Parental advisory

« J’ai choisi pour ce livre le titre le plus simple, c’est-à-dire le plus véridique, et cela dans le but aussi bien de contribuer à la réhabilitation du terme de « sexuel » dont on abuse si souvent, que d’annoncer directement ce que le lecteur doit s’attendre à trouver dans les paragraphes les plus hardis. Pas plus que pour nous, la sexualité n’est, pour l’habitant primitif des îles du Pacifique, une simple affaire physiologique : elle implique l’amour et les démarches amoureuses; elle devient le noyau d’institutions aussi vénérables que le mariage et la famille; elle inspire l’art et constitue la source de ses incantations et magies. Elle domine, en fait, presque tous les aspects de la culture. La sexualité, dans son sens le plus large, celui qu’elle assume dans le titre de cet ouvrage, est plutôt une force sociologique et culturelle qu’un simple rapport charnel entre deux individus. Mais l’étude scientifique de la question comporte également un vif intérêt pour son noyau biologique. Aussi l’anthropologue doit-il, en donnant une description de l’approche directe, telle qu’elle s’effectue entre deux amants dans les îles de l’Océanie, tenir compte de la forme que leur impriment les traditions, l’obéissance aux lois et la conformité aux coutumes de la tribu. » 

Borislaw Malinowski
La vie sexuelle des sauvages du nord-ouest de la Mélanésie
introduction de la première édition

Malinowski aux îles Trobriand
Credit: Wellcome Library, London. Wellcome Images – 1918

L’auteur

Bronislaw Malinowski est un ethnologue, anthropologue et sociologue polonais (1884 – 1942)

Il est à l’origine de progrès importants dans l’étude de ce qu’on a appelé des « sociétés primitives », que ce soit dans le choix des objets d’études (il s’intéressa particulièrement à la question des échanges, inaugurant l’anthropologie économique), ou dans les méthodes, puisqu’il entreprend d’observer activement, et non plus passivement, les sociétés dans lesquelles il s’immerge complètement. Dès le début des années 1910, il fait des mœurs sexuelles des peuples qu’il observe un sujet d’étude à part entière. Plusieurs de ses livres sont consacrés à cette question, et c’est du premier d’entre eux qu’est tiré cet extrait.

Les thèmes et notions abordés :

La  Nature – La Culture – L’Homme

Le problème et la thèse :

Quand on observe les mœurs sexuelles des différents  peuples, on peut avoir l’impression que certains d’entre eux semblent vivre une sexualité directement fondée sur les pulsions corporelles, affichant des comportements tellement proches de ceux des animaux qu’on pourrait croire que l’éthologie soit la science la plus propre à les décrire, tandis que d’autres auraient profondément cultivé leur sexualité, la détachant le plus possible de ses sources biologiques, éloignant ainsi le comportement de ces hommes et femmes de la stricte animalité.

Evidemment, c’est généralement la sexualité des autres dont on pense soi-même spontanément qu’elle est demeurée bestiale, et si les jugements sont sur ce domaine plus définitifs encore qu’à propos des habitudes alimentaires, c’est parce que la vie sexuelle n’est pas seulement décrite, elle est aussi, généralement, évaluée sur le plan de la morale, et derrière le fait de considérer que certains peuples se comportent « comme des animaux », il y a évidemment une condamnation sur ce plan.

Mais il faut aller plus loin : quand on affirme que des mœurs sexuelles sont animales, finalement, ce qu’on leur reproche, c’est précisément d’être « sexuelles », ou de n’être « que » sexuelles. En somme, nous méprisons la sexualité si elle n’est que sexuelle, et nous valorisons les mœurs qui instaurent la plus grande distance avec les manifestations corporelles de la sexualité.

C’est ceci que Malinowski remet ici en question, dans cette introduction à son ouvrage intitulé La vie sexuelle des sauvages du nord-ouest de la Mélanésie : la façon dont on peut réduire la vie sexuelle observée chez « les autres » en la considérant comme un simple phénomène physiologique. Il s’agit donc pour lui de réhabiliter ce terme, « sexuel », en montrant que si on ne peut pas le déconnecter de ses sources corporelles, il ne peut cependant pas y être réduit, quelles que soient les formes qu’il prend. Ce faisant, il invite à reconsidérer, sous une lumière nouvelle, ces mœurs qu’on méprise volontiers.

