L’invitation au voyage

Plus on essaie de d’introduire à la philosophie en définissant, le plus précisément possible, la discipline en elle-même, et moins on y introduit véritablement. On peut, certes, proposer une définition scolaire de la démarche, en préciser grosso modo les objets d’étude, en répertorier les figures au programme, en circonscrire l’apparition, en pronostiquer l’éventuelle disparition (tout en la cachant aux élèves, afin de conserver une confiance qui, pour le coup, est mal placée), en somme, la délimiter, puisque c’est là le

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L’ombre pour la proie – Ré-entrée en philosophie

Je ne sais trop combien de temps je vais tenir ce blog. Tout étant, sur le net plus encore qu’ailleurs, périssable, le format “site” est obsolète, le format “blog” est comme en suspension, dépassé par les réseaux soi-disant sociaux et le microblogging qui les accompagne. Problème : plus on avance, et moins les formats sont compatibles avec le développement de la pensée tel que le réclame la philosophie (on peut tenter de faire de la philosophie sur Twitter, mais il

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Sens uniques

Comme promis il y a quelques jours, je mets ici en tension le court métrage de Philippe André, intitulé « The Rope » et un extrait de « l’Etre et le Néant« , de Sartre. Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit de repérer toute l’ambiguïté de la démarche amoureuse, qui doit être une marche sans être une intention personnelle. On se trouve là sur ce territoire où les catégories de liberté, d’intention se trouvent comme « court-circuitées ». On peut voir là une instabilité

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Le rétablissement antipode.

« Toute philosophie qui place la paix plus haut que la guerre, toute éthique qui conçoit négativement le bonheur, toute métaphysique, toute physique qui envisagent une finale, un état définitif quelconque, toute aspiration, surtout esthétique ou religieuse, à un à-côté, un au-delà, un au-dehors, un au-dessus, autorisent à rechercher si ce ne fut pas la maladie qui inspira leur philosophe. On travestit inconsciemment les besoins physiologiques de l’homme, on les affuble du manteau de l’objectivité de l’idéal, de l’idée pure;

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Et si l’ignorance est première, que faut-il apprendre (question qui se pose, bien sûr, aussi bien au pied de l’estrade qu’à son sommet…) ?

Dans le fil des articles qui précèdent, voici quelques lignes, extraites du passionnant livre de Jacques Rancière, intitulé « Le Maître ignorant« , qui pose lui aussi le problème du rapport entre ignorant et savant, et en tire de bien intéressantes conséquences politiques, et ce à partir du cas, assez particulier, méconnu, fascinant et, pour ces raisons, apte à éveiller une grande curiosité, de Joseph Jacotot, qui au dix-neuvième siècle, avait l’idée révolutionnaire d’enseigner le français sans donner une seule leçon de

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Simple d’esprit

En complément de l’article précédent, un extrait du chapitre LIV, intitulé « Des vaines subtilités » du livre I des Essais de Montaigne. Un paragraphe en particulier attirera ici notre attention, dont on tirera toute la saveur en l’accompagnant du texte de Pascal étudié précédemment. On le dit beaucoup, on le montre moins, les penseurs se lisent les uns les autres et s’inspirent. Pour autant, au delà d’une forme qui est étonnamment semblable, les raisons pour lesquelles chacun écrit ces lignes voisines

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Une question embarrassante pour celui dont le métier consiste à se tenir sur une estrade pour parler, parler… Finalement, ne vaudrait-il pas mieux se taire ? – Prétexte = un texte de Pascal

« Le monde juge bien des choses, car il est dans l’ignorance naturelle, qui est le vrai siège de l’homme. Les sciences ont deux extrémités qui se touchent. La première est la pure ignorance naturelle où se trouvent tous les hommes en naissant. L’autre extrémité est celle où arrivent les grandes âmes, qui, ayant parcouru tout ce que les hommes peuvent savoir, trouvent qu’ils ne savent rien, et se rencontrent en cette même ignorance d’où ils étaient partis ; mais

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Sur-vie

Puisque nous sommes dans une séquence dont le désir est l’attracteur étrange central, et puisque les cours sont censés augmenter l’aptitude de ceux qui les suivent à aborder des textes jusque là inconnus, on peut soliciter les neurones en les confrontant à des auteurs qui ne sont pas au programme (du moins pas encore). Les quelques lecteurs du blog qui sont aussi mes élèves savent que cette année le nom de Bruce Bégout est régulièrement cité en classe. C’est simplement

