avec d’autant plus d’aplomb ce dont nous sommes le plus incertains.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>La distinction essentielle sur laquelle se fonde l&#8217;argumentation de ce texte : </strong></p>
<p style="text-align: justify">Il est possible de saisir de manière plus fine cette question du rôle et de la valeur qu’ont, relativement l’une à l’autre, l’ignorance et le savoir. C’est ce que propose Kant dans cette introduction à sa Logique : distinguer, dans l’ignorance, ce qui est fertile de ce qui est stérile. Or, on va constater, dès les premiers mots, que paradoxalement, l’ignorance stérile est précisément celle qui se fait passer pour une connaissance :</p>
<p style="text-align: justify">Si le texte s’appuie sur une distinction, ce n’est pas celle qui sépare l’ignorance du savoir, mais plutôt celle qui permet de séparer l’ignorance vulgaire de son opposée, l’ignorance savante, ou scientifique. Le passage s’ouvre sur cette distinction, qui va être détaillée dès la deuxième phrase : est ignorant de manière technique, ou savante, ou encore scientifique, celui qui sait qu’il ignore. Il n’y aurait pas, dès lors, d’un côté l’ignorance, et de l’autre le savoir, puisque le savoir semble être constitutif d’une certaine forme d’ignorance. Cela se comprend si on définit le savoir comme ne pouvant jamais être absolu : savoir, c’est être détenteur d’un certain nombre d’informations, tout en étant conscient qu’on ne les possède qu’en quantité limitée, peut être même de manière seulement provisoire. Ainsi, avoir une claire conscience de son propre savoir, c’est accorder à celui-ci non pas une valeur absolue, mais une valeur relativisée par la frange d’ignorance qui le cerne de toute part, qui le déborde et qui le noie parfois.<br />
Lorsque Kant évoque la structure de l’or, il a précisément pour intention de montrer en quoi le scientifique se distingue par son aptitude à avoir conscience de tout ce qu’il ne sait pas. C’est ce qui permet de ne pas le confondre avec l’alchimiste qui, lui, parce qu’il entretient un rapport mystique et intime avec la matière, est persuadé de pouvoir en tirer les substances les plus précieuses en imaginant par exemple transformer le plomb en or. Au 18è siècle, la physique et la chimie expérimentales balbutiantes prennent conscience, parce que leurs connaissances sont limitées, qu’une telle transformation réclamerait une connaissance très intime de ces matières, qui fait alors défaut. « Faute de données requises à cet effet », il faudra admettre que le pouvoir sur l’or est limité, et qu’on ne pourra pas en produire à volonté tant qu’on n’aura pas comblé les lacunes de connaissances. On peut alors parler d’ignorance technique, scientifique, ou savante, qui sait ce qu’elle doit chercher pour progresser.<br />
A l’opposé, donc, se trouve celui qui n’a aucune conscience des limites de son propre savoir, persuadé d’en savoir déjà suffisamment, convaincu qu’il n’y a pas de limites à sa connaissance au-delà desquelles se trouveraient d’autres savoirs qui pourraient le renseigner davantage. Cette ignorance est dès lors d’autant plus solide qu’elle se fait passer pour un savoir absolu, indiscutable aux yeux de celui qui l’avance, celui-ci n’ayant aucune conscience que d’autres savoirs pourraient lui être opposés. C’est bel et bien une ignorance, puisqu’il s’agit objectivement d’un manque de connaissances, mais aux yeux du principal intéressé, il s’agit ni plus ni moins que du seul savoir qui puisse être possédé. N’ayant aucune idée qu’un point de vue extérieur à sa propre connaissance pourrait être envisagé, dénué dès lors de tout sens critique, de toute aptitude à la prise de distance avec ses propres jugements, incapable de réflexion (puisque celle-ci ne s’apparente pas à la simple « pensée », mais réclame d’instaurer un dialogue entre sa propre pensée telle qu’elle est déjà constituée et cette autre pensée, évoluée, qu’elle pourrait devenir en se mettant en mouvement), l’ignorant vulgaire est celui qui a, tout simplement, les idées arrêtées et n’envisage pas de les mettre en mouvement, soit que le projet ne lui vienne pas à l’esprit, soit qu’il se crispe nerveusement sur ses dogmes personnels, dans l’intuition fébrile du danger qu’il y aurait à les fragiliser en les remettant en question (les savoirs les plus fragiles sont ceux qui s’expriment, dans la bouche du dogmatique, de la manière la plus monolithique et la plus définitive, qu’on pense à Einstein affirmant péremptoirement que « Dieu ne joue pas aux dés », refusant par principe d’émettre l’hypothèse que les phénomènes puissent être, ne serait ce qu’en partie, provoqués par une frange de hasard).</p>
<p style="text-align: justify"><strong>La thèse du texte, et la manière dont paradoxalement, on peut connaître l&#8217;ignorance :</strong></p>
<p style="text-align: justify">Ainsi, la thèse du texte de Kant ne réside pas dans la simple distinction entre ces deux formes d’ignorance. Elle consiste plutôt à hiérarchiser les ignorances en donnant ses lettres de noblesse à l’ignorance savante, pour mieux invalider l’ignorance vulgaire. C’est qu’il en va de la possibilité d’établir une progression de la connaissance : si on laisse les aveugles décréter que la lumière n’existe pas sous le prétexte que l’absence du sens de la vue leur interdit de former seulement l’idée de ce que pourrait être la lumière, alors les savoirs seront définitivement figés dans l’état où une culture les transmet, sans possibilité de remise en question, et sans aucune chance dès lors d’intégrer des évolutions pourtant nécessaires.</p>
<p style="text-align: justify">La manière dont Kant évoque l’exemple de l’aveugle est d’ailleurs intéressante, car à strictement parler, elle semble au premier abord ne pas être tout à fait logique : « un aveugle ne peut se représenter l’obscurité avant d’avoir recouvré la vue ». Spontanément, on écrirait plutôt qu’un aveugle ne peut pas se représenter la lumière, puisque c’est ce à quoi il n’a pas accès. A priori, l’obscurité étant son monde, il devrait la connaître à la perfection. Pourtant, Kant semble bien affirmer que c’est l’obscurité qu’il ignore, précisément parce qu’il ne voit pas. C’est donc que ce qu’il veut vraiment établir, c’est que la connaissance ne peut s’établir qu’à la condition de pouvoir envisager la possibilité d’un regard extérieur à elle-même : je ne connais l’obscurité qu’à partir des limites de la lumière. Pareillement, je ne connais ma propre connaissance que si je peux l’observer depuis le territoire de l’ignorance. Et inversement, je ne peux me représenter mon ignorance qu’à la condition de posséder un savoir depuis lequel je pourrai voir « distinctement les limites de la connaissance ». Par cet exemple de l’aveugle qui ne peut pas connaître l’obscurité parce qu’il ne saurait en cerner les limites, parce que pour lui l’obscurité est un absolu qui ne saurait être remis en cause, on comprend beaucoup mieux pourquoi, dès la deuxième phrase de l’extrait Kant définissait le savoir en recourant à un vocabulaire topologique, où il était question de « limites », de « champ », de territoires « à partir d’où commence à s’étendre » un autre territoire : c’est que le savoir ne s’établit pas à partir de lui-même, mais à partir de l’ignorance qui le délimite.</p>
<p style="text-align: justify"><strong>L&#8217;intérêt que présente ce texte pour la compréhension de la démarche générale de la pensée de Kant :</strong></p>
<p style="text-align: justify">Dans la philosophie de Kant, une telle analyse des rapports entre savoir et ignorance est cruciale, car on pourrait considérer que sa pensée toute entière est fondée sur un questionnement à propos de cette délimitation. Pour Kant, la première erreur de celui qui cherche la vérité serait de croire qu’il est possible à l’homme de tout savoir. Son œuvre principale, intitulée « Critique de la Raison pure », se consacre entièrement autour de la première question que doit se poser celui qui s’aventure à philosopher : Que puis-je savoir ? Prendre cette question au sérieux, c’est tout d’abord reconnaître la possibilité qu’on ne soit pas d’ores et déjà omniscient, mais c’est aussi émettre l’hypothèse qu’on ne le sera jamais, que des territoires demeureront à jamais extérieurs à la sphère de la connaissance. Il en va ainsi, pour Kant, de la théologie et de la métaphysique : dans la mesure où ces domaines ne relèvent pas d’une expérience qui permette d’observer des phénomènes à partir desquels s’établira une connaissance, il faudra admettre qu’ils ne peuvent pas faire l’objet d’une connaissance, et qu’ils constituent les territoires de l’espoir, c&#8217;est-à-dire de l’inconnu. C’est une telle distinction des sphères du savoir et de l’ignorance qui autorise Kant à demeurer modeste sur le terrain des affirmations qui, pourtant, font l’objet chez tant d’hommes d’affirmations définitives exprimées sur le ton de l’autorité de celui qui « sait » : l’existence de Dieu, par exemple, pourra d’après Kant, faire légitimement l’objet d’un espoir, mais on devra admettre qu’elle ne fait pas l’objet d’un savoir, d’une connaissance établie. Evidemment, il en va de même de son inexistence. Ainsi, sur la base des distinctions kantiennes, on peut établir cette position qu’on appellera agnosticisme (du grec agnostos qui désigne l’ignorant), qui ne s’affirme ni dogmatiquement théiste, ni tout aussi dogmatiquement athée, pour la simple raison que ce domaine se tient au-delà des limites de la connaissance, ce qui n’interdit nullement la foi, pour peu que celle-ci ne se présente pas comme une connaissance, mais comme un mouvement vers, justement, ce qui n’est pas connu.</p>
<p style="text-align: justify">On pourra, à partir de ce texte, se lancer dans la lecture de passages un peu plus épineux du même auteur, dans lesquels on trouvera quelques repères, puisqu’on aura compris que Kant dresse finalement une carte de la connaissance, établissant les zones explorées, les territoires demeurant à visiter, et ceux qui demeureront définitivement hors d’accès de la Raison humaine :</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">&laquo;&nbsp;Le premier pas dans les choses de la raison pure, pas qui en marque l’enfance, est dogmatique. Le second pas, dont nous venons de parler, est sceptique, et témoigne de la circonspection du jugement averti par l’expérience. Or il faut encore un troisième pas, et il n’incombe de la faire qu’au jugement mûr et adulte qui se fonde sur des maximes fermes et d’une universalité inattaquable: il consiste à soumettre à l’appréciation non pas les faits de la raison, mais la raison même, dans tout son pouvoir et dans toute la capacité qu’elle a de parvenir à des connaissances pures a priori. Ce n’est plus ici la censure, mais la critique de la raison: grâce à cette critique, on ne se contente plus de présumer des bornes de la raison, mais on en démontre, par des principes, les limites déterminées; on ne conjecture pas seulement son ignorance sur tel ou tel point, mais on la prouve relativement à toutes les questions possibles d’une certaine espèce.&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: right;padding-left: 30px">Kant; <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Critique de la raison pure</strong></em></span>, Théorie transcendantale de la méthode</p>
<p style="text-align: justify">On pourra, plus largement lire tout le passage intitulé De l’impossibilité où est la raison pure en désaccord avec elle-même de trouver la paix dans le scepticisme. Cela commence par les mots suivants, que le passage que nous avons étudié éclaire :</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">« La conscience de mon ignorance (si cette ignorance n’est pas en même temps reconnue comme nécessaire), au lieu de mettre fin à mes recherches, est, au contraire, la vraie cause qui les provoque. »</p>
<p style="text-align: justify">On conseille de lire la suite, on y croise en permanence les notions de « bornes » et de « limites », qui seront les différents types de frontières établies par Kant, les unes mobiles, les autres intangibles, entre ignorance et savoir.</p>
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		<title>The Parallax view</title>
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		<pubDate>Fri, 18 Nov 2011 04:19:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Etudes de textes]]></category>
		<category><![CDATA[Russell]]></category>

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		<description><![CDATA[
Si nous sommes habitués à évaluer la valeur des choses selon le critère de leur efficacité, nous pouvons affirmer que les disciplines telles que la philosophie sont par nature déficientes, puisqu&#8217;elles ne semblent pas avoir de mise en pratique immédiate, et qu&#8217;elles n&#8217;atteignent jamais le but qu&#8217;elles semblent s&#8217;être fixées : la certitude définitive de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify">Si nous sommes habitués à évaluer la valeur des choses selon le critère de leur efficacité, nous pouvons affirmer que les disciplines telles que la philosophie sont par nature déficientes, puisqu&#8217;elles ne semblent pas avoir de mise en pratique immédiate, et qu&#8217;elles n&#8217;atteignent jamais le but qu&#8217;elles semblent s&#8217;être fixées : la certitude définitive de la connaissance, la vérité. On <a href="http://www.harrystaut.fr/files/2011/11/russell.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-2064" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/11/russell.jpg" alt="" width="259" height="382" /></a>sait que dans l&#8217;Antiquité, Aristote a déjà montré qu&#8217;on ne peut pas pour autant considérer la spéculation philosophique comme vaine, malgré la gratuité fondamentale des réflexions qu&#8217;elle met en oeuvre, et ce pour la raison que ce désintéressement est en fait la garantie de sa liberté. Au vingtième siècle, Russell reprend la question à la lumière des vingt-quatre siècles de recherche qui le séparent d&#8217;Aristote, afin d&#8217;établir pour de bon quelles peuvent être les raisons qu&#8217;on trouverait à philosopher encore, alors même que, décidément, aucune des questions que la philosophie se posait à l&#8217;origine ne semble avoir trouvé de réponse. Au delà de l&#8217;argument aristotélicien de la liberté, nous allons voir que le passage qui suit s&#8217;appuie sur la puissance paradoxale du doute pour assoir l&#8217;autorité des disciplines qui le pratiquent, au premier rang desquelles on trouve la philosophie.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">&laquo;&nbsp;La valeur de la philosophie doit être cherchée pour une bonne part dans son incertitude même. Celui qui n&#8217;a aucune teinture de philosophie traverse l&#8217;existence, emprisonné dans les préjugés qui lui viennent du sens commun, des croyances habituelles à son temps et à son pays, et des convictions qui se sont développées en lui sans la coopération ni le consentement de sa raison. Pour un tel individu, le monde est sujet à paraître précis, fini, évident; les objets habituels ne lui posent aucune question et les possibilités non familières sont dédaigneusement rejetées. Dès que nous commençons à philosopher, au contraire, nous trouvons que même les choses les plus ordinaires de la vie quotidienne conduisent à des problèmes auxquels nous ne pouvons donner que des réponses très incomplètes. La philosophie, bien qu&#8217;elle ne soit pas en mesure de nous dire avec certitude quelle est la vraie réponse aux doutes qu&#8217;elle élève, peut néanmoins suggérer diverses possibilités qui élargissent le champ de nos pensées et les délivrent de la tyrannie de la coutume. Tout en diminuant notre certitude à l&#8217;égard de ce que sont les choses, elle augmente beaucoup notre connaissance à l&#8217;égard de ce qu&#8217;elles peuvent être ; elle repousse le dogmatisme quelque peu arrogant de ceux qui n&#8217;ont jamais pénétré dans la région du doute libérateur et garde vivace notre sens de l&#8217;étonnement en nous montrant les choses familières sous un aspect non familier&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: right;padding-left: 30px">Bertrand RUSSELL,<span style="text-decoration: underline"><em><strong> The Problems of Philosophy</strong></em></span>,1912, Oxford University Press, Londres, chap. 15, trad. L. L. Grateloup.</p>
<p style="text-align: justify">1 – Les insuffisances de l’opinion</p>
<p style="text-align: justify">C’est dès la première partie du texte que Russell évoque l’opinion, sans d’ailleurs la nommer ainsi. Il recourt en effet à un terme proche, puisqu’il parle de « préjugés », qui désigne ces jugements qu’on effectue avant même d’avoir mené la réflexion qui permettrait de les constituer de façon légitime. Ca ne signifie pas que ces opinions soient en elles mêmes des erreurs, là n’est pas tout à fait la question : ce qu’on peut reprocher au préjugé, c’est que même s’il est pertinent, celui qui en est le porteur ne sait pas pourquoi il l’est, puisqu’il y adhère sur la base d’une justification extérieure à lui-même : la faculté qui valide ce propos est le « sens commun », c&#8217;est-à-dire un bon sens qui n’est pas intérieur à celui qui ne fait que reprendre un propos qui fait partie des « croyances habituelles à son temps », des coutumes de son groupe social, à tel point qu’il n’a pas eu besoin d’y penser lui-même. Ainsi, le préjugé est ce genre de jugement qui est caractérisé avant tout par l’hétéronomie, puisqu’il consiste à se soumettre à l’autorité de la pensée ambiante, sans mener par soi même, de manière autonome, la réflexion permettant de valider le propos qu’on va tenir.<br />
Si on voulait l’illustrer, on pourrait se demander, ainsi, comment tant d’élèves peuvent adhérer à la fameuse légende urbaine selon laquelle un élève, un jour, aurait obtenu un 20/20 à une épreuve de dissertation dont le sujet aurait été « Qu’est ce que le courage ? », question à laquelle l’élève aurait cru bon de répondre par une démarche soi-disant courageuse consistant à se contenter d’un « Le courage, c’est ça : », laissant la copie presque blanche témoigner de son mépris pour le danger, un peu comme on prouve le mouvement en marchant. La seule raison pour laquelle on puisse colporter une telle opinion, affirmant même parfois qu’on connait celui qui connait celui qui a fait ça, c’est qu’on l’a entendu dire. A strictement parler, personne en particulier ne pense ça, et on ne connait pas l’auteur d’un tel conte de fée. « On » pense que c’est arrivé, et « on » est en fait trop heureux que ça ait pu arriver pour se demander si cette histoire tient debout : quelle discipline proposerait un tel sujet ? Quel danger y aurait-il à obtenir 20/20 qui justifierait que cet acte réclame un quelconque courage ? Quel professeur noterait ainsi au mépris de tous les critères d’évaluation en vigueur ? Autant d’étapes de l’enquête mentale à effectuer qu’on ne met pas en œuvre, trop content de pouvoir aller directement à la conclusion, trop heureux d’être convaincu par avance « sans la coopération ni le consentement de sa raison ».<br />
L’opinion est dès lors un jugement effectué, un propos tenu, sans véritable connaissance de l’objet sur lequel il porte. Les opinions, assemblées entre elles forment une vision globale du monde, qui parait dès lors maîtrisé, puisqu’il semble être connu. On comprend, sur la base des analyses de Russell, qu’il ne s’agit en fait que d’une illusion.</p>
<p style="text-align: justify">2 – La raison pour laquelle la philosophie est, par essence, limitée</p>
<p style="text-align: justify">Dans la seconde partie de cet extrait, Russell s’intéresse justement à l’attitude diamétralement opposée aux mécanismes automatiques de l’opinion : la démarche philosophique. On pourrait imaginer qu’un philosophe présente sa propre démarche en mettant en avant les réussites qu’elle autorise. C’est la manière habituelle de juger des choses, en s’appuyant sur les résultats qu’elles autorisent. Pourtant, son argumentation est exactement inverse : dès la première phrase établissant la pratique philosophique, il prononce l’inaptitude de cette discipline à apporter des réponses complètes aux questions qu’elle pose. On pourrait en déduire que l’opposition entre l’opinion et la philosophie ne réside pas seulement dans la nature des réponses que l’une et l’autre apportent, mais dans la valeur que l’une et l’autre accordent aux réponses : si dans l’opinion, ce qui importe, c’est la réponse, à tel point qu’on saute par-dessus l’étape de questionnement, de problématisation, préférant aller directement à la solution de problèmes dont on n’a même pas idée qu’ils pourraient se poser, en philosophie, toute l’attention est portée aux problèmes, au questionnement, parce qu’on semble savoir à l’avance que ces interrogations sont éternelles, ne connaîtront jamais de réponse pouvant être considérée comme dogme définitif. On comprend alors pourquoi Kant affirmait qu’on ne peut pas apprendre la philosophie, et qu’on ne pouvait qu’apprendre à philosopher, cette discipline n’étant pas caractérisée par un ensemble de connaissances qui puisse faire consensus. En ce sens, on peut dire qu’il n’y a pas d’opinion philosophique.<br />
Un point doit être ajouté : pour autant, la philosophie ne s’attaque pas à des objets spécifiques, qui relèveraient d’une culture interne à elle-même, ne concernant que les philosophes de « métier ». Au contraire, ce sont « les choses les plus ordinaires de la vie quotidienne » qui mènent à ces problèmes. Souvenons nous par exemple de ce passage des Pensées de Pascal, dans lequel celui-ci décrit l’homme comme égaré dans un monde dont il ne connait pas la nature, ignorant comment il y a été jeté, ne sachant pas ce qu’il est venu y faire, la façon dont il est censé se comporter. Une telle réflexion nait dans cette impression accessible à chacun de n’être pas « d’ici », et de n’avoir rien de particulier à y faire si ce n’est subir le fait accompli devant lequel on se trouve, de devoir vivre sans l’avoir demandé. Que celui qui a lu Pascal tire les conséquences de sa lecture et demande autour de lui qu’on cesse toute activité tant qu’on ne sera pas consacré ne serait ce qu’un moment à cette question simple « Qu’est ce qu’on fait là ? », et il pourra mesurer à quel point la manière dont il regarde le monde dans ce qu’il a de plus simple (le simple fait « d’être là ») relève pour son entourage d’une évidence tellement profondément ancrée qu’elle permettra de rejeter son questionnement avec le dédain de ceux qui savent qu’il ne faut pas remettre en question les « objets habituels », et qu’on n’est jamais gagnant à accorder de l’attention aux « possibilités non familières », puisqu’elles effritent la belle certitude dans laquelle on s’est installé, bien qu’on n’ait aucune idée des fondements sur lesquels celle-ci est bâtie.<br />
Ainsi, si on veut synthétiser la limite qui caractérise la philosophie d’après Russell, on peut dire qu’il s’agit de son scepticisme, c&#8217;est-à-dire de son inaptitude à apporter des réponses aux questions qu’elle pose. On va maintenant voir qu’il ne s’agit néanmoins pas d’une critique, puisqu’au contraire, c’est ce qui va constituer l’essence même de cette discipline, et le fondement de la valeur qu’on peut lui reconnaître.</p>
<p style="text-align: justify">3 – Et pourtant, la philosophie ne peut pas être considérée comme vaine.</p>
<p style="text-align: justify">En effet, si on a pris l’habitude de considérer tout ce qui est inutile, ou inefficace comme n’ayant pas de valeur, c’est qu’on adhère facilement à l’opinion « ambiante » de la performance, de l’efficacité et de l’utilité comme seuls critères d’évaluation pertinents. On peut se mettre d’accord sur le fait que s’il s’agit d’évaluer la philosophie selon ces critères, alors effectivement elle ne vaut pas grand-chose. Mais Russell va pourtant renverser la logique de l’opinion majoritaire, pour émettre l’hypothèse inverse : la valeur de la philosophie viendrait de son inaptitude même à correspondre au critère habituel de l’efficacité. Pour le comprendre, il est nécessaire d’analyser le concept central sur lequel il appuie son raisonnement : le doute. Dans l’esprit commun, dans l’opinion publique, le doute est assimilé à une hésitation. Or il est de notoriété publique qu’hésiter, c’est tergiverser et que c’est autant de temps perdu face à la nécessité d’agir. Le problème d’une telle idéologie mettant l’action en avant, et reléguant la réflexion au second plan, c’est qu’elle valide l’idée selon laquelle ce qui importe, c’est d’agir, même si on ne sait pas très bien pour quelles raisons on le fait. Il faut reconnaître qu’il est difficile de remettre en question une telle position, puisque l’action ne se présente jamais comme insensée, dans la mesure où elle s’appuie toujours sur l’opinion ; mais on sait maintenant ce qu’il faut penser de celle-ci. Dès lors, on peut se mettre ici d’accord sur le fait que l’action non réfléchie relève d’un simple automatisme, et qu’à strictement parler, celui qui agit en se contentant de se conformer aux coutumes locales, aux manières de faire telles qu’elles se constatent dans son environnement, ne sait tout simplement pas ce qu’il fait ; et si, comme on le supposait plus haut, on a lu Pascal, on sait bien que ce genre d’automatisme dans l’action relève moins de l’adhésion consciente et réfléchie à un modèle de compréhension du monde qu’à une simple tendance spontanée chez nous à échapper aux interrogations fondamentales en nous jetant à corps (et à esprit) perdu dans le divertissement, étant entendu que celui-ci se présente toujours comme étant l’activité la plus sérieuse du monde (la philosophie n’échappant pas, elle-même, à ce principe, Pascal n’en était pas dupe quand il rappelait que la véritable philosophie doit se moquer de la philosophie (c&#8217;est-à-dire de la philosophie pratiquée comme un simple divertissement)).<br />
La philosophie revendique donc son inefficacité à donner des réponses. Elle peut cependant mettre en avant son talent pour poser des questions. Or, pour Russell, il y a une richesse dans cette aptitude, même si celle-ci est secrète : en n’adhérant pas spontanément aux discours ambiants, le philosophe permet d’émettre l’hypothèse que d’autres discours puissent être tenus. C’est d’ailleurs ce qui le rapproche du scientifique qui, en tant que chercheur, n’a de cesse de fureter intellectuellement dans des hypothèses tellement nouvelles que la construction d’une nouvelle théorie scientifique semble toujours, aux yeux de ceux qui s’en tiennent à la simple opinion, relever de la science fiction (qu’on lise, pour s’en convaincre, l’introduction de l’ouvrage de Richard Dawkins, le Gène égoïste, et on comprendra ce qu’on veut dire ici). Ainsi, tout apprenti philosophe sait que, par exemple, s’attaquer philosophiquement à la question, commune, de la liberté (qui ne revendique pas, spontanément, son « droit » à être libre ?), c’est très rapidement prendre conscience que la définition habituelle de la liberté selon laquelle on serait libre quand on ne subirait aucune contrainte est nécessairement fausse, et qu’on est moins libre quand on fait ce qu’on veut, que lorsqu’on veut ce qu’on fait. Une telle remise en question n’est ni commode, ni pratique, ni efficace. On n’est pas plus performant, dans l’ordre social qui est le nôtre, lorsqu’on se lance dans de telles spéculations. Pourtant, on pourrait dire que si l’être humain a une valeur spécifique dans l’ordre de la nature, c’est précisément parce qu’il est capable de se lancer dans des méditations qui ne visent pas uniquement l’efficacité et l’action, mais qu’il cherche à savoir, pour savoir.<br />
Revenons maintenant au doute : si on pense facilement qu’il est un handicap pour l’action, qu’il est ce luxe que l’animal, lui, ne se paie pas, parce qu’il en va de sa survie, il est en revanche le moment premier de ce qui caractérise l’être humain : la réflexion. On n’a pas besoin de cette aptitude pour avoir une opinion, puisque celle-ci consiste seulement à opter pour une possibilité parmi d’autres, sans même avoir besoin de savoir que les autres existent (le lion opte pour la viande sans savoir qu’on peut manger des fruits et légumes). Mais tant qu’on en reste à l’opinion, on est mené par des automatismes qui empêchent d’être véritablement l’auteur de ses pensées, ainsi que finalement, de ses actes. Ce qu’on gagne en intégration sociale, on le perd en autonomie et, donc, en liberté, puisque celle-ci ne peut pas être réduite au simple fait de faire ce que l’opinion ambiante attend de nous. Il y a donc quelque chose de profondément libérateur dans le doute, et ce sur deux plans : tout d’abord, il permet de s’arracher aux erreurs communes (toutes les grandes découvertes naissent au moment où un penseur autonome se dit « et si… ? », devant le regard amusé de ses contemporains, qui croient pouvoir dédaigner celui qui remet en question l’évidence commune (la terre est plate, bien entendu, et l’imaginer ronde, c’est remettre en question, bêtement, l’évidence…). A ce titre le doute permet de regarder les choses non pas telles qu’on les voit déjà, mais telles qu’elles pourraient devenir si on portait sur elles un regard nouveau ; il fait émerger de nouvelles possibilités, du simple fait qu’il explore le monde sous un nouvel angle. Ensuite, le doute est libérateur justement parce qu’il permet de sortir de la seule logique de l’action efficace, qui est un dogme comme un autre. Tous ceux qui s’agitent dans un activisme effréné, en quête permanente de « performance », cherchant à acquérir cette voiture qui met deux dixièmes de seconde de moins que telle autre à faire le 0 à 100 km/h, souhaitant soulever cinq kilos de fonte de plus, à avoir lu l’œuvre complète de tel auteur, à être premier de la classe, ou premier acquéreur de tel nouveau gadget lancé sur le marché, seraient bien incapables d’expliquer sur quoi ce fonde cette frénésie. S’en éloigner, prendre du recul par rapport à l’agitation collective, c’est déjà se libérer, ne serait ce que parce que cela permet d’échapper à la conception vide, et vaine, d’une liberté qui ne se définirait que par l’augmentation permanente de son potentiel d’action, alors même que celui tourne à vide dans la répétition des mêmes motifs de comportement. N’agir que par conformisme avec la coutume ou les usages du moment, c’est se soumettre à la tyrannie de l’opinion, en prenant garde de s’interdire soi même de penser afin de ne surtout pas émettre l’hypothèse que ce qu’on appelle « liberté » consiste en fait en un abandon de toute aptitude à la délibération autonome, en une soumission en somme.</p>
<p style="text-align: justify">C’est pour cette raison que le scepticisme momentané du philosophe parait, aux yeux de Russell, préférable au dogmatisme arrogant de ceux qui, depuis le confort facile de leurs idées arrêtées, se croient autorisés à mépriser celui qui se met entre parenthèses de l’agitation commune et se retire pour méditer. Depuis l’Antiquité, les philosophes savent que ceux qui semblent avoir « la tête ailleurs » font volontiers l’objet des railleries des autres. Platon évoque cela lorsqu’il raconte l’épisode dans le Théétète, l’épisode suivant :</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">« L&#8217;exemple de Thalès te le fera comprendre, Théodore. Il observait les astres et, comme il avait les yeux au ciel, il tomba dans un puits. Une servante de Thrace, fine et spirituelle, le railla, dit-on, en disant qu&#8217;il s&#8217;évertuait à savoir ce qui se passait dans le ciel, et qu&#8217;il ne prenait pas garde à ce qui était devant lui et à ses pieds. La même plaisanterie s&#8217;applique à tous ceux qui passent leur vie à philosopher. Il est certain, en effet, qu&#8217;un tel homme ne connaît ni proche, ni voisin ; il ne sait pas ce qu&#8217;ils font, sait à peine si ce sont des hommes ou des créatures d&#8217;une autre espèce ; mais qu&#8217;est-ce que peut être l&#8217;homme et qu&#8217;est-ce qu&#8217;une telle nature doit faire ou supporter qui la distingue des autres êtres, voilà ce qu&#8217;il cherche et prend peine à découvrir. »</p>
<p style="text-align: right;padding-left: 30px">Platon – <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Théétète</strong></em></span></p>
<p style="text-align: justify">On peut en conclure qu’on peut, certes, vivre sans accorder la moindre attention à cette sphère de la pensée dans laquelle il n’y a pas de rentabilité promise, pas de perspective de retour sur investissement. Mais on doit constater que demeurer dans l’opinion, c’est être rentier d’une pensée qu’on n’a pas soi même constituée, et à laquelle on ne saurait soi même donner raison. La philosophie est alors, dans son sens le plus large, intégrant à son principe la recherche scientifique aussi bien que les quêtes artistique, ou amoureuse, cette attitude qui autorise l’homme à envisager le monde et sa propre manière de s’y tenir sous des éclairages nouveaux, simplement parce que la conscience a émergé que l’éclairage habituel ne semble lumineux que parce qu’on ne connait que lui, et qu’on n’a pas encore pris la peine d’en concevoir d’autres, ce qui réclame, tout d’abord, d’accepter d’être plongé, ne serait ce qu’un instant, dans l’obscurité. C’est à ce prix qu’on pourra espérer non pas atteindre une connaissance philosophique déjà établie, qui permettrait d’être en possession d’un regard juste sur le monde, mais qu’on pourra prétendre avoir cette certaine « teinture de philosophie » qui permet de voir le monde sous un autre jour, et de « traverser l’existence » sans se contenter d’être simplement passager d’une trajectoire dont on serait le spectateur « bon public », inapte cependant à en prendre, ne serait ce qu’un instant, les rênes.</p>
<p style="text-align: justify">NB : Le titre de l&#8217;article peut sembler mystérieux. Il n&#8217;est en fait qu&#8217;une allusion un peu lointaine à un polar de Alan J. Pakula, <span style="text-decoration: underline"><em><strong>the Parallax View</strong></em></span> (1974), dont le scenario permettrait de le rapprocher de films tels que<span style="text-decoration: underline"><em><strong>J.F.K.</strong></em></span>, d&#8217;Oliver Stone (1991), ou de <span style="text-decoration: underline"><em><strong>I comme Icare</strong></em></span> de Verneuil (1979), et dont le titre évoque aussi bien un phénomène de décalage optique dont les tireurs d&#8217;élite doivent tenir compte quand ils utilisent une lunette de tir, que le simple fait de parfois prendre une chose pour une autre. Cette &laquo;&nbsp;vision décalée&nbsp;&raquo; semble être un des aspects marquants du regard que la philosophie porte sur les choses, à partir duquel ceux qui la connaissent mal ont tendance à la critiquer, alors même qu&#8217;elle constitue en réalité une des principales raisons de sa valeur. Autant dire que le titre français de ce film (<em>A cause d&#8217;un assassinat</em>) n&#8217;a pas tout à fait la même puissance d&#8217;évocation.</p>
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		<title>Manhattan Transfer</title>
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		<pubDate>Tue, 11 Oct 2011 22:06:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Bonus]]></category>
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		<description><![CDATA[
En 2010, l’équipe qui publiait le défunt journal Gasface mettait en ligne une mini-série consacrée à la culture Hip hop telle qu’on peut la voir vivre dans le quadrillage régulier des rues de New-York. Ceux qui sont capables de juger de ce genre de choses (c&#8217;est-à-dire, en partie, des new-yorkais et des personnes impliquées dans [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify">En 2010, l’équipe qui publiait le défunt journal <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Gasface</strong></em></span> mettait en ligne une mini-série consacrée à la culture Hip hop telle qu’on peut la voir vivre dans le quadrillage régulier des rues de New-York. Ceux qui sont capables de juger de ce genre de choses (c&#8217;est-à-dire, en partie, des new-yorkais et des personnes impliquées dans ce mouvement) reconnurent vite en New-York Minute un « hip hop guide to <a href="http://www.harrystaut.fr/files/2011/10/new-york-minute-presentation-documentaire-eve-L-11.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-2054" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/10/new-york-minute-presentation-documentaire-eve-L-11.jpg" alt="" width="308" height="433" /></a>the fast life », un hommage à la vie pressée de la grande pomme dont la forme rapide, mais tranquille, correspondait parfaitement à l’objet, une errance attentive aux rencontres, aux lignes de force qui traversent de part en part la mégapole et unit, par delà les blocs, ceux qui sont autant de pierres d’angle d’une culture en croissance, d’une vision du monde, puisque cette ville là est, telle une Babylone actuelle, une réduction, sur un même territoire, du monde entier ; frontières comprises.</p>
<p style="text-align: justify">Voyant trop souvent cette culture revendiquée en classe, mais non connue (comme bien d’autres cultures, d’ailleurs, qui sont d’autant plus mises en avant qu’elles échappent presque totalement à ceux qui veulent en être les hérauts), je me décide à mettre en ligne, de temps en temps, des documents pouvant positionner quelques bornes, des carrefours sur lesquels figureraient un ou deux panneaux indicateurs, quelques repères afin de constituer une cartographie intellectuelle, une culture en somme, sans sombrer dans la démagogie qui consisterait à enfermer les élèves dans les eaux culturelles dans lesquelles ils baignent déjà, particulièrement dans un « lycée de banlieue » qu’on associe trop souvent (et où les élèves eux-mêmes s’associent excessivement) aux cultures urbaines.</p>
<p style="text-align: justify">Evidemment, on erre un peu dans les marges, à la manière dont, chez Kubrick, on se laisse porter par le courant urbain, les yeux grand fermés à travers New-York, à ceci près que dans New-York Minute, l’ambiance est moins feutrée, on s’éloigne des beaux quartiers, le danger est plus proche même s’il reste contenu, les acteurs de ce mouvement étant parfois issus de la violence, mais l’ayant cependant dépassée pour l’investir dans la création de formes ; si on y pense, c’est bel et bien ainsi que se forment les cultures.</p>
<p style="text-align: justify">Six épisodes, donc :</p>
<p style="text-align: justify">#101 - Midnight Marauder</p>
<p style="text-align: justify"><p><a href="http://www.harrystaut.fr/2011/10/manhattan-transfer/"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a></p></p>
<p style="text-align: justify">#102 - The Magic Number</p>
<p style="text-align: justify"><p><a href="http://www.harrystaut.fr/2011/10/manhattan-transfer/"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a></p></p>
<p style="text-align: justify">#103 - Land of Dream</p>
<p style="text-align: justify"><p><a href="http://www.harrystaut.fr/2011/10/manhattan-transfer/"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a></p></p>
<p style="text-align: justify">#104 - Night Nurse</p>
<p style="text-align: justify"><p><a href="http://www.harrystaut.fr/2011/10/manhattan-transfer/"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a></p></p>
<p style="text-align: justify">#105 - Lost Generation</p>
<p style="text-align: justify"><p><a href="http://www.harrystaut.fr/2011/10/manhattan-transfer/"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a></p></p>
<p style="text-align: justify">#106 - Fast Life</p>
<p style="text-align: justify"><p><a href="http://www.harrystaut.fr/2011/10/manhattan-transfer/"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a></p></p>
<p style="text-align: justify">Le site général, présentant les six films ainsi que des compléments audio, textes, et video, se trouve à cette adresse : <a href="http://nyminute.arte.tv/fr/map/" target="_blank">http://nyminute.arte.tv/fr/map/</a></p>
<p style="text-align: justify">Pour aller directement aux films, sur le site même d&#8217;Arte, c&#8217;est par ici que ça se passe : <a href="http://nyminute.arte.tv/fr/serie/" target="_blank">http://nyminute.arte.tv/fr/serie/</a></p>
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		<title>DupliCité</title>
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		<pubDate>Mon, 10 Oct 2011 14:33:29 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualité]]></category>
		<category><![CDATA[Art]]></category>
		<category><![CDATA[Bonus]]></category>
		<category><![CDATA[Deadlines]]></category>
		<category><![CDATA[Photographie]]></category>

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		<description><![CDATA[
Jean-Pierre ATTAL
2001-2011 &#8211; 10 ans de recherche
15 septembre au 15 octobre 2011
galerieolivierwaltman
Paris &#124; Miami
74, rue Mazarine 75006 Paris
galeriewaltman.com t : + 33 1 43 54 76 14
contact : Olivier Waltman/ Mathias Coullaud
http://www.galeriewaltman.com/menu.html
ouvert du lundi au samedi de 10h30 à 19h30
Depuis 2004, une proportion non négligeable d’élèves de terminale, en filière générale, utilise au quotidien un [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: right">Jean-Pierre ATTAL<br />
2001-2011 &#8211; 10 ans de recherche<br />
15 septembre au 15 octobre 2011</p>
<p style="text-align: right">galerieolivierwaltman<br />
Paris | Miami<br />
74, rue Mazarine 75006 Paris<br />
galeriewaltman.com t : + 33 1 43 54 76 14<br />
contact : Olivier Waltman/ Mathias Coullaud<br />
<a href="http://www.galeriewaltman.com/menu.html" target="_blank">http://www.galeriewaltman.com/menu.html<br />
</a>ouvert du lundi au samedi de 10h30 à 19h30</p>
<p style="text-align: justify"><a href="http://www.harrystaut.fr/files/2011/10/labyrinthe3.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-2048" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/10/labyrinthe3.jpg" alt="" width="494" height="201" /></a>Depuis 2004, une proportion non négligeable d’élèves de terminale, en filière générale, utilise au quotidien un manuel de philosophie (le &laquo;&nbsp;<em>Hatier</em>&laquo;&nbsp;, réalisé sous la coordination de Michel Delattre et Chantal Demonque) dont la couverture un peu hypnotique est illustrée par une photographie de Jean-Pierre Attal, intitulée <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Labyrinthe</strong></em></span> (2004).</p>
<p style="text-align: justify">Jusqu’au 15 Octobre, ces élèves seront peut être heureux de pouvoir redécouvrir la couverture de leur manuel accrochée, dans un format bien plus respectueux du tirage originel, sur lesmurs de la galerie Olivier Waltman, à Paris.</p>
<p style="text-align: justify">Le travail de Jean-Pierre Attal s’occupe des territoires qui servent de théâtre à nos opérations financières : façades d’immeubles de bureaux, banlieues pavillonnaires, grilles urbaines quadrillant comme sur un repère orthonormé la place de chacun la superficie à laquelle on peut prétendre, les amas qu’il faut bien accepter d’intégrer, comme le feraient, au sein de leurs alvéoles, des abeilles. Les photographies d’Attal pourraient tout à fait évoquer l’insociable sociabilité des hommes telle que Kant la décrit : cette nécessité dans laquelle ils sont de s’associer, tout en aspirant à la solitude. Les open-spaces soigneusement délimités, sans être pour autant cloisonnés, témoignent de cette double nécessité, dès lors qu’elle se plie aux lois du management qui semblent ne conserver du projet de co-développement humain que la rationalisation technique. Le monde fixé par Attal est hyper rationnel. Il n’est d’ailleurs pas naturel puisqu’un travail numérique de duplication, de juxtaposition de cases saisies individuellement produit ce monde à la manière dont lui-même produit les biens et les services qu’il répand, à la chaine, sur les marchés. Pour autant, de cette interaction humaine poussée à la pointe de sa rentabilité, il n’émane aucune humanité. L’homme en semble étrangement absent, tout comme les œuvres sembleraient pouvoir être le fruit d’une production mécanisée, infomatique.</p>
<p style="text-align: justify">Il est intéressant qu’une couverture de manuel de philosophie donne à voir l’encadrement contre lequel la philosophie elle-même pourrait être un des outils d’émancipation.</p>
<p style="text-align: justify">On peut donc, jusqu’au 15 Octobre 2011, aller se perdre dans le dédale de nos propres superstructures.</p>
<p style="text-align: justify">Le dossier de presse de l&#8217;exposition est consultable ici : <a href="http://www.galeriewaltman.com/comunnique-de-presse/Communique_de_presse_Attal-%20septembre-octobre_2011.pdf" target="_blank">Communique_de_presse_Attal-20septembre-octobre_2011.pdf</a></p>
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		<title>Forclusion</title>
		<link>http://www.harrystaut.fr/2011/09/forclusion/</link>
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		<pubDate>Mon, 26 Sep 2011 17:33:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[24 fois la vérité par seconde]]></category>
		<category><![CDATA[Bonus]]></category>

