L’homme se reconnaît-il mieux dans le travail ou dans le loisir ?

Voilà un type de sujet qui peut causer bien des déboires au candidat au bac, pour la simple raison que sa problématique se place à deux niveaux. L’un est évident (la préférence que semble avoir l’humanité pour le loisir, et la fatigue mentale que semble provoquer la simple idée de devoir travailler), l’autre l’est moins, bien que le sujet dise très clairement que c’est bien de cela qu’il s’agit : dans quel image de lui même l’homme se reconnaît il lui même ? Or il est tout à fait possible que l’homme se reconnaisse intellectuellement dans une image à laquelle il aurait du mal à correspondre concrètement. Ne pas poser ces deux niveaux de problème décevrait nécessairement le correcteur, et coûterait des points. Mais, plus important, la question perdrait une bonne partie de son intérêt si on l’amputait de son étage supérieur : savoir si l’homme préfère travailler ou se reposer est une question un peu éculée. Par contre, savoir si il se reconnaît davantage dans l’image du travailleur ou de l’oisif, voila qui est un peu plus motivant. Une dernière remarque liminaire : une fois n’est pas coutume, comme cet exemple de traitement du sujet (qui n’a, rappelons le, pas vocation à être exemplaire, ni à être recopié tel quel sur une copie (de toutes façons, je ne garantis aucun dédommagement à celui qui aurait, malencontreusement, une mauvaise note en l’utilisant)) a été constitué à partir de copies réelles d’élèves, duquel il a été extrapolé, on ne trouvera pas ici de longs extraits de textes philosophiques. Mais on trouvera à droite à gauche sur le blog les développements sur tel ou tel auteur.

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Introduction

 

Toute société doit se confronter à la difficile question de la répartition du travail, et des fruits de celui-ci. Esclavage, servage, monde ouvrier, actionnariat, autant de manières de désigner quels hommes doivent se consacrer au travail, et lesquels y échapperont. Cette répartition, aussi égalitaire soit elle, met en évidence une tendance profonde dans l’humanité : le travail est reconnu comme nécessaire, et néanmoins on cherche à l’éviter, soit pour bénéficier d’un repos considéré comme juste, soit pour consacrer son temps à des activités moins strictement productrices. Ainsi l’homme est il partagé entre son image réelle, celle du travailleur contraint, et son image idéale, celle d’un oisif libéré de tout effort. Entre aspirations et réalité matérielle, il s’agit donc de discerner où l’être humain reconnaît sa propre image, tiraillé qu’il est entre ce qu’il doit bien être, et ce qu’il rêve d’être. Il s’agit dès lors d’analyser les raisons pour lesquelles l’homme fuit spontanément le travail, pour ensuite se demander si l’arrêt de celui-ci doit être considéré comme une simple vacance, une paresse dont on jouirait, ou si ce temps libéré doit être envisagé comme celui d’une autre forme de réalisation, dont on pourra alors se demander si elle est essentiellement différente de ce qu’est, dans le fond, le travail.

 

1 – Le loisir considéré comme l’objectif visé par tout être humain épanoui.

 

A – Le travail conçu comme punition.

 

Il existe une double origine de la mauvaise presse qu’a le travail aux yeux de l’être humain. La première est étymologique : le mot travail vient en effet du latin « tripalium », qui désigne un dispositif de torture. Derrière cette origine, il faut voir la mise en évidence du caractère désagréable et pénible du travail, qui constitue la raison la plus simple pour laquelle l’homme cherche à y échapper.

La seconde est liée aux sources judéo-chrétiennes de notre culture, qui désignent le travail comme la punition donnée à Adam et Eve, pour avoir commis le premier péché. Manger à la sueur de son front, accoucher dans la douleur, l’homme perd là sa condition de jouisseur et n’obtiendra désormais plus rien sans tout d’abord se fatiguer.

 

B – Le travail avilissant.

