La Lune est morte

La centrale électrique est mise en place dans le Rhin. Elle le somme (stellt) de livrer sa pression hydraulique qui somme à son tour les turbines de tourner. Ce mouvement fait tourner la machine dont le mécanisme produit le courant électrique, pour lequel la centrale régionale et son réseau sont commis aux fins de transmission. Dans le domaine de ses conséquences s’enchaînent l’une l’autre à partir de la mise en place de l’énergie électrique, le fleuve du Rhin apparaît, lui aussi, comme quelque chose de commis. La centrale n’est pas construite dans le courant du Rhin comme le vieux pont de bois qui depuis des siècles unit une rive à l’autre. C’est bien plutôt le fleuve qui est muré dans la centrale. Ce qu’il est aujourd’hui comme fleuve, à savoir fournisseur de pression hydraulique, il l’est par l’essence de la centrale. Afin de voir et de mesurer, ne fût-ce que de loin, l’élément monstrueux qui domine ici, arrêtons-nous un instant sur l’opposition qui apparaît entre les deux intitulés: ”Le Rhin”, muré dans l’usine d’énergie, et “Le Rhin”, titre de cette œuvre d’art qu’est un hymne d’Hölderlin. Mais le Rhin, répondra-t-on, demeure de toute façon le fleuve du paysage. Soit, mais comment le demeure-t-il? Pas autrement que comme un objet pour lequel on passe une commande (bestellbar), l’objet d’une visite organisée par une agence de voyages, laquelle a constitué (bestellt) là-bas une industrie de vacances.

Martin Heidegger, La Question de la technique, dans Essais et conférences, Paris, Gallimard p. 20-28, 1954

L’auteur

Martin Heidegger est un philosophe allemand du 20e siècle (1889 – 1976). Il est considéré comme un élément majeur de la philosophie de ce siècle, et a tout particulièrement influencé les penseurs français, mais aussi bon nombre de ceux qui furent ses étudiants en Allemagne.

Simultanément, il est aussi le penseur le plus controversé de ce temps, en raison de son attitude face au régime nazi : il accepte d’être nommé, par cette administration, comme recteur de l’académie de Fribourg. D’autre part, jusqu’en 1944, il est membre du parti nazi, et il est l’auteur d’écrits dont la teneur antisémite est sans ambiguïté.

Cette précision biographique n’est pas indispensable pour comprendre et expliquer cet extrait, mais il vaut mieux savoir quelles précautions réclame cet auteur, d’autant que certains professeurs, à cause de ces éléments, choisissent de ne plus l’évoquer en cours, et de ne pas étudier ses textes non plus. Il n’est donc pas tout à fait impossible qu’on vous questionne à ce sujet, même si ce n’est pas, ou pas exactement, l’objet du texte.

Thèmes et notions abordées

La Technique – La Nature

Problème et thèse du texte

Quand il s’agit de condamner la technique, l’argumentation tourne souvent autour des conséquences potentiellement désastreuses que peut avoir la transformation de la nature, qui plus est si cette transformation prend des dimensions industrielles. Dans le même ordre d’idées, on peut aussi trouver, comme support des considérations technophobes, des raisons liées aux risques de perte de contrôle des processus mis en œuvre, d’hybris dont ferait preuve l’humanité en croyant acquérir un pouvoir qui, en fait, lui échappe parce qu’elle ne parvient pas à en concevoir correctement les effets, tant ils sont gigantesques.

Mais ces critiques se heurtent toujours à la même objection : elles ne montrent pas que la technique est, en soi, condamnable. Ce sont plutôt ses effets qui le sont. Or, on peut tout à fait concevoir qu’on mette la technique uniquement au service d’intentions louables. Et si on juge de la technique sur ses effets, elle ne sera alors plus critiquable.

Ici, Heidegger propose d’envisager la technique en elle-même, pour ce qu’elle est profondément, ce qui va permettre de la critiquer en elle-même, et pas pour les effets qu’elle produit. Pour ce faire, il la caractérise essentiellement comme un certain type de rapport au monde. C’est un rapport de sommation, donc de domination. Ce faisant, l’humanité technicienne n’envisage la nature que sous cet angle visant à en tirer quelque chose qui serait mis au service de l’homme. Or, c’est là une perte profonde de sens, car cet angle est à ce point réducteur qu’on peut le considérer comme erroné, et falsificateur.

On voit donc que la raison pour laquelle Heidegger condamne la technique est profondément philosophique, quand les autres formes de critiques sont, elles-mêmes, le plus souvent d’ordre simplement technique.

