Montée en puissance

Du couple de designers Charles et Ray Eames, on pourrait très bien ne retenir que leur fameux fauteuil Eames Lounge (670) et son repose-pied Ottoman (671), dans lesquels on s’installerait volontiers pour regarder ce qui suit, et tant qu’on y serait, se relire l’intégralité de sa 4.0.1bibliothèque, histoire d’avoir une bonne excuse pour n’en plus sortir.

Mais voila, Monsieur et Madame Eames ne se contentèrent pas de dessiner ce fabuleux fauteuil, ils ont aussi exercé leurs talents dans des courts métrages pédagogiques dont le plus connu demeure certainement ce qui suit : une plongée, puis une contre-plongée dans l’infiniment grand, puis l’infiniment petit, intitulées Powers of ten, réalisée en 1977 pour la firme IBM.

Impossible de regarder ce petit film sans avoir une pensée pour le fragment 71 des Pensées de Pascal (dans l’édition Brunschvicg), qui propose, très exactement, la même propulsion vers l’infiniment grand, jusqu’à ce que l’élastique qui nous relie à notre dimension habituelle nous ramène vers nous-mêmes, à une vitesse telle qu’on implose littéralement en dedans de soi, vers l’infiniment petit qui nous constitue.

Evidemment, si les Eames se concentrent sur ce qu’il y a à voir dans l’univers, Pascal, lui, s’intéresse plus sur la manière dont cet univers nous regarde, non pas qu’il pose sur nous un regard, mais plutôt au sens où, ces deux infinis, au milieu desquels l’homme se trouve en déséquilibre et en démesure, « ça le regarde ».

Comme ces deux formes, distantes de trois siècles, semblaient se faire écho, je les ai pour ainsi dire mariées.

Et comme Powers of ten était un peu court pour le texte de Pascal, j’y ai adjoint la version préparatoire, avec la voix féminine, qui a son charme elle aussi, et que j’ai retrouvée par hasard dans mon disque dur (et c’est une rareté, semble t-il). Si vous êtes sujets au mal de mer, il est encore temps de prendre une dose de nautamine, mais je crains qu’être sujet à ce vertige soit une prédisposition commune au genre humain sans exception, quand bien même nous mettons en oeuvre des divertissements désespérés afin d’y échapper, en vain.

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