Arendt à Jérusalem

1963_02_16_p323Sans nécessairement succomber au fétichisme de la marchandise, on peut être tenté après avoir vu sur grand écran l’incarnation d’Hannah Arendt par Barbara Sukowa dans le film réalisé par Margarethe von Trotta, de retrouver les mots d’Arendt tels qu’ils ont été publiés dans le New-Yorker en 1963, au lieu de les lire dans l’ouvrage intitulé Eichmann à Jérusalem. Pour ceux qui pensent pouvoir éprouver quelque chose de l’aura de l’objet originel sans en passer par l’acquisition, fort onéreuse, d’un exemplaire originel des cinq numéros dans lesquels on pouvait les lire, un raccourci est envisageable grâce au site d’archives du New-Yorker, qui propose ses anciens numéros à la lecture, tels quels. Ne manque plus que l’odeur de l’encre et la texture du papier entre les doigts.

Manque aussi, peut être, l’immersion dans les débats de l’époque, dont le film de Margarethe von Trotta permet d’approcher un peu les tensions, les incompréhensions et les ruptures aussi.

Première partie, édition du 16 février 1963 : http://archives.newyorker.com/?i=1963-02-16#folio=CV1. On y trouvera l’article p. 40 et suivantes.

Deuxième partie, édition du 23 février 1963 : http://archives.newyorker.com/?i=1963-02-23#folio=CV1. Page 40 et suivantes.

Troisième partie, édition du 2 mars 1963 : http://archives.newyorker.com/?i=1963-03-02#folio=CV1. Page 40 et suivantes.

Quatrième partie, édition du 9 mars 1963 : http://archives.newyorker.com/?i=1963-03-09#folio=CV1. Page 48 et suivantes.

Cinquième et dernière partie, édition du 16 Mars 1963 : http://archives.newyorker.com/?i=1963-03-16#folio=CV1. Page 58 et suivantes.

Evidemment, c’est en VO, mais les articles précédents auront permis de s’entraîner un peu à la lecture en anglais. Et comme on a pitié, pour ceux qui n’ont pas vu le film récemment sorti « sur les écrans », en voici la bande-annonce sous titrée :

On l’aura compris, Hannah Arendt n’est pas une biographie, dans la mesure où le film se concentre quasi exclusivement sur les temps qui ont précédé et suivi la couverture du procès d’Eichmann à Jerusalem. On aurait pu s’inquiéter de voir ce procès être reconstitué pour les besoins de la mise en scène, mais en réalité, les craintes sont ici inutiles, car Margarethe von Trotta, dans un grand souci de respect de l’histoire, a intégré à son propre film les images d’archive du véritable procès, dont la nature est toujours franchement reconnaissable, puisqu’elles sont en noir et blanc. De nombreux extraits de ces images sont disponibles sur internet. On pourra en suivre une sélection commentée dans le documentaire suivant :

Et si on veut offrir un angle supplémentaire à la réflexion sur ce moment de confrontation avec l’humanité d’un homme dont on se demande s’il est pleinement humain, il sera possible de lire l’ouvrage du grand absent du film de von Trotta, Gunther Anders, qui fut un temps le mari d’Arendt et qui publia deux lettres adressées au fils d’Adolf Eichmann, afin qu’il prenne la parole à la suite du procès de son père. Ce livre a ceci d’intéressant qu’il tisse des liens entre les actes des nazis et les structures inquiétantes qui mettent en mouvement nos sociétés après la guerre. Son titre à lui seul témoigne de cette ambition de mettre en évidence les échos d’un temps qu’on croit peut être trop facilement révolu : Nous, fils d’Eichmann.

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