« Nous sommes tous malades »

Par les temps qui courent, il est difficile de ne pas cliquer sur un tel titre. Pourtant, il ne s’agit pas tout à fait de la maladie à laquelle on pense, ces jours ci, mais de quelque chose de plus profond, qui a peut-être quelque chose à voir avec ce que nous sommes en train de vivre, pas tant du côté de notre santé, que du côté de notre civilisation. Puisque nous sommes plongés dans un processus un peu sauvage

Lire la suite

Thunberg vs. Jakobson

Il se trouvait qu’au moment où on abordait les fameuses six fonctions du langage chez Jakobson, on avait en tête les images de la dernière prise de parole publique de Greta Thunberg, prononcée quelques semainses plus tôt au siège de l’Organisation des Nations Unies. Les quatre minutes et des poussières de son intervention, étonnante de densité malgré les silences qui la structurent, sont restées dans la mémoire de ceux qui les ont vues. Greta Thunberg n’a jamais eu l’air très

Lire la suite

Ce qui demeure

Il y a chez Hannah Arendt une inquiétude profonde face à ce qu’elle voit à l’oeuvre dans l’époque moderne : peu à peu, l’exécution des tâches quotidiennes grignote le temps disponible, et remplace l’activité noble qui caractérise, en propre, l’être humain. Dans l’extrait qui suit, elle distingue nettement les produits de consommation des oeuvres d’art, et indique nettement que c’est dans la durabilité que s’inscrit la culture. Pour le dire plus clairement : aucune culture ne peut se fonder uniquement

Lire la suite

Diviser pour mieux unir

Toujours dans le cadre de la réflexion sur ce sujet de dissertation, Le travail divise-t-il les hommes ? il est intéressant de s’appuyer sur cet extrait de la République, de Platon. Socrate et Adimante y mettent en évidence ce paradoxe : cette activité qui divise les hommes, chacun se spécialisant dans une activité spécifique, est aussi celle qui fonde la cité dans la nécessité de l’échange des produits de ce travail. Une bonne base pour proposer une troisième partie vraiment

Lire la suite

Let’s play master and servant

Ce qui suit est, comme on dit, un gros morceau. Hegel n’est pas très facile à lire, et réclame souvent un accompagnement. Ce passage de la fameuse Dialectique du maître et de l’esclave est évoqué ici parce que nous l’utilisons pour traiter un sujet précis (Le travail divise-t-il les hommes ?). On y comprend, entre les concepts, que le travail est ce qui permet à l’humain de se reconnaître en tant que tel. On devine donc que la référence à

Lire la suite

Concevoir ou exécuter

Marx semble parfois envisager le travail sous un angle exclusivement critique. Pourtant, on oublie qu’il fait preuve d’une grande nuance sur ce point, en distinguant les conditions d’organisation du travail d’un côté, et ce qu’est réellement cette activité quand elle n’est pas encadrée par une volonté de spoliation des travailleurs par ceux qui les exploitent. Ci-dessous, il montre que, fondamentalement, il y a dans le travail la source même de l’humanisation de l’homme, et ce qui le distingue du règne

Lire la suite

Usine d’aliénés

Comme souvent, Marx va au-delà de la simple analyse. Parce qu’il pratique très volontiers l’ironie, il met à jour ce qui se tient, larvaire, sous nos yeux, dans les mécanismes humains de notre bon vieux monde. Ce qui suit semble être un regard extrêmement désillusionné sur le monde du travail. Mais peu à peu, derrière le tableau sombre des relations entre l’employé et l’entreprise pour laquelle il travaille on devine ce que pourrait être le travail s’il n’était pas organisé

Lire la suite

La déchéance du travailleur

Deux extraits des Politiques d’Aristote, au cours desquels il revient sur la question de l’esclavage. Bien qu’il distingue l’homme de l’esclave, il est important d’avoir en tête qu’il ne le conçoit pas comme esclave « par nature ». L’esclave pourrait être homme, mais n’est pas en situation de développer en lui les spécificités humaines. Aujourd’hui, ces textes ont surtout pour intérêt l’analyse qu’ils proposent du travail lui-même, tant pour la description de son caractère pénible, que pour la façon dont ils saisissent

Lire la suite

L’avenir appartient à ceux dont les travailleurs se lèvent tôt.

