Est-ce en éradiquant les pulsions qu’on peut vivre vertueusement ? Réponse avec Freud

Une violente répression d’instincts puissants exercée de l’extérieur n’apporte jamais pour résultat l’extinction ou la domination de ceux-ci, mais occasionne un refoulement qui installe la propension à entrer ultérieurement dans la névrose. La psychanalyse a souvent eu l’occasion d’apprendre à quel point la sévérité indubitablement sans discernement de l’éducation participe à la production de la maladie nerveuse, ou au prix de quel préjudice de la capacité d’agir et de la capacité de jouir, la normalité exigée est acquise. Elle peut aussi enseigner quelle précieuse contribution à la formation du caractère fournissent ces instincts asociaux et pervers de l’enfant, s’ils ne sont pas soumis au refoulement, mais sont écartés par le processus dénommé sublimation de leurs buts primitifs vers des buts plus précieux. Nos meilleures vertus sont nées comme formations réactionnelles et sublimations sur l’humus de nos plus mauvaises dispositions. L’éducation devrait se garder soigneusement de combler ces sources de forces fécondes et se borner à favoriser les processus par lesquels ces énergies sont conduites vers le bon chemin.

Sigmund FREUD
L’Intérêt de la psychanalyse – 1913

Introduction

Ce qui permet d’intégrer Freud à l’ensemble des philosophes, c’est que les conséquences de la théorie qu’il construit vont au-delà des préoccupations premières qui furent les siennes, et que son activité l’a amené peu à peu à redéfinir globalement ce qu’on peut appeler un être humain. Il n’est pas étonnant dès lors que, partant de l’observation et des soins apportés aux hystériques de la fin du 19e siècle, son propos se soit peu à peu étendu à des considérations touchant tous les aspects de la vie humaine, et c’est précisément à cet élargissement des perspectives qu’il se livre dans le texte intitulé L’Intérêt de la psychanalyse, publié en 1913, dans lequel il aborde, entre autres, ce que sa discipline naissante peut apporter à l’éducation des enfants. Toute réflexion sur l’éducation est, aussi, une méditation sur ce qu’est censé devenir un être humain. Or, le point de départ de l’extrait que nous allons étudier est, précisément, un constat d’échec : l’éducation cherche à produire un être maître de lui-même, libéré des pulsions qui pourraient faire de lui un animal, et au contraire, on s’aperçoit que l’éducation telle qu’elle est menée au 19e siècle produit, surtout dans la population féminine, des comportements inadaptés, des vies profondément malheureuses, qui semblent échapper tout à fait à la volonté de ceux et celles qui les endurent. Mais l’intérêt de ce texte ne tient pas dans ce constat. Freud en effet propose d’une part une explication à ce phénomène : en croyant faire disparaître les comportements non souhaités, on enfouit en réalité les pulsions qui en sont la cause trop profondément pour pouvoir les maîtriser. Et d’autre part il ajoute à cette explication une solution, qui s’appuie elle-même sur une nouvelle conception des pulsions : celles-ci en effet sont a priori considérées comme essentiellement perverses, mauvaises. Son apport consiste à voir en elles des sources d’énergie, dont la valeur sera liée aux buts qu’on leur fixera, et à montrer que ces objectifs peuvent être nobles. Pour résumer, Freud aborde tout d’abord le sort des pulsions quand on les réprime, ce qui lui permet de définir le processus de refoulement, puis il propose de les cultiver afin d’exploiter positivement leur énergie, et c’est ainsi qu’il conçoit ce qu’on appellera la sublimation. Ces deux concepts, antagonistes, constitueront l’axe de l’explication que nous allons mener de cet extrait.

1 – Le refoulement

A – La sphère psychique, cause immatérielle des symptômes névrotiques

Freud choisit comme point de départ de son argumentation une observation tirée de sa pratique de clinicien : à la fin du 19e siècle en effet, dans la population bourgeoise européenne on constate que de nombreuses femmes développent des comportements profondément mélancoliques, perdant parfois l’usage de tel ou tel membre, souffrant d’incapacités sensorielles, motrices, cognitives, de difficultés à s’exprimer, à se contenir, à s’alimenter parfois aussi. Et à l’examen de ces patientes les médecins constataient qu’aucune cause physique ne permettait d’expliquer ces symptômes. A priori, ces patientes étaient censées se porter bien. D’où la conviction de ce temps-là : ces femmes faisaient tout simplement semblant d’être malades ; on parlait alors d’hystérie de simulation, c’est-à-dire de comportements désordonnés qui n’avaient aucune raison organique d’exister. Freud est le premier à émettre une hypothèse somme toute logique : et si, plutôt que décréter que ces femmes simulaient un mal fictif, on tirait la conclusion qui s’imposait en l’absence de causes matérielles : et si la cause de leur mal était immatérielle ? Donnons un nom à cette sphère immatérielle : si elle n’est pas physique, c’est qu’elle est psychique. C’est sur cette hypothèse que s’appuie l’entrée en matière de Freud dans cet extrait : dans le cadre des ses études, et de son travail de praticien, il a pu constater que ces souffrances ne tombent pas du ciel : il y a un mécanisme dont ces pathologies sont le résultat. Et l’origine de cet enchainement de causes à effets se trouve dans les méthodes éducatives auxquelles on recourt pour diriger les enfants dans le droit chemin.