Voila pourquoi le travail serait considéré comme une déchéance, que les sociétés humaines vont généralement réserver aux classes sociales les plus basses. Dans l’antiquité gréco-romaine, le travail est réservé aux esclaves, qui effectuent tout le nécessaire pour assurer la vie quotidienne aux citoyens. A Rome, on établira même une interdiction de travailler, car le négoce est considéré comme une activité dégradante, non conforme avec la qualité humaine. En effet, le négoce est appelé « negotium », il est donc la négation de ce qu’on désignait comme « otium », qui signifiait précisément le loisir. En effet, cette nécessité d’assurer le quotidien, la survie, l’alimentation, l’approvisionnement en eau était considérée comme un ensemble de tâches bassement terrestres, trop proches de la stricte matière pour que les qualités spécifiquement humaines puissent s’y exprimer.

 

C – L’otium comme idéal humain.

 

On laisse donc aux esclaves ces tâches, et les citoyens peuvent se consacrer à des activités plus plaisantes, gratuites, dégagées de toute nécessité, et par conséquent libres. Aussi étonnant que cela puisse paraître à un regard contemporain, cette distribution est en fait conforme à la conception idéale de l’être humain dans l’antiquité. On pourrait mettre la plupart des philosophes de cette époque d’accord sur au moins ce point : l’homme se caractérise avant tout par son aptitude aux exercices spirituels. Tout ce qui l’en éloigne est donc à éviter. Il faut alors protéger l’homme contre ce risque en déléguant à une classe inférieure tout ce qu’on considère comme laborieux. C’est ainsi qu’Aristote justifiera l’esclavage, en regrettant que les objets et les outils ne puissent se déplacer par eux-mêmes. Tout ce qui doit se faire, et qui ne se fait pas tout seul, ne peut néanmoins pas être effectué par les hommes, pour ne pas les abaisser en dessous de sa condition. L’esclave ne peut dès lors pas être considéré comme humain, puisqu’il est voué aux tâches non humaines. L’ère industrielle, sans pour autant prôner l’esclavage, reprendra en fait cette répartition, en admettant cependant que ce sont bien des hommes qui sont mis au travail sur les chaînes de production ou les mines d’extraction, en considérant tout de même que la classe dirigeante ne doit pas se compromettre en effectuant de telles tâches.

 

Transition

 

Ainsi, même si des tâches nécessaires doivent être effectuées, on a vu que l’homme ne se reconnaît pas en elles, ce qui justifie le fait qu’il trouve des agencements sociaux pour y échapper et préserver son humanité. Cependant, on peut faire au moins deux objections à cette position. La première consiste évidemment à affirmer que les esclaves sont des hommes, bien que leur condition sociale soit inférieure, tout comme les ouvriers de l’ère industrielle. La seconde consiste à se demander si cette conception de l’homme est réaliste, ou si elle ne l’envisage pas de manière un peu trop désincarnée, et métaphysiquement excessivement valorisante. Enfin, on sait que cette distinction entre oisifs et besogneux a perdu de sa pertinence, ce qui va nous contraindre à réévaluer le travail, et à nuancer l’importance accordée jusque là au loisir.

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2 – Le travail considéré comme nécessité conforme à l’humanité.

 

A – L’homme, créature inachevée.

 

Parmi les blessures narcissiques que l’homme doit subir, figure sa néoténie : il naît inachevé, et conserve cette caractéristique pendant toute son existence. C’est même là le caractère essentiel de l’espèce humaine : ses petits naissent prématurés, inaptes à la survie, et le développement de l’individu n’est jamais complet, pour la simple raison que le corps de l’homme ne suffit pas à effectuer les actes, même primaires, garantissant sa survie. Le monde n’est pas, non plus, une immense réserve de ressources qu’il pourrait consommer telles quelles. Il lui est donc absolument nécessaire de transformer le monde et de se transformer lui-même pour vivre, et pour assurer à sa descendance de survivre à son tour. L’ensemble de ces activités de subsistance constitue ce qu’on appelle justement le loisir. On peut, certes, imaginer une prétendue élite qui ne participerait pas à ces tâches, mais elle apparaîtrait alors comme un troupeau de parasites, remettant en question la survie collective, si ils devenaient trop exigeants, ou trop importants en nombre. En ce sens, on ne pourrait pas reconnaître des humains dans cette attitude.

