Chasser le mystère

Il y a quelques jours, j’évoquais Descartes, et ce fameux passage du Discours de la méthode, au cours duquel il place l’homme dans une perspective dont le point de fuite serait Dieu, affirmant que l’homme devient « comme maître et possesseur de la nature ».

Plusieurs collègues, ayant lu l’explication que je proposais de ce texte, me firent remarquer qu’on pourrait insister davantage sur le « comme », et en effet l’angle que j’avais choisi aurait pu laisser penser que Descartes soutenait que l’homme est réellement maître et possesseur de la nature, et que Descartes prenait le dessus sur Dieu, mettant l’idée de celui-ci au service de sa pensée. Or, si on construisait une telle conception de la pensée de Descartes, on confondrait celle-ci et l’usage qu’on a pu en faire ensuite : ce sont ceux qui ambitionnent de faire de l’homme un Dieu sur Terre qui utilisent la référence à Descartes. Mais lui-même ne poursuivait pas un fantasme de toute puissance, ni pour lui-même, ni pour l’humanité. En revanche, il ambitionnait de comprendre le monde, et de libérer l’homme du poids des mystères qu’on se plait à placer dans le monde, pour mieux justifier qu’on y souffre, et qu’on y laisse souffrir.

Et pour autant, quand bien même le projet de Descartes est de rendre le monde transparent à l’esprit humain, par le recours à la raison, demeure ce point de fuite de la connaissance, sur lequel tout le reste de la perspective s’appuie, qui fait partie de la vision d’ensemble, tout en se tenant pourtant au-delà de toute saisie, hors d’atteinte. Sans Dieu, il ne reste plus que le cogito dans la pensée cartésienne, c’est à dire trop peu pour la constituer. Sans Dieu on ne peut plus, dans cette pensée, regarder son voisin sans douter de sa véritable existence, en tant qu’autre sujet pensant, et autant dire qu’on peut abandonner l’espoir de constituer quelque science que ce soit, le monde ne garantissant plus sa propre cohérence.

Dès lors, il est intéressant de regarder comment ceux qui se sont opposés au règne de la raison envisagent Descartes. Car il y a des philosophes qui, s’opposant à la quasi totalité de la tradition philosophique, ont remis en question la prétention de la raison à rendre du compte du monde. Parmi eux, Léon Chestov, philosophe russe à cheval entre XIXe et XXe siècle, auteur de beaux textes dont on sait qu’ils étaient lus, entre autres, par Albert Camus. Figure de la misologie (ce terme désignant les pensées qui se méfient de la raison et luttent contre son hégémonie), il s’attaque à Hegel, qui est un peu à la Raison ce qu’Achille fut aux armées achéennes. Et pour mieux le pourfendre, il l’attaque par son aile, à travers les philosophes qui l’ont précédés, et parmi eux, tout particulièrement, Descartes et Spinoza. Comme c’est sur Descartes que je voulais me concentrer aujourd’hui, j’ai fait disparaître les passages évoquant Spinoza (même si ces passages sont intenses et parlants), mais j’ai conservé la confrontation que Chestov organise entre Descartes et Pascal, sous le patronage, donc, de Hegel.

Tout commence, ici, avec la façon dont Descartes entreprit de retirer au monde son mystère. Voici ce que Chestov dit de ce projet, et du paradoxe qui le porte tout entier. Ce sera un bon complément à l’article dans lequel j’évoquais l’idée cartésienne selon laquelle l’homme deviendrait « comme maître et possesseur de la nature » :