B – Comment l’éducation traditionnelle gère les pulsions

En effet, l’hypothèse freudienne s’appuie sur un processus psychique que Freud appelle le refoulement, et c’est là l’objet de la première moitié du texte. Il faut tout d’abord comprendre qu’aucune pulsion n’est par définition destinée à être refoulée. Le refoulement est lui-même un processus qui a lieu à certaines conditions, et ce sont ces conditions que définit tout d’abord Sigmund Freud : une éducation particulièrement sévère favorise le refoulement. Pourquoi ? Parce qu’une telle éducation se donne comme objectif l’éradication de toute forme de comportement considérée comme socialement non souhaitable. Et elle pense que les comportements non souhaitables viennent des pulsions. Ainsi, déjà au 19e siècle, l’expression des pulsions sexuelles est évidemment prohibée, et ce tout particulièrement chez les femmes. Et pour que les femmes adultes ne manifestent aucun attrait pour une vie sexuelle épanouie, il faut attaquer ce soi-disant mal à la racine : dans l’enfance. Freud va révolutionner la façon dont on va considérer les pulsions enfantines. L’enfant est en effet pour lui cet être humain chez lequel les pulsions s’expriment sous la forme d’une pure et simple recherche de plaisir, par la mise en action des organes qui, dans le corps, procurent ce plaisir. Ainsi, l’enfant met des choses dans sa bouche parce que c’est une zone érogène. Et dès lors, il s’alimente. Et il en va de même pour d’autres fonctions vitales, qui sont mises en œuvre parce que les organes qui y sont affectés procurent, eux aussi, du plaisir : l’élimination des déchets corporels, ou la vie sexuelle.

C – Comment on échoue à faire disparaître les pulsions

Il n’est pas absurde qu’on mette de l’ordre dans ces pulsions, car la recherche du seul plaisir personnel ne peut suffire pour qu’on vive ensemble. Par exemple, chacun comprend bien que les pulsions sexuelles doivent être encadrées. Sinon, chacun deviendrait pour autrui une proie. De même, les « besoins » corporels ne peuvent se satisfaire n’importe comment, pour des raisons d’hygiène, mais aussi de convenances. Enfin, même le plaisir buccal est encadré par l’éducation : on fait en sorte que les enfants ne sucent plus leur pouce, ou que les jeunes filles mangent leur glace sans que cette activité puisse être observée comme un geste obscène. De façon générale d’ailleurs, la culture européenne depuis Socrate a eu tendance à privilégier le développement de l’esprit, délaissant celui du corps, dont on a eu tendance à mépriser, et maîtriser les élans : les pulsions ont été considérées comme des énergies animales, donc sous-humaines, les passions ont été considérées comme des égarements dont il fallait préserver chacun par une éducation qui plierait l’individu aux contraintes de la civilisation, de force s’il le fallait. L’éducation classique prenait donc la forme d’une contrainte autoritaire, parfois violente physiquement et psychiquement, qui avait pour objectif l’éradication de ces énergies considérées comme perverses. Mais c’est précisément là qu’intervient l’observation freudienne : L’éradication est impossible, car là où on pensait faire disparaître les pulsions indésirables, on ne fait que les déplacer hors du champ de vision. Dès lors, si la maîtrise de soi devait avoir pour condition la disparition des pulsions, celle-ci étant illusoire, la discipline n’est, elle aussi, qu’apparente. En réalité, le refoulement empêche d’accéder aux pulsions, mais le fait qu’on n’en ait pas conscience ne signifie pas qu’elles ne sont plus là. Elles agissent toujours, de façon larvée, latente, et elles produisent des effets dont on ne sait pas, dès lors, quelles sont les causes. Ainsi, des rêves récurrents semblent surgir de nulle part, une paralysie d’un membre semble se manifester sans raison, un trouble de l’alimentation, de la mémoire ou une tristesse permanente, empêchant toute forme de plaisir ou de réjouissance paraissent être de simples caprices, rien ne pouvant les expliquer. Tous ces « préjudices de la capacité d’agit et de la capacité de jouir » sont ce que Freud appelle des névroses, c’est-à-dire des disfonctionnements du comportement, qui sont provoqués par les pulsions refoulées. L’éducation traditionnelle vise un comportement « normal », mais elle produit des êtres malades.