Argumentation du texte

Structure argumentative générale du texte :

Heidegger commence par observer ce qui se passe quand on installe un dispositif technique au cœur de la nature, afin de tirer quelque chose de celle-ci. Cette description est minutieuse, attentive, elle se fait pas à pas, pour conduire à un deuxième temps, qui vise à préciser le propos en comparant deux objets techniques : un réseau de distribution d’énergie, et un simple petit pont de bois. Cette comparaison permettra de constater la façon dont la nature est modifiée dans son essence même, quand elle est ainsi mise à profit, ou exploitée. Enfin, Heidegger peut montrer que la technique ne se réduit pas à cette exploitation : elle modifie l’essence même de la nature, elle la dénature en la requalifiant. Le trait marquant de la technique, c’est donc la façon dont elle impose, dans son action même, une véritable conception du monde, qu’elle réalise par la même occasion, amputant la nature de tout ce qui ne sert pas ce projet d’exploitation technique.

1 – Observation d’un dispositif technique : la centrale électrique sur le Rhin.

Une observation avant de commencer l’analyse du texte : Heidegger prend soin de parler de la technique comme d’un processus indépendant de l’homme lui-même. Dans son propos, ce n’est pas l’homme, mais la technique qui installe la centrale électrique sur le Rhin. Pour Heidegger, c’est une façon de se concentrer sur le phénomène lui-même, sans parasiter cette observation par des considérations personnelles, psychologiques, sociologiques, ou culturelles. Ce qu’on analyse ici, ce n’est pas l’homme technicien, ou la nécessité pour l’homme de développer des techniques, mais la technique en elle-même, en tant que phénomène global.

C’est pour cette raison qu’Heidegger qualifie immédiatement la façon dont ce dispositif s’installe : que fait-il ? Il « somme [le Rhin] de livrer sa pression hydraulique, qui somme à son tour les turbines de tourner ». Ce verbe, « sommer », doit être pris en considération. Les sommations sont un ordre impératif, prononcé dans le but d’être immédiatement suivi d’effets. Les tirs de sommation ont pour but de provoquer une obéissance inconditionnelle, et immédiate. Ici donc, il est clair que le rapport existant entre le dispositif technique et la nature est d’ordre autoritaire : ordre est donné à la nature de fournir quelque chose. Et si les turbines sont, à leur tour, sommées de tourner, c’est que la technique soude en un tout les ressources naturelles et ses propres dispositifs, considérant cet ensemble comme indifféremment asservi à son propre projet.

Et déjà, on peut deviner ce qui sera explicité plus tard dans le texte : dans la perspective technique, ce que le Rhin a à livrer, c’est sa pression hydraulique. Or, cette façon de désigner cette ressource est un peu étonnante : a priori, si on se demande quelles ressources un fleuve peut proposer, on peut penser au poisson qu’il contient, qu’on peut pêcher, au pouvoir portant de ses eaux, et à la navigation que cela permet, à la possibilité de puiser ou détourner son eau pour irriguer des terres. Mais on ne pense pas a priori à sa pression hydraulique. Et si on n’y pense pas, c’est parce que la notion même de pression est créée par le barrage lui-même.

Dès lors, parce qu’il est nécessaire de disposer d’électricité, c’est un ensemble technique global – c’est-à-dire tout un réseau de distribution d’énergie – qui va être construit, dont la centrale, qui porte bien son nom, est le noyau. Et c’est ce dispositif d’ensemble, ce réseau, qui va désormais définir le Rhin comme délivreur de pression hydraulique, ce qu’avant, il n’était pas. Il y a donc une cascade de causes et d’effets, dont l’énergie électrique est la cause, qui aboutit à la désignation du Rhin comme puissance hydraulique. Ici, Heidegger utilise un nouveau terme : le fleuve est « commis ». C’est ainsi qu’on désigne, dans une hiérarchie, les agents subalternes, ceux qui doivent exécuter les ordres qui leurs sont donnés par leurs supérieurs. Ici, appliquer ce terme au fleuve, c’est le définir comme quelque chose à quoi on donne des ordres, sur quoi on exerce une autorité, à quoi on donne un rôle, quelque chose que, donc, on définit, et qu’on peut exploiter conformément à cette définition. C’est exactement ce processus que vient de décrire Heidegger : tant qu’il n’y a pas de centrale électrique sur le Rhin, celui-ci n’est pas considéré comme une puissance hydraulique. C’est le dispositif technique qui le redéfinit ainsi, comme on requalifie l’employé d’une entreprise en le changeant de poste, parce qu’on a repéré en lui de nouvelles aptitudes, ou parce qu’on a introduit en lui de nouvelles compétences.

2 – La comparaison entre la centrale sur le Rhin et le « vieux pont de bois ».