« Une force puissante et irrésistible, qu’il n’aurait pas su nommer et dont, du reste, il ne recherchait pas le nom, mais qui le possédait tout entier, l’entraînait irrésistiblement vers ce seul but : chasser à tout prix le mystère de notre vie. La vérité, disait-il, ne se trouve que dans ce qui peut être conçu clairement et distinctement. Tout ce qui est conçu d’une façon obscure, tout ce qui est mystérieux ne saurait être vrai. Et cette affirmation, d’après lui, n’est plus une prémisse[1]. C’est la chose dont personne et nulle part n’a et n’a pu douter : ni les hommes, ni les anges, ni Dieu lui-même. Pour écarter d’avance toute possibilité de reproches et d’objections, il commença lui-même, ainsi qu’il l’affirme, par douter de tout. Et ce n’est que lorsqu’il eut acquis la certitude qu’il y avait une vérité qui supportait l’assaut de n’importe quels doutes, qu’il commença à philosopher, dans la ferme conviction que de cet instant le philosophe ne pouvait plus s’égarer de son chemin, ayant enfin acquis non un talisman, mais une boussole, dont les hommes avaient rêvé presque depuis la création du monde. Dieu lui-même, enseignait Descartes, veut, doit vouloir que nous possédions la vérité. Et c’était pour lui un jugement aussi clair et distinct, partant[2] indubitable, que le premier jugement qu’il avait découvert et qu’il a formulé dans les mots : cogito, ergo sum[3]. Dieu ne veut pas tromper les hommes, – velle fallere vel malitiam vel imbecillitatem testatur, nec proinde in Deum cadit[4] : le désir de tromper témoigne ou de la malice, ou de la faiblesse et, par conséquent, ne saurait être attribué à Dieu. Dieu ne veut pas être trompeur et, ce qui est l’essentiel, même s’il le voulait, il ne le pourrait pas : cogito, ergo sum.

Celui qui n’a pas lu les œuvres de Descartes aurait de la peine à se représenter l’élévation et l’enthousiasme extraordinaires, ainsi que l’agitation intérieure dont elles sont remplies. Malgré le caractère visiblement abstrait de la thèse, ce ne sont pas des traités, mais des poèmes inspirés. (…) Descartes, je le répète, ne poursuivait qu’un but : celui de délivrer le monde, la vie des hommes du mystère et des forces supérieures qui tenaient tout en leur pouvoir. La dépendance, même d’un Etre absolument parfait, lui paraissait infiniment pénible et torturante. Il n’avait confiance qu’en lui-même. Et à la pensée qu’il n’y avait personne dans l’univers, qui voudrait, qui pourrait le tromper, qu’il n’y avait personne en qui il devrait avoir confiance, qu’il devrait croire, qu’il était dorénavant lui-même (en lui-même il avait une confiance absolue) le maître et le créateur de son destin, son âme se remplissait d’une joie extatique, les traités se transformaient en poèmes, en chants triomphants et joyeux de la victoire. Dieu ne veut pas tromper les hommes, Dieu ne peut, même s’il le voulait, tromper les hommes. Au-dessus de Dieu et de l’homme se trouve une « loi » éternelle. Il suffit de saisir cette loi d’une façon claire et distincte, – et tout ce qui est caché deviendra manifeste, le mystère disparaîtra du monde et les hommes seront comme des dieux.

Les hommes seront comme des dieux ! Descartes n’a pas tenu ce langage. C’est deux cents ans après lui que Hegel a parlé de cette façon. Descartes était encore forcé de ne pas aller jusqu’au bout de sa pensée, il se souvenait encore, ainsi que nous l’expliquent les historiens, du sort de Galilée. Même ses contemporains pensaient de lui la même chose : Bossuet écrivait à son sujet :  » Monsieur Descartes a toujours craint d’être noté par l’Eglise, et on lui voit prendre des précautions qui allaient jusqu’à l’excès. » Et tout de même, malgré toute sa prudence, il a rempli d’une façon géniale et incomparable sa mission historique. Descartes signale par sa personne la fin de la « nuit » millénaire du moyen âge, le grand commencement ou le grand tournant qui ouvre la nouvelle histoire, la nouvelle pensée. En outre, Descartes est un vrai « fils de son temps ». A lui peuvent être appliquées entièrement ou, si vous aimez mieux, par excellence les paroles de Hegel :

« Chaque philosophie, précisément parce qu’elle est l’expression (darstellung) d’un degré particulier de l’évolution, appartient à son temps et est liée à sa limitation (c’est ainsi que s’exprime Hegel (Beschrœnktheit)). L’individu est fils de son peuple, de son pays, dont il ne fait qu’exprimer l’essence dans sa forme particulière. Un homme particulier peut lutter comme il voudra, mais il lui est tout aussi impossible de s’arracher à son temps que de sortir de sa peau. Car il appartient à l’esprit universel unique, qui est son propre être et sa propre essence. (Hegel Werks, XIII, 59.) »

Paroles remarquables et qui valent qu’on réfléchisse sur elles. Surtout vu la confiance insouciante ou, si vous aimez mieux, la naïve crédulité avec laquelle elles ont été prononcées et qui, c’est le cas de le remarquer, accompagnent toujours les jugements clairs et distincts : « Ut unusquisque qui certitudinem intellectus gustavit, apud se sine dubio expertus est.[5] » (Spinoza, Traité théologico-politique, Ch. I.)