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		<description><![CDATA[
&#171;&#160;Il est impossible de surestimer l&#8217;impact de la science fiction
sur la culture contemporaine, une culture qui se perçoit
comme étant elle-même de la science-fiction&#160;&#187;
Scott Bukatman,
Terminal identity. The Virtual Subject in Postmodern Science Fiction, 1993, p. 6
&#171;&#160; La plupart des mortels, Paulinus, se plaignent de l’injuste rigueur de la nature, de ce que nous naissons pour une vie si [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: right">&laquo;&nbsp;<em>Il est impossible de surestimer l&#8217;impact de la science fiction<br />
sur la culture contemporaine, une culture qui se perçoit<br />
comme étant elle-même de la science-fiction</em>&nbsp;&raquo;<br />
Scott Bukatman,<br />
<span style="text-decoration: underline"><strong><em>Terminal identity. The Virtual Subject in Postmodern Science Fiction</em></strong></span>, 1993, p. 6</p>
<p style="text-align: justify">&laquo;&nbsp; <em>La plupart des mortels, Paulinus, se plaignent de l’injuste rigueur de la nature, de ce que nous naissons pour une vie si courte, de ce que la mesure du temps qui nous est donnée fuit avec tant de vitesse, tant de rapidité qu’à l’exception d’un très petit nombre, la vie délaisse le reste des hommes, au moment même où ils s’apprêtaient à vivre</em>.&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: justify">Ainsi commence le <span style="text-decoration: underline"><em><strong>De Vita brevis</strong></em></span>, le traité que Sénèque consacre à la brièveté supposée de la vie. Ainsi commence, en fait, tout questionnement philosophique, si on veut bien suivre cette idée, déjà croisée chez Camus et Pascal, que seule notre finitude doit vraiment nous importer, le reste n’étant que sujet de divertissement auquel on s’attacherait, précisément, pour <a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/forclusion/never-let-me-go-poster/" rel="attachment wp-att-2021"><img class="alignright size-medium wp-image-2021" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/09/never-let-me-go-poster-203x300.jpg" alt="" width="203" height="300" /></a>éviter de devoir se confronter à la seule question qui vaille : celle de l’impact que doit avoir sur notre vie la conscience de notre mort prochaine.</p>
<p style="text-align: justify">Si on aborde aujourd’hui la philosophie de manière plus distanciée, dédaignant même parfois ces questionnements trop existentiels, il faut avoir en tête que ce sont là des inquiétudes qui motivèrent l’enfance de la philosophie, tout comme elles sont en germe dans l’enfance de tout homme, d’ailleurs.</p>
<p style="text-align: justify">Confronter l’homme avec sa fin prochaine, c’est immédiatement retourner la perspective vers laquelle il est tourné, comme si l’essentiel de sa vie était derrière lui, et non plus devant, comme si soudainement, c’était à l’aune de ce qui a déjà été vécu qu’il fallait juger cette existence, et non plus sur la base de ce qu’on peut encore espérer de ce qu’il y a encore à vivre. C’est que du passé et de l’avenir le second est le plus incertain, et au moment de reprendre conscience de notre manque d’éternité, on semble considérer l’existence en usant du dicton « un ‘tiens’ vaut mieux que deux ‘tu l’auras’ ».</p>
<p style="text-align: justify">Dès lors, imagine l’existence plus courte qu’elle ne devrait l’être, c’est une manière non pas de l’abréger par dépit, mais au contraire de reprendre le contrôle sur la fuite du temps, de telle sorte que, finalement, on réalise que ce n’est pas la vie qui est trop courte, mais l’usage que nous avons du temps qui est inutilement dépensier. Tel est le point de départ de Sénèque dans son traité : « <em>Nous n’avons pas reçu une vie courte, c’est nous qui l’avons rendue telle : nous ne sommes pas indigents, mais prodigues. D’immenses, de royales richesses, échues à un maître vicieux, sont dissipées en un instant, tandis qu’une fortune modique, confiée à un gardien économe, s’accroît par l’usage qu’il en fait : ainsi notre vie a beaucoup d’étendue pour qui sait en disposer sagement.</em> »</p>
<p style="text-align: justify">Ce pourraient être, mot pour mot, les termes de la méditation finale du film <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Never let me go</strong></em></span>. Son encore jeune héroïne, Kathy, ayant déjà éprouvé cette mort des autres, qui est pire que notre propre disparition, cette mort que même les conseils épicuriens ne peuvent rendre moins douloureuse, puisqu’on demeure là à devoir la vivre, inscrite pour de bon dans notre expérience la plus présente, Kathy, donc, se retrouve là où elle a pris l&#8217;habitude de se réfugier, là où elle recolle les morceaux, si on veut, récupérant tant bien que mal les éléments épars de sa propre vie. Un arbre au bord d’une route isolée, loin de tout semble t-il, le long d’une clôture en barbelés sur laquelle viennent s’accrocher les déchets de la vie alentour, jetés là par le vent. Devant cette frontière infranchissable, au-delà de laquelle tout ce qui ne s’accroche pas est perdu à jamais, elle constate qu’au point où elle en est, aussi près qu’on puisse être de cette limite, elle ne peut regarder qu’en arrière. Mais comme, finalement, elle a très tôt eu le sentiment de vivre au bord de ce précipice, dans la pleine conscience de cette brièveté, comme en sursis, elle sait qu’elle n’a jamais vraiment regardé loin devant, qu’elle n’a jamais fait de plans sur la comète, développant plutôt, dans sa vie artificiellement progériaque, une sorte de marche à reculons dans laquelle il s’agirait de ne laisser filer que ce qui ne peut décidément pas être retenu, et d&#8217;accompagner ce dont, nécessairement, on sera séparé. Peu à peu elle aura lâché prise sur tout ce qui était destiné à passer, y compris elle-même.</p>
<p style="text-align: justify">De ce film, on retiendrait volontiers que Carey Mulligan semble être la déesse de la nostalgie. Il est même rare d’être confronté à une présence simultanément si forte, et si discrète. Le film lui doit beaucoup à elle, ainsi qu’à Andrew Garfield, qui porte le rôle de Tommy, exactement là où est censé se tenir ce personnage, à mi chemin de la conscience et de l’hébétude devant ce qui s’impose, malgré les tentatives d’échapper à ce qui s’avance à grands pas : il va falloir en finir.</p>
<p style="text-align: justify">On n’en dira pas trop sur l’intrigue de ce film, pour ne pas dévoiler le mécanisme qui l’anime. On précisera néanmoins que c’est un peu comme une boite à musique aux rouages délicats. Le film avance pas à pas, très discrètement, tellement discrètement même que par moments on peut se demander s’il avance encore. Mais comme tout est ici affaire de dilatation du temps, de rapports différenciés à l’écoulement du temps de la vie, il est important qu’on ait le vague sentiment que le film prend excessivement son temps, qu’il s’attarde en chemin. C’est même peut être l’aspect le plus réussi de Never let me go.</p>
<p style="text-align: justify">Ceux qui s’intéressent un peu aux clips video (au-delà de ce que les robinets à eau tiède que sont les chaines soi-disant dédiées aux « videos musicales » proposent, évidemment…) sauront <a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/forclusion/never-let-me-go-kathy/" rel="attachment wp-att-2022"><img class="alignright size-medium wp-image-2022" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/09/never-let-me-go-kathy-300x192.gif" alt="" width="300" height="192" /></a>que Mark Romanek réalisait là son second long métrage, après <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Photo obsession</strong></em></span> (2002). Sans doute faut-il voir dans le passé de « clipeur » de ce réalisateur une des sources de la réussite de ce <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Never let me go</strong></em></span> : un clip est un condensé temporel contraint par le format commercial réduisant à moins de quatre minutes toute mise en images. Et pourtant, c’est aussi un format qui demeure très libre dans la manière dont il aborde le récit, se permettant souvent d’user de tous les artifices de manipulation du temps offerts aux réalisateurs, amplifiant les techniques cinématographiques, les poussant à bout dans l’urgence des quatre minutes maximum (si on veut bien prêter un regard attentif au clip qu’il a réalisé pour Michael et Janet Jackson (<span style="text-decoration: underline"><em><strong>Scream</strong></em></span>), on constatera que le temps y est totalement destructuré, que comme dans de nombreux films de ce format, il ne s’écoule plus, du moins pas dans un sens identifié, et que tout semble s’y dérouler instantanément dans un présent permanent. On est étonné au premier abord que Romanek maîtrise à ce point la lenteur dans son film, avant de réaliser que le présent sans fin des clips est une bonne préparation à cette lenteur, puisqu’elle en est en quelque sorte le négatif : à la frénésie un peu épileptique des frère et sœur Jackson tordus dans leur vaisseau spatial, gigotant dans un présent sans fin, potentiellement éternels puisqu’intemporels, mais sans aucune perspective, répond le calme serein de Kathy qui, face à l’échéance qui approche, sait demeurer en paix avec un passé qu’elle a appris à regarder comme un horizon dont elle ne peut s’approcher, mais qui l’accompagne cependant sur le bout de route qu’elle a encore à parcourir. Là où les uns retiennent le temps sans s’apercevoir que cet arrêt est une mort déjà vécue, les autres vont jusqu’à la mort en la concevant comme ce qui doit être, aussi, vécu. On a bien là les éléments de base de la méditation de Sénèque, concentrés en quelques plans de cinéma.</p>
<p style="text-align: justify">On réalise alors que si <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Never let me go</strong></em></span> est un film étonnant, c’est aussi parce qu’il inverse le rapport temporel habituel réclamé par la science fiction. Car c’est bien de science fiction qu’il s’agit, intégrant au récit des techniques qui, aujourd’hui, n’existent pas. Et pourtant c’est dans le passé que se déroule tout le film, à partir des années 60 jusqu&#8217;à aujourd&#8217;hui. Cette manière de replier ainsi l’avenir sur le passé, de boucher la perspective du futur est l’un des éléments de réussite du film : si Kathy a réussi à s’installer dans une vie sans perspective d’avenir, alors il faut que le spectateur voit, lui aussi, cet horizon obturé, et ce malgré la nécessité de voir le film se dérouler devant lui. A strictement parler, on a l’impression de voir un film nostalgique se rembobiner sur son origine, celle-ci étant étrangement plus proche de nous que son autre extrémité. Le fait que le récit tout entier fonctionne comme un flashback renforce cette impression, fermant le temps sur lui-même, hermétiquement, et ce d&#8217;autant plus que tout le récit est construit comme une succession de tableaux correspondant à une époque identifiée, autour d&#8217;une unité de lieu. On a la forte impression de passer en revue des souvenirs répertoriés après coup, de manière très méthodique, comme on feuilleterait un album de photos. D&#8217;ailleurs, on ne peut s&#8217;empêcher, ne serait-ce qu&#8217;en voyant l&#8217;affiche du film, de penser à<span style="text-decoration: underline"><em><strong> la Jetée</strong></em></span> de Chris Carterqui exploitait les mêmes manipulations du temps, pour des raisons finalement approchantes : la fin y était, là aussi, déjà révolue. </p>
<p style="text-align: justify">Paradoxalement, la fin du film en dit beaucoup moins que la bande annonce, qui révèle de trop nombreux éléments du film. Mieux vaut éviter de regarder celle-ci afin d’aborder <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Never let me go</strong></em></span> avec une candeur identique à celle de ses personnages. Par contre, pour ceux que la carrière de Mark Romanek intéresserait, on signalera qu’un volume de l’excellente série <span style="text-decoration: underline"><em><strong>The Work of Director</strong></em></span>, répertoriant les travaux des meilleurs réalisateurs de clips dans le monde, lui est consacré. On s’amusera à y chercher les germes de son travail de réalisateur de longs métrages. On pourra, aussi, lire la très beau roman de Kazuo Ishiguro, sous le même titre, dont est tiré le scenario du film.</p>
<p style="text-align: justify"><p><a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/forclusion/"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a></p></p>
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		<title>Chute libre</title>
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		<pubDate>Mon, 26 Sep 2011 15:18:59 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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		<description><![CDATA[
Ni le soleil ni la mort ne se peuvent regarder en face
Héraclite
Alors que j’étais, tout à l’heure, à la recherche d’une hypothétique imprimante en ordre de marche, au sein d’un réseau informatique constitué de divers terminaux informatiques certes reliés les uns aux autres par des câbles mais semblant communiquer chacun dans leur langue (en klingon, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: right">Ni le soleil ni la mort ne se peuvent regarder en face<br />
Héraclite</p>
<p style="text-align: justify">Alors que j’étais, tout à l’heure, à la recherche d’une hypothétique imprimante en ordre de marche, au sein d’un réseau informatique constitué de divers terminaux informatiques certes reliés les uns aux autres par des câbles mais semblant communiquer chacun dans leur langue (en klingon, pour les uns, en quenya pour d’autres, quelques dissidents pratiquant, parait il, le volenska), j’ai croisé mon collègue de mathématiques qui m’apprit que les élèves que nous avons en commun, en filière scientifique, lui avaient résumé les cours de philosophie à peu près dans ces termes :</p>
<p style="text-align: justify">En gros, on n’y parlerait que de la mort.</p>
<p style="text-align: justify">Je suppose que, dès lors, les cours de mathématiques doivent ressembler à un refuge, ou à ces moments de répit que les héros de films d’horreur peuvent goûter, alors qu’ils viennent de se réfugier derrière une porte qu’ils ont tout juste claquée et verrouillée derrière eux, inconscients du pouvoir qu’a leur persécuteur (le prof&#8217; de philo&#8217;, en l&#8217;occurrence) de traverser les murs et apparaître, ni vu ni connu dans leur dos, hors champ, bien sûr, ou de fracasser la porte en balsa avec une hache subtilisée à l’hôtel Overlook.</p>
<p style="text-align: justify">Pour autant, si effectivement on est bien contraint de se mesurer à la conscience de devoir mourir, à notre déjà potentiel non-être, on se rappellera qu’il ne s’agit pas de se complaire dans de morbides pensées sans en faire quelque chose.</p>
<p style="text-align: justify">Voila qui me donne l’occasion de partager ce court métrage, dessiné à la main par Steve Cutts,  un graphiste londonien qui commence à expérimenter son art dans les images en mouvement. C’est graphiquement pas mal du tout, et ça pourrait constituer une bonne entrée en matière pour étudier la manière dont les penseurs de l’antiquité ont pu tenter de prendre un peu de hauteur vis-à-vis de notre inéluctable fin.</p>
<p style="text-align: justify">Ca donne ce qui suit :</p>
<p style="text-align: justify"><p><a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/chute-libre/"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a></p></p>
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		<title>Nyctalopie passagère</title>
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		<pubDate>Mon, 26 Sep 2011 14:38:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualité]]></category>
		<category><![CDATA[Art]]></category>
		<category><![CDATA[Deadlines]]></category>
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		<description><![CDATA[
Paris ne vit plus la nuit, paraît-il. Exception faite, peut-être de la nuit blanche à laquelle les parisiens et franciliens sont conviés, chaque année depuis dix ans, lors du premier week-end d’Octobre.
Tous les ans, j’encourage mes élèves et lecteurs à profiter de cette nuit pour aller à la rencontre de l’art contemporain sans s’embarrasser du [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify">Paris ne vit plus la nuit, paraît-il. Exception faite, peut-être de la nuit blanche à laquelle les parisiens et franciliens sont conviés, chaque année depuis dix ans, lors du premier week-end d’Octobre.</p>
<p style="text-align: justify">Tous les ans, j’encourage mes élèves et lecteurs à profiter de cette nuit pour aller à la rencontre de l’art contemporain sans s’embarrasser du cérémonial parfois intimidant des musées, dans <a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/nyctalopie-passagere/nuit-blanche/" rel="attachment wp-att-2010"><img class="alignright size-medium wp-image-2010" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/09/nuit-blanche-300x257.jpg" alt="" width="300" height="257" /></a>une ambiance qui installe l’art à portée de tous, en développe le caractère « partagé » sans interdire pour autant telle ou telle rencontre appelant au recueillement ou à la contemplation. Les oeuvres sont lâchées dans la nature et c&#8217;est l&#8217;occasion ou jamais de les rencontrer sans intermédiaire et de leur permettre de produire leurs effets. Ou pas.</p>
<p style="text-align: justify">Il y a tellement de propositions qu’on aurait du mal à en sélectionner quelques unes. L’idée de la nuit blanche semble plutôt de susciter des errances urbaines sans véritable programme établi. Il s’agit de rencontres, de hasards, d’heureux croisements de trajectoires, tant avec les œuvres, les artistes qu’avec les autres noctambules. Pour une nuit, la ville est plutôt conviviale, preuve que soigner l’espace public, rassembler des inconnus autour de biens communs installés là gratuitement, partager des expériences participe à constituer un « vivre ensemble » (parce que pour une fois, on propose une réponse ouverte à la question « vivre ensemble, d’accord, mais quoi ?)</p>
<p style="text-align: justify">Il y en a pour tous les goûts, du politique (<span style="text-decoration: underline"><em><strong>Trackers</strong></em></span>, installation de Rafaël Lozano-Hemmer à la Gaieté lyrique (un lieu qu’on conseillerait ardemment aux élèves d’aller découvrir), <span style="text-decoration: underline"><em><strong>The Grand Finale</strong></em></span>, video de Karmelo Bermejo articulée autour du mot « récession » (la crise s’invite dans l’art) au lycée Chaptal, <span style="text-decoration: underline"><em><strong>La concentration des services</strong></em></span>, installation de Julien Berthier sur le Terre-plein du métro Anvers), du portrait (<span style="text-decoration: underline"><em><strong>Le Réveil de la fille</strong></em></span>, projection de Jean-Christophe Choblet, Thierry Payet et Valérie Thomas à la galerie W), de l’exploration urbaine (<span style="text-decoration: underline"><em><strong>Fermé au public</strong></em></span>, installations d’Elisatbeth Czihak, Florimond Dupont et Ben Sandler à la galerie Jeune Création), des stars (<span style="text-decoration: underline"><em><strong>Girls Tricky</strong></em></span>, video de Steve McQueen à la Cigale, <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Demain le ciel sera rouge</strong></em></span>, installation de Christian Boltanski au Théâtre de l’Atelier, <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Henry Rebel Drawing</strong></em></span>, installation video de Douglas Gordon mettant en scène henry Hooper (que connaissent ceux qui ont vu <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Restless</strong></em></span>, de Gus Van Sant) à la Machine), des propositions plastiques (<span style="text-decoration: underline"><em><strong>Caténaires</strong></em></span>, sculpture en parpaings de Vincent Gavinet à la Bibliothèque historique de la ville de Paris,<span style="text-decoration: underline"><em><strong> Chaos</strong></em></span>, installation de Szajner, au Square du Temple) ou musicales (le Cabaret contemporain à la mairie du 3ème arrondissement, <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Solitude-Silence</strong></em></span>, video et performance musicale de Thomas Bjelkeborn et Michael Larsson à l’Institut suédois, <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Minimal mix</strong></em></span>, performance musicale de Rhys Chatham et Joseph Ghosn au collège des Bernardins), etc.</p>
<p style="text-align: justify">Aucune promesse de satisfaction, aucune garantie de faire, cette nuit là, une rencontre essentielle. Mais des pistes qui s’ouvrent, sans doute, des portes à entrouvrir, des univers à scruter sous les étoiles, et un retour au petit matin, pour se coucher à l’heure où, d’habitude Paris, s’éveille.</p>
<p style="text-align: justify">Le programme de la Nuit blanche se trouve ici :<br />
<a href="http://nuitblanche.paris.fr/pdf/NuitBlanche_Programme_2011.pdf" target="_blank">http://nuitblanche.paris.fr/pdf/NuitBlanche_Programme_2011.pdf</a></p>
<p style="text-align: justify">Le site présentant le dispositif est à cette adresse :<br />
<a href="http://nuitblanche.paris.fr/" target="_blank">http://nuitblanche.paris.fr/</a></p>
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		<title>Pour quelques kilomètres/seconde de plus.</title>
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		<pubDate>Mon, 26 Sep 2011 11:04:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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Il est rare que des découvertes scientifiques fassent la une des journaux. Les neutrinos pris en flagrant délit d’excès de vitesse ont connu leur quart d’heure de gloire warholien, surprenant tout de monde par leur vélocité, mais aussi par leur aptitude à détruire, à eux seuls, une bonne partie de la théorie de la relativité [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify">Il est rare que des découvertes scientifiques fassent la une des journaux. Les neutrinos pris en flagrant délit d’excès de vitesse ont connu leur quart d’heure de gloire warholien, surprenant tout de monde par leur vélocité, mais aussi par leur aptitude à détruire, à eux seuls, une bonne partie de la théorie de la relativité telle qu’Einstein l’avait constituée.</p>
<p style="text-align: justify">Pour autant, il ne faudrait pas en déduire que ce qu’il y a de révolutionnaire dans cette découverte, ce soit le fait que les théories scientifiques puissent être révolutionnées. Parce que, même si c’est rarement ainsi qu’on les présente à l’école aux enfants et jeunes censés les apprendre, révolutionnées et révisables, elles le sont par nature.</p>
<p style="text-align: justify">Il en va des théories scientifiques comme des chefs d’œuvre de l’histoire de l’art : leur classicisme leur donne l’apparence de constructions bâties pour se mesurer à l’éternité, alors qu’elles <a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/pour-quelques-kilometresseconde-de-plus/albert-einstein/" rel="attachment wp-att-1997"><img class="alignright size-medium wp-image-1997" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/09/Albert-Einstein-281x300.jpg" alt="" width="281" height="300" /></a>sont nécessairement limitées dans le temps : nées sous forme de renversement des théories les ayant précédées, elles sont vouées à être à leur tour renversées par plus malignes qu’elles.</p>
<p style="text-align: justify">D’ailleurs, des lycéens devraient sentir ce vertige face à la nouvelle qui tombait cette semaine. Après tout, la théorie de la relativité n’est pas enseignée au lycée. ou très peu. Dès lors, ils viennent en fait d’apprendre qu’une construction scientifique qu’ils n’ont même pas encore rencontrée ne les a pas attendus pour être remise en question. S’ils sont un peu perspicaces, ils devraient savoir quoi penser du paradigme newtonien sur lequel leur apprentissage est lui-même fondé.</p>
<p style="text-align: justify">L’illusion d’optique dont on souffre lorsqu’on regarde les théories enseignées à l’école est donc moins due à une absence de connaissances qu&#8217;à un manque de mise en perspective de celles-ci. On ne peut que souhaiter, d’ailleurs, que soit élargi l’enseignement de l’histoire des sciences, seul remède à cette conception dogmatique des théories reçues comme des paroles d’Evangile.</p>
<p style="text-align: justify">Il se trouve que les medias anglo-saxons sont depuis longtemps engagés sur la voie de la vulgarisation scientifique, domaine occupé en France par Maurice Chevalet, <span style="text-decoration: underline"><em><strong>C’est pas sorcier</strong></em></span> (dont les maquettes peinent à modéliser les physiques non-newtoniennes, justement), et les frères Bogdanov, dont les mauvaises langues pourraient se demander s’ils sont eux-mêmes les relais des sciences, ou leur produit. En 2003, David Hickman réalisa pour la série de documentaires scientifique <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Nova</strong></em></span> une mini-série de trois épisodes intitulée <span style="text-decoration: underline"><em><strong>The Elegant Universe</strong></em></span>, d’après le livre du même nom, écrit par Brian Greene, qu’on retrouve ainsi à l’écran comme commentateur. En France, ces trois épisodes ont été diffusés par Arte, sous le titre « <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Ce qu’Einstein ne savait pas encore</strong></em></span> ». On devine donc que les interrogations sur sa théorie en datent pas d’hier (en fait, elles se formulèrent clairement dès 1935 autour d’une expérience de pensée nommée EPR (d’après les noms des savants Einstein, Podoski et Rosen), qui mit en évidence le point au-delà duquel Einstein refusait d’avancer dans la théorie quantique).</p>
<p style="text-align: justify">Ce documentaire met en œuvre de nombreuses techniques spécifiques à l’audiovisuel. Il a donc une certaine tendance à rendre tout un peu trop spectaculaire, parfois sans véritable raison (par exemple, l’introduction dans la maison d’Einstein mise en scène comme si des phénomènes surnaturels y avaient lieu est un peu ridicule). Cependant, au-delà des tics spécifiques aux médias anglo-saxons (les multiples répétitions liées aux interruptions publicitaires, par exemple), ces films proposent une vulgarisation intéressante, des images « parlantes », des mises en scène permettant de retenir des schémas mentaux simples, et quelques séquences qui devraient fasciner physiciens et mathématiciens en herbe (l’intuition des vibrations fondamentales dans la théorie des cordes, devant un tableau intégralement rempli de formules mathématiques illisibles pour le commun des mortels est un moment où on peut saisir, en un instant, le rôle que les mathématiques jouent désormais dans la description de cet univers).</p>
<p style="text-align: justify">On trouve très facilement ces épisodes en ligne ; aucune édition en format dvd n’est jusque là disponible (il faut se contenter de la version américaine, en DVD zone 1, non sous-titrée…). A l’heure où ces bouleversements scientifiques font la une des journaux télévisés sans qu’on leur accorde le temps nécessaire pour les comprendre, il peut être utile de les regarder, afin de se clarifier les idées.</p>
<p style="text-align: justify">Episode 1 : Le Rêve d&#8217;Einstein :</p>
<p style="text-align: justify"><p><a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/pour-quelques-kilometresseconde-de-plus/"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a></p></p>
<p style="text-align: justify">Episode 2 : La théorie des cordes :</p>
<p style="text-align: justify"><p><a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/pour-quelques-kilometresseconde-de-plus/"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a></p></p>
<p style="text-align: justify">Episode 3 : Bienvenue dans la 11ème dimension</p>
<p style="text-align: justify"><p><a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/pour-quelques-kilometresseconde-de-plus/"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a></p></p>
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		<title>Nouveaux occupants au n°100 &#8211; Episode 6</title>
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		<pubDate>Sat, 24 Sep 2011 09:58:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Conseils de lecture]]></category>
		<category><![CDATA[Les habitants du n°100 du CDI]]></category>
		<category><![CDATA[Listes]]></category>

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		<description><![CDATA[
Tandis que Frederic Beigbeder voltige de plateau de télé en plateau télé pour faire la promotion de sa playlist personnelle de romans qu&#8217;il faut lire avant que le livre disparaisse, on essaie, nous aussi, à l&#8217;échelle du lycée, de poser sur les rayonnages du C.D.I. des ouvrages qui pourraient donner le sentiment à quelques élèves, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify"><a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/nouveaux-occupants-an-n%c2%b0100-episode-6/snc00808/" rel="attachment wp-att-1990"><img class="alignright size-medium wp-image-1990" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/09/SNC00808-300x225.jpg" alt="" width="300" height="225" /></a>Tandis que Frederic Beigbeder voltige de plateau de télé en plateau télé pour faire la promotion de sa playlist personnelle de romans qu&#8217;il faut lire avant que le livre disparaisse, on essaie, nous aussi, à l&#8217;échelle du lycée, de poser sur les rayonnages du C.D.I. des ouvrages qui pourraient donner le sentiment à quelques élèves, sans doute minoritaires, de faire une expérience, de rencontrer quelqu&#8217;un; bref, de penser. Accessoirement, on tente d&#8217;éviter que la raison centrale mise en avant par Beigbeder, dans son plan com&#8217;, d&#8217;acheter son livre se vérifie un jour, en encourageant l&#8217;existence du livre.</p>
<p style="text-align: justify">Au moment où on s&#8217;apprête à aller dépenser un budget annuel qui pourrait sembler important s&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;un budget individuel, mais dont il ne faut pas oublier qu&#8217;il est censé satisfaire un bon millier de lecteurs potentiels, petit bilan sur les nouveaux arrivants de l&#8217;année passée, qu&#8217;on n&#8217;avait pas encore pris le temps de présenter. On y trouvera peu de classiques, parce qu&#8217;on prenait l&#8217;année pour faire le point sur les grands absents et les disparus illustres, leur consacrant une partie de la prochaine commande. La plupart des ouvrages sont donc &laquo;&nbsp;actuels&nbsp;&raquo;, mais on les choisit en pariant qu&#8217;ils dépasseront le simple effet de mode, et en espérant qu&#8217;en 2040, au lycée Guy de Maupassant de Colombes, un élève puisse fouiller dans les allées du C.D.I. et sortir du rayon &laquo;&nbsp;100&#8243; un exemplaire poussiéreux et abimé d&#8217;un ouvrage paru au début du siècle, qui lui offrirait encore quelques pistes de réflexion à explorer.</p>
<p style="text-align: justify">Première pile de livres saisis juste au moment où on déballait les cartons comme les gosses ouvrent les paquets à Noel. Cliquez dessus pour agrandir la photo et rendre lisibles les titres sur les tranches des livres :</p>
<p style="text-align: justify"><span style="text-decoration: underline"><em><strong><a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/nouveaux-occupants-an-n%c2%b0100-episode-6/petitephilosophie/" rel="attachment wp-att-1981"><img class="alignright size-full wp-image-1981" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/09/petitephilosophie.jpg" alt="" width="99" height="156" /></a>Petite philosophie à l’usage des non-philosophes</strong></em></span>, Albert Jacquard (1997)<br />
Il y a des niveaux de réflexion pour lesquels, après tout, un non spécialiste peut être reconnu comme pertinent. Albert Jacquard est généticien, il est aussi un homme engagé dans les débats contemporains. Le voir aborder des questions qui correspondent, en gros, au programme de philosophie de terminale avec un regard d’amateur éclairé, c’est tout d’abord constater qu’on peut consacrer du temps à la philosophie sans pour autant en faire un métier, ou même sa spécialité. C’est aussi constater qu’il y a un degré de la philosophie qui ne consiste pas à produire des idées nouvelles, des concepts novateurs, mais à puiser dans l’histoire des idées pour en extraire des outils permettant de penser ces grandes questions, et d’apporter des réponses qui se tiennent droites, grâce à une argumentation rigoureuse et accessible à tous. Si on considère que ce qu’on demande en fin de terminale, c’est un texte écrit par un amateur éclairé, Jacquard peut constituer un guide efficace. On se souviendra simplement que philosopher, aujourd’hui, c’est aller un peu plus loin, aussi se méfiera t-on quand cet ouvrage donnera un peu trop l’impression de donner des leçons trop définitives.</p>
<p style="text-align: justify"><span style="text-decoration: underline"><em><strong><a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/nouveaux-occupants-an-n%c2%b0100-episode-6/paul-veyne-les-grecs-ont-ils-cru-a-leurs-mythes/" rel="attachment wp-att-1982"><img class="alignright size-full wp-image-1982" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/09/paul-veyne-les-grecs-ont-ils-cru-a-leurs-mythes.jpg" alt="" width="98" height="153" /></a>Les grecs ont-ils cru à leurs mythes ?</strong></em></span> Paul Veyne (1993)<br />
Un ouvrage court, mais particulièrement dense, et un modèle de mise en place d’une problématique philosophique : on part d’une question que n’importe qui pourrait poser « Comment peut-on croire à moitié ou croire à des choses contradictoires ? » et à partir de ce qui pourrait n’être qu’une observation, on lance une vaste recherche sur l’essence même de la vérité, sa valeur et les voies d’accès y menant. Pour ceux qui voudraient aller au cœur du problème, on conseillera de lire les quelques pages du dernier chapitre, intitulé « <em>Entre la culture et la croyance en une vérité, il faut choisir</em> ».</p>
<p style="text-align: justify"><span style="text-decoration: underline"><em><strong><a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/nouveaux-occupants-an-n%c2%b0100-episode-6/zomb/" rel="attachment wp-att-1983"><img class="alignright size-full wp-image-1983" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/09/zomb.jpg" alt="" width="104" height="142" /></a>Politique des zombies – L’Amérique selon Georges A. Romero</strong></em></span>, Jean-Baptiste Thoret (2007)<br />
Cela fait maintenant un moment qu’on prend les « films de monstres » un peu au sérieux, devinant que l’effroi qu’ils produisent tient souvent moins à la distance qui nous sépare des monstres qu’à la proximité que nous entrevoyons dans les plis de leurs morphologies aberrantes. S’il est un monstre qui, depuis l’antiquité, intéresse la littérature et la philosophie, c’est bien le mort. Surtout lorsque celui-ci n’a pas de repos. Ulysse visitant les enfers, y rencontrant un Achille encore bien vif, pour un mort, c’est déjà une manière de mettre en scène l’homme lorsqu’il n’est plus tout à fait un homme. Au XXè siècle, lorsque le cinéma reprend le thème du mort qui n’est pas inerte, c’est souvent avec, en arrière pensée, l’idée de tracer, par ce biais, une perspective politique, et il faut reconnaître qu’à ce jeu, Roméro est sans doute le plus intéressant des réalisateurs amateurs de créatures d’outre tombe. Le livre de Thoret s’intéresse à la fameuse série des « morts vivants », passionnante à plus d’un titre, par sa longévité, lui permettant de traverser les styles et les techniques cinématographiques, par les lieux qu’elle investit (le supermarché, la « gated community », le film amateur tourné par des étudiants fauchés, à la manière de<span style="text-decoration: underline"><em><strong> Cloverfield</strong></em></span> ou du <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Projet Blair Witch</strong></em></span>), et bien entendu par ses personnages (et il est intéressant qu’on ne puisse, ici, écrire « son bestiaire ») : les morts vivants sont choisis parmi les prolétaires américains. Ils sont marqués par leur métier, leur classe sociale, ils sont morts en tenue de travail et, à strictement parler, géographiquement, ils constituent une population parquée, déplacée, contenue, gérée. Des banlieusards en somme. Thoret creuse ces pistes dans un ouvrage qui, dès lors, est tout autant un livre de cinéphile qu’une introduction à la réflexion politique.</p>
<p style="text-align: justify"><span style="text-decoration: underline"><em><strong><a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/nouveaux-occupants-an-n%c2%b0100-episode-6/puzzle/" rel="attachment wp-att-1984"><img class="alignright size-full wp-image-1984" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/09/puzzle.jpg" alt="" width="92" height="121" /></a>Le puzzle philosophique</strong></em></span>, Jiri Benovsky (2010)<br />
Quand un ouvrage tisse des liens entre des problèmes logiques et métaphysiques manipulés depuis que l’homme repère des paradoxes et des théories très contemporaines, c’est toujours une joie que d’accompagner des penseurs depuis les racines de ces questionnements jusqu’aux pointes avancées de la recherche contemporaine. Ainsi, on pourra considérer que passer de l’énigme antique du Bateau de Thésée aux hypothèses actuelles du perdurantisme offre une largeur de vue déjà appréciable sur un des plus anciens problèmes logiques posés en occident. L’ouvrage a enfin ceci d’intéressant qu’il permet, sur la base de questions qui relèvent surtout de la sphère des énigmes logiques, de reconnecter la réflexion philosophiques avec ses racines les plus profondes : l’usage, en pensée, du logos.</p>
<p style="text-align: justify"><span style="text-decoration: underline"><em><strong><a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/nouveaux-occupants-an-n%c2%b0100-episode-6/tamis/" rel="attachment wp-att-1985"><img class="alignright size-full wp-image-1985" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/09/tamis.jpg" alt="" width="90" height="131" /></a>L’usage du tamis en philosophie</strong></em></span>, Jean Tellez (2010)<br />
Avoir donné comme sous titre à ce livre « <em>Manuel de lecture des textes philosophiques</em> » permet d’en clarifier le projet : au lieu de fournir des commentaires déjà constitués des grandes œuvres de la philosophie, ce que des milliers d’auteurs ont déjà fait, Jean Tellez propose une méthode grâce à laquelle le lecteur pourra, à son tour, dénicher dans les textes eux-mêmes, ce qu’il appelle des « pépites », c&#8217;est-à-dire des condensés de pensée qui ne réclament plus qu’à être exploités, comme on suivrait une veine dans un gisement de matériaux précieux. Ainsi, on évitera les lieux touristiques trop envahis pour considérer les œuvres philosophiques comme des étendues inexplorées. La métaphore minière est filée tout au long de l’ouvrage, Platon y étant présenté, par exemple, comme l’exploitant du gisement Socrate (un bon résumé, en effet si on considère que la filière comprend, aussi, raffineries et réseaux de distribution). En bon ouvrage de prospection, ce livre offre aussi une cartographie bien utile pour les aspirants orpailleurs.</p>
<p style="text-align: justify"><span style="text-decoration: underline"><em><strong><a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/nouveaux-occupants-an-n%c2%b0100-episode-6/armerdeparoles/" rel="attachment wp-att-1986"><img class="alignright size-full wp-image-1986" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/09/armerdeparoles.jpg" alt="" width="89" height="129" /></a>S’armer de paroles – Jeux et enjeux rhétoriques</strong></em></span>, Florence Balique, (2010)<br />
A en croire les titres d’un certain nombre d’ouvrages, (on pense, par exemple, au <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Petit cours d’autodéfense intellectuelle</strong></em></span>, de Normand Baillargeon), l’expression des idées et leur confrontation sous forme de dialogue peut constituer une activité dangereuse, s’apparentant à la lutte, au corps à corps, voire à la guerre. Il faut reconnaître que si on présente volontiers la pensée comme une pratique apaisée, dégagée des conflits habituels entre humains, l’inauguration officielle de l’ère philosophique, dans la lutte fratricide entre Socrate et les sophistes se solde par un mort. Mieux vaut être prudent.<br />
Mais, surtout, celles qui ont tout à gagner à être défendues par des tireurs d’élite et des armes aiguisées, ce sont les idées elles mêmes. Leur art martial spécifique s’appelle « rhétorique » et leur « kata » réside entièrement dans l’usage correct de la parole. Le livre de Florence Balique permet de maîtriser les éléments de base de cette technique de combat. Enfin, à l’image des autres arts martiaux, on retiendra que la rhétorique n’est pas belliciste, et qu’elle relève plutôt d’un usage de la force mentale qui, s’il était universellement pratiqué, pourrait garantir la paix, ne serait-ce qu’avec soi même.</p>
<p style="text-align: justify"><span style="text-decoration: underline"><em><strong><a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/nouveaux-occupants-an-n%c2%b0100-episode-6/dedansdehors/" rel="attachment wp-att-1987"><img class="alignright size-full wp-image-1987" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/09/dedansdehors.jpg" alt="" width="89" height="136" /></a>Dedans, dehors – La condition d’étranger</strong></em></span>, Guillaume le Blanc, (2010)<br />
Si l’étranger est celui qu’on caractérise avant tout par sa provenance, paradoxalement, dès qu’il est observé sur un territoire national qui n’est pas conforme à cette « origine », tout se passe comme s’il n’était plus nulle part. En tant qu’étranger, il est donc repéré, mais il n’est, aussi, personne. Le livre de Guillaume le Blanc creuse ce paradoxe, tente d’en discerner les sources, et d’offrir des perspectives qui aillent au-delà de la simple observation du phénomène de l’exclusion. Or, la seule piste de sortie vers une pensée et une pratique plus cohérentes ne réside pas dans « l’autre », mais en soi, dès lors qu’on veut bien se considérer soi même comme un « autre ». C’est là la voie singulière que choisit ce livre, un retournement de perspective qui permet d’envisager le problème sous un jour nouveau, avec bien plus de profondeur.</p>
<p style="text-align: justify"><span style="text-decoration: underline"><em><strong><a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/nouveaux-occupants-an-n%c2%b0100-episode-6/logicomix/" rel="attachment wp-att-1988"><img class="alignright size-full wp-image-1988" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/09/logicomix.jpg" alt="" width="110" height="154" /></a>Logicomix</strong></em></span>, Apóstolos K. Doxiàdis, Christos Papadimitriou, Alecos Papadatos et Annie Di Donna (2010)<br />
Un projet de bande dessinée hors du commun, puisqu’on y croise, en personnage principal, un Bertrand Russel dressant le bilan de sa vie devant un parterre d’étudiants. Au fil du récit, on croise les grands théoriciens du XXè siècle, l’ouvrage dressant peu à peu une fresque ample, que le format ‘dessiné ‘ permet de considérer comme un panorama. L’ensemble fait un peu penser au roman « Trois explications du monde », dans lequel on croise aussi les grands esprits du siècle précédent. Enfin, même si on ne demande pas nécessairement à la bande dessinée de suivre systématique cette voie très « érudite », on peut considérer que cet art gagne, avec ce genre d’album, ses lettres de noblesse.</p>
<p style="text-align: justify"><span style="text-decoration: underline"><em><strong><a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/nouveaux-occupants-an-n%c2%b0100-episode-6/le-genese-robert-crumb_395/" rel="attachment wp-att-1989"><img class="alignright size-full wp-image-1989" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/09/le-genese-robert-crumb_395.jpg" alt="" width="113" height="163" /></a>La Genèse</strong></em></span>, Crumb (2009)<br />
Qui aurait pu croire que Crumb fut capable d’une saine naïveté ? Ceux qui savent à quel point le dessinateur Crumb put être violemment critiqué, depuis la fin des années 60 et ce jusqu’à nos jours, pour l’indécence, l’obscénité même que certains voyaient dans ses œuvres, pourraient s’inquiéter d’apprendre que son dernier ouvrage s’est donné comme projet d’illustrer le premier livre de la Bible, la Genèse. Déplacer ce récit mythique des origines telles que l’envisagent les religions judéo-chrétiennes sur le terrain des images n’est pas un projet nouveau en soi. C’est même assez conforme à l’idée qu’on s’en fait souvent, les propos tenus sur ce récit s’étant souvent réduits à quelques images (un peu d’argile, des statuettes, une côte, une pomme, un serpent…), au point qu’on est souvent frappé de constater que, curieusement, ceux qui prennent le plus radicalement ce récit au pied de la lettre sont précisément ceux qui ne l’ont pas lu. Mais justement, si la Genèse de Crumb parvient à mettre tout le monde d’accord, y compris ses pires détracteurs, c’est parce que son album EST une lecture. Nulle provocation dans sa restitution du mythe, au contraire, on note, partout, une attention permanente aux détails du récit (mention spéciale au reptile initiateur, ne devenant serpent qu’en perdant ses pattes, après la fermeture de la parenthèse enchantée qu’était le jardin d’Eden, par exemple), et un respect scrupuleux de celui-ci. Et pourtant, c’est bien son trait, très identifiable, qu’on retrouve tout au long de ce volume, ainsi que son regard sur l’homme, le monde, les liens déchirés entre l’homme et le monde. On ne s’en étonnera qu’à moitié : l’œuvre de Crumb a souvent trouvé dans la nostalgie les raisons profondes de sa colère et de ses accents provocateurs. L’obscénité flagrante était une manière de mettre en lumière l’indécence larvée du quotidien. Quand il revient ainsi à ses sources, il perd cette nécessité de heurter, et son travail devient apaisé, serein. Il faut au moins reconnaître ceci : le mythe du jardin d’Eden permet des rédemptions. Mais on ajoutera ceci : il aura à Crumb le travail d’une vie pour y parvenir.</p>
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		<title>Leçons de ténèbres</title>
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		<pubDate>Fri, 23 Sep 2011 04:26:09 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Pascal]]></category>