Transition

On comprend mieux pourquoi Freud dit de cette forme d’éducation qu’elle se fait « sans discernement » : à strictement parler, elle ne sait pas ce qu’elle fait puisqu’elle croit faire disparaître les pulsions, alors qu’au contraire elle en augmente la puissance en les mettant en situation de s’exprimer hors de tout contrôle. Mais il ne faudrait pas croire que Freud se contente de constater l’échec de cette pédagogie, ni qu’il souhaiterait que ces pulsions soient vécues telles quelles. Plutôt que l’opposition binaire de l’autorisation ou de l’interdiction, il va proposer ce qu’on peut considérer comme un détournement des pulsions, qu’il va appeler « sublimation ».

2 – La sublimation

A – Les pulsions ne sont pas mauvaises en elles-mêmes

Il annonce en effet un second enseignement, qui est plus surprenant que le premier. Car il ne remet pas seulement en question la façon dont l’éducation traditionnelle échoue : ce qu’il conteste aussi, c’est le présupposé sur lequel cette pédagogie s’appuie : les pulsions seraient par nature mauvaises. Freud ne s’oppose pas frontalement à cette affirmation. En réalité, sa propre conception des pulsions est plus complexe, et plus nuancée que ça, et c’est ce que nous allons essayer d’expliquer, afin de comprendre comment elles peuvent constituer « une précieuse contribution à la formation du caractère ». Si elles sont considérées comme asociales et perverses, c’est parce que leur objectif premier est le plaisir individuel. Comme on l’a vu, venant du corps, elles suscitent une satisfaction physique qui est procurée par l’excitation des organes érogènes qui sont le centre de ces pulsions. Or ce plaisir est nécessairement vécu par soi-même, et il est donc originellement recherché pour soi-même. Il est évident que si tout le monde vivait ainsi, la vie serait impossible, car chacun ne poursuivant que son propre plaisir, serait aussi, l’objet potentiel de la satisfaction d’autrui, cet égocentrisme universel conduisant nécessairement à une guerre de prédation de tous envers tous. Une telle vie serait absolument asociale, au sens ou la socialité impose de développer une aptitude à vivre avec les autres dans une forme de relation qui ne se réduise pas à la tentative permanente d’exploiter l’autre. Mais si on ne peut pas abolir les pulsions, les faire disparaître pour de bon, puisqu’il va bien falloir cohabiter avec elles, alors il va être nécessaire d’en faire des alliées, de les mettre au service de la vie sociale à laquelle l’éducation doit conduire. Il se trouve que la conception freudienne des pulsions va permettre une telle dynamique.

B – Passer des buts primitifs à des buts plus précieux

En effet, cet horizon asocial des instincts n’est pas, pour Freud, leur caractéristique essentielle. Dès lors, il est pour lui possible de détourner les pulsions « de leurs buts primitifs vers des buts plus précieux ». Le but primitif des pulsions, c’est donc le plaisir personnel, la satisfaction du corps, telle que l’enfant ne peut la ressentir qu’à titre purement personnel. Alors, si un tel processus doit être détourné, c’est qu’il s’agit de le mettre au service d’autre chose que soi-même. Mais au service de quoi, ou de qui le mettre alors ? Des autres, tout simplement, pour lui donner la dimension sociale qui lui manque dans l’enfance. Pour Freud, les pulsions ne sont pas de simples mauvaises manières, mais des énergies, qu’il décrit même comme des « sources de forces fécondes », par conséquent, il pense qu’il est possible de leur fixer des objectifs qui dépassent le simple intérêt personnel, pour qu’elles soient mises au service d’une cause plus grande, plus valable, davantage orientée vers les autres êtres humains. Ce processus, Freud le nomme « sublimation », et il consiste en un détournement astucieux de ces forces, afin de les arracher à leur devenir égoïste pour les mettre au service de tous. Donc, une pulsion n’est pas en soi perverse. Elle l’est si elle est vécue telle quelle par un adulte qui chercherait, comme un enfant le fait, son strict plaisir personnel, sans aucune reconnaissance envers le fait que les autres êtres humains, eux aussi, sont dans une quête semblable. C’est ainsi que ce texte permet de comprendre ce qu’est la perversion : un mode de vie enfantin, vécu par ceux-là même qui ne sont plus des enfants ; un ensemble d’attitudes asociales, car égocentrées, vécue par des êtres qui, par ailleurs, devraient avoir pleinement compris la nécessité de la vie en société. Mais si la perversion est condamnable, c’est précisément parce qu’une autre voie est possible : la sublimation.

