« Nous sommes tous malades »

Par les temps qui courent, il est difficile de ne pas cliquer sur un tel titre. Pourtant, il ne s’agit pas tout à fait de la maladie à laquelle on pense, ces jours ci, mais de quelque chose de plus profond, qui a peut-être quelque chose à voir avec ce que nous sommes en train de vivre, pas tant du côté de notre santé, que du côté de notre civilisation. Puisque nous sommes plongés dans un processus un peu sauvage

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Thunberg vs. Jakobson

Il se trouvait qu’au moment où on abordait les fameuses six fonctions du langage chez Jakobson, on avait en tête les images de la dernière prise de parole publique de Greta Thunberg, prononcée quelques semainses plus tôt au siège de l’Organisation des Nations Unies. Les quatre minutes et des poussières de son intervention, étonnante de densité malgré les silences qui la structurent, sont restées dans la mémoire de ceux qui les ont vues. Greta Thunberg n’a jamais eu l’air très

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Dans nos cordes

Tombant par hasard sur un mini-métrage (The Altar, de Matthew P. Rojas) mettant en scène un combat de lutte qui semblait se dérouler dans un univers parallèle, un peu semblable au nôtre, mais nettoyé de tout le superflu, rassemblé autour de l’essentiel, c’est à dire autour du simple mouvement de la vie, plongé dans une lumière réglée pour demeurer à la frontière de la pénombre, j’avais en tête, dès le premier visionnage, ce qu’écrivait Alexis Philonenko à propos de la

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Avoir un gros coeur, ou avoir le coeur gros…

Parce que par ailleurs, pour d’autres publications, je travaille quelques uns des courts métrages de Philippe André, je retombe sur ce bref article, publié il y a presque 10 ans. Et si la musique de Roger Sanchez a peut-être pris un petit coup de vieux, le clip, lui, a conservé toute sa puissance mélancolique, osant mettre en scène le trop plein du vide amoureux. Il y a un lien entre le percept, l’affect et le concept. On peut donc regarder

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Cache cache

  Je remets en ligne un article qui date de 2011, à propos de la sortie du documentaire Into Eternity, après l’avoir évoqué en classe, en jetant les bases d’une réflexion sur la culture en général, et la technique en particulier. Ajoutons que ce documentaire peut aussi se prêter à des analyses esthétiques.  Un de nos paradoxes est le suivant : Tout ce que nous produisons est par définition périssable, puisque le principe même de financement de nos activités réside

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Fin de saison – Part. 2 – Au fait, c’est quoi une bonne dissertation ?

Chose promise en classe, chose due ici même : je partage cette vidéo de la chaine Monsieur Phi, qui propose très exactement le genre de chose que je ne saurais faire (concis, rapide…). En dix minutes, les écueils les plus courants en matière de dissertation sont parcourus, on leur tord le cou, et on en est a priori débarrassé. C’est comme si vous étiez soudainement doté d’une cape d’invincibilité, que vous veniez de passer l’anneau de Golum à votre doigt,

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Aimer totalement

Pour compléter l’article précédent. Rien que pour la musique de Georges Delerue, les filtres rouge, puis bleu, le parcours à double sens sur le corps de Brigitte Bardot, les mots si importants, qui s’approchent au plus près, font dans le détail et mettent à distance à la fois, parlent du corps, puis de son reflet, ne sont eux mêmes que reflet d’un corps à jamais image, inaccessible, qu’on ne pourra aimer que totalement, tendrement, tragiquement cependant, parce qu’il s’agit là

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Quand la pensée n’a plus pied

Il n’y a a priori pas grand sens à tenter d’argumenter le scepticisme : en tant que théorie, l’affirmation selon laquelle on ne puisse rien affirmer semble d’emblée trop paradoxale pour être considérée comme satisfaisante. Or, un argument est à son tour une affirmation. Ainsi fonder l’affirmation qu’on ne peut rien affirmer sur des arguments paraît être un projet vain.  Pourtant, au-delà de l’inconséquence que constitue la thèse sceptique elle-même, le second paradoxe consiste en ce que chacun des arguments