Philosophiquement, l’intérêt de ce texte et le problème qu’il permet de penser dépassent la simple question de la sexualité : en réévaluant celle-ci, Malinowski permet de redonner une valeur culturelle à tous les comportement, us et coutumes, mœurs observables dans les peuples dont les styles de vie nous semblent tellement éloignés de ce que nous considérons comme nos raffinements, que nous en venons à penser qu’ils ne relèvent ni de la culture, ni de l’humanité.

Argumentation du texte

Structure argumentative générale du texte :

Le texte comporte trois mouvements. Le premier, dans lequel l’auteur annonce son projet, et commence à dévoiler sa thèse, un second, qui lui permet, en qualifiant les mœurs de ces peuples dits « primitifs », d’argumenter sa position et préciser cette thèse ; enfin, un troisième dans lequel il tire des conséquences méthodologiques de cette réflexion, affirmant la nécessité, pour l’anthropologie, de décrire la réalité physiologique des rapports observés entre les personnes, sans jamais oublier que ces rapports sont mis en forme par des processus qui sont sociaux et culturels.

1 – Le projet général et le contexte de la réflexion menée par Malinowski

Ce texte, qui est un extrait de l’introduction à la première édition de son ouvrage intitulé La vie sexuelle des sauvages du nord-ouest de la Mélanésie, a pour premier objectif déclaré de justifier ce titre. On peut se demander pourquoi un titre aurait besoin d’une telle justification, mais on devine sans peine que c’est l’évocation aussi explicite de l’objet d’étude (la vie sexuelle d’un peuple qu’on observera selon cet angle précis) qui réclame une explication, et le simple usage de ce terme dans un titre, de façon aussi explicite. Si aujourd’hui des projets d’études universitaires ayant pour objet les mœurs sexuelles peuvent être envisagés (tout en suscitant encore, parfois, quelques émois), au début du 20e siècle, un tel projet étonne davantage, et peut scandaliser.

Il est certain, aussi, que Malinowski sait ce que contient son livre, et il est pleinement conscient que les scènes qu’il décrit, au cours desquelles des hommes et des femmes s’accouplent sur la voie publique, sous le regard des autres habitants, sans chercher l’intimité ni respecter, du moins apparemment, de règles de pudeur, pourraient choquer le lecteur, et qu’il vaut mieux le prévenir de la nature exacte du matériel qu’il a entre les mains.

Il a une première raison d’intituler ainsi son texte : l’honnêteté. Le titre correspond au contenu, et le lecteur sera prévenu. Cette introduction joue donc un peu le rôle de l’autocollant qu’on trouve sur certains albums, indiquant « Parental advisory : Explicit lyrics », prévenant les parents que les paroles des chansons contiennent des propos décrivant des situations violentes, ou sexuelles, sans recourir aux métaphores. Mais il y a une autre raison, sur laquelle la suite du texte se concentrera davantage : il s’agit de réhabiliter le terme « sexuel ». Et s’il est nécessaire de le faire, c’est bien que, comme nous l’avons dit plus haut, ce terme a fait l’objet d’une condamnation, comme si lui-même et la réalité dont il est le nom étaient d’une nature inférieure, ou mauvaise, qui justifiait une forme de bannissement, dans les actes et dans les paroles. Or, c’est bien de cela qu’il s’agit. Malinowski et l’ethnologie ne sont pas les premiers à en faire le constat : Freud, en développant les fondements de la psychanalyse quelques décennies plus tôt, avait fait le même constat : l’Europe a constitué la vie sexuelle comme un véritable tabou : on ne peut ni l’observer, ni la vivre, ni même en parler. On comprend que placer ce mot sur le couverture d’un livre à vocation scientifique puisse réclamer quelques précautions. Mais on tient là, aussi, un problème philosophique, qui concerne l’essence de cet objet qu’on devrait mépriser, parce qu’il serait excessivement naturel.