Dans cette seconde phase, Heidegger confirme ce qu’on devine dans la précédente : il ne s’en prend pas à toute forme de technique. Ce qu’il vise ici, c’est l’analyse de ce genre de dispositif qui cherche à tirer quelque chose de la nature en la requalifiant. Ainsi, un pont est un dispositif technique, « comme une centrale » est-on tenté de dire. Mais en réalité, il y a pour Heidegger une différence essentielle entre le pont et la centrale : le pont est défini par le fleuve à franchir, et il ne modifie pas celui-ci, car le fleuve n’est pas défini par son caractère infranchissable. En revanche, la centrale redéfinit le fleuve, elle en modifie l’essence, ou la nature, en spécifiant l’une de ses caractéristiques pour se focaliser, exclusivement, sur celle-ci et ne plus rien considérer d’autre en lui, dans l’objectif de l’exploiter. Si le pont « unit une rive à l’autre », la centrale sépare une caractéristique précise du fleuve (sa force hydraulique), elle concentre cette caractéristique en l’emmurant (sous la forme d’un barrage qui va empêcher son écoulement, forme naturelle de cette force), au mépris de ses autres caractéristiques : le mouvement des poissons, l’irrigation, bref, tout ce qui fait qu’un fleuve est un fleuve, et pas une énergie.

Si on veut aller un peu plus loin, on peut se demander pourquoi Heidegger précise à quel genre de pont il faut comparer la centrale électrique pour comprendre la nature de celle-ci. Pourquoi un « petit pont de bois » ? Il serait possible de se moquer un peu de ce détail, et de le tourner en ridicule. Et on aurait tort, car cette précision a du sens. En effet, si on prenait l’exemple d’un pont autoroutier, l’analyse serait différente, car il serait alors un élément d’un dispositif plus vaste. Le pont n’unifierait pas les rives du fleuve, puisqu’il ne permettrait même pas de s’y rendre, aucune sortie n’étant aménagée sur la route qu’il supporte pour le faire. Le pont fonctionnerait comme une façon de nier la présence du fleuve, de lui être indifférent. Au contraire, le petit pont de bois n’existe pas comme élément d’un dispositif plus vaste, ou d’un réseau général. Il est le produit du fleuve tel que le fleuve existe. Il prend en compte le fleuve, et permet la promenade. C’est le fleuve qui en commande la construction, et pas l’inverse.

Ce qu’Heidegger voit dans une certaine forme de la technique, c’est donc sa tendance à faire acte d’autorité sur la nature, à la commander pour en obtenir ce qu’on exige qu’elle fournisse. Et pour lui, il s’agit là d’un appauvrissement qu’il s’agit maintenant de préciser.

3 – La nature requalifiée par la technique

Ce que décrit ici Heidegger, c’est une monstruosité. Ici encore, on peut se questionner sur l’usage de ce terme. Le monstrueux, c’est ce qui ne devrait pas être, et qui s’impose néanmoins par sa visibilité. Le monstre, c’est ce qu’on montre comme quelque chose qui crève les yeux alors que ça ne devrait pas être vu, puisque ça ne devrait pas exister. On mesure à ce mot à quel point Heidegger développe ici un discours critique vis-à-vis de cette forme de technique. Mais il ne suffit pas de dire que cette technique est monstrueuse. Il faut le démontrer. Et pour ce faire, Heidegger va revenir à l’usage des mots.

C’est plutôt logique : si la technique requalifie la nature, et si les mots sont le moyen de qualifier, dans la parole, les choses, alors le sens même du nom donné aux choses doit changer quand la technique s’en empare. C’est facile à comprendre : si votre professeur de mathématique s’appelle Monsieur Dupont. Alors, « Dupont », pour cette personne est le nom qu’il porte, c’est le nom de sa famille, qu’il a reçu de ses ancêtres, et qu’il transmettra à ses enfants. Ce nom peut être source d’inquiétude s’il est sans descendance, ou s’il n’a que des filles, il peut être source de fierté personnelle si ses ancêtres l’ont rendu célèbre en agissant de façon héroïque. Bref, quand Monsieur Dupont entend son nom, comme on dit « ça lui fait quelque chose ». Mais pour vous, élève, Dupont, c’est juste le nom qui est inscrit sur l’emploi du temps sur les créneaux consacrés aux mathématiques. C’est une fonction. D’ailleurs, vous dîtes « On a Dupont en maths ! » ou bien « Hey ! Dupont il est absent ! ». Le nom « Dupont » n’a pas pour vous le sens qu’il a pour Monsieur Dupont, pour la simple raison que vous sélectionnez en lui ce qui vous sert à avoir une bonne note en mathématiques, et « Dupont » n’est qu’un élément dans un dispositif plus vaste qui vous sert à obtenir les diplômes qui feront de vous, à votre tour, un élément d’un dispositif plus vaste encore : le monde du travail, où soudain, votre nom changera, à son tour, de sens, puisqu’il désignera dans la bouche des autres, une compétence à laquelle vous serez réduit, quelque chose qu’on pourra exiger de vous. Quand vous l’entendrez prononcé, vous saurez que ce qui suit sera un ordre, une commission, une sommation. Et vous n’aurez plus qu’à vous exécuter.

