Contrôle continu

Il y a quelques jours, en faisant quelques recherches sur le concept même de confinement, je m’apercevais que dans sa traduction anglaise, Gilles Deleuze parle de « confinement« , et ce mot dans cette édition traduit le mot français « enfermement« .  Il me semblait dès lors intéressant de creuser un peu ce filon, et de revenir au texte français, édité en 1990. Et il s’avère qu’il est d’une troublante actualité, et ce pour de multiples raisons ; et bien entendu, comme chaque fois que

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« Nous sommes tous malades »

Par les temps qui courent, il est difficile de ne pas cliquer sur un tel titre. Pourtant, il ne s’agit pas tout à fait de la maladie à laquelle on pense, ces jours ci, mais de quelque chose de plus profond, qui a peut-être quelque chose à voir avec ce que nous sommes en train de vivre, pas tant du côté de notre santé, que du côté de notre civilisation. Puisque nous sommes plongés dans un processus un peu sauvage

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La technique nous rend-elle libres ?

Avertissement habituel pour ceux qui tomberaient sur cet article par hasard : aucun traitement d’un sujet de dissertation n’est LE modèle de ce qu’il fallait faire. En l’occurrence c’est une proposition qui s’accorde à ce que je voulais faire avec mes élèves dans le cadre d’une progression précise qui permette d’aborder certains auteurs. Je conseille donc de suivre les liens qui se trouvent dans le document, afin de lire les textes auxquels l’argumentation fait référence. Ils sont plus importants que

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Être convaincu, ou être responsable

Agir éthiquement n’est pas chose aisée, car la définition même d’un acte conforme à l’éthique oscille entre deux principes antagonistes, qui peuvent engager des actes eux-mêmes strictement opposés. C’est du moins cette distinction pour lui fondamentale que Max Weber présente dans son ouvrage Le Savant et le politique. Utile pour alimenter une réflexion sur la vie pratique et la définition de l’acte moral, on peut aussi tirer de cette distinction une méditation sur le rapport qu’entretient la liberté avec la

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Ten, nine, ignition sequence start

Doit-on nécessairement opposer l’élévation spirituelle de l’humanité et son activité technique ? On peut être tenté de le faire, tant l’une semble libre, désintéressée et immatérielle, tant l’autre est au contraire contrainte, fondée sur l’intérêt utilitaire et économique et déterminée par les conditions matérielles d’existence. On a d’autant plus tendance à concevoir ce rapport comme une opposition que dans ce monde devenu industriel et technologique, l’homme semble égaré, comme s’il était dépourvu des outils permettant de vivre dans son propre

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Qu’y peut-on ?

On pense facilement qu’il y a d’un côté les produits de la techniques, outils et machines, et de l’autre l’homme. Et on en tire tout aussi facilement comme conséquence que les outils et machines ne sont rien d’autre que ce que l’homme en fait. Derrière cette affirmation, il y a l’idée que l’homme est invariant, que ce qu’il est ne dépend pas des circonstances et du monde dans lequel il se trouve. C’est cet a priori que Jacques Ellul, grand

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Dark age

Dans le cadre d’une réflexion contemporaine sur la technique, il est difficile de passer à côté du travail de Günther Anders. D’abord parce qu’après Hiroshima, c’est à cette question qu’il s’est entièrement consacré, mais aussi parce que la façon dont il l’a fait ambitionne d’observer la totalité de la culture européenne dans une perspective dont ce qu’il est arrivé de monstrueux au XXème siècle serait le point de fuite. Parce qu’il y a quelque chose qui est de l’ordre d’une

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La contrainte volontaire

On utilise souvent la référence aux textes de John Locke pour traiter les questions portant sur le rapport a priori antagoniste qu’entretiennent la loi et la liberté. Et ces textes sont effectivement très intéressants à étudier dans cette perspective, tout particulièrement en classe puisqu’ils sont d’une grande clarté et parviennent à convaincre des classes souvent portées par le sentiment que le règlement intérieur du lycée est tout de même très liberticide, que les lois sont pourtant non seulement nécessaires, mais

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La Guerre du feu

On a fait du mythe de Prométhée le récit de l’avènement de l’homme à la technique, en oubliant un peu qu’il a une dimension politique, dans la mesure précisément où Prométhée ne parvient pas à faire don aux hommes de l’art politique que maîtrisent les dieux. Protagoras, dans la dialogue de Platon qui porte son nom, n’oublie pas cette dimension. Et s’il fait bien le récit de la façon dont l’homme se trouvera, finalement, mieux pourvu que les autres en

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Pourquoi se gréver ?