La philosophie, ainsi que nous l’enseigne Hegel, le plus grand des rationalistes, est vouée à être limitée par l’esprit de son temps, et l’homme ne possède aucun moyen de s’arracher à cette limitation. Et cela ne le trouble nullement, au contraire, cela le charme, car c’est justement ce qui ressemble le plus à la vérité scientifique tant désirée, si longtemps attendue, c’est à dire ce qui est conçu clare et distincte[6], si clairement et distinctement, qu’il est impossible d’admettre le moindre soupçon que Dieu lui-même, malgré tout son désir supposé, puisse pour cette fois nous induire en erreur. Et même quand l’homme a lu ce qui est écrit chez Hegel, savoir qu’il est le fils de son temps et qu’il exprime, dans ses jugements, non la vérité, mais seulement ce que veut, au moment historique donné, l’esprit universel, – non seulement il ne peut s’arracher à la limitation, mais il lui est même impossible de sentir cette limitation et de la considérer comme quelque chose qui ne devrait pas être, comme quelque chose qui lui est imposé du dehors, comme un vilain cauchemar qui vous opprime, dont au moins on peut dire, – même s’il n’est pas possible de le secouer, – que ce n’est pas une réalité, mais un pénible rêve. Tu dois manifester ta vérité limitée, ta vérité de hasard et en être satisfait, même t’en réjouir et exulter.

Le même Hegel, dans le même ouvrage et dans le même chapitre dont ont été extraites les lignes citées plus haut, écrit : « La philosophie n’est pas un somnambulisme, mais plutôt la conscience la plus éveillée. » Mais si ce qu’il a dit de l’esprit du temps est exact, la philosophie, ou ce que Hegel appelle de ce nom, est un pur somnambulisme, et la conscience philosophique est la conscience la plus assoupie. Il est vrai, – et très important, ici, de noter, – que, par lui-même, l’état de somnambule n’est pas encore, à proprement parler, un si grand mal, peut-être même contient-il en lui « le bonheur ». Les somnambule comme on sait, font des choses qui paraissent surnaturelles aux personnes éveillées. Peut-être le fait de penser dans l’état de somnambulisme est-il utile et même très utile. Mais dans tous les cas, quelque utile que cela soit, même s’il était prouvé que les plus grandes inventions et découvertes scientifiques ont été faites par les hommes dans l’état de somnambulisme (toutes les chances sont pour que cette supposition soit exacte),  – la philosophie ne doit jamais se laisser séduire par l’utilité ou le profit, même quand ils seraient très grands. De sorte que, que nous le veuillons ou non, nous serons quand même obligés, suivant la règle posée par Descartes lui-même, de omnibus dubitandum[7], de douter de sa prémisse et de nous demander : est-il vrai que les jugements clairs et distincts ne nous trompent jamais ? N’est-ce pas le contraire qui est vrai ? Le caractère clair et distinct des jugements n’est-il pas le signe de leur fausseté ? En d’autres termes, que Dieu veut et peut tromper les hommes ? Et que c’est précisément quand il désire tromper les hommes qu’il leur envoie des philosophes, des prophètes qui leur inspirent des jugements faux, mais clairs et distincts ?

