Sujet re-traité : La vérité est elle soumise au temps ?

Complément à l’article précédent, un traitement plus poussé, parce que plus précis dans ses distinctions conceptuelles, qui pourrait tout à fait servir d’atelier pour traiter sous un angle un brin différent le sujet auquel on s’était attaqué : La vérité est elle soumise au temps ? François Vert y part d’une conception large de la vérité, la plus large possible, même, puisque ses énoncés vont de « Il fait soleil aujourd’hui » à « U = RI, soit encore : la valeur de la tension U aux bornes d’un circuit électrique est égale au produit de la valeur de la résistance par la valeur de l’intensité » (pour ceux qui auraient choisi une autre voie que la filière scientifique, il s’agit de ce qu’on appelle la loi d’Ohm). Se confrontant à ses propres pratiques et habitudes, qui semblent le perdre en début de réflexion au beau milieu de ce qu’il appelle la « vérité la-ver1foisonnante », c’est à dire la propension de notre esprit à générer des vérités en permanence (là, maintenant, par exemple, s’en accumulent de nouvelles : »les caractères de cet article sont blancs sur fond noir », « cet article porte sur un autre article », « les informations que j’accumule en ce moment entrent dans la catégorie « vérité foisonnante », « l’auteur multiplie encore une fois les exemples », « les ordinateurs du lycée sont vraiment trop lents », etc.), il tente de discerner ce qui pourrait être considéré comme « savoir ».

Or, c’est sur cette tentative de distinction que l’article apporte une eau puissante à notre moulin : si on tente de repérer ce qui, parmi l’ensemble des énoncés « vrais » qu’on émet en permanence, constitue un savoir, alors on va retirer, dans notre tamis, tout ce que François Vert répertorie comme simple « information ». Et on a alors une clé assez puissante pour traiter notre sujet : il y a des énoncés vrais qui ne constituent que des informations, et qui sont par essence périssables. Il y a à l’opposé des énoncés vrais qui ont une date de péremption plus éloignée, ou même des énoncés qu’on peut consommer sans modération éternellement; ceux ci constituent un savoir. Dès lors, au sein du foisonnement des vérités s’accumulant, il y aurait des zones de stabilité, des énoncés qui demeureraient identiques à eux mêmes à travers le temps, aussi bien en moi qu’à travers les générations.

Et là où l’article se révèle particulièrement utile, c’est qu’il redonne une légitimité à l’induction, ce principe amplement méprisé par la tradition épistémologique. Si on la caricature, on peut dire que la déduction consiste à tirer des énoncés généraux à partir d’observations particulières. Un exemple simple se trouve dans les prévisions météorologiques à long terme, qui ne s’appuient que sur des calculs statistiques effectués sur la météo de la même date des années précédentes (sur http://fr.weather.com/, par exemple, les prévisions à plus de 10 jours ne sont rien de plus qu’une moyenne des observations météorologiques des années précédentes à la même date)). Classiquement, on considère souvent à la suite d’Aristote, affirmant qu' »il n’y a de science que du général » (Secondes Analytiques , I, 31, 87 b) que ne mérite le nom de « savoir » que ce qui vaut universellement, c’est à dire un énoncé qui constitue une loi invariable, dans l’espace comme dans le temps, un jugement qui serait partageable avec des extraterrestres (intelligents, tout de même) s’il y avait de tels être avec lesquels le partager. Une telle définition du savoir laisse de côté les acquis de l’induction, puisque excessivement fondés sur l’observation, ils constituent la part roturière de la grande famille du savoir. François Vert, dans ce texte court, donne le programme de lecture de ceux qui ont un doute, tout comme lui, sur la pertinence d’un tel critère de sélection.

Pour ceux qui ont donc le courage de dépasser un tout petit peu la réflexion de l’article précédent, qui est bâtie avec les « moyens du bord », comme on dit, cet article, ainsi que ceux qui sont conseillés en guise de complément, constitueront une ouverture fort appréciable !

On trouvera cet article ici même : http://www.sceren.fr/magphilo/philo07/science.htm

Et si on est un peu curieux, on naviguera avec plaisir dans l’ensemble du site.

Laisser un commentaire:

Votre adresse mail ne sera pas publiée.

Site Footer