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		<description><![CDATA[
On a abordé, en cours, la question du divertissement tel que Pascal en propose l&#8217;analyse, en partant de ce court fragment des Pensées au cours duquel il compare l&#8217;errance de l&#8217;homme dans le monde à une situation absurde, dans laquelle quelqu&#8217;un se réveillerait le matin en constatant qu&#8217;il a été déplacé pendant la nuit sur [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify">On a abordé, en cours, la question du divertissement tel que Pascal en propose l&#8217;analyse, en partant de ce court fragment des Pensées au cours duquel il compare l&#8217;errance de l&#8217;homme dans le monde à une situation absurde, dans laquelle quelqu&#8217;un se réveillerait le matin en constatant qu&#8217;il a été déplacé pendant la nuit sur une île inconnue, sans plus d&#8217;explications, et <a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/lecons-de-tenebres/pascal-blaise/" rel="attachment wp-att-1977"><img class="alignright size-medium wp-image-1977" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/09/pascal-blaise-236x300.jpg" alt="" width="236" height="300" /></a>découvrirait que les habitants de cette île s&#8217;y sont un jour, eux aussi, réveillés dans la même incertitude, mais font quotidiennement comme si de rien n&#8217;était :</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">&laquo;&nbsp;229.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">En voyant l&#8217;aveuglément et la misère de l&#8217;homme, en regardant tout l&#8217;univers muet et l&#8217;homme sans lumière abandonné à lui-même et comme égaré dans ce recoin de l&#8217;univers sans savoir qui l&#8217;y a mis, ce qu&#8217;il y est venu faire, ce qu&#8217;il deviendra en mourant, incapable de toute connaissance, j&#8217;entre en effroi comme un homme qu&#8217;on aurait porté endormi dans une île déserte et effroyable et qui s&#8217;éveillerait sans connaître et sans moyen d&#8217;en sortir. En sur cela j&#8217;admire comment on n&#8217;entre point en désespoir d&#8217;un si misérable état. Je vois d&#8217;autres personnes auprès de moi d&#8217;une semblable nature, je leur demande s&#8217;ils sont mieux instruits que moi. Ils me disent que non. Et sur cela les misérables égarés, ayant regardé autour d&#8217;eux et ayant vu quelques objets plaisants, s&#8217;y sont donnés et s&#8217;y sont attachés. Pour moi je n&#8217;ai pu y prendre d&#8217;attache, et considérant combien il y a plus d&#8217;apparence qu&#8217;il y a autre chose que ce que je vois, j&#8217;ai recherché si ce Dieu n&#8217;aurait point laissé quelque marque de soi.&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: justify"> Le divertissement n&#8217;est, dans ce passage, qu&#8217;évoqué à travers la description de l&#8217;attachement qu&#8217;ont les hommes pour des objets qui les occupent, afin de ne pas laisser leur pensée se fixer sur cette seule question qui vaille d&#8217;être posée : celle de l&#8217;égarement de l&#8217;être humains se découvrant jeté dans un monde dont on ne lui fournit ni les plans, ni les clés.</p>
<p style="text-align: justify">J&#8217;avais annoncé à mes élèves que je leur mettrais en ligne d&#8217;autres fragments développant ce concept, important chez Pascal, du divertissement. Les voici donc.</p>
<p style="text-align: justify">Pour ceux qui voudront creuser cette question, j&#8217;avais mis en ligne une émission de France Culture s&#8217;attachant à cet auteur en général, et au divertissement en particulier, qu&#8217;on peut retrouver à cette adresse : <a href="http://www.harrystaut.fr/2007/09/langoisse-et-le-divertissement-chez-pascal/" target="_blank">http://www.harrystaut.fr/2007/09/langoisse-et-le-divertissement-chez-pascal/</a></p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">«139.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">Divertissement.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">Quand je m&#8217;y suis mis quelquefois à considérer les diverses agitations des hommes et les périls et les peines où ils s&#8217;exposent, dans la cour, dans la guerre, d&#8217;où naissent tant de querelles, de passions, d&#8217;entreprises hardies et souvent mauvaises, etc., j&#8217;ai découvert que tout le malheur des hommes vient d&#8217;une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre. Un homme qui a assez de bien pour vivre, s&#8217;il savait demeurer chez soi avec plaisir, n&#8217;en sortirait pas pour aller sur la mer ou au siège d&#8217;une place. On n&#8217;achètera une charge à l&#8217;armée si cher, que parce qu&#8217;on trouverait insupportable de ne bouger de la ville; et on ne recherche les conversations et les divertissements des jeux que parce qu&#8217;on ne peut demeurer chez soi avec plaisir.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">Mais quand j&#8217;ai pensé de plus près, et qu&#8217;après avoir trouvé la cause de tous nos malheurs, j&#8217;ai voulu en découvrir la raison, j&#8217;ai trouvé qu&#8217;il y en a une bien effective, qui consiste dans le malheur naturel de notre condition faible et mortelle, et si misérable, que rien ne peut nous consoler, lorsque nous y pensons de près.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">Quelque condition qu&#8217;on se figure, si on assemble tous les biens qui peuvent nous appartenir, la royauté est le plus beau poste du monde; et cependant, qu&#8217;on s&#8217;en imagine [un] accompagné de toutes les satisfactions qui peuvent le toucher, s&#8217;il est sans divertissement, et qu&#8217;on le laisse considérer et faire réflexion sur ce qu&#8217;il est, cette félicité languissante ne le soutiendra point, il tombera par nécessité dans les vues qui le menacent, des révoltes qui peuvent arriver, et enfin de la mort et des maladies qui sont inévitables; de sorte que, s&#8217;il est sans ce qu&#8217;on appelle divertissement, le voilà malheureux, et [plus] malheureux que le moindre de ses sujets, qui joue et qui se divertit.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">De là vient que le jeu et la conversation des femmes, la guerre, les grands emplois sont si recherchés. Ce n&#8217;est pas qu&#8217;il y ait en effet du bonheur ni qu&#8217;on s&#8217;imagine que la vraie béatitude soit d&#8217;avoir l&#8217;argent qu&#8217;on peut gagner au jeu, ou dans le lièvre qu&#8217;on court : on n&#8217;en voudrait pas, s&#8217;il était offert. Ce n&#8217;est pas cet usage mol et paisible, et qui nous laisse penser à notre malheureuse condition, qu&#8217;on recherche, ni les dangers de la guerre, ni la peine des emplois, mais c&#8217;est le tracas qui nous détourne d&#8217;y penser et nous divertit.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">De là vient que les hommes aiment tant le bruit et le remuement; de là vient que la prison est un supplice si horrible; de là vient que le plaisir de la solitude est une chose incompréhensible. Et c&#8217;est enfin le plus grand sujet de félicité de la condition des rois, de [ce] qu&#8217;on essaie sans cesse à les divertir et à leur procurer toute sorte de plaisirs.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">Le roi est environné de gens qui ne pensent qu&#8217;à divertir le roi, et l&#8217;empêcher de penser à lui. Car il est malheureux, tout roi qu&#8217;il est, s&#8217;il y pense.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">Voilà tout ce que les hommes ont pu inventer pour se rendre heureux. Et ceux qui font sur cela les philosophes, et qui croient que le monde est bien peu raisonnable de passer tout le jour à courir après un lièvre qu&#8217;ils ne voudraient pas avoir acheté, ne connaissent guère notre nature. Ce lièvre ne nous garantirait pas de la vue de la mort et des misères, mais la chasse qui nous en détourne nous en garantit.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">Le conseil qu&#8217;on donnait à Pyrrhus, de prendre le repos qu&#8217;il allait chercher par tant de fatigues, recevait bien des difficultés.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">Dire à un homme qu&#8217;il vive en repos, c&#8217;est lui dire qu&#8217;il vive heureux; c&#8217;est lui conseiller d&#8217;avoir une condition tout heureuse et laquelle il puisse considérer à loisir, sans y trouver sujet d&#8217;affliction; c&#8217;est lui conseiller&#8230; Ce n&#8217;est donc pas entendre la nature.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">Aussi les hommes qui sentent naturellement leur condition n&#8217;évitent rien tant que le repos : il n&#8217;y a rien qu&#8217;ils ne fassent pour chercher le trouble. Ce n&#8217;est pas qu&#8217;ils n&#8217;aient un instinct qui leur fait connaître que la vraie béatitude&#8230; La vanité, le plaisir de le montrer aux autres.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">Ainsi on se prend mal pour les blâmer; leur faute n&#8217;est pas en ce qu&#8217;ils cherchent le tumulte, s&#8217;ils ne le cherchaient que comme un divertissement; mais le mal est qu&#8217;ils le recherchent comme si la possession des choses qu&#8217;ils recherchent les devait rendre véritablement heureux, et c&#8217;est en quoi on a raison d&#8217;accuser leur recherche de vanité; de sorte qu&#8217;en tout cela et ceux qui blâment et ceux qui sont blâmés n&#8217;entendent la véritable nature de 1&#8242;homme.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">Et ainsi, quand on leur reproche que ce qu&#8217;ils recherchent avec tant d&#8217;ardeur ne saurait les satisfaire, s&#8217;ils répondaient, comme ils devraient le faire s&#8217;ils y pensaient bien, qu&#8217;ils ne recherchent en cela qu&#8217;une occupation violente et impétueuse qui les détourne de penser à soi, et que c&#8217;est pour cela qu&#8217;ils se proposent un objet attirant qui les charme et les attire avec ardeur, ils laisseraient leurs adversaires sans répartie. Mais ils ne répondent pas cela, parce qu&#8217;ils ne se connaissent pas eux-mêmes. Ils ne savent pas que ce n&#8217;est que la chasse, et non pas la prise, qu&#8217;ils recherchent. [...]</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">Ils s&#8217;imaginent que, s&#8217;ils avaient obtenu cette charge, ils se reposeraient ensuite avec plaisir, et ne sentent pas la nature insatiable de leur cupidité. Ils croient chercher sincèrement le repos, et ne cherchent en effet que l&#8217;agitation.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">Ils ont un instinct secret qui les porte à chercher le divertissement et l&#8217;occupation au dehors, qui vient du ressentiment de leurs misères continuelles; et ils ont un autre instinct secret, qui reste de la grandeur de notre première nature, qui leur fait connaître que le bonheur n&#8217;est en effet que dans le repos, et non pas dans le tumulte; et de ces deux instincts contraires, il se forme en eux un projet confus, qui se cache à leur vue dans le fond de leur âme, qui les porte à tendre au repos par l&#8217;agitation, et à se figurer toujours que la satisfaction qu&#8217;ils n&#8217;ont point leur arrivera, si, en surmontant quelques difficultés qu&#8217;ils envisagent, ils peuvent s&#8217;ouvrir par là la porte au repos.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">Ainsi s&#8217;écoule toute la vie. On cherche le repos en combattant quelques obstacles; et si on les a surmontés, le repos devient insupportable; car, ou l&#8217;on pense aux misères qu&#8217;on a, ou à celles qui nous menacent. Et quand on se verrait même assez à l&#8217;abri de toutes parts, l&#8217;ennui, de son autorité privée, ne laisserait pas de sortir du fond du coeur, où il a des racines naturelles, et de remplir l&#8217;esprit de son venin.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">Ainsi l&#8217;homme est si malheureux, qu&#8217;il s&#8217;ennuierait même sans aucune cause d&#8217;ennui, par l&#8217;état propre de sa complexion; et il est si vain, qu&#8217;étant plein de mille causes essentielles d&#8217;ennui, la moindre chose, comme un billard et une balle qu&#8217;il pousse, suffisent pour le divertir.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">Mais, direz-vous, quel objet a-t-il en tout cela ? Celui de se vanter demain entre ses amis de ce qu&#8217;il a mieux joué qu&#8217;unautre. Ainsi, les autres suent dans leur cabinet pour montrer aux savants qu&#8217;ils ont résolu une question d&#8217;algèbre qu&#8217;on n&#8217;aurait pu trouver jusques ici, et tant d&#8217;autres s&#8217;exposent aux derniers périls pour se vanter ensuite d&#8217;une place qu&#8217;ils auront prise, et aussi sottement à mon gré; et enfin les autres se tuent pour remarquer toutes ces choses, non pas pour en devenir plus sages, mais seulement pour montrer qu&#8217;ils les savent, et ceux-là sont les plus sots de la bande, puisqu&#8217;ils le sont avec connaissance, au lieu qu&#8217;on peut penser des autres qu&#8217;ils ne le seraient plus, s&#8217;ils avaient cette connaissance.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">Tel homme passe sa vie sans ennui en jouant tous les jours peu de chose. Donnez-lui tous les matins l&#8217;argent qu&#8217;il peut gagner chaque jour, à la charge qu&#8217;il ne joue point: vous le rendez malheureux. On dira peut-être que c&#8217;est qu&#8217;il recherche l&#8217;amusement du jeu, et non pas le gain. Faites-le donc jouer pour rien, il ne s&#8217;y échauffera pas et s&#8217;y ennuiera. Ce n&#8217;est donc pas l&#8217;amusement seul qu&#8217;il recherche: un amusement languissant et sans passion l&#8217;ennuiera. Il faut qu&#8217;il s&#8217;y échauffe et qu&#8217;il se pipe lui-même, en s&#8217;imaginant qu&#8217;il serait heureux de gagner ce qu&#8217;il ne voudrait pas qu&#8217;on lui donnât à condition de ne point jouer, afin qu&#8217;il se forme un sujet de passion, et qu&#8217;il excite sur cela son désir, sa colère, sa crainte, pour l&#8217;objet qu&#8217;il s&#8217;est formé, comme les enfants qui s&#8217;effrayent du visage qu&#8217;ils ont barbouillé.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">D&#8217;où vient que cet homme qui a perdu depuis peu de mois son fils unique, et qui, accablé de procès et de querelles, était ce matin si troublé, n&#8217;y pense plus maintenant? Ne vous en étonnez point: il est tout occupé à voir par où passera ce sanglier que les chiens poursuivent avec tant d&#8217;ardeur, depuis six heures. Il n&#8217;en faut pas davantage. L&#8217;homme, quelque plein de tristesse qu&#8217;il soit, si on peut gagner sur lui de le faire entrer en quelque divertissement, le voilà heureux pendant ce temps-là; et l&#8217;homme, quelque heureux qu&#8217;il soit, s&#8217;il n&#8217;est diverti et occupé par quelque passion ou quelque amusement qui empêche l&#8217;ennui de se répandre, sera bientôt chagrin et malheureux. Sans divertissement, il n&#8217;y a point de joie; avec le divertissement, il n&#8217;y a point de tristesse. Et c&#8217;est aussi ce qui forme le bonheur des personnes de grande condition, qu&#8217;ils ont un nombre de personnes qui les divertissent, et qu&#8217;ils ont le pouvoir de se maintenir en cet état.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">143.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">Divertissement.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">On charge les hommes, dès l&#8217;enfance, du soin de leur honneur, de leur bien, de leurs amis, et encore du bien et de l&#8217;honneur de leurs amis. On les accable d&#8217;affaires, de l&#8217;apprentissage des langues et d&#8217;exercices, et on leur fait entendre qu&#8217;ils ne sauraient être heureux sans que leur santé, leur honneur, leur fortune et celle de leurs amis soient en bon état, et qu&#8217;une seule chose qui manque les rendrait malheureux. Ainsi on leur donne des charges et des affaires qui les font tracasser dès la pointe du jour. Voilà, direz-vous, une étrange manière de les rendre heureux! Que pourrait-on faire de mieux pour les rendre malheureux ? Comment! ce qu&#8217;on pourrait faire? Il ne faudrait que leur ôter tous ces soins; car alors ils se verraient, ils penseraient à ce qu&#8217;ils sont, d&#8217;où ils viennent, où ils vont; et ainsi on ne peut trop les occuper et les détourner. Et c&#8217;est pourquoi, après leur avoir tant préparé d&#8217;affaires, s&#8217;ils ont quelque temps de relâche, on leur conseille de l&#8217;employer à se divertir, à jouer, et à s&#8217;occuper toujours tout entiers.»</p>
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		<title>Hors saison</title>
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		<pubDate>Thu, 22 Sep 2011 05:06:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Audio]]></category>
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		<description><![CDATA[
A propos de l&#8217;oeuvre de Hugues Dufourt, Hivers, et plus particulièrement d&#8217;un de ses mouvements, Le Philosophe selon Rembrandt.
S’intéresser aux œuvres, c’est moins s’attacher aux objets dont elles sont la représentation que tenter d’habiter leur forme, d’en faire un milieu dans lequel on va éprouver de nouveaux percepts, générer de nouveaux concepts.
Ainsi, quand nous regardons [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify">A propos de l&#8217;oeuvre de Hugues Dufourt, <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Hivers</strong></em></span>, et plus particulièrement d&#8217;un de ses mouvements, <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Le Philosophe selon Rembrandt</strong></em></span>.</p>
<p style="text-align: justify">S’intéresser aux œuvres, c’est moins s’attacher aux objets dont elles sont la représentation que tenter d’habiter leur forme, d’en faire un milieu dans lequel on va éprouver de nouveaux percepts, générer de nouveaux concepts.<br />
Ainsi, quand nous regardons le philosophe en méditation de Rembrandt, il s’agit moins d’observer un personnage qui présente sa part de pittoresque que d’éprouver le vertige de la spirale ascendante que constituent l’escalier central et la répartition, sur la toile, de l’ombre et de la lumière, et ce dans un mouvement introspectif dont le personnage est le modèle, sur lequel on peut calquer une attitude.<br />
Le signe le plus parlant de cette prééminence, en art, de la forme sur l’objet de la représentation peut être aperçu lorsque les œuvres dialoguent entre elles. Et sans doute l’effet est-il encore <a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/hors-saison/d_dufourthugues3_79237/" rel="attachment wp-att-1969"><img class="alignright size-full wp-image-1969" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/09/d_DufourtHugues3_79237.jpg" alt="" width="198" height="299" /></a>plus saisissant lorsque c’est la musique qui trouve ses motifs dans d’autres arts, la peinture par exemple.<br />
Ainsi, quand le compositeur contemporain Hugues Dufourt applique au tableau de Rembrandt les principes de la musique spectrale, le résultat est une sorte de transport musical d’un mouvement que le tableau ébauche, d’une aspiration qu’un spectateur, qui demeurerait suffisamment longtemps devant le tableau pour oublier ce qu’il représente, finirait par ressentir.<br />
Entre 1992 et 2001, Hugues Dufourt composa un cycle intitulé <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Les Hivers</strong></em></span>, composé de quatre évocations de tableaux, d’autant de peintres différents. Ainsi, on traverse successivement<span style="text-decoration: underline"><em><strong> le Déluge</strong></em></span> de Poussin, <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Le philosophe en méditation</strong></em></span> de Rembrandt,<span style="text-decoration: underline"><strong> les Chasseurs dans la neige</strong></span> de Bruegel et<span style="text-decoration: underline"><em><strong> la Gondole sur la lagune</strong></em></span> de Guardi. Loin d’être une illustration de l’objet de ces tableaux, les compositions de Dufourt en sont plutôt une interprétation sonore. On a vu combien la tension qui règne dans le tableau de Rembrandt est due à l’opposition qu’il installe entre la quiétude extérieure du philosophe et le mouvement auquel l’escalier l’invite, mouvement immobile qui est l’exacte réplique de l’élan philosophique dans la pensée.<br />
L’extrait proposé ici est le second mouvement de cette suite donnée au tableau de Rembrandt. Il est un intermédiaire entre les accords du premier mouvement,  apposés les uns à la suite des autres, tous paisibles mais tous aussi suffisamment en déséquilibre pour appeler le suivant (c’est ainsi qu’on marche, si on veut bien y songer) et l&#8217;ascension dynamique du troisième mouvement. Apaisements aspirant au mouvement. C’est ainsi qu’on pourrait décrire en termes simples la musique d’Hugues Dufourt dans le premier mouvement (que je ne mets pas en ligne ici, laissant le lecteur se rendre immédiatement dans la médiathèque la plus proche pour y emprunter l’œuvre dans son intégralité; le troisième mouvement est aussi absent de ce que je donne à entendre ici). Peu à peu, les aplats successifs font naitre un élan, dont ce second temps est l’inauguration.</p>
<p style="text-align: justify">Evidemment, de telles œuvres sont tellement radicales qu’on peut douter soient immédiatement appréciées par des oreilles non préparées. Précisons simplement, en essayant de ne pas en dire trop, que le mouvement auquel participe Dufourt s’appelle le spectralisme, et qu’il fut une tentative de revenir, en musique, à ce qui constitue le fondement même de l’expérience musicale : la perception de sons. Ceux-ci seront méticuleusement étudiés au spectrographe, travaillés grâce à l’outil informatique pour produire des accords dont les harmoniques « vibreront » naturellement, dans toutes les échelles du spectre sonore (les guitaristes savent ce que sont les « harmoniques », ces accords subtils obtenus en laissant la corde vibrer naturellement selon certaines fréquences que des doigts habiles peuvent générer. Ces accords sont tellement fascinants qu’ils pourraient se suffire à eux-mêmes, échappant aux lois de la mélodie et de la composition traditionnelle. Imaginons simplement qu’on étudie ce phénomène vibratoire et qu’on en fasse non seulement une science, mais aussi un ensemble de principes d’écriture musicale, et nous obtenons une petite idée de ce qu’est le spectralisme.<br />
Le mieux est sans doute d’oublier un instant la théorie, et d’oublier aussi ce que, d’habitude, on appelle « musique », pour se laisser un peu faire. Précisons tout de même que la mise en ligne de cet extrait n’a qu’une valeur d’illustration : de même que le tableau de Rembrandt ne vaut que par l’expérience qu’on peut éprouver face à lui (et non sous la forme d’une mauvaise reproduction sur écran), l’œuvre de Dufourt réclame à être éprouvée dans son intégralité (le premier mouvement est absolument nécessaire pour vivre ce qui se passe ensuite), avec une qualité de restitution sonore bien meilleure que ce que peut proposer le mp3, qui tasse l’ensemble du spectre sonore que ces compositeurs travaillent si méticuleusement.</p>
<p style="text-align: justify">En accompagnement, je livre ici le texte que Richard Millet qu’on trouve sur le livret accompagnant le coffret abritant les trois compact discs sur lesquels sont gravés ces <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Hivers</strong></em></span> de Dufourt. De la peinture à la musique, de la musique à la littérature, le spectre des sollicitations devrait désormais être suffisamment large pour produire quelques effets ! Evidemment, on aimerait avoir des élèves aux antennes suffisamment bien réglées pour s’entendre dire que proposer de lire Richard Miller pose problème, alors qu’il oublie parfois, dans ses livres, d’être le manipulateur talentueux de la langue française qu’il sait être, pour sombrer dans l’expression simple de préjugés qui se situent tellement au bord du racisme qu’on a du mal à cerner les raisons pour lesquelles il s’entête à vouloir les faire publier. Nous avons un certain talent, en France, pour produire des auteurs dont la maîtrise de la langue s’accompagne d’une errance idéologique un peu désolante. Pour autant, les livres de Millet valent le déplacement, et les occasions de plonger dans une langue comme on plongerait dans une mer nouvelle sont rares. Ajoutons qu’une seconde malédiction touche notre pays : Ecrire correctement à propos de la musique s’accompagne généralement d’une tendance assez profonde à être fasciné par des thématiques nationalistes ou ethnocentristes assez puissantes : Rebatet est l’auteur d’une intéressante <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Histoire de la musique</strong></em></span>, Philippe Nemo a publié un ouvrage qui gagne à être lu, intitulé <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Le Chemin de musique</strong></em></span>, et Richard Millet propose dans son <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Pour la musique contemporaine</strong></em></span> un panorama utile pour ceux qui ont du mal à entamer l’exploration de ce continent sonore. On trouvera aussi, chez ces mêmes auteurs, dans d’autres ouvrages, des propos qui, c’est le moins qu’on puisse dire, posent problème. Mais si on veut leur reprocher de chercher, excessivement, à maintenir les cultures dans les limites de leurs zones géographiques, si on veut critiquer leur volonté trop appuyer de maintenir une pureté dont on peut craindre qu&#8217;elle soit stérile, alors il est nécessaire d&#8217;accepter, soi même, de &laquo;&nbsp;frotter&nbsp;&raquo; ses propres idées aux leurs, aussi différentes soient elles. Il serait trop facile d&#8217;imposer aux autres des principes dont on s&#8217;affranchirait, sous prétexte qu&#8217;on préfèrerait conserver, soi-même, des idées &laquo;&nbsp;pures&nbsp;&raquo;. Si ces écrivains posent problèmes, c&#8217;est qu&#8217;ils réclament qu’on s’y confronte. On n’a pas à lire que les ouvrages qui surfent sur les vagues de la manière dont on pense déjà. Et on n’a pas à penser en surfant sur les vagues de la manière dont les livres s’expriment. Lire, c’est aussi rencontrer d’autres territoires de pensée. Avec ces trois auteurs, on est servi. Il suffit de les lire avec précaution.</p>
<p style="text-align: justify"><br /><img src="http://medias.harrystaut.fr/lephilosophe.jpg" alt="media" /><br />
</p>
<p style="text-align: justify">Dans les lignes qui suivent, il s’agit d’une traversée de l’hiver qui court d’un 28 avril à un 21 mai (on le comprend, c’est moins d’une saison que d’un hiver du corps, et d’un hiver spirituel, qu’il s’agit). Pour ce qui concerne mes élèves, un des intérêts de cette lecture (même s&#8217;il ne faut pas trop lire de manière intéressée), c&#8217;est de constater que gràce au cours, théoriquement, cette lecture prend davantage de sens. Ensuite, si certains aspects échappent encore, c&#8217;est très bien aussi :</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">« 28 avril<br />
A quoi songe-t-on en écoutant ce cycle dont les dimensions réfutent les catégories traditionnelles de l’écoute (comme le font, pour la lecture, les grands romans du 20è siècle) ? Ne suis-je pas écouté par elle ? Ecouté, c&#8217;est-à-dire entré dans son mouvement, participant de la vie interne du son, de la polyphonie des timbres, du flux extraordinairement lent qui nait de la dimension harmonique unitaire propre à la musique spectrale.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">29 avril<br />
Ce qui depuis longtemps me requiert, chez Dufourt, c’est le sentiment que sa musique me donne de l’inouï – lequel est le miroir de l’ailleurs, ou, si l’on préfère, de ce qui a lieu dans une <a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/hors-saison/attachment/1291802098/" rel="attachment wp-att-1970"><img class="alignright size-full wp-image-1970" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/09/1291802098.jpg" alt="" width="286" height="416" /></a>double réfutation du passé et du futur : un non-évènement non anecdotique ; de là le caractère méditatif – j’allais dire spirituel – de cette musique)</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">30 avril<br />
Lumière d’Hugues Dufourt, musique des peintres : vieux rêve d’alliance (plus que de « correspondance ») entre musique et peinture, affaire de temps latent de la peinture. Dévoilement qui appelle le récit, qui se réfère à des scènes : la musique de Dufourt serait elle, dès lors, une manière très haute de céder au récit (au sens) pour mieux le perdre dans le symbole, voire dans la perte du sens, comme Orphée se retournant vers Eurydice et la reléguant à l’ombre infernale, la musique n’ayant d’autre évènement qu’elle-même, étant construction temporelle, monde en soi, bien plus qu’image ou nostalgie du visible ?</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">2 mai<br />
Je viens d’un pays où les hivers sont longs et rudes, jamais vraiment enfuis, même au cœur des autres saisons. J’ai connu les longues stations au pied d’escaliers qui étaient autant d’échelles de Jacob entre la nuit et la lumière. J’ai grandi dans le clair-obscur de Rembrandt, de la Bible, de la mémoire des morts, du silence. Rembrandt n’illustre pas la Bible ; Dufourt n’illustre pas Rembrandt, infini tournoiement de l’esprit entre le clair et l’obscur.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">6 mai<br />
Duffourt n’illustre pas davantage Poussin, ni Bruegel, ni Guardi. Sa musique n’est pas la restitution métaphorique de ces toiles. Sa dimension évidemment contemplative nous parle du temps. Elle est la vis de l’escalier chez Rembrandt, le corbeau s’élançant dans le ciel chez Bruegel, la lune se levant sur les eaux du déluge chez Poussin, la gondole avançant sur la lagune chez Guardi. Elle est, aussi bien, c qui m’échappe ou me sidère – l’étoile vagabonde au dessus des eaux de l’esprit : dessaisissement de soi devant l’altérité irréductible.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">8 mai<br />
On pense parfois à la musique de Morton Feldman : geste cerné de silence, jeu avec l’extrême longueur et la lassitude, sidération heureuse ; mais il n’y a pas chez Dufourt la capacité d’émerveillement de l’Américain et qui est (avec d’autres moyens) un utopique défi au temps : Dufourt nous rappelle que nous sommes mortels.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">9 mai<br />
Dufourt évoque le temps ancien enclos dans les tableaux ; la musique serait la délivrance sonore de l’image. J’ai connu sur les hautes terres limousines des chasseurs rentrant dans la neige, des enfants jouant sur la glace, des vieilles femmes pliées sous d’énormes fagots. J’ai été un enfant dans le tableau de Bruegel ; je suis peut-être ce même enfant qui crie silencieusement dans la musique de Dufourt.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">10 mai<br />
J’ai entendu raconter là-bas le récit d’un déluge : l’inondation de la vallée par les eaux d’un barrage. Nous sommes d’après le déluge, privés d’innocence.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">11 mai<br />
Toute gondole est funèbre (Guardi, Liszt, Thomas Mann). Toute gondole dit que le plaisir est du temps frémissant qui nous rapproche de la mort autant qu’il nous en sépare.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">14 mai<br />
Non pas quatre saisons, mais quatre hivers ; autant de faces d’une même saison. Le 20è siècle, dit Dufourt, comme lieu de glaciation morale, mais aussi tout ce qui dans les siècles annonce cette cristallisation du mal. Prophétisme muet de la musique. Lumière d’hiver.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">15 mai<br />
Si je dis que cette musique me parle de moi, ce n’est pas tant comme sujet constitué que comme ce qui traverse le temps ; la musique me renvoie à une non dramatisation de l’ego ; elle rassemble l’épars ; elle est la fraicheur d’une autre temporalité.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">16 mai<br />
Balancement entre le silence et ce qui redouble le silence et qui serait le bruissement du temps. La musique de Dufourt est une des plus admirables tentatives pour signifier que même suspendu, le temps continue de bruire. La musique serait le chant du temps suspendu.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">17 mai<br />
Ce qui tourne, dans<em> le philosophe selon Rembrandt</em> ; la vis du temps, ou encore une version de l’échelle de Jacob ; l’homme entre le néant et Dieu, dirai-je en m’éloignant de Dufourt (mais sans être si loin de lui, peut-être)</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">18 mai<br />
J’ouvre la partition de La Gondole d’après Guardi : bonheur de suivre le trajet des alti, leur pure ligne, avec celle des cors, des flûtes ; le flux immobile. Lire la musique de Dufourt (comme je l’ai fait avec <em>Meerestille</em> et <em>An Schwager Kronos</em>, pour piano) ; c’est écouter le temps suspendu.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">19 mai<br />
Le temps suspendu de Venise. C’est le colonel Cardwell qui est dans la gondole que pousse sur la lagune la musique de Dufourt au-delà du fleuve et sous les arbres, dans ce beau roman où Hemingway évoque une Venise hivernale, déserte, froide. Venise est un lieu de mort – lieu de la mort-couleur.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">20 mai<br />
<em>Genèse</em>, Poussin, Dufourt. La musique est réfutation des symboles ; une lecture du monde par défaut, supposant la primauté du sonore sur le visible. Affrontement de la négativité. Nécessité de la tradition – de son réemploi, de la nostalgie féconde (non mimétique, non régressive) de la symphonie, par exemple ; cela seul qui puisse nous faire croire que nous aurons traversé l’hiver.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">21 mai<br />
Cette musique m’écoute ; elle me renvoie à mon propre hiver, défait des images premières, débarrassé de tout regard spéculaire sur moi et sur le monde. Je traverse l’hiver. Je ne suis plus qu’un élément non psychologique du son ; une couleur changeante du spectre, un vitrail traversé, un éclat dans la grande rosace du temps.&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: right;padding-left: 30px">Richard Millet. Nogent sur Marne, 2002</p>
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		<title>Etre un philosophe qui s&#8217;ignore</title>
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		<pubDate>Mon, 19 Sep 2011 10:07:02 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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 Comme le précédent article l&#8217;annonçait, voici deux textes, extraits de l&#8217;oeuvre de Kant, permettant de mieux saisir ce que signifie vraiment cette affirmation célèbre  selon laquelle on n&#8217;apprendrait jamais la philosophie, seul l&#8217;acte de philosopher pouvant être enseigné. Ces deux textes développent cette idée, en tentant, tous les deux, de distinguer la philosophie d&#8217;une simple [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify"> Comme le précédent article l&#8217;annonçait, voici deux textes, extraits de l&#8217;oeuvre de Kant, permettant de mieux saisir ce que signifie vraiment cette affirmation célèbre  selon laquelle on n&#8217;apprendrait jamais la philosophie, seul l&#8217;acte de philosopher pouvant être enseigné. Ces deux textes développent cette idée, en tentant, tous les deux, de distinguer la philosophie d&#8217;une simple érudition, ce à quoi elle pourrait être réduite, particulièrement dans le cadre d&#8217;une préparation à un examen.  Le premier texte n&#8217;est peut être pas le plus connu des deux, mais il est plus facile à <a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/etre-un-philosophe-qui-signore/kant/" rel="attachment wp-att-1959"><img class="alignright size-full wp-image-1959" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/09/kant.jpg" alt="" width="299" height="359" /></a>comprendre pour des débutants. Le second réclame un peu plus d&#8217;attention, parce que, situé à la fin de la Critique de la Raison Pure, il participe à une ambition plus élevée, consistant à établir la place, la valeur et les limites de la métaphysique.. Pour le saisir tout à fait, on conseille fortement d&#8217;aller ouvrir un volume de la <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Critique de la Raison Pure</strong></em></span>, dont il est extrait, et de creuser un peu le chapitre 3 (Architectonique de la Raison Pure) de la seconde partie de ce traité, intitulée Théorie transcendantale de la théorie.</p>
<p style="text-align: justify">On se méfiera, cependant, d&#8217;une interprétation réductrice de ces textes, visant à se donner bonne conscience malgré son inculture : Kant ne dit pas que la philosophie est étrangère à la culture en général. Il ne dit pas non plus que la philosophie serait étrangère à sa propre culture. Il affirme qu&#8217;elle ne s&#8217;y réduit pas, ce qui est différent. Ainsi, n&#8217;avoir jamais rencontré l&#8217;histoire de la philosophie à travers les auteurs, les textes, les enseignements, ce serait se lancer dans une pratique sans rien en savoir. Si Kant lançait un tel conseil, on ne comprendrait pas, alors, pourquoi dans ses <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Prolégomènes à toute métaphysique future qui pourrait se présenter comme science</strong></em></span>, il effectue cette confidence devenue célèbre : &laquo;&nbsp;<em>Je l&#8217;avoue franchement : ce fut l&#8217;avertissement de David Hume qui interrompit d&#8217;abord, voilà bien des années, mon sommeil dogmatique et qui donna à mes recherches en philosophie spéculative une tout autre direction</em>.&nbsp;&raquo;. On peut toucher ici ce que la culture philosophique doit avoir de dynamique : on ne lit pas les auteurs pour s&#8217;y arrêter, mais pour qu&#8217;ils nous mettent en mouvement.</p>
<p style="text-align: justify">On comprendra donc comment, en philosophie, ignorance et savoir entrent en tension : C’est entendu : le savoir a ceci de dérangeant qu’il peut ne plus déranger du tout et enfermer celui qui en est porteur dans le plus ferme des dogmatismes. On pourrait alors supposer que l’ignorance soit plus profitable, laissant l’esprit libre de produire des idées nouvelles sans être influencé par celles qui l’encombreraient déjà; pourtant, l’ignorance ne s’apparente jamais à une simple absence de connaissance, et la liberté ne peut pas se réduire à la seule vacuité, au néant au sein duquel toutes les possibilités seraient offertes, indifféremment. Ignorer, ce n’est pas creuser en soi un vide pour produire une aspiration à le remplir. Elle serait plutôt un arrêt en chemin qui aurait tourné à l’installation au long cours, exactement comme peut l’être une connaissance trop fermement établie. D’ailleurs, puisque l’ignorance n’est pas un vide absolu, il faut plutôt la concevoir comme le résultat d’un sentiment d’en savoir déjà assez : si on ne sait pas, ce n’est pas parce qu’on ne sait rien, mais parce qu’on pense déjà savoir. En termes de dynamique, à moins d’être ce dieu omniscient dont parle Spinoza, le savoir et l’ignorance présentent ce même défaut qu’on peut s’y arrêter, y perdre son élan, y faire mourir la pensée.</p>
<p style="text-align: justify">Voici donc ces extraits. Les quelques lignes qui, ci-dessus, tentent d&#8217;y préparer devraient être complétées par une réflexion sur ce qu&#8217;on appelle les &laquo;&nbsp;fins&nbsp;&raquo;, qu&#8217;on abordera plus tard dans l&#8217;année.</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">&laquo;&nbsp;La philosophie n&#8217;est véritablement qu&#8217;une occupation pour l&#8217;adulte, il n&#8217;est pas étonnant que des difficultés se présentent lorsqu&#8217;on veut la conformer à l&#8217;aptitude la moins exercée de la jeunesse. L&#8217;étudiant qui sort de l&#8217;enseignement scolaire était habitué à apprendre. Il pense maintenant qu&#8217;il va apprendre la Philosophie, ce qui est pourtant impossible car il doit désormais apprendre à philosopher. Je vais m&#8217;expliquer plus clairement : toutes les sciences qu&#8217;on peut apprendre au sens propre peuvent être ramenées à deux genres : les sciences historiques et mathématiques. Aux premières appartiennent, en dehors de l&#8217;histoire proprement dite, la description de la nature, la philologie, le droit positif, etc. Or dans tout ce qui est historique l&#8217;expérience personnelle ou le témoignage étranger, &#8211; et dans ce qui est mathématique, l&#8217;évidence des concepts et la nécessité de la démonstration, constituent quelque chose de donné en fait et qui par conséquent est une possession et n&#8217;a pour ainsi dire qu&#8217;à être assimilé : il est donc possible dans l&#8217;un et l&#8217;autre cas d&#8217;apprendre, c&#8217;est-à-dire d&#8217;imprimer dans la mémoire, soit dans l&#8217;entendement, ce qui peut nous être exposé comme une discipline déjà achevée. Ainsi pour pouvoir apprendre aussi la Philosophie, il faudrait d&#8217;abord qu&#8217;il en existât réellement une. On devrait pouvoir présenter un livre, et dire : &laquo;&nbsp;Voyez, voici de la science et des connaissances assurées ; apprenez à le comprendre et à le retenir, bâtissez ensuite là-dessus, et vous serez philosophe&nbsp;&raquo; : jusqu&#8217;à ce qu&#8217;on me montre un tel livre de Philosophie, sur lequel je puisse m&#8217;appuyer à peu près comme sur Polybe pour exposer un événement de l&#8217;histoire, ou sur Euclide pour expliquer une proposition de Géométrie, qu&#8217;il me soit permis de dire qu&#8217;on abuse de la confiance du public lorsque, au lieu d&#8217;étendre l&#8217;aptitude intellectuelle de la jeunesse qui nous est confiée, et de la former en vue d&#8217;une connaissance personnelle future, dans sa maturité, on la dupe avec une Philosophie prétendument déjà achevée, qui a été imaginée pour elle par d&#8217;autres, et dont découle une illusion de science, qui ne vaut comme bon argent qu&#8217;en un certain lieu et parmi certaines gens, mais est partout ailleurs démonétisée. La méthode spécifique de l&#8217;enseignement en Philosophie est zététique, comme la nommaient quelques Anciens (de dzètein, rechercher), c&#8217;est-à-dire qu&#8217;elle est une méthode de recherche, et ce ne peut être que dans une raison déjà exercée qu&#8217;elle devient en certains domaines dogmatique, c&#8217;est-à-dire dérisoire.&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: right;padding-left: 30px">Kant, <span style="text-decoration: underline"><strong><em>Annonce du programme des leç</em></strong>.<strong><em>ons de M. E. Kant durant le semestre d’hiver</em></strong></span> (1765-1766), traduction de M. Fichant, Éd. Vrin, 1973, pp. 68-69</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">&laquo;&nbsp;La philosophie n&#8217;est que la simple idée d&#8217;une science possible qui n&#8217;est donnée nulle part in concreto, mais dont on cherche à s&#8217;approcher par différentes voies jusqu&#8217;à ce qu&#8217;on ait découvert l&#8217;unique sentier qui y conduit, mais qu&#8217;obstruait la sensibilité, et que l&#8217;on réussisse, autant qu&#8217;il est permis à des hommes, à rendre la copie, jusque-là manquée, semblable au modèle. Jusqu&#8217;ici on ne peut apprendre aucune philosophie; car où est-elle, qui la possède et à quoi peut-on la reconnaître ? On ne peut qu&#8217;apprendre à philosopher, c&#8217;est-à-dire à exercer le talent de la raison dans l&#8217;application de ses principes généraux à certaines tentatives qui se présentent, mais toujours avec la réserve du droit qu&#8217;a la raison de rechercher ces principes eux-mêmes à leurs sources et de les confirmer ou de les rejeter&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: right;padding-left: 30px">Kant, <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Critique de la Raison pure</strong></em></span>, 1781, trad. Trémesaygues et Pacaud, Alcan, p. 646.</p>
<p style="text-align: justify"> Une dernière précision : ceux qui voudraient creuser la question du rôle de la connaissance philosophique dans la philosophie elle même pourront se reporter à ce texte, publié par Christophe Perrin : <a href="http://www.revue-klesis.org/pdf/no11-1-_art2__Perrin.pdf" target="_blank">http://www.revue-klesis.org/pdf/no11-1-_art2__Perrin.pdf</a>. D&#8217;une grande clarté, il permettra aux débutants et aux amateurs avertis de rencontrer, de nouveau, Kant mais aussi ses contradicteurs autour de ce problème central pour qui veut faire ses premiers pas de philosophe.</p>
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		<title>Stairway to heaven</title>
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		<pubDate>Sun, 18 Sep 2011 13:57:42 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Bonus]]></category>
		<category><![CDATA[Introduction à la philosophie]]></category>

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		<description><![CDATA[
Comme promis à mes élèves en fin de semaine, voici un énième commentaire du tableau de Rembrandt intitulé le Philosophe en méditation (1632).
Il est possible que l&#8217;article parle peu à ceux des lecteurs qui ne sont pas inscrits sur mes listes d&#8217;appel. Je publierai à la suite deux autres articles permettant d&#8217;aborder l&#8217;introduction à la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify"><em>Comme promis à mes élèves en fin de semaine, voici un énième commentaire du tableau de Rembrandt intitulé <span style="text-decoration: underline"><strong>le Philosophe en méditation</strong></span> (1632).</em></p>
<p style="text-align: justify"><em>Il est possible que l&#8217;article parle peu à ceux des lecteurs qui ne sont pas inscrits sur mes listes d&#8217;appel. Je publierai à la suite deux autres articles permettant d&#8217;aborder l&#8217;introduction à la philosophie (puisque c&#8217;est la saison) sous d&#8217;autres angles, avec Kant pour l&#8217;un, et Heidegger pour l&#8217;autre.</em></p>
<p style="text-align: justify"><em>Voici pour commencer, ce que mes élèves auraient pu tirer des deux premières séances passées à creuser un peu le clair obscur de Rembrandt dans l&#8217;optique d&#8217;y cerner des pespectives ascendantes :</em></p>
<p style="text-align: justify">Si le clair-obscur a pour principe, en peinture, de révéler par la lumière cette nature des choses qui échappe à la vue « habituelle », en la découpant pour ainsi dire comme au laser du reste de la matière du monde, on pourrait alors considérer qu’il constitue aussi, même si c’est en concevant la « lumière » plus abstraitement, la méthode spécifique de la philosophie : éclairer les objets qu’elle pense de telle sorte que leur nature véritable soit mise en lumière, ce que l’entendement commun, le soi-disant « bon sens » , rate le plus souvent, ne parvenant pas à constituer des idées « claires et distinctes ».</p>
<p style="text-align: justify">Alors, évidemment, quand Rembrandt applique cette technique dans un tableau  dont le personnage central est un philosophe, on peut s’attendre à ce que ce soit un peu comme si le tableau lui-même réfléchissait, puisque la technique de représentation de l’objet est celle là même que l’objet représenté met en œuvre : mise en scène artificielle d’une lumière venant illuminer celui qu’un éclairage intérieur doit rendre plus lucide.</p>
<p style="text-align: justify"><em><p><a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/stairway-to-heaven/"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a></p></em></p>
<p style="text-align: justify">Le philosophe, tel que Rembrandt le représente, est un homme qui semble détaché de l’environnement dans lequel il se trouve : il ne regarde rien à l’extérieur de lui, il est introverti, tourné en lui-même dans ce qui semble être une méditation, c&#8217;est-à-dire une pensée qui rompt avec les objets du monde sensible, les occupations et distractions habituelles, pour se consacrer à elle-même, une pensée qui se prend elle-même pour objet ; une réflexion en somme, si on veut bien donner à ce mot le sens qu’il peut avoir en optique.</p>
<p style="text-align: justify"> </p>
<p style="text-align: justify">Pour marquer cette séparation d’avec le monde physique, Rembrandt représente, dans la même pièce, mais dans une autre lueur, un autre être humain, affairé à attiser le feu dans la cheminée. Les rôles et les territoires sont dès lors clairement répartis : au serviteur les préoccupations matérielles, l’enfermement dans la routine des tâches ménagères. Au penseur le loisir (ce que les grecs appelaient [skhole], que les latins traduiront [otium]), c&#8217;est-à-dire la disponibilité, permise par la prise en charge des choses matérielles par d’autres, laissant le temps libre pour s’attacher à la pure connaissance, à la réflexion désintéressée, à la méditation en somme. On retrouve dans cette pièce une répartition sociale permanente, et ce depuis l’antiquité, entre ceux qui répètent chaque jour les mêmes gestes, dans les mêmes efforts face aux difficultés matérielles, et ceux qui peuvent consacrer tout leur temps à leur développement spirituel. Cette distinction pourrait d’ailleurs être reconnue dans la situation spécifique de l’écolier (« école » vient de [skhole]), qui se trouve dégagé de toutes les contraintes matérielles de sa vie, prises en charge par d’autres, libérant son temps afin qu’il se consacre pleinement à l’étude, à la réflexion, à la création, à la méditation au sens large, sans autre but que de se cultiver soi même.</p>
<p style="text-align: justify">Mais si le tableau témoigne de la répartition des rôles qui perdure, de l’antiquité à nos jours, même si c’est sous d’autres formes, c’est moins pour mettre en scène ce contraste (qui, dans le clair-obscur, n’est qu’un moyen) que pour souligner la nature spécifique du philosophe, qui ne se réduit pas au confort d’une vie au sein de laquelle la moindre difficulté est prise en charge par des serviteurs. Les détails de l’agencement de la pièce, ainsi que la mise en scène générale en disent davantage encore.</p>
<p style="text-align: justify">A côté de ce personnage qu’on appellera donc « philosophe », on trouve une table sur laquelle figurent quelques instruments ainsi que des livres. L’un de ceux-ci est ouvert, mais le philosophe ne le lit pas au moment où on l’observe. Recueilli, les yeux clos, comme replié sur lui-même, il semble méditer en lui-même, sans plus percevoir le monde autour de lui. De cet agencement, on pourrait déduire que Rembrandt peint le philosophe comme celui qui a acquis suffisamment de connaissance pour ne plus avoir besoin d’en apprendre davantage. Au XVIIè siècle, une telle omniscience aurait été envisageable. Après tout, Descartes témoigne lui-même, dans la biographie philosophique qu’est son Discours de la méthode, qu’à l’issue de ses études, il sait, en gros, tout ce que le développement de la science de son temps permet de savoir ; il a fait le tour des connaissances de son siècle. La science n’a pas encore effectué les découvertes considérables que rendront possibles, plus tard, les principes de la science expérimentale. On peut alors, à bon droit, se considérer comme « savant ».</p>
<p style="text-align: justify">Or la figure du savant est aussi, depuis l’Antiquité, celle du sage. On définit en effet la sagesse par la possession d’une connaissance absolue, associée à une parfaite maîtrise de soi. Ainsi, conformément, semble t-il, à la mise en scène de Rembrandt, serait véritablement sage celui qui n’aurait plus rien à apprendre du monde, des livres ou des autres. Marqué par la connaissance dont il dispose, il pourrait se reposer sur ce savoir, et goûter une quiétude bien méritée. En apparence, le philosophe de Rembrandt connaît un tel apaisement : baigné de la lumière du soleil filtrant par la fenêtre, il peut demeurer dans l’illumination de sa sagesse.</p>
<p style="text-align: justify">Pourtant, voir ainsi dans le portrait de Rembrandt un philosophe qui aurait atteint un summum dans la connaissance constituerait une erreur d’interprétation, laissant de côté un aspect important, et central, du tableau : si son personnage central médite dans la lumière qui l’inonde, il se trouve en fait au creux d’un mouvement qui le dépasse et dans lequel il est pris, malgré son apparent repos. Au beau milieu du tableau, structurant celui-ci et distribuant ombre et lumière, un escalier à vis s’élève hors de la pièce, ouvrant celle-ci sur une perspective qu’on peut deviner, mais qui demeure invisible à l’œil. Quelques décennies plus tôt, la Renaissance aurait volontiers rivalisé de prouesses géométriques pour percer les murs de cette pièce de perspectives tendues à travers les environs, ouvrant la vue et symboliquement la connaissance, à des étendues nouvelles. Ici, chez Rembrandt, le rapport à la connaissance est plus subtil : si ses premières marches bénéficient de la lumière diffusée par la fenêtre, cet escalier plonge, au fur et à mesure de son élévation, dans l’ombre et sa forme interdit de saisir les paliers auxquels il conduit.</p>
<p style="text-align: justify">Ainsi, si le philosophe est porteur d’un savoir, celui-ci ne constitue pas l’alpha et l’omega de la sagesse qui le caractérise : s’il semble physiquement figé dans sa retraite, sa méditation ne consiste pas en un simple contentement devant une connaissance définitivement acquise. L’escalier ouvre le lieu sur d’autres espaces vers lesquels le regard de celui qui contemple le tableau est aspiré, contrées qu’on devine déjà explorées intérieurement par ce philosophe, territoires à la surface desquels on pourrait bien le croiser si on en faisait notre propre contrée.</p>
<p style="text-align: justify">Mais si le philosophe n’est pas un parvenu du savoir, un savant qui aurait capitalisé une connaissance qu’il distribuerait au compte-gouttes aux ignorants, il fait alors partie de ceux qui sont en quête de vérité, puisqu’ils ne la possèdent pas. Et c’est ce portrait que peint Rembrandt ici, parce que le portrait ne réside pas dans la figure du personnage, mais dans le tableau tout entier. Si la lumière pourrait être ici interprétée comme une révélation (on la considèrerait ainsi s’il s’agissait du portrait d’un religieux), elle n’illumine cependant pas tout. Elle permet seulement de délimiter les choses, initiant cet acte spécifique à l’esprit humain qui consiste à effectuer des distinctions, à séparer les éléments du monde pour mieux les comprendre. C’est sur ces bases qu’à la Renaissance, les initiateurs du clair-obscur, au premier titre desquels le Caravage, vont utiliser la lumière comme un principe qui ne proviendrait plus d’un être supérieur, provoquant l’illumination et l’éblouissement de l’homme, mais comme l’effet du regard de l’homme lui-même, qui se débrouille pour éclairer, par lui-même, grâce à la lucidité permise par la raison, les ténèbres du monde, en prenant avant tout du recul par rapport à ce qui se donne à voir.</p>
<p style="text-align: justify">Ainsi, en philosophie, si le monde est nécessaire, si l’apprentissage dans les livres l’est tout autant, l’essentiel ne réside pas là. Car même quand on peut penser qu’on a fait le tour des choses, qu’on a saisi tout ce qui pouvait l’être, c’est l’espace même de la pensée qui demeure à découvrir. C’est dans cette insuffisance de la connaissance qu’on trouve la justification de cette affirmation de Kant, devenue, célèbre, selon laquelle on ne peut apprendre la philosophie, seul pourrait être appris l’acte même de philosopher (on proposera, dans l’article suivant, deux textes mettant cette affirmation en perspective, afin qu’elle ne soit pas isolée des raisons pour lesquelles elle est prononcée). C’est pour cette même raison que le cours de philosophie se présente de manière particulière, peut être désarmante pour l’élève qui souhaiterait aborder cette discipline comme si c’était une simple matière dont il faudrait apprendre les conclusions sans avoir soi même à en mettre en œuvre les processus. Si le philosophe de Rembrandt pouvait être réductible au personnage qu’il met en scène, une telle approche serait envisageable, et la posture du disciple serait légitime face à un tel maître. Mais ce que met en scène ce tableau, c’est moins un personnage (qu’il serait toujours facile de singer : après tout, Yoda, ce personnage tout droit sorti de l’esprit facétieux de Georges Lucas, y parvient très bien) qu’une dynamique, un mouvement ou une aspiration que chacun peut entamer, et dont personne ne peut se sentir tout à fait étranger.</p>
<p style="text-align: justify">Il n’en demeure pas moins que présenter ainsi le philosophe, c’est mettre en lumière la part d’ombre qu’il recèle. Il fallait au moins une technique telle que le clair-obscur pour y parvenir. Mais si on veut dépasser le commentaire de la peinture et la contemplation de l’œuvre de Rembrandt, s’il faut tenter de penser le mouvement qu’il provoque, alors on ne pourra pas éviter de se confronter aux questions suivantes : comment la philosophie peut elle décider qu’il est très important de poursuivre quelque chose qu’on ne connait pas, et dont on devine qu’on ne l’atteindra jamais ? Et comment peut-on faire du repos un idéal tout en initiant un mouvement qui n’aura manifestement pas de fin ? De telles questions pourraient faire l’objet d’une année entière de cours, et d’une vie de méditation. Dans le cadre d’une introduction à la philosophie, qui doit bien se plier aux exigences d’un programme défini, on devra se contenter d’observer comment ce mouvement s’initie, et pourquoi cette absence de repos peut être appelé « inquiétude », ce qui permettra de donner un ensemble de qualité à ce mouvement, et à proposer un cadre pour qu’il ne soit pas voué à la désorientation.</p>
<p style="text-align: justify">NB : En illustration,  une séquence mise en ligne sur <em>Youtube</em>, permettant d&#8217;observer le tableau sous des contrastes variés, permettant de révéler le troisième personnage, dissimulé dans l&#8217;ombre de l&#8217;escalier, invitant le spectateur à l&#8217;élévation.</p>
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		<title>Windows on the world</title>
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		<pubDate>Thu, 01 Sep 2011 22:31:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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Supplément à l’article qui tentait de percer de nouvelles perspectives cinématographiques dans les murs de la cour sur laquelle donnaient les fenêtres de Jeffries, dans Rear Window, de Hitchcock (http://www.harrystaut.fr/2011/01/a-partir-de-fenetre-sur-cour-exploration-du-quartier/).
On me signale qu’en 2007 la chaine américaine HBO avait tenté une première expérience de format alternatif pour la construction d’une narration. On le sait, cette [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify">Supplément à l’article qui tentait de percer de nouvelles perspectives cinématographiques dans les murs de la cour sur laquelle donnaient les fenêtres de Jeffries, dans <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Rear Window</strong></em></span>, de Hitchcock (<a href="http://www.harrystaut.fr/2011/01/a-partir-de-fenetre-sur-cour-exploration-du-quartier/" target="_blank">http://www.harrystaut.fr/2011/01/a-partir-de-fenetre-sur-cour-exploration-du-quartier/</a>).</p>
<p style="text-align: justify">On me signale qu’en 2007 la chaine américaine HBO avait tenté une première expérience de format alternatif pour la construction d’une narration. On le sait, cette chaine est spécialisée dans les séries, forme à laquelle elle a d’ailleurs contribué à donner ses lettres de noblesse, créant des titres désormais classiques (Les S<span style="text-decoration: underline"><em><strong>opranos</strong></em></span>, bien sûr, mais aussi <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Six Feet Under</strong></em></span>, ou plus récemment les <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Band of Brothers</strong></em></span>). Mais comme c’est une chaine payante, comme Canal+ en France, elle tente forcément de trouver des moyens d’adapter la narration filmée aux nouveaux supports de consommation, ce qui signifie, aujourd’hui, aux réseaux d’information.</p>
<p style="text-align: justify">On avait déjà évoqué dans ces colonnes, le <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Cube</strong></em></span> dont les faces permettaient de suivre, sous des angles différents, une seule et même histoire (<a href="http://www.harrystaut.fr/2009/11/puissance-cubique/" target="_blank">http://www.harrystaut.fr/2009/11/puissance-cubique/</a>) mais il apparaît que le même laboratoire avait tenté, avec le <span style="text-decoration: underline"><em><strong>&#8216;Voyeur Experience&#8217;</strong></em></span> quelque chose de bien plus proche du film d’Hitchcock, tellement proche à vrai dire que l’écran d’accueil y faisait explicitement référence, sous la forme d’une fenêtre au rideau baissé, devant laquelle est posée une paire de jumelles.</p>
<p style="text-align: justify"><p><a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/windows-on-the-world/"><em>Cliquer ici pour voir la vidéo.</em></a></p></p>
<p style="text-align: justify">S’il s’agit d’interroger les fondamentaux de la relation du spectateur aux images qu’il regarde, le projet de HBO est on ne peut plus explicite, et ce dès son titre,. On l’avait déjà exposé ici : à la source de l’expérience cinématographique il y a une volonté de voir, une pulsion scopique. Et bien entendu, si le cinéma présente une spécificité par rapport à la vie, c’est qu’il donne à voir, sur écran, ce qui dans la vie, et de la vie, ne se donne pas à voir. La vie urbaine, avec sa proximité de voisinage, ses bâtiments qui se font face, ces vis-à-vis qui donnent souvent pour horizon aux uns la fenêtre des autres, provoque cette pulsion en mettant à portée de tous une vue imprenable sur la vie de ses semblables, qui nous sont aussi semblables que peuvent l’être les personnages d’une fiction dès lors qu’on les regarde, tels des mécanismes en mouvement, « fonctionnant » derrière l’écran, paravent mais aussi surface de projection, de leur fenêtre. Pour le dire plus simplement, le simple fait que ce qui se passe derrière les rideaux soit censé être intime suscite la pulsion de le voir, et ce même si pour cela, il faut s’approcher de la fenêtre et se mettre ainsi en position d’être soi même objet du regard des autres. On renverra, au choix, à Sartre et à son analyse du rôle du regard d’autrui dans l’émergence de la conscience personnelle (dans <span style="text-decoration: underline"><em><strong>l&#8217;Etre et le néant</strong></em></span>), ou à Armistead Maupin (c’est &laquo;&nbsp;un peu&nbsp;&raquo; plus léger, on prévient) qui, dans l’un des volumes de ses <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Chroniques de San Francisco</strong></em></span>, fait de cette expérience du regard réciproque de deux voyeurs un moteur narratif assez efficace.</p>
<p style="text-align: justify">La spécificité du projet HBO, c’est de se réaliser sur l’écran des ordinateurs, puisque formellement, c’est un site accessible via internet. Une page d’accueil propose diverses adresses, et quand on clique sur l’une d’entre elles, les fenêtres d’un, ou de plusieurs appartements apparaissent, qu’on peut à leur tour sélectionner pour en faire « tomber les murs », de sorte qu’on puisse observer ce qui se passe à l’intérieur. Ceux qui ont déjà joué, dans les années 90, au jeu <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Night Trap</strong></em></span>, (sur Megadrive, la console de jeux Sega de ces années là) se <a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/windows-on-the-world/attachment/7051890/" rel="attachment wp-att-1947"><img class="alignright size-medium wp-image-1947" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/09/7051890-300x203.jpg" alt="" width="300" height="203" /></a>souviendront de ce dispositif dans lequel il fallait choisir les pièces qu’on pouvait observer, et l’angle sous lequel on allait les regarder pour pouvoir constituer, peu à peu, une connaissance totale de la situation, connaissance qui serait nécessairement abstraite puisque l’expérience, elle, demeurait parcellaire. La puissance du jeu résidait dans le fait que les scènes vues à l’écran avaient été tournées en studio, comme on tourne une série, Sega ayant, mine de rien, réalisé un film d’un nouveau genre, dont toutes les scènes étaient synchrones, en « temps réel », et dont le spectateur effectuait lui-même le montage, tout en ayant la possibilité d’intervenir sur le scénario (puisque c’est bien entendu, sa mission, que de faire en sorte que les choses se passent au mieux pour les victimes potentielles). Au cinéma, la seule alternative pour ce genre de projet, c’est le split-screen, le découpage de l’écran en fenêtres dans lesquelles on montre simultanément plusieurs éléments narratifs, comme on le voit faire, abondamment, dans la série <span style="text-decoration: underline"><em><strong>24h</strong></em></span>, ou bien, souvent, chez De Palma. Poussée à son stade extrême, le film <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Timecode</strong></em></span> (2000, Mike Figgis) est une tentative d&#8217;imposer au spectateur de regarder, sur un même écran divisé en quatre parts égales, un seul et même récit mis en scène sous la forme de quatre films constitué d&#8217;un seul très long plan séquence, tournés de manière synchronisés, et diffusés tels quels, sans autre montage qu&#8217;un léger traitement des pistes sonores, le plus souvent audibles, toutes les quatre, simultanément, laissant le cerveau du spectateur se débrouiller pour trier les informations qui lui parviennent.</p>
<p style="text-align: justify"> </p>
<p style="text-align: justify">Le problème d’internet, c’est que si le réseau défie avec un certain succès l’espace, il reste assez sensible au passage du temps : tout ne peut pas être indéfiniment conservé dans les serveurs, et de telles expériences sont gourmandes en espace de stockage. Le « Voyeur experience » avait été initié en 2007, et n’en subsiste aujourd’hui que le cœur du dispositif, disponible ici : <a href="http://archive.bigspaceship.com/hbovoyeur/" target="_blank">http://archive.bigspaceship.com/hbovoyeur/</a> c&#8217;est-à-dire la partie la plus « cinématographique », amputée de son complément, qui était constitué d’un imposant forum dans lequel on pouvait plonger, plus profondément dans la vie des personnages, ce qui ouvrait, de nouveau, une perspective supplémentaire, jouant en permanence sur le fait que les informations diffusées sur le net peuvent être en phase avec ce qu’on appelle la « réalité », tout comme elles peuvent ne pas l’être.</p>
<p style="text-align: justify">D’une certaine manière, HBO n’avait fait que concentrer dans un projet identifié un phénomène qui avait déjà pu être observé quelques moins auparavant, de manière plus floue : en 2006, une adolescente qui avait pour pseudonyme Lonelygirl15 était censée diffuser sur Youtube des videos constituant des petites chroniques de sa vie. Evidemment, le moteur central du dispositif était la tendance spontanée des spectateurs à regarder ce qui ne se présente pas a priori comme devant être vu, mais comme pouvant l’être. Quand il s’agit de pulsion scopique, la nuance est importante, et il était crucial que ces spectateurs aient l’illusion solide que ces séquences ne leur étaient pas destinées, et qu’il ne les voyait que parce qu’il allait les dénicher sur le net.</p>
<p style="text-align: justify">Le risque de tels agencements, c’est de produire davantage de complaisance que de contemplation. On l’a déjà dit, de telles mises en scènes, et de tels dispositifs ne dépassent le seuil de la complaisance (c&#8217;est-à-dire de la satisfaction simpliste, et un peu primaire) qu’en faisant écran à ce qu’elles montrent, c&#8217;est-à-dire en détournant l’attente de celui qui regarde. Le risque spécifique des initiatives telles que <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Lonelygirl15</strong></em></span> et HBO, c’est d’être avant tout motivées par la recherche de nouveaux créneaux commerciaux en matière de diffusion <a href="http://www.harrystaut.fr/2011/09/windows-on-the-world/panopticon/" rel="attachment wp-att-1948"><img class="alignright size-medium wp-image-1948" src="http://www.harrystaut.fr/files/2011/09/panopticon-300x163.jpg" alt="" width="300" height="163" /></a>de fictions. Si les réseaux d’information doivent devenir les canaux via lesquels de telles expériences peuvent être effectuées, alors sans doute le « <span style="text-decoration: underline"><em><strong>Voyeur experience</strong></em></span> » et quelques jeux video sont-ils les prototypes, les tentatives encore imparfaites pour mener à bien de tels projets. Mais de toute évidence, l’œuvre spécifique rendue possible par ces nouveaux media est encore à créer. Voilà d’ailleurs qui devrait ouvrir des perspectives à ceux qui se lancent dans des filières littéraires.</p>
<p style="text-align: justify">Les artistes plasticiens ont, dans ce domaine, une bonne longueur d’avance. On pensera, par exemple, aux œuvres de Sophie Calle, qui jouent souvent sur ce dialogue entre l’œuvre et la vie privée de l’artiste, l’un et l’autre interragissant sous le regard du spectateur qui peut se trouver en position de regard collectant les informations et reconstituant l’objet à partir des morceaux qui lui en sont proposés, ou bien en situation d’acteur qui pourra intervenir sur l’œuvre, et donc dans la vie de l’artiste.</p>
<p style="text-align: justify">En littérature, et déjà investissant les possibilités nouvelles offertes par , on pourra explorer la mise à disposition de soi opérée par l’écrivain Renaud Camus depuis son livre ‘<span style="text-decoration: underline"><em><strong>P.A.</strong></em></span>’, sous titré Petite Annonce, qui double son dispositif littéraire (il faut ouvrir le livre pour comprendre) d’un site mettant à jour ce qui est mis à disposition sous la forme de ce que l’auteur appelle un « hyperlivre » (<a href="http://www.renaud-camus.net/vaisseaux-brules/" target="_blank">http://www.renaud-camus.net/vaisseaux-brules/</a>). On ne saurait trop conseiller à ceux que la question du voyeurisme en art intéresse de lire les premiers segments de cette œuvre, tant Renaud Camus s’attaque à la question avec une évidence  et une forme qui peuvent éclairer ceux qui veulent méditer un peu le rapport qu’artiste, œuvre, et spectacteur entretiennent avec ce qui se donne à voir.</p>
<p style="text-align: justify">Illustrations : le système panoptique fut créé par Jeremy Bentham à la fin du 18è siècle, et pourrait être envisagé comme une application disciplinaire de la pulsion scopique, détournée ici de telle manière que c&#8217;est celui qui se trouve sous les feux de la rampe qui, persuadé d&#8217;être observé,  se constitue comme objet livré au regard d&#8217;autrui. Le procédé est, aujourd&#8217;hui, repris aussi bien dans les systèmes de surveillance de la société civile que dans la mise en scène de la télé soi-disant &laquo;&nbsp;réalité&nbsp;&raquo;. Dans ce cas précis, la relation du spectateur à l&#8217;objet est réduite à la plus stricte complaisance, puisqu&#8217;on promet à celui qui voit que rien ne fera obstacle à son voyeurisme. Le panoptique tel que Bentham l&#8217;avait conçu ne comprenait ps cette persversion ci, puisqu&#8217;il pourrait, à l&#8217;extrême, se passer de tout observateur, laissant la surveillance aux surveillés eux mêmes.</p>
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		<title>Un de ces jours, tu vas te sentir vraiment seul. Une promenade nauséeuse, en musique.</title>
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		<pubDate>Mon, 04 Jul 2011 16:40:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Audio]]></category>
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Les lecteurs de la Nausée, cette « fiction du non-fictif » comme l’écrivait le critique Jean Rousset, savent qu&#8217;un titre de jazz y joue un rôle prédominant, bien au-delà du simple design sonore auquel la littérature contemporaine aime avoir recours lorsqu’il faut compenser un manque d’habileté dans l’écriture pour générer des ambiances (lâcher des références [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">Les lecteurs de <strong><em><span style="text-decoration: underline;">la Nausée</span></em></strong>, cette « fiction du non-fictif » comme l’écrivait le critique Jean Rousset, savent qu&#8217;un titre de jazz y joue un rôle prédominant, bien au-delà du simple design sonore auquel la littérature contemporaine aime avoir recours lorsqu’il faut compenser un manque d’habileté dans l’écriture pour générer des ambiances (lâcher des références musicales pointues comme d&#8217;autres font du name droping juste pour donner au texte une fausse crédibilité). Ce titre, qu’Antoine Roquentin, le double romanesque de Sartre, fait jouer au <em>Rendez-vous des cheminots</em>, le troquet dans lequel il a ses habitudes, est installé dans le roman comme un rendez-vous ponctuel moins sonore que littéraire, qui parvient à extraire le jeune héros de la torpeur dans laquelle le plonge l’expérience même du monde. Avant qu’une racine de marronnier <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/07/tucker1.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1923" title="tucker1" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/07/tucker1.jpg" alt="" width="350" height="430" /></a>ne révèle le fond de cette Nausée qui le prend, Roquentin entend une voix qui résonne comme une présence au-delà de la présence chantant ces quelques mots « <em>Someday you’ll miss me</em> ». Un jour je te manquerai. Retournons la prédiction, telle que l’anglais, grammaticalement, la formule : un jour, tu ressentiras le manque de moi. Un jour, je serai là sans être là, plus présente encore que je ne suis ici et maintenant avec toi. Le choix de la chanson ne peut pas être tout à fait innocent, même si Sartre ne s’attarde pas à ses paroles.</p>
<p style="text-align: justify;">« <em>Someday, you’ll miss me </em>» joue dans <strong><em><span style="text-decoration: underline;">la Nausée</span></em></strong> le rôle que Sartre attribue au cinéma dans <strong><em><span style="text-decoration: underline;">les Mots</span></em></strong> : c’est un révélateur de contingence, en négatif : l’évidence de l’œuvre, qu’elle soit cinématographique ou musicale, tient à ce que tout y est nécessaire, tout y a une raison d’être, une place, alors que le monde, lui, n’est composé que d’éléments disparates qui sont là comme ils pourraient tout aussi bien ne pas y être, leur manière d’ « être-là » ne répondant à aucune nécessité.</p>
<p style="text-align: justify;">Si la fameuse expérience de la racine de marronnier concentre en elle toute la contingence du monde, l&#8217;envoyant à la figure de Roquentin qui saisit alors ce qu’est la source de cette Nausée qui l’envahit et l’engourdit, ce jazz entendu à plusieurs reprises au bar du coin en est le contrepoint, épisode plusieurs fois répété d’une nécessité dans laquelle tout est à sa place.</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">« Ca semble inévitable, si forte est la nécessité de cette musique : rien ne peut l’interrompre, rien qui vienne de ce temps où le monde est affalé : elle cessera d’elle-même, par ordre. Si j’aime cette belle voix, c’est surtout pour ça : ce n’est ni pour son ampleur ni pour sa tristesse, c’est qu’elle est l’événement que tant de notes ont préparé, de si loin, en mourant pour qu’il naisse. Et pourtant je suis inquiet : il faudrait si peu de chose pour que le disque s’arrête : qu’une ressort se brise, que le cousin Adolphe ait un caprice. Comme il est étrange, comme il est émouvant que cette dureté soit si fragile. Rien ne peut l’interrompre et tout peut la brise.<br />
Le dernier accord s’est anéanti. Dans le bref silence qui suis, je sens fortement que ça y est, que quelque chose est arrivé.<br />
Silence.</p>
<p style="text-align: center; padding-left: 30px;"><em>Some of these days<br />
You’ll miss me honey !</em></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">Ce qui vient d’arriver, c’est que la Nausée a disparu. Quand la voix s’est élevée, dans le silence, j’ai senti mon corps se durcir et la Nausée s’est évanouie. D’un coup : c’était presque pénible de devenir ainsi tout dur, tout rutilant. En même temps la durée de la musique se dilatait, s’enflait comme une trombe. Elle emplissait la salle de sa transparence métallique, en écrasant contre les murs notre temps misérable. Je suis dans la musique. Dans les glaces roulent des globes de feu ; des anneaux de fumée les encerclent et tournent, voilant et dévoilant le dur sourire de la lumière. Mon verre de bière s’est rapetissé, il se tasse sur la table : il a l’air dense, indispensable. Je veux le prendre et le soupeser, j’étends la main… Mon Dieu ! C’est ça surtout qui a changé, ce sont mes gestes. Ce mouvement de mon bras s’est développé comme un thème majestueux, il a glissé le long du chant de la Négresse ; il m’a semblé que je dansais. »(&#8230;)</p>
<p style="text-align: justify;">[<em>Note du moine copiste : non seulement, comme on vient de le lire, la musique constitue  un espace marqué par la nécessité, dans lequel on peut être introduit, mais on va le voir maintenant, elle plaque sa propre nécessité sur la contingence du monde </em>]:</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">(&#8230;)« Je suis ému, je sens mon propre corps comme une machine de précision au repos. Moi, j’ai eu de vraies aventures. Je n’en retrouve aucun détail, mais j’aperçois l’enchainement rigoureux des circonstances [NdMC : on la perçoit suffisamment, la transfiguration de la contingence (les aventures) en nécessité (l’enchainement rigoureux, le mécanisme de précision) ?] J’ai traversé les mers, j’ai laissé des villes derrière moi et j’ai remonté des fleuves ou bien je me suis enfoncé dans des forêts, et j’allais toujours vers d’autres villes. J’ai eu des femmes, je me suis battu avec des types : et jamais je ne pourrai revenir en arrière, pas plus qu’un disque ne peut tourner à rebours. Et tout cela menait où ? A cette minute-ci, à cette banquette, dans cette bulle de clarté tout bourdonnante de musique.</p>
<p style="text-align: center; padding-left: 30px;"><em>And when you leave me. </em></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">Oui, moi qui aimais tant, à Rome, m’asseoir au bord du Tibre, à Barcelone, le soir, descendre et remonter cent fois les Ramblas, moi qui près d’Angkor, dans l’îlot du Baray de Prah-Kan, vis un banian nouer ses racines autour de la chapelle des Nagas, je suis ici, je vis dans la même seconde que ces joueurs de manille, j’écoute une Négresse qui chante tandis qu’au-dehors rôde la faible nuit.<br />
Le disque s’est arrêté. » (<strong><em><span style="text-decoration: underline;">La Nausée</span></em></strong>, folio poche, p. 41 sq)</p>
<p style="text-align: justify;">Tout se passe comme si ce titre de jazz, chanté par cette femme, n’était là que pour donner sens à tout le reste qui n’en a pas. Comme si il avait pour fonction, ou pour effet de pouvoir se dire, enfin « Nous y voila ».</p>
<p style="text-align: justify;">On sait, ou on ne dévoilera rien de grave en le disant, que le roman s’achève sur la décision de Roquentin de faire, en littérature, ce que cette chanteuse et ce compositeur font dans cette chanson. Or, bien entendu, le roman est lui-même le résultat de cette résolution prise à la fin de lui-même, et dans les moments où l’écriture de Sartre-Roquentin se fait la plus littéraire, échappant à la forme du journal égaré, c’est précisément cette nécessité qui est mise en scène. On pense en particulier à tout ce passage au cours duquel, dans un dimanche finissant, Roquentin déambule dans la ville, sentant confusément que quelque chose va se passer, il va de rue en rue, porté par cette certitude sans autre fondement que l’ardeur qu’il met à la réaliser. Il avance, résolument incertain :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">&laquo;&nbsp;La place Ducoton est vide. Est-ce que je me suis trompé ? Il me semble que je ne le supporterais pas. Est-ce que vraiment il n’arrivera rien ? Je m’approche des lumières du café Mably. Je suis désorienté, je ne sais si je vais entrer : je jette un coup d’œil à travers les grandes vitres embuées.<br />
La salle est bondée. L’air est bleu à cause de la fumée des cigarettes et de la vapeur que dégagent les vêtements humides. La caissière est à son comptoir. Je la connais bien : elle est rousse comme moi ; elle a une maladie dans le ventre. Elle pourrit doucement sous ses jupes avec un sourire mélancolique, semblable à l’odeur de violette que dégagent parfois les corps en décomposition. Un frisson me parcourt de la tête aux pieds : c’est… c’est elle qui m’attendait. Elle était là, dressant son buste immobile au-dessus du comptoir, elle souriait. Du fond de ce café quelque chose revient en arrière sur les moments épars de ce dimanche et les soude les uns aux autres, leur donne un sens : j’ai traversé tout ce jour pour aboutir là, le front contre cette vitre, pour contempler ce fin visage qui s’épanouit sur un rideau grenat. Tout s’est arrêté ; ma vie s’est arrêtée : cette grande vitre, cet air lourd, bleu comme de l’eau, cette plante grasse et blanche au fond de l’eau, et moi-même, nous formons un tout immobile et plein : je suis heureux. » (Ibid. p.85 sq)</p>
<p style="text-align: justify;">Lisez les pages qui suivent, et vous saurez comment Sartre analyse l’irruption soudaine de ces moments de lucidité où on l’on est moins attentif au contenu du temps qu’au temps lui-même, seule nécessité véritable au-delà du brouillon des événements. On peut chercher partout dans les rues traversées par Roquentin en ce dimanche finissant : rien ne le guide en dehors de lui même. On peut regarder la serveuse du bar, et autour d&#8217;elle, aucune enseigne lumineuse, aucun néon clignotant ne lui indique <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/07/sophie_tucker1.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1924" title="sophie_tucker" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/07/sophie_tucker1.jpg" alt="" width="270" height="230" /></a>que c&#8217;est elle qui l&#8217;attend, pour la simple raison qu&#8217;elle ne l&#8217;attend pas. Elle n&#8217;est pas cette femme qui attend Roquentin derrière le comptoir de ce bar ailleurs que dans la pensée, dans l&#8217;imagination du jeune homme vagabondant dans les rues de la ville. Ce qu&#8217;il appelle dans les pages qui suivent &laquo;&nbsp;l&#8217;aventure&nbsp;&raquo;, n&#8217;est plus du tout le parcours sinueux et accidentel d&#8217;un monde voué au hasard et à la contingence, mais la ligne qu&#8217;il trace lui même au</p>
<p style="text-align: justify;">Dernier rendez vous avec cette voix et ce saxophone (qui n’en est d’ailleurs pas un, j’y reviendrai) dans les dernières pages du livre :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">« Je ne me sens pas en très bonnes dispositions pour entendre un air de jazz. Tout de même je vais faire attention, parce que, comme dit Madeleine, j’entends ce disque pour la dernière fois : il est très vieux ; trop vieux, même pour la province ; en vain le chercherais-je à Paris. Madeleine va le déposer sur le plateau du phonographe, il va tourner ; dans les rainures l’aiguille d’acier va se mettre à sauter et à grincer et puis, quand l’auront guidée en spirale jusqu’au centre du disque, ce sera fini, la voix rauque qui chante « Some of these days » se taira pour toujours.<br />
Ca commence.<br />
Dire qu’il y a des imbéciles pour puiser des consolations dans les beaux-arts. Comme ma tante Bigeois : « Les Préludes de Chopin m’ont été d’un tel secours à la mort de ton pauvre oncle. » Et les salles de concert regorgent d’humiliés, d’offensés qui, les yeux clos, cherchent à transformer leurs pâles visages en antennes réceptrices. Ils se figurent que les sons captés coulent en eux, doux et nourrissants et que leurs souffrances deviennent musique, comme celle du jeune Werther ; ils croient que la beauté leur est compatissante. Les cons.<br />
Je voudrais qu’ils me disent s’ils la trouvent compatissante, cette musique-ci. Tout à l’heure, j’étais certainement très loin de nager dans la béatitude. A la surface je faisais mes comptes, mécaniquement. Au-dessous stagnaient toutes ces pensées désagréables qui ont pris la forme d’interrogations informulées, d’étonnements muets et qui ne me quittent plus ni jour ni nuit. Des pensées sur Anny, sur ma vie gâchée. Et puis, encore au dessous, la Nausée, timide comme une aurore. Mais à ce moment-là, il n’y avait pas de musique, j’étais morose et tranquille. Tous les objets qui m’entouraient étaient faits de la même matière que moi, d’une espèce de souffrance moche. Le monde était si laid, hors de moi, si laids ces verres sales sur les tables, et les taches brunes sur la glace et le tablier de Madeleine et l’air aimable du gros amoureux de la patronne, si laide l’existence même du monde, que me sentais à l’aise, en famille.<br />
A présent, il y a ce chant de saxophones. Et j’ai honte. Une glorieuse petite souffrance vient de naître, une souffrance-modèle. Quatre notes de saxophone. Elles vont et viennent, elles ont l’air de dire : « Il faut faire comme nous, souffrir en mesure. » Eh bien, oui ! Naturellement, je voudrais bien souffrir de cette façon là, en mesure, sans complaisance, sans pitié pour moi-même, avec une aride pureté. Mais est-ce que c’est ma faute si la bière est tiède au fond de mon verre, s’il y a des taches brunes <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/07/82287307.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1925" title="82287307" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/07/82287307.jpg" alt="" width="295" height="428" /></a>sur la glace, si je suis de trop, si la plus sincère de mes souffrances, la plus sèches, se traine et s’appesantit, avec trop de chair et la peau trop large à la fois, comme l’éléphant de mer, avec de gros yeux humides et touchants mais si vilains ? Non, on ne peut certainement pas dire qu’elle soit compatissante, cette petite douleur de diamant, qui tourne en rond au-dessus du disque et m’éblouit. Même pas ironique : elle tourne allègrement, tout occupée d’elle-même ; elle a tranché comme une faux la fade intimité du monde et maintenant elle tourne et nous tous, Madeleine, le gros homme, la patronne, moi-même et les tables, les banquettes, la glace tachée, les verres, nous tous qui nous abandonnions à l’existence, parce que nous étions entre nous, rien qu’entre nous, elle nous a surpris dans le débraillé, dans le laisser-aller quotidien : j’ai honte pour moi-même et pour ce qui existe devant elle.<br />
Elle n’existe pas. C’en est même agaçant ; si je me levais, si j’arrachais ce disque du plateau qui le supporte et si je le cassais en deux, je ne l’atteindrais pas, elle. Elle est au-delà –toujours au-delà de quelque chose, d’une voix, d’une note de violon ? A travers des épaisseurs et des épaisseurs d’existence, elle se dévoile, mince et ferme et, quand on veut la saisir, on ne rencontre que des existants, on bute sur des existants dépourvus de sens. Elle est derrière eux : je ne l’entends même pas, j’entends des sons, des vibrations de l’air qui la dévoilent. Elle n’existe pas, puisqu’elle n’a rien de trop : c’est tout le reste qui est de trop par rapport à elle. Elle est.<br />
Et moi aussi j’ai voulu être. Je n’ai même voulu que cela ; voila le fin mot de l’histoire. Je vois clair dans l’apparent désordre de ma vie : au fond de toutes ces tentatives qui semblaient sans lien, je retrouve le même désir : chasser l’existence hors de moi, vider les instants de leur graisse, les tordre, les assécher, me purifier, me durcir, pour rendre enfin le son net et précis d’une note de saxophone. Ca pourrait même faire un apologue : il y avait un pauvre type qui s’était trompé de monde. Il existait comme les autres gens, dans le monde des jardins publics, des bistrots, des villes commerçantes et il voulait se persuader qu’il vivait ailleurs, derrière la toile des tableaux, avec les doges du Tintoret, avec les graves Florentins de Gozzoli, derrière les pages des livres, avec Fabrice del Dongo et Julien Sorel, derrière les disques de photo, avec les longues plaintes sèches des jazz. Et puis, après avoir bien fait l’imbécile, il a compris, il a ouvert les yeux, il a vu qu’il y avait maldonne : il était dans un bistrot, justement, devant un verre de bière tiède. Il est resté accablé sur la banquette ; il a pensé : je suis un imbécile. Et à ce moment précis, de l’autre côté de l’existence, dans cet autre monde qu’on peut voir de loin, mais sans jamais l’approcher, une petite mélodie s’est mise à danser, à chanter : « C’est comme moi qu’il faut être ; il faut souffrir en mesure. ».<br />
La voix chante :</p>
<p style="text-align: center; padding-left: 30px;">Some of these days<br />
You’ll miss me honey”</p>
<p style="text-align: justify;">Cette évidence esthétique qu&#8217;éprouve Roquentin, cette nécessité en oeuvre au beau milieu d&#8217;un monde à ce point contingent, c&#8217;est exactement l&#8217;expérience que le livre lui-même provoque sur le lecteur, qui a entre les mains un monde plein, dense, dans lequel tout a sa raison d&#8217;être quand bien même décrit-il l&#8217;océan de contingence au sein duquel il fait lui même son apparition. Précisons que les cinéphiles, eux, pourront aussi discerner des expériences cinématographiques dans la pensée de Sartreil  :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">« Je sais que l’idée de contingence est venue de la comparaison qui s’est établie spontanément chez moi entre le paysage dans un film et le paysage dans la réalité. Le paysage d’un film, le metteur en scène s’est arrangé pour qu’il ait une certaine unité et un rapport précis avec les sentiments des personnages. Tandis que le paysage de la réalité n’a pas d’unité. Il a une unité de hasard et ça m’avait beaucoup frappé. Et ce qui m’avait beaucoup frappé aussi, c’est que les objets dans un film avaient un rôle précis à tenir, un rôle lié au personnage, alors que dans la réalité les objets existent au hasard ». (Cité dans Jean-Paul Sartre, <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Œuvres romanesques</span></em></strong>, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, p. 1698.)</p>
<p style="text-align: justify;">Mais au fait, qu&#8217;entend-on dans <strong><em><span style="text-decoration: underline;">la Nausée</span></em></strong> ?  qui est cette chanteuse dont le roman tait le nom ? Qui se cache derrière le masque de celle que Sartre désigne comme la « Négresse » ? Deux chercheurs, Jean Jamin et Yannick Séité, se sont penché sur la question et ont tiré de ces recherches un texte mis en ligne qui, de bout en bout, est absolument passionnant. Il a pour titre « Anthropologie d’un tube des années folles », et peut être lu ici : <a href="http://gradhiva.revues.org/566 " target="_blank">http://gradhiva.revues.org/566 </a> Dans leur bibliographie, on croise un livre lui aussi fantastique : <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Blackface – aux confluents des voix mortes</span></em></strong>, de Nick Tosches (ed. Alia). On ne saurait trop conseiller la lecture de cet ouvrage qui part faire l’archéologie de ces orchestres de jazz composés de musiciens blancs qui se grimaient au bouchon brulé en noir lors de leurs concerts. On osera vous conseiller, si votre famille vous demande ce que vous voulez pour fêter dignement l’obtention du baccalauréat, de vous faire offrir la collection entière des ouvrages des éditions Alia consacrés à l’histoire des différents courant musicaux (du gospel aux musiques électroniques en passant par le rap, le jazz, le blues, la soul ou la disco), ça ressemble à quelque chose d’indispensable.</p>
<p style="text-align: justify;">
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		<title>Eléments de vocabulaire sartrien</title>
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		<pubDate>Mon, 04 Jul 2011 15:58:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Auteurs]]></category>
		<category><![CDATA[L'Existentialisme est un humanisme]]></category>
		<category><![CDATA[Sartre]]></category>

