Méthodologie du commentaire de texte en filières techniques; qui vaut aussi pour les filières générales, en fait.

Les élèves des filières générales envient leurs collègues des séries techniques quand ils voient à quoi ressemble chez ceux ci l’intitulé des commentaires de texte de philosophie, puisqu’il s’agit de répondre à une série de questions sur le texte, alors qu’on leur demande, eux, d’expliquer le texte sans plus d’indications.

Pourtant, ces candidats des sections générales feraient bien de jeter un coup d’oeil plus approfondi à ces sujets des filières techniques, car ils leur indiqueront ce qu’on attend d’eux, et ce que signifie « expliquer » le texte.

Cette méthode de commentaire de texte s’adresse donc à tous, quelle que soit la filière choisie, du moins dans l’esprit. Ceux qui voudront des conseils spécifiques au commentaire de texte en série générale pourront en trouver ici : http://www.harrystaut.fr/2006/05/conseils-et-methode-pour-le-commentaire-de-texte-en-serie-generale/. Et l’exercice du commentaire de texte accompagné permet de s’entrainer avant de passer à l’explication menée de façon totalement autonome.

1 – Ça ne fait pas un pli – Esprit de l’exercice, es-tu là ?

Au départ, pour tout le monde, il y a un texte. S’il laisse perplexe, c’est parce que lui même est complexe. Et c’est pour cela qu’il faut l’expliquer. L’étymologie des termes précédents est la même : plexus, en latin, désigne un entrelacement, un pliage. Expliquer, c’est donc déplier l’idée pour qu’elle apparaisse dans sa totalité, tous les aspects cachés par les replis étant enfin mis à jour. C’est très exactement corde-emmelle-mediaculturecela qui est demandé au candidat qui choisit le commentaire de texte, toutes filières confondues.

A la fin, tout doit être clair, simple (c’est à dire, en latin, simplex, c’est à dire sans pli)

Tout le travail préparatoire, à effectuer avant de tenter de répondre aux questions posées, doit être effectué dans ce sens : prendre tous les éléments du texte et tenter de les déplier le plus possible afin d’être capable d’en exposer toutes les faces.

Il faut avoir en tête que tout texte proposé à l’examen est une réponse à une question qui n’est pas clairement posée, mais qu’il s’agit d’exprimer. Et comme toute question en philosophie, elle est avant tout un problème. En d’autres termes, c’est une question qui peut recevoir plusieurs réponses différentes sans qu’aucune de celle ci ne puisse être considérée a priori comme la réponse qui correspondrait à une vérité préétablie. Dès lors, la réponse proposée par le texte ne peut pas être considérée comme une vérité universellement reconnue, sinon elle ne pourrait pas faire l’objet d’une réflexion philosophique. Il faut considérer que d’autres réponses auraient pu être apportées. Pour autant, l’auteur n’a pas écrit cela de façon arbitraire : il a donné les raisons pour lesquelles il a opté pour cette réponse plutôt qu’une autre; c’est cela qu’il convient d’étudier dans le travail préparatoire.

Donc, il faut déterminer trois choses :

1 – A quel problème s’attaque le texte ? En quoi est-ce un problème ?

2 – Quelle réponse propose t-il à ce problème ? (en somme, quelle est sa thèse ?)

3 – Sur quelles raisons l’auteur s’appuie t-il pour préférer cette réponse aux autres possibles ? D’ailleurs, quelles sont ces autres réponses possibles ? Et quelles conséquences, aussi bien logiques que pratiques a cette réponse ?

Quand on a atteint, sur les points qui précèdent, un niveau de discernement suffisant, on peut aller se mesurer aux questions posées.

2 – Les questions sont le plan

Tout d’abord, il est important de comprendre pourquoi on vous pose des questions. L’intitulé du sujet le mentionne d’ailleurs en toutes lettres : il ne faut pas considérer ces questions comme indépendantes, ni du texte, ni des autres questions. Elles forment un tout. En fait, elles sont une démarche. Et comme la démarche d’un texte, c’est son plan, on peut considérer que les questions posées sont le plan du commentaire.

