Canots de sauvetage

« Eh bien ! petit bateau ! Prends garde… et il n’y a plus de terre ! »
Nietzsche – Le Gai savoir

L’équipage ayant bavardé tout l’hiver, il se trouva fort dépourvu lorsque l’heure du naufrage fut venue. Il alla crier à l’aide auprès des secours maritimes, les priant de leur jeter quelques bouées et canots de sauvetage.

Dans la houle de la fin d’année, ce n’est pas un port qu’on approche, mais un Cap Horn dont on sent bien qu’on pourrait perdre quelques plumes à tenter de le passer sans s’y être 463c6d3a-428d-11e1-b07d-d220f07e96a6suffisamment préparé. Mais voilà, quand les matelots ont cru neuf mois durant être passagers VIP du Pacific Princess tout en se plaignant de l’inconfort de cette galère, il est possible que les vents contraires et les récifs ricanent à l’avance de la façon approximative dont le navire se présente.

Le capitaine lui aussi est tenté de ricaner en douce, se donnant bonne conscience en citant Lucrèce qui ouvre  la deuxième partie de son De Natura Rerum (De la Nature des choses) sur ces fameux mots : « Il est doux, quand la vaste mer est soulevée par les vents, d’assister du rivage à la détresse  d’autrui », mais ce serait mal comprendre Lucrèce, et ce serait oublier que le capitaine n’est pas sur le rivage, et qu’il est lui-même censé être le dernier à quitter le navire quand il ne se donne pas pour mission de sombrer corps et bien avec lui. Il serait donc mal placé pour voir d’un mauvais oeil qu’on porte secours aux naufragés, quand bien même penserait-il que l’équipage est pour quelque chose dans son propre malheur. Comme écrivait Pacal au moment d’exposer les conditions de son fameux pari  : « vous êtes embarqué ».

Ces derniers jours, des nouvelles venues de la côte indiquent que des canots de sauvetage sont envoyés aux candidats du baccalauréat sous la forme d’un compte facebook (on se demande dès lors si on n’est pas en train de tomber de Charybde en Scylla, mais bref…) lié à la revue Philosophie magazine. On y promet quelques moyens de survie, tels que des fiches de révision, et des propositions de sujets, livrés pendant 24h aux analyses des élèves avant qu’un plan soit proposé permettant de se faire une idée de la dissertation qu’on pourrait produire une fois la problématique repérée. Des quizz, des questionnaires, des références et conseils utiles, tout ce qu’il faut pour colmater les brèches dans la coque, écoper l’eau infiltrée et permettre d’arriver à bon port.

Il faut avoir un compte facebook (on n’est pas obligé de l’ouvrir à son nom et prénom réels (enfin, si, on y est théoriquement contraint, puisque ça fait partie des exigences des conditions d’utilisation, mais on peut se permettre d’être un peu malin avec le respect de principes qu’on n’approuve pas…)), et « aimer » la page suivante :

https://www.facebook.com/philobac 

On rappellera simplement que, même si ces outils sont sans doute bien faits, on peut se demander si le tout dernier mois de sa scolarité dans le secondaire, il est vraiment judicieux de marcher en étant à ce point tenu par la main. Mais les choses étant ce qu’elles sont, si vraiment c’est nécessaire, il faut utiliser des béquilles. Mais il serait peut être aussi temps de prendre confiance en soi, parce qu’à terme, c’est par soi-même qu’il faudra penser.

Dans le même ordre d’idée, mais sous une forme qui semble plus proche de l’exercice proposé en fin d’année, une seconde salve d’émissions traitant des sujets du baccalauréat sera lancée, sur France Culture, dans le cadre de l’émission ‘Les Nouveaux Chemins de la Connaissance », du 7 au 11 Juin. On relaiera ici même ces émissions, mais les petits baigneurs pourront déjà en consulter le programme à cette adresse :

http://www.franceculture.fr/partenariat-nouveaux-chemins-de-la-connaissance-speciale-bac-philo.html

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