Transit de quatre heures en métropole

Heureux soient les fêlés,
Car ils laisseront passer la lumière.

Michel Audiard

Chers passagers,

Demain matin il fera déjà chaud lorsque vous découvrirez ces sujets qui passent leur dernière nuit en armoire sécurisée. De chambre forte en fortes têtes, ce qui importe demain, c’est que vous les envisagiez non pas comme des obstacles à franchir, mais comme des occasions à saisir.

C’est là le dernier conseil qu’on puisse vous donner : pour ceux qui auront passé l’année à suivre le cours, il est temps de s’en détourner, pour ceux qui se sont pliés aux méthodes, il carte_france_satelliteest temps de plier les méthodes à votre propre pensée. Bref, faites vous confiance, car c’est là le seul objectif de l’année passée : que vous puissiez légitimement vous sentir légitimes à penser, que vous fassiez autorité.

Il est probable que demain ait pour vous le visage d’un adversaire qui vous attend au tournant. Dîtes vous ce soir, avant de sombrer dans le sommeil, qu’en réalité, c’est exactement le contraire qui va se passer : c’est vous qui attendez l’occasion de montrer de quoi vous êtes capable. Et puisque c’est la philosophie qui ouvre le bal, vous savez bien que pour bien danser, il faut avant tout oser le faire. Alors, si philosopher consiste avant tout à penser, la première leçon à retenir demain, c’est qu’il faut tout d’abord oser penser. Non pas avoir cet aplomb consistant à imposer des vues toutes faites à son lecteur, en mettant en avant le personnage qu’on aime jouer, mais au contraire l’audace de mettre en retrait le personnage pour penser vraiment avant d’affirmer quoi que ce soit. Comme si on pensait pour la première fois, comme si la question posée n’avait en soi-même jamais reçu la moindre bribe de réponse. Et si la radicalité consiste à revenir à la racine des choses (et, étymologiquement, c’est à dire à la racine du mot, c’est le cas), alors demain, il s’agit avant tout de remonter à la racine de la pensée. Dites vous que l’opinion, elle, est à l’opposé, du côté de ces feuilles qui, périodiquement, tombent pour être remplacées par d’autres, plus vertes. L’opinion est la version caduque de la pensée.

Faites en sorte non pas d’avoir été simplement corrects, ni même satisfaisants, mais d’être fiers de ce que vous avez écrit. Ce n’est pas que ce soit le moment ou jamais, puisque bachelier ou pas, vous aurez toute la vie pour penser. Mais il n’y a pas de raison de négliger une épreuve depuis si longtemps préparée.

Bref, vous savez le rapport qu’a la pensée avec la lumière.

Alors, brillez.

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