L’enjeu philosophique de ce qui suit tient à ce projet : redonner une valeur à un domaine qui est considéré, alors, comme strictement biologique, et ramener vers la culture, et vers l’humanité, ces mœurs et ces peuples méprisés moralement parce qu’ils vivent leur sexualité sans la recouvrir des paravents que la culture européenne a développés pour la cacher.

2 – Toute vie sexuelle est de nature culturelle

Le premier et principal argument de Malinowski consiste à assimiler la vie sexuelle observée dans les îles de l’Océan Pacifique[1] à nos propres mœurs sexuelles. Evidemment, il ne s’agit pas de dire qu’elles sont identiques, puisque la façon dont les habitants de ces îles vivent leur sexualité diffère profondément de nos us et coutumes. Mais, pour autant, il s’agit d’affirmer leur nature identique : leur vie sexuelle, pas plus que la nôtre, n’est réductible à un simple mécanisme biologique. Pour le dire autrement, elle n’est pas plus animale que les autres, quand bien même elle pourrait sembler prendre moins de précautions pour se dissimuler.

Malinowski donne l’indice qui va soutenir cette thèse : la vie sexuelle de ce peuple est, comme la nôtre, le signe d’autre chose qu’elle-même. Et c’est là ce qui la distingue de la vie sexuelle du règne animal. Celle-ci en effet n’est rien d’autre qu’un mécanisme permettant de sélectionner les corps appelés à se reproduire, et à conduire ceux-ci à faire le nécessaire pour que la reproduction s’accomplisse. Dans le cas des êtres humains, la vie sexuelle déborde cette simple nécessité biologique : elle est habitée par des réalités qui ne sont pas seulement biologiques, dont la vie sexuelle est le témoignage en acte.

A – Sous la vie sexuelle, le désir amoureux

Ainsi, avant d’être des corps qui se reproduisent, les membres de ces peuples sont des êtres qui s’aiment, et qui font en sorte que leur désir amoureux prenne forme. Ces corps, à la différence des organismes animaux, sont donc animés de l’intérieur par des élans qui dépassent leur simple physiologie. Quelque chose se tient donc sous le biologique, qui donne du sens au mouvement des corps les uns vers les autres, et ce mouvement n’est qu’une surface sous laquelle se tiennent des motifs beaucoup plus profonds. Ni plus, ni moins que dans notre propre culture.

B – Au-delà de la vie sexuelle, les institutions qui, sans elle, n’existeraient pas

Ainsi, quand bien même la vie sexuelle de ces peuples peut nous sembler un peu débridée, elle est le résultat d’une mise en forme, elle n’est pas le simple défoulement des pulsions. Et comme la sexualité est un processus qui associe les êtres, elle génère ces formes collectives que sont les institutions, telles que le mariage, la famille, formes qui n’existent pas chez les animaux (les binômes de manchots ne forment ni un couple, ni une famille, ils sont seulement liés biologiquement par des phéromones qui verrouillent leurs pulsions sexuelles sur un seul et même partenaire, toute leur vie durant, alors que chez les êtres humains, quand la fidélité est respectée, elle fait l’objet d’un projet et d’un effort communs qui ne doivent pas grand-chose à la biologie, puisqu’il s’agit au contraire de résister aux pulsions que celle-ci génère). Chez Freud, on trouve une réflexion semblable, qui fait des pulsions sexuelles la source des institutions familiales. Ainsi, il est convaincu que la famille ne se construit pas contre la pulsion, mais pour lui donner un cadre favorable, socialisé, sublimé en somme, de réalisation.