 

B – L’homme, morphologiquement prévu pour travailler.

 

Dès l’antiquité, on remarque cette donnée évidente, mais aussi essentielle dans la définition de l’être humain : il est doté de mains. Loin d’être anecdotiques, ces mains sont en fait un signe, inscrit dans le corps de l’homme, qui indique quelle en est la spécificité : dégagées de tout déterminisme définitif, les mains sont des membres libres, qui ne servent à rien de particulier, et sont néanmoins indispensables. En ce sens, elles constituent des organes dont il s’agit d’inventer l’usage, la plupart du temps en les complétant avec des outils. En ce sens, elles doivent être conçues comme des prises, sur lesquelles pourront venir se brancher ces compléments du corps, ces extensions qui vont offrir à l’homme ces fonctions que son corps, seul, ne peut pas accomplir, mais que son esprit peut concevoir. Un homme qui ne travaillerait pas serait dés lors un homme qui ne ferait pas usage de ses mains, un être dont les deux membres les plus spécifiques seraient devenus inutiles, un être qui refuserait sa propre essence, s’en détournerait et ainsi s’amputerait de son humanité même. Un homme qui ne travaillerait pas ne serait donc pas tout à fait un homme, il ne serait que ce qui ne fait pas exactement l’humanité, un être inessentiel et superflu.

 

C – l’homme conçu comme homo-faber.

 

Ainsi le travail apparaît-il comme l’essentiel de l’humain, ce qui le définit de manière tout à fait spécifique. Ce serait dans le travail qu’on pourrait reconnaître l’humain, et l’oisiveté serait cet état dans lequel l’homme serait indistinct du reste du règne animal. Après tout, dans le fond, si un homme devait ne rien faire de sa naissance à sa mort, s’il devait se contenter de consommer ce qu’une hypothétique corne d’abondance lui apporterait, le reconnaîtrait on comme essentiellement différent de la reine des fourmis, posée à vie au centre de la fourmilière, et consommant ce que les ouvrières viennent lui donner en offrande ? Se distinguerait il du premier singe venu, si ce n’est par l’ineptie et la faiblesse constitutive de son corps ? Plus concrètement : si on découvre les restes fossilisés d’un hominidé, vieux de plusieurs milliers d’années, comment savoir s’il s’agissait d’un humain ? La seule manière d’en être sûr, c’est de découvrir autour de lui des signes d’activité technique, et donc de travail. Les outils sont ces indices qui nous indiquent la présence d’humains dans les parages. C’est bien pour cela que Bergson considérait qu’il fallait désigner cette classe particulière de primates comme homo faber, et non comme homo sapiens sapiens. Après tout, le recul sur sa propre connaissance n’est pas aussi évident et essentiel que l’aptitude humaine à fabriquer des objets, et donc à travailler.

 

Transition

 

Pour les raisons que nous venons d’exposer, on ne peut véritablement reconnaître l’homme que lorsqu’il travaille, l’inaction ne le caractérisant que comme corps inerte, organisme biologique au corps devenu inutilement doté de mains, et démesurément intelligent, pour un être ne faisant rien de cette intelligence. Cependant, demeure alors un paradoxe : tout semble se passer comme si l’homme, tout en étant objectivement reconnu comme cet être qui travaille, ne parvenait pas à se reconnaître lui-même dans sa propre image, la refusait, et aspirait à être ce que précisément il n’est pas : essentiellement travailleur, il tendrait irrémédiablement à ne plus l’être. Il faut donc encore s’interroger sur le sens qu’a ce caractère de l’humanité, que l’homme lui-même semble avoir du mal à reconnaître.

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3 – Le sens profond du travail, c’est le loisir.

 

A – Le travail n’est pas à lui-même sa propre fin.

