à la lettre

« Les livres sont de grosses lettres adressées aux amis. »

Peter Sloterdijk; Règles pour le parc humain

C’est sans doute un des conseils méthodologiques les moins pris au sérieux. Et pourtant, il est peut-être à la racine de tous les autres, qui n’ont de sens que si ce premier conseil est respecté, à la lettre.

On n’écrit pas pour ne pas être lu. On n’écrit pas pour personne; et si on écrit peut-être pour savoir ce qu’on pense (et non pas pour exprimer ce qu’on a déjà à en dire), on ne pense pas et on n’écrit pas seul. Quelqu’un lira ce qu’on écrit. Et quand bien même on n’écrirait que pour soi, on n’est plus le même quand on se lit puisqu’on se dédouble, et que soi-même, dans le dédoublement de la conscience, c’est déjà un peu plus que soi seul.

On écrit pour quelqu’un qui nous lira. On s’adresse donc à quelqu’un, dont on ne sait rien si ce n’est qu’il est, lui aussi, humain. On ne peut alors s’appuyer que sur les dénominateurs communs nécessaires, sur ce que nous partageons sans ambiguïté : la raison, que nous avons en partage, identique à elle-même à travers nous. Elle est ce qui peut nous mettre d’accord. Et elle est peut être la seule à en être capable,  pour peu qu’on la laisse faire.

Etre raisonnable donc, faire preuve de bon sens, c’est le premier conseil qu’on puisse donner; ainsi, le jour de l’épreuve, il est bon d’avoir une pensée pour son correcteur. Pas pour se demander ce qu’il a envie de lire, parce que ce serait s’interdire de penser, mais pour prendre au sérieux la question posée, et la traiter de façon à ce qu’il accompagne par sa lecture le mouvement de la pensée du candidat qu’il lit. Et pour ça, il faut avoir pensé, mais il faut aussi mettre en forme cette pensée de façon à ce qu’on puisse venir se glisser dans son flot.

Dans sa chronique matinale, à deux jours de l’examen, Raphael Enthoven donne donc ce conseil aux candidats : pensez à celui qui va vous lire, et faites lui un accueil digne de ce nom dans votre écrit. Et si vous n’écoutez pas Europe 1 à l’heure où est diffusée cette chronique, la voici en léger différé :

 

Laisser un commentaire:

Votre adresse mail ne sera pas publiée.

Site Footer