Il en va de même, ici, avec ce nom : « le Rhin ». Car ce nom peut désigner deux réalités différentes : le fleuve envisagé comme force exploitée techniquement, ou le poème écrit par Hölderlin. Et cette distinction en recouvre une autre, plus large philosophiquement, entre un type de technique qui vise à exploiter la nature, en saisissant en elle ce que la science y a repéré, et un autre rapport à la nature, qui ne cherche pas à l’exploiter, qui vise l’élévation plutôt que le prélèvement. Cet autre rapport à la nature, c’est l’art. Heidegger ne développe pas cette distinction, mais l’analyse de tout ce qui précède, dans le texte, permet de la comprendre : si la centrale électrique diminue le Rhin, et le dénature au sens où elle l’ampute d’une majeure partie de lui-même, parce que cette partie n’est pas intéressante pour générer de l’électricité, l’hymne de Hölderlin, lui, ne retire rien au Rhin, au contraire, il lui ajoute une dimension supplémentaire, se mettant en quelque sorte à son service, puisque tous ceux qui auront lu le Rhin de Hölderlin, regarderont dès lors ce fleuve avec, en tête, les mots qui le magnifient. La centrale absorbe le Rhin alors que, pour celui qui connaît le poème, le simple fait de voir le fleuve fera ressurgir ce chant, comme s’il y était désormais contenu. Le poème n’impose pas au fleuve une nouvelle qualification, au contraire, il tente d’en faire émerger la nature véritable, qui ne peut se limiter à l’usage qu’on peut en faire ou au potentiel d’exploitation technique qu’on peut y repérer.

Heidegger tente une objection, pour mieux y répondre aussitôt : après tout, quoi qu’il arrive, le Rhin demeure le Rhin. Quand bien même on y construit une centrale d’énergie, qu’est-ce que ça change ?  Et Heidegger acquiesce : en effet, le Rhin est toujours là. Et c’est une question rudement intéressante que traite en quelques mots Heidegger à la fin de cet extrait, qui porte sur la nature de la préservation du Rhin, et par extension, de la nature : si on préserve le Rhin, et que son apparence n’est pas touchée par son exploitation, si donc il demeure, identique, dans le « paysage » pour que, justement, on puisse le visiter et le découvrir tel qu’il a toujours été, que se passe-t-il ? Et la réponse tombe : quand bien même la vue demeure, l’intention même de faire de cette vue quelque chose qui sera consommé par des touristes modifie la nature du fleuve, car il n’est pas, essentiellement, une forme à maintenir inchangée afin de contenter le regard de visiteurs venus chercher « le Rhin » tel qu’ils l’ont vu sur des cartes postales. Cette dernière remarque est importante, parce qu’elle montre quel est le fond de la pensée de Heidegger ici : on aurait pu croire que sa critique portait sur l’installation massive de réseaux de grande ampleur asservissant des régions entières, et modifiant profondément les paysages, au point qu’on ne les reconnaisse plus. Mais son propos est plus précis, et concerne aussi les paysages dans lesquels rien, en apparence, n’a changé. Il suffit, en réalité, qu’un projet d’exploitation, quelle qu’en soit la nature, soit mis en œuvre pour que l’essence même de la nature soit radicalement[1] modifiée. Le Rhin préservé à des fins touristiques n’est plus « le Rhin ». Il est devenu le Rhin objet de complaisance pour les touristes.

4 – Pour mieux comprendre, prenons un autre exemple

Un exemple précis va permettre de saisir cette nuance. En 1969, les hommes ont, pour la première fois, posé le pied sur la Lune. A strictement parler, l’humanité n’a rien fait sur la Lune, et en dehors du matériel d’exploration laissé sur place, il n’y a quasiment rien sur ce satellite qui puisse témoigner de notre passage. La Lune n’a donc pas été modifiée par l’homme. Pourtant, le simple fait qu’on s’y soit rendu a transformé, à la racine, l’essence de la Lune. Soudain, elle est devenue une destination. Un lieu comme un autre. Accessible. On ne s’y installe pas, mais on pourrait le faire. Elle n’est plus cet objet céleste qui apparaît et disparaît partiellement selon son propre cycle, cette masse en rotation dont les effets se manifestent dans les marées, ce reflet nocturne du soleil absent. Elle n’est plus objet de rêverie, ou de fantasme. Elle est désormais un lieu, dans la proche banlieue de la Terre, sur lequel on peut envisager de se rendre. La mission Apollo qui a permis à deux cosmonautes de s’y poser a banalisé la Lune, au point qu’on se désintéresse totalement des dix autres hommes qui, jusqu’en 1972, ont foulé le sol lunaire.

Dans 2001, Space Odyssey, film de Stanley Kubrick sorti en 1968, la Lune est le lieu sur lequel les hommes trouvent un monolithe indiquant dans quelle direction se tourner, dans l’univers, pour aller chercher des réponses concernant les origines et le sens de l’existence humaine. La scène, comme tout le film, provoque une incroyable élévation mystique, reléguant toute question d’exploitation du sol lunaire loin, loin, derrière ce dont ce territoire est alors véritablement porteur. En sortant de la salle de cinéma, après trois heures de projection, le spectateur pouvait lever la tête, y trouver notre satellite, et se plonger dans une intense méditation sur sa propre présence sur Terre, et dans l’univers. On pouvait encore, alors, « être dans la Lune ».