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Même exercice que dans l’article précédent, cette fois ci afin de maîtriser le vocabulaire de Sartre, dans L’Existentialisme est un humanisme. Certains des termes de ce vocabulaire seront d’ailleurs partagés avec Epicure. C’est tout à fait normal, dans la mesure où il s’agit dans les deux textes de liberté. En revanche, entre temps est apparue [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">Même exercice que dans l’article précédent, cette fois ci afin de maîtriser le vocabulaire de Sartre, dans <strong><em><span style="text-decoration: underline;">L’Existentialisme est un humanisme</span></em></strong>. Certains des termes de ce vocabulaire seront d’ailleurs partagés avec Epicure. C’est tout à fait normal, dans la mesure où il s’agit dans les deux textes de liberté. En revanche, entre temps est apparue une problématique nouvelle, la philosophie s’étant peu à peu constituée comme une anthropologie, c&#8217;est-à-dire une science se donnant l’homme lui-même comme objet. Bien entendu, ces siècles de distance entre les auteurs ont pour conséquence, entre autres, le recours à un lexique différent.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>- Angoisse</strong> : ne pas confondre avec la peur, qui porte sur une menace objective (une menace identifiable). L’angoisse porte sur l’être même de l’être humain qu’on est (sur mon être même, en termes plus simples). Or mon être, chez Sartre, c’est ma liberté. L’angoisse, ce serait l’effet de la conscience d’être libre.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>- Athéisme</strong> : L’existentialisme avait jusque là été chrétien (Pascal, Kierkegaard). Sartre affirme inaugurer un existentialisme athée, laissant l’homme plus esseulé encore, puisque livré à lui-même face à un univers qui ne lui donne aucune instruction. Ce n’est pas un athéisme joyeux (« L’athéisme est une entreprise cruelle et de longue <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/07/sartre-rupture-2.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1920" title="sartre rupture 2" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/07/sartre-rupture-2.jpg" alt="" width="359" height="266" /></a>haleine » écrit il dans <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Les Mots</span></em></strong>), c’est au contraire une position qui doit être liée à la citation que Sartre extrait de Dostoievsky dans son <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Existentialisme est un humanisme</span></em></strong>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>- Contingence</strong> : caractère de ce qui peut tout aussi bien être, ou n’être pas ; ou bien de ce qui peut être tel qu’il est, ou autrement qu’il n’est. En somme, ce concept s’oppose au concept de <strong>nécessité</strong>. Si on a déjà croisé ce concept dans l’article précédent chez Epicure, il prend ici une tonalité plus tragique, car l’homme se découvrant contingent prend conscience qu’il aurait tout aussi bien pu ne pas être, qu’il est donc non attendu, non voulu, en quelque sorte il est de trop. On est donc loin d’une pensée qui verrait en chaque être humain un projet qui donnerait à son existence un sens. Au contraire, Sartre montre que si l’homme existe, c’est précisément parce qu’il n’est pas un être figé dans une définition qui lui serait donnée avant qu’il soit. Ne pouvant être défini qu’après avoir existé, il se découvre intégralement contingent.<br />
Dans <strong><em><span style="text-decoration: underline;">La Nausée</span></em></strong>, Roquentin fait l’expérience de la contingence au moment où il perçoit une racine de marronnier détachée de sa fonction, débordant de sa fonction de racine, disposée selon une forme qui aurait tout à fait pu être autre, puisque étrangère à toute nécessité. L’évidence de la contingence apparaît aussi dans ce roman comme dans <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Les Mots</span></em></strong>, en opposition aux œuvres d’art qui sont caractérisées par leur totale nécessité (chaque élément de l’œuvre doit s’y trouver, rien n’y est contingent)<br />
<strong>- Nécessité</strong> : <em>a contrario</em> de la contingence, désigne ce qui ne peut pas être autre qu&#8217;il n&#8217;est. Cela peut valoir pour les démonstrations logiques (les propriétés d&#8217;une figure géométrique par exempe) ou les relations de cause à effet. En revanche, cela ne peut pas concerner l&#8217;existence humaine.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>- Exister</strong> : ne pas coïncider avec soi même.<br />
Le mieux, pour saisir ce qu’est exister, c’est de distinguer, comme le fait Sartre, l’en-soi et le pour-soi :<br />
<strong>- L’en-soi</strong> désigne ce qui n’est que ce qu’il est, ce qui peut se réduire à la définition qu’on peut en donner.<br />
<strong>- Le pour-soi</strong> désigne ce qui se tient hors de ce qu’il est, ce qui est toujours au-delà de soi-même ; et ce dépassement de soi est dû au fait que le pour-soi est cet être qui est en rapport avec lui-même, ce qui réclame qu’il soit apte à se détacher de lui-même. N’étant par définition rien, ou n’étant jamais ce qu’il est présentement, le pour-soi se tient inconfortablement hors de soi. Exister, c’est cela : Ex-sistere, c&#8217;est-à-dire se tenir hors de soi. On le comprend, lors d’un commentaire de Sartre, il peut souvent être utile de distinguer être (qui est approprié à l’en-soi (ce qui est en quelque sorte tout en intériorité)) et exister (qui est approprié au pour-soi, qui se regarde être, et dépasse son simple être, en se dédoublant pour ainsi dire).<br />
Ce mouvement de l’existence correspond aussi à la conscience telle qu’elle est conçue par Sartre : celle-ci, à la différence du cogito cartésien, n’est pas conçue comme un objet, mais comme un mouvement (on trouve le même genre d’idée chez Husserl), une projection, un élan. La spécificité de cet élan, c’est qu’il ne vise aucune définition de soi a priori. Il se lance dans le néant.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>- Engagement</strong> : concept fondamentalement lié à celui de liberté. L’engagement n’est pas, chez Sartre, une possibilité parmi d’autres, il est le mouvement par lequel la liberté s’accomplit. Mais comme la liberté est, pour lui, une condamnation, dès lors on n’a pas le choix de s’engager ou pas. Exister, c’est s’engager dans des perspectives. Ce qu’on croit être une situation dont on a hérité, ou qui nous serait « tombé dessus » est en fait cette trajectoire dans laquelle on s’est engagé, qu’on le reconnaisse ou pas.<br />
L’homme n’est que le résultat des choix qui sont les siens. Là où l’objet est dégagé de toute responsabilité vis-à-vis de son essence (il a été défini par autre chose que lui), l’homme est celui qui se détermine lui-même, au-delà de ce que les circonstances ont fait de lui. On trouve cette idée exprimée de manière particulièrement claire, et dense, dans cette phrase extraite de son Saint Genet, comédien et martyr : « Nous ne sommes pas des mottes de terre glaise et l’important n’est pas ce qu’on fait de nous, mais ce que nous faisons nous-même de ce qu’on a fait de nous ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>- Humanisme</strong> : Classiquement, désigne toute doctrine plaçant au sommet des valeurs la dignité humaine. Dans le cas de l’existentialisme, la désignation « humaniste » peut sembler paradoxale, puisque Sartre déconstruit l’homme en tant qu’objet. Dès lors, on pourrait craindre que la dignité de cet être qui n’est, tout compte fait, rien, soit fortement dévaluée. Sartre affirme au contraire que c’est précisément dans la sortie hors d’une définition figée que se trouve la dignité humaine fondamentale.<br />
De manière plus étonnante encore, Sartre instaure sa pensée comme un humanisme parce que chaque être humain, dans la liberté inaliénable qui est la sienne, porte sur lui la responsabilité de ce qu’il est, pour lui certes, mais aussi pour les autres : en agissant, chaque homme définit l’homme dans sa globalité, puisqu’il en est l’actualisation.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>- Liberté</strong> : <strong><em><span style="text-decoration: underline;">l’Existentialisme est un humanisme</span></em></strong> revisite de part en part ce concept, en le retournant contre lui-même, parvenant à cette formulation <em>a priori</em> paradoxale : « L’homme est condamné à être libre ». Cela signifie que la liberté n’est plus envisagée comme une situation dans laquelle l’homme se trouverait, ou pas, mais comme la condition même de l’existence humaine. L’homme n’est plus le produit de circonstances qui auraient fait de lui ceci ou cela. Il n’est rien d’autre que ce qu’il a fait de lui. L’existentialisme place la liberté au centre de sa pensée, puisque rien en dehors de l’homme lui-même ne décide de ce qu’il a à faire, du bien ou du mal, du beau, du vrai. Livré à lui-même, l’homme se doit d’agir en étant, perpétuellement, créateur de ses propres gestes et attitudes, dont il est dès lors pleinement responsable.</p>
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		<title>Eléments de vocabulaire épicurien</title>
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		<pubDate>Mon, 04 Jul 2011 14:12:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Auteurs]]></category>
		<category><![CDATA[Epicure]]></category>

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		<description><![CDATA[
On l&#8217;indiquait dans la note générale concernant la préparation à l&#8217;oral de philosophie : il est peu utile de se présenter à cette épreuve si on ne maîtrise pas un peu le vocabulaire lié aux oeuvres présentées. Cela empêcherait non seulement l&#8217;explication de l&#8217;oeuvre elle même, mais aussi la réflexion à propos des concepts qu&#8217;elle [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">On l&#8217;indiquait dans la note générale concernant la préparation à l&#8217;oral de philosophie : il est peu utile de se présenter à cette épreuve si on ne maîtrise pas un peu le vocabulaire lié aux oeuvres présentées. Cela empêcherait non seulement l&#8217;explication de l&#8217;oeuvre elle même, mais aussi la réflexion à propos des concepts qu&#8217;elle met en jeu; autant dire que ce sont alors les deux axes essentiels de l&#8217;exercices qui seraient voilés. Voici donc quelques éléments de vocabulaire qu&#8217;il vaudrait mieux maîtriser, concernant tout d&#8217;abord la courte oeuvre d&#8217;Epicure, sa Lettre à Ménécée :</p>
<p style="text-align: justify;">Lexique à maîtriser pour commenter la <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Lettre à Ménécée</span></em></strong>, d’Epicure :</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>- Aponie</strong> : Absence de trouble du corps. Autrement dit : absence de douleur physique<br />
<strong>- Ataraxie </strong>: Absence de trouble de l’esprit. On peut aussi appeler cet état la « tranquillité de l’âme »<br />
On pourrait penser que ces deux états s’opposent, surtout si on les envisage d’un point de vue idéaliste. Mais ce serait oublier qu’Epicure appuie toute sa pensée sur le <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/07/epicur.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1917" title="epicur" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/07/epicur.jpg" alt="" width="251" height="320" /></a>matérialisme de Démocrite. Ces deux « niveaux » de tranquillité sont donc liés l’un à l’autre. Marcel Conche, dans son introduction aux <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Lettres et Maximes</span></em></strong> d’Epicure présente ce lien en ces termes : « (…) le plaisir catastématique (definition ci-après) de l’âme s’obtient, on le sait, par l’absence de trouble. L’ataraxie. L’âme est troublée par la crainte des dieux et de la mort, et les désirs vains. Or la crainte des dieux et celle de la mort reposent sur l’appréhension de tourments et de douleurs pour le corps : quant aux désirs vains, ils visent pour l’essentiel à obtenir une sécurité impossible contre la mort du corps. Ainsi ce qui trouble l’âme est relatif, d’une façon directe ou indirecte, à la douleur du corps, qui d’ailleurs, d’après le critère de la sensation affective, est le seul mal. L’ataraxie – l’absence de désordre de l’âme – sera donc relative à l’absence de douleur du corps, non dans le présent seulement mais dans tout le temps (si les dieux ne peuvent rien nous faire et si la mort est absence de sensation, la menace de tourments à venir disparaît pour une large part ; quant aux autres hommes, et aux risques qu’ils font peser sur l’intégrité et le bon état de notre corps, nous pouvons escompter que la barrière des amis – et de ceux qui sont bien disposés à notre égard – nous en protégera. » (<strong><em><span style="text-decoration: underline;">Lettres et Maximes</span></em></strong> d’Epicure, introduction par M. Conche, PUF ; p. 74)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>- Plaisir</strong> : Sensation, sentiment, émotion agréable découlant de la satisfaction d’un besoin, d’un désir. Une pensée qui identifie le plaisir au bonheur est nécessairement hédoniste (cf ci-après)<br />
<strong>- Plaisir catastématique</strong> : plaisir au repos. S’oppose au plaisir en mouvement.<br />
La théorie épicurienne du plaisir distingue les plaisirs qui consistent en une absence de douleur (<strong>plaisir au repos, ou stable, ou bien, donc, catastématique</strong>) et  les <strong>plaisirs en mouvement</strong>, qui sont la satisfaction d’un manque naturel (la faim, la soif, etc…).<br />
Ces deux formes de plaisir appartiennent à des temps différents : le moment de la satisfaction correspond au plaisir en mouvement, puisqu’il y a rééquilibrage de la tension produite par le manque. Une fois l’équilibrage effectué (le ventre plein, la soif étanchée) vient le temps du plaisir au repos, c&#8217;est-à-dire du maintien de l’équilibre, pour jouir de l’absence de douleur.<br />
S’il y a un malentendu sur la quête du plaisir dans l’épicurisme, c’est qu’on oublie souvent d’effectuer cette distinction : il s’agit de n’encourager que le plaisir au repos, car c’est le seul qui permette d’accéder au calme. Or on a tendance à développer le plaisir en mouvement, alors même qu’il faudrait tenter de le réduire au strict nécessaire, puisqu’il s’appuie nécessairement sur les temps de déséquilibre.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>- Hédonisme</strong> : Doctrine assimilant le souverain bien au plaisir<br />
Si on s’appuie sur la distinction entre plaisir au repos et plaisir en mouvement, on devine à quel point on simplifie l’épicurisme en le considérant comme un simple hédonisme, puisque souvent, se déclarer « hédoniste », c’est ne pas faire cette distinction. Les véritables hédonistes, dans l’antiquité, sont les philosophes qu’on appelle « cyrénaïques » , disciples d’Aristippe de Cyrène  (435 – 356 Av. JC), qui prônaient une vie en perpétuelle quête de plaisirs, mais refusant la notion même de plaisir au repos (considérant que le plaisir ne doit pas être réduit à une simple absence de douleur). On le voit, si Epicure est hédoniste, c’est d’une manière spécifique, qui ne permet pas de le lier aux cyrénaïques, puisqu’en réalité, il s’y oppose.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>- Eudémonisme</strong> : Doctrine plaçant le bonheur comme fin ultime de la vie humaine. Les philosophies de l’antiquité sont toutes eudémonistes, puisqu’elles cherchent toutes à constituer une pensée et une action ayant pour objectif le bonheur. Ici encore, il faut se méfier : on s’est habitués à identifier eudémonisme et hédonisme, ce qui signifierait que le bonheur se réduirait au plaisir. On l’a compris, l’épicurisme est en désaccord avec cette réduction.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>- Hasard</strong> : le hasard se manifeste dans la vie humaine sous la forme de la Fortune, mot désignant à l’origine le bon et le mauvais sort et donc tout ce qui arrive de manière hasardeuse. Epicure fait du hasard un phénomène naturel qu’il déconnecte de la déesse à laquelle il était jusque là identifié, <em>Tyche</em>.<br />
Deux types de hasard sont distingués par Epicure :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">- le hasard défini comme l’absence de fin, c&#8217;est-à-dire un phénomène qui ne poursuit pas d’achèvement identifiable. Notons qu’Epicure refuse l’idée d’un hasard qui serait compris comme le principe de phénomènes n’ayant pas de cause : il est matérialiste, aussi pense t-il que tout phénomène a une cause qui appartient nécessairement au monde des phénomènes. Il n’y a donc pas de phénomène sans cause. Pour cette raison, pour que le hasard se manifeste dans la nature, il faut que sa cause soit matérielle, ce qui revient à dire que dans la structure atomique du monde, il y a du hasard, c&#8217;est-à-dire de l’indéterminé. Cette instabilité de la structure atomique de la matière, l’épicurisme, à la suite de Démocrite l’appelle le « clinamen », c&#8217;est-à-dire l’aptitude des atomes à entrer en collision les uns avec les autres pour former des combinaisons « hasardeuses ».<br />
- Le hasard défini comme « désordre ». Ce désordre est tellement constitutif de la matière, pour Epicure, qu’on pourrait en quelque sorte y voir une forme d’ordre, puisqu’il est dans la nature même de la matière d’être potentiellement désordonnée. Ce qui est tout particulièrement source de désordre, c’est que les suites de causes et d’effets, qui sont déterminées, sont indépendantes les unes des autres, et peuvent se croiser n’importe où, n’importe comment (si un meuble tombe d’une fenêtre au moment où je passe dans la rue, la chute de l’objet est déterminée, ma trajectoire dans la rue l’est aussi mais le croisement des deux trajectoires ne l’est pas.</p>
<p style="text-align: justify;">En fait, l’erreur à éviter, pour les épicuriens, c’est de croire qu’il faille attendre quoi que ce soit du hasard, bienveillance ou cruauté, et que la juste attitude consisterait à « dompter » le sort en essayant de le séduire. Un tel discours ferait de l’homme l’esclave des évènements et l’enfermerait dans une superstition infantilisante. Au contraire, il faut voir dans le hasard l’explication même de la possibilité de la liberté humaine : si cette brèche n’existait pas dans la nécessité (c&#8217;est-à-dire dans un déroulement rigide, fixe, orienté, des phénomènes, la liberté serait tout simplement impossible, puisque les actes des hommes seraient tout aussi nécessaires que la succession des saisons ou la chute des corps.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>- Nécessaire</strong> : désigne tout ce qui ne peut pas être autrement qu’il n’est.<br />
<strong>- Contingent</strong> : désigne tout ce qui peut être autrement qu’il n’est.<br />
Spontanément, on a tendance à considérer que les actes humains sont contingents quand les phénomènes naturels sont nécessaires. Mais affirmer cela implique d’extraire artificiellement l’homme de la nature, sans véritablement expliquer comment on le fait (Descartes, par exemple, doit pour cela concevoir une âme immatérielle ne se pliant pas aux exigences mécaniques de la matière). Epicure préfère considérer que la contingence fait partie de la nature matérielle elle-même, d’où sa théorie des atomes pourvus de cette aptitude au désordre, c&#8217;est-à-dire à l’imprévisibilité.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>- Fatalisme</strong> : Doctrine selon laquelle tous les phénomènes sont fixés à l’avance par le destin. De cette doctrine découle une attitude d’acceptation, de résignation et de soumission face aux choses telles qu’elles sont, puisque « ce qui arrive devait arriver ». La conséquence de cette doctrine, c’est alors la déresponsabilisation de l’homme, puisque quoi qu’il fasse, ce qu’il vit devait être vécu tel qu’il le vit.</p>
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		<title>5h de l’après midi. C’est l’heure de faire 4h en écoutant Sartre chez Jacques Chancel</title>
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		<pubDate>Tue, 28 Jun 2011 14:30:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Audio]]></category>
		<category><![CDATA[Auteurs]]></category>
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		<description><![CDATA[
Vous êtes un lycéen, 17 ans, vous rentrez du lycée, de type Pailleron, dans lequel, quotidiennement, vous vous rendez pour suivre vos cours, préparant le baccalauréat, section A. Aujourd’hui, la tension était palpable dans votre établissement, puisqu’hier, un collège semblable a connu un incendie au cours duquel vingt-deux personnes ont péri. Claude Guillaumin en parlera [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">Vous êtes un lycéen, 17 ans, vous rentrez du lycée, de type Pailleron, dans lequel, quotidiennement, vous vous rendez pour suivre vos cours, préparant le baccalauréat, section A. Aujourd’hui, la tension était palpable dans votre établissement, puisqu’hier, un collège semblable a connu un incendie au cours duquel vingt-deux personnes ont péri. Claude Guillaumin en parlera ce soir au journal télévisé. Comme tous les jours, votre mère vous a ramené en voiture du lycée, et comme tous les jours, une fois sorti de la Simca 1100, vous faites un saut dans la cuisine pour vous faire une sandwich pain de mie – beurre – Banania. Vous vous <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/06/sartre-1973.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1904" title="sartre-1973" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/06/sartre-1973.jpg" alt="" width="308" height="220" /></a>apprêtiez à rejoindre votre chambre pour faire vos devoirs en écoutant Led Zeppelin, quand depuis le salon vous entendez les premières mesures de la Grande Valse, de Georges Delerue qui, comme tous les jours à 5 h. de l’après midi, émane du poste à transistor familial, annonçant le début de l’émission que votre mère ne raterait pas pour tout l’or du monde : Radioscopie, par Jacques Chancel.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous sommes le 2 Février 1973. C’est Jean-Paul Sartre qui est invité ce soir. Comme vous faites de la philosophie depuis septembre, et puisque votre professeur vous a déjà donné des textes de cet auteur à étudier, vous repoussez Led Zep&#8217; et les devoirs à plus tard, et vous rejoignez votre mère dans le salon pour écouter, pendant une heure, Sartre  jouant le personnage de Sartre,-en-soi, un peu garçon de café sur les bords vous dites vous, mais en version sans doute pas dupe de lui-même, une heure en compagnie de la voix déjà institutionnelle de Chancel questionnant Sartre comme s&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;une psychanalyse existentielle.  A mi émission, votre père rentrera du travail; sans parler , comme à chaque fois qu&#8217;il rentre un peu plus trop, pour ne pas troubler le rendez-vous quotidien de votre mère avec les célébrités du moment et cette voix masculine qui la fait secrètement vibrer, et dont elle ne découvrira le visage que plusieurs années plus tard, lorsqu&#8217;on plantera un poste télévisé au beau milieu du salon.  Comme chaque jour, il prendra place dans son fauteuil, ce jour ci avec un bol de Viandox pour se réchauffer du froid mordant de l’hiver ,dehors. Il lit encore France-Soir, mais ne sait plus trop pourquoi. Peut être parce que Libération devra encore attendre Avril pour apparaître dans les kiosques.</p>
<p style="text-align: justify;">D’ailleurs, Sartre est venu pour parler de la préparation de ce nouveau journal, dont il est l’un des instigateurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Evidemment, vous n’êtes pas bachelier en section A, vous n’avez pas 17 ans en 1973, nous ne somme pas en février, vous n’écoutez sans doute pas la radio sur un transistor. Votre père lit peut être Libé, mais il ne sait plus trop pourquoi. Peu importe, nous sommes ce que nous ne sommes pas, nous ne sommes pas ce que nous sommes.P</p>
<p style="text-align: justify;">Pour rejoindre le salon, cliquez sur le lien ci-dessous, ou bien enregistrez en la source (clique doit, &laquo;&nbsp;enregistrer la source sous&nbsp;&raquo;)</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://medias.harrystaut.fr/Radioscopie-JeanPaulSartre.mp3" target="_blank">http://medias.harrystaut.fr/Radioscopie-JeanPaulSartre.mp3</a></p>
<p></span></p>
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		<title>Complément à la préparation à l&#8217;oral, à propos d&#8217;Epicure : la classification des &#171;&#160;désirs&#160;&#187; dans la Lettre à Ménécée commentée par Jean Salem</title>
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		<pubDate>Tue, 28 Jun 2011 09:59:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Epicure]]></category>

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Lors de l’oral de philosophie, quand on interroge les élèves sur la Lettre à Ménécée d’Epicure, on convie volontiers les candidats à expliquer le passage de ce court texte dans lequel l’auteur classe les désirs selon la fameuse tripartition (désirs naturels et nécessaires / désirs naturels et non nécessaires / désirs non naturels et non [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">Lors de l’oral de philosophie, quand on interroge les élèves sur la <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Lettre à Ménécée</span></em></strong> d’Epicure, on convie volontiers les candidats à expliquer le passage de ce court texte dans lequel l’auteur classe les désirs selon la fameuse tripartition (désirs naturels et nécessaires / désirs naturels et non nécessaires / désirs non naturels et non nécessaires). Reste que l’exposé, dans l’œuvre elle-même, est très court, et que l’expliquer demande un développement qui n’est pas si aisé si on veut simultanément l’illustrer un peu d’exemple tout en montrant la logique qui soutient cette classification. Pour un candidat, c’est d’autant plus difficile que, souvent, les dossiers qui accompagnent cette œuvre, dans les éditions qui leurs sont destinées, se contentent de transformer ce passage en petit tableau qui ne va guère au-delà de la simple description de la tripartition.</p>
<p style="text-align: justify;">Il y a des livres dont les titres constituent des promesses qui seront satisfaites. A cette catégorie appartient l’ouvrage de Jean Salem <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Tel un dieu parmi les hommes – l’éthique d’Epicure</span></em></strong>. Etude approfondie de l’épicurisme, puisant dans ce que l’histoire nous aura laissé des textes de cette école, le plus largement possible, croisant les auteurs pour mieux cerner les grands axes de cette doctrine qui se présentait comme la seule vrai connaissance, Jean Salem s’attache à démêler les fils de <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/06/salem-jean7120.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1898" title="salem-jean7120" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/06/salem-jean7120.jpg" alt="" width="368" height="251" /></a>cette classification, en l’illustrant d’exemples qu’il appuie sur les propos des épicuriens eux-mêmes. On ne saurait trop conseiller à tous ceux qui voudraient approfondir cette pensée de s’offrir le luxe de cette lecture, et en particulier celle du deuxième chapitre, intitulé les Limites du désir. S’ouvrant sur la soif sans fin de conquête d’un Alexandre le Grand peint sous les couleurs de l’excès, du mouvement incessant n’autorisant jamais aucun repos, ce chapitre en vient assez rapidement à la tripartition des désirs qu’on trouve, en fait, dans deux textes différents d’Epicure : la <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Lettre à Ménécée</span></em></strong>, mais aussi dans ses<strong><em><span style="text-decoration: underline;"> Maximes</span></em></strong> (XXIX). Jean Salem s’intéresse tout d’abord à ces deux occurrences de la distinction, et si la comparaison qu’il effectue concernera sans doute plutôt des spécialistes, elle est fort intéressante et situe le niveau d’exigence de ce texte. On trouvera ci-dessous le passage qui s’attaque plus directement à la classification elle-même. C’est lisible, compréhensible, et cela permettra de se tirer de l’épreuve avec les honneurs si on en a mémorisé les grandes lignes :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">&laquo;&nbsp;Il convient désormais, malgré la rareté relative des textes (qui nous incite à toujours recourir à celui de Lucrèce…), de dresser une liste plus exhaustive des désirs qu’Epicure récusait et de ceux qu’il tenait au contraire pour conformes à notre nature.</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">a &#8211; Les désirs <em>naturels et nécessaires</em> le sont « pour le bonheur », « pour l’absence de souffrance du corps », ou « pour la vie même », déclare la <em>Lettre à Ménécée</em>. « Manifestement, l’énumération va du moins au plus strict nécessaire », fait remarquer Mme Rodis-Lewis [dans son <em>Epicure et son école</em>, p.176]</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">    • les désirs nécessaires à la vie elle-même sont la <em>faim</em> et la <em>soif</em>. C’est des animaux, dira Lucrèce, qu’émane et se détache le plus de corps élémentaires : leur substance s’étant raréfiée, ceux-ci prennent de la nourriture pour étayer leurs organes chancelants, pour que l’aliment distribué dans leurs membres et leurs veines aille y « combler les vides creusés par la faim ». Et c’est d’une façon identique que les liquides se répandent dans toutes les régions du corps qui en réclament.</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">    • Les désirs nécessaires au bien-être du corps sont essentiellement ceux qu’ont satisfaits les premières inventions techniques, celles qui se sont bornées à prolonger – à terminer, en quelque façon – la nature : ainsi, le tissage des vêtements nous prémunit contre le froid, et l’art de construire des abris nous protège des intempéries. Le désir d’un bon feu, en hiver, et celui de tirer de la terre des cultures conformes à nos besoins alimentaires devaient aussi constituer, aux yeux d’Epicure comme à ceux de Lucrèce, des désirs naturels et nécessaires à la tranquillité du corps.</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">    • Quant aux désirs naturels et nécessaires au bonheur, ce sont, d’après Marcel Conche, <em>le désir de philosopher</em> et – enveloppé par celui-ci – le désir de pratiquer <em>l’amitié.<br />
</em>    L’homme civilisé, le citadin qu’a perverti une civilisation toujours avide de nouveaux artifices n’a plus d’autre recours, en effet, que la philosophie s’il veut retrouver la nature. C’est elle qui, seule, peut régler nos désirs ; c’est elle, comme on a pu l’écrire, qui nous « ramène à la limite ».<br />
Et l’égalité d’âme étant la condition suffisante de l’égalité d’humeur avec l’autre, la sagesse a pour fruit suprême l’amitié véritable : en forçant sans doute quelque peu le sens d’une parole rapportée par Sénèque, De Witt assurait même qu’aux yeux d’Epicure, il est plus nécessaire d’avoir quelqu’un avec qui manger que quelque chose à manger. (…)</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">b &#8211; Les <em>désirs naturels et non nécessaires</em> sont principalement le <em>désir sexuel</em> et le <em>désir du beau</em> (ou « désir esthétique)</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">Le premier est incontestablement naturel : il accompagne toujours l’émission d’une certaine liqueur que l’organisme tend <em>naturellement</em> à répandre au dehors. Epicure, notait Knut Kleve, groupe parfois la jouissance sexuelle parmi « les bonnes choses », avec d’autres sensations de plaisir fondamentales, ayant trait au goût, à l’ouïe et à la vue. Mais plusieurs fragments nous le montrent adoptant un ton beaucoup plus réservé à l’égard de ce même plaisir : ainsi, selon Diogène <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/06/9782711610020.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1899" title="9782711610020" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/06/9782711610020.jpg" alt="" width="230" height="344" /></a>Laerce, il aurait enseigné que le « commerce charnel ne nous est nullement profitable » et qu’ « il faut s’estimer heureux si l’on s’en tire sans dommage ».</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">Celui qu’habite le désir de l’amour ressent le besoin très réel d’une certaine déperdition de matière ; ce besoin, la consommation de l’acte viendra normalement l’apaiser, mais il semble également plausible qu’une dépense énergétique de substitution puisse aussi bien le résorber, puisque c’est du corps <em>tout entier</em> que proviennent les atomes de la semence : activité physique et même gymnosophique, ou conversation philosophique avec un ami. Car il est bien souvent utile, aussi bons que puissent être <em>en eux-mêmes</em> les doux liens d’Aphrodite, de n’en user que prudemment : tant il est parfois malaisé, une fois que l’acte est consommé, de réapprendre à se déprendre ou d’échapper à quelque honte, &#8211; de se garder, en d’autres termes, d’éprouver le moindre tracas, c&#8217;est-à-dire la moindre douleur en notre âme.</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;"><em>Le désir de contempler des choses belles</em> parait moins évidemment naturel que le désir sexuel. D’autant qu’Epicure semble avoir condamné les poètes, ou tout du moins la poésie homérique, accusée, tout comme chez Platon, de tromper le public en propageant des mythes mensongers présentés sous une forme attrayante. (…)<br />
Néanmoins, parce que la beauté est donnée tout entière dans les sens et que les images ou les sons agréables ne sont point éprouvés comme tels sous l’effet d’un jugement de l’esprit mais par suite d’une <em>affection</em> de plaisir ; parce qu’en outre l’objet du désir esthétique est en droit toujours <em>limité</em> – la nature ne pouvant créer indéfiniment des beautés toujours surpassables – ce même désir peut être classé parmi ceux qui, sans être absolument nécessaires à notre joie constitutive, sont cependant foncièrement naturels. Cicéron témoigne d’ailleurs de ce qu’Epicure considérait bien ainsi ce désir : « pour mon compte, aurait-il déclaré, je ne vois pas ce que je pourrais entendre par le souverain bien, abstraction faite des plaisirs que procurent le goût, les choses de l’amour et <em>l’audition des chants</em>, abstraction faite aussi des <em>sensations agréables que les manifestations de la beauté procurent à nos yeux</em> et, d’une façon générale, de tous les plaisirs qui, dans l’ensemble de l’être humain, sont produits par n’importe quel sens ». Et Lucrèce n’omet pas de mentionner la musique et le chant et la danse, lorsqu’il peint la vie simple des hommes <em>naturels</em> que furent, selon lui, nos lointains ancêtres.<br />
Mais l’argument qui doit le plus nous incliner à considérer qu’Epicure rangeait le désir du beau parmi les désirs naturels doit être tiré, croyons-nous, de sa théologie : on comprendrait for mal, s’il devait en aller autrement, que Lucrèce ait pu affirmer que les premiers hommes ont trouvé aux dieux des figures « d’une beauté sans pareille », et que cette « éclatante beauté » les ait assez surpris pour qu’ils prêtent en outre à ceux-ci le pouvoir de gouverner la nature. La contemplation renouvelée de la beauté divine, avant que d’être obnubilée par le mythe et les vaines opinions, semble bien avoir largement contribué à cristalliser en une prénotion durable les images, tout d’abord ponctuelles et labiles, qui – une fois détachées des dieux – impressionnaient les premiers hommes : or, on voit mal qu’un désir vain ait pu jouer un si grand rôle chez des êtres aussi peu contournés que l’étaient nos premiers et lointains ancêtres. Le désir esthétique, s’il n’est certes pas un désir dont la satisfaction est indispensable au bonheur, devait donc figurer parmi les désirs <em>naturels</em> dans la classification d’Epicure.</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">c  &#8211; Les désirs <em>vains</em>, enfin, sont tous ceux qui comportent de l’illimitation.</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">Ce sont soit des désirs naturels dont on méconnait la limite (excès de table ou raffinements culinaires ou vestimentaires, dans le cas des désirs naturels et nécessaires ; passion amoureuse ou vanités esthétisantes, dans le cas de ceux qui sont naturels mais non nécessaires), soit des désirs illimités par essence et <em>a principio</em> aberrants.<br />
La vaine crainte de la mort constitue, on l’a dit, le prototype – et même, selon Lucrèce, la cause inconsciente – de tous les autres <em>pothoï</em> [<em>Note du moine copiste : désigne, en grec, un désir irrépressible qui serait composé pour partie de regret ; comme une nostalgie qui se transformerait en action</em>] : ce n’est jamais rien d’autre, en effet, que le désir d’une vie dont la durée puisse être <em>indéfinie</em>. Le désir de la gloire, ce « soleil des morts », selon l’expression de Balzac, est également vide de sens. En tout état de cause, être glorieux suppose que l’on plaise à la foule ; or le philosophe ne se règle point sur l’opinion de la foule. Le désir des biens terrestres – qui sont à portée de nous, qui sont ceux de notre prochain – comporte la même illimitation, la même pleonexia (ce désir d’avoir toujours plus, que les Latins ont traduit par « <em>avaritia</em> »), et donne lieu aux mêmes frénésies. « Le désir s’étend sans mesure quand il franchit les limites de la nature. Car celle-ci a sa fin, [mais] les vains élans de la concupiscence sont sans bornes » (Sénèque, Lettre à Lucilius, 39, 5-6). Ainsi, « ni la richesse la plus grande qui soit ne délivre du trouble de l’âme ou n’engendre une joie réelle, ni l’estime et la considération de la foule, ni rien d’autre qui dépende de causes sans limites définies ». L’ambition, le désir de domination, l’aveugle désir des honneurs et toutes les diverses passions sociales tombent, pour la même raison, sous le coup de la même critique.</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">On le voit, moins ils sont nécessaires, plus les désirs sont difficiles à contempler. La peine, le trouble – la douleur, en un mot – que nous cause la poursuite d’un plaisir est toujours en raison inverse de son importance effective. Les désirs naturels et nécessaires sont précisément ceux auxquels « on peut donner pleine satisfactions avec un rien » comme l’écrit Cicéron dans ses <em>Tusculanes</em> (V, XXXIII, 93) : ce sont ceux-là même qui font dire aux épicuriens que « les richesses selon la nature sont à la portée de tout le monde » (Ibid.). Pour ce qui est de la seconde catégorie de désirs – les désirs naturels et non nécessaires – « il n’y a guère de difficulté, soit à s’en procurer les objets, soit même à s’en passer ». Car, d’une façon générale, les plaisirs correspondant à cette sorte de désirs sont certes « désirables, mais à condition qu’ils ne puissent faire du tort » (Ibid) : aussi ne sont-ils « jamais utiles », à parler strictement. Quant à ceux qui viennent en troisième lieu, « l’idée qu’ils sont pleinement chimérique » &#8211; autrement dit que leur satisfaction est infiniment malaisée – « et qu’ils n’ont nul caractère de nécessité, ni même rien de naturel, les a fait rejeter complètement » par le philosophe du Jardin. »</p>
<p style="text-align: right; padding-left: 30px;">Jean Salem, <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Tel un dieu parmi les hommes, l&#8217;éthique d&#8217;Epicure</span></em></strong>, p. 77 sq</p>
<p></span></p>
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		<title>Complément à la préparation à l’oral, à propos de Sartre : une incursion dans l’Etre et le Néant.</title>
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		<pubDate>Mon, 27 Jun 2011 15:36:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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		<category><![CDATA[L'Existentialisme est un humanisme]]></category>
		<category><![CDATA[Sartre]]></category>