C – La sublimation artistique de la vie sexuelle

D’autre part, la vie sexuelle est elle-même source d’inspiration. On se souvient de Socrate, affirmant dans Le Banquet que la relation amoureuse, qui commence par l’attirance pour les beaux corps et se poursuit dans l’attachement pour l’un d’entre eux, a pour effet la production de belles paroles. Ici, Malinowski rappelle à quel point la sexualité est une source d’inspiration constante pour les arts, ce dont on pourrait effectivement trouver confirmation dans toutes les époques, que ce soit dans les sculptures archaïques, dans la représentation proprement obsessionnelle des symboles sexuels dans l’Empire romain, dans l’art japonais des Geishas, dans l’institution du harem ou, aujourd’hui, dans les mille et une variations sur le thème de la séduction qu’on peut trouver dans la musique pop en général, et le R’n’B en particulier . Qu’on observe les fonctions strictement biologiques du corps humain, telles que la respiration, on constatera qu’elles ne se prêtent pas à une telle élévation, et ne sont pas la source d’une inspiration artistique s’adressant au plus grand nombre.

Ici, l’objectif de Malinowki est de montrer que loin d’être une simple mécanique physiologique, la sexualité est en fait une force  qui traverse tous les champs culturels, et ce dans toutes les cultures. Observer les mœurs sexuelles, ce n’est donc pas une activité voyeuriste et complaisante cherchant à voir ce qui, chez nous, est généralement dissimulé. C’est discerner des formes qui témoignent de la richesse de la vie sociale et culturelle des peuples.

D – L’exemple des maisons de célibat restreint sur les Îles Trobriand

Un exemple précis permet de mieux comprendre ce qui permet à Malinowski de prétendre ainsi que les mœurs sexuelles de peuples moins pudiques que nous ne le sommes sont tout autant culturelles que les nôtres ; c’est cette observation qu’il a faite dans les maisons de célibat restreint des Îles Trobriand : c’est là que les futurs couples apprennent à se connaître, à vivre ensemble une intimité dans un lieu qui est en même temps privé (ils y connaissent une certaine intimité), et public (il accueille plusieurs couples). Et bien que la période durant laquelle les futurs époux y vivent précède leur mariage, ils y partagent déjà des relations sexuelles. En revanche, il serait considéré comme absolument inconvenant qu’ils partagent un repas et mangent ensemble. Ainsi, les restrictions que notre propre culture applique à la sexualité, ce peuple l’appliquait au repas, ce qui signifie que la liberté dans laquelle nous sommes de manger avec qui bon nous semble est culturelle, même si nous ne nous en apercevons pas. Et surtout, cela signifie que l’apparent laisser-aller sexuel observé par Malinowski sur les Îles Trobriand l’est tout autant.

Conclusions méthodologiques

On peut alors tirer les conséquences de cette analyse : s’il y a dans la sexualité, comme dans l’alimentation, quelque chose d’évidemment biologique, et s’il faut accorder de l’attention à cette part physiologique des comportements, l’anthropologue se distingue du biologiste et de l’éthologue en ceci qu’il sait que les phénomènes qu’il observe revêtent une forme qui n’est pas causée par la seule influence de la biologie. En effet, deux êtres humains qui s’aiment, ne s’aiment pas uniquement parce qu’il est nécessaire qu’ils se reproduisent. Ils s’aiment d’une certaine façon, et ce qui met en évidence cette façon de s’aimer, c’est le fait qu’elle ne soit pas partout semblable, quand bien même les êtres humains sont biologiquement identiques, et la sexualité joue partout le même rôle biologique. C’est donc que son rôle n’est pas entièrement défini par la biologie, et que ces façons de s’aimer  doivent, toutes, quelque chose à la culture dans laquelle les uns et les autres baignent, c’est-à-dire l’éducation qu’ils ont reçue, les institutions qui organisent les relations entre les uns et les autres, la façon dont on parle de ces choses-là, ou dont on les tait.  