Et tout de même Hegel a raison, et beaucoup plus qu’il ne le supposait lui-même. Descartes était le fils de son temps, et son temps était voué à la limitation et aux erreurs qu’il était appelé à manifester et à proclamer comme des vérités. Il est très significatif que de tous les attributs de Dieu, Descartes ne s’intéressait qu’à un seul, l’attribut négatif. Dieu ne saurait être trompeur. Descartes ne demandait à Dieu que de ne pas l’empêcher de poursuivre ses investigations scientifiques, c’est-à-dire de ne pas se mêler des affaires humaines. Il va de soi qu’il ne saurait tromper l’homme en quoi que ce soit. Cogito, ergo sum. Ayant appelé l’homme à la vie, c’est-à-dire à la pensée, Dieu par-là même était forcé de lui révéler que lui, l’homme, existe, et c’est la première vérité. Mais lui ayant dévoilé la première vérité, Dieu lui dévoile par là-même la vérité au sujet des critériums de la vérité, c’est-à-dire lui donne la possibilité de comprendre qu’il n’y a de vrai que les perceptions claires et distinctes. Le point d’appui était trouvé, – les nouveaux Archimèdes pouvaient continuer en toute assurance leur œuvre. Ils ne disent plus en priant : « Donnez-nous chaque jour notre pain quotidien » ou bien « Délivre-nous du malin »[8], ils ne font que proposer respectueusement à Dieu de ne pas se mêler des affaires humaines : noli me tangere circulos nostros[9]. Ainsi enseigne joyeusement et avec enthousiasme Descartes en fils obéissant de l’Esprit de son temps. Ainsi enseignèrent après Descartes et avant lui, beaucoup d’autres hommes remarquables des XVIe et XVIIe siècles. Ils étaient tous convaincus que Dieu ne veut ni ne peut nous tromper, que la source de nos erreurs, c’est nous-mêmes, notre volonté libre, que les jugements clairs et distincts ne sauraient être faux : ainsi l’exigeait le tout-puissant Esprit du temps…

Mais voici un autre fait. Pascal était un contemporain plus jeune de Descartes. Et, tout comme Descartes, il était bien l’un des représentants les plus remarquables de la pensée scientifique de son époque. Il connaissait parfaitement la doctrine des jugements clairs et distincts proclamée par Descartes. Il savait également, bien entendu, que l’Esprit du temps était avec Descartes et pouvait facilement deviner et, probablement, avait deviné ce que l’Esprit du temps réclamait de ses enfants. Mais il a refusé de remplir ces exigences. En réponse au mot triomphant de Descartes : clare et distincte, il trancha, sombre et renfrogné : Je ne veux pas de clarté, et « qu’on ne nous reproche pas le manque de clarté, car nous en faisons profession[10] ». C’est-à-dire, la clarté et la distinction tuent la vérité… Ainsi parlait Pascal, fils, aussi bien que Descartes, du XVIIe siècle, également un Français et également, je le souligne, un savant remarquable…

Comment est-il donc arrivé que les deux hommes qui auraient dû appartenir au même Esprit universel et, par conséquent, manifester l’essence de leur temps et de leur peuple, ont pu proclamer des choses aussi différentes ? Ou bien Hegel n’a-t-il pas « tout à fait » raison ? Il est probable que personne ne saurait sortir de sa peau, – mais désobéir à l’Esprit, s’échapper de la limitation de son temps, l’homme, tout de même, le peut quelquefois. Et puis une seconde question : Où faut-il chercher la vérité dernière et définitive ? Chez les désobéissants sombres et renfrognés de l’Esprit qui, malgré l’impossibilité apparente, échappent au pouvoir de leur temps, ou bien chez ceux qui ne s’opposent pas à l’impossibilité et, fermement convaincus que la raison humaine ne se distingue en rien de la raison divine, s’élancent triomphalement et joyeusement sur la grande route de l’histoire ? Car, probablement, personne ne doutera que la grande route de l’histoire n’est ouverte qu’aux obéissants. Pascal, avec son énigmatique « profession », se trouve à l’écart des événements, à l’écart de l’idée « en évolution ». Par hasard, nous ont été conservées ses « pensées » détachées et en désordre, mais c’est Descartes et non Pascal qui est resté jusque nos jours le maître des âmes. Descartes a été l’expression véritable de l’unique Esprit universel dont nous a entretenus Hegel. Et, par conséquent, s’il faut entendre par vérité ce qui supporte l’épreuve des siècles,  – la vérité se trouvait chez Descartes.

(…)

Rappelons-nous que Descartes n’a nullement été inquiété par la réflexion sur Dieu. Si Dieu ne veut ni ne peut tromper les hommes, si Dieu, par sa nature même, n’est pas soumis au changement et reste toujours égal à lui-même (ces deux « si » ont le même sens, – ils sont l’un et l’autre la condition de la possibilité d’un savoir positif, scientifique),  – c’est tout ce qu’on peut demander. Descartes n’attendait pas et ne voulait pas attendre davantage d’un « être parfait ». Quand il proclama son de omnibus dubitandum, il n’avait pas l’intention de douter vraiment de tout ; il suffisait de douter de ce que quelqu’un dans l’univers puisse empêcher l’homme de créer la science, la physique, la géométrie analytique, la philosophie première. Il était sûr d’avance que, s’il pouvait rester seul avec lui-même et si des génies méchants et puissants ou des dieux bons, mais inconstants, n’allaient pas l’en empêcher, il devait créer un savoir parfait.

