Pourquoi peut on affirmer que le désir est un triangle isocèle ?

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Rene Girard En terminale, l’étude du désir passe beaucoup par la question de la gestion des désirs, sur un modèle principalement antique visant à mettre en ordre les tendances pour atteindre une ataraxie, un détachement assimilable au repos du sage. Il faut admettre qu’une grande partie de l’histoire de la pensée occidentale a consisté à poser la question de la condamnation du désir et des multiples moyens de lui échapper pour se préserver. Peu à peu cependant est apparue cette contre-hypothèse qui tente de voir dans le désir un appel d’air constituant l’une des composantes essentielles de l’existence humaine : après tout, si exister c’est ne pas tout à fait être, on peut considérer ce manque qu’est le désir comme ce déséquilibre qui nous projète en avant pour nous propulser dans le vide sans pour autant qu’on sombre et qu’on s’abime. C’est ainsi qu’on peut aborder au cours de cette réflexion des auteurs tels que Spinoza, Sartre ou Deleuze, permettant de revisiter le désir et de le connecter à cette condition humaine particulière qu’est l’ex-istence.

Néanmoins, au vingtième siècle, une autre voie va être ouverte par un penseur qui va proposer une conception du désir qui ne se réduirait pas à une simple relation sujet-objet, dans laquelle l’objet serait simplement ce qui manque et ne satisfait jamais tout à fait. Pour René Girard, en effet, le désir est triangulaire. C’est à dire qu’on ne désire un objet que parce qu’il a quelque chose à voir avec quelqu’un d’autre. En somme, je ne désire que ce qui est désirable. Spinoza avait déjà montré que, pourtant, c’était le désir lui même qui rendait les objets désirables (à tel point, d’ailleurs, qu’on pourrait imaginer qu’un homme qui n’aurait jamais entendu parler d’amour puisse ne jamais chercher à vivre une quelconque relation amoureuse). Mais chez René Girard, le dispositif désirant est plus complexe, car il fait intervenir un tiers qui va générer le désir. En ce sens, le désir ne peut pas se constituer dans la pleine solitude. C’est ainsi qu’autrui désigne pour nous ce qui est désirable, dans ce processus d’imitation dont Girard va devenir un des principaux théoriciens, montrant que de cette convergence des désirs nait nécessairement la violence, dont les sociétés humaines ne peuvent sortir qu’en désignant arbitrairement des boucs émissaires. C’est là que le romantisme ment, quand il fait croire que le désir est une énergie individuelle qui confronterait l’homme, seul, au monde. L’individu n’est pas seul et son désir ne concerne finalement pas que lui.

Deux émissions de radio en compagnie de René Girard permettent ici de se familiariser avec cette conception du désir qui le place au centre, et à l’origine des plus grandes violences que puisse connaître l’humanité. On y retrouvera le matériau sur lequel travail Girard, la littérature, et particulièrement ces romans qui constituent le fond de notre culture, les structures essentielles de notre représentation du monde : Cervantes, Madame Bovary, Le rouge et le noir, Proust, autant de sources qui sont mises à contribution pour nous figurer ce qu’est, au delà de la conception inauthentique qu’on peut en avoir, le désir.

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