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Pour évaluer à quel point on a compris le texte d’un philosophe, le mieux est sans doute de se confronter à un autre texte, du même auteur, de difficulté plus élevée. L’Existentialisme est un humanisme est un texte réputé assez facile d’accès, puisque vulgarisant une thèse philosophique qui peut prendre des aspects bien plus complexes. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">Pour évaluer à quel point on a compris le texte d’un philosophe, le mieux est sans doute de se confronter à un autre texte, du même auteur, de difficulté plus élevée. <strong><em><span style="text-decoration: underline;">L’Existentialisme est un humanisme</span></em></strong> est un texte réputé assez facile d’accès, puisque vulgarisant une thèse philosophique qui peut prendre des aspects bien plus complexes. On s’assurera de le maîtriser en se penchant sur quelques passages de cette autre pièce maîtresse dans l’histoire de la philosophie qu’est <strong><em><span style="text-decoration: underline;">l’Etre et le Néant</span></em></strong>, parue deux ans avant le court ouvrage tiré de la conférence du cercle Maintenant. <strong><em><span style="text-decoration: underline;">L’Etre et le Néant</span></em></strong> est un sommet autrement plus élevé qui devrait offrir quelques résistances au lecteur encore amateur.</p>
<p style="text-align: justify;">Le passage qui suit se singularise par un vocabulaire moins courant, et par des références plus présentes, et plus pointues que dans <strong><em><span style="text-decoration: underline;">l’Existentialisme est un humanisme</span></em></strong>. Néanmoins, il ne faut pas se laisser démonter. A strictement parler, ce passage s’éclaire par lui-même, dans la mesure où il donne par lui-même les <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/06/GIACOMETTI-sartre.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1894" title="GIACOMETTI-sartre" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/06/GIACOMETTI-sartre.jpg" alt="" width="422" height="504" /></a>éléments de sa compréhension. Lire un philosophe, c’est toujours se mesurer à plus grand que soi (philosopher, c’est d’ailleurs aussi se mesurer à plus fort que soi), mais les plus grands des philosophes sont ceux qui installent dans leurs écrits les marchepieds permettant de se hisser jusqu’à eux.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, on pourra comprendre ce texte en utilisant cette clé, tendue par Sartre lui-même, dans cette phrase : « <em>L’être qui est ce qu’il est ne saurait être libre</em> » (NB : je serais élève de terminale préparant un éventuel oral de rattrapage en philosophie, je pense que j&#8217;apprendrais cette phrase par coeur, tant elle semble permettre de saisir le centre même de la pensée existentialiste telle que Sartre la définit). Je croise les doigts pour que mes élèves comprennent d’emblée cette proposition, dans la mesure où l’idée qu’elle porte fut amplement commentée en classe. Mais comme on sait que tout passe, et tout lasse, et puisque certains tombent ici qui ne sont pas mes élèves, précisons un peu : Ne peut être libre qu’un être qui n’est pas réductible à ce qu’il est d’ores et déjà. La liberté implique de pouvoir « <em>néantiser</em> » ce qu’on est (le réduire à néant, ne serait ce que par la pensée, en saisissant que ce qu’on est , là, maintenant, ne constitue pas l’essence de cet être qu’on est) afin de se projeter dans un autre soi. Il ne s’agit pas de schizophrénie (on croisera, plus tard dans l’histoire du XXè siècle, un Deleuze qui fera, lui, appel à ce concept), mais tout simplement d’aptitude à ne pas se contenter d’être ce que les choses ont fait de soi ; et il ne s’agit pas seulement d’un conseil de vie tel que pourraient en donner ces syndicats d’initiative existentiels que sont les soi-disant guides de « développement personnel » qui pullulent dans les rayons des librairies (parfois même au rayon philosophie, d’ailleurs). Ici, il s’agit de définir cet être particulier qu’est l’être humain, dont on va voir que, précisément, à la différence des autres êtres, il n’est pas totalement contenu dans ce qu’il est ; et qu’il est aussi ce qu’il n’est pas. </p>
<p style="text-align: justify;">Ce passage permet de comprendre deux expressions qui reviennent sans cesse dans ce passage, ainsi que dans l&#8217;ensemble de <strong><em><span style="text-decoration: underline;">l’Etre et le Néant</span></em></strong> : <em>l’en-soi</em>, et <em>le pour-soi</em>. L’Etre qui est ce qu’il est, cela désigne ce que Sartre appelle l’en-soi. Pour un élève de terminale, il me semble qu’une compréhension plutôt fidèle du texte autoriserait à voir dans l’en-soi l’autre nom de ce qu’on appelle un « objet », c&#8217;est-à-dire un être qui est exactement conforme à sa définition, qui n’est que ce qu’il est, sans plus. Cet être là ne dispose d’aucune liberté puisque son être est entièrement fixé, et figé, par sa définition (définitive). Au contraire, le pour-soi désigne l’être qui peut s’envisager lui-même, celui qui peut porter sur lui-même un regard. Ici, pour un élève de terminale encore, on peut autoriser à « lire » derrière cette expression le mot « conscience ». Mais il faut alors voir dans la conscience non pas cette « chose » conceptualisée par Descartes (vous vous souvenez de la question qu’il pose dans ses Méditations : que suis-je ? Réponse : une chose qui pense ; en somme, chez Descartes, la conscience est une chose, un être objet en-soi qui ne serait que ce qu’il est), mais comme une distance vis-à-vis de soi même, une non coïncidence avec soi même qui créerait un « néant » entre soi et soi. C&#8217;est d&#8217;ailleurs ici que Sartre est héritier de Husserl, qui avait correctement diagnostiqué cette spécificité de la conscience, qui n&#8217;est pas un objet, mais une tension vers autre chose qu&#8217;elle-même, idée qu&#8217;il résumait lui même par un concept, &laquo;&nbsp;l&#8217;intentionalité&nbsp;&raquo;, et par une simple phrase : &laquo;&nbsp;Toute conscience est conscience de quelque chose&nbsp;&raquo;. Mais si la conscience est une tension vers autre chose, cela signifie qu&#8217;en elle-même, elle n&#8217;est rien. Chez Sartre, c’est justement  de ce néant qu’émerge la liberté . On comprend mieux, alors, pourquoi dans <strong><em><span style="text-decoration: underline;">l’Existentialisme est un humanisme</span></em></strong>, on affirme à longueur de pages que l’homme est libre parce qu’il n’est rien.</p>
<p style="text-align: justify;">A priori, ces quelques précisions devraient suffire à comprendre le texte qui suit. Et si tout se passe bien, ce texte plus difficile devrait permettre à son tour de mieux comprendre les propositions tenues dans le texte a priori plus simple, mais aussi plus eliptique, qu&#8217;il s&#8217;agit de présenter lors de l&#8217;oral &laquo;&nbsp;de rattrapage&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">&laquo;&nbsp;Etre, pour le pour-soi, c’est néantiser l’en-soi qu’il est. Dans ces conditions, la liberté ne saurait être rien autre que cette néantisation. C’est par elle que le pour-soi échappe à son être comme à son essence, c’est par elle qu’il est toujours autre chose que ce qu’on peut <em>dire</em> de lui ; car au moins est-il celui qui échappe à cette dénomination même, celui qui est déjà par delà le nom qu’on lui donne, la propriété qu’on lui reconnaît. Dire que le pour-soi a à être ce qu’il est, dire qu’il est ce qu’il n’est pas en n’étant pas ce qu’il est, dire qu’en lui l’existence précède et conditionne l’essence ou inversement , selon la formule de Hegel, que pour lui <em>Wesen ist was gewesen ist </em>[<em>Traduction du moine copiste : L’essence, c’est ce qui a été (ou même, ce qui est été, cette traduction alternative et un peu tordue sera importante par la suite, on le verra)</em>], c’est dire une seule et même chose, à savoir que l’homme est libre. Du seul fait, en effet, que j’aie conscience des motifs qui sollicitent mon action, ces motifs sont déjà des objets transcendants pour ma conscience, ils sont dehors ; en vain chercherai-je à m’y accrocher ; j’y échappe par mon existence même. Je suis condamné à exister pour toujours par delà mon essence, par delà les mobiles et les motifs de mon acte : je suis condamné à être libre. Cela signifie qu’on ne saurait trouver à ma liberté d’autres limites qu’elle-même ou, si l’on préfère, que nous ne sommes pas libres de cesser d’être libres. […] L’homme est libre parce qu’il n’est pas soi, mais présence à soi. L’être qui est ce qu’il est ne saurait être libre. La liberté, c’est précisément le néant qui <em>est été</em> au cœur de l’homme et qui contraint la réalité-humaine à <em>se faire</em>, au lieu <em>d’être</em>. Nous l’avons vu, pour la réalité-humaine, être c’est <em>se choisir</em> : rien ne lui vient du dehors, ni du dedans non plus, qu’elle puisse <em>recevoir</em> ou <em>accepter</em>. Elle est entièrement abandonnée, sans aucune aide d’aucune sorte, à l’insoutenable nécessité de se faire être jusque dans le moindre détail. Ainsi la liberté n’est pas <em>un</em> être : elle est l’être de l’homme, c&#8217;est-à-dire son néant d’être. Si on concevait d’abord l’homme comme un plein [<em>Note du moine copiste : c'est-à-dire comme un être plein, sans vide, en somme un objet, ce que Sartre désignera aussi comme le « gros plein d’être », c'est-à-dire celui qui se complait à se réduire à ce qu’il est, que ce soit dans l’autosatisfaction (l’individu qui s’identifie à ce personnage de « celui qui a réussi ») ou dans la victimisation (celui qui conçoit ses échecs comme programmés par avance par son appartenance sociale, se désignant comme le jouet impuissant de forces qui décident de tout à sa place)</em>] il serait absurde de chercher en lui, par après, des moments ou des régions psychiques où il serait libre : autant chercher le vide dans un récipient qu’on a préalablement rempli jusqu’aux bords. L’homme ne saurait être tantôt libre et tantôt esclave ; il est tout entier et toujours libre ou il n’est pas. »</p>
<p style="text-align: right; padding-left: 30px;">J-P. Sartre, L&#8217;Etre et le Néant, p. 494 sq dans l&#8217;édition Gallimard, collection Tel; p. 515 sq dans l&#8217;édition originelle.</p>
<p style="text-align: justify;">On portera attention à la dernière phrase, qui est bel et bien libellée ainsi : « Il est tout entier et toujours libre ou il n’est pas », et non pas « Il est tout entier et toujours libre ou il ne l’est pas ». En somme, par l’aliénation hypothétique de sa liberté, l’homme perd son humanité. Ce qui signifie, si on tire toutes les conséquences du texte qui précède, que l’homme perd son humanité dès l’instant où il tente de se définir autrement que comme un vide en mouvement, une projection de soi vers ce qui n’est pas, encore, soi. Dès lors que l’homme s’objective, parle de lui comme on parlerait d’un objet, se définit, s’attribue une essence, il n’est plus humain. On a là de quoi mieux saisir les propositions radicales, mais dès lors logiques, qui sont tenues dans l’Existentialisme est un humanisme.</p>
<p style="text-align: justify;">On saisira mieux encore pourquoi Sartre présentera son existentialisme comme un humanisme. Il aurait été difficile de le définir comme une anthropologie, puisqu&#8217;il aurait alors fallu constituer l&#8217;homme comme un objet qu&#8217;il s&#8217;agirait de connaître. Parler d&#8217;humanisme, c&#8217;est déplacer l&#8217;homme du terrain des objets pour le placer sur celui des valeurs, sans pour autant céder à la tentation d&#8217;en faire une idée figée, au terminus de l&#8217;histoire, ce à quoi tout homme se devrait de correspondre. La manière qu&#8217;aura l&#8217;existentialisme d&#8217;être humaniste, ce sera de détacher l&#8217;homme de toute définition afin de lui rendre l&#8217;aptitude à être tout, puisque n&#8217;étant rien.</p>
<p style="text-align: justify;">Reprenez maintenant <strong><em><span style="text-decoration: underline;">l&#8217;Existentialisme est un humanisme</span></em></strong>, ça devrait vous paraître étonnamment simple.</p>
<p style="text-align: justify;">Illustration : Sartre ,par Giacometti (1949)</p>
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		<title>Complément à la préparation à l&#8217;oral, à propos de Sartre : Descartes, l&#8217;inspirateur détourné.</title>
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		<pubDate>Mon, 27 Jun 2011 10:23:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Auteurs]]></category>
		<category><![CDATA[L'Existentialisme est un humanisme]]></category>
		<category><![CDATA[Sartre]]></category>

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		<description><![CDATA[
On l’indiquait dans le précédent article, préparer le passage à l’oral en philosophie réclame de maîtriser non seulement une œuvre mais aussi les concepts que cette œuvre travaille. Il ne s’agit pas seulement de se préparer à d’éventuelles questions sortant du strict cadre du texte, mais avant tout d’être capable de le comprendre, en maîtrisant [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">On l’indiquait dans le précédent article, préparer le passage à l’oral en philosophie réclame de maîtriser non seulement une œuvre mais aussi les concepts que cette œuvre travaille. Il ne s’agit pas seulement de se préparer à d’éventuelles questions sortant du strict cadre du texte, mais avant tout d’être capable de le comprendre, en maîtrisant les problématiques qui le motivent, puisque celles-ci sont ce qui fait de ces « œuvres » des textes de philosophie.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, il serait illusoire de prétendre saisir <strong><em><span style="text-decoration: underline;">l’Existentialisme est un humanisme</span></em></strong>, ce court texte de Sartre, sans avoir étudié plus largement la liberté, concept <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/06/SartreFreund.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1889" title="SartreFreund" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/06/SartreFreund.jpg" alt="" width="336" height="448" /></a> central dans les études de philosophie en général, et dans cette oeuvre en particulier. La lecture de ce texte peut donner l’impression que Sartre pense en opposition à toute l&#8217;histoire de la philosophie0, seul dans son camp, redéfinissant de fond en comble la liberté, à l’envers de tout ce que la tradition avait pu établir. C’est que le format de la conférence donne à ce texte un ton assez virulent, polémique, et ne laisse guère la place aux références approfondies. Pourtant, Sartre, dans des écrits plus développés, s’appuie sur cette tradition philosophique, et loin de la nier, il y puise au contraire les éléments de sa propre analyse. Parfois cependant, cet appui se fait de manière assez paradoxale, et on peut être surpris de la manière dont il va puiser, dans des thèses qui sont a priori incompatibles avec les siennes, les sources de ses propres positions.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans le recueil <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Situations I</span></em></strong>, on trouve un passage dans lequel Sartre commente la théorie du libre-arbitre chez Descartes. On sait que pour celui-ci, le libre-arbitre n’a de valeur que si on le conçoit comme un attribut de Dieu, car lui seul, unique être parfait, peut se permettre d’être indifférent, c&#8217;est-à-dire de ne pas pencher vers ceci plutôt que vers cela. Sachant combien, dans <strong><em><span style="text-decoration: underline;">l’Existentialisme est un humanisme</span></em></strong>, Sartre plaide en faveur d’un existentialisme athée, on cerne mal <em>a priori</em> ce qu’il peut retirer d’une telle théorie. Pourtant, on va le voir, l’analyse qu’il met en œuvre consiste précisément à saisir la définition du libre-arbitre chez Descartes, et à le déplacer de Dieu à l’homme, en retirant à celui-là ses prérogatives pour les confier à l’homme lui-même. Ce faisant, on va le voir, ce n’est pas seulement la liberté qui est redéfinie (à strictement parler, d’ailleurs, elle n’est justement pas redéfinie, elle demeure ce qu’elle était chez Descartes, elle est simplement attribuée à un autre être), mais c&#8217;est aussi le Bien et avec lui l&#8217;ensemble des valeurs, qui sont requalifiés, puisqu&#8217;elles cessent d’être un ensemble de repères idéaux dans le « ciel numineux des valeurs », et sont désormais considérées comme le résultat de la délibération humaine, qui ne se manifeste pas autrement que par ses actes. Il n’y a dès lors pas de Bien en soi, mais le Bien est ce que l’homme désigne comme tel, avec toute la contingence que cela suppose. Dès lors, c’est l’homme qui détermine le Bien, et non l’inverse ; et par conséquent, l’homme détermine l’homme, ce qui jusque là avait été considéré comme une spécificité divine.</p>
<p style="text-align: justify;">Voici donc ce passage, extrait de cet ouvrage, <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Situations I</span></em></strong> (1947) qui est en fait un recueil d’articles de provenances diverses, dont celui qui nous intéresse ici, <strong><em><span style="text-decoration: underline;">La Liberté cartésienne</span></em></strong> :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">« Descartes a parfaitement compris que le concept de liberté renfermait l’exigence d’une autonomie absolue, qu’un acte libre était une production absolument neuve dont le germe ne pouvait être contenu dans un état antérieur du monde et que, par suite, liberté et création ne faisaient qu’un. La liberté de Dieu, bien que semblable à celle de l’homme, perd l’aspect négatif qu’elle avait sous son enveloppe humaine, elle est pure productivité, elle est l’acte extra-temporel et éternel par quoi Dieu fait qu’il y ait un monde, un Bien et des Vérités éternelles. Dès lors la racine de toute Raison est à chercher dans les profondeurs de l’acte libre, c’est la liberté qui est le fondement du vrai, et la nécessité rigoureuse qui paraît dans l’ordre des vérités est elle-même soutenue par la contingence absolue d’un libre arbitre créateur. […] En Dieu le vouloir et l’intuition ne font qu’un, la conscience divine est à la fois constitutive et contemplative. Et, semblablement, Dieu a inventé le Bien ; il n’est point incliné par sa perfection à décider ce qui le meilleur, mais c’est ce qu’il a décidé qui, par l’effet de sa décision même, est absolument bon. Une liberté absolue qui invente la Raison et le Bien et qui n’a d’autres limites qu’elle-même et sa fidélité à elle-même, telle est finalement pour Descartes la prérogative divine. Mais, d’un autre côté, il n’y a rien de plus en cette liberté qu’en la liberté humaine et il a conscience qu’en décrivant le libre arbitre de son Dieu, de n’avoir fait que développer le contenu implicite de l’idée de liberté. C’est pourquoi, à bien considérer les choses, la liberté humaine n’est pas limitée par un ordre de libertés et de valeurs qui s’offriraient à notre assentiment comme des choses éternelles, comme des structures nécessaires de l’être. C’est la volonté divine qui a posé ces valeurs et ces vérités, c’est elle qui les soutient : notre liberté n’est bornée que par la liberté divine. Le monde n’est rien que la création d’une liberté qui le conserve indéfiniment ; la vérité n’est rien si elle n’est pas voulue par cette puissance divine et si elle n’est reprise, assumée et entérinée par la liberté humaine. L’homme libre est seul en face d’un Dieu absolument libre ; la liberté est le fondement de l’être, sa dimension secrète ; dans ce système rigoureux, elle est, pour finir, le sens profond et le vrai visage de la nécessité. »</p>
<p style="text-align: justify;">On peut prendre point par point les éléments de définition de la liberté divine chez Descartes, et les plaquer sur l&#8217;homme, afin de concevoir correctement la manière dont Sartre considère la liberté de celui-ci. On comprend dès lors mieux à quel point elle est simultanément absolue et responsabilisante. On comprend mieux aussi pourquoi il ne cessera, dans l&#8217;Existentialisme est un humanisme, de voir en la liberté un condambation, c&#8217;est à dire non pas une situation dans laquelle l&#8217;homme pourrait être, ou ne pas être, mais la condition même de son existence, ce dont, de lui, il ne peut se séparer, ce qu&#8217;il ne peut pas de bonne foi réduire à néant.</p>
<p>En illustration : J-P. Sartre, photographié par Gisèle Freund en 1939</p>
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		<title>Rattrape-toi si tu peux</title>
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		<pubDate>Fri, 24 Jun 2011 13:19:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualité]]></category>
		<category><![CDATA[Recettes et méthodes]]></category>

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		<description><![CDATA[
Alors que les épreuves écrites ont pris fin, pendant que les correcteurs évaluent chacun leur paquet de copies, il est temps de se préparer à passer le second groupe d’épreuves, au cas où.
Rappelons le principe, puisque les medias sont parfois d’étranges sources d’information (le soir de l’épreuve de philosophie, sur Canal+, lors du Grand Journal, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">Alors que les épreuves écrites ont pris fin, pendant que les correcteurs évaluent chacun leur paquet de copies, il est temps de se préparer à passer le second groupe d’épreuves, au cas où.</p>
<p style="text-align: justify;">Rappelons le principe, puisque les medias sont parfois d’étranges sources d’information (le soir de l’épreuve de philosophie, sur Canal+, lors du Grand Journal, Michel Denisot annonçait, devant Ali Baddou qui opinait du chef, que les sujets du baccalauréat étaient régionaux, ce qui n’est plus le cas depuis bien longtemps) : si, à l’issue des épreuves du premier groupe (c&#8217;est-à-dire toutes celles qui ont eu lieu jusqu’à aujourd’hui, y compris les épreuves anticipées de première), on obtient une moyenne <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/06/bac2em4.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-1885" title="bac2em4" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/06/bac2em4-300x187.jpg" alt="" width="300" height="187" /></a>générale comprise entre 8 et 9,99, alors on est convié à venir passer deux épreuves à l’oral, lors du second groupe d’épreuves (que, dans l’intimité, on appelle aussi « le rattrapage »). Le candidat les choisit lui-même, parmi les épreuves qu’il a passé à l’écrit. On ne peut pas passer au second groupe d’épreuves une discipline dont l’épreuve se passe à l’oral lors du premier groupe.</p>
<p style="text-align: justify;">Il est donc possible de choisir de passer la philosophie lors de ce « rattrapage ». L’épreuve, quelle que soit la section, dure 20 minutes, précédées de 20 minutes de préparation. Elle s’appuie sur une liste de textes que le candidat doit présenter, sur laquelle figure les textes présentés, la signature de l’enseignant et le cachet de l’établissement. Selon les sections, les exigences de cette liste sont diverses. En filière L, il s’agit de présenter deux œuvres. En S et ES, une œuvre ; et pour les filières techniques, les candidats présentent simplement une liste de textes étudiés en cours au cours de l’année.</p>
<p style="text-align: justify;">L’épreuve consiste toujours en l’explication d’un texte de taille réduite, extrait des œuvres inscrites sur la liste. L’examinateur choisira donc dans l’œuvre présentée un passage que le candidat préparera pendant 20 minutes. Puis il rejoindra le bureau de l’examinateur pour présenter son explication, qui sera suivie d’un échange assez bref (10 minutes, le plus souvent), au cours duquel on approfondira l’explication, dans deux directions principales : le rôle du passage dans l’œuvre, et la réflexion autour des notions mises en jeu dans l’extrait et dans l’œuvre.</p>
<p style="text-align: justify;">Parfois, rarement en fait, on peut poser des questions plus largement sur le programme de philosophie tel qu’il est censé être maîtrisé à la fin d’une année d’étude de cette discipline. Les qualités dont il faut faire preuve sont les mêmes qu’à l’écrit : savoir ce qu’on dit, maîtriser son expression, connaître le vocabulaire qu’on utilise et ne pas être limité dans l’expression de ses idées par un vocabulaire trop restreint ou une confusion dans le sens des mots ; mais aussi être capable de problématiser, de saisir le sens des questions posées, de structurer ses réponses en analysant les termes mis en jeu ; en somme, être capable de réfléchir et savoir entretenir un dialogue. Précisons que l’examinateur n’est pas là pour piéger le candidat, que les textes officiels lui demandent d’être bienveillant et d’accompagner le candidat dans l’expression de ses réponses, sans lui faire obstacle.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce que ne précisent pas les documents officiels, c’est que c’est au candidat d’être tout d’abord bienveillant envers lui-même : on ne peut pas aborder l’oral du second groupe d’épreuves sans s’y être préparé. En philosophie, cela signifie deux choses :</p>
<p style="text-align: justify;">- Maîtriser les œuvres présentées<br />
- Connaître les concepts mis en jeu par ces œuvres.</p>
<p style="text-align: justify;">Afin de remplir la première condition, il est encore temps de relire les œuvres (ou l’œuvre) présentées. Relire signifie, ici, lire activement, en reprenant tout le vocabulaire, y compris secondaire, afin d’en maîtriser les définitions, pour ne pas être pris au dépourvu lors de l’épreuve, si une question est posée à ce sujet. Précisons ceci : connaître le sens d’un mot consiste à être capable d’en donner une définition claire et précise. Cela va donc plus loin que le simple fait de « voir ce que ça veut dire ». Ajoutons qu’il n’y a pas de travail philosophique en dehors de cet effort de définition, puisque philosopher, c’est justement mettre le doigt sur le caractère problématique d’un certain nombre de définitions.<br />
Afin de mener correctement cette relecture, il faut aussi se faire un schéma mental de l’œuvre, la voir comme un mécanisme qui produit un certain travail, qui manipule des matériaux (les concepts) pour en faire quelque chose. Il faut parvenir à voir l’œuvre comme un dispositif global, dans lequel le passage à expliquer lors de l’épreuve a un rôle précis à jouer. Il faudrait être capable de formuler à l’oral, avec aisance, le problème auquel l’œuvre s’attaque, la manière dont elle le traite, la thèse qu’elle soutient et les grandes lignes de son argumentation, sa stratégie en somme. Ce sont autant d’éléments qui aideront à expliquer le passage précis qu’il s’agira de présenter à l’oral.<br />
Si tout ceci est bien maîtrisé, alors les 20 minutes de préparation pourront être entièrement consacrées au passage précis que l’examinateur aura désigné.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais on ne peut pas se contenter de relire l’œuvre. Pour satisfaire au second point cité plus haut, il est aussi nécessaire d’avoir mené, sur les concepts mis en jeu par l’œuvre, une réflexion permettant de situer l’œuvre par rapport aux grandes problématiques du programme de philosophie.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour prendre des exemples tirés des œuvres étudiées cette année avec mes élèves, pour ce qui concerne L’Existentialisme est un humanisme, il faut revoir l’ensemble du cours sur la liberté, puisque la position de Sartre est très particulière, et réclame à être confrontée à une tradition philosophique plus large. On devra aussi revoir le concept de morale, et consulter, sur l’ensemble de l’année, toutes les références faites à l’existentialisme, et ce depuis Blaise Pascal. Pour ce qui concerne la Lettre à Ménécée, ce sont les cours de début d’année qu’il faudra revoir, à propos du passage de la conception mythique du monde à l’apparition de regards plus rationnels sur ce même monde, qui n’était plus, pourtant, le même monde. Une relecture de Lucrèce, dont on avait étudié un passage (<a href="http://www.harrystaut.fr/2010/11/deus-in-fabula-commentaire-a-partir-dun-texte-de-lucrece/" target="_blank">http://www.harrystaut.fr/2010/11/deus-in-fabula-commentaire-a-partir-dun-texte-de-lucrece/</a>), serait bienvenue aussi. Plus largement, ce sont les concepts de sagesse et de bonheur qui doivent être maîtrisés afin de venir à l’oral en maîtrisant bien ce dont on parle.</p>
<p style="text-align: justify;">Voila qui réclame « un peu » de travail. Je sais que certains élèves s’y sont déjà mis. Il parait sain, effectivement, de ne pas tarder. Il est possible, particulièrement en filière littéraire, de sauver bien des désastres lors de cette épreuve orale, mais on ne peut pas y faire illusion : si on ne connaît pas l’œuvre, si on donne l’impression de découvrir le passage le jour de l’examen, si on n’a pas soi même médité ces textes de sorte que les questions que posera l’examinateur, on les a soi même déjà posées auparavant, alors peu de points seront récupérés lors de cette épreuve.</p>
<p style="text-align: justify;">Un détail pour finir : il est nécessaire, si on veut présenter un texte, de savoir le lire. Beaucoup d’examinateurs demandent tout simplement au candidat de lire tout d’abord à haute voix le passage qu’ils vont expliquer ensuite. L’exercice semble anodin, il est pourtant extrêmement révélateur du niveau de maîtrise de l’élève : sa lecture, son rythme, ses intonations, sont le témoin de cette compréhension. On ne saurait donc trop conseiller de se préparer en lisant, pour soi, à voix haute, ces textes à présenter, afin d’en être la voix, de les incarner en quelque sorte. Partout où, dans cet exercice, on bute sur des obstacles, c’est qu’un travail de réflexion, d’analyse, de méditation, demeure à effectuer.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans les jours qui viennent, mieux vaut se concentrer sur cette préparation que sur les dépêches de presse mentionnant telle ou telle tournure folklorique que peut prendre l’organisation du baccalauréat lui-même. On le répète : ce second groupe d’épreuves n’a pas pour but de rattraper les élèves, mais de permettre aux élèves de le faire eux-mêmes. Qu’ils s’en rendent capables.</p>
<p style="text-align: justify;">En illustration : les résultats du baccalauréat à Alger, en 2009. Les mêmes scènes, à l&#8217;identique, se reproduisent partout où un examen similaire est organisé. La tension était cependant sans doute un peu plus forte à Alger, cette année là, puisque les candidats savaient que l&#8217;année précédente, seuls 47% des candidats avaient obtenu leur diplôme&#8230;</p>
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		<title>Fly me to the moon</title>
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		<pubDate>Wed, 15 Jun 2011 20:14:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Actualité]]></category>
		<category><![CDATA[Recettes et méthodes]]></category>

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		<description><![CDATA[
Un conseil de dernière soirée ?
Cette veille d&#8217;épreuve propose une éclipse totale de lune. Plutôt que des heures à tenter de tromper le sommeil plongé dans une pile de prépabacs et de sites proposant, tous, leur recette pour ne pas trop rater l&#8217;oeuvre réclamée demain, s&#8217;étendre sur le sol et regarder le ciel dans lequel [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">Un conseil de dernière soirée ?</p>
<p style="text-align: justify;">Cette veille d&#8217;épreuve propose une éclipse totale de lune. Plutôt que des heures à tenter de tromper le sommeil plongé dans une pile de prépabacs et de sites <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/06/eclipse_lune_2006_03pF.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-1882" title="eclipse_lune_2006_03pF" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/06/eclipse_lune_2006_03pF-300x289.jpg" alt="" width="300" height="289" /></a>proposant, tous, leur recette pour ne pas trop rater l&#8217;oeuvre réclamée demain, s&#8217;étendre sur le sol et regarder le ciel dans lequel notre satellite disparait graduellement peut être considéré comme une méthode assez pertinente pour se préparer à travailler quatre heures durant un sujet qui, lui, dort tranquillement jusqu&#8217;à demain, 8h, dans les coffres forts des centres d&#8217;examen.</p>
<p style="text-align: justify;">Après tout, sur la pierre tombale de Kant lui même se trouvent mentionnés les deux horizons qui suscitaient en lui la pensée : la loi morale en lui, et le ciel étoilé au dessus de sa tête. Se placer sous le ciel nocturne, exactement, pourrait permettre de retourner aux sources de cette réflexion dont il faudra bien, demain, être l&#8217;auteur.</p>
<p style="text-align: justify;">Ajoutons que ce même ciel étoilé était source de réconfort pour Sénèque, quand il s&#8217;agissait d&#8217;aténuer le drame de l&#8217;exil, pour lui comme pour sa propre mère dont il était alors séparé : où qu&#8217;on soit sur terre, on est sous le même ciel. Ce qui vaut pour l&#8217;espace vaut aussi pour le temps : ce ciel nocturne, ce soir, est le même que celui que regardait Kant, qui était déjà le même qui surplombait Sénèque dans son exil corse. On conviendra qu&#8217;en ces veilles de bataille, un peu de réconfort soit bienvenu.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais le ciel est astucieux, et un peu facétieux : en ce soir d&#8217;éclipse, le ciel est nuageux.</p>
<p style="text-align: justify;">Dès lors, ce à quoi on assistera, c&#8217;est à la disparition invisible d&#8217;un astre s&#8217;invisibilisant.</p>
<p style="text-align: justify;">J&#8217;avais conseillé, afin de se préparer, de méditer. Le ciel semble être avec vous; il donne l&#8217;occasion de se plonger dans ce silence éternel des espaces infinis, et effrayants, de l&#8217;univers. Le fait que l&#8217;absence elle même soit invisible, absente à la vue, a quelque chose qui ne déplairait sans doute pas à Pascal.</p>
<p style="text-align: justify;">On peut y voir un signe encourageant.</p>
<p style="text-align: justify;">Et sur cette extinction des feux, on vous souhaite une bonne nuit.</p>
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		<title>Avoir 17 ans en polynésie</title>
		<link>http://www.harrystaut.fr/2011/06/avoir-17-ans-en-polynesie/</link>
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		<pubDate>Sat, 11 Jun 2011 15:08:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Annales]]></category>
		<category><![CDATA[session 2011]]></category>
		<category><![CDATA[Sujets]]></category>

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		<description><![CDATA[
Poursuite de notre petit tour du monde, de session en session du baccalauréat 2011. Aujourd&#8217;hui, c&#8217;est en Polynésie que s&#8217;effectue notre cueillette de sujets de philosophie.
Serie L :
Sujet n°1 :
Nos erreurs viennent elles de la théorie ou de l&#8217;expérience ?
Sujet n°2 :
Faut-il se donner des raisons d&#8217;exister ?
Sujet n°3 :
Expliquez ce texte :
&#171;&#160;Le fait seul [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">Poursuite de notre petit tour du monde, de session en session du baccalauréat 2011. Aujourd&#8217;hui, c&#8217;est en Polynésie que s&#8217;effectue notre cueillette de sujets de philosophie.</p>
<p style="text-align: justify;">Serie L :</p>
<p style="text-align: justify;">Sujet n°1 :</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/06/33047-1217682035.jpg"><img class="size-medium wp-image-1879 alignright" title="33047-1217682035" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/06/33047-1217682035-300x264.jpg" alt="" width="300" height="264" /></a>Nos erreurs viennent elles de la théorie ou de l&#8217;expérience ?</p>
<p style="text-align: justify;">Sujet n°2 :</p>
<p style="text-align: justify;">Faut-il se donner des raisons d&#8217;exister ?</p>
<p style="text-align: justify;">Sujet n°3 :</p>
<p style="text-align: justify;">Expliquez ce texte :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">&laquo;&nbsp;Le fait seul de vivre en société impose à chacun une certaine ligne de conduite envers autrui. Cette conduite consiste premièrement, à ne pas nuire aux intérêts d’autrui ou plutôt à certains de ces intérêts qui, soit par disposition expresse légale, soit par accord tacite, doivent être considérés comme des droits ; deuxièmement, à assumer sa propre part (à fixer selon un principe équitable) de travail et de sacrifices nécessaires pour défendre la société ou ses membres contre les préjudices et les vexations. Mais ce n’est pas là tout ce que la société peut faire. Les actes d’un individu peuvent être nuisibles aux autres, ou ne pas suffisamment prendre en compte leur bien-être, sans pour autant violer aucun de leurs droits constitués. Le coupable peut alors être justement puni par l’opinion, mais non par la loi. Dès que la conduite d’une personne devient préjudiciable aux intérêts d’autrui, la société a le droit de la juger, et la question de savoir si cette intervention favorisera ou non le bien-être général est alors ouverte à la discussion. Mais cette question n’a pas lieu d’être tant que la conduite de quelqu’un n’affecte que ses propres intérêts, ou tant qu’elle n’affecte les autres que s’ils le veulent bien, si tant est que les personnes concernées sont adultes et en possession de toutes leurs facultés. Dans tous les cas, on devrait avoir liberté complète – légale et sociale – d’entreprendre n’importe quelle action et d’en supporter les conséquences.&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: right; padding-left: 30px;">JOHN STUART MILL, De la liberté</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Série S :</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Sujet n°1 :</p>
<p style="text-align: justify;">Le souci de l&#8217;ordre est il une menace ou une garantie pour le citoyen ?</p>
<p style="text-align: justify;">Sujet n°2 :</p>
<p style="text-align: justify;">Une technique est elle bonne parce qu&#8217;elle est efficace ?</p>
<p style="text-align: justify;">Sujet n°3 :</p>
<p style="text-align: justify;">Expliquez ce texte :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">&laquo;&nbsp;L’âme commande au corps, et elle est immédiatement obéie. L’âme se commande à ellemême, et elle rencontre une résistance. L’âme commande à la main de remuer, et la chose se fait si facilement que c’est à peine si l’on peut distinguer l’ordre de son exécution. Et pourtant l’âme est âme, la main est corps. L’âme commande de vouloir à l’âme, c’est-à-dire à soi-même, et elle n’agit pas. D’où vient ce prodige ? Quelle en est la cause ? Elle lui commande, dis-je, de vouloir ; elle ne commanderait pas si elle ne voulait pas, et ce qu’elle commande ne s’exécute point. C’est qu’elle ne veut pas totalement ; aussi ne commande-t-elle pas totalement. Elle ne commande que dans la mesure où elle veut, et la défaillance de l’exécution est en relation directe avec la défaillance de sa volonté, puisque la volonté appelle à l’être une volonté qui n’est pas autre chose qu’elle-même. Donc elle ne commande pas pleinement : voilà pourquoi son ordre ne s’exécute pas. Si elle se mettait tout entière dans son commandement, elle n’aurait pas besoin de se commander d’être, elle serait déjà. Cette volonté partagée qui veut à  moitié, et à moitié ne veut pas, n’est donc nullement un prodige : c’est une maladie de l’âme. La vérité la soulève sans réussir à la redresser complètement, parce que l’habitude pèse sur elle de tout son poids. Il y a donc deux volontés, dont aucune n’est complète, et ce qui manque à l’une, l’autre le possède.&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: right; padding-left: 30px;">SAINT AUGUSTIN, Les Confessions.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Série ES :</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Sujet n°1 :</p>
<p style="text-align: justify;">Peut-on à bon droit parler d&#8217;un homme sans culture ?</p>
<p style="text-align: justify;">Sujet n°2 :</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;erreur peut-elle être féconde ?</p>
<p style="text-align: justify;">Sujet n°3 :</p>
<p style="text-align: justify;">Expliquez ce texte :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">&laquo;&nbsp;Nous ne savons ce que c’est que bonheur ou malheur absolu. Tout est mêlé dans cette vie ; on n’y goûte aucun sentiment pur, on n’y reste pas deux moments dans le même état. Les affections de nos âmes, ainsi que les modifications de nos corps sont dans un flux continuel. Le bien et le mal nous sont communs à tous, mais en différentes mesures. Le plus heureux est celui qui souffre le moins de peines ; le plus misérable est celui qui sent le moins de plaisirs. Toujours plus de souffrances que de jouissances ; voilà la différence commune à tous. La félicité de l’homme d’ici-bas n’est donc qu’un état négatif ; on doit la mesurer par la moindre quantité de maux qu’il souffre. Tout sentiment de peine est inséparable du désir de s’en délivrer ; toute idée de plaisir est inséparable du désir d’en jouir ; tout désir suppose privation, et toutes les privations qu’on sent sont pénibles ; c’est donc dans la disproportion de nos désirs et de nos facultés que consiste notre misère. Un être sensible dont les facultés égaleraient les désirs serait un être absolument heureux. En quoi consiste donc la sagesse humaine ou la route du vrai bonheur ? Ce n’est précisément pas à diminuer nos désirs ; car, s’ils étaient au-dessous de notre puissance, une partie de nos facultés resterait oisive, et nous ne jouirions pas de tout notre être. Ce n’est pas non plus à étendre nos facultés, car si nos désirs s’étendaient à la fois en plus grand rapport, nous n’en deviendrions que plus misérables ; mais c’est à diminuer l’excès des désirs sur les facultés, et à mettre en égalité parfaite la puissance et la volonté. C’est alors seulement que, toutes les facultés étant en action, l’âme cependant restera paisible, et que l’homme se trouvera bien ordonné.&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: right; padding-left: 30px;">Rousseau, Emile ou de l’éducation</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Séries techniques :</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Sujet n°1 :</p>
<p style="text-align: justify;">Faut-il se méfier des évidences ?</p>
<p style="text-align: justify;">Sujet n°2 :</p>
<p style="text-align: justify;">Est ce la pensée qui nous rend libres ?</p>
<p style="text-align: justify;">Sujet n°3 :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">&laquo;&nbsp;J’apprends […] à rendre un service à autrui, sans lui porter de tendresse réelle, parce que je prévois qu’il me le rendra dans l’espérance d’un autre service et afin de maintenir la même réciprocité de bons offices avec les autres ou avec moi. Et par suite, une fois que je lui ai rendu service et qu’il profite de l’effet bénéfique de mon action, il est conduit à accomplir sa part, prévoyant les conséquences qu’engendrerait son refus. Mais bien que cet échange intéressé entre les hommes commence à s’établir et à prévaloir dans la société, il n’abolit pas entièrement les relations d’amitié et les bons offices, qui sont plus généreux et plus nobles. Je peux encore rendre des services à des personnes que j’aime et que je connais plus particulièrement, sans avoir de profit en vue, et elles peuvent me le retourner de la même manière, sans autre intention que de récompenser mes services passés. Par conséquent, afin de distinguer ces deux sortes différentes d’échange, l’intéressé et celui qui ne l’est pas, il y a une certaine formule verbale inventée pour le premier, par laquelle nous nous engageons à l’accomplissement d’une action. Cette formule verbale constitue ce que nous appelons une promesse, qui est la sanction de l’échange intéressé entre les hommes. Quand quelqu’un dit qu’il promet quelque chose, il exprime en réalité une résolution d’accomplir cette chose et, en même temps, puisqu’il fait usage de cette formule verbale, il se soumet lui-même, en cas de dédit, à la punition qu’on ne se fie plus jamais à lui.&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: right; padding-left: 30px;">HUME</p>
<p style="text-align: justify;">Pour expliquer ce texte, vous répondrez aux questions suivantes, qui sont destinées principalement à guider votre rédaction. Elles ne sont pas indépendantes les unes des<br />
autres et demandent que le texte soit d’abord étudié dans son ensemble.</p>
<p style="text-align: justify;">1. Formulez l’idée directrice de ce texte et montrez quelles sont les étapes de son argumentation.<br />
2. a) En vous appuyant sur le texte, expliquez ce qu’est un échange intéressé.<br />
b) En vous appuyant sur le texte, expliquez ce qu’est un échange désintéressé.<br />
c) Analysez le rôle que joue la formule verbale de la promesse dans l’échange intéressé.<br />
3. Un échange peut-il être désintéressé ?</p>
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		<title>La tribune des Temps Modernes</title>
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		<pubDate>Sat, 11 Jun 2011 07:12:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Audio]]></category>
		<category><![CDATA[Auteurs]]></category>
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		<category><![CDATA[Sartre]]></category>

