Décalage horaire – Washington

A moins d’un mois de l’examen, on ne sait plus si on regarde les sujets qui tombent ailleurs dans le monde, les uns après les autres,  par méthode ou par masochisme. Disons que c’est une sorte d’heuristique de la peur, une façon de se préparer au pire. Sur les sujets tombés ce matin à Washington, c’est à dire pendant notre après-midi, le principe peut fonctionner, certains sujets ayant de quoi inquiéter les candidats comme ceux qui les préparent à l’examen. Tant mieux ! D’abord parce que, après tout, ce sont tous des sujets possibles. Et puis parce que ce dernier mois, il faut justement le consacrer à un objectif étrange : se préparer à tout. 

Passons donc aux exercices pratiques, voici les sujets 2018 pour l’Amerique du Nord :

Sujets de la filière S : 

Sujet n°1
Avons-nous besoin de l’art pour nous faire une idée du beau ?

Sujet n°2
Est-ce le corps qui produit la pensée ?

Sujet n°3

Expliquer le texte suivant :

« On dit volontiers: ma volonté a été déterminée par ces mobiles, circonstances, excitations et impulsions. Cette formule implique que je me suis comporté de façon passive. Mais, en réalité, mon comportement n’a pas été seulement passif: il a été actif aussi, et de façon essentielle, car c’est ma volonté qui assume telles ou telles circonstances comme mobiles, qui les fait valoir comme mobiles. Il n’y a pas de place ici pour la relation de cause à effet. Les circonstances ne jouent pas le rôle de cause, et ma volonté n’est pas l’effet de ces circonstances. La relation de cause à effet implique que ce qui est contenu dans la cause en suive nécessairement. Or, par ma réflexion, je peux aller au-delà des déterminations posées par les circonstances. Quand un homme allègue qu’il a été entraîné par des circonstances, des excitations, etc, il entend rejeter, pour ainsi dire, sa propre conduite hors de lui-même; il se réduit ainsi à l’état d’être non-libre, purement naturel, alors que sa conduite, en vérité, est toujours sienne, non celle d’un autre ni l’effet de quelque chose d’extérieur à lui. Les circonstances ou mobiles n’ont jamais sur l’homme que le pouvoir qu’il leur accorde lui-même. »

Hegel, Propédeutique Philosophique, 1810

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question. 

Sujets de la filière ES : 

Sujet n°1
La technique n’est-elle qu’un moyen ?

Sujet n°2
Les faits existent-ils indépendamment de toute interprétation ?

Sujet n°3

Expliquer le texte suivant :

Je ne pense pas que la justice soit si différente du cercle, de l’ellipse, et des vérités de ce genre. Car il est vrai qu’il y a une justice, et chacun la reconnaîtra en ces deux frères partageant l’héritage. L’un d’eux dit à l’autre : « Tu fais les parts, et moi je choisirai le premier ; ou bien je fais les parts, et tu choisis. » II n’y a rien à dire contre ce procédé ingénieux, si ce n’est que les parts ne seront jamais égales, et qu’elles devraient l’être ; et on trouvera aussi à dire que les deux frères ne seront jamais égaux, mais qu’ils devraient l’être. L’utopie cherche l’égalité des hommes et l’égalité des parts ; choses qui ne sont pas plus dans la nature que n’y est le cercle. Mais l’utopiste sait très bien ce qu’il voudrait ; et j’ajoute que si on ne veut pas cela, sous le nom de justice, on ne veut plus rien du tout, parce qu’on ne pense plus rien du tout. Par exemple un contrat injuste n’est pas du tout un contrat. Un homme rusé s’est assuré qu’un champ galeux recouvre du kaolin ; il acquiert ce champ contre un bon pré ; ce n’est pas un échange. Il y a inégalité flagrante entre les choses ; inégalité aussi entre les hommes, car l’un des deux ignore ce qui importe, et l’autre le sait. Je cite ce contrat, qui n’est pas un contrat, parce qu’il est de ceux qu’un juge réforme. Mais comment le réforme-t-il, sinon en le comparant à un modèle de contrat, qui est dans son esprit, et dans l’esprit de tous ? Est-ce que l’idée ne sert pas, alors, à mesurer de combien l’événement s’en écarte ? Comme un cercle imparfait n’est tel que par le cercle parfait, ainsi le contrat imparfait n’est tel que par le contrat parfait.

Alain, Propos, 1932

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question. 

Sujets de la filière littéraire : 

Sujet 1 :

L’homme politique doit-il être efficace à tout prix ?

Sujet 2 :

Sommes-nous condamnés à subir le temps ?

Sujet 3 :

Expliquer le texte suivant : 

« Nous ne vivons pas d’abord dans la conscience de nous-même – ni même d’ailleurs dans la conscience des choses – mais dans l’expérience d’autrui. Jamais nous ne nous sentons exister qu’après avoir déjà pris contact avec les autres, et notre réflexion est toujours un retour à nous-même, qui doit d’ailleurs beaucoup à notre fréquentation d’autrui. Un nourrisson de quelques mois est déjà fort habile à distinguer la bienveillance, la colère, la peur sur le visage d’autrui, à un moment où il ne saurait avoir appris par l’examen de son propre corps les signes physiques de ces émotions. C’est donc que le corps d’autrui, dans ses diverses gesticulations, lui apparaît investi d’emblée d’une signification émotionnelle, c’est donc qu’il apprend à connaître l’esprit tout autant comme comportement visible que dans l’intimité de son propre esprit. Et l’adulte lui-même découvre dans sa propre vie ce que sa culture, l’enseignement, les livres, la tradition lui ont appris à y voir. Le contact de nous-même avec nous-même se fait toujours à travers une culture, au moins à travers un langage que nous avons reçu du dehors et qui nous oriente dans la connaissance de nous-même. Si bien qu’enfin le pur soi, l’esprit, sans instruments et sans histoire, s’il est bien comme une instance critique que nous opposons à la pure et simple intrusion des idées qui nous sont suggérées par le milieu, ne s’accomplit en liberté effective que par l’instrument du langage et en participant à la vie du monde. »

Maurice MERLEAU-PONTY, Causeries (1948) 

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question. 

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