On pourrait tout à fait étendre les observations faites ici par Malinowski à d’autres mœurs, y compris concernant des fonctions qui semblent n’être, chez l’homme, que biologique. De toute évidence, la conception et la réalisation des repas est culturelle. Mais dormir relève aussi d’un art et d’une manière de faire, qui sont culturellement et socialement construits. Même la toilette, et les toilettes relèvent de cette mise en forme, dont tout voyageur sait qu’il doit s’y préparer avant d’aller vivre ailleurs, parce que, y compris sur ces points, les hommes mettent en forme ce que la biologie les contraint à faire, ne se contentant justement pas de laisser ces fonctions s’accomplir, et tendant toujours à en faire quelque chose. Ce « quelque chose » est l’objet d’étude des sciences humaines, et justifie à lui seul que celles-ci ne puissent pas se réduire tout à fait aux sciences de la matière, et aux sciences du vivant.


Evidemment, l’analyse de ce texte peut se faire en référence constante à l’extrait de Merleau-Ponty étudié précédemment. Il pourrait en être l’illustration, et lors d’un oral il pourrait être bienvenu d’y faire référence. Mais comme on a essayé de le montrer ici, cette introduction de Malinowski est porteuse de sa problématique propre, et vaut la peine d’être lue pour elle-même.

On pourrait compléter cette étude avec bien des lectures de récits d’exploration, documentaires ou fictionnels.

On conseillerait par exemple L’Ancêtre, de Juan José Saer, incroyablement récit à haute teneur philosophique (tellement haute qu’elle en devient carrément vertigineuse). On conseillerait aussi des documentaires filmés, tels que des films d’exploration (le grand classique, Nanouk l’Esquimau de Robert Flaherty, par exemple), ou les essais filmés de Jean Rouch (Les Maîtres fous, tout particulièrement).

Mais on conseillera surtout un film sorti en été 2019, dont on doit prévenir tout d’abord qu’il n’est pas pour tous les publics, et qu’il réclamerait exactement les mêmes précautions de présentation que le livre de Malinowski. Il s’intitule Midsommar, et plonge une petite bande d’étudiants américains dans un village traditionnel de la Suède profonde, les immergeant, et c’est le moins qu’on puisse dire, dans une fête importante pour ces villageois, qui vivent là des rituels qui peuvent paraître étonnants, ou barbares, tout le talent du réalisateur, Ari Astier, consistant à inviter le spectateur à cette fête, lui aussi, et à en révéler le caractère enchanteur et effrayant à la fois, suscitant une fascination profonde, et un peu inquiétante. C’est une expérience intéressante pour comprendre bon nombre des problématiques liées au regard porté sur les coutumes des « autres ». Mais on le répète, c’est une expérience très singulière, et éprouvante. On ne la conseillera donc pas à tout le monde.

C’est à ce film qu’on a emprunté les illustrations de cet article.


Et en supplément, un court extrait du même livre de Malinowski, à propos de l’interdiction de partager un repas ensemble pour les fiancés, avant le mariage :

Cette préparation au mariage trouve son appui sur une institution fort importante : la maison de célibataire à usage restreint. Dans chacune de ces maisons, un nombre limité de couples, deux, trois ou quatre, peut séjourner pendant une période plus ou moins longue dans une communauté quasi conjugale. A l’occasion, ces maisons peuvent servir d’abri à des couples plus jeunes désirant passer une heure ou deux dans une intimité amoureuse. Les couples se sont engagés dans une démarche intime, ils se doivent de respecter les autres couples et il n’y a donc pas d’échanges de partenaires. D’autre part, les couples ne s’y retrouvent que pour la nuit, faisant l’amour discrètement sans faire attention aux autres. Le jour chacun vaque à ses occupations dans sa maison. Aux îles Trobriand, un homme et une femme sur le point de se marier ne doivent jamais prendre un repas en commun. Cela froisserait gravement la susceptibilité d’un indigène, ainsi que son sens de la propriété. Nous blâmons une jeune fille qui partage le lit d’un homme ; l’indigène adresse un blâme non moins fort à celle qui partage le repas d’un homme.


[1] Il s’agit, en l’occurrence, des Îles Trobriand, qui se trouvent à l’Est de la Papouasie – Nouvelle Guinée. C’est dans ces îles que Malinowski a choisi de s’établir pour mener les observations qu’il décrit dans son livre.

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