Comment un homme solitaire, né depuis hier et voué à la mort le lendemain, a-t-il pu se décider à prendre sur sa responsabilité personnelle, individuelle, la solution d’un problème aussi gigantesque, paraissant au-dessus de ses forces ? Et pourtant voyez : il a pris cette décision et sans nullement avoir peur. Au contraire, il se réjouissait et exultait : Dieu ne se mêle pas de nos affaires. Dieu est en dehors de nous ou, mieux, Dieu n’existe pas. Il est évident que Descartes ne se doutait même pas de ce qu’il avait entrepris en proclamant ses de omnibus dubitandum, clare et distincte et un Dieu constant et sans changement, un Dieu qui ne veut ni ne peut, même s’il le voulait, tromper les hommes. Il ne se doutait pas qu’il lui était arrivé ce qui était déjà arrivé au vieil Adam. Le rôle du serpent a été joué dans ce cas par l’Esprit invisible du temps, – tellement invisible que Hegel lui-même, et, après lui, nous sommes prêts à le prendre non comme un être mythologique, mais pour un pur concept. Eritis sicut dei scientes bonum et malum[11]. Hegel, beaucoup plus insouciant que Descartes, disait en propres termes que, ayant cueilli le fruit de l’arbre de la science, les hommes étaient devenus comme des dieux. Le mystère avait disparu du monde, tout avait pris des contours nets et définis, tout était devenu clair et distinct.

Comprenez-vous maintenant Pascal ? Il sentait par tout son être que la clarté et la distinction, ainsi que ce Dieu constant qui ne veut ni ne peut tromper les hommes, sont un principe de la mort et de l’anéantissement. »

Léon Chestov; Les favoris et les déshérités de l’histoire, Descartes et Spinoza, 1923


[1] Une prémisse est une proposition préalable à une conclusion. Dans un syllogisme, les deux propositions qui précèdent la conclusion sont appelées « prémisses ». L’une est la prémisse majeure, tandis que l’autre, on l’aura deviné, est la prémisse mineure. Dans un raisonnement bien construit, on ne peut pas douter du lien logique établi entre les prémisses et la conclusion. En revanche on peut le plus souvent attaquer un jugement sur la fiabilité de ses prémisses. Ici, Chestov montre que, justement, le fait de voir en la clarté et la distinction les critères de la vérité ne relève plus chez Descartes des prémisses. C’est absolument inattaquable.

[2] « partant », ici, est utilisé comme une conjonction logique, qui signifie « donc ».

[3] Je pense, donc je suis

[4] Je ne vous le traduis pas, puisque dans la phrase suivante, Chestov le fait lui-même. Par contre, je précise, puisque lui ne le fait pas, que ces mots sont extraits de la quatrième des Méditations métaphysiques de Descartes.

[5] « J’en appelle sur ce point à tous ceux qui ont goûté la certitude de l’entendement »

[6] Si jamais quelqu’un avait besoin de la traduction de cette expression cartésienne rédigée en latin, Chestov le fait dans les mots qui suivent.

[7] Il faut douter de tout. Retenez le sens de cette expression latine, de nouveau écrite par Descartes, parce qu’on va la retrouver plusieurs fois dans ce qui suit. Et ici, on comprend que Chestov compte appliquer, chez Descartes, la règle, y compris à ce sur quoi Descartes pensait qu’elle ne s’appliquait pas. En d’autres termes, Chestov doute de ce que Descartes considère comme indubitable.

[8] Ces deux expressions sont tirées du Notre Père, prière cardinale des chrétiens.

[9] On pourrait traduire ceci par « Ne touche pas à nos cercles », le mot « cercles » désignant ici les sphères humaines, le monde : Ne touche pas à notre monde.

[10] On l’aura compris, la formule est écrite par Blaise Pascal, dans ses Pensées. Elle est suivie de ce verbe, en latin, excaeca, qu’on pourrait traduire par « c’est aveuglant ». Franchement, méditez simplement ce simple verbe.

[11] « Vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal ». C’est évidemment une citation de la Genèse, premier livre de l’Ancien Testament et donc, de la Bible.

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