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A day at the races

Cinquième siècle. Un temps très ancien pour nous, et pourtant des expériences que nous pouvons nous mêmes encore vivre de nos jours. Saint-Augustin nous raconte dans ses Confessions la manière dont son ami Alypius va subitement tomber sous les charmes des jeux du cirque, alors même qu’il se défendait auparavant de jamais pouvoir être attiré par ce genre de spectacle. On sera frappé du caractère quasi contemporain d’un tel texte. Alypius pourrait tout aussi bien être l’un d’entre nous, qui

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Lignes directrices pour une lecture de l’Existentialisme est un humanisme », de Jean-Paul Sartre.

Quand, en 1945, Jean Paul Sartre prononce sa conférence au Club Maintenant, c’est qu’il doit répondre à des attaques diverses, venant de camps opposés entre eux. Cette conférence deviendra un an plus tard un petit livre, « l’Existentialisme est un humanisme« , qui est depuis le texte le plus lu de Sartre. Le fait qu’il soit originellement une conférence explique le fait que sa lecture semble aisée, et qu’il ne présente pas les mêmes difficultés syntaxiques que « L’Etre et le Néant« . Pour

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Sénèque – La brièveté de la vie; L’occupation et le loisir.

Dans la partie précédente, nous avons vu que Sénèque démontre la nécessité de se réapproprier le temps pour pouvoir atteindre la sagesse et le bonheur. Reste qu’on est en droit de se demander comment cette réappropriation s’effectue, puisqu’il ne s’agit justement pas de se retirer du monde et de toute activité pour se retirer dans une méditation qui serait toute intérieure. La confusion, quant à la sagesse stoïcienne et au sens du texte de Sénèque vient en grande partie du

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En écoute, l’émission des vendredis de la philosophie consacrée au traité de Sénèque.

En écoute, pour reposer les yeux, et mettre à contribution les oreilles sans reposer pour autant les neurones, l’émission de France Culture, les Vendredis de la philosophie du 2 Juin 2006, consacrée au traité de Sénèque « La brièveté de la vie ». En invité de Raphael Enthoven, Emmanuel Naya, qui a proposé chez Ellipse une nouvelle édition documentée de manière très intéressante du traité de Sénèque. Des passages essentiels de l’oeuvre sont lus, ce qui aide toujours à les habiter davantage

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Sénèque – La brièveté de la vie; une introduction et une structure.

Puisque les écrits sont passés, que les copies sont, depuis hier après midi, corrigées et remises entre les mains de l’administration qui est en train d’éditer les relevés de notes de chaque candidat, pour que demain, dès l’aube, les jurys puissent statuer sur le sort de chaque candidat; puisque donc ce sort n’est plus entre les mains des susdits candidats, autant qu’ils se préparent à toute éventualité, et qu’ils s’apprêtent à passer un éventuel oral de rattrapage. Si cette préparation

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Images du Banquet

On l’a déjà abordé à plusieurs reprises : si Platon accorde une place aux artistes dans la Cité, c’est à la condition que ceux ci se plient à une discipline dont la première règle veut qu’ils renoncent à la prétention de reproduire le monde sensible tel qu’il se présente, d’une part car cela n’a aucun autre intérêt qu’une fierté mal placée dans la prouesse technique (or, la fierté mal placée a souvent pour nom « orgueil »), et d’autre part car c’est

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Méthode d’arrachement au sol – Principes d’élévation – De nouveau David Toole.

Puisque David Toole, entrevu quelques articles plus tôt, semble remporter un certain succès, et pas mal de réflexion (on ne peut rêver plus efficace en matière de surrection de la réflexion concernant la définition exacte de la danse, et donc, plus largement, de l’art), puisqu’il semblerait qu’il soit porteur, simultanément, d’un pouvoir de destruction des représentations dogmatiques sur l’art, et d’un pouvoir d’affirmation de quelque chose de nouveau, puisque de plus cette proposition se fait dans la beauté manifeste d’un

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Les humains : des innocents aux mains pleines.