De le nourriture pour un esprit qui traiterait un sujet de dissertation portant sur le caractère unificateur, ou pas, du travail. Marx est évidemment un de ceux qui aura, le mieux, analysé les tenants et aboutissants des échanges entre êtres humains, et mis en évidence qu’au coeur de ces processus, il y a de grandes inégalités, entre autre dues au fait que le travail, lui-même, est considéré comme une marchandise. I. Bourgeois et prolétaires [1] L’histoire de toute société jusqu’à

Lire la suite

La sueur au front

De quoi alimenter le traitement d’un sujet tombé lors du baccalauréat 2019 : Le travail divise-t-il les hommes ? De façon générale, si tout le monde a plus ou moins cette référence en tête, il est utile de la connaître vraiment et, pour cela, d’en revenir au texte lui-même, qui mérite d’être lu, et pensé. On verra que dans le traitement de ce sujet, on en fait un double usage, privilégiant tout d’abord une lecture au premier degré avant de

Lire la suite

Dette souveraine

On sent qu’on a saisi un discours quand on est capable de le reconnaître chez d’autres auteurs que celui chez lequel on l’a tout d’abord découvert. En philosophie, ce phénomène peut prendre trois formes. La première consiste à lire tout d’abord des présentations des concepts principaux d’un auteur chez des commentateurs, puis à retrouver ces concepts dans leur milieu naturel, en lisant directement les œuvres qu’on a tout d’abord découvertes grâce à ces précieux intermédiaires et entremetteurs que sont les

Lire la suite

5h de l’après midi. C’est l’heure de faire 4h en écoutant Sartre chez Jacques Chancel

Jean Paul Sartre On France Inter Microphone For The Programme ‘Radioscopie’ By Jacques Chancel (Photo by JARNOUX Patrick/Paris Match via Getty Images) Vous êtes un lycéen, 17 ans, vous rentrez du lycée, de type Pailleron, dans lequel, quotidiennement, vous vous rendez pour suivre vos cours, préparant le baccalauréat, section A. Aujourd’hui, la tension était palpable dans votre établissement, puisqu’hier, un collège semblable a connu un incendie au cours duquel vingt-deux personnes ont péri. Claude Guillaumin en parlera ce soir au

Lire la suite

S’abîmer sans s’abimer

On évoquait précédemment ces vers stupéfiants de Lucrèce, ouvrant le livre II  de son poème « De Natura rerum« ,  sur le réconfort qu’on éprouve devant  le spectacle des naufrages au loin. On ne peut pas goûter les textes sans les lire. En voici donc une traduction : « Il est doux, quand la vaste mer est soulevée par les vents, d’assister du rivage à la détresse d’autrui ; non qu’on trouve si grand plaisir à regarder souffrir ; mais on se

Lire la suite

Sables mouvants

  Rien n’est jamais acquis à l’homme Ni sa forceNi sa faiblesse ni son coeur Et quand il croitOuvrir ses bras son ombre est celle d’une croixEt quand il croit serrer son bonheur il le broieSa vie est un étrange et douloureux divorceIl n’y a pas d’amour heureux Aragon – Il n’y a pas d’amour heureux Si lundi matin, on doit encore franchir une dernière porte avant d’obtenir pour de bon un baccalauréat qui s’est hier dérobé une dernière fois,

Lire la suite

S’hasarder

Au fil des billets consacrés à la Lettre à Ménécée, aussi longs que le texte est bref, on aura compris que si chacun est invité à entrer en épicurisme, nul n’y entre tout à fait s’il n’est physicien. Non pas qu’Epicure puisse être considéré comme un physicien au sens actuel de ce mot, dans la mesure où il ne met pas en oeuvre un processus de validation par l’expérimentation d’une hypothèse elle même enracinée dans l’observation des phénomènes. Ce qui