Mais un an après la sortie du film, Neil Armstrong se posait sur ce sol qui ne pourrait plus, dès lors, être le territoire d’une telle rêverie. On ne pourrait plus, désormais, que se poser sur la surface lunaire, et s’y déplacer, en explorateur. On ramènerait quelques échantillons sur Terre, pour analyser en laboratoire si par hasard on ne pourrait pas exploiter ce minerai, comme on l’a fait du sol terrestre.

En 2019, James Gray réalisait Ad Astra, autre film de science-fiction lui aussi capable d’embarquer son spectateur dans un voyage personnel, intérieur tout autant que cosmique. Son héros, incarné par Brad Pitt, y fait brièvement étape sur la Lune, avant de décoller vers Mars. Mais James Gray a compris que notre satellite, depuis 1969, n’est plus rien d’autre qu’une source potentielle de ressources à exploiter, et c’est une véritable scène d’attaque de la diligence par des pirates lunaires qu’il tourne, sur ce paysage désormais semblable à celui des westerns. Or, qu’est-ce qu’un western ? C’est le récit de la façon dont les colons européens ont investi un territoire auparavant habité par des peuples qui ne considéraient pas ce sol comme une ressource à exploiter, mais comme le trait d’union entre l’homme et les forces supérieures qui sont l’essence du monde. C’est donc la description cinématographique de l’installation de la ligne de chemin de fer et du puits de pétrole, équivalents transatlantiques de la centrale électrique exploitant les eaux du Rhin. Un western est donc le récit d’une perte. Et si James Gray tourne un western là où Kubrick mettait en scène une célébration mystique, c’est bien parce qu’il a compris qu’en conquérant la Lune, l’homme l’a en fait perdue.

Il n’est pas étonnant, dès lors, de voir Kubrick solder cette histoire dans le sang, dans Shining[2]. Il n’est pas étonnant qu’il doive, dès lors, exporter la possibilité d’une expérience mystique hors de la Terre dans 2001, Space Odyssey. Et il n’est pas étonnant que James Gray, dans Ad Astra, constate que finalement, c’est le système solaire dans sa totalité que l’homme a investi, et qu’il n’y a peut-être guère que dans le repli intérieur qu’il serait possible de connaître, encore un peu, un espace inexploité. Espace fragile cependant, puisqu’on assiste, dans ce film aussi, à la façon dont on peut utiliser, y compris cette énergie ci, intérieure et intime, à des fins purement techniques.

Intérêt philosophique du texte

Aucune de ces références n’est une illustration des thèses de Heidegger. Mais il y a dans ces expériences cinématographiques une puissance d’expérimentation qui peut permettre d’approcher ce dont ce texte essaie de rendre compte. Et il est possible aussi qu’une fois que la technique aura tout exploité, y compris la puissance intérieure qu’est la quête de soi, comme James Gray le met en scène dans Ad Astra, il reste encore à l’homme ce territoire, pour s’y réfugier et échapper à toute sommation, et à toute commission : l’art. Et si ce fils, incarné par Brad Pitt, voir le monde entier absorbé par les projets techniques de l’humanité, s’il voit même la quête de sa propre origine et de son propre père mise au service de ce projet, pour le spectateur il reste ceci : il est possible d’entrer dans une salle obscure, de s’installer dans un fauteuil, et de se laisser embarquer par un film dans un espace de méditation qui échappe, encore un peu, au principe général d’exploitation. Un film, et plus largement une œuvre d’art, un poème de Hölderlin, un roman de Stephen King, ou de Philip K. Dick, peuvent encore constituer des sphères dans lesquelles on n’est pas réduit à des « capacités », dans lesquelles on n’est pas évalué sous la forme d’une « ressource humaine », dans lesquelles on puisse, enfin, approcher la nature des choses, leur réalité.

C’est là l’intérêt profond de ce texte : il permet de distinguer ce que la technique constitue comme perte. Il ne s’agit pas de la perte de la santé, ou de la perte d’une certaine tranquillité. La perte induite par la technique est celle de tout ce qu’est le monde quand il n’est pas envisagé pour l’usage technique qu’on pourra en faire. Et bien évidemment, à partir du moment où les êtres humains sont éduqués dans la seule perspective de l’usage qu’ils pourront faire du monde, et de l’usage qu’on pourra faire d’eux-mêmes dans le monde technique, on peut constater l’efficacité proprement désastreuse d’un monde qui n’aurait plus que le développement technique en tête, et ne connaîtrait aucun autre projet. 

Dépassement.