Il peut arriver qu’en cours, de fil en aiguille, d’idée en concept, de mots en images, de phrases en illustrations, on en vienne à évoquer des documents improbables. En phase de conclusion sur un cours portant sur la technique, alors que nous avions vogué en compagnie d’un Bergson mature et mystérieux (les élèves fronçaient encore les sourcils sur l’univers conçu comme « machine à faire des dieux), et pour illustrer ce que pouvait être le devoir de prise en charge spirituelle

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Mix 1 – Akira Vs Bergson

Si la philosophie travaille les concepts par l’usage maîtrisé du langage, l’art, lui, manipule et provoque des affects par le jeu avec la perception (pour ceux que ces distinctions intéressent, on ne peut que conseiller de plonger dans « Qu’est ce que la philosophie ? » de G. Deleuze). On sait à quel point il peut être difficile d’entrer dans le jeu des concepts, tel que la philosophie le pratique, et on pourrait vite penser qu’il s’agit là d’un monde hermétique, clos,

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« Prends le pouvoir, note tes profs » disaient-ils, avec sans doute quelques arrière-pensées en tête.

L’apparition du site note2be.com permet, au delà de la réflexion critique qu’un tel projet impose en termes politiques (on laissera le lecteur se renseigner sur ce point intéressant, qui permettra de saisir un peu ce que notre pays considère comme souhaitable en matière de relations avec les enseignants) suscite des réactions diverses, qui vont de l’enthousiasme de certains élèves à pouvoir rendre la monnaie de leur pièce à leurs professeurs, à l’inquiétude pour ceux-ci à voir leur nom livré sur

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Image-Mouvement

Il existe une vidéo, intitulée « Last days« , dans laquelle on peut voir Nietzsche au déclin de sa vie, dans un état de manifeste dégradation, le regard vidé, comme épuisé d’avoir poussé si loin les limites de la pensée, comme éreinté d’avoir pris en charge le pillonage en règle de ce que l’occident, content de lui, avait patiemment construit. Ce film est un faux. Construit sur la base des photos prises en 1899 par Hans Olde, dans une série appelée « Der

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Pourquoi peut on affirmer que le désir est un triangle isocèle ?

En terminale, l’étude du désir passe beaucoup par la question de la gestion des désirs, sur un modèle principalement antique visant à mettre en ordre les tendances pour atteindre une ataraxie, un détachement assimilable au repos du sage. Il faut admettre qu’une grande partie de l’histoire de la pensée occidentale a consisté à poser la question de la condamnation du désir et des multiples moyens de lui échapper pour se préserver. Peu à peu cependant est apparue cette contre-hypothèse qui

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Socrate – rencontre du troisième type

Socrate, un méta-sophiste ? On a déjà évoqué en cours, même si c’était avec d’autres mots, cette idée qu’on puisse voir dans le père fondateur de la philosophie un penseur qui aurait réussi à effectuer la synthèse des techniques sophistes et du doute sceptique, parvenant dans ce grand écart à dépasser l’opposition entre ceux qui soutenaient tout et n’importe quoi et ceux qui ne soutenaient plus rien du tout. On a aussi déjà évoqué ici Nicolas Grimaldi, l’auteur de Socrate,

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L’angoisse et le divertissement chez Pascal

En abordant la question du doute en philosophie, on est amené à se demander où ce doute prend sa source. On pourrait en fait en distinguer deux, qui sont de nature différente, mais vont être canalisées par la philosophie dans une seule et même attitude. L’une de ces sources a été rencontrée chez Blaise Pascal dans ce qu’il qualifie comme l’angoisse provoquée sur l’homme par sa propre condition : perdu dans un univers aveugle et sourd, il cherche des réponses

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Nietzsche – Travailler, ou planer ? – commentaire d’un extrait de « Humain, trop humain »

“ Le besoin nous contraint au travail dont le produit apaise le besoin: le réveil toujours nouveau des besoins nous habitue au travail. Mais dans les pauses où les besoins sont apaisés et, pour ainsi dire, endormis, l’ennui vient nous surprendre. Qu’est-ce à dire ? C’est l’habitude du travail en général qui se fait à présent sentir comme un besoin nouveau, adventice; il sera d’autant plus fort que l’on est plus fort habitué à travailler, peut-être même que l’on a

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