Lire la suite

Dans nos cordes

Tombant par hasard sur un mini-métrage (The Altar, de Matthew P. Rojas) mettant en scène un combat de lutte qui semblait se dérouler dans un univers parallèle, un peu semblable au nôtre, mais nettoyé de tout le superflu, rassemblé autour de l’essentiel, c’est à dire autour du simple mouvement de la vie, plongé dans une lumière réglée pour demeurer à la frontière de la pénombre, j’avais en tête, dès le premier visionnage, ce qu’écrivait Alexis Philonenko à propos de la

Lire la suite

Inventaire avant liquidation

La récente série Chernobyl,réalisée par Johan Renck revient sur la catastrophe qui eut lieu en 1986 dans cette centrale nucléaire d’Ukraine. Si elle ne fut pas la première fusion d’un cœur nucléaire dans l’histoire (en 1976, la centrale américaine de Three Mile Island connut le même problème), le fait que cette fusion se fasse à l’air libre, le réacteur tout entier ayant explosé, n’avait en revanche connu aucun précédent. La série est passionnante par bien des aspects, entre autres parce

Lire la suite

Penser comme une montagne

Il y a trois ans sortait un livre passionnant, et peut-être important. Au départ, il y avait une question de territoire à partager entre les hommes et les loups, là où ceux-ci avaient disparu, là où on était en train de les réintroduire. Il fallait donc que les uns, et les autres, négocient. Mais voila. Les animaux ne négocient pas. C’est donc aux hommes d’entrer en dialogue avec ces autres êtres qui ne prétendent pas vivre dans ce même monde.

Lire la suite

Penser le monde après la fin du monde

Il est temps de renouveler un peu les références que nous utilisons. Ce blog, laissé en jachère par les expériences d’écritures pour la revue L’Eléphant ou pour d’autres blogs focalisés sur d’autres objets (les bagnoles par exemple) a maintenant besoin de sang frais afin d’acheminer les éléments nécessaires à la pensée. Et ces éléments, c’est toujours dans la pensée des autres qu’on les a trouvés.  Dans ce qui suit, on trouve le début d’un travail passionnant mené par Timothy Morton, un

Lire la suite

Communément

On revient un peu sur les temps étranges que nous traversons ?  Et si, en fait, ils n’étaient pas si étranges que ça ? Et si finalement, ce sont les temps qui ont précédé qui resteront dans l’histoire comme étranges, problématiques ? Et si finalement ce à quoi nous assistons, ce n’était rien d’autre que le retour du banal, du commun, de ce qui aurait dû aller de soi depuis longtemps ?  Cela ne nous pendait-il pas au nez ?

Lire la suite

En suspension

Un petit texte peut se prêter à un développement relativement long si il est dense en présupposés. Et le texte qui suit l’est. L’explication qui suit est réalisée selon la méthode qu’on a donnée en cours. Je n’y ai, exprès, ajouté aucun titre, pour que le texte soit semblable à ce qu’on pourrait proposer à l’examen. Mais pour que vous vous y retrouviez, j’ai inséré une illustration à chaque changement de partie. Evidemment, à l’examen, on n’illustre en aucune manière

Lire la suite

Lumière noire

Il faut, aussi, lire des textes qu’on ne comprend pas; qu’on ne comprend pas tout de suite, qu’on ne comprend décidément pas, qu’on ne comprendra jamais tout à fait. Ces mots sont susceptibles de nous accompagner une vie entière, nous devançant dans l’obscurité sans pour autant l’éclairer tout à fait, comme une présence amicale qui nous devancerait, en éclaireurs. On trouve aussi bien, chez Alain, des passages brillants de clarté et de pédagogie, que des moments où on le sent

