Avoir un gros coeur, ou avoir le coeur gros…



Philippe André fait partie de ces réalisateurs de clips vidéo qui parviennent, dans ce laps de temps réduit qu’un morceau de musique de taille standard offre, à installer un paysage mental. Sans doute ce court métrage réalisé en couverture du morceau « Another chance » de Roger Sanchez constitue t-il sur ce point une expérience particulièrement réussie, montrant d’ailleurs au passage à quel point la musique populaire contemporaine peut souvent être conçue comme une pièce dans un dispositif plus large qui intègre le monde tout entier et s’intègre à lui en retour, dont la musique finit par être la bande originale. Ici , c’est le coeur de nos existences inquiètées par notre solitude qui constitue le territoire sur lequel la musique de Sanchez va se déployer, et de toute évidence, le clip l’emporte sur sa bande-son.

Pour ceux qui seraient en révision de cette partie du programme qu’est « le désir », il y a là une mise en forme qui permet de fixer durablement des éléments de réflexion. C’est une constante en art de pouvoir modifier la représentation de la réalité de telle manière que ce qui est d’habitude invisible finisse par crever les yeux; mais les matérialisations de l’invisible telles qu’en propose ce clip, si elles sont fréquentes, tombent aussi souvent dans le ridicule. Ici, le fait qu’on assume de bout en bout le caractère un peu mièvre de la quête amoureuse de cette jeune fille (qui est tellement en soif d’amour qu’elle en inquiète ceux qui pourraient l’aimer, au point de les faire fuir) permet d’accepter sans réticence cette image énorme, qui semble contre toute attente particulièrement réaliste et finit par former un paysage tout à fait cohérent, y compris quand on quitte l’univers du clip, et qu’on se replonge dans nos propres déambulations, dans nos villes peuplées, elles aussi, d’âmes errantes, attendant plus ou moins désespérément qu’une autre âme en peine les aborde, les bras chargés du vide encombrant de leur manque. Miraculeusement, dans ce clip, tout fonctionne, y compris les moments où le coeur disparait, laissant place à l’expression inquiète et fatiguée, sur ce visage, de la déchirure des sentiments et de la vacance du coeur.

3 commentaires On Avoir un gros coeur, ou avoir le coeur gros…

  • bonjour, bravo pour votre site, où je passe régulièrement, et où je nourris ma réflexion!
    Cependant, pour rester terre-à-terre, je trouve très difficile de lire du blanc sur noir (mes vieux yeux !)…

  • Merci, Yvonne, pour les encouragements, et pour la lecture. Pour ce qui est de la présentation, vous me mettez un peu dans l’embarras, car je ne pense pas remettre à plat toute la présentation, d’autant plus que, si je suis l’auteur des textes, l’aspect visuel du blog est l’oeuvre de quelqu’un qui y a passé vraiment pas mal de temps, et je suis assez content du résultat.
    Ce que je ferais, à votre place, c’est tout simplement selectionner tout le texte des articles que vous voulez lire plus profondément, et le copier coller dans un traitement de texte, vous l’aurez alors aux dimensions et couleurs requises.
    A vrai dire, je pense plus ou moins proposer un lien vers les fichiers word, un de ces jours, afin que ça soit plus aisément lisible pour ceux qui veulent vraiment travailler ces quelques textes publiés ici.

    En tous cas, merci d’autant plus que vous vous fatiguez physiquement en lisant ce blog ! 🙂

  • Thanks alot – your anserw solved all my problems after several days struggling

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