Escale à Pondichéry

Retour vers le futur :

Tous les ans, le lycée français de Pondichéry passe les épreuves du baccalauréat deux mois avant les élèves des autres lycées français. On se demande s’il faut vraiment préciser qu’ils ont évidemment d’autres sujets que ceux qui tomberont dans maintenant quinze jours; mais au cas où, on le précise quand même.
L’intérêt de ces sujets, c’est qu’ils donnent un peu le « ton » de ce qui peut être demandé aux élèves, et ce qui se confirme depuis maintenant quelques années, c’est que les concepteurs des sujets reviennent vers un certain classicisme : problématique limpides, formulations immédiatement lisibles, on a abandonné les sujets qui jouaient au plus fin avec les candidats, un jeu que ceux-ci ne pouvaient généralement pas gagner. Si l’exercice est peut être moins plaisant pour les correcteurs, il a l’avantage d’être peut être davantage à la hauteur des élèves, un détail dont il faut bien avouer qu’on ne peut pas le négliger tout à fait !

On pourrait dire que des élèves qui ont, comme on l’a conseillé, travaillé toute l’année sur des annales auront nécessairement croisé les problématiques portées par les sujets qui sont tombés à Pondichéry. Nul doute qu’il en ira de même en Juin.

Voici donc les sujets de philosophie de 2010 (cette phrase n’a pas d’autre but que de servir de piège aux âmes perdues qui cherchent sur internet si par hasard on n’y trouverait pas, dans un recoin réservé aux initiés, les sujets qui seront donnés le 17 Juin) :

Série ES

Sujet 1: Y a-t-il des vérités définitives ?

Sujet 2 : Le travail nous rend-il plus humain ?

Sujet 3 : Expliquer le texte suivant :

“Le respect s’applique toujours uniquement aux personnes, jamais aux choses. Les choses peuvent exciter en nous de l’inclination et même de l’amour, si ce sont des animaux (par exemple des chevaux, des chiens, etc.), ou aussi de la crainte, comme la mer, un volcan, une bête féroce, mais jamais du respect. Une chose qui se rapproche beaucoup de ce sentiment, c’est l’admiration et l’admiration comme affection, c’est-à-dire l’étonnement, peut aussi s’appliquer aux choses, aux montagnes qui se perdent dans les nues, à la grandeur, à la multitude et à l’éloignement des corps célestes, à la force et à l’agilité de certains animaux, etc. Mais tout cela n’est point du respect. Un homme peut être aussi pour moi un objet d’amour, de crainte ou d’une admiration qui peut même aller jusqu’à l’étonnement et cependant n’être pas pour cela un objet de respect. Son humeur badine1, son courage et sa force, la puissance qu’il a d’après son rang parmi ses semblables, peuvent m’inspirer des sentiments de ce genre, mais il manque toujours encore le respect intérieur à son égard. Fontenelle dit: Devant un grand seigneur, je m’incline, mais mon esprit ne s’incline pas. Je puis ajouter: Devant un homme de condition inférieure, roturière et commune, en qui je perçois une droiture de caractère portée à un degré que je ne me reconnais pas à moi-même, mon esprit s’incline, que je le veuille ou non, et si haut que j’élève la tête pour ne pas lui laisser oublier ma supériorité.”
KANT, Critique de la raison pratique.

Série S

Sujet 1 : Pour agir moralement, faut-il ne pas se soucier de soi ?

Sujet 2 : La politique est-elle l’affaire de tous ?

Sujet 3 : Expliquez le texte suivant :

“Un credo religieux diffère d’une théorie scientifique en ce qu’il prétend exprimer la vérité éternelle et absolument certaine, tandis que la science garde un caractère provisoire: elle s’attend à ce que des modifications de ses théories actuelles deviennent tôt ou tard nécessaires, et se rend compte que sa méthode est logiquement incapable d’arriver à une démonstration complète et définitive. Mais, dans une science évoluée, les changements nécessaires ne servent généralement qu’à obtenir une exactitude légèrement plus grande; les vieilles théories restent utilisables quand il s’agit d’approximations grossières, mais ne suffisent plus quand une observation plus minutieuse devient possible. En outre, les inventions techniques issues des vieilles théories continuent à témoigner que celles-ci possédaient un certain degré de vérité pratique, si l’on peut dire. La science nous incite donc à abandonner la recherche de la vérité absolue, et à y substituer ce qu’on peut appeler la vérité « technique », qui est le propre de toute théorie permettant de faire des inventions ou de prévoir l’avenir. La vérité « technique» est une affaire de degré : une théorie est d’autant plus vraie qu’elle donne naissance à un plus grand nombre d’inventions utiles et de prévisions exactes. La « connaissance» cesse d’être un miroir mental de l’univers, pour devenir un simple instrument à manipuler la matière.”
RUSSELL, Science et religion.

Série STG

Sujet 1 : La liberté consiste-t-elle à n’obéir à personne ?

Sujet 2 : L’expérience est-elle source de vérité ?

Sujet 3 :

“Pour expliquer ce texte, vous répondrez aux questions suivantes, qui sont destinées principalement à guider votre rédaction. Elles ne sont pas indépendantes les unes des autres et demandent que le texte soit d’abord étudié dans son ensemble.
Ce qui est complètement insensé, c’est de considérer comme étant ({ juste » tout ce qui figure dans les institutions et les lois des peuples, ou même, les lois (en admettant qu’il en soit !) portées par des tyrans. Si les Trente d’Athènes* avaient eu la volonté d’imposer des lois ou si leurs lois tyranniques avaient plu au peuple athénien tout entier, serait-ce une raison pour les considérer comme « justes» ? A aucun titre, je crois, – pas plus que cette loi que porta chez nous un interroi** donnant à un dictateur le pouvoir de tuer nominativement et sans procès celui des citoyens qu’il voudrait. Il n’y a en effet qu’un droit unique, qui astreint la société humaine et que fonde une Loi unique: Loi, qui est la juste raison dans ce qu’elle commande et dans ce qu’elle défend. Qui ignore cette loi est injuste, qu’elle soit écrite quelque part ou non.
Mais si la justice n’est que la soumission à des lois écrites et aux institutions des peuples, et si […] tout se doit mesurer à l’intérêt, celui qui pensera avoir intérêt à mépriser et violer ces lois le fera, s’il le peut. Il en résulte qu’il n’y a absolument plus de justice, si celle-ci n’est pas fondée sur la nature, et si la justice établie en vue de l’intérêt est déracinée par un autre intérêt.”

CICÉRON

* les Trente d’Athènes: les « Trente Tyrans », gouvernement imposé par Sparte à la suite de sa victoire sur Athènes (404 avant J.-C.).
** interroi: chef exerçant le pouvoir entre deux règnes. Allusion à un épisode de l’histoire romaine.

1. Formulez la thèse de ce texte et montrez comment elle est établie.

2. a) En vous appuyant sur les exemples du texte, montrez pourquoi il serait insensé « de considérer comme étant « juste » tout ce qui figure dans les institutions et les lois des peuples ».
b) Expliquez: « une Loi unique: Loi, qui est la juste raison dans ce qu’elle commande et dans ce qu’elle défend)}.
c) Expliquez: « si [… ] tout se doit mesurer à l’intérêt, [… ] il n’y a absolument plus de justice ».

3. La justice est-elle fondée sur la raison?

« Et les sujets du Baccalauréat littéraire ? » diront les perspicaces et les élèves de terminale L.

Au lycée français de Pondichéry, il n’y a pas de section littéraire.

Quand on disait que ce lycée est en avance sur les autres…

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