Lire la suite

Logique de l’humiliation

On peut donner bien des définitions de la politique. Mais, pratiquement, on pourrait dire que c’est l’art et la manière de rendre possible la vie commune, ce qui permet de gouverner la Cité, c’est à dire l’ensemble des citoyens. Or, parce que chacun d’entre eux est tenté de satisfaire des intérêts privés qui ne sont pas tous compatibles avec ceux des autres, la politique n’est pas une mince affaire, et on pourrait dire qu’avant même de produire tout un système

Lire la suite

L’homme du commun à l’ouvrage

Et si, dans ce qui se joue ces derniers temps, il se passait quelque chose de plus souterrain, quelque chose qui ne se voit pas au premier coup d’oeil parce que ça ne s’est pas encore réalisé, quelque chose qui répondrait, plus tard à des inquiétudes et des interrogations que nous soulevons aujourd’hui ? Et si, au-delà de la diversité des discours, de la multiplicité des revendications, de la très grande dispersion des arguments, il y avait un principe à

Lire la suite

Une nouvelle agora

Continuons à ouvrir la boite à outils conceptuels qui permettrait d’y voir un peu plus clair dans le brouillard de gaz lacrymo et de jaune fluo dans lequel on baigne depuis quelques semaines. Des gens sont dans les rues, sur les ronds points, aux péages. Ils sont travailleurs, employés, indépendants, chômeurs, retraités. Ils sont aussi, désormais, étudiants, lycéens. Et on atteint un niveau de crispation tel que, forcément, ça ne se passe pas toujours bien. Il y a les instants 

Lire la suite

Masse critique

Le blog a vécu sa propre vie sans que je m’en occupe tellement depuis la rentrée, mais l’actualité a fait une brusque irruption dans le cours, peignant le paysage et les idées en jaune, jetant les esprits dans l’incertitude puisque, il faut bien le dire, intellectuellement, on est un peu comme des poules ayant trouvé un couteau. Et comme je l’ai dit en cours, c’est très sain, pour une fois, de ne pas savoir quoi en penser, puisque ça oblige

Lire la suite

Avoir un gros coeur, ou avoir le coeur gros…

Parce que par ailleurs, pour d’autres publications, je travaille quelques uns des courts métrages de Philippe André, je retombe sur ce bref article, publié il y a presque 10 ans. Et si la musique de Roger Sanchez a peut-être pris un petit coup de vieux, le clip, lui, a conservé toute sa puissance mélancolique, osant mettre en scène le trop plein du vide amoureux. Il y a un lien entre le percept, l’affect et le concept. On peut donc regarder

Lire la suite

Roulette ruse

Whatever I’ve done I’ve been staring down the barrel of a gun Depeche Mode – Barrel of a gun Encore un petit Bond dans la dialectique ?  De la forme au signe il n’y a qu’un pas. Si James Bond est une forme générale, un ensemble abstrait, conceptuel, qui demeure invariant quelles que soient les apparences diverses que revêtent les films, le concept de James Bond, semblable à lui-même,  s’appuie lui sur des signes qui réapparaissent, presque identiques à eux-mêmes, d’épisode

Lire la suite

Majordome

Majordome; du latin major domus, chef de la maison Un article, juste pour expliquer le titre de l’article précédent.  A plus d’un titre On Her Majesty’s secret service est le titre du sixième film mettant en scène le personnage de James Bond, en 1969. Il fût réalisé par Peter Roger Hunt, et l’interprète de l’agent secret est le moins connu de tous, puisqu’il s’agit de George Lazenby, que tout le monde a oublié depuis.  Au départ, je cherchais tout simplement

Lire la suite

Cache cache

  Je remets en ligne un article qui date de 2011, à propos de la sortie du documentaire Into Eternity, après l’avoir évoqué en classe, en jetant les bases d’une réflexion sur la culture en général, et la technique en particulier. Ajoutons que ce documentaire peut aussi se prêter à des analyses esthétiques.  Un de nos paradoxes est le suivant : Tout ce que nous produisons est par définition périssable, puisque le principe même de financement de nos activités réside

Lire la suite

Site Footer