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Puisqu’il vous a été récemment proposé une bibliographie, à tendance plus sociologique que philosophique, relativement conséquente sur le thème du travail, Stan vous livre ici la note de lecture d’un des ouvrages qui y sont référencés, à savoir Le travail sans qualités : les conséquences humaines de la flexibilité, du sociologue américain Richard Sennett. D’emblée, deux mises en garde sont nécessaires, tout d’abord sur le travail de la note de lecture en lui-même : ce travail ne vise pas en premier lieu à faire la critique de l’ouvrage en question, mais cherche bien plutôt à en synthétiser le contenu, afin de mettre à disposition du lecteur « pressé » un condensé de la thèse et des arguments développés par l’auteur. Très prisée par les chercheurs en sciences humaines et sociales, la note de lecture est souvent appréciée au regard de sa capacité à résumer en quelques pages les idées-forces d’une étude qui en fait plusieurs centaines, permettant ainsi de « gagner du temps » en en évitant la lecture intégrale et minutieuse (laquelle sera forcément faite cependant si le chercheur a, pour les exigences de son enquête, besoin de se confronter à l’œuvre elle-même et non à son bréviaire). Soulignons donc qu’une note de lecture, aussi fidèle soit-elle aux propos de l’auteur, est par nature réductrice, toujours mâtinée qui plus est de la subjectivité de son rédacteur, et ne permet donc pas de faire l’économie d’une rencontre directe avec l’ouvrage si tant est que, pour une raison x, vous ayez besoin, ou envie, d’aller plus loin.

La seconde mise en garde porte sur l’ouvrage lui-même. En sociologie, pour parler relativement en connaissance de cause, il est d’usage de demander au sociologue ou à l’apprenti-sociologue de se défaire préalablement, quel que soit son objet d’étude, des préjugés ou prénotions qu’il ou elle peut nourrir, ex ante, à son endroit. La « neutralité axiologique », c’est à dire la neutralité en valeur, qui revient à exiger du chercheur de ne pas porter de jugement de qualité sur son thème de recherche (« c’est bon », « c’est mauvais ») et de rester « scientifique » dans la mesure du possible, est également un principe avec lequel on ne peut d’ordinaire transiger. Ce n’est en revanche pas le cas des essais, et Le travail sans qualités en est un. Richard Sennett, dans cet ouvrage, condamne à plusieurs reprises ce qu’il appelle le « néo-capitalisme flexible », le capitalisme contemporain, et cherche, plutôt que d’aborder le sujet avec impartialité et rigueur scientifique (qui est avant tout d’ordre méthodologique), à défendre la thèse selon laquelle les caractéristiques du capitalisme moderne sont néfastes à la constitution et à la stabilité des structures identitaires (au sens de « relatif à l’identité ») des personnes ou des individus. Il aurait sans doute été plus opportun de vous présenter un ouvrage se voulant plus neutre à l’égard de la thématique du travail, mais celui-ci, quoique partial, n’est cependant pas dénué d’intérêt et d’objectivité.

Encore une fois, si vous êtes intéressé par cet auteur et/ou cet ouvrage, je ne peux que vous inviter à dépasser cette note de lecture (cf. lien Pdf ci-plus bas) en allant puiser directement à la source. Sur ce, bonne lecture !

Pour accéder à la fiche de lecture, cliquez sur l’image ci-dessous, qui vous y mènera !

3 commentaires On Open space

  • Bonjour Harry (vous permettez que je vous appelle Harry?),

    Je viens de parcourir très (trop) brièvement cette belle note de lecture, qui m’a bien donné envie de courir acheter l’ouvrage de Sennett.
    Une toute petite remarque : J’avais été frappé en lisant quelques un des ouvrages de Zygmunt Bauman par sa critique de l’éclatement de la notion du moi (il me semble que cela est exposé assez clairement dans « Identités », mais cela se retrouve dans la plupart de ses ouvrages sur la liquidité) – ce que je retrouve un peu en filigrane dans ce qui est rapporté de l’ouvrage de Sennett (p12, « la
    possibilité qu’ils ont d’organiser un moi cohérent » par exemple). J’extrapole sans doute, mais il me semble assez intéressant, du coup, de peut-être confronter cet attachement à un moi unifié à ce que l’on trouve chez Judith Butler dans ses travaux sur Hegel (Je pense entre autres au « Récit de soi », où cela apparaît assez clairement). D’un autre côté, je pense d’un coup aux différents rôles sociaux endossés au long d’une journée moyenne d’un individu moyen (ici, il faudrait insérer une référence gratuite aux travaux de Goffman) – est ce que cette idée d’un moi unifié ne serait pas plutôt une construction qu’un attribut essentiel?

    En tout cas, merci encore pour ce délicieux blog!

  • Bonjour Etienne (si vous permettez que je vous appelle ainsi),

    Il semble que vous vous trompiez, du moins pour ce post, d’interlocuteur : « Stan » a fait récemment son entrée, aux côtés de l’inspecteur Harry, dans les colonnes de ce blog, et il est en l’occurrence l’auteur de cette note de lecture que vous avez qualifié, et je vous en remercie grandement, de « belle » 🙂

    Pour ce qui est de votre commentaire, je dois vous avouer (et m’en excuser) que vous êtes assez mal tombé ! J’ai eu feuilleté quelques livres de Zygmunt Bauman, mais je n’en ai jamais lu un seul dans son entièreté, et quant à Judith Butler, je ne la connais qu’à travers ses travaux sur le genre. Toutefois, la référence à Bauman me semble tout à fait pertinente : c’est bien la liquidité et la fluidité que le néo-capitalisme contemporain cherche, d’après Sennett, à valoriser. Et c’est précisément cette labilité, cette inconstance et cette incertitude qui, comme vous le citiez, et toujours d’après Sennett, empêche l’individu d’organiser un moi cohérent.

    Venant des sciences sociales, je ne peux qu’agréer à l’idée selon laquelle ce qu’on appelle le « moi » n’a rien d’une essence, et a tout d’un construit. Mais à la réflexion, ce n’est pas parce que les choses sont construites qu’elles n’existent pas. « L’existence précède l’essence », dirait peut-être l’inspecteur Harry 🙂

  • Je dois avouer que pour ma part, je n’ai encore rien lu de Bauman. Mais votre échange m’amène à ceci : le moi, depuis Pascal, n’a cessé d’être déconstruit. On peut, dès lors, soit se satisfaire de son absence, et en tirer de multiples conclusions politiques, aussi bien à droite qu’à l’extrême gauche (le sujet y est, tout de même, amplement attaqué, et je trouve qu’on s’en émeut assez peu, finalement), soit s’en émouvoir, et tenter de le retrouver, en morceaux, éparpillé façon puzzle dans de multiples fragments. Tout concourt aujourd’hui à en faire un artifice, aussi bien le travail qui le déconstruit, que les initiatives du type Facebook (d’ailleurs originellement liées au monde de l’emploi, aussi). Pour autant, comme le dit Stan, l’artificialité n’en fait pas nécessairement quelque chose qui n’existe pas, et en effet, on peut le voir comme une projection volontaire, comme une construction permanente. Je dirais assez volontiers, une tension. Et peut être faudrait il aborder les structures politiques qui enserrent l’humain davantage sous l’angle d’une critique de ce qui fait obstacle à cette tension, que d’une enquête sur ce qui démonte l’unité du moi, car d’unité, on peut craindre qu’il n’y ait pas.

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