Parfois, les circonstances font qu’on relit un texte et qu’il résonne soudain différemment, comme s’il parlait d’autre chose que l’objet qu’on avait jusque là reconnu en lui. Ainsi, ce passage célèbre du Capital de Marx, un grand classique souvent évoqué en cours d’année de terminale, peut être regardé sous un angle nouveau aujourd’hui, à la lumière d’un épisode de grève tel qu’on n’en avait pas connu depuis longtemps. La grève est une mise en tension du travail. On sent spontanément

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Thunberg vs. Jakobson

Il se trouvait qu’au moment où on abordait les fameuses six fonctions du langage chez Jakobson, on avait en tête les images de la dernière prise de parole publique de Greta Thunberg, prononcée quelques semainses plus tôt au siège de l’Organisation des Nations Unies. Les quatre minutes et des poussières de son intervention, étonnante de densité malgré les silences qui la structurent, sont restées dans la mémoire de ceux qui les ont vues. Greta Thunberg n’a jamais eu l’air très

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Le travail divise-t-il les hommes ?

Un sujet du baccalauréat traité en choisissant, comme fil rouge, l’oeuvre de Charlie Chaplin. Pour autant on y fera le lien entre Les Temps modernes et le film récent qui le cite de multiples façons, le Joker de Todd Philips. On laisse le lecteur saisir le plan par lui-même, ou bien accéder en fin d’article au document pdf qui contient la structure en marge. Quand on regarde Les Temps modernes, réalisé en 1936 par Charlie Chaplin, sans forcément s’en apercevoir

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Ce qui demeure

Il y a chez Hannah Arendt une inquiétude profonde face à ce qu’elle voit à l’oeuvre dans l’époque moderne : peu à peu, l’exécution des tâches quotidiennes grignote le temps disponible, et remplace l’activité noble qui caractérise, en propre, l’être humain. Dans l’extrait qui suit, elle distingue nettement les produits de consommation des oeuvres d’art, et indique nettement que c’est dans la durabilité que s’inscrit la culture. Pour le dire plus clairement : aucune culture ne peut se fonder uniquement

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Passe-temps

Les catégories pensées par Hannah Arendt pour structurer ce qu’elle appelle Vita activa sont très utiles pour penser les sujets portant sur le travail. Nous les utilisons ces jours-ci pour mener à bien, et à sa conclusion, le traitement du sujet Le travail divise-t-il les hommes ? Dans le passage qui suit, elle diagnostique un des maux du monde moderne : la disparition de toute autre forme d’activité que ce qu’elle appelle « travail », qu’elle conçoit comme une simple exécution de

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Diviser pour mieux unir

Toujours dans le cadre de la réflexion sur ce sujet de dissertation, Le travail divise-t-il les hommes ? il est intéressant de s’appuyer sur cet extrait de la République, de Platon. Socrate et Adimante y mettent en évidence ce paradoxe : cette activité qui divise les hommes, chacun se spécialisant dans une activité spécifique, est aussi celle qui fonde la cité dans la nécessité de l’échange des produits de ce travail. Une bonne base pour proposer une troisième partie vraiment

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Let’s play master and servant

Ce qui suit est, comme on dit, un gros morceau. Hegel n’est pas très facile à lire, et réclame souvent un accompagnement. Ce passage de la fameuse Dialectique du maître et de l’esclave est évoqué ici parce que nous l’utilisons pour traiter un sujet précis (Le travail divise-t-il les hommes ?). On y comprend, entre les concepts, que le travail est ce qui permet à l’humain de se reconnaître en tant que tel. On devine donc que la référence à