Ce qui suit peut aider à répondre à d’éventuelles questions portant sur le fait même qu’on soit en train d’étudier un texte de Heidegger. Et si on vous posait de telles questions à l’oral au baccalauréat, autant dire que ça ne vous simplifierait pas la tâche. En réalité, personne n’est très à l’aise avec le fait que cette discipline, au 20e siècle, ait eu pour axe de rotation un tel trou noir. Cette question occasionne encore, parmi les spécialistes de ces questions (ce que n’est pas un professeur de terminale) des débats violents. On peut simplement se donner quelques pistes de réflexion, en n’oubliant pas qu’il est toujours facile de concentrer les soupçons de nazisme sur quelques figures identifiées, désignées dès lors comme monstrueuses. On conseillera de lire quelques élèves de Heidegger, tels que Hannah Arendt ou Günther Anders, qui ont dû se confronter à l’héritage extrêmement problématique de leur professeur, et ont montré que cette méfiance devait être élargie, et ce jusqu’à soi-même sans doute. On ne peut pas critiquer le fantasme de la pureté tout en prétendant soi-même être tout à fait pur.

Mais posons donc la question, au niveau où on peut la poser en terminale :

Que faut-il penser du fait qu’un penseur ayant les liens qu’on sait avec le nazisme ait tenté de penser la perte de l’essence même de la nature dans le projet technique ? On peut s’inquiéter un peu, car le nazisme, en tant qu’idéologie, n’est pas étranger à la quête d’un retour aux sources mêmes de la nature. Et on peut dès lors se demander, et sans doute faut-il se le demander dès lors qu’on lit Heidegger : sommes-nous en train de lire un texte nazi ?[3] L’erreur de cette idéologie, et ce n’est évidemment pas la seule, aura été de penser qu’on pouvait confier à la technique elle-même ce retour vers la nature, qu’il était possible de connaître scientifiquement ce qui avait été perdu, de le situer, et de le rejoindre. Et pour le dire très rapidement, ce que le nazisme a refusé, c’est le mystère, l’incertitude, le doute. Et il faut lire Heidegger en ayant en tête le risque d’un tel oubli – d’autant que cet auteur a justement écrit à propos de cet oubli qui se trouve au cœur même d’une certaine forme de recherche de la vérité. Ce qu’il y a à retrouver en s’éloignant de la technique, c’est tout ce qu’elle-même nous a fait perdre. Mais l’illusion consisterait à croire que ce qu’elle nous a fait perdre, nous l’aurions jadis eu en mains, ou nous pourrions un jour le saisir. Car il est possible que ce que nous perdons dans la technique, ce soit la perte elle-même, tant la technique nous fait croire qu’on pourra mettre la main sur tout. Il est possible dès lors qu’observer le Rhin dans une perspective qui ne soit pas technique, impose d’accepter que, tout simplement, le Rhin soit par essence ce qui nous échappe, et ce qui échappe, par nature, à toute saisie.

Je sais que la fin de ce document est un peu hardie. Je vous rassure, elle l’est pour tout le monde. Mais elle était le seul moyen, dans le cadre limité qu’est un tel document, d’aborder sérieusement, avec vous, ce texte. Considérez que ceci vous invite à entrer dans la communauté de de ceux que ces questions taraudent un peu. Ce n’est pas une invitation très festive, mais elle est en revanche respectueuse. Et je vous rassure, à l’oral, on ne devrait pas vous poser de questions concernant cette dernière partie du document. Et si j’ai un conseil à vous donner : si vous n’y êtes pas poussé par les questions de l’examinateur, ne mettez pas les pieds dans ce questionnement lors de l’examen, ce qui ne vous empêche pas, par ailleurs, d’y réfléchir.

En supplément, la traduction en français du poème de Hölderlin intitulé le Rhin. Il ne s’agit évidemment pas de l’apprendre (il faudrait être vraiment très doué à l’oral pour en caser deux ou trois vers dans l’explication, et il faudrait être capable de l’interpréter vraiment, ce qu’on ne vous demande pas). Mais Heidegger nous invite, quand-même, à le lire :

Le Rhin

À Isaac de Sinclair

Dans le sombre lierre j’étais assis, au seuil
De la forêt, à l’instant où midi
Visiteur de la source, étincelant d’or
Descendait des gradins de l’ Alpe
Qui pour moi s’appelle,
Divin édifice, citadelle des Célestes
Selon le vieil adage, où pourtant
Décidées en secret tant de choses encore
Parviennent aux hommes; d’où
Je perçus sans présage
Un destin, car à peine encore
Dans la chaleur de l’ombre mon âme
S’entretenant de tant de choses
Avait vagué vers l’Italie,
Au loin jusqu’aux rivages moréens.