 

Il nous faut tout d’abord préciser ce que le travail a d’insupportable. En effet, caractériser le travail comme essentiellement pénible est insuffisant. Tout travail implique un effort, un rapport au monde qui est caractérisé par la résistance (le monde ne donne pas spontanément ce qu’on en attend) et l’attente (seule la jouissance se vit dans l’instant, immédiatement, le travail, lui, est toujours la médiation entre la volonté et la réalisation). Mais cette attente n’est pas vaine : à la différence du castor qui fait son barrage sans même savoir qu’il le fait, et qui répète chaque année la même construction sans même savoir qu’il a déjà effectué la même, chaque année passée, l’homme, lui, sait ce qu’il fait quand il travaille : il ne se fatigue que dans la mesure où il sait que cet effort le mène à un objectif identifié, à une réalisation qui donnera au travail son sens. Toute remise en question de ce principe fait perdre au travail sa signification, et le dénature. On a un exemple de cette déchéance en deçà du travail dans l’image de Sisyphe, tel qu’Albert Camus le décrit dans le Mythe de Sisyphe : l’effort qu’il produit est insensé dans la mesure où il n’a pas de fin. Condamné à pousser son rocher au sommet d’une pente qu’il n’atteindra jamais tout à fait, son effort est vain. Mais il ne s’agit pas vraiment de travail : on peut dire qu’il s’agit là d’une tâche, au sens strict, d’une peine, qui est d’autant plus douloureuse qu’elle ne mène à rien d’autre que sa propre répétition. Tout autre est le véritable travail, qui ne s’accomplit que dans la mesure où une nette représentation de son horizon est possible. Ainsi, on pourrait comprendre que si l’homme ne se reconnaît pas spontanément lui-même dans le travail, c’est qu’en fait on confond le plus souvent la tâche et le travail, confusion qui en provoque d’autres, en cascade : la tâche, si on y enferme l’homme, est déshumanisante quand le travail, lui, l’humanise. Or confondre l’une et l’autre, c’est prendre le risque de contraindre des hommes à effectuer sans relâche des tâches dégradantes, sans perspective, avec la bonne conscience de ceux qui sont persuadés que, ce faisant, ils forment de « vrais » hommes, alors que c’est précisément l’effet inverse qui sera obtenu.

 

B – Le loisir n’est pas essentiellement inactif.

 

Le second malentendu, qui complique le positionnement de l’homme, entre travail et loisir, est que le sens même du loisir a progressivement glissé au cours des siècles qui nous séparent de l’antiquité. Il y a peu en commun entre une civilisation qui s’affirme comme étant celle du loisir, et qui contraint chacun à travailler, et une civilisation qui plaçait le loisir au centre de ses structures, mais interdisait dés lors à ses élites de participer au travail. Le mouvement fut celui d’une dispersion : nous sommes passés du loisir comme principe de vie aux loisirs comme objets de consommation. La logique actuelle voudrait que le loisir soit ce laps de temps pendant lequel on n’aurait rien à faire d’autre que consommer les fruits de son travail. La logique antique est différente : le loisir n’y consiste pas à ne rien faire, mais à ne rien faire d’utile, et la nuance est cruciale. Pour l’homme antique, le loisir est le domaine de l’activité gratuite, de l’exercice de l’esprit, de la politique, de l’amour (au sens le plus noble et civilisé qu’on puisse donner à ce mot), des arts. Ainsi, l’élite citoyenne a-t-elle le privilège considérable à Athènes et à Rome, de ne pas avoir à consacrer son temps aux tâches quotidiennes qui permettent de maintenir les corps en vie. Elle a dès lors le temps de se consacrer à des activités plus élevées, qui mettent en jeu l’esprit, et le développent. Le loisir n’est donc pas l’inaction, c’est ce temps qui est, par exemple, celui de l’étude. Les grecs appelaient ce temps « skholé », précisément ce mot qui donnera plus tard en français « école ». On a là une indication majeure quant à la manière dont on considérait alors la spécificité humaine dans l’antiquité, et dont on pourrait encore s’inspirer : est humain celui qui s’est libéré des contraintes matérielles de la survie, et consacre son temps à son développement spirituel, ce qui ne relève pas de la paresse, ni du laisser aller, mais au contraire d’une prise en main de soi même, d’un apprentissage patient, d’exercices spirituels répétés et progressifs, d’un entraînement à la création et d’une élévation entretenue de l’esprit. On le voit, il ne s’agit pas du tout d’envisager le loisir comme une consommation, mais bel et bien comme une situation libérée de toute contrainte pesante, laissant libre cours à la création, y compris de soi-même.