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Concevoir ou exécuter

Marx semble parfois envisager le travail sous un angle exclusivement critique. Pourtant, on oublie qu’il fait preuve d’une grande nuance sur ce point, en distinguant les conditions d’organisation du travail d’un côté, et ce qu’est réellement cette activité quand elle n’est pas encadrée par une volonté de spoliation des travailleurs par ceux qui les exploitent. Ci-dessous, il montre que, fondamentalement, il y a dans le travail la source même de l’humanisation de l’homme, et ce qui le distingue du règne

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Usine d’aliénés

Comme souvent, Marx va au-delà de la simple analyse. Parce qu’il pratique très volontiers l’ironie, il met à jour ce qui se tient, larvaire, sous nos yeux, dans les mécanismes humains de notre bon vieux monde. Ce qui suit semble être un regard extrêmement désillusionné sur le monde du travail. Mais peu à peu, derrière le tableau sombre des relations entre l’employé et l’entreprise pour laquelle il travaille on devine ce que pourrait être le travail s’il n’était pas organisé

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La déchéance du travailleur

Deux extraits des Politiques d’Aristote, au cours desquels il revient sur la question de l’esclavage. Bien qu’il distingue l’homme de l’esclave, il est important d’avoir en tête qu’il ne le conçoit pas comme esclave « par nature ». L’esclave pourrait être homme, mais n’est pas en situation de développer en lui les spécificités humaines. Aujourd’hui, ces textes ont surtout pour intérêt l’analyse qu’ils proposent du travail lui-même, tant pour la description de son caractère pénible, que pour la façon dont ils saisissent

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L’avenir appartient à ceux dont les travailleurs se lèvent tôt.

De le nourriture pour un esprit qui traiterait un sujet de dissertation portant sur le caractère unificateur, ou pas, du travail. Marx est évidemment un de ceux qui aura, le mieux, analysé les tenants et aboutissants des échanges entre êtres humains, et mis en évidence qu’au coeur de ces processus, il y a de grandes inégalités, entre autre dues au fait que le travail, lui-même, est considéré comme une marchandise. I. Bourgeois et prolétaires [1] L’histoire de toute société jusqu’à

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La sueur au front

De quoi alimenter le traitement d’un sujet tombé lors du baccalauréat 2019 : Le travail divise-t-il les hommes ? De façon générale, si tout le monde a plus ou moins cette référence en tête, il est utile de la connaître vraiment et, pour cela, d’en revenir au texte lui-même, qui mérite d’être lu, et pensé. On verra que dans le traitement de ce sujet, on en fait un double usage, privilégiant tout d’abord une lecture au premier degré avant de

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Complément à la préparation à l’oral, à propos de Sartre : une incursion dans l’Etre et le Néant.

Pour évaluer à quel point on a compris le texte d’un philosophe, le mieux est sans doute de se confronter à un autre texte, du même auteur, de difficulté plus élevée. L’Existentialisme est un humanisme est un texte réputé assez facile d’accès, puisque vulgarisant une thèse philosophique qui peut prendre des aspects bien plus complexes. On s’assurera de le maîtriser en se penchant sur quelques passages de cette autre pièce maîtresse dans l’histoire de la philosophie qu’est l’Etre et le

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Complément à la préparation à l’oral, à propos de Sartre : Descartes, l’inspirateur détourné.

