Retour aux racines de la croyance

Le Père Noël peut sembler constituer un faible objet d’étude. Faisant l’objet d’un culte tout enfantin, il semble être un ersatz de divinité, un demi-dieu contemporain qui ne vaut pas la peine qu’on s’y intéresse. Pourtant, après tout, il est le dénominateur commun d’un très grand nombre d’humains, puisqu’il a constitué pour la plupart leur première véritable croyance : on a sincèrement affirmé qu’il pouvait combler des souhaits, récompenser une année de sagesse, procurer joie et bonheur à la totalité des enfants sur Terre, et ce en une seule nuit, armé d’un troupeau de rennes et d’un traîneau, tout ça habillé dans une tenue un peu voyante, et en se donnant comme contrainte de n’entrer dans les habitations que par les cheminées (et on ne sait jamais très bien comment il s’y prend pour franchir l’obstacle qu’est un foyer fermé, pour ne rien dire des logements qui, tout bêtement, n’ont pas de cheminée).. On y a majoritairement cru, alors que ce n’était pas crédible, dès lors, ce qui est intéressant dans cette croyance, au-delà du fait qu’elle nous a tous, pendant quelques années, mis d’accord, c »est précisément de se demander sur quoi elle s’appuie, quels sont ses ressorts, et quelle valeur on peut lui accorder. 

C’est à cet exercice que se livrent ici Gilles Vervisch et Raphaël Enthoven, dans l’émission Qui vive, qui propose une petite dose de philosophie, tous les samedis, sur Europe 1. Gilles Vervisch est l’auteur de ce qui constitue maintenant une petite collection de livres de philosophie qui ont pour point commun de s’appuyer sur des éléments de culture suffisamment commune pour pouvoir être appelé « populaire ». Et une des grandes qualités de son travail consiste à ne pas vouloir jouer au plus malin avec ses références, mais à être véritablement malin dans l’usage qu’il en fait. Ainsi, il y a une vraie puissance didactique dans les références qu’il utilise, et il parvient à montrer que les questionnements et réflexions philosophiques sont beaucoup plus proches de nous que nous ne le pensons spontanément. Ce faisant, et sans réduire ou simplifier le propos, il réussit à déployer des questionnements, des problématiques, mais aussi des argumentations classiques en montrant qu’on en trouve des expressions, des représentations, ou des échos dans la culture populaire, qu’il s’agisse du football, de la conduite automobile, de Star Wars ou, en l’occurrence, du Père Noël. 

A la fin de l’émission, se développe une idée vraiment fertile et intéressante, évoqueée par le film L’Histoire sans fin, dont je ne dis rien pour ne pas en gâcher l’éventuelle découverte. Se pose alors la question de la puissance mais aussi, finalement, de la valeur du récit, de la fiction. Souvent dévalués, le propos redore ici leur blason en soulignant leur importance radicale. Ainsi, depuis le Père Noël, l’émission parvient à cheminer à travers le récit de Peter Pan, de Star Wars et donc, pour finir, de L’Histoire sans fin, film un peu oublié, dont on révèle ici une importance un peu semblable à celle qui se trouve au coeur de ce classique qu’est désormais Le Monde de Sophie, de Jostein Gaarder

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