Mais à présent, au-dedans de la montagne,
Profondément enfoui sous les cimes d’argent
Et sous l’émeraude radieuse,
Où les forêts frémissantes
Et les crêtes des rochers en terrasses
Plongent leurs regards vers lui, jour après jour, là-bas
Dans l’abîme glacial, je l’entendais
Pousser des lamentations le jouvenceau
Pour sa délivrance, ils l’entendaient
Se déchaîner, accuser la terre-mère
Et le dieu tonnerre qui l’engendra,
Ses parents pris de pitié, pourtant
Les mortels s’enfuirent de ce lieu,
Car elle semait l’effroi, tandis que privé de lumière
Il se débattait dans les chaînes,
La fureur du demi-dieu.

C’était la voix du Rhin libre de naissance,
Le plus noble des fleuves,
Et c’est tout autre chose qu’il espérait, quand là-haut
De ses frères, du Tessin et du Rhône
Il se sépara avec désir migrant, et impatiente
Son âme royale le poussait vers l’Asie.
Pourtant il est déraisonnable
De former des vœux face au destin.
Mais de tous, les plus aveugles
Sont les fils des dieux. Car l’homme connaît
Sa maison, il est échu à l’animal
Le lieu où gîter, pourtant à ceux-là
Il leur est donné dans l’âme inexpérimentée
Cette faille de ne savoir où aller.

Une énigme, pur jaillissement. Même
Le chant, il lui est à peine permis de la dévoiler. Car
Tel fut ton commencement, telle sera ta demeure,
L’extrême nécessité, et le dressage
Ont beau provoquer leur plein effet,
La naissance, et le rayon de lumière
Qui touche le nouveau-né
N’en disposent pas moins de la toute-puissance.
Mais qui donc
Surgi de ces hauteurs propices,
Est à même de rester libre
Tout au long de sa vie et d’accomplir
Seul le vœu du cœur, si ce n’est le Rhin,
Né d’un giron sacré
D’une naissance aussi fortunée que celui-là?

C’est pourquoi sa parole est d’exulter.
Il n’aime guère comme d’autres enfants
Pleurer dans les langes;
Car, là où d’abord les rives
Se faufilent sur son flanc, tortueuses,
L’enserrant assoiffées,
Avides d’attirer l’écervelé
Et de le sauvegarder
Sous leurs crocs, dans un éclat de rire
Il déchiquette les serpents et se précipite
Avec sa proie et si dans la hâte
Un supérieur [variante : Plus grand que lui ]ne le dompte pas,
Le laisse s’accroître, comme l’éclair il doit
Fendre la terre, et comme des ensorcelées s’enfuient
A sa poursuite les forêts et dans un écroulement les montagnes.

Mais un dieu désire épargner à ses fils
La vie hâtive et se prend à sourire
Quand irrépressibles, mais entravés
Par le sanctuaire des Alpes, contre lui
Dans les abysses, pareils à celui-là se courroucent les fleuves.
C’est dans une telle forge qu’on forge
Tout ce qui est de pure trempe,
Et il est beau de le voir,
Sitôt après avoir quitté les montagnes,
Dans sa course tranquille se contenter
En terre allemande, étancher sa nostalgie
Par la bonne besogne, quand il cultive la terre
Notre père le Rhin, et nourrit ses chers enfants
Dans les cités qu’il a fondées.

Pourtant jamais, au grand jamais il n’oubliera.
Car, plutôt le séjour s’abolisse
Et le statut, et se dénature
Le jour dévolu aux hommes, qu’il
Soit permis à un Tel d’oublier l’origine
Et la voix pure de la jeunesse !
Qui donc a le premier
Altéré les liens d’amour
Pour en tresser des lacets?
Alors, de leur propre droit

Ils se sont gaussés sûrs du feu céleste
Les impudents, c’est alors
Que dédaignant les sentiers mortels,
Aspirant à devenir l’égal des dieux
Ils ont choisi un chemin dévoyé.

Mais les dieux ont leur
Content d’immortalité et si les Célestes
Ont besoin de quelque chose,
C’est bien des héros et des hommes
Ou à défaut d’autres mortels. Car, puisque
Les tout-bienheureux ne sentent rien par eux-mêmes,
Il faut bien qu’un autre sente, s’il est permis
De tenir un tel propos, en commensal
Au nom des dieux,
Qui font usage de lui, cependant leur sentence
Est que celui-ci fracasse
Sa propre maison et traite en ennemi
Ce qu’il a de plus cher et pour soi-même, le père et l’enfant
Il les ensevelisse sous les décombres,
Si quelqu’un désire être tel qu’ils sont et refuse
De tolérer tout ce qui est inégal, tête exaltée.

C’est pourquoi heureux soit-il, qui trouva
Un destin favorablement départi
Où s’élève encore le souvenir
Des errances et des souffrances,
Douce rumeur au havre du rivage,
Qu’il puisse porter son regard de bon gré
Çà et là jusqu’aux frontières
Qu’à sa naissance dieu
Lui assigna pour résidence.
Alors il repose, bienheureux dans sa modestie,
Car tout ce qu’il a désiré,
Le céleste, de soi-même l’enveloppe
Indompté, souriant,
A présent qu’il repose, le téméraire.