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Bruce tout puissant

On sent bien que peu à peu émergent de nouveaux collègues, et de nouvelles façons d’enseigner. Ainsi, Bruce Benamran propose depuis longtemps sur sa chaîne Youtube e-penser des séries de vidéos cours sur l’histoire des sciences qui ont le don de transmettre une connaissance qui, si elle était plus partagée, permettrait de mieux se comprendre, d »éviter de dire n’importe quoi, mais surtout, de dire des choses nouvelles, car on le comprend aisément en le suivant, la science n’est pas un discours

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Enrayer la machine

Que les machines puissent atteindre une vitesse d’exécution qui soit bien supérieure à celle de l’homme, c’est entendu. Pour autant, cette vitesse ne saurait être infinie et il y a toujours un point de rupture, une vitesse au-delà de laquelle la surchauffe va mettre fin à toute possibilité de mouvement. Ce qui distingue l’homme de la machine, et donne sur celle-ci encore un peu de pouvoir, c’est que l’homme est capable d’en faire trop, ce qui est étranger à la

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Il fait un temps à mettre une petite laine

Puisque décidément nous n’avons pas souvent cours ces jours ci, voici de nouveau de quoi alimenter un peu la réflexion, à propos de problèmes que nous avons traité un peu plus tôt dans l’année. Ce qui suit permettra aussi à ceux qui, quotidiennement, se demandent à quoi sert ce qu’ils font, à ceux qui souffrent parfois ou souvent, du sentiment que leur action, au boulot, est absurde, que c’est quelque chose qu’ils font parce qu’il faut bien « vivre », ce qui

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Demeurer dans le doute

Les choses étant ce qu’elles sont, il nous faut attendre que les cours puissent reprendre. Afin de patienter et ne pas mettre pour autant les neurones en sommeil définitif, voici de quoi les occuper un peu. Puisque nous étions en train de défricher les raisons qu’on pourrait avoir de mettre en doute la totalité de nos connaissances, afin d’examiner tout d’abord si c’est possible, et ensuite si ça pourrait avoir un quelconque intérêt, voici une vidéo qui permettra de remettre

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Grâce au chômage, ce n’est pas le travail qui manque

Parce que le travail ne se réduit pas à l’emploi, parce que l’emploi n’est même pas une sous-catégorie du travail, il n’est pas nécessairement contradictoire de considérer qu’une forte hausse de l’emploi puisse être non seulement le corollaire mais même la condition de l’apparition d’un travail plus essentiel, puisque non contraint. Car, justement, la confusion entre travail et emploi est idéologique, elle a pour objectif de faire croire que le travail est par essence une contrainte, ce qu’il n’est pourtant

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Désirer sans faim

On peut en parcourir, en vingt minutes, des territoires de la pensée. La durée télévisuelle n’est pas tout à fait la même que celle que nous connaissons en cours. Le talent de cette émission, c’est de rendre vivante une pensée qui, au moment où elle est mise en scène, n’est plus en mouvement. C’est d’ailleurs une bonne manière de comprendre ce qu’est une dissertation, ou un dialogue platonicien : c’est une mise en scène d’une pensée qui a déjà eu

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Captain Cavern’

Les vidéastes amateurs ont la côte sur Youtube. Certains, on est bien placé pour le savoir dans notre lycée, mettent leur art au service de la remise en question des enseignements prodigués à l’école, glissant en douce les éléments censés remplacer ceux qu’ils viennent de détruire, en faisant passer ça pour de la pièce d’origine. D’autres oeuvrent pour permettre à cette culture parfois ancestrale de perdurer encore quelques décennies dans les esprits humains. Parmi ces francs-tireurs qui viennent prêter main forte