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		<description><![CDATA[
Quand ce sont les derniers jours qui s&#8217;égrainent avant l&#8217;examen, il n&#8217;est pas inintéressant de croiser un peu les connaissances, de tracer de grandes perspectives à travers les disciplines afin de tisser des liens entre les différentes leçons, afin que les éléments communiquent les uns avec les autres, constituant un réseau d&#8217;autant plus solide qu&#8217;il [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify">Quand ce sont les derniers jours qui s&#8217;égrainent avant l&#8217;examen, il n&#8217;est pas inintéressant de croiser un peu les connaissances, de tracer de grandes perspectives à travers les disciplines afin de tisser des liens entre les différentes leçons, afin que les éléments communiquent les uns avec les autres, constituant un réseau d&#8217;autant plus solide qu&#8217;il n&#8217;aura plus besoin d&#8217;être appris par coeur, puisqu&#8217;un élément permettra de retrouver la majeure partie de tous les autres.</p>
<p style="text-align: justify">Le document que je vous donne à entendre ci dessous sera à votre programme de terminale ce que la maïzena est à la sauce béchamel : un liant. Un croisement entre les programmes de philosophie, d&#8217;histoire, et de littérature (puisque De Gaulle figure cette année et pour un an encore parmi les auteurs étudiés en filière littéraire).</p>
<p style="text-align: justify">1947. Les consciences sont un peu schizophrènes : encore un pied dans le souvenir frais et douloureux de la guerre, de l&#8217;occupation, de la déportation même pour certains, et l&#8217;autre pied dans la reconstruction. Et cette remise sur pieds du pays ne consiste pas seulement à rebâtir les édifices détruits, et à tenter de cicatriser les plaies physiques et morales dont beaucoup souffrent. Elle touche aussi à ce qui est peut être l&#8217;essentiel dans ces périodes complexes : la remise sur pieds des institutions, sous la forme d&#8217;une république qui doit retrouver toute sa force après ces années de mise sous tutelle et d&#8217;humiliation. En effet, au delà des enjeux qui touchent la vie quotidienne des français, la question politique est au coeur des tensions et des débats, parce que le monde est en train de se couper en deux, selon cette fracture qui mettra le monde sous cette basse tension qu&#8217;on appelera &laquo;&nbsp;Guerre froide&nbsp;&raquo;, et que la France, dans sa recherche d&#8217;une voie diplomatique autonome, n&#8217;a pa pu choisir clairement une position claire, ni un camp. Ne se considérant pas vraiment comme vaincue, aimant à s&#8217;imaginer dans le camp des vainqueurs, libérée mais souhaitant être comptée parmi les libérateurs, la France est un peu assise entre deux chaises et sans doute tient on là une des raisons pour lesquelles <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/06/sartre_1947.jpg"><img class="size-full wp-image-1871 alignright" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/06/sartre_1947.jpg" alt="" width="361" height="500" /></a>elle a encore aujourd&#8217;hui des problèmes d&#8217;identité nationale. De Gaulle est persuadé que la france a un rôle à jouer dans ce monde devenu bipolaire, qu&#8217;elle peut se permettre de fonder une troisième voie, avec les pays qui ne se sont pas, eux mêmes, afiliés directement avec tel ou tel camp. Mais il a aussi à gérer le fait que les mêmes tensions existent, à l&#8217;intérieur du pays, entre les partis qui reproduisent à l&#8217;échelle nationale les tensions diplomatiques des deux grands blocs de nations. Et si la France ne choisit pas de camp, elle se fixe tout de même à travers De Gaulle un objectif clair : la lutte contre le communisme, ce qui tout de même l&#8217;inscrit nettement &laquo;&nbsp;quelque part&nbsp;&raquo; dans le concert des nations. Pour ce faire, en 1947, sera fondé le RPF, le Rassemblement pour la France, qui est un parti censé dépasser la logique des partis, pour faire front contre le parti communiste, au-delà des clivages habituels. Le RPF ne durera pas longtemps (il ne survivra pas aux premières déconvenues électorales du général, aux législatives de 1951), mais il permettra, pendant ce court laps de temps, de tracer les grandes lignes de ce qu&#8217;aurait pu être une politique débarassée des luttes entre partis.</p>
<p style="text-align: justify">Autant dire que tout le monde ne voit pas cela d&#8217;un très bon oeil, et qu&#8217;un certain nombre d&#8217;acteurs et observateurs de la vie politique voient ce RPF comme une manière de faire un hold-up global sur l&#8217;ensemble du spectre politique, en convainquant l&#8217;électeur que la seule ligne de démarcation qui vaille, c&#8217;est l&#8217;opposition ou l&#8217;adhésion au projet communiste. Beaucoup de penseurs voient là une manipulation du corps électoral qui s&#8217;accorde mal avec les exigences d&#8217;une véritable démocratie, et ce d&#8217;autant plus que dès lors, les travailleurs ouvriers, la plus modeste des classes sociales, n&#8217;est plus sûre de voir ses propres intérêts représentés parmi les orientations de l&#8217;Etat.</p>
<p style="text-align: justify">On sait à quel point De Gaulle fit en sorte de faire taire les voix qui n&#8217;allaient pas dans son sens. Pourtant, à la radio, des initiatives purent être prises et certaines émissions présentaient un ton critique qui nous étonnerait encore aujourd&#8217;hui même si, comme on va le voir, certaines ne survivaient pas longtemps au couperet ministériel. Ainsi, Fernand Pouey alors directeur des programmes littéraires et artistiques de la radiodiffusion française, invita t-il JP. Sartre et tout l&#8217;équipe de la revue Les Temps Modernes, créée en 1945, à tenir une émission hebdomadaire de 25 minutes, au cours de laquelle ils débattraient de sujets librement choisis. Sartre, Beauvoir, Pontalis, Merleau-Ponty, Bonnafé et quelques autres se lancèrent dans l&#8217;aventure, trouvant là l&#8217;occasion de donner un éclairage philosophique à des débats qui touchent directement le coeur de la société française, y compris dans les couches les plus populaires qui se savent directement concernées par ces questions, et ne comptent pas laisser la politique aux seules mains du général et des hommes qui l&#8217;entourent. Raymond Aron, lui, avait déjà quitté l&#8217;équipe des Temps Modernes, et l&#8217;émission de radio, intitulée <strong><em><span style="text-decoration: underline">la Tribune des Temps Modernes</span></em></strong> lui donna de nombreuses autres raisons de prendre ses distances avec Sartre. L&nbsp;&raquo;épisode qui suit ne fera rien pour arranger les choses.</p>
<p style="text-align: justify">En effet, en 20 Octobre 1947, la radiodiffusion française diffuse son nouvel &laquo;&nbsp;épisode&nbsp;&raquo; de l&#8217;émission<strong><em><span style="text-decoration: underline"> la Tribune des Temps Modernes</span></em></strong>, dont le thème sera &laquo;&nbsp;<em>le Gaullisme</em>&laquo;&nbsp;. Pour un auditeur du vingt et unième siècle, habitué à entendre le pouvoir politique critiqué et carricaturé, l&#8217;existence d&#8217;une telle émission semblerait tout à fait anodine. Elle l&#8217;est moins dans les années 40, et si la France ne vit pas en dictature, le pouvoir sous de Gaulle se pense comme fédérateur et ne voit pas d&#8217;un très bon oeil que des voix puissent s&#8217;élever contre le général, <em>a fortiori</em> si ces voix utilisent les antennes d&nbsp;&raquo;émission de la radio nationale.</p>
<p style="text-align: justify">On retrouve donc les voix de Jean-Paul Sartre, de Maurice Merleau-Ponty, de Simone de Beauvoir, de JB. Pontalis, Jean Pouillon, Alain Bonnafé, et Roger Chauffard (dans le rôle du gaulliste de service) lancés dans une critique féroce du gaullisme. On a sans doute du mal à imaginer cela de nos jours, mais cette férocité ira jusqu&#8217;à comparer le physique du général, tel qu&#8217;il se donnait à voir sur les affiches de propagande, à celui d&#8217;Hitler en personne (comme quoi le principe de la comparaison historique outrancière n&#8217;est pas nouveau). Ce n&#8217;est sans doute pas le moment où le propos se fait le plus pertinent. En revanche, il y a quelques passages intéressants sur ce que c&#8217;est que d&#8217;avoir raison face à l&#8217;Histoire, ainsi qu&#8217;une critique d&#8217;une certaine conception du pouvoir, qui a d&#8217;autant plus de valeur qu&#8217;elle s&#8217;exprime face à ce pouvoir qu&#8217;elle critique. Celui-ci ne tardera d&#8217;ailleurs pas à se réveiller, puisque l&#8217;émission n&#8217;ira pas au-delà de son cinquième numéro, s&#8217;arrêtant dès Novembre 1947. Pour la petite histoire, on retiendra que cet automne sera celui des douches froides pour Fernand Pouey, puisque c&#8217;est aussi en 1947 qu&#8217;il commandera une pièce radiophonique à Antonin Artaud, qui enregistra dans les studios de la radio française son <strong><em><span style="text-decoration: underline">Pour en finir avec le jugement de Dieu</span></em></strong>, qui fut interdit la veille de sa diffusion, et valut à Pouey de devoir démissioner.</p>
<p style="text-align: justify">Voici donc ces voix dont les mots sont familiers à ceux qui les lisent, avec cette distorsion typique des enregistrements de ce temps là, avec le vocabulaire de ce temps là, cette manière de s&#8217;exprimer, cette violence dans l&#8217;appréciation de celui qu&#8217;on combat idéologiquement et auquel on ne fait pas de cadeaux, et ce d&#8217;autant plus qu&#8217;on sait que derrière les mots, il y a les conditions de vie très réelles, très matérielles, de millions d&#8217;êtres humains; et qu&#8217;on sait aussi qu&#8217;on se met un peu en scène soi même dans ces combats.</p>
<p style="text-align: justify"><br /><img src="http://medias.harrystaut.fr/sartre_debeavoir.jpg" alt="media" /><br />
</p>
<p style="text-align: justify">Post scriptum, écrit par Paul Claudel, qui écouta l&#8217;émission, s&#8217;en trouva fort incommodé, et prit sa machine à écrire pour répondre à l&#8217;équipe des Temps Modernes, dans des termes qui confirment qu&#8217;à l&#8217;époque, on mettait les formes dans les controverses, parce qu&#8217;on savait écrire, mais on n&#8217;édulcorait pas vraiment son propos :</p>
<p style="text-align: justify;padding-left: 30px">&laquo;&nbsp;Le créateur de l&#8217;existentialisme a rendu au général de Gaulle le seul hommage qui fût en son pouvoir, celui des insultes, les siennes et celles des pauvres petits bonshommes et bonnes femmes à sa suite, dont il essaye aujourd&#8217;hui, plutôt lourdement et maladroitement, de se désolidariser. C&#8217;est un argument à la portée de toutes les intelligences que de plaisanter les gens sur leur physique. M. Sartre est-il content du sien ? Quant aux critiques de fond, il reproche au général de n&#8217;avoir pas de programme. Cela nous change du parti communiste qui a non seulement un programme, mais plusieurs, contradictoires et interchangeables. Quant au général, à l&#8217;intérieur, mais oui, il a un programme, celui que tout la France a acclamé dimanche dernier :<em> Nous voulons travailler tranquillement</em>. Et quant au programme extérieur, je demande simplement à J.-P. Sartre à ses petits camarades, momentanément désintéressés de cette chimère qui bombicine dans le vide au café de Flore, de regarde la carte d&#8217;Europe, et de se demander si, en présence de la situation qu&#8217;elle manifeste, il n&#8217;y a pas autre chose à faire que de porter aux homme du Kominform la bonne parole existentialiste, pour laquelle ils ne paraissent pas d&#8217;ailleurs avoir un goût particulier.&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: right;padding-left: 30px">Le 23 Octobre 1947, lettre publiée dans le journal Carrefour le 29 Octobre 1947.</p>
<p style="text-align: justify">Claudel ne fut pas le seul à se plaindre, à tel point que le troisième épisode de cette courte série d&#8217;émissions, diffusé le 3 Novembre 1947, fut intégralement consacré aux réponses à apporter à l&#8217;imposant et vitupérant courrier des auditeurs, scandalisés qu&#8217;on puisse ainsi tenir de tels propos sur les antennes nationales. Au-delà des échanges de munitions rhétoriques habituels lors de telles polémiques, l&#8217;émission présente l&#8217;intérêt de proposer une définition de la manière dont l&#8217;existentialisme, qu&#8217;on pourrait facilement prendre pour une philosophie individualiste et désengagée, est au contraire essentiellement politique puisque, comme le disent les derniers mots de Sartre &laquo;&nbsp;On ne peut pas être libre tout seul&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: justify"><br /><img src="http://medias.harrystaut.fr/sartre500.jpg" alt="media" /><br />
</p>
<p style="text-align: justify">Pour ceux que l&#8217;écoute intégrale d&#8217;un document de qualité sonore médiocre n&#8217;effraie pas, voici l&#8217;intégralité des émissions, y compris celles qui ont été enregistrées, dont la diffusion était prévue, mais interdite :</p>
<p style="text-align: justify"><br /><img src="http://medias.harrystaut.fr/tempsmodernes.jpg" alt="media" /><br />
</p>
<p style="text-align: justify">Voici la liste des émissions enregistrées :</p>
<p style="text-align: justify">Lundi 20 octobre 1947, 20h00<br />
La Tribune des Temps Modernes (1)<br />
Le gaullisme.<br />
<a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/06/sartre_beauvoir.jpg"><img class="size-full wp-image-1872 alignright" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/06/sartre_beauvoir.jpg" alt="" width="354" height="238" /></a>Avec Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Maurice Merleau-Ponty<br />
J.B. Pontalis, Alain Bonnafé. Jean Pouillon</p>
<p style="text-align: justify">Lundi 27 octobre 1947, 20h00<br />
La Tribune des Temps Modernes (2)<br />
Communisme et anti-communisme.<br />
Avec Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Maurice Merleau-Ponty<br />
J.B. Pontalis, Alain Bonnafé. Jean Pouillon</p>
<p style="text-align: justify">Lundi 3 novembre 1947, 20h00<br />
La Tribune des Temps Modernes (3)<br />
Réponses de Sartre aux lettres des auditeurs<br />
Avec Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Maurice Merleau-Ponty<br />
J.B. Pontalis, Alain Bonnafé. Jean Pouillon</p>
<p style="text-align: justify">Lundi 10 novembre 1947, 20h00<br />
La Tribune des Temps Modernes (4)<br />
Libéralisme et socialisme.<br />
Avec Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Maurice Merleau-Ponty<br />
J.B. Pontalis, Alain Bonnafé. Jean Pouillon</p>
<p style="text-align: justify">Lundi 17 novembre 1947, 20h00<br />
La Tribune des Temps Modernes (5)<br />
La crise du socialisme.<br />
Avec Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Maurice Merleau-Ponty<br />
J.B. Pontalis, Alain Bonnafé. Jean Pouillon</p>
<p style="text-align: justify">Lundi 24 novembre 1947, 20h00<br />
La Tribune des Temps Modernes (6)<br />
Entrevue de monsieur Lucot, ancien secrétaire de Fédération de l’Alimentation,<br />
représentant de la minorité au sein de la CGT.<br />
<a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/06/tumblr_llls5z7VFO1qk8tqwo1_500.jpg"><img class="size-medium wp-image-1873 alignright" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/06/tumblr_llls5z7VFO1qk8tqwo1_500-300x225.jpg" alt="" width="300" height="225" /></a>Avec Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Maurice Merleau-Ponty<br />
J.B. Pontalis, Alain Bonnafé. Jean Pouillon</p>
<p style="text-align: justify">[Interdit de diffusion]<br />
(Diffusion prévue lundi 1er décembre 1947)<br />
La Tribune des Temps Modernes (7)<br />
La vrai sens des revendications ouvrières.<br />
Avec Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Maurice Merleau-Ponty<br />
J.B. Pontalis, Alain Bonnafé. Jean Pouillon</p>
<p style="text-align: justify">[Interdit de diffusion]<br />
(Diffusion prévue lundi 8 décembre 1947)<br />
La Tribune des Temps Modernes (8)<br />
Manifeste d’intellectuels sur la situation internationale.<br />
Avec Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Maurice Merleau-Ponty<br />
J.B. Pontalis, A. Bonnafé. Jean Pouillon</p>
<p style="text-align: justify">[Interdit de diffusion]<br />
(Diffusion prévue lundi 15 décembre 1947)<br />
La Tribune des Temps Modernes (9)<br />
Entrevue avec David Rousset sur son récent voyage en Allemangne.<br />
Avec Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Maurice Merleau-Ponty<br />
J.B. Pontalis, A. Bonnafé. Jean Pouillon</p>
<p style="text-align: justify">L&#8217;INA avait proposé à la vente, en 1990, sous forme d&#8217;un coffret de quatre cassettes. Oui, des cassettes. Aucune édition sous forme de CD jusqu&#8217;à aujourd&#8217;hui. On trouve ce coffret sur le marché de l&#8217;occasion, à prix d&#8217;or. Je découvre aujourd&#8217;hui même que le réseau des médiathèques parisiennes en possède un exemplaire. Sachant à quel point les bandes magnétiques sont des supports fragile, il faut s&#8217;attendre à ce que peu à peu cette ressource disparaisse. Patientons néanmoins : L&#8217;INA travaille sur la numérisation intégrale de tous les documents audiovisuels concernant Sartre, ce qui représente 835 000 heures de matériel. Théoriquement, la mission devrait être achevée en 2015.</p>
<p></span></p>
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		<title>Avoir 17 ans au Liban</title>
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		<pubDate>Thu, 02 Jun 2011 18:56:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Annales]]></category>
		<category><![CDATA[session 2011]]></category>
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		<description><![CDATA[
Dernière répétition générale avant la grande première : on passe le baccalauréat un peu en avance sur l&#8217;hexagone, au lycée franco-libanais de Beyrouth. Vendredi, c&#8217;était l&#8217;ouverture du bal, avec l&#8217;épreuve de philosophie, qui permet de se confronter à de nouveaux sujets, que voici :
Série littéraire :
Sujet n°1 :
L&#8217;hypothèse de l&#8217;inconscient est elle nécessaire à la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">Dernière répétition générale avant la grande première : on passe le baccalauréat un peu en avance sur l&#8217;hexagone, au lycée franco-libanais de Beyrouth. Vendredi, c&#8217;était l&#8217;ouverture du bal, avec l&#8217;épreuve de philosophie, qui permet de se confronter à de nouveaux sujets, que voici :</p>
<p style="text-align: justify;">Série littéraire :</p>
<p style="text-align: justify;">Sujet n°1 :</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;hypothèse de l&#8217;inconscient est elle nécessaire à la connaissance de soi ?</p>
<p style="text-align: justify;">Sujet n°2 :</p>
<p style="text-align: justify;">De quoi l&#8217;expérience nous instruit elle ?</p>
<p style="text-align: justify;">Sujet n°3 :</p>
<p style="text-align: justify;">Expliquer le texte suivant :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">&laquo;&nbsp;Tous les ouvrages de l&#8217;art ont des règles générales, qui sont des guides qu&#8217;il ne faut jamais perdre de vue. Mais comme les lois sont toujours justes dans leur être général, mais presque toujours injustes dans l’application ; de même les règles, toujours vraies dans la théorie, peuvent devenir fausses dans l’hypothèse(1). Les peintres et les sculpteurs ont établi les proportions qu&#8217;il faut donner au corps humain, et ont pris pour mesure commune la longueur de la face ; mais il faut qu&#8217;ils violent à chaque instant les proportions, à cause des différentes attitudes dans lesquelles il faut qu&#8217;ils mettent les corps : par exemple, un bras tendu est bien plus long que celui qui ne l&#8217;est pas. Personne n&#8217;a jamais plus connu l&#8217;art que Michel-Ange ; personne ne s&#8217;en est joué davantage. Il y a peu de ses ouvrages d&#8217;architecture où les proportions soient exactement gardées ; mais, avec une connaissance exacte de tout ce qui peut faire plaisir, il semblait qu&#8217;il eût un art à part pour chaque ouvrage.</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">Quoique chaque effet dépende d’une cause générale, il s&#8217;y mêle tant d&#8217;autres causes particulières, que chaque effet a, en quelque façon, une cause à part. Ainsi l&#8217;art donne les règles, et le goût les exceptions ; le goût nous découvre en quelles occasions l&#8217;art doit soumettre (2), et en quelles occasions il doit être soumis.&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: right; padding-left: 30px;">Montesquieu, <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Essai sur le goût</span></em></strong>, &laquo;&nbsp;Des règles&nbsp;&raquo;, 1757</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">(1) &laquo;&nbsp;hypothèse&nbsp;&raquo; : ce mot désigne ici une idée destinée à s&#8217;appliquer à un cas particulier<br />
(2) en quelles occasions les règles de l&#8217;art doivent prévaloir</p>
<p style="text-align: justify;">Série ES :</p>
<p style="text-align: justify;">Sujet n°1 :</p>
<p style="text-align: justify;">Parle t-on seulement pour être compris ?</p>
<p style="text-align: justify;">Sujet n°2 :</p>
<p style="text-align: justify;">Peut-on ne pas connaître son bonheur ?</p>
<p style="text-align: justify;">Sujet n°3 :</p>
<p style="text-align: justify;">Expliquer ce texte :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">&laquo;&nbsp;La société (&#8230;) est la source et le lieu de tous les biens intellectuels qui constituent la civilisation. C&#8217;est de la société que nous vient tout l&#8217;essentiel de notre vie mentale. Notre raison indivi­duelle est et vaut ce que vaut cette raison collective et impersonnelle qu&#8217;est la science, qui est une chose sociale au premier chef et par la manière dont elle se fait et par la manière dont elle se conserve. Nos facultés esthétiques, la finesse de notre goût dé­pen­dent de ce qu&#8217;est l&#8217;art, chose sociale au même titre. C&#8217;est à la société que nous devons notre empire sur les choses qui fait partie de notre grandeur. C&#8217;est elle qui nous affranchit de la nature. N&#8217;est-il pas naturel dès lors que nous nous la représen­tions comme un être psychique supérieur à celui que nous sommes et d&#8217;où ce dernier émane ? Par suite, on s&#8217;explique que, quand elle réclame de nous ces sacrifices petits ou grands qui forment la trame de la vie morale, nous nous inclinions devant elle avec déférence.</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">Le croyant s&#8217;incline devant Dieu, parce que c&#8217;est de Dieu qu&#8217;il croit tenir l&#8217;être, et particulièrement son être mental, son âme. Nous avons les mêmes raisons d&#8217;éprouver ce sentiment pour la collectivité.&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: right; padding-left: 30px;">Durkheim, <span style="text-decoration: underline;"><em><strong>Sociologie et philosophie</strong></em></span>.</p>
<p style="text-align: justify;">Série S :</p>
<p style="text-align: justify;">Sujet n°1 :</p>
<p style="text-align: justify;">La connaissance scientifique ne repose t elle que sur l&#8217;observation ?</p>
<p style="text-align: justify;">Sujet n°2 :</p>
<p style="text-align: justify;">Pour gouverner, faut-il nécessairement sacrifier les intérêts particuliers ?</p>
<p style="text-align: justify;">Sujet n°3 :</p>
<p style="text-align: justify;">Expliquer le texte suivant :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">&nbsp;&raquo; [L'art] nous procure (&#8230;) l&#8217;expérience de la vie réelle, nous transporte dans des situations que notre expérience personnelle ne nous fait pas, et ne nous fera peut-être jamais connaître : les expériences des personnes qu&#8217;il représente, et, grâce à la part que nous prenons à ce qui arrive à ces personnes, nous devenons capables de ressentir plus profondément ce qui se passe en nous-mêmes. D&#8217;une façon générale, le but de l&#8217;art consiste à rendre accessible à l&#8217;intuition ce qui existe dans l&#8217;esprit humain, la vérité que l&#8217;homme abrite dans son esprit, ce qui remue la poitrine humaine et agite l&#8217;esprit humain. C&#8217;est ce que l&#8217;art a pour tâche de représenter, et il le fait au moyen de l&#8217;apparence qui, comme telle, nous est indifférente, dès l&#8217;instant où elle sert à éveiller en nous le sentiment et la conscience de quelque chose de plus élevé. C&#8217;est ainsi que l&#8217;art renseigne sur l&#8217;humain, éveille des sentiments endormis, nous met en présence des vrais intérêts de l&#8217;esprit. Nous voyons ainsi que l&#8217;art agit en remuant, dans leur profondeur, leur richesse et leur variété, tous les sentiments qui s&#8217;agitent dans l&#8217;âme humaine, et en intégrant dans le champ de notre expérience ce qui se pas se dans les régions intimes de cette âme. « Rien de ce qui est humain ne m&#8217;est étranger » : telle est la devise qu&#8217;on peut appliquer à l&#8217;art.”</p>
<p style="text-align: right; padding-left: 30px;">Hegel, <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Esthétique</span></em></strong>.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Avoir 17 ans à Washington</title>
		<link>http://www.harrystaut.fr/2011/05/avoir-17-ans-a-washington/</link>
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		<pubDate>Wed, 25 May 2011 23:16:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Annales]]></category>
		<category><![CDATA[session 2011]]></category>
		<category><![CDATA[Sujets]]></category>

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		<description><![CDATA[
Nouvelle salve de sujets, puisqu&#8217;aujourd&#8217;hui mercredi 25 Mais, les élèves du lycée français de Washington passaient à leur tour l&#8217;épreuve de philosophie. Trois séries sont au programme dont, cette fois, la fameuse série littéraire :
Série L :
1er sujet :
Le bonheur est il affaire de chance ?
2ème sujet :
Est il juste d&#8217;interpréter la loi ?
3ème sujet [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">Nouvelle salve de sujets, puisqu&#8217;aujourd&#8217;hui mercredi 25 Mais, les élèves du lycée français de Washington passaient à leur tour l&#8217;épreuve de philosophie. Trois séries sont au programme dont, cette fois, la fameuse série littéraire :</p>
<p style="text-align: justify;">Série L :</p>
<p style="text-align: justify;">1er sujet :</p>
<p style="text-align: justify;">Le bonheur est il affaire de chance ?</p>
<p style="text-align: justify;">2ème sujet :</p>
<p style="text-align: justify;">Est il juste d&#8217;interpréter la loi ?</p>
<p style="text-align: justify;">3ème sujet :</p>
<p style="text-align: justify;">Expliquer le texte suivant :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">&laquo;&nbsp;Tandis que la spécialisation est essentiellement guidée par le produit fini, dont la nature est d&#8217;exiger des compétences diverses qu&#8217;il faut rassembler et organiser, la division du travail, au contraire, présuppose l&#8217;équivalence qualitative de toutes les activités pour lesquelles on ne demande aucune compétence spéciale, et ces activités n&#8217;ont en soi aucune finalité : elles ne représentent que des sommes de force et de travail que l&#8217;on additionne de manière purement quantitative. La division du travail se fonde sur le fait que deux hommes peuvent mettre en commun leur force de travail et « se conduire l&#8217;un envers l&#8217;autre comme s&#8217;ils étaient un » [1]. Cette « unité » est exactement le contraire de la coopération, elle renvoie à l&#8217;unité de l&#8217;espèce par rapport à laquelle tous les membres un à un sont identiques et interchangeables (…)<br />
Comme aucune des activités en lesquelles le processus est divisé n&#8217;a de fin en soi, leur fin « naturelle » est exactement la même que dans le cas du travail « non divisé » : soit la simple reproduction des moyens de subsistance, c&#8217;est-à-dire la capacité de consommation des travailleurs, soit l&#8217;épuisement de la force de travail. Toutefois, ni l&#8217;une ni l&#8217;autre de ces limites ne sont définitives; l&#8217;épuisement fait partie du processus vital de l&#8217;individu, non de la collectivité, et le sujet du processus de travail, lorsqu&#8217;il y a division du travail, est une force collective et non pas individuelle. L&#8217; « inépuisabilité » de cette force de travail correspond exactement à l&#8217;immortalité de l&#8217;espèce, dont le processus vital pris dans l&#8217;ensemble n&#8217;est pas davantage interrompu par les naissances et les morts individuelles de ses membres.&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">Arendt; Condition de l&#8217;homme moderne.</p>
<p style="text-align: justify;">Série ES :</p>
<p style="text-align: justify;">1er sujet :</p>
<p style="text-align: justify;">Peut on être heureux dans la solitude ?</p>
<p style="text-align: justify;">2ème sujet :</p>
<p style="text-align: justify;">Pourquoi l&#8217;Etat devrait il limiter son pouvoir ?</p>
<p style="text-align: justify;">3ème sujet :</p>
<p style="text-align: justify;"> Expliquer ce texte :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">« Ce qui fait la distinction essentielle de l&#8217;histoire et de la science, ce n&#8217;est pas que l&#8217;une embrasse la succession des événements dans le temps, tandis que l&#8217;autre s&#8217;occuperait de la systématisation des phénomènes, sans tenir compte du temps dans lequel ils s&#8217;accomplissent. La description d&#8217;un phénomène dont toutes les phases se succèdent et s&#8217;enchaînent nécessairement selon des lois que font connaître le raisonnement ou l&#8217;expérience est du domaine de la science et non de l&#8217;histoire.<br />
La science décrit la succession des éclipses, la propagation d&#8217;une onde sonore, le cours d&#8217;une maladie qui passe par des phases régulières, et le nom d&#8217;histoire ne peut s&#8217;appliquer qu&#8217;abusivement à de semblables descriptions ; tandis que l&#8217;histoire intervient nécessairement (…) là où nous voyons, non seulement que la théorie, dans son état d&#8217;imperfection actuelle, ne suffit pas pour expliquer les phénomènes, mais que même la théorie la plus parfaite exigerait encore le concours d&#8217;une donnée historique. S&#8217;il n&#8217;y a pas d&#8217;histoire proprement dite, là où tous les événements dérivent nécessairement et régulièrement les uns des autres, en vertu des lois constantes par lesquelles le système est régi, et sans concours accidentel d&#8217;influences étrangères au système que la théorie embrasse, il n&#8217;y a pas non plus d&#8217;histoire dans le vrai sens du mot, pour une suite d&#8217;événements qui seraient sans aucune liaison entre eux. »</p>
<p style="text-align: right; padding-left: 30px;">Cournot, Essai sur les fondements de la connaissance et sur les caractères de la critique philosophique</p>
<p style="text-align: justify;">Série S :</p>
<p style="text-align: justify;">1er sujet :</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;hypothèse de l&#8217;inconscient exclut elle toute connaissance de soi ?</p>
<p style="text-align: justify;">2ème sujet :</p>
<p style="text-align: justify;">Le bonheur est il un droit ?</p>
<p style="text-align: justify;">3ème sujet :</p>
<p style="text-align: justify;">Expliquer ce texte :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">&laquo;&nbsp;Nous sommes cultivés au plus haut degré par l’art et par la science ; nous sommes civilisés, au point d’en être accablés par la politesse et les bienséances sociales de toute sorte. Mais nous sommes encore loin de pouvoir nous tenir pour moralisés. Si en effet l’idée de la moralité appartient bien à la culture, la mise en pratique de cette idée qui n’aboutit qu’à une apparence de moralité dans l’amour de l’honneur, et la bienséance extérieure, constitue simplement la civilisation.<br />
Or tant que les États jettent toutes leurs forces dans leurs projets d&#8217;extension vains et violents, tant qu&#8217;ils entravent ainsi sans cesse le lent effort de formation intérieure du mode de penser de leurs citoyens, et qu&#8217;ils leur retirent ainsi toute aide en vue de cette fin, une fin semblable ne peut être atteinte, car sa réalisation exige que, par un long travail intérieur, chaque communauté forme ses citoyens. Or tout bien qui n&#8217;est pas greffé sur une intention moralement bonne n&#8217;est qu&#8217;apparence criante et brillante misère. C&#8217;est dans cet état que l&#8217;espèce humaine restera jusqu&#8217;à ce qu&#8217;elle s&#8217;arrache par son travail, comme je l&#8217;ai dit, à l&#8217;état chaotique de ses relations internationales.&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: right; padding-left: 30px;">KANT, Idée d&#8217;une histoire universelle au point de vue cosmopolitique</p>
]]></content:encoded>
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		<item>
		<title>Commentaire de texte et subjectivité</title>
		<link>http://www.harrystaut.fr/2011/05/commentaire-de-texte-et-subjectivite/</link>
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		<pubDate>Tue, 24 May 2011 05:58:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[Recettes et méthodes]]></category>

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		<description><![CDATA[
On sait à quel point demeurent mystérieuses, pour des élèves de terminale, les motivations profondes de l&#8217;exercice que constitue l&#8217;explication de texte. On sait aussi à quel point, pour les correcteurs, il est difficile de se contenter de textes qui relèvent le plus souvent de paraphrases plus ou moins habiles; sans doute les élèves ne [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">On sait à quel point demeurent mystérieuses, pour des élèves de terminale, les motivations profondes de l&#8217;exercice que constitue l&#8217;explication de texte. On sait aussi à quel point, pour les correcteurs, il est difficile de se contenter de textes qui relèvent le plus souvent de paraphrases plus ou moins habiles; sans doute les élèves ne réalisent ils pas qu&#8217;ils donnent alors à lire des textes qui, s&#8217;ils expliquaient un match de tennis, se contenteraient de dire qu&#8217;un joueur sert, que l&#8217;autre retourne, que des enfants courent en tous sens pour ramasser les balles&#8230; Expliquer, on l&#8217;a déjà montré dans ces colonnes, consiste à déplier, à mettre à jour ce qui est replié dans les énoncés. Et comme il s&#8217;agit, en philosophie, d&#8217;idées, il s&#8217;agit aussi de ne pas se contenter de regarder un philosophe les redéfinir, mais de passer, soi même, à l&#8217;acte en leur compagnie. Tout comme la dissertation, l&#8217;explication de texte convie le candidat à se lancer dans l&#8217;exercice de la manipulation des concepts. Il s&#8217;agit dès lors <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/05/nigerconfluence.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1862" title="nigerconfluence" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/05/nigerconfluence.jpg" alt="" width="418" height="370" /></a>moins d&#8217;être une nouvelle voix lisant le texte que de le faire parler lui même. Et si l&#8217;esprit du texte, ce sont les concepts qu&#8217;il fait vivre, alors lire un texte de philosophie, c&#8217;est animer son propre esprit du mouvement dont le texte témoigne, et ne pas arrêter ce mouvement inauguré en soi. S&#8217;il s&#8217;agissait de danse, on pourrait dire qu&#8217;à chaque lecture importante, ce sont des nouveaux pas qui sont appris et intégrés. S&#8217;il s&#8217;agissait d&#8217;un conte, on dirait que lire, c&#8217;est chausser des bottes de sept lieues.</p>
<p style="text-align: justify;">Initier à l&#8217;explication de texte relève dès lors de l&#8217;ambition qui sera nécessairement déçue, puisque tout ce qu&#8217;on peut apprendre en ce domaine est de l&#8217;ordre des trucs et astuces permettant de repérer les concepts, leurs définitions, les articulations logiques, les méthodes d&#8217;argumentation à l&#8217;intérieur d&#8217;énoncés dont on supposerait qu&#8217;ils seraient tous explicables selon les mêmes structures de pensée, alors même que, puisqu&#8217;il s&#8217;agit de philosophie, chaque texte a été écrit afin de reconstruire ces structures par lesquelles on tente de les comprendre. On n&#8217;a dès lors pas le choix : saisir pour de bon un texte de ce genre, c&#8217;est nécessairement penser avec lui; comme si on lui donnait l&#8217;autorisation de reconfigurer nos schémas de pensée. Dans <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Strange days</span></em></strong> (1995), Kathryn Bigelow imagine une drogue qui consisterait en l&#8217;enregistrement des sensations, émotions et perceptions, bref, de tout l&#8217;état psychologique le temps d&#8217;une séquence, qui pourrait être ensuite revécue à l&#8217;identique par quelqu&#8217;un d&#8217;autre. On pourrait dire que lire, c&#8217;est un peu ça dans le domaine de la pensée. A ceci près que le livre n&#8217;est pas une expérience fermée sur elle même, et qu&#8217;on n&#8217;en sort jamais tout à fait indemne : la confrontation à la pensée d&#8217;autrui fait bouger les structures de sa propre pensée, et il n&#8217;y a aucune lecture sérieuse qui ne soit pas une contrainte à la réflexion. Par la pensée d&#8217;un autre, on met à jour sa propre pensée, qui n&#8217;est plus réduite à ce qu&#8217;on pense spontanément.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans son petit, mais dense ouvrage intitulé Qu&#8217;est ce qu&#8217;un dispositif ?, dans lequel il interroge le devenir technique d&#8217;une humanité qui ne se constituerait plus comme sujet via les objets techniques, mais ferait au contraire l&#8217;objet d&#8217;une désubjectivation par les appareils auxquels elles se connecte, Giorgio Agamben aborde la manière dont Foucault analyse lui même ce qu&#8217;il appelle les dispositifs de contrôle. Mais en suivant cette piste, il se rend compte qu&#8217;elle l&#8217;a embarqué plus loin qu&#8217;il ne l&#8217;aurait pensé, plus loin en fait que les limites que Foucault lui même semblait avoir atteintes. C&#8217;est alors qu&#8217;Agamben a à penser par lui même, puisque Foucault l&#8217;a mis dans une telle situation que ni sa pensée précédente, ni celle de Foucault ne peuvent être considérées comme suffisantes. Voila exactement ce point que devrait viser toute lecture philosophique : non pas chercher une réponse comme on le ferait, face à un cas de conscience, en ouvrant un livre religieux censé offrir une réponse à l&#8217;inquiétude, mais laisser agir en soi des actes de pensée qui vont créer suffisamment de déséquilibre pour qu&#8217;on soit obligé d&#8217;effectuer quelques pas pour se rééquilibrer, se faire un peu bousculer pour avoir à se rétablir. Parce que toute quête de la vérité dans le confort de ses opinions ou de la confiance faite aux &laquo;&nbsp;textes&nbsp;&raquo; est vaine et inappropriée.</p>
<p style="text-align: justify;">Agamben a la bonne idée de préciser un peu la manière dont il envisage le rapport aux textes et aux auteurs.</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">&laquo;&nbsp;Un des principes de méthode que j&#8217;applique constamment dans mes recherches consiste à identifier dans les textes, comme dans les contextes sur lesquels je travaille, ce que Feuerbach appelait l&#8217;élément philosophique, c&#8217;est à dire le point de leur Entwicklungsfähigkeit [<em>Note du moine copiste : on pourrait traduire cela par "viabilité", mais ça ne nous dirait pas grand chose, disons plutôt qu'il s'agir d'aptitude à se développer, de potentiel</em>], le locus et le moment où ils sont susceptibles d&#8217;être poussés. Pourtant quand nous interprétons et que nous déployons le texte d&#8217;un auteur en ce sens, il arrive toujours un moment où l&#8217;on se rend compte qu&#8217;il n&#8217;est pas possible de poursuivre sans contrevenir aux règles les plus élémentaires de l&#8217;herméneutique. Cela signifie que le déploiement du texte étudié a atteint un point d&#8217;indécidabilité où il devient impossible de dinstinguer l&#8217;auteur de l&#8217;interprète. Même s&#8217;il s&#8217;agit là d&#8217;un moment particulièrement heureux pour l&#8217;interprète, il doit alors comprendre qu&#8217;il est temps d&#8217;abandonner le texte qu&#8217;il soumet à l&#8217;analyse et de poursuivre la réflexion pour son compte.&nbsp;&raquo;<br />
Giorgio Agamben; <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Qu&#8217;est ce qu&#8217;un dispositif ?</span></em></strong> (Italien, 2006 &#8211; Français, 2007)</p>
<p style="text-align: justify;">Cela pourrait constituer une bonne méthode, si derrière le mot &laquo;&nbsp;méthode&nbsp;&raquo;, le candidat un peu anxieux ne lisait pas le mot &laquo;&nbsp;recette&nbsp;&raquo;, pour expliquer correctement un texte de philosophie, car il n&#8217;en va pas dans cette discipline comme il en va dans les textes idéologiques : la pensée n&#8217;y est pas définitive et un philosophe serait vain s&#8217;il conviait à ne plus penser. Tout texte peut être évalué à la mesure de l&#8217;envie qu&#8217;il donne de penser davantage. Mieux, les plus grands des textes sont ceux qui, au delà d&#8217;une quelconque envie, mettent en évidence la nécessité qu&#8217;il y a à penser.</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est ainsi qu&#8217;on peut régler, aussi, la question de la personne qu&#8217;on est au moment où on pense en philosophie. Dans les dissertations et les explications de texte, on peut être amené à se demander &laquo;&nbsp;mais au fait, qui parle ?&nbsp;&raquo;. On serait tenté de dire qu&#8217;on peut parler à la première personne, à la condition d&#8217;être bien au clair sur ce qu&#8217;on est être. Et précisément, philosopher en son nom, ce n&#8217;est pas nécessairement n&#8217;être que soi même. Deleuze, dans la Lettre à un critique sévère, évoque ce paradoxe, qui n&#8217;en est un que si on ne l&#8217;analyse pas. Après avoir évoqué en des termes que je laisse au lecteur curieux le plaisir de découvrir par lui même ce que c&#8217;est que penser avec un auteur, au delà de lui même, Deleuze aborde le cas de Nietzsche, qu&#8217;il présente comme le seul qu&#8217;il n&#8217;ait pas réussi à pousser hors de ses limites, la relation ayant toujours inverse, Nietzsche poussant sans cesse Deleuze dans ses derniers retranchements, et au delà. Ainsi, quand, après avoir lu Nietzsche, Deleuze parle, c&#8217;est un peu la même scène que lorsque Brundlefly sort du telepod, dans <strong><em><span style="text-decoration: underline;">la Mouche</span></em></strong> (Cronenberg, 1986), à ceci près que, ce que la biologie interdit, la pensée l&#8217;autorise :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">&laquo;&nbsp;Dire quelque chose en son propre nom, c&#8217;est très curieux; car ce n&#8217;est pas du tout au moment où l&#8217;on se prend pour un moi, une personne ou un sujet, qu&#8217;on parle en son nom. Au contraire, un individu acquiert un véritable nom propre, à l&#8217;issue du plus sévère exercice de dépersonnalisation, quand il s&#8217;ouvre aux multiplicités qui le traversent de part en part, aux intensités qui le parcourent. Le nom comme appréhension instantanée d&#8217;une telle multiplicité intensive, c&#8217;est l&#8217;opposé de la dépersonnalisation opérée par l&#8217;histoire de la philosophie, une dépersonnalisation d&#8217;amour et non de soumission. On parle du fond de ce qu&#8217;on ne sait pas, du fond de son propre sous-développement à soi. On est devenu un ensemble de singularités lâchées, des noms, des prénoms, des ongles, des choses, des animaux, de petits événements : le contraire d&#8217;une vedette. &nbsp;&raquo;<br />
Gilles Deleuze; <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Pourparlers</span></em></strong>, p. 15</p>
<p style="text-align: justify;">Dans le même recueil de textes publiés dans diverses revues, on trouve un prolongement de la réflexion sur cette manière de parler en son nom à l&#8217;issue de ce processus de dépersonnalisation. Dans le <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Magazine littéraire</span></em></strong> de Septembre 1988, Deleuze évoquait le travail de réflexion mené en commun avec Félix Guattari, avec lequel il a écrit plusieurs ouvrages majeurs, à quatre mains. Raymond Bellour et François Ewald, qui mènent l&#8217;entretien, demandent &laquo;&nbsp;<em>Pourquoi, comment écrire à deux ? Comment avez vous procédé ? Quelle exigence vous habitait ? Qui donc est l&#8217;auteur de ces livres ? Ont ils même un auteur ?</em> &nbsp;&raquo; La réponse de Deleuze est une leçon d&#8217;écriture. Dès lors, c&#8217;est aussi une leçon de lecture :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">&laquo;&nbsp;Les grands philosophes sont aussi de grands stylistes. Le style en philosophie, c&#8217;est le mouvement du concept. Bien sûr, celui ci n&#8217;existe pas hors des phrases, mais les phrases n&#8217;ont pas d&#8217;autre objet que de lui donner vie, une vie indépendante. Le style, c&#8217;est une mise en variation de la langue, une modulation, et une tension de tout le langage vers un dehors. En philosophie, c&#8217;est comme dans un roman : on doit se demander &laquo;&nbsp;Qu&#8217;est ce qui va arriver ?&nbsp;&raquo;, &laquo;&nbsp;Qu&#8217;est ce qui s&#8217;est passé ?&nbsp;&raquo;. Seulement, les personnages sont des concepts, et les milieux, les paysages sont des espaces-temps. On écrit toujours pour donner la vie, pour libérer la vie là où elle est emprisonnée, pour tracer des lignes de fuite [<em>Note du moine copiste : est il utile de préciser que c'est exactement ce que cherche un correcteur du baccalauréat, dans la copie d'un élève qui s'est lancé dans le commentaire de texte, la restitution d'un mouvement, son étude, sa description, puis l'expérience de pensée de ce candidat, qui adopte ce mouvement pour animer sa propre pensée ? Trouver cette démarche dans une copie du baccalauréat, ou ne serait ce qu'une tentative d'adopter cette démarche, voila qui ne pourrait qu'inciter à ouvrir grandes les vannes des points</em>] Pour cela, il faut que le langage ne soit pas un système homogène, mais un déséquilibre, toujours hétérogène : le style y creuse des différences de potentiels entre lesquelles quelque chose peut passer, se passer, un éclair surgir qui va sortir du langage même, et nous faire voir et penser ce qui restait dans l&#8217;ombre autour des mots, ces entités dont on soupçonnait à peine l&#8217;existence. Deux choses s&#8217;opposent au style : une langue homogène, ou au contraire quand l&#8217;hétérogénéité est si grande qu&#8217;elle devient indifférence, gratuité, et que rien de précis ne passe entre les pôles. Entre une principale et une subordonnée, il doit y avoir une tension, une sorte de zigzag, même et surtout quand la phrase a l&#8217;air toute droite. Il y a un style lorsque les mots produisent un éclair qui va des uns aux autres, même très éloignés.<br />
Dès lors, écrire à deux ne pose pas de problème spécial, bien au contraire. Il y aurait problème si nous étions exactement des personnes, chacune ayant sa vie propre, ses opinions propres, et se proposant de collaborer avec l&#8217;autre, et de discuter. Quand je disais que Félix et moi, nous avions été plutôt comme des ruisseaux, je voulais dire que l&#8217;individuation n&#8217;est pas nécessairement personnelle. Nous ne sommes pas du tout sûrs, d&#8217;être des personnes : un courant d&#8217;air, un vent, une journée, une heure de la journée, un ruisseau, un lieu, une bataille, une maladie ont une individualité non personnelle. Ils ont des noms propres. Nous les appelons &laquo;&nbsp;hecceités&nbsp;&raquo; [<em>Note du moine copiste : l'hecceité, parfois orthographiée ecceité, désigne le fait qu'un objet soit caractérisé par un ensemble de caractéristiques qui fait que c'est bel et bien de cet objet qu'il s'agit, et pas d'un autre. Mais ce n'est pas simplement une sorte de définition telle qu'on en trouverait dans le dictionnaire des noms communs, l'hecceité concernerait plutôt le dictionnaire des noms propres, car elle concerne la présence des objets, le fait qu'ils "sont là". En ce sens, le terme peut être considéré comme un équivalent du terme allemand "dasein"</em>]. Ils se composent comme deux ruisseaux, deux rivières. C&#8217;est eux qui s&#8217;expriment dans le langage, et y creusent les différences, mais c&#8217;est le langage qui leur donne une vie propre individuelle, et fait passer quelque chose entre eux. On parle come tout le monde au niveau de l&#8217;opinion, et l&#8217;on dit &laquo;&nbsp;moi&nbsp;&raquo;, je suis une personne, comme on dit &laquo;&nbsp;le soleil se lève&nbsp;&raquo;. Mais nous n&#8217;en sommes pas sûrs, ce n&#8217;est sûrement pas un bon concept. Félix et moi, et beaucoup d&#8217;autres gens comme nous, nous ne nous sentons pas précisément comme des personnes. Nous plutôt une individualité d&#8217;événements, ce qui n&#8217;est nullement une formule ambitieuse, tant les hecceités peuvent être modestes et microscopiques. Dans tous mes livres j&#8217;ai cherché la nature de l&#8217;événement, c&#8217;est un concept philosophique, le seul capable de destituer le verbe être et l&#8217;attribut. Ecrire à deux devient tout à fait normal à cet égard. Il suffit que quelque chose passe, un courant qui seul porte le nom propre. Même quand on croit écrire à un, ça se passe toujours avec quelqu&#8217;un d&#8217;autre qui n&#8217;est pas toujours nommable.&nbsp;&raquo;<br />
Gilles Deleuze; <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Pourparlers</span></em></strong>, p. 192 sq</p>
<p style="text-align: justify;">Il faudrait presque voir la dissertation comme un exercice de scission de sa propre pensée, et l&#8217;explication de texte comme un exercice de fusion avec une pensée étrangère. Plus exactement, il faudrait penser cela comme une manière de générer une pensée nouvelle à partir de pensées préexistantes, exactement sur le modèle de la reproduction biologique : de deux, faire un autre. Ce n&#8217;est pas une surprise si Deleuze, dans le même ouvrage, considère que les livres qu&#8217;il a écrits à propos d&#8217;autres auteurs ont consisté à leur faire un enfant dans le dos, à prendre leur voix pour leur faire dire ce qu&#8217;ils n&#8217;avaient pas vraiment dit, mais qu&#8217;ils auraient pu dire. Exercice qui se situerait à mi chemin entre la possession et le marionetisme ventriloque, tant on ne saurait dire, finalement, quel est celui qui fait parler l&#8217;autre. Et c&#8217;est important qu&#8217;on ne puisse plus le dire, car il ne s&#8217;agit plus de savoir qui doit être mis en avant; dans cette discipline, ce qui importe, ce sont les courants, les mouvements qui emportent la pensée, pas les pensées telles qu&#8217;elles se sont figées dans des personnes monolitiques, plantées là pour l&#8217;éternité, et qui regarderaient les autres leur tourner autour pour les observer. Ce qui importe, en somme, c&#8217;est de parvenir à faire vibrer la pensée.</p>
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		<title>Avoir 17 ans à Pondichéry</title>
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		<pubDate>Mon, 23 May 2011 14:51:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[session 2011]]></category>
		<category><![CDATA[Sujets]]></category>

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		<description><![CDATA[
Eternel retour des mêmes épisodes, année après année, Pondichéry ouvre le bal des épreuves du baccalauréat, ce qui nous permet d&#8217;avoir une petite idée des notions qui trottent dans les têtes des rédacteurs de sujets. Voici donc, avant le Liban et New-York, le premier service de sujets à se mettre sous la dent.
Si on est [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">Eternel retour des mêmes épisodes, année après année, Pondichéry ouvre le bal des épreuves du baccalauréat, ce qui nous permet d&#8217;avoir une petite idée des notions qui trottent dans les têtes des rédacteurs de sujets. Voici donc, avant le Liban et New-York, le premier service de sujets à se mettre sous la dent.</p>
<p style="text-align: justify;">Si on est candidat à l&#8217;examen cette année, voila une bonne manière de s&#8217;entrainer. Si on ne l&#8217;est pas, les sujets sont souvent l&#8217;occasion d&#8217;entamer des réflexions <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/05/lycee3.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-1859" title="lycee3" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/05/lycee3-300x216.jpg" alt="" width="300" height="216" /></a>passionnantes.</p>
<p style="text-align: justify;">Voici donc ce à quoi vous seriez confronté si vous aviez 17 ans à Pondichéry. Précisons que le lycée français local vit un drame : il n&#8217;a pas de section littéraire.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Série ES</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">1er sujet :</p>
<p style="text-align: justify;">Suis-je responsable de ce que je suis ?</p>
<p style="text-align: justify;">2ème sujet :</p>
<p style="text-align: justify;">L’État doit-il viser le bonheur des individus ?</p>
<p style="text-align: justify;">3ème sujet :</p>
<p style="text-align: justify;">Expliquer le texte suivant :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">&laquo;&nbsp;Quelle est la fonction primitive du langage ? C’est d’établir une communication en vue d’une coopération. Le langage transmet des ordres ou des avertissements. Il prescrit ou il décrit. Dans le premier cas, c’est l’appel à l’action immédiate ; dans le second, c’est le signalement de la chose ou de quelqu’une de ses propriétés, en vue de l’action future. Mais, dans un cas comme dans l’autre, la fonction est industrielle, commerciale, militaire, toujours sociale. Les choses que le langage décrit ont été découpées dans le réel par la perception humaine en vue du travail humain. Les propriétés qu’il signale sont les appels de la chose à une activité humaine. Le mot<br />
sera donc le même, comme nous le disions, quand la démarche suggérée sera la même, et notre esprit attribuera à des choses diverses la même propriété, se les représentera de la même manière, les groupera enfin sous la même idée, partout où la suggestion du même parti à trier, de la même action à faire, suscitera le même mot. Telles sont les origines du mot et de l’idée. L’un et l’autre ont sans doute évolué. Ils ne sont plus aussi grossièrement utilitaires. Ils restent utilitaires cependant.&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: right; padding-left: 30px;">Henri Bergson; <strong><em><span style="text-decoration: underline;">La pensée et le mouvant</span></em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Série S</strong> :</p>
<p style="text-align: justify;">1er SUJET</p>
<p style="text-align: justify;">Est-il raisonnable de vouloir tout démontrer ?</p>
<p style="text-align: justify;">2e SUJET</p>
<p style="text-align: justify;">Rendre les hommes meilleurs, est-ce le but de la politique ?</p>
<p style="text-align: justify;">3e SUJET</p>
<p style="text-align: justify;">Expliquez le texte suivant :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">&laquo;&nbsp;L’homme est capable de délibération, et, en vertu de cette faculté, il a, entre divers actes possibles, un choix beaucoup plus étendu que l’animal. Il a déjà là pour lui une liberté relative, car il devient indépendant de la contrainte immédiate des objets présents, à l’action desquels la volonté de l’animal est absolument soumise. L’homme, au contraire, se détermine indépendamment des objets présents, d’après des idées, qui sont ses motifs à lui. Cette liberté relative n’est en réalité pas autre chose que le libre arbitre tel que l’entendent les personnes instruites, mais peu habituées à aller au fond des choses : elles reconnaissent avec raison dans cette faculté un privilège exclusif de l’homme sur les animaux. Mais cette liberté n’est pourtant que relative, parce qu’elle nous soustrait à la contrainte des objets présents, et comparative, en ce qu’elle nous rend supérieurs aux animaux. Elle ne fait que modifier la manière dont s’exerce la motivation, mais la nécessité de l’action des<br />
motifs n’est nullement suspendue, ni même diminuée.&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: right; padding-left: 30px;">Schopenhauer; <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Essai sur le libre arbitre</span></em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.</p>
<p style="text-align: justify;">Séries technologiques :</p>
<p style="text-align: justify;">Sujet 1 :</p>
<p style="text-align: justify;">Suffit-il d’être certain pour avoir raison ?</p>
<p style="text-align: justify;">Sujet 2 :</p>
<p style="text-align: justify;">Etre libre, est-ce n’obéir qu’à soi ?</p>
<p style="text-align: justify;">Sujet 3 :</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">&laquo;&nbsp;La sauvagerie, force et puissance de l’homme dominé par les passions, […] peut être adoucie par l’art, dans la mesure où celui-ci représente à l’homme les passions elles mêmes, les instincts et, en général, l’homme tel qu’il est. Et en se bornant à dérouler le tableau des passions, l’art, alors même qu’il les flatte, le fait pour montrer à l’homme ce qu’il est, pour l’en rendre conscient. C’est déjà en cela que consiste son action adoucissante, car il met ainsi l’homme en présence de ses instincts, comme s’ils étaient en dehors de lui, et lui confère de ce fait une certaine liberté à leur égard. Sous ce rapport, on peut dire de l’art qu’il est un libérateur. Les passions perdent leur force, du fait même qu’elles sont devenues objets de représentations, objets tout court. L’objectivation des sentiments a justement pour effet de leur enlever leur intensité et de nous les rendre extérieurs, plus ou moins étrangers. Par son passage dans la représentation, le sentiment sort de l’état de concentration dans lequel il se trouvait en nous et s’offre à notre libre jugement. Il en est des passions comme de la douleur : le premier moyen que la nature met à notre disposition pour obtenir un soulagement d’une douleur qui nous accable, sont les larmes ; pleurer, c’est déjà être consolé. Le soulagement s’accentue ensuite au cours de conversations avec des amis, et le besoin d’être soulagé et consolé peut nous pousser jusqu’à composer des poésies. C’est ainsi que dès qu’un homme qui se trouve plongé dans la douleur et absorbé par elle est à même d’extérioriser cette douleur, il s’en sent soulagé, et ce qui le soulage encore davantage, c’est son expression en paroles, en chants, en sons et en figures. Ce dernier moyen est encore plus efficace.&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: right; padding-left: 30px;"><strong><em><span style="text-decoration: underline;">Hegel</span></em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour expliquer ce texte, vous répondrez aux questions suivantes, qui sont destinées principalement à guider votre rédaction. Elles ne sont pas indépendantes les unes des autres et demandent que le texte soit d’abord étudié dans son ensemble.</p>
<p style="text-align: justify;">1. Dégagez la thèse de ce texte et montrez comment elle est établie.</p>
<p style="text-align: justify;">2. En vous appuyant sur des exemples que vous analyserez, expliquez :<br />
a) « l’art, alors même qu’il les flatte, le fait pour montrer à l’homme ce qu’il est » ;<br />
b) « L’objectivation des sentiments a justement pour effet de leur enlever leur intensité et<br />
de nous les rendre extérieurs » ;<br />
c) « ce qui le soulage encore davantage, c’est son expression en paroles, en chants, en<br />
sons et en figures ».</p>
<p style="text-align: justify;">3. L’art nous libère-t-il de la violence des sentiments ?</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Illustration : manque total d&#8217;inspiration cette année, concernant l&#8217;illustration des sujets des baccalauréats à l&#8217;étranger. Il ne s&#8217;agit que d&#8217;anciennes photos de classe des lycées concernés. Merci copainsdavant.com</p>
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		<title>Que gagnons-nous à travailler ?</title>
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		<pubDate>Mon, 23 May 2011 14:08:50 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
				<category><![CDATA[24 fois la vérité par seconde]]></category>
		<category><![CDATA[Bonus]]></category>
		<category><![CDATA[Le travail]]></category>
		<category><![CDATA[Non classé]]></category>
		<category><![CDATA[Sujets]]></category>
		<category><![CDATA[Sujets traités]]></category>
		<category><![CDATA[Video]]></category>

