Sur le tas

Entre 1934 et 1935, Simone Weil, alors enseignante en philosophie, abandonne provisoirement la carrière de professeur pour devenir ouvrière, tout d’abord chez Alstom, sur presse, puis à la chaine, chez Renault. Engagée, elle s’était déjà rendue en Allemagne en 1932 pour y observer la manière dont l’idéologie nazie trouvait là un terreau pour croitre, mais c’est à la condition ouvrière qu’elle voulait désormais consacrer sa pensée, qu’elle ne pouvait concevoir sans partager, sur le tas, la condition de ceux qui, s’épuisant au travail, n’y gagnaient néanmoins que tout juste de quoi assurer leur survie. L’expérience ne dura qu’un an, la santé de Simone Weil ne lui permettant pas de s’atteler davantage à la tâche. Néanmoins, par solidarité, ayant repris son travail d’enseignante, elle refusa alors de gagner « plus que les chômeurs du Puy », et s’obligea à ne conserver que 5 francs par jours de son salaire, reversant le reste à des caisses de solidarité ouvrière.

Confrontation au réel, l’expérience n’est cependant pas, chez Simone Weil, réductible à une simple plongée. Elle ne le sait pas encore au moment où elle effectue cette expérience, mais l’expérience du réel ne sera jamais, pour elle, uniquement celle de l’expérience concrète : il y a, au delà des souffrances, au delà des maltraitances dont les hommes sont capables entre eux, une « force » en oeuvre, qui irrigue le bien parmi eux. Relevant toujours de l’effort, particulièrement dans ces conditions où l’épuisement pourrait conduire au laisser-aller, la solidarité semblera témoigner, pour Simone Weil, de la nécessité d’un réel qui ne se limiterait pas à la matière que l’on travaille, pas plus qu’aux idées que manipule le philosophe. C’est ainsi sur les chaines de montage que se constitue, sans doute, le début de ce que certains considéreront comme une expérience mystique, quand d’autres y verront l’expression de l’espoir maintenu, y compris là où les pespectives semblent singulièrement fermées.

La Condition ouvrière, de Simone Weil étant disponible en format pdf, je le laisse ici en lien (cliquez, comme toujours, sur la couverture reproduite ci-contre, et vous l’ouvrirez). Ca ne me semble pas pouvoir remplacer l’achat d’un exemplaire d’occasion, déjà annoté, ou l’emprunt en bibliothèque, mais ça permet déjà de travailler un peu. Si on est pris par le temps (et nous sommes pris pas le temps, de manière générale), on conseillera en particulier cet article, tout d’abord publié, en Juin 1936, dans la Révolution prolétarienne (n° 224), puis dans les Cahiers de Terre Libre (n°7) (réservez vous une demi-journée, googlez ces références, et emmagazinez tout ce que vous pouvez sur cette période, vous comprendrez un certain nombre de choses), intitulé La vie et la grève des ouvrières métallos (sur le tas) . Dans le pdf fourni ci-contre, ce texte se situe p. 143 et suivantes.

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