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On meurt

Dans le chapitre XIII du Livre III des Essais de Montaigne, intitulé De l’expérience, on trouve cette phrase, lapidaire : « tu ne meurs pas de ce que tu es malade : tu meurs de ce que tu es vivant. » Si on lit les Essais dans l’ordre de leur édition, ce qui est rare, on a été préparé à une telle idée, puisqu’on a déjà lu le chapitre XIX du Livre I, qui nous apprend que « philosopher, c’est apprendre à mourir ». Depuis

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Montée en puissance

Du couple de designers Charles et Ray Eames, on pourrait très bien ne retenir que leur fameux fauteuil Eames Lounge (670) et son repose-pied Ottoman (671), dans lesquels on s’installerait volontiers pour regarder ce qui suit, et tant qu’on y serait, se relire l’intégralité de sa bibliothèque, histoire d’avoir une bonne excuse pour n’en plus sortir. Mais voila, Monsieur et Madame Eames ne se contentèrent pas de dessiner ce fabuleux fauteuil, ils ont aussi exercé leurs talents dans des courts métrages

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Le Cloud du Spectacle

Si on veut bien oublier trente secondes le fait que le travail soit pénible, et si on veut bien, aussi, ne pas le réduire à l’emploi et à la simple tâche, alors il devient possible d’y discerner une dimension dans laquelle on serait susceptible de pouvoir s’épanouir et peut-être même se réaliser. Voila, en gros, le concentré de ce qu’on va penser, en cours, à propos du travail. Il se trouve qu’une récente campagne de publicité pour la bière Guinness

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Cours de Raptrapage

  [Nouvelle introduction ajoutée, en 2014, à cet article de 2012] Dans quelques siècles, des historiens de l’art se pencheront sur les documents que nous laissons, et sans doute feront-ils comme nous : pour aller plus vite, ils iront tout d’abord vers les compilations, afin de tracer un paysage d’ensemble de notre temps. Peut être tomberont-ils alors sur ces performances régulièrement proposées sur NBC, tard le soir (mais un peu moins tard depuis moins d’un mois) par Jimmy Fallon et

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Le pays où on n’arrive jamais

Il est difficile d’aborder la théorie psychanalytique sans la relier au contexte qui a conduit à son apparition. Les deux épisodes du documentaire qui suivent sont le récit de L‘Invention de la psychanalyse ; le mot est bien choisi : Freud aime se comparer à Christophe Colomb, mais son Amérique à lui est un pays auquel on n’arrive jamais, il invente l’inconscient plus qu’il ne le découvre, même s’il le fait à travers les signes que constituent, pour lui, les

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Fragments d’un discours cartésien

A l’intention de ceux qui, en ma compagnie, salle 217, ont traversé tout ou partie de la quatrième partie du Discours de la Méthode, et à l’intention de tous les autres aussi, voici une mise en image, réalisée en 1971 par Roberto Rossellini pour la télévision italienne, des mots de Descartes, prononcés par lui-même. Bien que Rossellini ait consacré un long métrage à Descartes, c’est d’un autre film que la séquence qui suit est tiré, consacré, lui, à Blaise Pascal.

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Tenir tête

Sur une année de terminale, et au-delà, avoir en tête la figure de Socrate au moment de penser aide à demeurer sur ses gardes, non pas vis à vis des correcteurs, mais vis à vis de soi-même. Parce qu’en philosophie, s’il s’agit de devenir son propre interlocuteur de pensée, il faut au préalable parvenir à être à la hauteur de ses propres jugements, et à avoir du répondant face à soi-même. A défaut, on risque fort d’être complaisant envers ses

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Voir dire

En jetant un coup d’oeil aux statistiques de consultation de ce blog, je constate que de nombreux lecteurs atterrissent ici après avoir googlé le sujet que, probablement, un collègue aura confié à leurs bons soins, « Peut-on reprocher à la philosophie d’être inutile ? », dont on avait, il y a des lustres, publié ici même un semblant de corrigé. Passons sur le fait qu’à strictement parler, ce sujet ne devrait plus être, aujourd’hui, proposé aux candidats du baccalauréat, puisque aucune des