A partir du moment où vous les envisagerez sous cet angle, alors vous saurez comment rédiger votre commentaire. On comprend donc à quel point il est important de répondre aux questions dans l’ordre où elles vous sont posées.

Ajoutons ce détail qui ajoutera cette espèce de classe que le correcteur apprécie dans les copies auxquelles il donne de bonnes notes : quand vous écrivez une dissertation, vous avez certes un plan, mais vous n’écrivez pas les titres des différentes parties. Vous vous contentez d’écrire des paragraphes nettement séparés les uns des autres, et comme l’ensemble suit un ordre précis, le lecteur s’y retrouve. Pour le commentaire, c’est pareil : les questions constituent votre plan, mais il suffit de consacrer, dans l’ordre, un paragraphe à chacune d’entre elles, sans écrire ni numéro, ni titres, ni même réécrire la question. Si vous faîtes bien votre boulot, le correcteur s’y retrouvera nécessairement, et ce d’autant plus que lui aussi dispose des questions qui vous ont été posées.

Ainsi, les choses se passent de la manière suivante :

La première question vous conduit à écrire une introduction.

En effet, même si la façon dont cette première question est rédigée varie d’un sujet à l’autre, son esprit demeure toujours le même : il s’agit toujours de discerner et mettre en évidence quelle est la thèse du texte, et sur quelle structure argumentative il s’appuie.

Mais pour y répondre correctement, il faut se mettre d’accord sur ce qu’est une « thèse ». Énormément d’élèves croient que la thèse peut tenir en un mot, qui serait l’objet central du texte. C’est une erreur. La thèse est toujours une affirmation. Elle ne peut donc être exprimée que sous la forme d’une phrase un peu développée. En somme, la thèse, c’est la réponse synthétisée, résumée, que l’auteur donne à la question qu’il traite. Souvent en philosophie, il s’agit de définir tel ou tel concept d’une manière particulière, qui tranche avec le sens commun qu’on lui accorde, ou avec une tradition philosophique que vos cours auraient pu, pendant l’année, évoquer,  et que’ vous auriez pu mémoriser. On s’interdira donc les réponses expéditives à cette question. Ayez en tête que vous écrivez une introduction, qu’il s’agit donc de présenter le problème posé, de justifier le fait qu’il s’agisse bel et bien d’un problème, et d’indiquer la réponse que lui propose l’auteur.

La structure argumentative est parfois indiquée par la question posée. On peut vous demander par exemple de repérer une opposition conceptuelle dans le texte, vous saurez alors qu’il s’agit là de la structure argumentative du texte, c’est à dire sa stratégie. Parce que c’est bien ça qu’on vous demande, quelle que soit la formulation : comment l’auteur s’y prend il pour mettre en évidence cette réponse plutôt qu’une autre ? Quels sont les arguments qu’il enchaîne . Comment se succèdent-ils ? C’est cela qu’on vous demande ici.

On comprend donc que la réponse à cette première question puisse constituer à elle seule, un bon gros paragraphe.

Les questions suivantes constituent, elles, le plan du développement : 

Ensuite, il faut garder en tête ceci : les questions suivantes constituent le plan du développement qui est toujours composé de deux parties :

Une partie d’explication des principales expressions et affirmations du texte.

Une partie de mise en perspective.

Première partie : explication presque linéaire du texte

Comme on a vraiment peur que les élèves s’égarent, le plan de la première partie vous est donné : elle sera composée d’autant de sous parties qu’il y a de passages du texte à expliquer.

Les questions qui suivent immédiatement la première (qui peuvent être numérotées [2 – 3 – …] ou plus fréquemment [ 2a – 2b – 2c] vous êtes malins, dites vous simplement que la première partie du développement, ce sont toutes les questions qui ne sont ni la première, ni la dernière) portent toutes sur des passages du texte. Il s’agit donc de les expliquer.