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		<description><![CDATA[
Entre le gagne-pain et ce qui permet de gagner sa vie, on devine l’espace dans lequel se déploient les contreparties de l&#8217;effort, jamais suffisantes, justifiant qu&#8217;on voit toujours en elles un &#171;&#160;gagne petit&#160;&#187;. Tenter de discerner  ce qu&#8217;il y a à gagner à travailler, c’est tout de suite penser au salaire, c&#8217;est-à-dire à la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">Entre le gagne-pain et ce qui permet de gagner sa vie, on devine l’espace dans lequel se déploient les contreparties de l&#8217;effort, jamais suffisantes, justifiant qu&#8217;on voit toujours en elles un &laquo;&nbsp;gagne petit&nbsp;&raquo;. Tenter de discerner  ce qu&#8217;il y a à gagner à travailler, c’est tout de suite penser au salaire, c&#8217;est-à-dire à la rétribution échangée <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/05/d0002457_4b1a248ee7a5f.jpg"></a><a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/05/PHOTO01.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1852" title="PHOTO01" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/05/PHOTO01.jpg" alt="" width="374" height="568" /></a>contre l’effort que le travailleur consent à effectuer. Pourtant, envisager les choses sous cet angle, c’est réduire au moins deux fois le travail. D’une part parce que même si la soi disant sagesse populaire affirme volontiers que tout travail mérite salaire, on sait bien qu’il existe un travail non salarié. D’autre part parce que si le salaire vient compenser l’effort produit par le travailleur, la souffrance endurée au labeur, alors le travail est avant tout conçu comme une tâche pénible, au sens propre, une peine, qu’on ne consentira à effectuer que si on nous promet une contrepartie en retour. Tout en reconnaissant l’existence d’une telle logique laborieuse réclamant un échange contractuel entre salaire et force de travail, nous verrons que le travail ne se réduit pas à ce genre de mise à prix, et qu’on peut repérer en lui une valeur plus élevée, permettant de mieux en saisir l’essence. C’est en remettant en question l’idéologie d’un travail auquel l’homme serait condamné, effectué uniquement afin de toucher cet argent qui semble si nécessaire à sa survie, ou d’acquérir les biens qui en sont les fruits, qu’on parviendra à mettre en lumière que cette activité spécifiquement humaine est en réalité la seule chance qui s’offre à l’homme de prendre en main, pour de bon, ce qu’il est.</p>
<p style="text-align: justify;">1 &#8211; Le salaire de la sueur</p>
<p style="text-align: justify;">Pour établir en quoi le salaire ne peut pas être considéré comme ce qui, par le travail, est gagné, on peut choisir deux orientations. L’une d’elle consisterait à montrer qu’il y a plus intéressant à gagner dans le travail que le salaire, ce sera notre deuxième option. La première visera au contraire à montrer que contre toute apparence, il n’y a en fait dans le salaire aucun gain.</p>
<p style="text-align: justify;">A – Quelle est la contrepartie du salaire ?</p>
<p style="text-align: justify;">On parle de gain lorsqu’à l’issue d’un processus, un agent peut mesurer un bénéfice, un profit. On gagne quelque chose lorsqu’on reçoit davantage d’un processus que ce qu’on y a investi. Ainsi, pour que le salaire puisse constituer un bénéfice, il faudrait pouvoir établir que le travailleur retire, par le biais de ce revenu, plus que ce qu’il y perd. A première vue, c’est le cas, puisque de manière générale, l’emploi ne coûte rien à l’employé et que l’argent ne circule que de l’employeur vers lui, et jamais réciproquement (même si on pourrait trouver des exceptions ou des nuances, dans la coiffure par exemple, domaine dans lequel les employés doivent investir dans leur propre matériel (brosses, tondeuses, sèche-cheveux, etc.). Economiquement, donc, le gain est total. Mais ce serait un leurre que de penser que l’employé n’investit rien dans son travail. Si c’était le cas, on lui reprocherait d’ailleurs d’être trop peu investi. Ce reproche est d’ailleurs un indicateur intéressant de ce qui est vraiment en jeu dans le salaire du plus grand nombre des travailleurs : c’est sa propre personne qui est investie dans l’emploi, et si un salaire est versé, on ne peut pas le voir comme un simple gain, mais comme un échange, ou plus exactement un prix. Et comme dans toute vente, celui qui en touche le prix se dessaisit de quelque chose.</p>
<p style="text-align: justify;">B – La valeur de ce qui se vend, et dont le prix est le salaire.<br />
Dès qu’on conçoit le salaire comme le prix auquel on vend une marchandise, il est plus difficile d’y voir un gain, car pour qu’il y ait gain, il faut qu’on puisse établir <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/05/PHOTO03.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1853" title="PHOTO03" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/05/PHOTO03.jpg" alt="" width="435" height="283" /></a>que la marchandise a une valeur moindre que le prix auquel elle est vendue. Il est donc nécessaire de se demander précisément quelle est la marchandise dont le salaire est le prix. Pour l’écrasante majeure partie des travailleurs, ce qu’ils ont à vendre, c’est leur force de travail, et leur temps. En somme, être employé, c’est mettre à la disposition d’autrui une part de soi même dont on se dessaisit. Du temps de vie est vendu, ainsi que ce que Marx désigne comme de la « force de travail », de l’énergie que l’employeur achète, et utilise. Or il se trouve que cette force a nécessairement une valeur plus importante que le prix pour lequel l’employé la vend, puisqu’une fois mise au service de l’employeur, elle génère plus de valeur qu’elle n’en coûte. Mais il n’est pas évident que cette valeur ajoutée soit partagée avec l’employé, qui ne touchera que ce que vaut, sur le marché, l’énergie qu’il dépense au travail en un temps donné. Dès lors, puisque la plus-value est le plus souvent captée par l’employeur, on peut considérer que le salaire n’est pas un gain, mais au mieux un dédommagement pour le dérangement occasionné, un appât pour convaincre de venir pratiquer ce que, gratuitement, on fuirait comme la peste, pour reprendre l’expression connue de Marx.</p>
<p style="text-align: justify;">C – Ceux qui échappent à l’aliénation montrent que le salaire standard n’est pas un gain.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui montre que le phénomène d’aliénation touche bel et bien cette catégorie de travailleurs qui n’ont que leur force à vendre, c’est la situation de ceux qui, précisément, peuvent fixer leur revenu sur d’autres critères : ces derniers ne peuvent véritablement tirer bénéfice de leur activité que parce qu’ils vendent autre chose que leur force de travail et leur temps : ils proposent quelque chose d’eux que le marché ne trouve que rarement. Telle compétence, tel regard sur les choses, telle connaissance, telle image qui émane de celui dont l’action ne se réduit dès lors pas aux tâches qu’il effectue, et parvient à vendre autre chose, à bien meilleur prix. Ces travailleurs ont ceci de spécifique qu’ils maîtrisent la phase de conception qui précède l’exécution des tâches. Ce faisant, ils maîtrisent le processus du travail de part en part, et ils sont aptes à organiser et superviser le travail des autres qui, eux, ne sont là que comme main d’œuvre. Ce faisant, ils confirment ce qui semble constituer une règle, en matière de gain salarial : on gagne plus à organiser l’effort fourni par les autres qu’à produire cet effort soi même. Dès lors, on a bien confirmation que s’il y a un gain à chercher dans le travail, ce n’est pas dans le salaire qu’il faut le chercher.</p>
<p style="text-align: justify;">Transition</p>
<p style="text-align: justify;">En fait, si on pense en premier lieu au salaire lorsqu’il s’agit de concevoir ce qu’il y a à gagner dans le travail, c’est parce qu’on n’imagine pas que le travail puisse être, en lui-même, une bénédiction. On imagine dès lors qu’il faut bien qu’il apporte autre chose que lui-même, puisque lui-même n’est conçu que comme pénible, douloureux, temps perdu sur la jouissance de ce qu’il permet d’obtenir. Tant son étymologie (tripalium, un trépied dressé dans le but de ferrer les chevaux, mais aussi de torturer les hommes) que le sens qu’il prend dans la mythologie judéo-chrétienne montrent à quel point c’est un concept qu’il faut concevoir négativement. S’il est mauvais, le gain qu’on en tire doit lui être extérieur. C’est cette conception que nous allons remettre en question, afin de discerner en quoi le travail peut être considéré comme un gain en lui-même.</p>
<p style="text-align: justify;">2 – Le travail envisage comme une bénédiction</p>
<p style="text-align: justify;">A – L’enracinement de la conception du travail comme punition.</p>
<p style="text-align: justify;">Si on en croit la lecture la plus courante de la Genèse, les racines les plus profondes du travail sont à chercher dans la condamnation divine faite à Adam et Eve de ne plus vivre dans le Jardin des Jouissances originel, et de devoir obtenir leur pain à la sueur de leur front sur une Terre désormais déconnectée du jardin d’Eden, <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/05/PHOTO08.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1854" title="PHOTO08" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/05/PHOTO08.jpg" alt="" width="439" height="286" /></a>territoire de la satisfaction tellement instantanée qu’elle ne laisse même pas au manque le temps de se manifester, ne réclamant, jamais, nul effort de la part de ses habitants. Punis nous serions à notre tour à la suite d’Adam et Eve, et à strictement parler, nous ne gagnerions rien à travailler, puisque nous le ferions par pur obéissance à la colère divine. D’où l’idée qu’on n’a rien sans rien, que tout salaire mérite d’être précédé par une peine, qu’il faut travailler pour mériter, ensuite, le repos. D’où l’idée aussi que puisque le travail est fondamentalement douloureux, la seule chose positive qu’on puisse en attendre, c’est un salaire, contrepartie à la souffrance ressentie dans le travail lui-même.</p>
<p style="text-align: justify;">B – L’expulsion du paradis n’est pas la cause de l’apparition du travail, elle en est la conséquence.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est oublier un détail important dans la manière dont on décrit l’avènement du travail pour Adam et Eve. S’ils ont commis une faute, c’est une faute initiatrice : ils ont atteint la connaissance du bien et du mal, ils savent désormais qu’il est possible d’agir par soi même, en étant l’initiateur de ses propres actes, en réalisant quelque chose dont on est l’auteur, qu’on pourrait faire, ou ne pas faire. En somme, ils ne se contentent plus de ce qui est, tel qu’il est, ils visent ce qui n’est pas, ce qui devra être fait pour être. Ainsi, dès le geste par lequel la pensée d’Eve entre dans les circonvolutions de la réflexion (la pensée qui ne va plus en ligne droite d’un point à un autre, mais se courbe sur elle-même, serpentine), on peut dire qu’elle est déjà au travail, qu’elle accouche de quelque chose qui n’est pas tout à fait elle (après tout, on ne la reconnaît pas très bien dans l’acte de désobéissance qu’elle commet, comme si elle n’était plus tout à fait elle-même, et après tout, qu’est ce qu’enfanter, si ce n’est faire de soi quelque chose qui n’est pas soi ?), qu’elle se transforme en faisant quelque chose d’imprévu dans l’ordre de ce jardin. En somme, elle travaille. Et elle existe. Considéré sous cet angle, le travail n’est plus la punition provoquée par une infraction originelle, mais la condition même de l’existence, puisqu’exister, c’est précisément ne pas être réduit à ce qui est déjà.</p>
<p style="text-align: justify;">C – Le travail conçu comme processus d’humanisation du monde.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est précisément ce qui permet au travail de dépasser le simple contrat par lequel, parfois, on l’effectue contre un salaire. C’est ce qui fait que parfois, on peut être bénévole : par le travail, on réalise quelque chose qui reste une fois le travail achevé. Et cette transformation du monde, dont les autres hommes sont témoins, constitue le signe qu’un homme était là, sur Terre, pour faire ce qu’il a fait, parce que nul autre qu’un homme n’aurait pu le faire. Une des images cinématographiques les plus saisissantes de ce phénomène est sans doute la dernière scène de la Planète des singes (Schaffner, 1968), au cours de laquelle les cosmonautes égarés sur une planète qui leur est étrangère découvrent un morceau de la Statue de la liberté émergeant du sable, épave échouée au milieu d’une plage dont ils savent, soudain, grâce à elle, qu’elle fut peuplée par des hommes, qu’ils sont donc en territoire familier. Le travail étend l’humanité en dehors des limites même du corps humain. Il ne peut donc pas être réduit à la simple quantité de force d’exécution dépensée par le corps, et son seul prix ne peut pas être la rétribution permettant de reconstituer cette force. Ce que nous gagnons à travailler, dès lors, c’est la possibilité d’être au-delà de soi même, à travers les œuvres qu’on laisse derrière soi dans le monde, témoignages de ce que, précisément, nous sommes aptes à ne pas nous réduire au rang de simple exécuteur de tâche, qu’on sait faire quelque chose dont on soit pleinement l’auteur, et qui ne se résume pas au simple fait d’avoir effectué une série de gestes.</p>
<p style="text-align: justify;">D – Homo faber</p>
<p style="text-align: justify;">On peut extrapoler ce qu’on observe dans le mouvement de libération d’Adam et Eve à la conception générale du travail, et à l’observation de tous les travailleurs : en transformant le monde, l’homme donne aux choses une forme qu’elles n’avaient pas auparavant, et qu’elles n’auraient pas pu adopter par elles mêmes, car il leur aurait manqué la possibilité de concevoir cette forme. Le monde est un fait accompli qui, si on n’y touche pas, demeure tel quel, pour ainsi dire informe, s’il n’y a pas d’hommes pour le mettre en ordre par la pensée, et par l’action. Mais en transformant le monde, l’homme se fait lui-même par la même occasion, et il faut comprendre ceci tant collectivement qu’individuellement : On n’est pleinement humain qu’à la mesure des signes que nous laissons dans le monde de cette aptitude spécifique que l’on a à donner une forme à la matière. C’est tellement vrai qu’on ne reconnait comme humain des fossiles d’ossements que si on trouve dans leur environnement immédiat des objets artificiels ; sinon, il n’est pas possible d’identifier derrière les restes de squelette comme indices d’humanité. D’observations de ce genre, Bergson tirera la conclusion qu’on peut donner à cette créature qu’on appelle communément « être humain », un nom qui témoignera mieux de ce qui fait sa spécificité : Homo faber, celui qui fabrique. On retrouve dans les analyses de Marx la même reconnaissance du caractère humanisant du travail, quand il montre que dès qu’on libère l’activité humaine du carcan du salaire, on découvre ce processus qui permet de réaliser l’humanité générique, c&#8217;est-à-dire ce qui distingue le genre humain du reste du monde.</p>
<p style="text-align: justify;">Transition :</p>
<p style="text-align: justify;">On n’est dès lors pas obligé, pour définir la valeur du travail, de réduire celle-ci au salaire perçu, puisque la mauvaise réputation qui lui est faite vient en fait d’une interprétation discutable des textes fondateurs de notre civilisation. Il n’est pas nécessaire de le considérer comme une peine. Il est au contraire envisageable de voir dans le travail cette activité par laquelle l’homme fait émerger dans l’être ce qui ne devait pas être, ce qui ne pouvait pas être si l’homme ne l’avait pas fait, en étant conscient que ce « quelque chose », c’est essentiellement l’homme lui-même. Or, si on peut se mettre d’accord sur le fait que toute déshumanisation est une perte essentielle, alors on reconnaîtra que tout processus qui favorise l’humanisation est un gain. Reste que la confusion régnant sur la manière dont on considère le travail a pour effet qu’on le confond facilement avec les conditions sociales dans lesquelles il s’exerce, alors même que celles-ci peuvent amplement contribuer à enlever à l’homme le sens du travail, et donc son humanité.</p>
<p style="text-align: justify;">3 &#8211; Le travail rend libre, le fait que la formule ait été dévoyée n’y change rien.</p>
<p style="text-align: justify;">On l’a vu, cette manière d’envisager le travail le dégage en théorie tout à fait du réseau de contraintes dans lequel on se plait, d’habitude, à l’enfermer. Il ne s’agit plus de voir en lui le labeur absurde d’un Sisyphe attelé à son rocher parce qu’il le faut bien, mais une activité libre par laquelle l’homme participe au monde non pas en tant qu’exécuteur des basses manœuvres qui ne viseraient que sa survie, mais en tant que créateur, susceptible d’offrir aux choses et à lui-même des formes nouvelles. En d’autres termes, par le travail, si l’homme perd l’évidence d’un monde divin figé dans l’éternité de la satisfaction parfaite, il gagne tout simplement un monde qui, par le mouvement qu’il lui imprime, sera un monde humain, c&#8217;est-à-dire un monde dans lequel un être humain puisse se reconnaître. Mais pour cela, encore faut il que l’effort effectué puisse être pleinement identifié à ce qu’on appelle « travail ».</p>
<p style="text-align: justify;">A – Le travail n’est pas réductible à la tâche.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, si on a défini le travail comme l’effort par lequel l’homme fait émerger dans le monde des formes qui ne s’y trouveraient pas sans lui, on constate que la plupart du temps, on réduit cette définition au simple effort. D’où son assimilation au labeur, d’où le fait qu’on voit en la « peine » un quasi synonyme du travail, d’où le caractère péjoratif que, peu à peu, ce mot a reçu dans un monde qui incite les hommes à être partisans du moindre effort. Pris au sens strict d’effort, le mot travail n’évoque en effet que la douleur, la fatigue, l’énergie dépensée, les muscles en tension, la matière qui résiste, tout ce qui fait qu’on remettrait volontiers cette activité au lendemain, ou bien qu’on préfèrerait la confier à quelqu’un d’autre. Mais c’est confondre, ici, la tâche et le travail. La tâche est l’unité d’action du travail. Elle n’a pas en elle-même de sens, elle n’aboutit pas, elle ne réalise rien, elle n’est qu’une étape dans un processus plus vaste, qu’elle peut tout à fait ne pas connaître, et <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/05/PHOTO04.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1855" title="PHOTO04" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/05/PHOTO04.jpg" alt="" width="446" height="294" /></a>puisque son horizon se réduit à sa simple réalisation ponctuelle, et souvent répétée, elle se limite à l’effort qu’elle réclame. A moins d’être esclave, on n’imagine pas qu’on puisse se résoudre à n’accomplir que des tâches sans contrepartie. Or précisément, on l’a vu, c’est là le fondement même du contrat de travail : on y échange de la pénibilité contre de l’argent, du temps d’effort contre un salaire. C’est pour cela que, si l’emploi ne consistait qu’en une exécution de tâches, alors le salaire serait le seul gain qu’on puisse espérer en tirer. Mais précisément, puisque le travail ne se réduit pas à n’être qu’une simple tâche, alors le salaire ne permet pas de rendre compte des gains permis par le travail et c’est ailleurs qu’il faut chercher ce gain.</p>
<p style="text-align: justify;">B – La tâche est au travail ce que l’instant est au temps.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, le simple exécutant peut très bien ne pas savoir ce qu’il fait, son acte peut tout à fait être considéré comme une boucle, un sample, un échantillon d’action, copié tel quel et mis bout à bout de lui-même, sans fin, comme on le fait d’une séquence rythmique pour constituer une trame musicale. Si on en veut une image, on peut se tourner vers Pénélope, tissant et détissant sa tapisserie chaque jour, revenant chaque matin au début de sa boucle quotidienne, la répétition de son acte constituant la boucle rythmique sur laquelle toute l’Odyssée est composée, comme un échantillon qui tournerait en fond, immuable, dans ce temps fermé sur lui-même qu’est l’amnésie d’Ulysse. Pénélope, en tant que tisserande, ne travaille pas. Si un maître tapissier venait surveiller l’avancée des travaux, il aurait vite fait de dire que, justement, « c’est pas du travail, ça ». Elle se contente d’exécuter une tâche, précisément pour que l’histoire n’avance pas, pour ne pas passer à l’épisode qui suit la mort d’Ulysse, pour que le monde ne devienne pas autre chose que ce qu’il a été, en somme pour ne pas faire le deuil de l’instant d’avant. Mais au moins fait elle cela avec une claire conscience de sa propre improductivité : elle s’enferme dans un temps qui tourne en boucle pour ne pas avoir à se confronter à la réalisation d’un autre temps, qui serait aussi un autre monde. Le travail ouvrier peut facilement tomber dans ce non sens. Charlie Chaplin dans les Temps Modernes se voit peu à peu doté d’un corps qui a tant et si bien enregistré la chorégraphie mécanique de la chaine de montage qu’il ne cesse plus de l’exécuter, y compris pendant son sommeil. Au pied de la lettre, il ne peut plus passer à autre chose. Or c’est précisément ce que le véritable travail doit autoriser : c’est une activité qui n’a pas vocation à être répétée à l’identique éternellement, et qui n’est pas à elle-même sa propre fin. Le travail n’est à strictement parler qu’un effort visant à faire émerger quelque chose d’autre que lui-même.</p>
<p style="text-align: justify;">C – L’avantage qu’il y a à faire perdre au travail sa perspective. L’organisation sociale du travail.</p>
<p style="text-align: justify;">Duncan Jones, dans son premier long métrage, Moon, met en scène Sam Bell, un ouvrier, qui, seul employé travaillant sur le sol lunaire, a pour tâche de superviser des machines qui extraient du sol un minerai précieux dont les terriens ont un impératif besoin pour survivre. Installé sur la face de la Lune que la Terre ne voit jamais, il communique chaque jour avec sa famille, que son contrat l’autorise à rejoindre après un nombre défini d’années passées au service de la compagnie qui l’embauche. Or Ducan Jones met ce dispositif en scène selon deux temporalités : la première est celle du travail à effectuer, qui nécessite un certain nombre d’efforts à effectuer, chaque jour, afin que la mission soit correctement menée. L’employé pourrait y trouver cette forme de satisfaction que nous avons évoquée précédemment : il fournit de l’énergie aux hommes sur Terre, qui lui sont certainement quotidiennement reconnaissants pour son travail. Mais cet employé vit aussi selon une seconde temporalité, qui se situe, elle, en dehors du cycle constitué par son travail. Si ce dernier, même s’il ne se réduit pas tout à fait à l’exécution de tâches, est entièrement pris dans la boucle production/consommation, il vise cet instant où il pourra prendre la tangente de ce cercle pour bénéficier du véritable fruit de son travail : le droit de ne plus travailler, de rejoindre sa famille pour profiter, tout simplement, d’un temps qui serait véritablement libre, c&#8217;est-à-dire dégagé des obligations de production liées à la consommation journalière d’énergie sur Terre. Le problème de Sam Bell, c’est précisément que si ce temps d’après le travail <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/05/STAT025.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1856" title="STAT025" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/05/STAT025.jpg" alt="" width="415" height="297" /></a>lui est promis, tout est cependant organisé de manière à ce qu’il ne soit jamais atteint. Mais à la différence de Pénélope, qui sape elle-même son travail en le mettant en boucle, le héros de Moon pense pouvoir s’extraire du cycle sisyphien du travail en y mettant fin, inconscient de ce que, pour s’assurer qu’il ne quitterait pas son poste, ses employeurs ont fait de lui ce fameux échantillon qui sera répété, à son insu, pour un temps indéfini. Si Pénélope est l’auteur de la boucle qu’elle répète comme pour atteindre l’état d’hypnose dans lequel est plongé son mari, Sam Bell, lui, est devenu la boucle elle-même, capable de concevoir une sphère extérieure, mais incapable de la rejoindre.</p>
<p style="text-align: justify;">Si Sam Bell ne gagne rien à travailler, ce n’est pas parce qu’il y aurait quelque chose de vicié dans son travail lui-même, mais bel et bien parce que l’organisation sociale dans laquelle son effort se produit a réussi à détourner totalement son travail, en leurrant Sam Bell afin qu’il participe lui-même à sa propre aliénation. Or c’est bien là le risque qu’on court en voulant étudier le travail en se contentant d’en observer le fonctionnement : essentiellement social, il peut tout à fait être perverti par les conditions dans lesquelles il s’accomplit. En effet, si on a envisagé jusque là le travail comme cette activité qui permet, quand il est mené de manière autonome, de grandir en tant qu’humain et de dépasser le simple monde des formes telles que la nature les produit, il y a un gain plus global dans le travail, qu’on a évoqué lui aussi, qui consiste à former, tous ensemble et ce de manière parfois individuellement discrète, un monde humain. Reste qu’il ne suffit pas d’œuvrer ensemble pour que le monde soit davantage humain. On l’a vu, il n’y a humanisation que si à un moment donné on vise par le travail quelque chose qui n’est pas le travail lui-même, si on peut espérer, par une espèce de force centrifuge, échapper à l’absurde répétition des mêmes gestes, à la routine de l’exécution des tâches. Or, nous savons bien qu’une certaine organisation du travail n’envisage celui-ci que comme une manière de générer davantage de moyens afin de produire encore davantage de travail, pour générer encore plus de moyens, censés permettre de susciter plus de travail, etc. Un tel processus est à proprement parler sans fin, car la seule perspective qu’il offre à première vue, c’est une consommation qui puisse être à la hauteur de la production rendue possible par l’amélioration de la productivité. En somme, si on en reste au cycle binaire production/consommation, on peut dire qu’à aucun moment on n’a échappé à l’asservissement dans l’exécution de tâches. Certes, la consommation peut donner le sentiment d’une satisfaction, mais ce ne peut jamais être un accomplissement. Alors bien sûr, on sait depuis l’antiquité qu’en réalité, ce travail et cette consommation commune produisent aussi un bien commun, pour peu que les richesses produites au-delà de ce qui est nécessaire pour assurer une poursuite de la consommation, soient affectée à des projets qui sortent du cycle production/consommation, soit sous la forme d’un secteur public qui est la seule manière de ne pas réduire le prix du travail individuel au seul salaire dont on a vu qu’il était calculé pour priver le travailleur de la plus-value qu’il génère, soit sous la forme de ce que les grecs anciens définissaient comme le « loisir », c&#8217;est-à-dire ce qu’on a le loisir de faire lorsqu’on n’est pas occupé à régler les questions qui relèvent de la stricte nécessité.</p>
<p><iframe src="http://player.vimeo.com/video/4326374?title=0&amp;byline=0&amp;portrait=0" width="400" height="170" frameborder="0"></iframe>
<p><a href="http://vimeo.com/4326374">Moon | Bande-annonce</a> from <a href="http://vimeo.com/user751002">Pokkito</a> on <a href="http://vimeo.com">Vimeo</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">En somme, le travail a sa place en tant qu’il génère, au-delà de lui-même, une sphère humaine dans laquelle il n’intervient pas, parce que celle-ci ne relève ni de la production de biens marchands, ni de leur consommation. Si on devait d&#8217;ailleurs qualifier cette sphère, c&#8217;est la gratuité qu&#8217;il faudrait évoquer. C’est ce qui permet de définir certains domaines comme ne relevant pas de la logique marchande habituelle, tels que la santé, l’éducation, pour ne citer que les plus évidents. Ainsi, si le travail permet un gain, on peut voir qu’il ne peut jamais se réduire à la simple possibilité de conserver, ou augmenter la quantité de travail proposée, car ceci relève aussi des moyens, et non des fins. Ainsi, l&#8217;argument consistant à dire qu&#8217;il est bien nécessaire que la rentabilité des entreprises soit prioritaire sur la qualité de vie des travailleurs ne peut pas convaincre, si cette rentabilité n&#8217;est mise au service que d&#8217;un développement d&#8217;activité qui vise seulement une production et une consommation supérieure, parce qu&#8217;alors, le travail se mord la queue comme si le serpent biblique se mettait à son tour, comme coincé sur la tapisserie de Pénéloppe, effacé chaque nuit, rembobiné pour ainsi dire, à proposer en boucle de goûter au fruit de la transformation, sans que pour autant jamais  rien ne change, sans qu&#8217;on puisse jamais passer à autre chose. De ceci, on peut déduire que le véritable gain du travail consiste à ouvrir un espace et un temps au sein desquels on puisse cesser de travailler pour participer à quelque chose de plus élevé, qui propulse l’homme dans un temps spécifique qui n’est plus marqué par le retour perpétuel des mêmes gestes à exécuter et des mêmes efforts à fournir.</p>
<p style="text-align: justify;">Conclusion</p>
<p style="text-align: justify;">En somme, le travail permet à celui qui s’y adonne de devenir pleinement humain à travers ses œuvres, en se libérant de la simple activité aveugle qui ne permet pas de distinguer l’homme du reste de la nature. Reste que la possibilité d’un tel gain dépend directement de l’organisation sociale au sein de laquelle le travail s’exerce. Ainsi, il y a bien quelque chose à gagner à travailler, mais ce gain se situe rarement là où on le conçoit le plus spontanément, et cela ne se réduit jamais à ce qu’un ordre qui voudrait mettre le travail au centre de tout l’édifice social veut bien en montrer. Dès lors, si le salaire est la rançon de l’effort, qui permet seulement de demeurer partie prenante des échanges commerciaux, il ne permet de s’intégrer qu’aux sociétés qui ne se définissent que comme marchandes. On reconnait l’ambition d’une culture à sa manière d’ouvrir un espace au-delà du travail en s’appuyant sur celui-ci comme un moyen mis au service d’une fin qui le dépasse. On reconnait aussi cette ambition à la manière dont elles répartissent l’effort ainsi que la promesse d’échapper par moment à cet effort, et ce d’autant plus que ce sont les inégalités en ce domaine qui sont source des principales illusions sur ce que peut donner le travail. Et si on a avantage à faire croire que le labeur est une punition qu’il faut bien subir, docilement, pour n’avoir su demeurer dans cet au-delà paradisiaque que l’homme aurait perdu, on discerne désormais mieux en quoi il est pourtant cette élévation au dessus de la matière brute, qui permet d’atteindre un nouvel au-delà. Envisagé sous cet angle, ce qu’il y a à gagner à travailler, c’est peut être finalement ce qui, du travail, ne peut être conçu avant de s’être mis à l’ouvrage.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Toutes illustrations tirées de photographies effectuées de la statue monumentale qui surplombait le pavillon soviétique à l&#8217;exposition universelle de Paris de 1937, intitulée<strong><em><span style="text-decoration: underline;"> le Travailleur et la kolkhozienne</span></em></strong>. Création de la sculptice Véra Mukhina et de l&#8217;ingénieur Zhuravlev, elle constitue une prouesse technique, avec ses 24m de haut et ses 65 tonnes de plaques de métal inoxydables. Elle est aussi le modèle même de la manière dont le réalisme soviétique voulait valoriser le travail, hissant l&#8217;effort humain vers le ciel (c&#8217;est une pratique constante, dans ce courant artistique, que de voir les ouvrier les pieds fermement ancrés au sol, profitant de cet appui pour se mettre en total déséquilibre vers l&#8217;avant, pointant le ciel de leurs outils, comme s&#8217;ils ne le considéraient plus comme une origine perdue, mais comme un projet à construire; en ce sens, c&#8217;est un réalisme inversé par rapport à ce que pouvait proposer un peintre comme Millet). Les photographies sont censées être l&#8217;oeuvre d&#8217;un certain Richard Napier. L&#8217;information a l&#8217;air fragile; mais j&#8217;enquête.</p>
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		<pubDate>Sat, 21 May 2011 04:43:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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		<description><![CDATA[
Un de nos paradoxes est le suivant :
Tout ce que nous produisons est par définition périssable, puisque le principe même de financement de nos activités réside dans le renouvellement de tout ce que nous possédons, et ce le plus rapidement possible. La péremption touche absolument tout ce que nous produisons, de plus en plus avant [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">Un de nos paradoxes est le suivant :</p>
<p style="text-align: justify;">Tout ce que nous produisons est par définition périssable, puisque le principe même de financement de nos activités réside dans le renouvellement de tout ce que nous possédons, et ce le plus rapidement possible. La péremption touche absolument tout ce que nous produisons, de plus en plus avant même que nous le consommions. Voitures, matériel informatique, téléphones, vêtements, animaux, habitat, information, nourriture même, tout est voué à destruction pour renouvellement, ce qui nous interdit d’entretenir quoi que ce soit. Les lieux dans lesquels nous nous approvisionnons en marchandises ne nous mentent pas quand ils nous disent « Tout doit disparaître ». Il serait même conseillé de prendre le message au pied de la lettre : c’est tout juste si, à peine sortis du magasin, nous ne jetons pas nos achats directement à la poubelle, juste pour le plaisir de retourner acheter la même chose, en un peu plus neuf, en un peu plus gros, en un peu plus performant, encore un peu, plus.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Little Big Man</span></em></strong> (Arthur Penn, 1970), le personnage principal, interprété par Dustin Hoffman, multiplie les traits d’ironie. Confronté à la conquête de l’Ouest par les colons, et alors qu’il découvre pour la première fois un village indien, il commente : La première fois qu’on voit un camp indien, on se dit « Je vois bien le tas d’ordures, mais où est le camp ? ». C&#8217;est probablement ce que les professeurs d&#8217;histoire diront à propos des débuts du troisième millénaire. D&#8217;une certaine manière, nous pouvons être <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/05/into-eternity-affiche.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1848" title="into-eternity-affiche" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/05/into-eternity-affiche.jpg" alt="" width="320" height="481" /></a>fiers  de nous : de notre passage dans l&#8217;histoire, subsistera une quantité de déchets qui dépasse, dans toutes ses dimensions, tout ce que la pensée peut échafauder comme image. Et non contents d’épater la galerie par la quantité de nos restes, nous frapperons aussi les esprits par leur dangerosité. Nous avons là une carte de visite qui devrait permettre à nos descendants de se faire une certaine idée du genre d&#8217;humains que nous sommes.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est là le point de départ du documentaire intitulé <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Into Eternity</span></em></strong> (Michael Madsen, 2010) : en Finlande, conscient qu’on ne peut pas produire d’électricité nucléaire sans prendre en charge la difficile question de la gestion des déchets que cette industrie produit, on a débuté les travaux d’un gigantesque site de stockage de ces déchets qu’il faut, à tout prix, maintenir hors de portée de nos descendants, et ce d’autant plus que, curieusement, de ces descendants, nous ne savons absolument rien. Si ce n’est qu’ils courent un risque. Ou plutôt : si ce n’est que nous les mettons en danger.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est que l’échelle de temps que vise ce site est hors norme. Elle dépasse même l’entendement : achevé au 22ème siècle, cet immense souterrain, d’une longueur de 5 km, profond de plusieurs centaines de mètrs, grand comme une ville, sera scellé; afin de protéger son précieux contenu pour une durée de 100 000 ans. Pour tenter de donner une échelle de temps, les toutes premières pyramides égyptiennes datent de 2600 ans. Rien de ce que l’homme a construit jusqu’à aujourd’hui n’a tenu plus de 10 000 ans, et nous ne sommes pas les champions de la construction durable. Il y a 100 000 ans, l’homme en était à sa phase néandertalienne, et il chassait le mammouth. Autant dire qu’à un horizon de 100 000 ans après nous-mêmes, tout ce que nous pouvons spéculer à propos de nos descendants, c’est ce qu’ils ne partageront plus avec nous. Ils seront physiquement aussi différents de nous que nous le sommes de l’homme de Neandertal, ils le seront même davantage car ils maîtriseront les modifications physiques proposées à l’être humain et les produiront volontairement, ils ne penseront plus selon les concepts que nous utilisons, ils ne pratiqueront plus nos religions, qu’ils considèrerons avec le regard que nous portons sur les mythologies antiques, ils ne vivront plus selon nos systèmes politiques, ils ne seront peut être plus uniquement terriens, ils ne parleront plus nos langues, nous ne pouvons dès lors leur adresser aucun message. Et malgré tout, nous savons déjà qu’ils sont en danger, à cause de nous, sans qu’on puisse les prévenir.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons ce talent de produire des effets qui dépassent notre aptitude à les concevoir. Notre propre technique nous propulse au-delà de nous-mêmes, innocents, puisque sans représentation de notre projet, irresponsables en somme. On craint toujours, quand on s’intéresse à ce type de sujet, de tomber dans une dramatisation excessive. Pourtant, faire passer à cette inquiétude profonde l’épreuve de la conceptualisation et de l’analyse ne contribue pas du tout à calmer ce sentiment que, finalement, il y a peu de chose aussi graves que celle là. Dans <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Into Eternity</span></em></strong>, cette inquiétude s’introduit dans l’image à travers un ensemble d’éléments qui, mis bout à bout, constituent peu à peu un ensemble étrange, comme si ce site de stockage, comme si l’équipe qui le conçoit, le creuse, le sécurise un siècle à l’avance, en pense aussi les limites, comme si le projet lui-même appartenait à un autre monde que le nôtre, comme s’il s’agissait d’une fiction, d’un conte tentant de ramener les humains à la raison. Mais la manière même dont le documentaire est construit ne contribue pas à rassurer : du fond des galeries creusées dans le sous sol de la Finlande, Michael Madsen ne s’adresse même plus à nous, mais directement à ceux qui, 100 000 ans après nous, devront se tenir, encore, à distance de ces déchets, alors même que nous ne disposons d’aucune signalétique dont on puisse être certain qu’ils ne la prennent pas pour une invitation à venir jouer les explorateurs dans le dédale vestige d’une civilisation dont ils n’auront peut être aucune autre trace. L’étrangeté est sans doute aussi provoquée par le fait que nous avons du mal à nous reconnaître comme les auteurs de ces techniques qui mettent l’humanité dans des dimensions aussi absurdes. C’est peut être une des raisons pour lesquelles nous pensons être à ce point impuissants à lui trouver une issue.</p>
<p style="text-align: justify;">Into Eternity fait souvent penser à des œuvres de science fiction. On y trouve des éléments de style typiques de la trilogie Qatsi (<em><strong><span style="text-decoration: underline;"> Koyaanisqatsi</span></strong></em> (1983), <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Powaqqatsi</span></em></strong> (1988), et <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Nakoyqatsi</span></em></strong> (2002)), de Godfrey Reggio, fondatrice de toutes les techniques de prise de vue, de montage et de mise en scène des films méditatifs sur la relation qu’entretient l’homme avec le monde qu’il habite, à tel point que la musique elle-même fait parfois penser à celle que Philip Glass avait composée pour Reggio. On pense évidemment à <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Dr Folamour</span></em></strong> (Kubrick, 1963) pour l’aspect extrêmement sérieux d’une entreprise que n’importe quel extraterrestre considèrerait comme délirante, à <strong><em><span style="text-decoration: underline;">2001 l’Odyssée de l’espace</span></em></strong> (Kubrick, 1968) pour la manière de filmer des techniciens à l’œuvre dans un monde d’une propreté clinique (la salle dans laquelle les ouvriers du nucléaire font leurs ablutions contient tout bonnement les lavabos les plus propres du monde), où les précautions prises sont à la hauteur des dangers encourus. On pense surtout à 2001 parce que comme celui-ci, le documentaire de Madsen se voit contraint d’embrasser une période impensable, nous connectant avec l’humanité telle que nous ne pouvons absolument pas la connaître (telle que d’ailleurs, à cause de nous, elle pourrait très bien ne jamais se connaître elle-même), et la densité du temps est suffisamment bien restituée par le montage et les prises de vue pour qu’on puisse percevoir, physiquement, ce lent passage d’un temps qu’on avait pris l’habitude de voir tout embarquer avec lui, avant que nous inventions ce qui pourrait lui résister, interdisant l’oubli ; et y contraignant simultanément. Or la méditation sur ces questions ne peut pas se détacher tout à fait de cette démesure, entre l’instantanéité de l’allumage de l’ampoule lorsqu’on appuie sur l’interrupteur, et les centaines de milliers d’années qui porteront les conséquences de cette disponibilité énergétique permanente. Au sens propre, à chaque fois que nous allumons un appareil électrique, c&#8217;est-à-dire, 24h/24, nous ne savons pas ce que nous faisons, ce qui ne nous empêche absolument pas de faire mine de maîtriser le processus, puisque le discours scientifique et technique nous dit qu’il est mesurable. Nous oublions de préciser que les mesures obtenues dépassent l’aptitude de l’entendement à se figurer ce que le raison exprime. Comme quoi un dispositif peut tout à fait être rationnel tout en étant absolument déraisonnable.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce film est finalement un genre de bouteille jetée à la mer, avec le faible espoir que les destinataires inconnus la découvrent et saisissent comment nous, qui sommes à l’origine du problème, fait notre possible pour prévenir de parfaits inconnus du fait qu’ils devraient gérer nos propres erreurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Deux détails pour finir : tout d’abord, le site de stockage de ces déchets s’appelle Onkalo. En finois, cela signifie «cachette ». Ce nom lui-même dit tout de l’ambiguïté du projet : ce site doit être conçu de telle sorte que, dans 100 000 ans, il soit totalement inconnu de nos descendants. Nous devons nous souvenir qu’il faut oublier ce lieu. D’autre part, ce site gigantesque n’est prévu que pour stocker les déchets nucléaires produits par la Finlande. Ce pays est à ce jour le seul à avoir mis en œuvre un tel projet, et on évalue la quantité totale de déchets émis, à ce jours, à 250 000 tonnes, qui jusque là, au mieux, dorment dans des piscines. Nous autres, français, ne pouvons pas jouer les innocents face à ce problème, si on précise qu’il y a en tout et pour tout, en Finlande, quatre réacteurs nucléaires en fonction, un cinquième en construction, ainsi qu’un projet d’EPR. En France, ce sont 58 réacteurs nucléaires qui sont en fonction, auxquels il faudra ajouter un EPR, actuellement en construction. Il n’y a à ce jour aucune solution décidée pour mettre ces déchets en lieu sûr. Une loi datant de 2008 prévoit que le parlement devra voter une loi lançant un projet de stockage équivalent à celui de la Finlande. Ce vote est prévu pour 2015, pour une ouverture prévue en 2025. On peut s’interroger sur un délai de décision si long, et une mise en œuvre si rapide : Les travaux de construction d’Onkalo ont débuté au 20è siècle, et ne s’achèveront qu’au 22è siècle. Le site américain de Yucca Mountain est réfléchi depuis 1978, il n’ouvrira qu’en 2017.</p>
<p style="text-align: justify;">On ne peut que conseiller, une fois encore, la lecture de Gunther Anders, absolument central dans ces problématiques, parce qu’il tient les deux bouts de la chaine de raisonnement : l’intérêt pour l’observation du phénomène nucléaire en tant que dispositif pratique, concret, mais aussi la méditation philosophique la plus poussée, articulée sur les analyses complexes qu’a pu en faire, en particulier Heidegger. C&#8217;est aussi un des très rares penseurs à se refuser absolument à dissocier l&#8217;usage civil du nucléaire de son usage militaire, précisément parce que pour lui, c&#8217;est la même essence de la technique qui est à l&#8217;oeuvre dans un cas comme dans l&#8217;autre.</p>
<p style="text-align: justify;">Sur la question de la communication avec des êtres dont nous n’avons aucune idée, cruciale lorsqu’il s’agit de prévenir nos lointains descendants du danger qui les guette, on peut lire la fin du livre de Paul Watzlawick, <strong><em><span style="text-decoration: underline;">La Réalité de la réalité</span></em></strong> (1978 en anglais, 1984 pour la traduction française), qui s’intéresse aux éléments essentiels de ce type de communication. Des recherches extrêmement poussées sont menées aujourd’hui encore en linguistique, à cause de la nécessité d’envoyer des messages urgents à nos propres descendants, leur recommandant de se méfier, a posteriori, de notre style de vie.</p>
<p><iframe width="400" height="257" src="http://www.youtube.com/embed/81wZs7la8dc?rel=0" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></p>
<p style="text-align: justify;">Enfin, <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Into Eternity</span></em></strong> est l&#8217;occasion de se rendre compte à quel point cet étrange morceau de Kraftwerk, intitulé <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Radioactivity</span></em></strong> (1975, dans l&#8217;album du même nom) est parvenu, très tôt dans l&#8217;histoire du rapport que l&#8217;homme entretient avec son propre feu sacré, à mettre le doigt sur la tension profonde qu&#8217;un tel pouvoir provoque en nous.</p>
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		<title>Répétition générale n°1</title>
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		<pubDate>Wed, 18 May 2011 04:06:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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Comme promis il y a quelques semaines, voici mises à dispositions les émissions diffusées sur France Culture, constituant des entrainements au baccalauréat sous forme de traitement de sujets, par des professeurs. C&#8217;est un peu comme si on entrait dans la cuisine d&#8217;un restaurant pour voir les plats être préparés tout en ayant l&#8217;explication pour laquelle [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">Comme promis il y a quelques semaines, voici mises à dispositions les émissions diffusées sur France Culture, constituant des entrainements au baccalauréat sous forme de traitement de sujets, par des professeurs. C&#8217;est un peu comme si on entrait dans la cuisine d&#8217;un restaurant pour voir les plats être préparés tout en ayant l&#8217;explication pour laquelle on fait les choses ainsi plutôt qu&#8217;autrement. C&#8217;est aussi une manière de réviser. C&#8217;est surtout une façon de constater qu&#8217;il n&#8217;y a pas qu&#8217;une seule manière de faire, qu&#8217;on peut adopter telle ou telle stratégie, développer tel ou tel style de réflexion, d&#8217;analyse et d&#8217;argumentation. En somme, c&#8217;est bel et bien un travail.</p>
<p style="text-align: justify;">Au programme, cinq sujets traités :</p>
<p style="text-align: justify;">A quoi sert l&#8217;art ?<a href="http://medias.harrystaut.fr/11.04.2011-aquoisertlart.mp3" target="_blank"> http://medias.harrystaut.fr/11.04.2011-aquoisertlart.mp3 </a></p>
<p style="text-align: justify;">Qu&#8217;attendons nous pour être heureux ? <a href="http://medias.harrystaut.fr/12.04.2011-quattendonsnouspouretreheureux.mp3" target="_blank">http://medias.harrystaut.fr/12.04.2011-quattendonsnouspouretreheureux.mp3</a></p>
<p style="text-align: justify;">Vivre l&#8217;instant présent, est ce une règle de vie satisfaisante ? <a href="http://medias.harrystaut.fr/13.04.2011-Vivrelinstantpresentestceuneregledeviesatisfaisante.mp3" target="_blank">http://medias.harrystaut.fr/13.04.2011-Vivrelinstantpresentestceuneregledeviesatisfaisante.mp3</a></p>
<p style="text-align: justify;">Faut-il être cultivé pour comprendre une oeuvre d&#8217;art ? <a href="http://medias.harrystaut.fr/14.04.2011-fautiletrecultivepourcomprendreuneoeuvredart.mp3" target="_blank">http://medias.harrystaut.fr/14.04.2011-fautiletrecultivepourcomprendreuneoeuvredart.mp3</a></p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;histoire n&#8217;est elle qu&#8217;un récit ? <a href="http://medias.harrystaut.fr/15.04.2011-lhistoirenestellequunrecit.mp3" target="_blank">http://medias.harrystaut.fr/15.04.2011-lhistoirenestellequunrecit.mp3</a></p>
<p style="text-align: justify;">(pour récupérer directement le fichier, faites un clic droit sur le lien, et cliquez ensuite sur &laquo;&nbsp;enregistrer la cible sous&nbsp;&raquo;. Vous pourrez l&#8217;écouter où et quand vous voulez)</p>
<p style="text-align: justify;">Sinon, vous pouvez les lire directement ci dessous.</p>
<p style="text-align: justify;">Bonne écoute !</p>
<p style="text-align: justify;"></p>
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		<title>Etre sur la même longueur d&#8217;ondes</title>
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		<pubDate>Tue, 12 Apr 2011 08:36:35 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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		<description><![CDATA[
Confronter des professeurs à l&#8217;exercice auquel seront soumis les élèves courant juin pourrait avoir comme fâcheuse conséquence de montrer aux candidats bacheliers combien l&#8217;exercice qu&#8217;on leur demande de réaliser est complexe et hors d&#8217;atteinte. Après tout, on pourrait imaginer, ou espérer, que des enseignants soient plus à l&#8217;aise avec la dissertation que leurs élèves.
Pourtant, s&#8217;il [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">Confronter des professeurs à l&#8217;exercice auquel seront soumis les élèves courant juin pourrait avoir comme fâcheuse conséquence de montrer aux candidats bacheliers combien l&#8217;exercice qu&#8217;on leur demande de réaliser est complexe et hors d&#8217;atteinte. Après tout, on pourrait imaginer, ou espérer, que des enseignants soient plus à l&#8217;aise avec la dissertation que leurs élèves.</p>
<p style="text-align: justify;">Pourtant, s&#8217;il y a bien une discipline dans laquelle cette expérience puisse être menée sans décourager les élèves, c&#8217;est bien la philosophie, tant les questions qu&#8217;elle <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/04/Philo%20crystal%20set.jpg"></a>propose mettent pour ainsi dire tout le monde à égalité, puisque ni le correcteur, ni l&#8217;enseignant, ni l&#8217;élève n&#8217;en possèdent les réponses. Ainsi, il semble y avoir du <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/04/Philo20crystal20set.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1841" title="Philo20crystal20set" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/04/Philo20crystal20set.jpg" alt="" width="406" height="290" /></a>sens à proposer aux lycéens qui vont, dans quelques semaines, passer l&#8217;épreuve de philosophie, d&#8217;être spectateurs de professeurs livrés eux mêmes à des sujets qu&#8217;ils devront traiter dans des conditions semblables, en ayant la possibilité de les observer construire leur pensée depuis la découverte de la question jusqu&#8217;à la construction du plan.</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est le dispositif proposé depuis maintenant plusieurs années par Raphael Enthoven sur les ondes de France Culture, dans le cadre de son émission Les Nouveaux chemins de la connaissance : chaque jour pendant une semaine, un professeur différent vient traiter un sujet tel qu&#8217;il pourrait en tomber le jour de l&#8217;examen. Et si un traitement de cette question est bien proposé, ce qui demeure le plus intéressant dans ces émissions, ce sont les moments où on s&#8217;intéresse plus à la question posée qu&#8217;à la réponse qu&#8217;on va lui offrir, car c&#8217;est bien là que se situe la part essentielle de la réflexion philosophique.</p>
<p style="text-align: justify;">Sur la semaine, cinq sujets seront donc traités :</p>
<p style="text-align: justify;">Lundi 11.04 : <strong>A quoi sert l&#8217;art ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Mardi 12.04 : <strong>Qu&#8217;attendons nous pour être heureux ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Mercredi 13.04 : <strong>Vivre l&#8217;instant présent, est-ce une règle de vie satisfaisante ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Jeudi 14.04 : <strong>Faut-il être cultivé pour comprendre une oeuvre d&#8217;art ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Vendredi 15.04 :<strong> L&#8217;histoire n&#8217;est elle qu&#8217;un récit ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Rappelons que la fréquence de France Culture, pour les franciliens, c&#8217;est 93,5 Mhz, et que l&#8217;émission est diffusée de 10h à 11h.<br />
Mais pour ceux qui ont délaissé les ondes pour les réseaux numériques, on peut podcaster (baladodiffuser, devrait on dire, même s&#8217;il me semble qu&#8217;en fait, ça veut dire exactement le contraire) les émissions depuis le site de France Culture : <a href="http://www.franceculture.com/emission-les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance.html-0">http://www.franceculture.com/emission-les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance.html-0</a><br />
Comme on est serviable, on proposera sans doute de les récupérer ici même, pour ceux qui ne seraient pas assez rapides pour les attraper directement à leur source.</p>
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		<title>La connaisance vaniteuse &#8211; 2</title>
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		<pubDate>Tue, 01 Mar 2011 11:55:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Etudes de textes]]></category>
		<category><![CDATA[Kant]]></category>
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		<description><![CDATA[
Dans l&#8217;article précédent, on menait une étude suivie de l&#8217;extrait de Kant, en faisant en sorte d&#8217;en montrer la logique interne. Reste qu&#8217;au cours d&#8217;une explication de texte telle qu&#8217;on la propose au baccalauréat (mais il en va de même de toute étude de texte, puisqu&#8217;il s&#8217;agit de lire pour faire émerger en soi de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"><br />
<span style="text-align: justify;"><em>Dans l&#8217;article précédent, on menait une étude suivie de l&#8217;extrait de Kant, en faisant en sorte d&#8217;en montrer la logique interne. Reste qu&#8217;au cours d&#8217;une explication de texte telle qu&#8217;on la propose au baccalauréat (mais il en va de même de toute étude de texte, puisqu&#8217;il s&#8217;agit de lire pour faire émerger en soi de la pensée, d&#8217;être soi même l&#8217;arbre sur lequel on va venir greffer une pousse nouvelle, de s&#8217;hybrider par une pensée autre), on attend que la réflexion ne s&#8217;en tienne pas à une interprétation, même <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/03/dailynews.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1832" title="dailynews" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/03/dailynews.jpg" alt="" width="367" height="500" /></a>habile, du texte, mais tente de prendre en charge à son tour le problème dont l&#8217;auteur étudié a essayé de construire un traitement. La pensée est une tâche jamais achevée, et l&#8217;explication de texte est un appel du pied à participer à ce processus collectif.<br />
D&#8217;ailleurs, il est question précisément de cela dans l&#8217;extrait de Kant que nous étudions.</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Je reprends le dernier paragraphe, qu&#8217;on pouvait considérer comme une transition, dans l&#8217;article précédent, et je poursuis donc :</em></p>
<p style="text-align: justify;">On dispose, grâce au texte de Kant, d’une structuration de la connaissance qui permet d’adopter une attitude théoriquement pertinente vis-à-vis des savoirs qui nous sont inculqués : s’en remettre aux témoignages pour tout ce qui est empirique, et valider rationnellement les connaissances relevant de la logique. Dès lors, nous serions en mesure d’établir que, pour celui qui cherche la vérité, il s’agit de rejeter l’autorité d’autrui dans tous les domaines où on peut constituer, par sa propre pensée, une autorité autonome. Cependant, telle qu’elle est présentée dans cet extrait, la distinction des deux ordres de connaissance pourrait être nuancée, ou remise en question, dans la mesure où ils ne sont pas aussi distincts qu’on les a jusque là présentés.</p>
<p style="text-align: justify;">En effet, tracer une ligne de partage aussi nette entre connaissances empiriques et connaissances rationnelles ne vaut que si les unes et les autres appartiennent à des ordres véritablement différents. Or, pour qu’une telle délimitation soit possible, il faudrait que l’une et l’autre ne se doivent rien, ce dont, on va le voir, on peut douter. Si on s’intéresse à ce qu’est une connaissance fondée sur l’expérience, on réalise assez vite que, sans intervention de la raison, il est illusoire de fonder quelque connaissance que ce soit. D’ailleurs, même si l’extrait étudié le montre peu, Kant lui-même est à l’origine de la plus fameuse synthèse entre idéalisme et empirisme, puisqu’il fera de la connaissance un processus dont la matière est fournie par l’expérience, mais dont la forme est donnée par l’esprit. Percevoir le monde ne consiste pas simplement à recevoir des informations via des influx nerveux suscités par le contact avec le monde. C’est toujours mettre ces sensations en ordre par le biais de ce qu’on pourrait appeler, chez Kant, l’entendement. Ainsi, nous ne voyons jamais le monde tel qu’il est, mais tel que notre entendement nous le montre, une fois la matière brute de la sensation ordonnée. Il n’y a donc pas d’expérience pure, toute expérience, même la plus fondamentale dans notre manière de connaître le monde, qu’est la vue, est en fait structurée par la pensée, à tel point que, contrairement à l’impression qu’on en a, on apprend bel et bien à voir. Les expériences effectuées sur des aveugles de naissance, à qui une opération a permis, déjà âgés, de découvrir la vue ont été, sur ce point, très éclairantes : au moment où ils ouvrent les yeux, ils ne voient rien, au sens où ils ne savent pas ce qu’ils voient, au point même qu’ils ne savent pas ce que c’est que « voir ». A strictement parler, donc, on ne peut pas se contenter de percevoir le monde pour prétendre le connaître, et le témoignage de nos propres sens n’est pas suffisant pour pouvoir éviter le préjugé.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui est vrai de notre propre perception l’est d’autant plus quand il s’agit du témoignage des autres. Et aucun système de connaissance ne peut se satisfaire d’une méthode qui consisterait à croire sur parole de soi-disant témoins sous prétexte qu’ils se présentent comme ayant fait une expérience qu’on ne peut soi-même effectuer. Ce serait livrer la connaissance aux fantaisies et aux manipulations les plus incontrôlables. La manière dont se constitue cette discipline particulièrement concernée par ces problématiques qu’est l’histoire est, pour notre réflexion, intéressante. Un historien est par définition dans cette situation de l’aveugle qui doit se fonder sur la vue des <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/03/time_welles_spent.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1833" title="time_welles_spent" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/03/time_welles_spent.jpg" alt="" width="433" height="606" /></a>autres pour accéder au monde. Ne pouvant pas faire l’expérience du passé, il doit s’en remettre aux témoignages, plus ou moins directs, de ceux qui y furent confrontés. Mais pour autant, il ne croit rien ni personne sur parole. La connaissance historique se construit au contraire sur un réseau complexe et méticuleux de vérifications, de mises à l’épreuve et d’interpolations des témoignages et documents qui permet peu à peu d’éliminer certains, conserver les autres, mettre en perspective les récits collectés, cerner la subjectivité de tels témoignages pour faire peu à peu apparaître une connaissance distanciée qui présente exactement les caractéristiques d’anonymat qu’évoquait Kant dans son analyse de la connaissance rationnelle. Ainsi, la sphère des savoirs issus de l’expérience et des témoignages ne peut-elle pas reposer entièrement sur l’autorité d’autrui, pour la simple raison qu’il n’est pas certain qu’autrui ait correctement soumis sa propre expérience aux exigences de la raison, celle-ci demeurant le juge ultime dont on dispose toujours soi même.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, l’argument d’autorité semble ne devoir jamais constituer une source fiable de connaissance, qu’il s’agisse de confiance en l’expérience d’autrui ou de raisonnement. Recourir à l’autorité d’autrui consisterait toujours à accepter de se soumettre à un discours dont on ne connaît pas les fondements. L’autorité est alors considérée comme un pouvoir, et s’y soumettre, c’est demeurer volontairement, par faiblesse, dans un état de minorité intellectuelle, dans une certaine forme d’irresponsabilité aussi, puisqu’on se réduit à n’être que le relai d’un discours dont on ne connaît pas les tenants et aboutissants, au nom d’un autre.</p>
<p style="text-align: justify;">En somme, le problème de la référence à l’autorité, c’est qu’elle interdit toujours de devenir soi-même l’auteur de ses propres pensées. Pourtant, il y a là un paradoxe : pour devenir l’auteur de sa propre pensée, il faut tout d’abord avoir été l’élève de la pensée des autres. Une pensée autarcique est tout à fait illusoire. Non seulement elle ne serait pas une pensée, mais encore cela interdirait la constitution de toute véritable culture puisqu’il n’y a pas de culture sans partage, sans transmission, et donc sans confiance. C’est d’ailleurs parce que nous sommes pris en charge culturellement dès la naissance que nous devenons, peu à peu, capables d’émettre des jugements de manière autonome. Les quelques observations effectuées sur des enfants privés depuis la naissance d’un environnement humain et de toute forme d’éducation l’ont montré avec clarté : c’est l’éducation qui nous fait hommes en structurant notre pensée de telle manière qu’elle puisse être, ensuite, structurante à son tour. Ainsi, si l’homme a pour destin de devenir majeur, c’est qu’il ne l’est tout d’abord pas. Cette minorité humaine est ce laps de temps pendant lequel il est nécessaire de s’en remettre à l’autorité d’autrui, puisqu’on n’a pas encore autorité sur soi, ou plutôt parce que si cette autorité n’est pas un autoritarisme, si elle ne réclame pas la soumission mais vise bien l’émancipation, alors on peut s’y soumettre comme si c’était la sienne propre. Concevoir ainsi l’autorité comme distincte de la domination, c’est revenir à sa nature profonde, puisqu’étymologiquement, « auctoritas » est lié, en latin, au verbe « augere », qui signifie « augmenter, faire grandir ». S’en remettre à l’autorité d’autrui, c’est donc grandir vers cette majorité qui permet à son tour de cultiver d’autres hommes.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui est vrai de l’accompagnement pratique et moral des enfants vers leur vie d’homme l’est aussi de l’apprentissage progressif des connaissances. Il ne s’agit d’ailleurs pas de domaines séparés, le savoir être, qu’il faut bien posséder avant de savoir qu’être, repose sur un savoir qu’il faut bien intégrer avant même que d’être capable de le générer par soi même. Lorsque Kant envisageait l’éducation comme une orthothérapie visant à redresser ce qui est au départ tordu, comme on rectifie un bâton courbé pour en faire une perche orthodoxe, il définissait l’humanisation comme un processus collectif de révélation par l’homme de ce qu’est l’humanité elle-même, les uns pas les autres, finalement ensemble.</p>
<p style="text-align: justify;">La vérité fait alors l’objet d’une quête qui pourrait sembler paradoxale si on n’avait pas à l’instant mis en place les éléments qui permettent de mieux comprendre ce processus. Individuellement, la recherche de la vérité nécessite de s’affranchir de la tutelle pour atteindre l’autonomie nécessaire à la maîtrise rationnelle de son propre <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/03/woftw_orson_welles_low.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1834" title="woftw_orson_welles_low" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/03/woftw_orson_welles_low.jpg" alt="" width="424" height="570" /></a>savoir. Mais à l’échelle d’une culture, et de l’humanité même, la quête de la vérité ne peut s’appuyer que sur cette autorité qui, seule, permet de former des êtres humains qui, tout en pensant par eux-mêmes, sauront reconnaître la valeur et la nécessité de l’autorité. C’est là la seule voie permettant de conserver à l’individu une véritable liberté de pensée qui ne soit pas réduite à la simple aptitude à penser n’importe quoi, sans remplacer bêtement l’autorité d’autrui par un autoritarisme de soi sur soi même, revendiqué sous la forme d’une indépendance qui n’est en fait que le pseudonyme du crétinisme borné.</p>
<p style="text-align: justify;">Reste qu’alors, le rapport à l’autorité doit être simultanément délicat, et ferme. En ne l’acceptant que dans la perspective de pouvoir s’en affranchir, l’homme libre doit distinguer ceux des hommes qui seront susceptibles de le faire grandir en s’appuyant non pas sur l’ombre que leur « grandeur » étend sur les autres, mais sur leur aptitude à les éclairer, et à s’effacer dans cette lumière. Lorsque Nietzsche inscrivait au dessus de la porte d’entrée de son Gai savoir, l’inscription suivante, « <em>J’habite ma propre maison, je n’ai jamais imité personne, et je me ris de tout maître qui n’a su rire de lui-même</em> », même si avec Kant on remettrait volontiers en question le fait qu&#8217;on puisse habiter sa propre maisons, celle-ci étant nécessairement construite avec des matériaux hérités, il proposait cependant un code de reconnaissance des seuls véritables maîtres qu’il faille suivre : ils ne sont maîtres que pour ne plus l’être. Toute soumission à ceux qui veulent définitivement garder la main sur soi, ne jamais lâcher la bride pour transmettre le témoin afin de figer pour toujours leur propre forme indéfiniment clonée dans des successeurs qui seront autant de copies conformes de leur ego qui, pourtant, demeurera nécessairement inégalé dans son hypertrophie relève alors de ce manque de lumière personnelle que diagnostiquait Kant.</p>
<p style="text-align: justify;">Conclusion générale</p>
<p style="text-align: justify;">Cet obscurcissement de la pensée est le résultat d’une autorité mal comprise. Mais tant le texte de Kant que l’étude qu’on a tenté de conduire à partir de lui montrent qu’une juste conception de l’autorité est possible, qui lui conserve toute sa puissance humanisante sans lui conférer les pleins pouvoirs d’une domination illégitime. Ce qui importe, c’est précisément ce cheminement vers la vérité, qui peut être mis en péril tant par l’encouragement à une indépendance de pensée stupidement érigée en modèle de liberté que par un dogmatisme qui ferait de l’apprentissage une transmission à l’identique d’un corpus figé de vérités établies, en lesquelles il faudrait croire sans avoir les clés de leur compréhension. Il ressort de cette réflexion qu’affirmer qu’il n’y a pas de cheminement solitaire vers la vérité n’a curieusement pas pour conséquence de nier la possibilité d’une pensée autonome, puisqu’au contraire c’est cette interdépendance entre humains qui forge, et fonde la liberté que chacun a, avec les autres, de penser.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">Illustrations liées au canular dont Orson Welles fut l&#8217;auteur quand il mit en scène, en 1938, sur les ondes d&#8217;une radio du le roman de H.G. Wells, La Guerre des mondes, d&#8217;une manière si réaliste qu&#8217;il sema la panique chez un grand nombre d&#8217;américains, qui commencèrent à fuir leur domicile, persuadés que les martiens envahissaient la Terre.</p>
<p>Au-delà de leur côté évidemment pittoresque, les canulars présentent l&#8217;intérêt de toujours jouer sur les codes habituels, et souvent inaperçus, de l&#8217;autorité intellectuelle, puisqu&#8217;il s&#8217;agit de soumettre des personnes à un discours a priori peu crédible. Dans le cas du canular de Welles, ce sont les autorités officielles qui furent le meilleur relai de la supercherie, lorsque des responsables politiques prirent la parole alors même que l&#8217;émission était diffusée, ce qui sembla, aux oreilles des auditeurs, accréditer la fiction qui, comme tout fiction, n&#8217;est fiction que pour ceux qui savent que c&#8217;en est une. Pour les autres, cela a toutes les caractéristiques de la vérité telle qu&#8217;elle se présente habituellement. Dès lors, le canular interroge, même si c&#8217;est dans l&#8217;excès, la manière dont nous acceptons le plus souvent d&#8217;intégrer des informations comme véridiques.</p>
<p></span></p>
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		<title>La connaissance vaniteuse</title>
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		<pubDate>Sun, 27 Feb 2011 10:39:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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		<description><![CDATA[
Voici un texte de Kant, tel qu&#8217;il fut proposé aux candidats au baccalauréat des séries techniques il y a quelques années, bardé des questions permettant aux élèves de construire leur commentaire. J&#8217;en propose ensuite un commentaire dont on pourra se dire qu&#8217;il ne répond pas une à une aux questions posées. C&#8217;est une illusion : [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;"><em>Voici un texte de Kant, tel qu&#8217;il fut proposé aux candidats au baccalauréat des séries techniques il y a quelques années, bardé des questions permettant aux élèves de construire leur commentaire. J&#8217;en propose ensuite un commentaire dont on pourra se dire qu&#8217;il ne répond pas une à une aux questions posées. C&#8217;est une illusion : les questions posées trouvent bel et bien une réponse dans ce commentaire, sans pour autant qu&#8217;on y ait répondu comme on le fait habituellement lors d&#8217;une <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/02/botulisme1.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1827" title="botulisme" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/02/botulisme1.jpg" alt="" width="396" height="544" /></a>interrogation écrite. C&#8217;est que l&#8217;objectif de l&#8217;exercice consiste bien à écrire un commentaire composé. Les questions sont seulement là pour orienter le candidat afin qu&#8217;il ne passe pas à côté des éléments essentiels du texte. C&#8217;est dans cet esprit que tous les élèves doivent composer leur commentaire, quelle que soit la section. Les candidats des séries générales doivent seulement réaliser le même travail sans que ces guides que constituent les questions proposées aux séries techniques. </em></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">&laquo;&nbsp;Lorsque, dans les matières qui se fondent sur l&#8217;expérience et le témoignage, nous bâtissons notre connaissance sur l&#8217;autorité d&#8217;autrui, nous ne nous rendons ainsi coupables d&#8217;aucun préjugé , car dans ce genre de choses puisque nous ne pouvons faire nous-mêmes l&#8217;expérience de tout ni le comprendre par notre propre intelligence, il faut bien que l&#8217;autorité de la personne soit le fondement de nos jugements. Mais lorsque nous faisons de l&#8217;autorité d&#8217;autrui le fondement de notre assentiment à l&#8217;égard de connaissances rationnelles, alors nous admettons ces connaissances comme simple préjugé. Car c&#8217;est de façon anonyme que valent les vérités rationnelles. Il ne s&#8217;agit pas alors de demander : qui a dit cela ? mais bien qu&#8217;a-t-il dit ? Peu importe si une connaissance à une noble origine, le penchant à suivre l&#8217;autorité des grands hommes n&#8217;en est pas moins très répandu tant à cause de la faiblesse des lumières personnelles que par désir d&#8217;imiter ce qui nous est présenté comme grand. »</p>
<p style="text-align: right; padding-left: 30px;">Kant &#8211; <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Logique</span></em></strong></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">1.<br />
a) Le texte est construit à partir d&#8217;une distinction. A quelle thèse conduit-elle ?<br />
b) Analysez les étapes de l&#8217;argumentation.</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">2. Expliquez :<br />
a) &nbsp;&raquo; nous ne nous rendons ainsi coupables d&#8217;aucun préjugé &nbsp;&raquo; et &nbsp;&raquo; alors nous admettons ces connaissances comme simple préjugé &nbsp;&raquo;<br />
b) &nbsp;&raquo; c&#8217;est de façon anonyme que valent les vérités rationnelles &laquo;&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">3. Quand on cherche la vérité, faut-il rejeter l&#8217;autorité d&#8217;autrui ?</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">
<p style="text-align: justify;">Introduction</p>
<p style="text-align: justify;">Inutile de nier, chacun l’a déjà fait. Quand on veut avoir raison dans une discussion, il est commode d’appuyer son propre discours sur une information totalement inventée qu’on affirmera extraite de telle étude scientifique, de tel sondage publié dans un grand journal, de telle théorie scientifique nouvelle. La mauvaise foi étant une pratique assez largement partagée, on sait pertinemment que tout le monde peut recourir à ce genre de méthode, n’importe quand, c&#8217;est-à-dire y compris quand il faudrait être absolument certain de ce qu’on affirme. Autant dire que dès lors, le soupçon peut s’étendre loin, aussi loin en fait que le pousse Descartes lui-même lorsque, dans son <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Discours de la Méthode</span></em></strong>, il commence à imaginer que l’ensemble des connaissances qu’on lui a apprises puisse être, tout simplement, intégralement faux. Pourtant, sur un tel soupçon, aucune éducation n’est possible, aucun échange d’information ne peut être effectué et si nous ne devenons pas totalement autarciques en matière de connaissances, c’est que tout simplement, nous n’avons pas le choix : la masse de connaissances que brasse un être humain est telle qu’il ne peut pas se permettre de tout vérifier par lui-même. Cependant, cette usage ne permet pas de nier le problème, qui se pose au moins intellectuellement : si on veut parvenir à la vérité, ne faut il pas s’affranchir le plus possible de toute connaissance dont on n’est pas, soi-même, l’auteur ? Quand on pose un problème qui risque à ce point de remettre en cause les principes mêmes de l’éducation, on sait qu’on peut, souvent, se tourner vers les philosophes des lumières qui ont dû, justement, conjuguer la nécessité d’une transmission confiante et l’objectif de toute éducation réussie : l’autonomie de la pensée, qui interdit de recourir en permanence à cet argument d’autorité dont on s’accorde généralement à dire que, justement, il n’est pas un argument. Kant, dans sa <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Logique</span></em></strong>, s’attaque à la possibilité d’accepter qu’il y ait, dans notre connaissance, des intermédiaires non vérifiés, et il déblaie ce chantier en distinguant deux types de savoirs, d’une part ceux qui sont issus de l’expérience, d’autre part ceux qui sont le produits d’un raisonnement. Sur la base de cette distinction, il montre que si il est nécessaire de recourir à des connaissances empiriques dont on n’a pas soi même été le témoin, il est en revanche préjudiciable de prendre pour argent comptant des raisonnements logiques qu’on n’aurait pas effectué par soi même. Ainsi, Kant propose de réduire le plus possible la tendance un peu trop spontanée que nous avons à nous en remettre, dans des domaines où ça n’est pas nécessaire, à l’autorité d’autrui, prenant alors pour connaissances ce qui devrait être plutôt considéré comme de simples et vulgaires préjugés. Notre ambition sera ici d’analyser la manière dont Kant présente et soutient cette thèse afin d’en établir et d’en délimiter la pertinence.</p>
<p style="text-align: justify;">1 &#8211; L’explication :</p>
<p style="text-align: justify;">A – Les connaissances empiriques</p>
<p style="text-align: justify;">On l’a dit, il y a un domaine dans lequel les intermédiaires sont nécessaires, c’est la connaissance qui s’appuie sur « l’expérience et le témoignage ». La thèse de cette première partie sera simple : par définition, on recourt au témoignage lorsqu’on ne peut pas accéder soi-même à la source de la connaissance. C’est le cas de la plupart des savoirs, dans la mesure où il est impossible de vérifier par l’expérience la totalité des informations que nous recevons. C’est vrai pour tout ce qui n’est pas observable sans moyens conséquents (astrophysique, physique moléculaire), c’est encore plus vrai pour tous les phénomènes qu’on ne peut pas reproduire, c&#8217;est-à-dire de manière générale tout ce qui concerne le passé. Par définition, l’expérience se fait au présent ; c’est même la seule dimension du temps que nous puissions connaître par l’expérience. On comprend dès lors que s’il fallait ne croire que ce dont on a fait soi-même l’expérience, notre connaissance serait singulièrement réduite et des pans entiers de la culture disparaitraient. L’histoire, en particulier, deviendrait une discipline proscrite puisqu’elle n’est possible qu’à la condition d’accepter comme source de connaissance des expériences qui ne nous parviennent qu’à la faveur de témoignages et de documents qui constituent autant d’intermédiaires entre soi et l’objet à connaître. On pourrait craindre que chaque intermédiaire constitue une raison supplémentaire de ne pas accepter la <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/02/chronicart-46-un-fake.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1828" title="chronicart-46-un-fake" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/02/chronicart-46-un-fake.jpg" alt="" width="357" height="461" /></a>connaissance. Or ce n’est ainsi que Kant considère ces connaissances par procuration. Au contraire, il sort ce type de savoir du domaine des préjugés. Ce détail nécessite d’être précisé. Quand il écrit « nous ne nous rendons ainsi coupables d’aucun préjugé », le simple fait de le préciser montre qu’il pourrait y avoir, à ce sujet, un doute. A strictement parler, un tel soupçon ne serait pas déplacé : on l’a dit, chaque intermédiaire est un point de faiblesse dans la chaine de la transmission de la vérité. Après tout, je ne suis pas dans la sensibilité du témoin pour savoir s’il a vraiment vu ce dont il affirme être le témoin. Dès lors, si on considère qu’un préjugé est un jugement effectué avant même que la réflexion permettant de le valider ait été effectuée, on serait fondé à concevoir les connaissances issues de l’expérience et du témoignage d’autrui comme des préjugés, et à les condamner pour telles. Aussi, si Kant est bienveillant envers elles, c’est pour la seule raison que nous n’avons pas d’autre choix que nous y fier. Son argumentation ressemble fort à ce mouvement qu’une armée effectue lorsqu’elle doit se résoudre à céder du terrain : si on devait fixer aux connaissances empiriques les mêmes conditions de validation que celles qu’on devra respecter dans le domaine des connaissances rationnelles, on devrait se résoudre à abandonner tout savoir de ce genre, ce qui est impossible. Dès lors, on doit battre en retraite : il faut bien admettre que lorsqu’on s’en remet aux témoignages d’autrui, on prend un risque nécessaire qui ne peut pas être condamné, puisqu’on respecte la méthodologie spécifique à ce domaine de la connaissance. Individuellement, c’est un préjugé puisqu’on n’est pas à l’origine de l’information, mais puisqu’il s’agit d’une connaissance collective, on doit postuler que l’expérience a été faite, et qu’on peut s’y fier. Dans ce strict domaine, il est donc non seulement possible, mais aussi nécessaire, de reconnaître l’autorité de ceux qui nous transmettent la connaissance.</p>
<p style="text-align: justify;">B – Les connaissances rationnelles</p>
<p style="text-align: justify;">Il en va tout autrement de l’autre genre de connaissance que distingue Kant. En effet, dans ce domaine que Kant appelle les « connaissances rationnelles », on doit considérer le recours à l’argument d’autorité comme une faute ; on tombe dans le préjugé car le jugement est porté sans avoir mené auparavant les opérations de pensée qui, seules, permettraient de le valider. En apparence, on est dans la même configuration que dans la première partie, on devrait en tirer les mêmes conclusions. Mais ce qui change tout, c’est que dans le cadre des vérités rationnelles, rien n’interdit de mener par soi même les processus de pensée qui mènent à la vérité, lorsque c’était impossible dans le domaine de l’expérience et du témoignage. Aussi, la tolérance dont on faisait preuve en première partie n’est plus de mise : s’appuyer sur l’autorité d’autrui lorsqu’on peut penser par soi même, c’est demeurer en état de minorité. Etre mineur, c’est être incapable de saisir par soi même les raisons pour lesquelles on pense ce qu’on pense, on dit ce qu’on dit, on fait ce qu’on fait. C’est devoir placer en quelqu’un d’autre l’autorité qu’on ne parvient pas à avoir sur soi. C’est en somme ne faire autorité ni sur les autres, ni sur soi même. Alors que Kant évoquait les connaissances empiriques, issues de l’expérience, il prenait en compte la possibilité qu’on ne soit pas en mesure de mener à bien une telle réflexion : si on ne peut « le comprendre par notre intelligence », alors il faut s’en remettre à l’intelligence de quelqu’un d’autre, qui fera alors autorité. Mais être autonome dans la pensée, c’est précisément disposer des aptitudes propres au raisonnement, nécessaires pour comprendre les connaissances par sa propre intelligence. Or, si on est apte à penser, il n’y a aucune raison qui justifie qu’on reporte sur quelqu’un d’autre cette réflexion qui précède le jugement. Si on le fait, on est coupable de préjugé puisqu’on émet un jugement sans avoir de raison identifiée de tenir ce jugement précis plutôt qu’un autre, puisque c’est une autorité extérieure qui détient ces raisons. Pour mieux comprendre ce caractère spécifique des connaissances rationnelles, Kant précise que ces vérités sont, comme il l’écrit, anonymes. L’expression peut sembler étrange, mais elle a un sens précis qui permet d’éclairer le reste du texte. L’anonymat peut être identifié à une absence d’auteur. Une connaissance anonyme est donc un savoir dont on ne sait pas qui en est l’auteur. S’il s’agissait de connaissances empiriques, ça empêcherait tout simplement l’information puisqu’il faut bien que quelqu’un ait fait l’expérience. Mais dans le cas de la connaissance rationnelle, il en va tout autrement : celle-ci est le fruit d’un raisonnement. Or la structure et la méthode de la raison sont universelles. Chacun, lorsqu’il construit des raisonnements, utilise les mêmes lois logiques, qui sont immuables. Dès lors, peu importe qui effectue le raisonnement, puisque n’importe qui d’autre pourrait effectuer la même démarche. Cela explique que lorsqu’on est confronté à un raisonnement, mathématique par exemple, on peut le travailler sans en connaître la source, puisqu’on peut le prendre en charge intégralement, à la différence des connaissances issues de l’expérience, qui s’appuient entièrement sur l’expérience de telle personne, à tel endroit et à tel moment. C’est pour cette raison que Descartes concevait les mathématiques comme le modèle de toutes les connaissances, ou que l’Académie de Platon réclamait à ceux qui voulaient la rejoindre d’être « géomètres ». Ces vérités rationnelles sont les seules à être éternelles ; c&#8217;est-à-dire que ce sont les seuls savoirs que nous énoncions aujourd’hui exactement comme nos ancêtres de l’antiquité les définissaient ; ce sont aussi les seuls que nos plus lointains descendants pourront à leur tour porter comme nous le faisons aujourd’hui. Si on poussait plus loin, on pourrait même affirmer que s’il existe quelque part dans l’univers d’autres êtres intelligents, il est nécessaire qu’on partage au moins la même géométrie et la même arithmétique. On comprend mieux, dès lors, que dans ce domaine, il s’agisse moins de savoir qui est l’auteur de telle connaissance que de comprendre en quoi cette connaissance est pertinente. On pourrait objecter que, pourtant, les théorèmes mathématiques sont un type de connaissance dont on connaît souvent les auteurs, mais on peut interpréter cet aspect particulier de la culture scientifique sans remettre en question la thèse kantienne : ces sciences peuvent se permettre de mettre un nom sur ces découvertes précisément parce que leur compréhension est accessible à n’importe qui. Saisir la géométrie d’Euclide ne consiste pas à entrer dans une secte et à devenir un disciple de ce maître, mais au contraire à s’affranchir de l’autorité du géomètre pour penser par soi même. Mais a contrario, on sait que le degré de certitude autorisé par la méthode scientifique peut « autoriser » à faire de tout discours apparemment labellisé par la science une autorité convaincante et non discutée. La médecine a généré des théories qui ont imposé de monumentales erreurs sur la seule base de l’assurance que permettait la validation des laboratoires et des blouses blanches (telles que la phrénologie, par exemple), les sciences économiques elles aussi autorisent des jugements reconnus comme vrais du simple fait qu’ils sont tenus par des individus qui sont présentés comme experts. On perçoit ici assez bien que Kant bouscule un peu les habitudes que nous avons adoptées en matière d’adhésion à telle ou telle théorie : tels Saint-Thomas, nous avons une certaine tendance à ne croire que ce que nous voyons, alors que précisément nous ne pouvons pas voir tout ce que nous sommes censés savoir, et nous adhérons volontiers à des propos entendus sur la simple base de la confiance que nous plaçons a priori dans les experts qui les prononcent, sans les vérifier, alors que nous avons le plus souvent tout à fait les moyens de mettre intellectuellement ces jugements à l’épreuve, sans que nous nous en donnions la peine.</p>
<p style="text-align: justify;">Conclusion de l’explication elle-même, et du texte (et transition avec ce qui suit)</p>
<p style="text-align: justify;">Kant conclut son propos en voyant dans cette attitude de soumission envers les autorités le signe d’une psychologie faible, prompte à revêtir le prestige des grands esprits en mimant leur pensée. S’il on peut y voir une critique d’une attitude fort répandue, il faut noter que celle-ci part en quelque sorte d’une bonne intention : tant qu’à imiter quelqu’un autant que ce soit un grand esprit. Mais rendre hommage aux grands penseurs ne consiste pas à les singer en reprenant leurs propos, il s’agit plutôt d’atteindre un niveau d’autonomie dans la pensée qui soit semblable au leur. Tout maître devrait ainsi attendre de ses élèves qu’ils atteignent cette majorité intellectuelle qui, seule, autorise à être l’auteur légitime de sa propre pensée. Tout élève devrait alors placer correctement le respect dû à son maître en veillant à ne plus penser comme lui, mais grâce à lui ; c&#8217;est-à-dire à terme, sans lui.</p>
<p style="text-align: justify;">On dispose alors, grâce au texte de Kant, d’une structuration de la connaissance qui permet d’adopter une attitude théoriquement pertinente vis-à-vis des savoirs qui nous sont inculqués : s’en remettre aux témoignages pour tout ce qui est empirique, et valider rationnellement les connaissances relevant de la logique. Dès lors, nous serions en mesure d’établir que, pour celui qui cherche la vérité, il s’agit de rejeter l’autorité d’autrui dans tous les domaines où on peut constituer, par sa propre pensée, une autorité autonome. Cependant, telle qu’elle est présentée dans cet extrait, la distinction des deux ordres de connaissance pourrait être nuancée, ou remise en question, dans la mesure où ils ne sont pas aussi distincts qu’on les a jusque là présentés.</p>
<p style="text-align: justify;">Illustrations :</p>
<p style="text-align: justify;">1 -Nietzsche portant son t-shirt de fan de Jean-Baptiste Botul, cet auteur fictif dont certains ont cru que le simple fait qu&#8217;il ait son nom sur la couverture de quelques ouvrages permettrait de valider son existence.</p>
<p style="text-align: justify;">2 &#8211; La couverture du fameux n°46 du magazine Chronicart, intégralement constitué d&#8217;articles, de critiques, d&#8217;infos portant sur des phénomènes, auteurs, disques, livres, qui n&#8217;existent pas. Si Hegel, lui qui pensait que la lecture du journal était la prière du matin de l&#8217;homme moderne, avait lu Chronicart, il aurait, sans le savoir, prié le matin de la parution de ce numéro 46, un malin génie.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour le titre de l&#8217;article, il fait simplement référence à la phrase qui suit l&#8217;extrait proposé à l&#8217;examen : &laquo;&nbsp;A quoi s&#8217;ajoute que l&#8217;autorité personnelle sert, indirectement, à flatter notre vanité&nbsp;&raquo;.</p>
<p style="text-align: justify;">Et en bonus, la vidéo d&#8217;un débat auquel participait William Karel, documentariste de renom, qui réalisa en 2002 un &laquo;&nbsp;documenteur&nbsp;&raquo; jouant sur l&#8217;hypothèse selon laquelle les américains n&#8217;auraient jamais mis le pied sur la Lune. Bâti sur des témoignages qui ne sont pas complices du projet, tout son dispositif tient au fait qu&#8217;un seul des témoins du document est fictif, et que c&#8217;est précisément ce faux témoin qui parvient à convaincre le spectateur d&#8217;une thèse tout à fait fausse.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p><embed src="http://www.cerimes.fr/fileadmin/templates/swf/player.swf" width="400" height="327" bgcolor="000000" allowfullscreen="true" allowscriptaccess="always" flashvars="file=media1/cerimes/08431.flv&#038;streamer=rtmp://streamer2.cerimes.fr/vod/&#038;skin=http://www.cerimes.fr/fileadmin/templates/swf/modieus.swf"></embed></p>
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		<title>Tears-jerkers</title>
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		<pubDate>Tue, 01 Feb 2011 18:26:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Bonus]]></category>
		<category><![CDATA[Douglas Sirk]]></category>
		<category><![CDATA[Non classé]]></category>