On l’indiquait dans le précédent article, préparer le passage à l’oral en philosophie réclame de maîtriser non seulement une œuvre mais aussi les concepts que cette œuvre travaille. Il ne s’agit pas seulement de se préparer à d’éventuelles questions sortant du strict cadre du texte, mais avant tout d’être capable de le comprendre, en maîtrisant les problématiques qui le motivent, puisque celles-ci sont ce qui fait de ces « œuvres » des textes de philosophie. Ainsi, il serait illusoire de

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Eléments de vocabulaire sartrien

Pour pouvoir parler correctement d’une oeuvre, il faut en maîtriser le vocabulaire. L’Existentialisme est un humanisme, de Sartre, ne fait pas exception. Mes plus observateurs d’entre mes élèves auront remarqué que certains des termes de ce vocabulaire sont partagés avec Epicure. C’est tout à fait normal, dans la mesure où il s’agit dans les deux textes de liberté. En revanche, entre temps est apparue une problématique nouvelle, la philosophie s’étant peu à peu constituée comme une anthropologie, c’est-à-dire une science

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Dette souveraine

On sent qu’on a saisi un discours quand on est capable de le reconnaître chez d’autres auteurs que celui chez lequel on l’a tout d’abord découvert. En philosophie, ce phénomène peut prendre trois formes. La première consiste à lire tout d’abord des présentations des concepts principaux d’un auteur chez des commentateurs, puis à retrouver ces concepts dans leur milieu naturel, en lisant directement les œuvres qu’on a tout d’abord découvertes grâce à ces précieux intermédiaires et entremetteurs que sont les

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5h de l’après midi. C’est l’heure de faire 4h en écoutant Sartre chez Jacques Chancel

Jean Paul Sartre On France Inter Microphone For The Programme ‘Radioscopie’ By Jacques Chancel (Photo by JARNOUX Patrick/Paris Match via Getty Images) Vous êtes un lycéen, 17 ans, vous rentrez du lycée, de type Pailleron, dans lequel, quotidiennement, vous vous rendez pour suivre vos cours, préparant le baccalauréat, section A. Aujourd’hui, la tension était palpable dans votre établissement, puisqu’hier, un collège semblable a connu un incendie au cours duquel vingt-deux personnes ont péri. Claude Guillaumin en parlera ce soir au

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S’abîmer sans s’abimer

On évoquait précédemment ces vers stupéfiants de Lucrèce, ouvrant le livre II  de son poème « De Natura rerum« ,  sur le réconfort qu’on éprouve devant  le spectacle des naufrages au loin. On ne peut pas goûter les textes sans les lire. En voici donc une traduction : « Il est doux, quand la vaste mer est soulevée par les vents, d’assister du rivage à la détresse d’autrui ; non qu’on trouve si grand plaisir à regarder souffrir ; mais on se

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Sables mouvants

  Rien n’est jamais acquis à l’homme Ni sa forceNi sa faiblesse ni son coeur Et quand il croitOuvrir ses bras son ombre est celle d’une croixEt quand il croit serrer son bonheur il le broieSa vie est un étrange et douloureux divorceIl n’y a pas d’amour heureux Aragon – Il n’y a pas d’amour heureux Si lundi matin, on doit encore franchir une dernière porte avant d’obtenir pour de bon un baccalauréat qui s’est hier dérobé une dernière fois,

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S’hasarder

Au fil des billets consacrés à la Lettre à Ménécée, aussi longs que le texte est bref, on aura compris que si chacun est invité à entrer en épicurisme, nul n’y entre tout à fait s’il n’est physicien. Non pas qu’Epicure puisse être considéré comme un physicien au sens actuel de ce mot, dans la mesure où il ne met pas en oeuvre un processus de validation par l’expérimentation d’une hypothèse elle même enracinée dans l’observation des phénomènes. Ce qui

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Complément à la préparation à l’oral, à propos d’Epicure : la classification des « désirs » dans la Lettre à Ménécée commentée par Jean Salem

  Lors de l’oral de philosophie, quand on interroge les élèves sur la Lettre à Ménécée d’Epicure, on convie volontiers les candidats à expliquer le passage de ce court texte dans lequel l’auteur classe les désirs selon la fameuse tripartition (désirs naturels et nécessaires / désirs naturels et non nécessaires / désirs non naturels et non nécessaires). Reste que l’exposé, dans l’œuvre elle-même, est très court, et que l’expliquer demande un développement qui n’est pas si aisé si on veut

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