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La pensée en dehors

S’il s’agit de présenter un philosophe, le mieux est sans doute de passer la main à un autre philosophe. C’est d’ailleurs pour cette raison entre autres qu’on apprécie particulièrement le recueil de textes dirigé par Denis Huisman et André Vergez (Histoire des philosophes illustrée par les textes)  puisqu’il propose, pour chaque auteur cité, une introduction rédigée par un autre philosophe, tissant des liens parfois fort distants entre des penseurs dont on discerne ainsi combien ils dialoguent ensemble, comment ils constituent,

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Les deux sens du terme

Peut-on parler pour ne rien dire ? Non seulement, cela se peut, mais c’est même possible deux fois. Quand on vous dit que le langage recueille une puissance qui est loin de se limiter à sa fonction informative, on en a ici un joli exemple qui, sans dire quoi que ce soit de très clair, en disant même une chose et son contraire, parvient cependant à mettre en oeuvre un dispositif qui se veut édifiant. Accessoirement, mais ça participe au

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Folioscopie – Les carnets de la drôle de guerre

Quand on dit que c’est utile, d’avoir un cahier en cours… Accessoirement, ce court métrage produit il y a déjà deux ans par les studios Ornana, dont le nom est censé évoquer les oranges et les bananes, et dont le compte Vimeo doit accueillir, dans les prochains jours, de nouvelles productions. Bon, les élèves, l’introduction pourrait tout à fait illustrer le concept de « point de vue » (qui est aussi un point d’écoute), et l’ensemble brille par sa cohérence formelle. Pour le

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In between

En complément de l’article précédent, et afin de susciter davantage de désir encore, quelquers images en mouvement. Diffusée sur le site de la Fondation Cartier, voici une vidéo suivant la création d’une oeuvre récente de Ron Mueck, qui semble tout à fait incarner ce qu’on tentait de décrire dans l’article précédent. Non seulement, on retrouve entre ces deux personnages la tension qu’on évoquait, mais il semble qu’on discerne que c’est précisément ce que recherche le sculpteur dans sa composition, comme

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28 minutes pour naître

Sur Arte, philosopher impose d’abandonner père, mère et fratrie. Programmée à 13h le dimanche, l’émission Philosophie constitue l’excuse parfaite pour s’éclipser entre le rôti dominical et la tarte aux pommes. Heureusement pour les liens et rituels familiaux, ces séquences sont accessibles quand on le veut, et où on veut, autorisant à rester sur le canapé jusqu’à l’arrivée de Drucker, son générique un peu trop frénétique pour l’heure de la digestion semblant indiquer que là, cette fois, il va être l’heure

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Badiou en homme des cavernes

On avait promis, en classe, une relecture de l’allégorie de la caverne par Alain Badiou. L’exercice est amusant, mais surtout il vient aussi confirmer ce que certains élèves avaient évoqué : la caverne de Platon fait singulièrement penser à une salle de cinéma (même s’il faut se méfier, en revanche, de la ressemblance que certains films semblent entretenir avec elle, parce qu’il s’agit souvent d’une analogie sur le plan du récit, mais d’un contresens sur le fond (et on pense

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L’envers luisant

Il n’y a pas de meilleure voie, afin d’initier à la nécessité de la lumière que de plonger dans l’obscurité. Mais ce serait trop simple, de couper la lumière à ceux qu’on veut voir prendre le chemin de la lucidité, car ils seraient alors persuadés que pour s’en sortir, il suffit d’appuyer de nouveau sur l’interrupteur de l’éclairage artificiel. C’est là le paradoxe de la caverne socratique : ceux qui en sont prisonniers pensent y voient très clair. Ce n’est

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