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		<description><![CDATA[
On ne dévoile pas tout à fait toutes nos sources, mais certaines peuvent être partagées.
Ainsi, on l&#8217;a déjà évoqué, le Forum des images propose, d&#8217;une part, un programme incroyablement riche de projections, rétrospectives et conférences à propos du 7ème art, et d&#8217;autre part, pour ceux qui auraient du mal à se déplacer, une mise en [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">On ne dévoile pas tout à fait toutes nos sources, mais certaines peuvent être partagées.</p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi, on l&#8217;a déjà évoqué, <a href="http://www.forumdesimages.fr/" target="_blank">le Forum des images </a>propose, d&#8217;une part, un programme incroyablement riche de projections, rétrospectives et conférences à propos du 7ème art, et d&#8217;autre part, pour ceux qui auraient du mal à se déplacer, une mise en ligne d&#8217;un grand nombre de ressources dont, précisément, ces conférences, toujours passionnantes.</p>
<p style="text-align: justify;">A propos de Sirk, on pourrait en proposer de nombreuses. On se limitera à deux d&#8217;entre elles, données par Carole Desbarats.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;une est une étude de film, <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Tout ce que le ciel permet</span></em></strong> (<em>All that heaven allows</em>, Douglas Sirk, 1955), qui permet de vraiment bien saisir quels sont les éléments constitutifs du mélodrame, genre dont Sirk est certainement l&#8217;artisan le plus accompli.</p>
<p><object width="480" height="270"><param name="movie" value="http://www.dailymotion.com/swf/video/xg8d8s_cours-de-cinema-ytout-ce-que-le-ciel-permety-douglas-sirk_shortfilms?additionalInfos=0"></param><param name="allowFullScreen" value="true"></param><param name="allowScriptAccess" value="always"></param><embed type="application/x-shockwave-flash" src="http://www.dailymotion.com/swf/video/xg8d8s_cours-de-cinema-ytout-ce-que-le-ciel-permety-douglas-sirk_shortfilms?additionalInfos=0" width="480" height="270" allowfullscreen="true" allowscriptaccess="always"></embed></object><br /><b><a href="http://www.dailymotion.com/video/xg8d8s_cours-de-cinema-ytout-ce-que-le-ciel-permety-douglas-sirk_shortfilms">Cours de cin&eacute;ma: &ldquo;Tout ce que le ciel permet&rdquo;,  Douglas Sirk</a></b><br /><i>envoy&eacute; par <a href="http://www.dailymotion.com/forumdesimages">forumdesimages</a>. &#8211; <a target="_self" href="http://www.dailymotion.com/fr/channel/shortfilms">Les derni&egrave;res bandes annonces en ligne.</a></i></p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;autre pose une question finalement rarement abordée quand on parle de cinéma en particulier et d&#8217;art en général, à moitié parce que l&#8217;analyse cinématographique s&#8217;intéresse finalement peu à ces réactions trop sentimentales pour être étudiées, à moitié par pudeur : Peut on accorder une valeur aux larmes versées dans le secret des salles obscures ? Anecdotique en apparence, la question devient passionnante, d&#8217;autant que, si on veut bien y penser, l&#8217;esthétique étant l&#8217;étude et la maîtrise des effets physiques des formes sur la sensibilité, les sanglots sont au coeur de la question esthétique. On signale que cette conférence peut être complétée par un joli petit livre de Carole Desbarats, intitulé <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Le Plaisir des larmes</span></em></strong> (1997).</p>
<p><object width="480" height="384"><param name="movie" value="http://www.dailymotion.com/swf/video/x8397q_cours-de-cinema-eloge-des-larmes-pa_shortfilms?additionalInfos=0"></param><param name="allowFullScreen" value="true"></param><param name="allowScriptAccess" value="always"></param><embed type="application/x-shockwave-flash" src="http://www.dailymotion.com/swf/video/x8397q_cours-de-cinema-eloge-des-larmes-pa_shortfilms?additionalInfos=0" width="480" height="384" allowfullscreen="true" allowscriptaccess="always"></embed></object><br /><b><a href="http://www.dailymotion.com/video/x8397q_cours-de-cinema-eloge-des-larmes-pa_shortfilms">Cours de cin&eacute;ma : &quot;Eloge des larmes&quot; par Carole Desbarats</a></b><br /><i>envoy&eacute; par <a href="http://www.dailymotion.com/forumdesimages">forumdesimages</a>. &#8211; <a target="_self" href="http://www.dailymotion.com/fr/channel/shortfilms">Regardez des web s&eacute;ries et des films.</a></i></p>
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		<title>Diamonds never lie to me, For when love’s gone, They’ll luster on.</title>
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		<pubDate>Tue, 01 Feb 2011 15:25:15 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Douglas Sirk]]></category>

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Imitation of life, suite.
Comme il est hors de question de dévoiler la scène finale du film (en parler, oui, on l&#8217;a fait avec Serge Daney, mais la montrer, c&#8217;est autre chose), on peut tout de même se rabattre sur le magnifique générique de début du film, porté par la voix d&#8217;Earl Grant sur, justement, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"> </p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em><span style="text-decoration: underline;">Imitation of life</span></em></strong>, suite.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme il est hors de question de dévoiler la scène finale du film (en parler, oui, on l&#8217;a fait avec Serge Daney, mais la montrer, c&#8217;est autre chose), on peut tout de même se rabattre sur le magnifique générique de début du film, porté par la voix d&#8217;Earl Grant sur, justement, <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Imitation of life</span></em></strong>. La chanson dresse déjà le programme du film, même si d&#8217;une certaine manière, elle en cache l&#8217;essentiel (mais c&#8217;est tout le talent des films de Sirk, que d&#8217;emballer dans une espèce de papier cadeau kitsch ce qui ne peut, alors, être montré frontalement. Derrière le charme discret de la bourgeoisie transpire ce qui ne se montre pas, ce qui ne se dit pas, ce qui ne saurait être regardé. Mais ce faisant, le décor bourgeois avec ses mises en scène au millimètre devient toc, trompe-l&#8217;oeil, camouflage qui révèle autant qu&#8217;il montre. A strictement parler, c&#8217;est là la définition exacte du cinéma : faire écran, c&#8217;est à dire montrer quelque chose, et le voiler simultanément. Voiler d&#8217;images en somme.</p>
<p> <iframe title="YouTube video player" class="youtube-player" type="text/html" width="560" height="345" src="http://www.youtube.com/embed/iGZ7NJ2rgyM?rel=0" frameborder="0" allowFullScreen></iframe></p>
<p style="text-align: justify;">Ainsi la pluie de diamants de l&#8217;introduction de <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Mirage de la vie</span></em></strong> (1959). Diamants superflus sur des paroles essentielles, cache misère :</p>
<p style="text-align: justify;"><em>what is love without the giving,<br />
without love you&#8217;re only living an imitation,<br />
an imitation, of life.<br />
skies above in flaming color without<br />
love they&#8217;re so much duller,<br />
a false creation an imitation of life.<br />
would the song of a lark sound half as sweet<br />
would the moon be as bright above.<br />
every day would be grey and incomplete<br />
without the one you love.<br />
lips that kiss can tell you clearly<br />
without this our lives are merely<br />
an imitation an imitation of life.</em></p>
<p style="text-align: justify;">Télescopage de paroles pour le titre, les fans de <em>James Bond</em>, ou de Shirley Bassey (qui sont souvent les mêmes), auront reconnu un passage de <em><strong><span style="text-decoration: underline;">Diamonds are Forever</span></strong></em>.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Ecran noir</title>
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		<pubDate>Tue, 01 Feb 2011 11:51:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Bonus]]></category>
		<category><![CDATA[Douglas Sirk]]></category>

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		<description><![CDATA[
En 2008, à l&#8217;occasion du Black History Month (le mois de février est consacré, depuis 1976, à la célébration de la culture noire aux Etats-unis), Time Magazine et CNN ont établi une liste de 25 films constituant autant d&#8217;étapes dans la visibilité des noirs aux USA. La liste commence avec Body and Soul, d&#8217;Oscar Micheaux, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">En 2008, à l&#8217;occasion du <em>Black History Month</em> (le mois de février est consacré, depuis 1976, à la célébration de la culture noire aux Etats-unis), <em>Time Magazine</em> et <em>CNN</em> ont établi une liste de 25 films constituant autant d&#8217;étapes dans la visibilité des noirs aux USA. La liste commence avec <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Body and Soul</span></em></strong>, d&#8217;Oscar Micheaux, (pionnier du cinéma américain, mais aussi réalisateur noir, mettant ici en scène Paul Robeson, athlète et, donc, acteur lui aussi noir;<strong><em><span style="text-decoration: underline;"> Body and Soul</span></em></strong>, on s&#8217;en doute, sera reçu avant tout comme un film noir, et critiqué comme tel) et s&#8217;achève avec <strong><em><span style="text-decoration: underline;">I am a legend</span></em></strong>, (joué presqu&#8217;intégralement par un Will Smith dont plus personne ne voit qu&#8217;il est noir). Entre ces deux dates, une histoire dont les pages les plus marquantes sont alignées ici, avec ses progrès et ses effondrements (après <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/02/7419.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1797" title="7419" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/02/7419.jpg" alt="" width="435" height="559" /></a>tout, comment penser qu&#8217;il y a plus de trente ans entre <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Body and Soul</span></em></strong> et <strong><em><span style="text-decoration: underline;">The Defiant Ones</span></em></strong> (<em>La chaine</em>, mettant en scène deux prisonniers en cavale, liés par une paire de menottes, dont l&#8217;un est noir et l&#8217;autre &laquo;&nbsp;raciste ordinaire&nbsp;&raquo;, témoin d&#8217;une époque qui n&#8217;en a décidément pas fini avec ses aveuglements) ?), en traversant la période des films de blaxploitation, véritable cinéma communautaire qui a fondé un genre à part entière, et une culture à part, désormais tout à fait intégrée comme un élément parmi d&#8217;autre de la culture américaine. Voici donc cette liste, qui constitue une bonne filmographie complémentaire à <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Mirage de la vie</span></em></strong>, si on veut voir ce film comme l&#8217;un des pionniers de la représentation des noirs à l&#8217;écran, ou mieux, comme la mise en scène de l&#8217;impossibilité de cette représentation :</p>
<p style="text-align: justify;">• Body and Soul (Oscar Micheaux, 1925)<br />
• Hallelujah! (King Vidor, 1929)<br />
• Judge Priest (John Ford, 1934)<br />
• Imitation of Life (Mirage de la vie, Douglas Sirk, 1934)<br />
• God&#8217;s Step Children (Oscar Micheaux, 1938)<br />
• The Duke Is Tops (William L. Nolte, 1938)<br />
• Gone With the Wind (Autant en emporte le vent, Victor Fleming, 1939)<br />
• The Blood of Jesus (Spencer Williams, 1941)<br />
• The Jackie Robinson Story (Alfred E. Green, 1950)<br />
• Native Son (Richard Wright, 1951)<br />
• Carmen Jones (Otto Preminger, 1954)<br />
• The Defiant Ones (La Chaine, Stanley Kramer, 1958)<br />
• In the Heat of the Night (Dans la chaleur de la nuit, Norman Jewison, 1967)<br />
• Sweet Sweetback&#8217;s Baad Asssss Song (Melvin van Peebles, 1971)<br />
• Lady Sings the Blues (Sidney J. Furie, 1972)<br />
• Cooley High (Michael Schultz, 1975)<br />
• Killer of Sheep (Charles Burnett, 1977)<br />
• Richard Pryor Live in Concert (Jeff Margolis, 1979)<br />
• A Soldier&#8217;s Story (Norman Jewison, 1984)<br />
• Do the Right Thing (Spike Lee, 1989)<br />
• Boyz N the Hood (La loi de la rue, John Singleton, 1991)<br />
• Eve&#8217;s Bayou (Le secret du Bayou, Kasi Lemmons, 1997)<br />
• Bamboozled (The very black show, Spike Lee, 2000)<br />
• Madea&#8217;s Family Reunion (Tyler Perry, 2002)<br />
• I Am Legend (Je suis une légende, Francis Lawrence, 2007)</p>
<p style="text-align: justify;">Devons nous, français, faire les malins ? On aurait sans doute du mal : notre propre histoire cinématographique est plus pauvre encore en titre donnant un premier rôle à des acteurs ou actrices noirs, et le plus souvent, c&#8217;est en tant que tels qu&#8217;ils sont mis en scène, la couleur de la peau semblant constituer un obstacle définitif à la représentation d&#8217;une humanité universelle. Mais nous ne connaissons pas mieux l&#8217;histoire de ce cinéma de genre américain : la plupart des titres cités ci-dessus nous sont inconnus, l&#8217;absence de titre d&#8217;exploitation français en disant long sur le peu d&#8217;intérêt qu&#8217;on leur porte. De toute la liste, Mirage de la vie est de loin le plus étudié de tous chez nous. On se souviendra que c&#8217;est un film tourné dans une amérique encore très mal à l&#8217;aise avec la représentation des noirs à l&#8217;écran, et qu&#8217;il a pour moteur central l&#8217;effacement de son personnage principal, en raison même de sa couleur.</p>
<p>En France, c&#8217;est du côté du documentaire qu&#8217;on trouvera, en revanche, l&#8217;apparition des hommes noirs, en particulier chez Jean Rouch, un des pionniers dans la représentation de l&#8217;altérité.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour une lecture plus confortable de cette liste, on peut se rendre sur le site du Time Magazine, qui propose un lien pour chaque film (c&#8217;est en anglais, évidemment) et un texte d&#8217;accompagnement : <a href="http://www.time.com/time/specials/packages/completelist/0,29569,1709148,00.html" target="_blank">La liste des 25 films </a>- <a href="http://www.time.com/time/specials/2007/article/0,28804,1709148_1709143_1710288,00.html" target="_blank">Le commentaire</a></p>
<p style="text-align: justify;">Illustration extraite du film de Stanley Kramer, <strong><em><span style="text-decoration: underline;">La chaine</span></em></strong> (<em>The Defiant ones</em>, 1958). Si l&#8217;entraide entre les deux héros (joués ici par Sidney Poitier (immense acteur, incontournable pour ceux qui s&#8217;intéressent à la question raciale au cinéma) et Tony Curtis est ici visible à l&#8217;image, elle est en fait le résultat d&#8217;un long processus dont le film montre le difficile déroulement, confrontant pour de bon le spectateur avec le racisme, ce que le cinéma avait jusque là habilement évité de mettre en scène frontalement.</p>
<p></span></p>
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		<title>Reprazent</title>
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		<pubDate>Tue, 01 Feb 2011 10:49:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Douglas Sirk]]></category>

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		<description><![CDATA[
A la faveur des projections de notre Ciné-club, poursuivons le vagabondage dans ce qui pourrait avoir l&#8217;air d&#8217;une zone &#171;&#160;hors programme&#160;&#187; si, en philosophie, le programme avait de quelconques limites.
Vendredi 11 février, à partir de 17h15, avis de tempête dans la salle 215. On projette Mirage de la vie (Imitation of life, Douglas Sirk, 1959), [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><font size="2"></p>
<p style="text-align: justify;">A la faveur des projections de notre Ciné-club, poursuivons le vagabondage dans ce qui pourrait avoir l&#8217;air d&#8217;une zone &laquo;&nbsp;hors programme&nbsp;&raquo; si, en philosophie, le programme avait de quelconques limites.</p>
<p style="text-align: justify;">Vendredi 11 février, à partir de 17h15, avis de tempête dans la salle 215. On projette <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Mirage de la vie</span></em></strong> (<em>Imitation of life</em>, Douglas Sirk, 1959), véritable tear-jerker; venir avec ses kleenex. Si le film a laissé une image dans la mémoire de ceux qui l&#8217;ont vu, c&#8217;est celle de sa grandiose dernière scène, enterrement spectaculaire et poignant de celle qui, pourtant, n&#8217;était pas l&#8217;héroïne du film. Revanche d&#8217;un personnage ? Pas seulement : celle qui s&#8217;efface de la vie n&#8217;y avait jamais tenu de grand <a href="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/02/mirage-de-la-vie-3954155lqmco_1731.jpg"><img class="alignright size-full wp-image-1793" title="mirage-de-la-vie-3954155lqmco_1731" src="http://www.harrystaut.fr/wp-content/uploads/2011/02/mirage-de-la-vie-3954155lqmco_1731.jpg" alt="" width="464" height="217" /></a>rôle, et si elle est ici en grande représentation, c&#8217;est qu&#8217;elle savait de son vivant que sa mort serait son seul quart d&#8217;heure de gloire, apothéose de son invisibilité dont on a compris qu&#8217;elle est dûe, paradoxalement, à ce que tout le monde, y compris sa propre fille, ne voit d&#8217;elle qu&#8217;une seule chose : elle est noire avant d&#8217;être qui que ce soit d&#8217;autre. Et si cette dernière scène est si éprouvante pour la salle, c&#8217;est que c&#8217;est à la splendeur du martyr que Sirk convie un public qui,  il faut le rappeler vit encore en 1959 aux Etats unis, sous les lois Jim Crow, ségrégationnistes, qui ne seront abolies par le civil rights act qu&#8217;en 1964, public assis entre deux chaises, donc, mis sous tension par la mise en scène de son propre regard, aveugle à celle dont il pleure maintenant la disparition.</p>
<p style="text-align: justify;">S&#8217;il y a bien un genre qui pousse le paradoxe de la représentation le plus loin, c&#8217;est le mélodrame : face à ces récits au cours desquels des vies sont pliées, broyées sous les coups du destin, le spectateur a une position ambivalente, à mi-chemin de la détresse partagée (la fameuse sympathie) et de la complaisance. Tout dans le mélodrame, y compris les pires choses, se fond dans les décors de la vie bourgeoise. Rien ne semble transpercer le décorum, tout est à sa place mais c&#8217;est un peu comme si, précisément, plus les choses demeurent dans leur statut à l&#8217;écran, et moins le spectateur parvient à rester en place; et à un moment, ça déborde. Et on sait bien à  quel point ce moment où les digues des sentiments cèdent est simultanément une déchirure et une jouissance. Et on ne peut pas demeurer en apnée pendant presque deux heures.</p>
<p style="text-align: justify;">En 1982, à la faveur d&#8217;une nouvelle édition du film, Serge Daney publie dans Libération un texte qui se focalise sur cette dernière scène. On répète souvent en cours que connaître la fin d&#8217;un film n&#8217;a aucune importance. Mais il ne faut pas forcément croire ce que l&#8217;on dit. Alors si vous préférez ne pas savoir, mieux vaut ne pas lire ce qui suit. Mais savoir permettrait d&#8217;être attentif à ce qui ne se voit pas, derrière l&#8217;imitation, c&#8217;est à dire ce vers quoi le film accompagne, sans pouvoir le montrer.</p>
<p style="text-align: center; padding-left: 30px;">LA FAMEUSE DERNIERE SCENE</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">Douglas Sirk, <em><span style="text-decoration: underline;"><strong>Mirage de la vie</strong></span></em> (<em>Imitation of life</em>)</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;"><em>Le final de</em> Mirage de la vie <em>est un morceau d’anthologie</em>.<br />
Il y a ceux qui ne connaissaient pas le fil. Jusqu’ici, on les plaignait. Maintenant, on leur dit : allez-y, allez-y puisqu’il ressort (à l’Action Christine [<em>Note du moine copiste : et le 11 Février 2011 en salle 215 pour les élèves de mon lycée</em>]). Il y a ceux qui l’ont vu, une fois, et qui l’ont revu, plus d’une fois, ou à qui on l’aura raconté. <em><span style="text-decoration: underline;">Mirage de la vie</span></em> ? Ah oui, la scène finale avec Mahalia Jackson, à laquelle personne – animal, végétal ou minéral – ne peut rester insensible ? Le moment où celui qui ne serait pas déjà transformé en serpillière humaine sent qu’il sanglote ? La fameuse scène finale de <em><span style="text-decoration: underline;">Mirage de la vie</span></em> ? Eh bien, parlons-en.<br />
Donc, Annie Johnson meurt de chagrin parce que sa fille Sarah Jane l’a reniée, elle et sa race, et qu’elle a voulu vivre au loin comme une Blanche. Auprès de son lit de mort, il y a quelques secondes, on pleurait déjà : Lana Turner était ravagée, Sandra Dee ressemblait à une petite vieille, l’inexpressif John Gavin avait l’air abattu. Et soudain, changement de décor, contre-plongée sur une (grosse) femme noire : Mahalia Jackson se met à chanter <em><span style="text-decoration: underline;">Trouble in the world</span></em> ! [Note du moine copiste : sur ce point, Serge Daney confond <em><span style="text-decoration: underline;">Trouble of the world</span></em>, de Mahalia Jackson, et <em><span style="text-decoration: underline;">Trouble in the world</span></em>, de Bob Marley] Choc cinéphilique connu (CCC). On enterre Annie Johnson en grande pompe et en musique : quatre chevaux blancs tirent un fourgon noir chargé d’un monceau de roses blanches. La mauvaise fille arrive presque trop tard pour étreindre le cercueil en criant « I killed her. » Larmes.<br />
Cette fameuse dernière scène est forte. Ce grand moment du mélo américain est aussi un coup de force. La dernière fois que je revis le film, surmontant ma douleur, j’eus la force de me demander si le secret de Douglas Sirk n’était pas là. Car ce final n’est si bouleversant que parce qu’on se demande soudain <em>si c’est bien le même film qui continue</em>. On se souvient alors d’une courte scène où Annie, déjà malade, disait avec fierté avoir réglé son enterrement dans ses moindres détails. Puis d’une autre où, au détour d’une conversation, Lora Meredith découvrait (avec la surprise idiote des patrons blancs compréhensifs) qu’Annie, la bonne et fidèle Annie, existait en dehors d’elle. Et que faisait-elle, Annie Johnson ? Elle s’occupait de religion, elle était baptiste, appartenait à de nombreuses loges, était bonne et bigote, un peu Tante Tom, mais avec beaucoup d’amis.<br />
Et voilà qu’ils sont tous là, les amis. Des gamins en habits du dimanche aux prêtres à l’air grave des pros de la spiritualité. Le gospel, la dignité, le peuple noir en deuil : <em>swing high, swing low, sweet chariot</em>. Alors, le soupçon se confirme : et si c’était <em>elle</em>, le personnage principal du film ? E si c’était Annie Johnson ? Et si on n’en avait rien su, ni rien vu ? Mais alors, quel film a-t-on vu ?<br />
Parce que, osons le dire, la résistible ascension de Lora Meredith, la reine platinée de la scène et de l’écran, n’a pas beaucoup d’intérêt. Pire : peu de films auront montré avec autant d’indifférence polie la médiocrité de <em>l’american dream</em>, sa fureur midinette, sa bravoure bête. Il fallait le regard de Detlev Sierck [<em>Note du moine copiste : Douglas Sirk était né en Allemagne, dans une famille d’origine danoise (il sera d’ailleurs éduqué au Danemark) ; en 1937, il fuira l’Allemagne pour se réfugier aux Etats Unis, laissant derrière lui un fils, embrigadé dans les jeunesses hitlériennes, qu’il n’avait plus le droit d’approcher ; comme quoi l’apparence d’excès tragique des mélodrames n’est pas forcément un faux semblant</em>]. Il fallait le métier de Douglas en fin de carrière hollywoodienne pour que Lora Meredith, ses vingt-quatre toilettes et son bovarysme de woolworth (le woolworth est une sorte de prisunic yankee, Ndlr) fassent naître chez le spectateur un<em> soupçon</em>. Et si tout se soin pour farder, vêtir et revêtir, vieillir et rajeunir, cette « imitation de la star » qu’était alors Lana Turner n’était là que pour nous tromper ? Ou nous suggérer que c’est <em>ailleurs</em> qu’il aurait fallu pouvoir regarder. Vers le peuple noir.<br />
Car Annie Johnson est le personnage clé du film. Une mère en a caché une autre. La noire est la bonne, l’autre est un artefact. Mais la mère noire a un défaut : elle est noire. En bonne logique hollywoodienne, il faut au moins qu’elle meure pour que ses amis, le peuple noir, aient droit à l’image. In extremis, les trente secondes de Mahalia Jackson annulent une heure et demie de Lana Turner. C’est pourquoi, dans la fameuse « dernière scène », un peu de regret se mêle à nos larmes. Nous pleurons <em>l’autre</em> film, celui que nous n’avons pas vu, avec Lana Turner dans une petit rôle.</p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;"><em>Miroir=abîme</em></p>
<p style="text-align: justify; padding-left: 30px;">L’hypocrisie hollywoodienne est sans bornes. En 1958, la Universal voulait bien d’un film qui aborde « la question raciale », mais si possible sans Noirs. D’une telle contradiction, un seul cinéaste pouvait jouer : Douglas Sirk. Car n’importe quel critique de cinéma normalement constitué vous le dira : Sirk est le cinéaste du miroir. Rien ne le trouble plus que l’abîme entre la chose reflétée et le reflet déformant. Abîme sans fond. Le miroir ne nous donne jamais que l’image d’une image. Une image en cache une autre, vient à la place d’une autre. On n’en sort pas. (C’est ça, l’effet de kitsch).<br />
C’est bien parce qu’elle a eu cette idée immodeste et revancharde de funérailles grandioses qu’Annie Johnson accède post mortem au statut d’image. La fameuse dernière scène de <em><span style="text-decoration: underline;">Mirage de la vie</span></em>, c’est aussi : bienvenue au royaume de l’imitation, ma chère Annie. Et le faux, ça se fabrique. C’est tout un métier – et pas des pires. Le cinéma de Sirk, c’est un peu le trip de Charon. Tout personnage déposé sur la rive de l’écran est devenu une <em>imitation</em>. Comme une pluie toc de diamants dans l’écran noir d’un générique. Il n’y a pas d’exception. Le cinéma, c’est seulement la barque et les larmes l’effet d’un léger mal au cœur.&nbsp;&raquo;</p>
<p style="text-align: right; padding-left: 30px;"><em>Libération</em>, le 3 mai 1982</p>
<p style="text-align: justify;">NB : l&#8217;illustration est un photogramme du film, mais il faut noter que <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Mirage de la vie</span></em></strong> est en couleur, et pas en noir et blanc. L&#8217;information n&#8217;est pas anecdotique quand on sait à quel point Sirk est méticuleux dans son traitement des couleurs, méticulosité parfois piétinée par les éditions dvd qui ne respectent justement pas ce travail.</p>
<p style="text-align: justify;">Quant au texte de Daney, on peut le retrouver p. 320 sq. de son recueil <strong><em><span style="text-decoration: underline;">La Maison cinéma et le monde</span></em></strong> &#8211; vol. 2, les années Libé 1981-1985</p>
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		<title>Changer sa vie, un projet en forme de civilisation</title>
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		<pubDate>Thu, 27 Jan 2011 05:26:14 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Harry</dc:creator>
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<p style="text-align: justify;">Dans quelques jours sortira le nouveau volume du philosophe allemand Peter Sloterdijk, intitulé <strong><em><span style="text-decoration: underline;">Tu dois changer ta vie</span></em></strong>, et quelque chose dit qu&#8217;il y aura là quelque chose qui pourrait alimenter la pensée pendant quelques temps; ce genre de livre qui a des répercussions sur la manière dont les neurones, en