C – La vertu tire des pulsions leur énergie

C’est là le point d’arrivée de la réflexion de Freud : la socialisation des pulsions. Ce détournement, Freud le mentionne de deux façons différentes. La première en écrivant une formule qui semble énigmatique, dans la mesure où elle repose sur une contradiction : « Nos meilleures vertus sont nées comme formations réactionnelles sur l’humus de nos plus mauvaises dispositions ». On l’a dit : Freud refuse d’opposer d’un côté les qualités morales de l’être humain socialisé, et de l’autre les pulsions originelles qui ont permis à chacun de se maintenir en vie. Parce que les opposer, ce serait supposer que choisir les vertus sociales, ce serait rompre avec les pulsions. On l’a vu, une telle rupture est impossible. Ce serait comme si, pour mieux se lever pour marcher, on amputait les jambes du reste du corps dans l’espoir de les libérer de ce poids qui ne sert pas à se déplacer. Dès lors, Freud doit faire de ces premiers mouvements égocentriques la racine de l’aptitude humaine à se dépasser dans la vie sociale. Deux exemples auraient pu être donnés de cette possibilité. Le premier, ce sont toutes les activités qui permettent de défouler de façon partagée les énergies qui pourraient tout aussi bien être consacrées à sa propre autosatisfaction. L’art, le sport, la force mise au service de la collectivité, comme le font ceux qui travaillent dans les forces de l’ordre. Dans tous ces domaines, les énergies qui pourraient rester concentrées sur la seule petite satisfaction personnelle sont réorientées vers une dimension supérieure, qui concerne toutes les échelles de la communauté humaine, de la vie intime du couple, jusqu’à la sphère entière de l’humanité. L’autre exemple, ce sont les bonnes manières telles qu’on les pratique dans l’art de la politesse. Comme on le sait, le geste cordial de la poignée de mains est en réalité une précaution qui date du temps où on sortait dans la rue armé d’une épée : tant qu’on tenait dans sa main droite la main droite de son interlocuteur, on l’empêchait d’empoigner son arme, et on se protégeait soi-même en acceptant que l’autre le fasse aussi. De même, on frappait les coupes de boisson l’une contre l’autre en se souhaitant « A ta santé » du temps où on avait l’habitude asociale d’empoisonner ses invités. La vie socialisée ne s’impose pas en s’opposant aux pulsions. Elle se construit au contraire en s’appuyant sur ces énergies primordiales, et en les sublimant dans l’action collective. Pour prendre l’exemple le plus simple : contre ce qu’en disent les moralistes qui souhaiteraient éradiquer les pulsions, l’instinct sexuel n’est pas en lui-même mauvais, ni chez les hommes, ni chez les femmes. Dès lors, l’institution qu’est la famille n’a pas à se concevoir et se construire en opposition à la pulsion sexuelle. Au contraire, elle existe grâce à cette pulsion, et elle offre à celle-ci un cadre légitime dans lequel elle pourra s’accomplir. Inversons cette affirmation : c’est parce que nous sommes menés par la pulsion sexuelle que nous fondons des familles, qui en sont la sublimation. Dès lors, une éducation à ce qu’on appelle les « valeurs familiales » ne peut se faire en faisant de la vie sexuelle un tabou, ou un mal dont il faudrait protéger les enfants. Et elle ne doit pas non plus inciter à ne chercher que son plaisir personnel, et à entretenir une quelconque complaisance envers la satisfaction immédiate et bestiale de cette pulsion. Elle doit mettre cette énergie au service de la construction sociale de l’enfant, en la connectant à ses horizons les plus élevés : le plaisir partagé, la communion avec autrui, et potentiellement, l’enfantement.

Conclusion

Ainsi, tout en remettant en question les méthodes suivies par ceux qui veulent que la vie humaine suive un certain ordre moral, Freud ne remet pas en question cet ordre. Au contraire, il propose une voie pédagogique permettant d’atteindre cette qualité morale sans pour autant s’amputer des pulsions qui nous font vivre. C’est d’ailleurs là ce qui pourrait être reproché à Freud : finalement, il est bel et bien favorable à l’ordre moral, il est seulement en désaccord sur l’art et la manière de l’obtenir. Mais en intégrant les pulsions à cette dimension morale de l’être humain, il permet au moins ceci : empêcher chacun de devoir se construire socialement dans le divorce d’avec ce qui, en chacun, est source de plaisir. Philosophiquement, la question morale que suppose ce texte reçoit une réponse originale : en refusant d’opposer la vie sociale et vertueuse d’un côté, et les pulsions permettant au corps d’accomplir ses fonctions essentielles de l’autre, il permet de renforcer la sphère individuelle et la vie sociale simultanément, mettant les forces égocentriques au service de tous. Ce faisant, Freud réintègre le corps dans la vie civilisée, il lui donne droit de Cité. Contrairement à la pensée traditionnelle qui sacrifiait le corps pour l’esprit, et abandonnait le plaisir personnel pour privilégier l’ordre social, Freud permet la réunification de l’individu au sein de la vie sociale ; corps, et âme.


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