C’est ici que vous allez pouvoir faire preuve de votre véritable habileté, parce qu’il va vous falloir commenter ce que fait l’auteur, un peu comme un commentateur sportif le fait des gestes qu’il voit effectuer sur le terrain. Vous connaissez le but de l’auteur, il faut montrer ici que vous comprenez comment il fait en sorte de l’atteindre. C’est le moment de déplier les expressions proposées : quels sont les sens qu’on donne aux mots ? Ce sens évolue t-il au cours de l’argumentation ? Sur quels principes s’appuient les arguments déployés par le texte ? Ce sont tous ces éléments qu’il faut mettre en évidence, en essayant de montrer quel lien chaque passage a avec l’ensemble du texte.

Il faut faire cela pour chaque passage proposé, en consacrant un paragraphe à chacun d’entre eux. C’est le moment où il s’agit d’être vraiment très méthodique et posé.

Deuxième partie : la dernière question

Là, ça se complique, mais vous gagnez en liberté ce que vous perdez en assurance : la dernière question attend de vous que vous y répondiez de façon approfondie, développée et argumentée. C’est à dire qu’elle nécessite d’écrire une petite dissertation. Comme il n’y a qu’une question, on le devine donc : il faut écrire soi même le plan de cette dernière partie. En d’autres termes, il faudra un petit paragraphe d’introduction, posant le problème (qui est généralement précisément celui auquel s’est attaqué le texte (ça peut toujours servir en cas de doute sur la première question)), puis une tentative de réponse, qui puisse se dérouler en deux ou trois paragraphes, selon les méthodes acquises dans le domaine de la dissertation, mais dans une version un peu moins développée. Beaucoup de copies négligent cette partie et expédient la réponse, perdant ainsi les point qui leur auraient permis d’atteindre et dépasser allègrement la moyenne.

Il ne faut pas se laisser intimider par cette dernière question : le fait qu’elle soit « étrange » est plutôt bon signe : c’est qu’il doit y avoir quelque chose à en dire. De plus, vous ne partez pas de zéro puisque le texte lui même la traite. Reste à tenter de vous démarquer un peu, à essayer de proposer d’autres pistes, ou l’approfondissement de celle qui vous est proposée par l’auteur. C’est sur cette partie que votre copie peut vraiment marquer une différence importante avec les autres, et cette distinction peut prendre la forme de points qui sont toujours bienvenus dans l’exercice du baccalauréat.

Il est temps de conclure

Le sujet ne vous le demande pas, mais rien ne vous interdit de prendre l’initiative : vous avez compris le texte, suffisamment pour être parvenu à le mettre en perspective. Vous avez montré les limites peut être, mais aussi est plus sûrement l’intérêt de la thèse développée par ce texte. Vous en avez donc saisi l’intérêt. C’était là l’ancien intitulé des « sujets texte » du baccalauréat en philosophie : « dégagez l’intérêt philosophique de ce texte ».

Puisque maintenant vous savez quel est cet intérêt, vous pouvez tout simplement l’écrire en rédigeant ce qui deviendra dès lors votre conclusion.

Quel intérêt a cette méthode pour les élèves des filières générales ?

Tout simplement un intérêt pédagogique : vous avez là le plan d’une explication de texte correctement menée. Non seulement elle développe le texte en dépliant tous ses éléments afin de les révéler, mais en plus elle déploie aussi le problème en montrant que le texte n’est qu’une voie parmi d’autres permettant de le gravir. S’entraîner sur des sujets donnés en filière technique permet de se poser moins de questions sur la forme que doit revêtir le commentaire. Et si on peut prendre l’initiative de synthétiser l’explication linéaire et la prise en charge plus autonome du problème, cette méthode donne quand même les ingrédients indispensables de cet exercice, qu’on peut ensuite accommoder à sa façon si on se sent à l’aise pour le faire.

Cet angle d’attaque de l’explication de texte permettra aussi de donner une réponse à ceux qui doutent qu’il faille, dans cet exercice, se donner la peine de mettre le texte en perspective. On peut légitimement penser que si on le demande aux élèves des filières techniques, il n’y a aucune bonne raison d’en dispenser les autres !

A terme, dans les filières générales, il s’agira donc de faire la même chose, mais sans disposer des instructions (mais celles ci deviendront peu à peu inutiles), et en prenant soin de détailler davantage le texte dans la première partie, en ne le réduisant pas à un nombre un peu insuffisant de passages.

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