 

C – Le travail comme élévation spirituelle, donc comme loisir.

 

C’est ainsi qu’au dix-neuvième siècle, Hegel va décrire le travail comme ce qui, entre un maître et son esclave, constitue non seulement un critère de distinction, mais aussi un motif du renversement de la domination. En effet, si on pense a priori que le maître domine son esclave, et est donc reconnu par lui en tant que force majeure, Hegel montre que le simple fait que l’esclave travaille l’élève en fait au dessus de son maître lui-même. La raison de ce renversement est maintenant évidente : en se laissant aller à la paresse et la stricte consommation du monde, le maître s’abaisse à une existence qui s’apparente à un simple fonctionnement biologique : il mange, il détruit, mais rien ne permet de témoigner de son existence authentiquement humaine, puisqu’il ne transforme rien. Il ne fait preuve d’aucune activité spirituelle, et c’est là que l’esclave qui, lui, transforme le monde sans le consommer, va obtenir du maître la reconnaissance à laquelle celui-ci ne peut plus prétendre. C’est par ce mouvement dialectique que la domination maître/esclave s’inverse, et que le travail dévoile ses véritables caractéristiques : s’il est pénible, c’est en fait accessoire. Ce n’est pas la pénibilité qui fait que l’homme peut se reconnaître dans le travail, ou au contraire le fuir. L’essentiel du travail n’est pas dans l’effort qu’il implique, mais dans les perspectives qu’il ouvre. Et si on doit admettre que l’homme rencontrerait une certaine perversion dans le fait de se reconnaître dans sa propre souffrance, il parait en revanche sensé de le voir se reconnaître dans tout ce qui lui permet de s’élever, et de devenir davantage lui-même. Mais, ce faisant, Hegel décrit en l’esclave précisément ce mouvement que l’antiquité appelait « loisir » : il ne s’agit plus de faire pour faire, mais bel et bien de ce mouvement par lequel en transformant le monde, le travailleur se travaille lui-même et s’élève au dessus de la matière.

 

Conclusion

 

L’homme se singularise dans le fait qu’il n’est pas achevé, et s’il doit modifier son environnement pour vivre, il s’avère que ce processus par lequel il travaille la matière agit sur sa propre personne : en travaillant le monde, l’homme se travaille lui-même. On pourrait en faire un sujet d’inquiétude, et c’en est dans une certaine mesure un : l’homme, par le travail, avance doublement vers l’inconnu puisque cette activité, unique dans l’univers, implique que le monde ne demeure pas tout à fait identique à lui-même, et que l’être humain lui-même change. Cette instabilité est le contraire du repos, auquel les temps modernes ont un peu facilement assimilé le loisir. On l’a vu, cette double méprise, selon laquelle le travail serait caractérisé par sa pénibilité et le loisir par son absence d’effort, apporte avec elle une confusion majeure, puisqu’elle pousse l’homme à se réfugier soit dans l’accomplissement de tâches insensées, soit dans la recherche d’un repos qui s’apparente à une mort existentielle. L’homme est caractérisé avant tout par le mouvement d’élévation qui l’arrache à la terre et à la matérialité. Quand il ne s’arc-boute pas contre cette aspiration, on peut considérer que l’homme oeuvre simultanément dans ce que le loisir et le travail ont de plus puissant. Mais comme c’est précisément ce moment où il se transforme lui-même, il paraît finalement normal qu’il ne puisse déjà plus se reconnaître. Mais le recul que permet la réflexion philosophique permet néanmoins d’affirmer que c’est bien dans ce mouvement qu’il se trouve ; même méconnaissable.

 

Illustrations toutes extraites du travail d’un jeune photographe new-yorkais, parfois inspiré par les représentations liées aux modes actuels du travail. Il s’appelle Mitch Weiss, et son travail peut être vu ici : http://omega300m.deviantart.com/

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