Je songe aux demi-dieux à présent,
Et je dois les connaître ces êtres chers,
Parce que souvent leur vie me met
En un tel émoi le cœur nostalgique.
Mais pour qui, tel toi, Rousseau,
II advint une âme invincible,
A toute épreuve
Et un sens très sûr
Et un don suave d’ouïr,
De dire, en sorte que par plénitude sacrale
Telle dieu de vigne, divinement insensé
Et hors la loi il la donne, la langue des purs, la rend
Compréhensible aux bons, mais de droit
II frappe d’aveuglement les sans-égards,
Les serfs sacrilèges, comment nommerai-je l’étranger?

Les fils de la terre sont comme la mère
Tout amour, de même ils reçoivent
Sans peine toutes choses, les fortunés.
C’est pourquoi il est surpris de même,
Effrayé, 1’homme mortel,
Quand il considère le ciel
Qu’il s’est chargé sur les épaules
De ses bras d’amour
Et le fardeau de la joie;
Alors le meilleur lui semble souvent
D’être là, presque totalement oublié,
Où le rayon n’embrase,
A l’ ombre de la forêt
Au lac de Bienne dans la fraîcheur verdoyante,
Pauvre en accents, dans l’insouciance,
Tels les commençants d’apprendre auprès des rossignols.

Chose splendide, de ressusciter alors
D’un sommeil sacré, s’éveillant
A la fraîche dans la forêt, sur le soir
D’aller à la rencontre d’une lumière plus clémente
Quand le bâtisseur des montagnes,
Traceur du sentier des fleuves,
Après qu’il a gouverné, toujours souriant,
Comme la voilure avec ses brises,
Pauvre en souffle la vie humaine
Dans son affairement,
Il repose de même le démiurge,
Qui découvre davantage de bien
Que de mal, le jour s’incline
A présent vers son élève, vers la terre d’aujourd’hui.

Alors les hommes et les dieux célèbrent la fête nuptiale,
Tous les vivants sont en fête,
Et pour un temps
Le destin est en équilibre.
Et les fugitifs cherchent refuge
Et doux sommeilles vaillants,
Mais les aimants
Sont ce qu’ils étaient, ils sont
A la maison, où la fleur se réjouit
De l’innocente braise et les bois ténébreux,
L’esprit les entoure de son murmure, mais les irréconciliables
Sont comme métamorphosés et hâtent le pas
Pour se tendre la main
Avant qu’une lumière amie
Ne soit à son couchant et que vienne la nuit.

Pourtant, ce n’est là pour certains
Qu’un instant fugace, d’autres
Le retiennent plus longuement.
De tout temps, les dieux éternels
Sont gorgés de vie, mais jusque dans la mort
Même un homme est capable pourtant
De garder en mémoire le meilleur,
C’est alors qu’il fait l’expérience du très haut.
Toutefois à chacun selon sa mesure.
Car il est lourd à porter
Le malheur, mais plus lourd encore le bonheur.
Mais un sage a eu ce pouvoir,
De midi jusqu’à minuit
Et jusqu’à l’aurore du jour
De rester dans la clarté tout au long du banquet.

O toi, sur un sentier ardent parmi les sapins
Ou dans le sombre de la forêt de chênes, revêtu
D’acier, mon Sinclair, ou de nuages
Que dieu t’apparaisse, tu le connais, car tu connais, juvénile
La force du bien, et jamais le sourire du seigneur
Ne te reste caché
Le jour, quand paraît
Fébrile et enchaîné
Le vivant, ou encore
La nuit, quand tout s’entremêle
En désordre, et qu’il est de retour
L’antique chaos.

Friedrich Hölderlin
(Traduction Kza Han et Herbert Holl)

Et, double bonus, voici le lien vers une chanson interprétée par les Frères Jacques, (paroles de Jacques Mareuil et musique de Georges Liferman, 1968), intitulée La Lune est morte. A la suite de la lecture de ce texte, on peut y trouver des échos heideggériens. Evidemment, ce n’est absolument pas le style de musique que vous écoutez d’habitude. Mais laissez-vous embarquer une poignée de minutes :


[1] Il faut comprendre ici « radicalement » en son sens premier : « à la racine ».

[2] La place manque, ici, pour développer cette référence, et je ne veux pas trop dévoiler Shining à ceux qui ont la chance de ne pas l’avoir encore vu. Mais je laisse ici cette porte entrouverte à votre propre méditation. Je sais que ce document sert techniquement votre projet d’obtenir le bac, mais on peut aussi souhaiter qu’il ne se réduise pas à son utilité technique.

[3] Et on précise que si on se pose la question, c’est qu’on accepte que la réponse ne soit pas nécessairement « oui ».


Enfin, quelques images en mouvement :

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